samedi 31 décembre 2011

L'éternel retour du vrai homme avec de la vraie virilité vraie et tout

Ça fait quelques années qu'on peut observer le phénomène : régulièrement, une certaine catégorie de magazines à prétention branchouille qu'on va qualifier de "féminins pour homme" - ou comment flatter la pouffiasserie hétérosexuelle du mâle néo-moderne en l'encouragent à s'acheter des tonnes de conneries pour qu'il fasse semblant de se sentir bien dans sa peau de loser consumériste - en appelle aux mânes du "vrai homme" et hulule à longueur d'article d'une très rare indigence que c'en est fini de l'homme gentil, normal et bien élevé et qu'il doit retrouver ses racines de Néanderthal pour assumer une masculinitude de bourrin pour faire face à la concurrence féroce de ses congénères, et surtout faire pièce à ces hordes de femelles hystérico-féministes qui ne cherchent qu'à le châtrer symboliquement à longueur d'année, ces satanées garces. Je ne résume même pas grossièrement, c'est la tonalité générale.

Ce ridicule zemmourisme culturel conduit donc de braves garçons qui n'ont jamais fait d'efforts physiques plus violents que taper sur un clavier ou au pire courir après une baballe certains dimanches avec des copains à s'essayer à toutes sortes d'activités à forte valeur ajoutée en testostérone ; la mode du Mixed Martial Arts ne trouvant pas son origine ailleurs puisque quand on a plus de grand projet collectif auquel s'identifier et qu'on ose pas défoncer la tête de son manager, autant cogner sur quelqu'un d'autre et se faire cogner la tronche, ce qui permet en sus d'expier sa culpabilité de ne pas savoir être un homme un vrai : rien de tel que se faire des bleus partout pour améliorer l'image qu'on a de soi-même c'est bien connu...

(Cette mode des sports de combat ultra-violents étant avant tout un symptôme de la fascination pour la barbarie des sociétés occidentales ravagées par la crise, se traduisant par une idéologie du darwinisme social le plus régressif sur le mode "fit to survive". Les Etats-Unis étant bien entendus en pointe dans le phénomène, la militarisation de la société civile se traduisant entre autres par  la vogue du Crossfit et le regain de vitalité des survivalistes en tout genre. Ne rigolez pas : c'est déjà en train de traverser l'Atlantique. Quand Sylvain du service clients, votre anodin et transparent collègue de bureau, vous racontera qu'il est tout content de payer des sommes mirobolantes pour qu'un ex-commando marine lui hurle dessus pendant qu'il fait des tractions, vous verrez, ça fait un peu peur).

J'avoue n'avoir pas trop fouillé la question mais il semblerait qu'existe également des associations de bonhommes proposant de véritables "stages de revirilisation", en pleine nature et tout, moitié séances de psychothérapies de groupe, moitié stages de survie, où on réapprend les charmes austères de la vie à l'ancienne en découpant des bûches à la hache...
Passons sur le fait que plus personne ne découpe des bûches à la hache, et surtout pas ceux dont c'est le métier, vu qu'une tronçonneuse c'est moins chiant pour ça : on aura compris que l'essentiel c'est se sentir "à nouveau homme" et que pour ça il faut faire les choses "à l'ancienne". Y compris les trucs parfaitement tombés en désuétude pour cause de progrès technique et d'évolution des moeurs mais on aura compris que ce qui compte c'est le symbole : c'était mieux "avant". Avant quoi ? En gros, le féminisme. Quand les hommes étaient des hommes avec des bollocks comme des melons d'eau - ou en tout cas avaient cette image -, quand ils ne cédaient pas aux caprices de ses femelles insupportablement émancipées et qu'elles savaient que leur place naturelle était à la cuisine et au milieu des couches.

En fait, l'homme est un tout petit peu paumé, disons le net, et il ne sait plus trop où il habite, là. Cette quête de virilitude le conduit donc à régulièrement se ridiculiser par des poses et attitudes refusant ce qui est trop connoté "gonzesses", cf. les mastards de mon club d'haltérophilie qui ne font pas d'étirements parce que c'est moins masculin que squatter 200 kg sous barre (miam les toxines qui s'accumulent dans les muscles et les préparent à la blessure puisque pas évacuées !), ou ce blaireau d'un blog réac qui disait refuser d'apprendre à danser la salsa parce qu'il était trop mâle pour virevolter comme une tapette, dixit. Représentons nous le tableau pour ricaner : lui, hiératique au bar et tout fier de sa masculinité old-fashioned, pendant qu'un autre moins complexé et surtout moins con fait transpirer les meufs sur le dancefloor. D'après vous, lequel va se consoler devant Redtube en rentrant ? Mh ? Bon. Ensuite, sur ledit blog réac, ils se tripotent la nouille devant des photos de substituts péniens en calibre 12, et cette fascination pour les armes, on dira ce qu'on voudra, mais c'est quand même très très gay.

Bref.
Le pire étant les coachs en séduction et il faut absolument que je fouille ce domaine plus avant tant ça a l'air d'être une mine d'inépuisables et enchanteresses conneries. Surfer ainsi sur la misère affectivo-sexuelle est déjà assez dégueulasse en soi, puisque les "séminaires de séduction" sont proposés à des prix de princes Arabes et tout ça pour ne pas bafouiller devant une femme. Ce qui est déjà la grosse lose, on l'admettra. Mais le pire c'est les options "style de vie" puisqu'un "séminaire" proposé par un de ses sites s'appelle, tenez vous bien moi j'ai failli en recracher mon café partout :

"Devenir intéressant".

Oui.

Des gens vous proposent de les payer pour qu'ils vous apprennent à devenir intéressant...
De les payer cher, en plus : de 400 à 1200 € le "séminaire". Ouais. Moi aussi je me dis que j'ai raté ma vocation.

Mais je suis de gauche et je n'aime pas exploiter mes contemporains ; c'est pour ça que moi, CSP, expert en Marketing Lifestyle Bullshit Branding Communication Head Like A Hole, je vais vous donner, gratuitement, le THE conseil de la mort qui tue pour "devenir intéressant". Attention, ça va aller très vite : 

GET A FUCKING LIFE !

Rencontrez des gens. Lisez des livres. Élargissez vos horizons. Faites des choses qui vous plaisent. Ayez des expériences de vie qui vont structurer votre personnalité. Pas des sorties "saut à l’élastique" de votre entreprise, des vraies expériences. Battez vous pour quelque chose, tiens, c'est ce qui forme le plus. Ou contre quelque chose aussi, bref, luttez pour un truc qui vous tient à coeur, ça vous fera rencontrer des gens qui ont les mêmes visées que vous, vous aurez des potes et des choses à raconter. Et qui sait, vous trouverez peut-être même l'âme soeur dans le lot, tiens.
Mais PAYER pour "DEVENIR INTÉRESSANT" ???
Non mais on va où, là ?

Ben on va dans une société néolibérale où tout est marchandise et rapport d'argent, voilà où on va et d'ailleurs : où on est.
Et c'est avant tout pour ça que nos pauvres bonhommes se sentent dépossédés de leurs petites vies et de leur si chère masculinité : en marxiste, ça s'appelle l'aliénation. Seulement ça c'est de la politique et ça fait bobo à la tête.
Ce n'est pas le féminisme qui les met sans dessous dessus : c'est leur incapacité à y répondre. Cette sidération des hommes devant des revendications on ne peut plus légitimes qui leur font penser que si ils les acceptent, ils seront dépossédés du peu qu'il leur reste dans la société qui les brise à force de travail mal payé et de consumérisme régressif : leur précieuse paire de couilles. Rejet du féminisme qui illustre toute la problématique de la terreur de l'Autre au sens large dans les sociétés occidentales frappées de rigueur et d'angoisse de l'avenir ; féminisme et antiracisme sont les deux formes de lutte émancipatrices qui reculent le plus en ce moment, et ce n'est pas leur récupération social-démocrate qui va les revivifier : le féminisme et l'antiracisme "socialistes" sont des versions édulcorées et moralisantes qui les vide complètement de leur contenu hautement politique.

Nul doute que mes chères lectrices et chers lecteurs sont un peu plus évolués que ça, la preuve étant que vous êtes en train de lire CSP. Lequel vous souhaite une bonne année 2012, à vous et aux personnes que vous aimez.


(Ce billet est spécial dékassdi à Pupuce qui affronte tous les jours la foire aux bestiaux que sont ces pauvres hommes qui ne savent plus qui ils sont, les piteux lapins. You know what I'm talking about ;-)).

vendredi 30 décembre 2011

Libéraux-fascistes et fiers de l'être

J'aimerais bien être une victime perpétuelle, en fait.
Bon, attendez, pas non plus une "vraie" victime, c'est chiant ça. Et puis ça fait bobo au corps et à l'âme et je suis terriblement douillet derrière ma grande gueule vous savez. Non, une sorte de victime perpétuelle du genre auto-proclamée, voyez ? Un bon exemple c'est Eric Zemmour qui pleurniche à longueur de temps que la bienpensance cosmopolito-enthomasochiste l'empêche de parler et qui totalise 303 passages médias pour 2011.
Ce genre de victime, vous voyez ?

