Ce n'est pas que Joey Starr - ou Didier Morville de son petit nom, ouais ça fait moins classe hein ? - m'intéresse spécifiquement en tant qu'artiste, mais je suis frappé par l'impact que ce garçon semble décidément avoir sur bien des cervelles de mon entourage élargi. Alors que précisément ces personnes n'ont que de forts lointaines relations avec la "téci" c'est même le moins que l'on puisse dire. Partant, et comme dans bien des choses d'ailleurs, ce qu'il est intéressant d'explorer ce n'est pas l'objet en tant que tel mais ce qu'il signifie.
Ce questionnement m'est venu après la vision de Polisse dans lequel joue notre amis Didier, fort bien au demeurant, et même tellement bien que la deuxième partie du film est pour ainsi dire consacrée à chanter les louanges de son personnage, "Fred", qui s'efface complètement - le personnage - derrière un Joey Starr magnifié en Homme Idéal Absolu. Joey est dur mais sensible, il console les enfants séparés et met des baffes dans la gueule des méchants pédophiles, il est tellement intègre qu'il est forcément à fleur de peau, il est policier mais évidemment rebelle (rires), il a le sens du rythme et des tatouages partout, et il est ô hasard compagnon de la réalisatrice. Disons que la première heure du film est captivante, mais dès que commence de naître l'idylle entre "Fred" et "Melissa" - personnage de la réalisatrice qui décide de quitter son milieu bourgeois superficiel pour faire des photos avec les keufs überkewls de la Brigade des mineurs ce afin de retrouver une vraie authenticité tu'ois, on y croit à mort, oui, le film ne renonce pas à des ficelles narratives en forme de gros clichés rassurants et conformistes - la cassure est cruelle et Polisse peine à redémarrer ensuite.
"Ode à Didier" aurait pu être le sous-titre de Polisse, donc. Et de constater que de fort nombreuses personnes de chanter les louanges d'un Joey Starr exerçant une certaine fascination. Que je ne partage pas mais je ne suis fasciné par rien ni par personne, mon coeur étant un bloc de glace, paraît-il.
Le créneau du bad boy sensible est décidément inépuisable, puisque faisant rêver les très gentils garçons qui soupirent après sa rebellitude qui se fout des conventions tu'ois, et les filles de se pâmer devant l'attraction sexuelle du faux-méchant "mais on sent bien qu'il est gentil au fond", y compris parmi les éléments les plus féministes hardcore de mes connaissances. Le bad boy sensible étant l'aspirateur à meufs par excellence, je ne saurais trop recommander à mon lectorat masculin de se positionner sur ce créneau au plus vite quitte à faire un peu violence à sa nature profonde. Vous n'en retirerez que du bon, faites moi confiance.
N'allez toutefois pas jusqu'à surjouer le personnage et vous mettre à tabasser des femmes comme l'a fait ce bon Didier il y a quelques années de cela : ce n'est pas bien. Sans doute que le bonhomme a évolué et mûri depuis, et c'est fort bonne chose. Surtout pour les femmes qui l'entourent. On constatera toutefois une assez nette dissymétrie de traitement entre comment on voit Didier par rapport à ça et comment on voit les autres hommes ayant eu un passé violent : à l'instar du meurtrier Cantat, on est prêt à pardonner bien des errances au bad boy sensible, surtout si en plus celui-ci est cautionné "artiste" (bad boy sensible + artiste = aspirateur à meufs², et on vous pardonnera à peu près tout en sus, vos petits débordements étant évidemment dû à votre nature d'écorché, et pas à votre profonde immaturité narcissique de sale gamin capricieux incapable de grandir).
Si un homme "normal" frappe une femme, ça le suivra à vie et je ne trouve aucun inconvénient à cela. Rien n'est plus lâche que d'exercer la force sur plus "faible" que soi. Si un "artiste" est violent, il y aura toujours des gens pour lui trouver des excuses, remember le violeur Polanski.
N y a t-il donc aucune possibilité de rédemption et de rachat ? Mon éducation catholique a pourtant envie de croire que si, sauf pour certaines personnes précises qui ne mériteront jamais le pardon (violeurs). Didier-Joey a sans doute changé, en bien, comme quoi personne n'est jamais figé dans ce qu'il est.
