Par pur défi intellectuel et goût de la science, je me suis enfin décidé à regarder en entier Intouchables, et celle et ceux qui me lisent savent pourtant ce que provoque chez moi le concept de "comédie française" (= vomir). La dernière fois que j'avais tenté l'expérience pour comprendre un succès cinématographique, c'était avec Bienvenue chez les Ch'tis, expérience courte mais intense qui s'est déroulée comme suit : j'ai lancé le film, allumé une clope. Fumé la clope, éteins la clope, stoppé le film, clic droit "Supprimer", "Vider la corbeille", "Voulez vous vraiment supprimer cet élément ?" "Oui", (OH PUTAIN OUI !!!) et lancé Ccleaner pour être certain que rien de cette flaque de chiasse de tuberculeux ne subsiste. J'ai même pensé à lancer un formatage complet pour laver cette souillure de mon disque dur. Genre. On comprendra donc que cette fois j'avais une certaine appréhension devant Intouchables, qui s'est révélé sinon bon film du moins au moins "voyable" et qui est surtout la preuve par son succès que Sarkozy sera réélu. Suivez le guide.
Structuré comme une comédie romantique sur la rencontre improbable de deux êtres que tout sépare et qui vont au début se détester, puis s'apprécier pour à la fin devenir inséparables, le biais d'Intouchables à l'originalité d'explorer cette trame par la relation entre un aide à domicile Noir issu de la banlieue et son usager blanc tétraplégique et millionnaire. On regrettera peut-être que la relation ne soit que d'amitié puisqu'il aurait été follement distrayant que se développe une torride histoire d'amour entre les deux, et l'esprit se divertit à imaginer des scènes où le renoi encule le paralytique ce qui aurait d'ailleurs permis de lancer un fructueux débat sur la tabou de la sexualité chez les personnes handicapées. Las, il faudra se contenter d'une plate histoire d'amitié toute bête jouant avec une finesse d'éléphant défoncé au Crystal sur les ressorts "comiques" des contrastes entre les deux protagonistes. Le renoi vient d'une téci pourrite et a fait de la zonzon, le riche est d'un goût aussi raffiné que son arrogance de bourge multimillionaire etc. et dès le début on connait ce film parce qu'on l'a déjà vu plein de fois, surtout dans ses versions américaines. Donc OUI, le renoi va s'affiner au contact du riche, lequel va se dévergonder au contact du renoi, ils vont s'apporter mutuellement dans le partage d'une grande richesse humaine, le voyou a évidemment un coeur d'or et le riche est super sympa au fond, rien, absolument rien, aucun cliché, aucune ficelle, aucun poncif ne nous seront épargnés ils sont venus ils sont tous là, alignés dans l'ordre et égrenés au fur et à mesure du déroulement.
Je dois ici admettre que malgré un goût malsain et assumé pour l'hollywoodisme le plus hardcore, voir la même chose que chez les ricains en encore moins bien que dans des films déjà médiocres fût assez difficile. Mon zygomatique n'est remonté qu'une seule fois pendant tout le film et on admettra que c'est peu. Le fait est que Intouchables est un film en soi sans aucun intérêt sauf ses acteurs et particulièrement un Cluzet complètement bluffant. (et Audrey Fleurot si tu lis ces lignes, sache que les rousses pulpeuses me jettent dans de puissantes transes. File moi ton 06, c'est un ordre).
La seule chose vraiment intéressante d'Intouchables, c'est ce qu'il dit sur notre époque et sur le niveau de conscience politique des masses qui se sont ruées pour le voir. Et on va voir que le résultat n'est guère brillant.
Je reprends pour les socialistes au fond de la classe : tout est politique, absolument tout et y compris les objets de production culturels au sens large du terme. Rien n'est "anodin" et quand on sait voir, et comprendre derrière les apparences, et quand on a la bonne grille de lecture - marxiste donc - on saisit la dialectiques des rapports de forces et leurs dynamiques pour lire l'époque. Vous n'avez rien compris ? Je m'y attendais et vais donc illustrer mon propos.
Intouchables est intéressant dans la mesure où c'est un objet politique illustrant une anti-lutte des classes puisque niant totalement celle-ci. Le renoi pauvre et le blanc riche vivent dans des mondes séparés par l'argent, ce qui est démontré par les différences de traitement de l'image quand on est invité dans les deux réalités des personnages - lumière froide et glauque pour le quotidien du renoi, opulente et dorée pour le riche - et à aucun moment le film ne met le doigt sur cet antagonisme...puisque l'antagonisme n'existe pas. Il y a des pauvres. Il y a des riches. Et c'est comme ça. Et c'est même très bien comme ça puisque le riche donne du travail au pauvre, voyez comme c'est très bien organisé tout ça décidément ; et puisqu'on patauge en plein fantasme de réconciliation de classes - et de races, puisque le communautarisme est devenu une question politique n'est-ce pas -, cet apaisement des bêtes tensions platement revendicatives va en plus être au bénéfice de chacun puisque tout le monde va s'apporter du vrai humain et l'humain, hein, ben c'est le plus important je veux dire.
Cet humanisme larmoyant occulte tout de même un pan assez conséquent de nos réalités à tous. Genre celui sur lequel est construite toute la société : il n y a pas les pauvres d'un côté et les riches de l'autres "et c'est comme ça" : il y a des pauvres parce que il y a des riches qui ne le sont que grâce à l'exploitation et la spoliation des premiers. Ils ne vivent pas dans des réalités séparées pour quelque obscure raison naturaliste qui voudrait que certains sont faits pour être "en haut" et d'autres "en bas" (vison de droite n'ayant aucune légitimité ni réalité concrète), leurs réalités sont liées dialectiquement de par la domination d'une minorité riche sur une majorité.
De ce point de vue, Intouchables est un film de propagande qui n'a pas conscience de faire de la propagande. Ce qui est pire en un sens, puisqu'ayant complètement intégré et digéré le climat droitiste de la France d'aujourd'hui et accepte avec enthousiasme une vision de la société où finalement, tout le monde est comme il est et c'est très bien comme ça...
Partant, le triomphe public de ce film s'explique aisément : il est le signe que la France est de droite et qu'aux prochaines élections, ce sera le candidat de droite qui sera réélu.
Ben ouais.









.jpg)