C'est d'ailleurs très simple à faire : il suffit d'être omniprésent dans le "débat" politique et/ou d'être les tenants les plus fanatisés de l'idéologie politico-économique dominante, puis ensuite se rouler par terre en pleurant toutes les larmes de son petit corps qu'on est persécutés et montrés du doigts et que les enfants vous jettent des cailloux pointus sous le regard attendri de leurs parents, et ce dans tous les médias possibles et imaginables toute l'année durant à n'importe quel heure du jour et de la nuit.

C'est qu'en plus il y en a qui sont vraiment convaincus d'être des parias, à force de se le répéter vous savez.
Ce n'est tout de même pas comme si tous les gouvernements de la zone Euro étaient en train de mettre leur population sous le knout néolibéral de "l'austérité", par exemple. Bien sûr que non, puisque rien qu'en France on vit en Bolchevie oppressive qui déteste la liberté blablabla. Toute la planète vit sous le régime de la globalisation néolibérale au point qu'on peut parler de totalitarisme et de terrorisme global par l'argent, mais Libéral s'étrangle dès qu'il croise un facteur dans sa tournée et a des moiteurs angoissées quand il doit passer à la CAF remettre un document.

Heureusement que pour se consoler, Libéral peut s'épancher un peu partout, y compris dans Rue89 qui lui offre un espace d'expression, vu que hein ? il était tout brimé dans son désir de partager ses jolies convictions.  Au moins est-il cohérent avec ses idées, puisqu'il y défend avec un enthousiasme très frais le fasciste Ron Paul lequel serait parait-il un "ennemi" du système quand ce dernier en est bien évidemment un fervent défenseur. Se victimiser quand on est toujours du côté des Forts et des puissants et qu'on rêve d'imposer la schlague à des populations entières est un comportement classique d'extrême-droite, on le sait, sauf qu'il faut éviter de le dire aussi crûment ; ça passe bizarrement mal.
C'est d'ailleurs pour ça qu'on va tenter de faire passer le maniaque Ron Paul pour un libéral "classique" tout mignon et pastel, en lissant les aspérités et en le présentant simple héritier de l'école autrichienne, ces grands humanistes qu'étaient Von Hayek et Von Mises, qui ont toujours eu un petit penchant coquin pour les dictateurs d'extrême-droite manière de s'encanailler un peu. Et qui seront suivis dans ce mouvement par leurs continuateurs de l'Ecole de Chicago qui estimaient que certes le pinochetisme étaient un peu rugueux mais que c'était une sorte de mal nécessaire, dame : l'économie de marché insiste toujours sur les sacrifices nécessaires...

Position toujours défendue sur le site d'extrême-droite Contrepoints, fer de lance en France d'un libéral-fascisme décomplexé et mutin où on passe beaucoup de temps à excuser les tyrans surtout quand ils sont de droite, curieusement. Et à jouer les victimes, que personne ne nous aime et que les gens sont communistes et méchants, blablabla, la sous-rhétorique complaisante et pleurnicharde de cette sorte de gens. Principe de base de la "pensée" de Libéral : ce n'est JAMAIS de sa faute et TOUJOURS la faute des autres. Très très méchant puisque pas libéraux. C'est une secte de fondamentalistes, quoi.

Les libertariens savent qu'ils sont un coup à jouer, en ce moment : comme tout le monde commence à comprendre que le libéralisme nous envoie dans le mur pied au plancher et que son application politique forcenée, toujours imposée sans jamais demander leur avis aux peuples, il existe un risque de rejet massif du terrorisme néolibéral un peu partout ; mais comme les dirigeants mondiaux actuels sont tellement formatés depuis le berceau au TINA, quand bien même ils se rendraient compte de l'impasse dans laquelle ils sont enfermés, ils n'ont pas la moindre idée de comment se sortir de ça. Les libertariens pensent donc, et non sans raison d'ailleurs, que c'est le moment décisif de faire pression maximum à coup de lobbying et de candidats improbables afin que se réalise le "vrai" libéralisme, d'où leur hystérie des ces dernières années ; hystérie qui n'est pas jusqu'à inquiéter jusque dans les milieux les plus conservateurs, ceux-ci craignant que ces Talibans du Marché n'épouvantent les gens "normaux".

L'espace si gentiment accordé sur Rue89 s'intitule "Libéraux et fiers de l'être". C'est vrai que ça passe mieux que "Pinochétiste et fiers de l'être", ou "Libéraux-fasciste et fiers de l'être".
Bientôt des tribunes "Meurtriers de masse et fiers de l'être" ? Ne riez pas : chez des gens capables de défendre le travail des enfants, on peut vraiment s'attendre à tout.


mercredi 28 décembre 2011

PPHQLB : no one will be spared



Ils sont forts dans cette émission : malgré le fait que je n'ait pas participé, ils ont quand même été excellents. Moins qu'avec moi, évidemment. Mais quand même, c'est pas mal.

mardi 27 décembre 2011

La politique pour les nuls

Ce qui m'a définitivement offert ma plus belle barre de lol de cette fin d'année, ce n'est pas cette saloperie chronophage de 9gag, mais Nono Dassier le libéral de choc qui se barre de l'UMP en faisant un peu claquer la porte mais pas trop fort. La nouvelle en soi ne présente certes pas le moindre intérêt nous sommes bien d'accord, si on commence à se pencher sur la moindre crise de nerfs des droitards on en aura jamais fini - ces gens sont d'une susceptible sensiblerie sous des dehors pondérés - et la nouvelle n'est reprise uniquement parce que les journalistes pensent que ça va embêter Sarkozy lequel s'en fout comme de sa première chaussette.

Non, là où c'est vraiment drôle, c'est par les raisons avancées.
Il a quoi le Nono ? 42, 43 ans ? Et c'est juste là maintenant qu'il découvre que la droite déteste la démocratie ??
Il faut quand même être un peu couillon. Et si c'est assez distrayant de le lire trépigner en mode Caliméro que c'est inzuste qu'on ne reconnaisse pas Nono à sa juste valeur - rires -, c'est rempli d'un sentiment de compassion d'homme de gauche que je vais entreprendre de lui expliquer deux-trois trucs sur la politique, qu'à l'évidence il n'a pas encore compris, ce grand benêt.
Oui, ma bonté me perdra je le sais. On ne se refait pas.

Alors comme ça Nono, la politique à droite est "notabilisée" dans des baronnies provinciales verrouillées par des élus indéboulonnables depuis l'aube des temps ?...
NO SHIT, DUDE !
Si Nono lisait CSP, il aurait tout de suite compris que la politique en France est le domaine des plus de 60 ans par excellence, puisque ce sont des vieux qui votent pour des vieux et ce cercle éminemment vicieux d'entretenir ce tellement frais et joyeux conservatisme qui sclérose tout. Ensuite, bon, désolé, mais on ne peut pas se dire de droite et donc sentir le moisi côté idées pour se plaindre ensuite que l’atmosphère politique sent la couche Confiance, non plus. C'est manière d'être un peu "congruent" quoi, comme on dit dans les écoles de commerce, voyez ? Alors bon, pleurer qu'on ne laisse pas leur chance aux (ex) jeunes frétillants quand on a soi-même contribué à propager une idéologie faisandée, entre autres en lançant Atlantico le pure-player préféré des VRP en retraite, tss, ces droitards décidément...

Ensuite, il se barre de l'UMP parce que tout soudain il découvre que ce parti a un fonctionnement non-démocratique.
Wow.
On apprend des trucs complètement incroyables, là.
Dans un appareil fonctionnant depuis toujours autour du culte de l'autorité et du chef - le RPR n'était pas plus open minded à son époque voire même encore moins -, avec des apparatchiks se haïssant mutuellement depuis des siècles et composé des militants de base parmi les plus lobotomisés qui soient, Nono candide des temps 2.0 s'imaginait qu'il allait pouvoir faire le malin tout seul dans son coin et prétendait faire ce qu'il voulait vu que censément l'UMP est libérale et que dedans il y aurait "liberté"...
Rions un peu. Mais pas trop, manière de se détendre le zygomatique, quoi.
La droite adore le caporalisme. C'est comme ça, c'est sa génétique, elle n'y peut rien, elle aime qu'on obéisse connement et que les gens ne se posent pas de questions qui font bobos à la tête. C'est d'ailleurs pour ça que son véritable projet politique est de transformer toute la population en crétins décérébrés, parce que des gens cultivés et réfléchis ça peut ne pas être d'accord et en plus c'est ingérable et même pire : des fois ça veut du changement. Brr. Quelle angoisse. Mieux vaut de braves moutons conformistes et apeurés devant Pernaut qui braille contre les fonctionnaires, c'est plus pratique à commander.
Ensuite, c'est pareil que précédemment : on ne peut pas défendre une idéologie qui transforme les gens en cons et se plaindre ensuite du résultat quand on le constate dans son propre parti, Nono. Ben non. Faut assumer, quoi.