Il est à craindre cependant que la fascination qu'il exerce auprès des bobos qui fantasment sur "l’authenticité" des quartiers n'en prenne un vilain coup. Il faut quand même se poser la question de cette frange de la petite-bourgeoisie blanche et cultivée, qui ayant pourtant eu accès à l'éducation et la culture dès le berceau trouve le moyen d'en culpabiliser et se pâme devant le moindre loulou en survêtement à capuche. Que ces derniers soient discriminés ne pose en rien question : c'est la réalité de fait. De là à en être éblouis par la, heu, "culture" des ghettos de la République...
(Et encore une fois par la violence au potentiel soi-disant "social" voire "révolutionnaire" qu'elle porterait, hum. Ce n'est pas une vision politique de la chose les gens, c'est du fantasme et ce n'est pas la même chose).
Didier-Joey a été pendant plusieurs années l'idéal-type de ce fantasme du révolté qui crie sa colère dans le rap blablabla pour le plus grand plaisir d'un public de plus en plus composé de petits blancs. Ensuite, parions que comme bien des "rebelles" les charmes de la boboïsation ne le laisseront pas insensible. D'ailleurs voyez : il joue dans le dernier film de Frédéric Beigbeder...
Mais bof. Les crédules se trouveront un autre bad boy au grand coeur à vénérer. C'est que c'est un marché très rentable, ce créneau marketing.

17 commentaires:
Bueaaarh... jouer au bad boy sensible pour niquer... ça plait qu'aux connasses ça.
C'est parfait ça fait le tri.
Oh non, détrompe toi : ça plaît à *beaucoup* de nanas, y compris des pas connasses du tout.
Comme quoi la "virilité", ça ne déplait pas à tout(es) le monde. C'est pas un peu en contradiction avec le billet sur le gros con mongolo-macho de l'autre jour ?
Un autre bad boy au grand cœur :
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=CeYpRIsBLG4
Il se prend trop pour CSP, je trouve !
@Gaston c'est "une virilité sensible" dont il est question ici.
En gros c'est le conte de la belle et la bête qui est resservie à toutes les sauces: une nana qui éduque un gros rustre lequel cache un coeur de prince charmant. A la différence du chasseur qui est juste un gros lourd à la Léonidas D.,surtout dans la version disney.
On peut dire que c'est le pendant masculin de la demoiselle en détresse que le prince charmant doit aller sauver.
Ils peuvent gonfler leurs biscotos, ils ne lui arrivent pas à la cheville, celui qui me fait kiffer depuis longtemps c'est lui
http://www.youtube.com/watch?v=ZXKWDV6kT0g&feature=related
je serai pas objective.
je suis en love affair grave avec un pas bad boy du tout.
limite je peux comprendre que le machin joey starr fasse les fantasmes populaires des gens bien conditionnés par le système et la séduction et tout ça (théorie de m'échelle, vomitif ce truc, m'en suis pas remise) mais ce que ça m'inspire c'est je suis bien contente que ça draine de la connasse et même de la pas connasse si ça veut parce que ça m'a laissé mon pas bad boy.
hinhinhin
(+1 simon de beauvoir, quoi)
Hitler était un mauvais peintre, Cantat un bon rockeur, Starr un bon rappeur. Car, mysoginie à part, Starr reste un flow français. Et y'en a pas tant que ça (en dessous de Kool Shen, mais bon, keumême).
Après, les textes, et tout, ça reste du rap. M'enfin, pas pire que les bérus, Renaud ou Ferrat.
Vises un peu la charpente.
Tu en es toi même totalement raide dingue CSP, on en est tous persuadé.
@13:45
CSP a plus une tête de nounours quand même.
Un petit bémol à propos de « la violence au potentiel soi-disant "social" voire "révolutionnaire" », en précisant à l'intention du taulier que mes goûts musicaux vont plutôt vers le punk, l'indus, le psychédélique sans fleurs dans les cheveux et le krautrock que vers le hip-hop : Public Enemy était un groupe de rap avec un message révolutionnaire hérité des Black Panthers.
Par une étrange coïncidence temporelle, c'est précisément au moment où Public Enemy était en train de devenir très populaire, et donc de diffuser ce message à une échelle de plus en plus large, que la division MTV de la Propagandastaffel U.S. a commencé à promouvoir le gangsta rap pseudo-rebelle et très compatible avec le capitalisme débridé, et à passer en boucle des clips hip-hop remplis de piscines, de Cadillacs, de liasses de billets verts et de superbes fessiers aérodynamiques.