Et tout ça pour rejoindre Bayrou, quoi.
Après bon, peut-être, je dis bien peut-être que notre Nono va enfin pouvoir faire son trou en politique dans une formation cool et détendue du slip et ainsi être reconnu à sa juste valeur pour apporter un sang neuf et frais, et ne doutons pas un instant qu'il sera accueilli avec reconnaissance par des gens assoiffés de nouveautés mirobolantes...
Eh, on parle des centristes, là. Si l'UMP c'est le parti des caciques qui ont une sainte horreur qu'on conteste leur autorité, c'est encore des punks coiffés à la 8.6 comparés aux séniles du Modem, là. Notre Nono est-il à ce point désemparé, si tenaillé par un effréné désir de reconnaissance qu'il fait une ramayaderie en quittant une formation qui remportera 2012 pour un soufflé qui se dégonflera dans les semaines qui viennent ? 

Alors que franchement. Si il avait été un peu plus malin - il ne faut tout de même pas trop en demander à Nono, lire ses écrits montre les limites intellectuelles du bonhomme -, si il avait une vision plus politique des choses et pas seulement nombrilisto-carriériste, il aurait pris sa carte au PS pour rentrer à Terra Nova...
Là, au milieu des ses congénères en libéralisme, il aurait parfaitement pu s'épanouir et faire passer ses idées à la con pour la pointe la plus avancée du progrès, voyez ?
Vous savez quoi ? Au fond, ces libéraux manquent terriblement de pragmatisme.


vendredi 23 décembre 2011

Congruence

jeudi 22 décembre 2011

mercredi 21 décembre 2011

Ce souriant visage du libéral-fascisme



Ça a le mérite de la franchise.
Disons qu'il est assez rare que le libéral-fascisme, qui devient à l'évidence chaque jour un peu plus l'idéologie de prédilection des dominants crise oblige, soit exposé aussi crûment. Au point qu'on peut être bien certains que ni Atlantico ni Contrepoints, pourtant spécialisés dans la défense inconditionnelle de ce crossover politico-économique, ne vont prendre la peine de justifier la sortie de l'autre De Menthon pour attendre que cette fâcheuse vidéo soit oubliée le plus vite possible. Dame, ces gens qui ont un vrai problème avec la réalité en ont de fait un énorme avec la vérité : quand ils parviennent parfois et toujours par inadvertance à la dire, ils ont toutes les peines du monde à l'assumer ensuite.

C'est d'ailleurs pour ça que Sophie De Menthon, son brushing, ses tailleurs et son sourire en plastique est parfaitement représentative de l'évolution comme qui dirait "naturelle" du libéralisme économique vers son cousin politique le fascisme : derrière l'image soigneusement construite de gentille blonde écervelée dégoulinante de bons sentiments qui assène des stupidités comme marquées au coin du bon sens, elle sort de ses gonds bien huilés quand on lui pose une question précise et le vrai visage du néolibéralisme apparaît, enfin, pour quelques minutes. La haine des autres. La justification de l'esclavage. Le désir compulsif d'écraser ce qui ose se dresser en face. La folie, enfin, puisque ces gens sont fous à lier, tous et sans rémission possible, fondamentalistes du Marché et adorateurs de la Force pour détruire.

On perdrait son temps à vouloir leur démontrer l'inanité et la profonde stupidité intellectuelle de leur idéologie malhonnête. Que si les gentilles multinationales font travailler les enfants plutôt que leurs parents, c'est d'abord parce qu'ils peuvent les payer encore moins et qu'ils ne se révolteront pas devant leur condition d'esclaves du capitalisme. C'est pourtant la simple et évidente vérité mais ces gens ne savent plus ce que c'est, la vérité, à force de mentir. Mensonges, vérités, semi-vérités, petites dissimulations, éléments de langage, sophistique articulée, hypocrisie crasseuse ou sincérité désarmante, eux-même ne savent plus où ils en sont par rapport à ça. La seule chose qui leur importe, c'est défendre leur croyance et tout est bon pour y parvenir. Ce ne sont plus des êtres humains mais des robots conditionnés et programmés.

Ne les regardez pas de trop haut toutefois : à force de les prendre pour ce qu'ils sont - des insensés - on finit par hausser les épaules et ricaner d'eux. Il faut pourtant les prendre très au sérieux : ces gens veulent nous détruire. C'est d'ailleurs leur projet principal, éradiquer tous et tout ce qui ne leur ressemble pas. Il arrive parfois que ça sorte un peu trop crûment, comme avec ces membres du Tea Party qui se lâchent un peu trop. Jules Manson, supporter du libertarien Ron Paul a exposé ainsi le vrai visage du libéral-fascisme sur Facebook en parlant d'Obama : "Assassiner le putain de nègre et ses enfants singes".
Les Américains n'ont pas les délicates pudeurs de nos néolibéraux, n'est-ce pas. Et non, ce n'est pas un "dérapage" ni une "brebis galeuse", évidemment : c'est un libéral-fasciste un peu plus sincère que les autres, c'est tout.

Pourtant, cette notion pourtant évidente de libéral-fascisme ne va pas de soi pour la majorité de la population, et pour cause : la dépolitisation généralisée empêche de voir le cousinage et la falsification érigée au rang des Beaux-Arts empêche les gens d'en voir sa réalité. Surtout qu'il se trouve nombre d'éditorialistes et de médiatiques qui défendent becs et ongles le libéralisme sans même comprendre qu'ils sont de facto les idiots utiles du libéral-fascisme. Les Quatremer et autres Aphatie ne sont pas assez intelligents pour comprendre qu'ils ne sont que les imbéciles caquetants d'une idéologie qui ne repose que sur la haine et l'esclavage, ils en sont les bouffons caracolants et en toute sincérité qui plus est.

Il faut pourtant passer outre les barrières médiatiques pour faire passer cette notion de libéral-fascisme dans la population. Je ne dis pas que ce sera facile, je ne dis pas que ça ira de soi. C'est cependant indispensable et on peut gager que nombre de personnes comprendront spontanément le concept, dame : ils en vivent les conséquences au quotidien.

mardi 20 décembre 2011

Génération cupcakes

J'ai 38 ans, j'en ai vu des vertes et des pas mûres et je me sens plus "jeune" que tous ces imbéciles de vingtenaires qui ne servent à rien et ne font rien d'intéressant de leur pauvres vie de misérables veaux consuméristes. 

Le jeunisme, y compris à gauche a toujours été une chose écoeurante : penser que des personnes veulent le "changement" en se basant uniquement sur leur classe d'âge supposément tournée vers la nouveauté et l'avenir radieux est un complet contresens et une aberration de l'esprit. Et surtout un héritage d'une certaine vision de mai 68 qui fût dans le monde occidental la dernière génération à vraiment se bouger le cul pour tenter de fissurer le vieux monde. Ça a été le cas à ce moment précis de l'Histoire, et c'est désormais fini et bien fini. Attendre quoi que ce soit de la "jeunesse", surtout d'un point de vue politique, est une impasse parce que le "jeune" ne fera rien. Il manifestera très très gentiment avant de sagement rentrer chez lui - suivant en cela le glorieux exemple de ses si "responsables" aînés -, il portera éventuellement un T-shirt du Che sans absolument rien connaître de lui et se pensera atrocement transgressif en buvant de l'alcool de mauvaise qualité et en fumant du shit coupé au henné. Punto. Son "engagement" s'arrêtera là et ensuite il ira trimer parce que faut pas déconner.

Il en a toujours été ainsi et on sait bien que le jeune se range sagement après quelques menues et inoffensives frasques ? Oui. Mais non, parce que là c'est pire. Contaminé par le conservatisme de cet hospice à ciel ouvert qu'est devenue la France - le reste du monde occidental n'étant nullement épargné mais je prend l'exemple le plus proche - et la cervelle essorée par toutes les merdes qu'il absorbe grâce à la télé avec la double peine pujadasseries/télé-réalité, le "jeune" de la France de 2011 est un petit vioque ratatiné sans élan, ni audace, ni créativité qui n'a les couilles de rien. Ouais, je dis "couilles", c'est hyper-virilistofasciste et je vous emmerde, aussi. Tout ce qui pourra le déranger dans son existence de pré-retraité douillette et mollassonne, tout ce qui pourra même un peu menacer son confort moral et intellectuel sera impitoyablement rejeté avec terreur parce que tu comprends, "la vie c'est déjà assez prise de tête comme ça". De la même façon qu'on peut parfaitement être réactionnaire et fumer des joints, le "jeune" est pour le mariage homo et l'égalité des sexes tout en rêvant de s'endetter pour 40 ans avec un T2 bis parce qu'on l'a convaincu qu'être "propriétaire" était un achèvement en soi. Un peu comme les "réussites" qu'on débloque à la Xbox au fur et à mesure du jeu : "Achievement unlocked : se caser à 19 ans", "Achievement unlocked : refaire la déco de l'appart", "Achievement unlocked : se foutre un crédit sur le dos +1000", etc. Autant de brillants et mirifiques projets qui vont bien les occuper et leur faire passer le temps jusqu'à ce qu'ils atteignent enfin leur âge véritable de papys et mamys qui sangloteront pour une retraite qu'ils n'auront pas mais, dame : ils ne se sont jamais battus pour quoi que ce soit.

Ouais ouais ouais, c'est pas de leur faute, ce n'est jamais de la faute de personne, c'est la dépolitisation, c'est la crise, c'est Internet, c'est çi c'est mi blablabla. Je compisse avec enthousiasme ce relativisme de gôche qui passe son temps à se prendre la tête à deux mains pour penser la complexité complexe et ne surtout jamais rien faire d'un peu innovant, qui irait même en dehors des sentiers battus de ses propres conformismes. De toutes façons, dans une société où tout le monde est vioque à 20 ans, rien d'étonnant à ce que ça impacte également les milieux progressistes. Depuis combien de temps sommes nous perpétuellement sur la défensive en nous calquant sur l'agenda de l'ennemi ? Depuis combien de temps n y a t-il pas eu de véritable nouveauté dans les pratiques ? Mais baste, je ne sais que trop bien que ce n'est pas la peine de parler de ça dans les partis de gauche et le renouveau viendra de l'extérieur.

Le symptôme de la jeunesse de vieux ? Cette excroissance qu'est le "hipster", espèce heureusement déjà en train de s'éteindre. Faussement rebelle et profondément conservateur, il n'est que la caricature branchouille de sa génération au suivisme moutonnier qui suit toutes les modes les plus débiles. Ce n'est plus le macaron qui est hype, c'est le cupcake. Vous verrez qu'on leur présentera des merdes de chien avec de la chantilly qu'ils se pâmeront devant parce que n'est-ce pas : tout le monde dit que c'est bel et bon donc c'est bel et bon. 
Où tout le conformisme bêlant d'une génération dans son époque résumée par des gâteaux dont même l'aspect fait mal aux yeux.

Et une génération dont les seuls buts dans la vie sont de s'endetter pour son appartement en espérant avoir assez à la fin du mois pour se payer des machins à la crème au beurre, désolé, mais elle mérite de crever.

mercredi 14 décembre 2011

Gianluca Casseri, un quasi-exemple à suivre

"Un militant d'extrême droite décrit comme solitaire et déprimé a tué mardi par balles deux vendeurs ambulants sénégalais et en a blessé gravement trois autres lors d'une expédition meurtrière sur deux marchés de Florence (centre) avant de se suicider."


Mais ce genre de "fait-divers" ne fera pas de Unes spectaculaires, n'est-ce pas : il y a moins de morts qu'à Liège et disons le net, ce ne sont que des Noirs. Forcément on se sentira moins "concerné" que quand c'est des blancs, je veux dire.
Non ?
C'est en tout cas certainement comme ça que vont raisonner et les médias généralistes et les éditorialistes les plus poisseux : je ne donne pas 24 heures à Ivan Rioufol avant qu'il dégueule un de ses habituel pamphlet halluciné où il expliquera que le multiculturalime est responsable de l'atrocité belge. Il ne se passera pas trois jours avant que Babette Lévy ne se fende d'un minable article dans le bistrot Causeur sur les danger de l'immigration incontrôlée. Marine Le Pen en aurait changé de sous-vêtements à l'annonce du patronyme du tueur de Liège, puisque c'est décidément la seule chose qui parvient encore à exciter les sous-cervelles droitistes : les fafs kiffent la mort et jouissent de la destruction.

Ce qui s'est passé ? C'est très simple : le fasciste italien à la cervelle mise en surchauffe par ses idées à la con et probablement alimenté en hautes doses de haine par les équivalents transalpins de Fdesouche a tout simplement fait comme son congénère Breivik : il a mis ses idées en acte.
Très concrètement voilà ce qui se passe : dans l'Europe du XXIème siècle, l'extrême-droite commence à tuer celles et ceux qu'elle hait. Et ça fait du monde parce que les dégénérés qui pataugent dans ces infra-mondes détestent tout ce qui ne leur ressemble pas. Pour le moment actes d'individus isolés - ce qui permet commodément de se dédouaner merdeusement alors que le sang coule encore - mais qu'on ne se fasse pas d'illusions : il y en aura d'autres. Forcément et hélas d'autres. L'extrême-droite se sent en position de force partout en Europe, elle se chauffe à blanc dans les commentaires en ligne et s'excite toute seule sur le Grand Jour en fantasmant sur les épurations ethniques à venir. Breivik et Gianluca Casseri ont tout simplement voulu aller plus vite que la musique, ils ont pêché par impatience, en somme...

Si on ne connait pas encore ce qui a poussé le repris de justice belge à commettre son effrayant massacre, on sait en revanche parfaitement ce qui a motivé le fasciste italien à tirer sur des Noirs : la bonne grosse xénophobie bien crasseuse et ses fantasmes de nettoyage par le vide. Comme Breivik, ce n'est pas l'oeuvre d'un "fou isolé", c'est un acte politique et pensé par leurs auteurs comme tels : tuer des gens, le plus possible dans une apocalypse meurtrière, parce que des idées politiques ont conduit à ce passage à l'acte. Il y aura des gens qui tenteront, encore, de nier l'évidence, de minimiser, voire même de trouver des circonstances atténuantes à Casseri : le pauvre, vous comprenez, il souffrait tellement de vivre dans ce pays communiste qu'est l'Italie avec toute cette chape de plomb bienpensante et droidlhommiste...
Mais comme disait l'autre, les faits sont têtus et la réalité est bêtement obstinée : Gianluca Casseri a tué et blessé parce que il était militant d'extrême-droite et la corrélation entre les idées et l'acte sont tellement évidentes que les seuls qui oseront le nier seront précisément : les sympathisants et militants d'extrême-droite. Non pas qu'ils désapprouvent l'acte en soi par ailleurs : c'st juste que ça leur fait une déplaisante publicité, pardi. On finirait par les voir tels qu'ils sont.

La seule bonne chose de cet évènement, c'est qu'il y a eu un fasciste assez lucide pour se rendre compte qu'il n'avait rien à faire dans le monde des gens normaux. Nous ne pouvons qu'encourager un maximum de ses congénères à suivre son exemple sur ce point là, à savoir retourner contre eux-même et seulement eux-mêmes leurs fantasmes morbides.

Consanguin italien

mardi 13 décembre 2011

La même chose que le mec de "Drive" dans l'ascenseur

Ceux qui parlent sans arrêt de "reformes dures mais nécessaires."
J'ai envie de leur faire la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.

Les gens qui affirment : "Quand même, il y a trop d'étrangers en France non ?".
J'ai envie de leur faire la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.

Ceux qui pleurent sur les quais de gare parce qu'ils sont pris en otage.
J'ai envie de leur faire la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.

Les pro-sionistes suprémascistes qui trouvent normal que Tsahal hache des palestiniens.
J'ai envie de leur faire la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.

Ceux qui me traitent d'antisémite mais pas *vraiment* parce que ce sont des couards avec des têtes à sodomiser des porcs.
J'ai envie de leur faire la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.

Les militants UMP qui tractent le dimanche matin sur le marché où j'achète mes poireaux.
J'ai envie de leur faire la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.

Les économistes libéraux.
J'ai envie de leur faire la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.

Les gens qui roulent en 4x4.
J'ai envie de leur faire la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.

Ceux qui bossent dans la finance.
J'ai envie de leur faire la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.
Et ensuite de découper leur corps en morceaux avec une scie à métaux, mettre les morceaux dans les sacs poubelles et emmener les sacs au zoo pour les balancer dans la fosse aux tigres pour que eux aussi puissent fêter Noël. Parce que y a pas de raison.

Les monomaniaques de la "dette".
J'ai envie de leur faire la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.

Les conspirationnistes fêlés qui te prennent la tête avec le complot du 11 septembre.
J'ai envie de leur faire la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.

Les "libéraux de gauche".
J'ai envie de leur faire la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.

Les végétariens militants qui essaient de te culpabiliser d'adorer manger des animaux morts.
J'ai envie de leur faire la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.

Ceux qui veulent "donner du sens à la rigueur".
J'ai envie de leur faire la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.

Les imbéciles qui se vantent de leur "islamophobie" et de leur racisme crasseux.

J'ai envie de leur faire la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.


Je me rend compte qu'il y a décidément trop de gens qui mériteraient et amplement qu'on leur fasse la même chose que le mec de Drive dans l'ascenseur.
La tâche est par trop décourageante de par son immensité et par le dévouement qu'elle nécessiterait.
Et puis n'est-ce pas je suis incapable de faire du mal à mon prochain...