Ceci dit, je suis d'accord avec le billet.
bon d'accord mais voilà quoi
moi j'attendais un billet sur les winners des primaires us
ode aux apaches aux deux extremes:
http://www.scalp87.altern87.org/index.php/articles/tracts/80-quand-les-serviteurs-de-la-bourgeoisie-sidentifient-aux-voyous-des-bas-fonds
a se taper le cul par terre de rigolade.
ou on apprend incidemment que les apaches vouaient un culte aux belles godasses. On se fait toujours Niker.
@Funkyss
Yep, mais shurik'n!
Vla le niveau, vla le kiff, vla le flow.
Tu peux pas test.(Bon IAM globalement de toute facon...)
Mais si y'en a quand même.
Pas mal, c'est juste que comme d'hab on en parle pas et ca passe pas vraiment dans les mass médias.
ASSASSIN tiens.
CSP > ha ben merde moi quand j'ai essayé cette technique ça ramassait que des connasses
bon je suis quand même resté quelques années avec mais bon je suis exigeant moi jveux une femme qui m'aime et me chérisse jusqu'à ce que la 3eme guerre mondiale nous sépare
ASSASSIN, genre le flow... J'ai jamais compris l'engouement de l'undagroundz pour ces types.
Pour IAM, il n'y a guère que Shurik'n, le reste, c'est des slammeurs, Akhenaton en tête (même si parfois, il y arrive, c'est loin d'être une constante). Le rap, à l'origine, c'est pas d'la poésie. C'est de la déstructuration et parfois restructuration.
Franchement, il sont pas beaucoup les mecs, en France et en français, qui coupent les mots qui dé-riment, qui discontinuent à tout va pour que ça colle avec l'instru et que ça claque, tout simplement.
Oxmo puccino, Kool Shen, parfois Shurik'n, pour le mainstream, et pour l'undagroundz, vois pas, tiens. Un vrai flow, pour rester dans le vieux souterrain, y'en a aucun (TSN, cédille, sages po', FABE, KOMA, rumeur, caution, etc. Svinkels, peut-être, mais eux, ils ont pas la street credz, alors on le soublie tout le temps). C'est des gars qui chantent sur une musique. Mal pour la plupart, d'ailleurs.
Franchement, t'écoute Mos Def, Eminem, B.I.G ou Rakim, Kool G Rap, etc, et tu reviens aux suscités, ben, t'es 'achement décu. Et y'a pas que "l'anglais, ouais, tu vois, l'accent tonique, ça se prête mieux, blablamonculblabla". Non, y'a juste qu'ils ont pas, eux, une espèce de déférence pourrie vis à vis de la langue des maîtres (dans tous les sens du terme que tu veux) et de la façon dont les maîtres ont décidé qu'il fallait lui rouler une pelle.
Et en ça, eux, sont révolutionnaires, au moins dans leur vecteur artistique.
Je crois que moi aussi je jugerai plus durement un Cantat qu'un Joey Starr, à la première violence conjugale. Certes, les deux sont pas des mecs biens, mais le second à l'excuse de la vie de merde avant,peu structurante au niveau de la personnalité.
Après, il n'est certainement pas un mec bien dans l'intimité,mais il n'a jamais prétendu être bon,lui.
Je crois que pleins de meufs qui aiment les bad boys aiment le côté infirmière (plus amour passionné avec grandes disputes). Cantat, il juste tapé sa femme à mort, mais il n'a que peu joué sur cette imagerie de transgression avant.
Si je ne pense pas que ça permet de détecter les connasses, ce genre de gars, je crois que ça détecte les femmes qui ont besoin d'une thérapie (on ne parle pas du fantasme,là,mais de la réalisation), parce que vouloir une relation où on est infirmière de son mec, c'est ne pas avoir réglé certains trucs, selon moi.
Les good boys, c'est bien mieux (et ca risque plus rarement de vous coller une mandale un jour où vous lui auriez suggéré de décoller de la playstation pour faire le ménage).
Pas que les sensibles, meme si ca marche mieux. Le bad boy a et a toujours eu un succes phenomenal aupres de la gente feminine quelque soit son niveau social par ailleurs (mais pas toutes heureusement pour moi).
Quant aux pseudo analyses du comment du pourquoi je laisse ca au autres.
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