Juste avec ce détail qu'aucune des personnes sus-citées n'est, justement : mon "prochain".

lundi 12 décembre 2011

Le tour d'écrou des boomers

Manière de rebondir sur le billet précédent, il faut à un moment donné réfléchir au poids des + de 60 ans dans la situation objectivement merdique que nous traversons. Oui, évidemment, vous connaissez des ex-baby boomers présentement sexagénaires qui sont toujours complètement d'jeunz dans leurs têtes et pas chiants du tout, ce sont  d'ailleurs peut-être vos propres parents et j'en connais moi aussi des comme ça. Mais là on ne parle par des exceptions, on va essayer de visualiser les généralités. Ou quand le poids de la démographie pèse très très lourd politiquement.

Celles et ceux qui sont nés après guerre sont donc désormais soit à la retraite, soit refusent de l'être ; ces derniers sont certes une minorité mais ce qu'on définit par une minorité d'autant plus agissante qu'elle a les moyens d'agir : elle est riche, disons le net. C'est cette minorité chenue mais encore bien vivace qui se retrouve à la têtes des journaux et des médias en général, qui va dans les conseils d'administration, qui est le mieux du monde représentée au CAC40 bref : elle possède tout ou peu s'en faut. Principalement composée d'hommes dans sa forte majorité - quoique les femmes y ont leur place, moins importante il est vrai mais indéniable -, soit carrément de droite soit se prétendant de gauche "mais avec le portefeuille à droite" (donc de droite), ayant tissé des réseaux consanguins depuis des décennies entre politique, médias et business, ils sont donc cette bourgeoisie qui défend naturellement ses intérêt de classe et coopte et favorise non seulement celles et ceux qui partagent ses idées, mais aussi qui sont issus de la même génération qu'elle. Et eux n'ont aucune raison de partir à la retraite puisque leur but dans la vie est de se goinfrer jusqu'à ce que mort s'ensuive, les récentes pérégrinations d'un Jack Lang s'accrochant comme moule à un rocher à toutes les prébendes possibles et imaginables, alors qu'il n'a jamais rien fait d'intéressant de sa vie, illustrant à la caricature leur nature boulimique et parasitaire.

À l'autre bout du spectre se trouve l'ex-boomer lambda, pas riche mais parfois pas pauvre, ou bien tout simplement pauvre, avec sa petite pension qui lui permet de vivoter après une vie exemplaire de docilité et de travail sans rouspéter. Contrairement à son congénère bourgeois, il n a plus rien à faire et il se fait chier en attendant l'inéluctable fin, alors il regarde beaucoup la télé qui ça tombe bien s'est adaptée pour lui faire plaisir et le conforter dans sa vision du monde de vioque. Il a peur pour tout ? Il trouvera de quoi alimenter ses angoisses dans la petite lucarne qui lui présentera le monde entier à feu et à sang. Il se sent floué de sa propre vie qui tire à sa fin ? Ses aigreurs sauront se défouler chez les bouc-émissaires qu'on lui sert à longueur d'année. Il déteste tout ce qui est nouveau et risque de le déranger ? Tout ce qu'il verra et comprendra le confortera dans cette vison des choses. Il est terrorisé par l'avenir (pour lui = les asticots) ? On lui démontrera pas A+B que "c'était mieux avant"...

Les deux catégories d'ex-boomers ne partagent en fait qu'une seule chose : leur pouvoir politique.
Pris dans le sens de "vrai" pouvoir pour les premiers, puisque détenant moyens de productions, portefeuilles d'actions et places d'influence qui leur assurent un vérouillage complet de notre soi-disant démocratie, il suffit de jeter un oeil à la composition sociologique de l'Assemblée Nationale pour en être édifié ; 
Pris dans le sens de détention de cartes d'électeurs pour les seconds parce que le plus de 60 ans, vote, lui. Et ne se prend pas la tête à deux mains pour réfléchir au caractère bourgeois de la représentativité électorale : il vote. Pour ceux - et celle... - qui lui disent les choses qui lui font du bien.

Nous avons donc :
Les ex-boomers "d'en haut" qui ont tout à fait intérêt à ce que non seulement rien ne change, et qui aimeraient même qu'on revienne en arrière genre avant les congés payés et le SMIC ; 
Les ex-boomers "d'en bas" qui ont peur que les choses changent et votent pour qu'on revienne en arrière.
Ça s'appelle de la collaboration de classe d'âge.

Entre les deux ?...
Nous.
C'est à dire tout le reste de la population, littéralement prise en otage par le pouvoir politique des vieux riches et des vieux pauvres qui votent. Et qui donnent le "La" d'un pays qui s'enfonce dans le conservatisme et les nostalgies recuites. 
Et qui transforment tout doucement le monde occidental à leur image puisque le problème est bien loin de concerner seulement la partie européenne du monde, cf. ce graphique montrant leur poids d'influence sur la culture populaire aux Etats-Unis.



Je ne suis pas en train de dire que l'ennemi c'est le vieux ; ce serait trop simple.
Encore que...
C'est juste pour montrer que vu que le vieux est de plus en plus en plus résistant grâce à la médecine, on en a encore pour fastoche 20 ans à se le fader.
Et même quand ils auront enfin passé la main, les dégâts qu'ils auront fait dans l'ensemble de la population perdureront : les jeunes de maintenant étant déjà vieux et pétochards avant l'âge, il est douteux qu'ils donnent des seniors ouverts d'esprit.

Décidément, les décennies à venir vont être une puissante rigolade, moi je vous le dit.

vendredi 9 décembre 2011

Génération Bayrou

Je me demandais quand même pourquoi à la fin on a subi pendant quelques jours la présence de Bayrou matin midi et soir dans toutes les gazettes (ouais, en ce moment je cause comme un académicien sénile qui fait des effets de style dans la presse de droite, j'aime bien).
Parce que oui : pourquoi Bayrou, bordel du cul de ta mère ?
Qu'est-il ? Rien ? Que veut-il devenir ? Lui-même l'ignore. Que deviendra t-il ? On s'en branle, non ? Alors pourquoi mais pourquoi diable avons nous subi des jours durant l'insoutenable suspense d'une candidature du yaourt périmé centriste ?
La révélation m'est venue ce matin en me brossant les dents, parce que la muse de CSP elle est comme ça : elle prévient pas et c'est toujours un peu la surprise. Donc, pourquoi on voit partout ce type qui fera 4 % maximum ? L'hypothèse permet surtout d'ébaucher un commencement de compréhension du fonctionnement de la machine médiatico-politique : on l'a vu partout parce que ceux qui tiennent les rédactions des journaux l'aiment bien et ont des idées proches des siennes. C'est aussi con que ça.

Du même âge - la soixantaine -, du même milieu social, ayant les mêmes idées - un centrisme gentiment conservateur aux accents réactionnaires à l'occasion, et surtout la même poignées de convictions libérales eurocentristes à la con. Voilà peu ou prou à quoi ressemble l'idéal-type du patron de presse et de l'éditorialiste incrusté partout depuis des éternités, qui a peut-être été un moment à l'extrême-gauche et qui a viré casaque avec la découverte qu'on pouvait se faire un max de blé en étant relaps du progressisme, quand il n'a pas benoîtement toujours été centriste c'est à dire de droite.

(Au passage, je ne peux résister à la jubilation qui fût mienne quand Eva Joly s'est mise à clamer qu'elle allait embrasser la cause du niais Béarnais. Dire qu'il y a des naïfs pour penser qu'elle était quasi de gauche...quand depuis le début c'est elle aussi une européiste béate et une libérale convaincue. Les attaques de la droite contre elle sont odieuses ? Assurément ; mais ce n'est pas une raison pour la trouver spécifiquement sympathique non plus, faut pas déconner, fin de la parenthèse).

La disproportion entre l'absolu inintérêt de la candidature Bayrou et son envahissement médiatique de ces derniers jours trouve là une explication limpide : un élan de solidarité de classe et de classe d'âge pour un "petit" candidat qui n'est destiné qu'à servir de réservoir de voix pour la droite aux présidentielles et aux législatives (l'électorat centriste se bouchera le nez et votera Sarkozy comme un seul homme par peur du communiste François Hollande, si si, ils sont vraiment cons à ce point), par des gens détenant les leviers de l'information et qui peuvent imposer leur lubies en première page.

Voilà donc pourquoi on ne parle jamais de la France "d'en bas" - ou trop peu, ou trop mal - dans les gazettes y compris virtuelles : des hommes sexagénaires, blancs, hétérosexuels et conservateurs, qui plus est issus majoritairement des classes soit-disant supérieures, imposent les sujets qui leur paraissent faire sens à eux et ne comprennent pas, certainement le plus honnêtement du monde qui plus est, qu'on ne s'intéresse pas aux même chose qu'eux.
D'où également la totale incompréhension du phénomène Front National dans les médias de masse, celui-ci étant un symptôme de problèmes sociaux dont l'âpre réalité passe très loin au-dessus des têtes de nos pimpants vioques.

Cependant, qu'on en espère pas trop non plus de "nouvelles générations" de jeunes journalistes qui finiraient un jour par balayer les anciens : il suffit de lire la production de ces bobos n'ayant jamais été frappé par les aspérités de la vie pour vite comprendre que certes la relève est assurée et qu'on passera d'un centrisme de droite (et européiste et pour l'économie de marché) à un centrisme de gauche (européiste et pour une économie de marché "juste et régulée").

Autant dire qu'Acrimed ne connaîtra pas de longtemps des angoissantes questions de chômage technique.

mercredi 7 décembre 2011

Ce que liberté d'expression veut dire

Le problème avec la liberté d'expression, c'est que c'est déséquilibré dès le départ.
Vous donnez 50 % de temps de parole au Bien et 50 % de temps de parole au Mal, c'est le Mal qui l'emporte à la fin.  La capacité de nuisance, l'absence de scrupules, l'emploi de tous les biais rhétoriques et de toutes les malhonnêtetés langagières, et enfin voire surtout son mépris le plus absolu dès le départ pour cette notion même de "débat" à laquelle on l'a pourtant convié fort naïvement en espérant que le Mal va "se tenir bien" feront immanquablement que d'emblée la dissymétrie sera évidente, et qu'il pourra triompher sans même trop d'effort de ses interlocuteurs trop corsetés par les convenances et l’obsession d'être polis, bien élevé et "corrects".

Pour un exemple concret de cette démonstration, allez voir n'importe quel "débat" avec Jean-Marie Le Pen, il s'en trouve pléthore de vidéos un peu partout. Pas que lui certes et sa fille a bien repris le créneau, mais également tous les idiots utiles du Front National comme Elisabeth Lévy, la flaque Zemmour et autres Ménard. Ces gens n'ont que "liberté d'expression" à la bouche, alors qu'ils s'en moquent comme du premier pin's à croix celtique de Serge Ayoub, de la liberté d'expression : ils veulent dire avant tout la leur, et méprisent souverainement celle de tous les autres. Surtout ceux qui ont l'effarant toupet de ne pas être d'accord avec leurs élucubration racialistes, aussitôt conspués avec hystérie et joyeusement insultés de toutes les manières possibles et imaginables. De ce point de vue et dès le départ, tout est biaisé et la seule chose à faire ici, la seule mentalité à adopter c'est d'y aller à la seule condition de le faire pour les défoncer, les enfoncer plus bas que terre - en bas ils y sont déjà de toute façon - bref : refuser de discuter avec des gens qui ne veulent pas discuter et assumer le rapport de force, le reste étant de l'onanisme.

De fait, les voir tout le temps et partout couiner qu'on ne les voit nulle part et qu'on les empêche de débonder leur racisme de petits blancs flippés et névrotiques - alors qu'on ne parle que de ça tout le temps - et que la question "ethnique" a depuis longtemps supplanté les vraies réalités des questions sociales dans le "débat" fait comprendre à un moment que la "liberté d'expression" c'est bien gentil mais que pour qu'elle soit un peu viable, il faut sévèrement l'encadrer. Donc non, en effet, quel dommage pour eux, on ne peut pas - pas encore ? - déblatérer toutes les merdes racistes qui leur passent par la tête. Il y a des lois, certes imparfaites et qui mériteraient par ailleurs qu'on les durcisse vigoureusement - mais on ne durcit des lois que contre les pauvres, dans ce petit pays poujadiste de merde, que voulez-vous - et si vous avez vraiment envie de vous lâcher il y a les commentaires de Fdesouche pour ça. Et encore.

Quand l'autre truie blonde se fait mettre tricarde à Dauphine et qu'elle en profite pour tomber le masque de la "nana sympa" en couinant ses caprices d'interdiction de tout ce qui n'est pas d'accord avec ses idées à la con, elle est au moins pour une fois sincère : finalement, ces associations et militants de partis n'ont fait eux aussi qu'utiliser leur "liberté d'expression" afin de faire comprendre qu'on ne "débat" pas avec des fascistes. Mais les fafs et les droitards oublient toujours qu'il existe d'autres libertés d'expression que la leur, ou plutôt ils ne l'oublient jamais et c'est bel et bien pour ça qu'ils veulent faire taire leurs opposants par tous les moyens, Sophia Aram en sait quelque chose. Encore une fois, leur idée de la liberté d'expression, c'est eux monopolisant le crachoir et personne en face. Et si le contexte historique s'y prête, on hésitera pas à se débarrasser physiquement des malpolis si besoin est.

J'en vois encore au fond à gauche - toujours les mêmes... - qui rouspètent que oui mais non paske tu comprends la liberté d'expression il faudrait qu'elle soit pareille pour tout le monde et totale et on est libres quoi merde je veux dire. C'est adorable, mais vous êtes des naïfs, comme ce bon Chomsky qui est certes bien gentil et dont on ne saurait trop recommander la lecture, mais qui devrait peut-être occuper son temps à autre chose que signer des pétition en faveur de néo-nazis au nom de leur "liberté d'expression". On les entend fort peu, ces gens là ? On les entend toujours trop. 

Je suis contre la liberté d'expression ? Bon, vous avez décidé de me faire chier ce matin, c'est ça ?
On ne se rend tout simplement pas compte à quel point la liberté d'expression est une chose absolument précieuse, surtout.
Nous vivons dans des, bon, "démocraties" pour aller vite où on peut se permettre des choses absolument folles comme critiquer les pouvoirs en place sans finir dans un cul de basse fosse ou encore mieux d'une balle dans la nuque dans une cave. Des dizaines de pays ne tolèrent tout simplement pas ce genre de choses. Sauf qu'à force de baigner dedans en permanence depuis "toujours" - ce "toujours" étant fort relatif puisque critiquer la royauté étant fort mal vu à une époque pas si lointaine en temps historique - il semble bien qu'on perde un peu de vue que si elle est un droit précieux arraché de haute lutte à l'absolutisme et à l'arbitraire, et que certes des millions de gens dans le monde rêvent légitimement d'avoir la même et il faut les soutenir dans cette noble aspiration,  la liberté d'expression n'est pas un droit anodin, ni inoffensif. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut manipuler sans précautions, ce n'est pas quelque chose de simplement "démocratique". D'ailleurs, justement : la liberté d'expression, c'est comme la démocratie : ça se mérite. Et les laisser à des personnes qui haïssent la démocratie et la liberté d'expression des autres qu'eux se paie toujours très cher.

Il y a ce mythe qu'aux Etats-Unis la liberté d'expression est complète et absolue, 1er Amendement etc. Mouais. Même aux Iouesses, lancez-vous dans un bouleversant plaidoyer pour la pédophilie, vous allez voir comment vous serez reçus. Et c'est bien normal. Mais les Etats-Unis ne sont pas seulement ce pays où la liberté d'expression serait protégée par la Constitution : c'est aussi le pays occidental le plus inégalitaire et le plus violent. Et il y a un rapport.
Les mots sont des armes.
Le discours prépare le passage à l'acte.

Partant, au lieu de vouloir à tout prix la liberté d'expression de tous même de nos pires ennemis, réfléchissez d'abord à ce que risque de nous coûter ce genre de bons sentiments.

"Nan mais faut les laisser s'exprimer, tu'ois..."

mardi 6 décembre 2011

Le nucléaire français ?

Clique dessus c'est LOL (ou pas, en fait)

lundi 5 décembre 2011

Devenir l'ennemi

C'est un vendredi soir quelconque et quelqu'un est écroulé sur un canapé devant une télé. Ce quelqu'un a sa semaine de boulot dans les pattes, ce quelqu'un est crevé et remâche vaguement un ou deux trucs un peu relous qui ont émaillé ses jours d'avant, ce quelqu'un est sans doute en train de vaguement grignoter quelque chose d'objectivement pas très bon pour la santé, et il regarde l'écran tout en ne le regardant pas vraiment tout en le regardant.
Si ce quelqu'un se pique un peu de culture et a même un peu de goût pour l'élévation intellectuelle, il culpabilise, vaguement aussi, sur le fait qu'il sait qu'il est en train de perdre du temps à regarder des conneries sans nom sur des chaînes spécialisées en décérébration de masse. Ce quelqu'un passe par dessus cet echo parce que fatigue physique et/ou psychique, et se dit que les choses "intelligentes" il en fait à longueur de journée et qu'on a bien le droit d'être un peu con des fois parce que ça fait du bien. Ou alors ce quelqu'un ne se dit même pas ça puisqu'il n'a pas ouvert un livre depuis le lycée et ça ne lui manque pas vraiment.

Ce quelqu'un, c'est vous, c'est moi et c'est tout le monde.

En résumé tout ça est admirablement simple : le capitalisme nous a extorqué notre valeur-travail à vil prix, et en plus de notre insuffisant salaire, il nous offre la consolation de regarder du loisir de masse qui passe son temps à chanter ses louanges. Et à convaincre par milles moyens, subtils ou le plus souvent écrasants, que le capitalisme est la seule et unique solution à...tout.
Nous vivons dedans depuis toujours, nous baignons dedans depuis le berceau, et il est même possible qu'il nous accompagne jusqu'à la tombe.
Certains d'entre nous ont conscience de cette mainmise. De ne pas vivre dans un monde où nous pouvons avoir le choix. Les plus trentenaires d'entre nous se souviennent de l’effondrement d'un mur et de ce que ça a signifié : un triomphe d'un camp sur un autre. Non pas que cet autre camp ait d'ailleurs été paradisiaque en quoi que ce soit, bien loin de là ; au moins signifiait-il qu'il y avait peut-être "autre chose" ailleurs. Des tentatives, ratées, effroyablement ratées parfois, mais dont les dégâts inexcusables par ailleurs peuvent parfaitement se mesurer avec ceux du capitalisme qui règne lui sur l'ensemble de la planète désormais.

Depuis tout petits, nous vivons à l'ombre des "crises" de ce capitalisme. Des crises qui sont autant de purges violentes et nécessaires à sa survie et à la continuation de son emprise sur tous, comme ces Romains qui se gavaient dans des orgies durant des jours et se faisaient vomir pour continuer à se vautrer dans l'obscénité de leur opulence décadente. Nous sommes les esclaves de cette Rome et nous en attendons la chute, que certains nous disent imminente depuis...un siècle ou deux, on ne sait plus trop. Pendant longtemps, on pouvait se consoler avec des mouvements de masse, et des politiques progressistes. Les manifs de millions de personnes et les grèves inter-secteurs faisaient peur, vraiment peur, nos Romains finissaient par lâcher des bribes substantielles pour préserver l'essentiel, il y avait même des partis de gauche qui pesaient électoralement, qui pouvaient infléchir les institutions et jeter du monde dans les rues. Ce n'est pas que c'était "le bon temps", la nostalgie est réactionnaire, camarades : c'était que ça existait et que c'était déjà pas mal.

Prenons un petit pays poujadiste de merde comme la France d'aujourd'hui : tout ça n'existe plus. Les mouvements sociaux ne font plus peur du tout, les grévistes sont haïs, et il n y a plus de parti de gauche qui compte vraiment.Encore mieux : le capitalisme n'est plus seulement le système politico-économique qui régit nos vies, il est désormais solidement implanté dans nos têtes et quoi que nous fassions nous ne pouvons même penser qu'en fonction de lui. There Is No Alternative. Le triomphe semble consommé, du moins pour la partie occidentale du monde.
À moins que...
Mais on va y revenir.

Avant même de continuer à lire ce billet, certains sont en train de hurler au "défaitisme". Je sais comment fonctionne mon camp, il n' y a que le On/Off qui vaille : soit l'optimisme hors-sol complètement déconnecté, et la "Révolution" (par les urnes, prolétarienne, réformiste, au choix) est imminente, soit l'écroulement pessimiste dans le ça sert à rien tout est foutu autant cultiver son jardin comme disait le penseur. Je ne me situe ni dans l'un ni dans l'autre. Je prend le pari d'une vision des choses moins tranchée et surtout qui pense le rapport de forces non pas en fonction de l'idéologiquement correct - ce qu'il est de bon ton de penser - mais par rapport à une question d'efficacité. Pour ça, il faut sortir la tête du guidon activiste comme de la déception politique et enfin pouvoir regarder ce qui se passe vraiment.
Et en tirer les conclusions qui s'imposent.

Il paraît que je peux être "froid". Parfois. Un psy m'avait parlé à mon propose de, je cite : "distanciation émotionnelle". J'admet que ce n'est pas faux. Et je ne vois pas du tout où est le problème, d'ailleurs. Je trouve au contraire que c'est une très bonne chose, à l'occasion, d'avoir la capacité à prendre un énorme recul sur tout - y compris sur soi-même, il va sans dire - et de poser un regard froid et détaché sur les choses et les êtres. Clinique. 
Personne ne reproche à un chirurgien de regarder son patient comme un morceau de viande à opérer : il est bien obligé et ne peut pas se permettre un sentimentalisme déplacé. Il a un boulot à faire et il le fera d'autant mieux qu'il s'éloigne mentalement de cet autre sur la table d'opération.
Nous manquons cruellement de chirurgiens dans notre camp. Alors que le patient est complètement métastasé de la cave au grenier, puisque nous même nous pensons avec le capitalisme, même contre lui.

Il faut devenir l'ennemi.
Il faut prendre ses armes et les utiliser contre lui.
Il faut descendre à son niveau, si bas soit-il parce que c'est "en bas" qu'il se bat et tant que nous resterons dans nos azurs d'impuissances moralisantes, nous n'auront pas de prises sur lui.
J'en vois déjà qui se braquent, c'est normal : vous êtes dans le sentiment. Dans l'émotion. Pire : dans la "morale". Je ne suis pas "moral" : je suis "politique". Et quand on est "politique", on comprend que face à un système basé sur l'immoralité foncière, on ne le combat pas avec des bons sentiments. Les bons sentiments, ça sert à se consoler et à se tenir chaud.

Un exemple concret : comment se fait-il qu'un pauvre Blogspot parmi tant d'autres soit aussi bien ranké dans Google ? La régularité et une certaine qualité d'écriture, et le soutien de mes lecteurs et trices, merci à eux. Mais ce n'est pas suffisant.
Non mes amis mes camarades, la simple expression des "idées" ne permet pas de les voir sortir du lot. Abandonnez cette illusion au plus vite, ça ira tout de suite mieux après.
CSP est convenablement ranké parce que je me suis penché sur la question et que j'ai étudié comment ça marchait  Partant, j'ai lu du webmarketing et j'ai utilisé certaines de ces idées.
Autant dire que j'ai fais un truc complètement incroyable à gauche de la gauche : j'ai été pragmatique.
Ce qui me permet désormais de fesser cruellement les petits histrions et d'en laisser ensuite une trace durable sur Internet. Tapez donc "Pierre-André Taguieff" ou "Bruno Roger-Petit" dans Google, et jetez un oeil à la première page.

Ah oui, c'est vrai : j'ai "trahi".
Encore ce sentimentalisme déplacé...
Je me suis adapté à la situation pour qu'elle serve mes objectifs.
Vous pensez que ça m'a fait plaisir de me plonger là dedans ? Rarement j'ai lu littérature aussi merdique et indigente. Il semble qu'il n'existe pas de milieu plus rempli à ras bord de trous du cul stupides incultes et prétentieux et vains que le webmarketing. Mais ils détenaient des informations utiles et je m'en suis servi.
J'ai pris les armes de l'ennemi pour les retourner contre lui et pas une seule seconde je n'ai eu le moindre scrupule à le faire.
Mais c'est parce que je suis "politique" et pas "moral" pour un cachou. Moi.
Et quand on est plongé dans une piscine de merde, autant apprendre à nager.

Je suis devenu l'ennemi.
Je pense comme lui. Je réfléchis comme lui. J'agis comme lui. Je l'ai étudié. J'ai lu ses livres et ses blogs. Je suis entré dans sa tête et j'ai compris comment il fonctionnait. Et je lui ait pris ses idées pour servir les miennes.
Oh non, par pitié, arrêtez de pleurer : vous êtes pathétiques...
D'autant plus que si vous arrêtez un peu d'être si "moraux" et sentimentaux, vous serez obligés d'admettre une vérité froide et déplaisante : vous êtes l'ennemi vous aussi.
Nous le sommes tous.
Qui peut se targuer ne ne jamais céder à l'individualisme au détriment du bien collectif ? Qui ne cède jamais au consumérisme ? Qui ne s'écroule pas devant sa télé à regarder des merdes au lieu de vraiment cultiver son corps et son esprit ?...
Vous voyez bien.
Nous sommes tous contaminés.

La plupart d'entre nous le savent parfaitement par ailleurs et ils en ont même honte. Ce qui est une drôle d'idée par ailleurs, c'est comme si on avait honte d'avoir attrapé la grippe pendant une épidémie. Alors on se réfugie dans la "morale et son corollaire le politiquement correct. On ne fait pas "ça", nous. On est pas comme "ça", nous. On fait suffisamment de compromissions à longueur de temps, autant qu'on se garde un coin pour s'émerveiller d'à quel point on est "indignés" et tellement, tellement "moraux". Là dessus, on sera intransigeants et rigides, d'ailleurs, dame : c'est tout ce qui nous reste...

Je suis devenu l'ennemi et je prends tout ce que je peux pour le combattre. Je ne fronce jamais le nez, je n'ai plus de snobismes, je n'ai pas de tabous, je n'ai pas de scrupules. Je trie. Je descend à son niveau pour le combattre parce que c'est la seule chose qui est efficace et je ne raisonne plus qu'en termes binaires : ce qui marche. Et ce qui ne marche pas. Le seul impératif, c'est l'operativité, le reste c'est poubelle.
Je suis devenu l'ennemi et je n'oublie jamais qui est l'ennemi.

Et si vous voulez vous battre contre lui, vous allez devoir vous aussi devenir l'ennemi.
Du reste et comme dit plus haut, vous l'êtes déjà.
Assumez.


dimanche 4 décembre 2011

Petit pays poujadiste de merde

Si il y en a encore certains qui doutent de l'inévitable réélection du nabot funeste, qu'ils regardent les réactions au préavis de grévounette de la SNCF et ils auront peut-être enfin les écailles qui leur tomberont des yeux. Poujade  est dans la place et rien ne baigne, puisque ce n'est que rouspétances et criailleries en reprenant au mot près l'argumentaire de droite libérale. J'en ai trouvé un parfait exemple ici, et ne vous fatiguez pas, c'est complètement représentatif.

Si vous en êtes aussi à fantasmer sur un nouveau décembre 1995 - et vous vivez décidément un petit peu au pays des poneys -, laissez tomber : ce qui avait été possible à ce moment d'Histoire ne l'est plus. Si là maintenant tout de suite un mouvement social de cheminots d'ampleur éclatait, il ne serait pas embrayé dans la foulée par les autres catégories de fonctionnaires, et encore moins par le privé. Et de toute façon en aucun cas il ne recevrait le soutien plein et entier de la population. Surtout à cette période de l'année parce que vous comprenez : on a rien contre vous les feignants de grévistes, mais quand même quoi c'est Noyel...

Noyel. La gabégie consumériste du bonheur obligatoire, dans laquelle des pans entiers de smicards et et de classes même plus moyennes vont engloutir minimum un mois de loyer en conneries diverses et variées parce que c'est Noyel et surtout parce que le conformisme de masse le plus ras du bitume fonctionne à plein régime comme jamais. La crise ? Oui mais c'est Noyel ! On bouffera des patates crues en Janvier vu qu'on aura plus assez pour régler l'électricité mais on se consolera en se disant quo'on a fait comme tout le monde. Et en ces temps incertains, le moutonnisme ça tient chaud.

D'un côté la solidarité de classe, de l'autre les trépignements égoïstes qui réclament se pouvoir se consoler de tout en faisant "la fête" et en se gavant de foie gras Leader Price, le peuple de France a choisi. Le cerveau n'est même plus lavé à ce stade, il est passé à l'eau de Javel et récuré à la brosse métallique. Plus rien ne subsiste que la poignée de neurones nécessaires pour assurer ce qui donne un salaire à la fin du mois, s'occuper un peu des gosses et faire les courses. Au delà de cet horizon du quotidien le plus survivaliste et immédiat : RIEN. Dépolitisation, déculturation, déception : le triomphe de la propagande de droite est consacré et absolu. La France est devenu un petit pays poujadiste de merde, aux habitants repliés dans leurs T2 bis et vautrés devant l'écran plasma à crédit, qui ne veulent rien, n'attendent rien, ne veulent plus rien espérer, et gobent tout ce que leur raconte la télé. C'est pas de leur faute ? Ils ont peur ? Il faut comprendre ? Nous aussi on en bave, ça ne nous empêche pas d'avoir un cerveau qui fonctionne et de nous intéresser à ce qui se passe au-delà de nos nombrils. À un moment il faut bel et bien reconnaître ce que c'est : de la paresse des neurones. De l'idéologie du "j'veux pas m'prendre la tête". De l'anti-intellectualisme assumé qui regarde Koh-Lanta "mais au deuxième degré, hein" ce qui au final ne diffère en rien de le regarder au premier degré mais on sauve les apparences avec les moyens qu'on peut, même minables.

La propagande droite fonctionne tellement bien que les premiers intoxiqués par elle sont évidemment les droitards désormais complètement en roue libre qui piaillent à longueur d'Internet qu'ils vivent en Soviétie, et il faut vraiment avoir le liquide céphalo-rachidien qui fait des bulles pour en arriver là. Ce qui est tombé sur le reste de la population n'en est qu'une version dégradée et certes moins crue mais suffisamment efficace pour pourrir ce qui restait du minimum de conscience sociale et politique. Allié au fait objectif que les manifs même massives ne font plus peur à personne et que la gauche est parfaitement à la ramasse partout et sur tous les sujets quels qu'en soit ses nuances, ce n'est même pas du terrain qu'on a perdu : c'est un Hiroshima mental à l'échelle d'un pays voire d'un continent, le reste de l'Europe ne valant guère mieux voire pire encore.

La seule véritable inversion de paradigme, la seule vraie remise en question à faire désormais, c'est qu'il faut en finir, définitivement, avec les piteuses théorisations de la "pédagogie" - qui suppose quand même qu'on s'adresse du haut de notre conscientisation à la plèbe pour l'éduquer et la hausser à notre si enviable niveau (LOL) - pour mettre un énorme mouchoir sur nos orgueils et descendre à la mine. Ce n'est même plus seulement qu'on est "trop haut", c'est que tous les autres sont descendus "trop bas" pour même comprendre quoi que ce soit à ce qu'on leur raconte. Ici de deux choses l'une : on a pas à se remettre en question, on campe sur nos positions "pédagogistes" et on se tient chaud dans nos bibliothèques ; l'autre, on va les chercher avec des mots et des concepts qu'ils pourront comprendre. Ne perdez même pas de temps à essayer d'argumenter : on a plus le choix. Vous ne les "éduquerez" pas, c'est trop tard et tout le monde s'en carre de vos scrupules, camarades. Il va falloir descendre bas, très bas, faire des choses moches, très moches, des compromis huileux et tripoter du crade, se vautrer dans des trucs que rien que d'y penser ça écoeure mais encore une fois et mettez vous bien ça dans le crâne : on a plus le choix. Du tout. 

Oui, on va traverser une période de merde. Non, pas comme avant, pas comme d'habitude : pire. De toute façon, on est déjà bien enfoncés dedans, alors pas la peine de faire les pudique, on en a plus les moyens. Et l'une des toutes premières choses à faire, c'est ça.

vendredi 2 décembre 2011

Les chairs molles du réactionnaire

Il y a les gens normaux comme vous et moi qui le matin avons un perchoir à canaris pour quelque obscure raison physiologique et aussi peut-être parce qu'on a pensé un peu fort à Natalie Portman ; et il y a les François Miclo qui entrent en tumescence parce qu'ils ont pensé à Marcel Bigeard.
Chacun son truc.

On est pas totalement responsable de ses fantasmes, admettons ; certains peuvent même surprendre, à l'occasion, tant est tortueuse la libido de l'être humain et on pourra sans doute pardonner bien des choses quand on connaît un peu la vie. Ceci dit, on comprend mal les fantaisies humides qui s'épanchent dans la cervelle de François Miclo, quand on est doué du minimum syndical d'intelligence s'entend, et qu'on est pas en train de baver devant des généraux. Surtout quand soi-même on ne ressemble physiquement à rien et qu'on est à l'évidence incapable d'aligner 10 pompes. Les "intellectuels" mous et racornis ont toujours bandé pour les militaires et les symboles de cette Force dont ils savent au fond qu'elle leur sera à jamais étrangère. Alors ils se contentent de la vivre par procuration. Les François Miclo - on en parlera au pluriel, ce stéréotype de sous-penseur réactionnaire est un produit standard interchangeable, inodore et insipide comme un petit-suisse - sont des faibles et ils le savent. Ils compensent par leur fascination morbide pour les ganaches gradées et tous les puissants quels qu'ils soient.

Au moins le François Miclo n' a t-il pas peur du ridicule : ses lignes sur les Invalides lui font s'y vautrer avec délices.
"Ce n’est pas un endroit où l’on cause philosophie le petit doigt levé. Peigne-cul et blancs-becs n’y sont pas des masses. Ils n’y sont pas même les bienvenus. Ça sent plutôt la sueur et les larmes, le sang et les corvées de chiottes. Que voulez-vous ? L’histoire de France n’a pas été écrite par des ronds-de-cuir, mais par des soldats."
On aura compris que quand il désigne ces peigne-culs qui discutent philosophie, c'est de lui qu'il parle, évidemment, de cette part de lui-même qu'il maudit et l'a empêché de devenir un Homme, un Vrai : un Soldat. C'est un faible, et il le sait. Alors il fantasme sur les Forts, les Violents, les bouchers, les massacreurs de masse. Ça le fait se sentir un tout petit peu fort, un tout petit peu moins minuscule et dérisoire. Ça lui fait des chatouillis dans les intimités.
On a les émois qu'on mérite, définitivement.

Le François Miclo va évidemment jusqu'à y aller de sa petite crise d'hystérie anticommuniste, parce que c'est fragile des nerfs, le sous-penseur réactionnaire, vous savez. C'est très sensible, en fait, à fleur de peau et tout. Disons le net : ça ne se maîtrise pas très bien. Alors il tourne son regard vers les statues hiératiques figées au garde-à-vous, ses Hommes qui ont su affronter la Guerre. Il les envie. Il bave, un peu.

S'essuyant les lèvres parce que ça dégouline sur son clavier, il en profite pour se lancer dans un embarrassant plaidoyer pour les guerres coloniales, quand ces abrutis de jaunes et ces ingrats d'arabes en avaient un peu marre de subir la présence de l'occupant impérialiste et ont entrepris de vigoureusement lui faire comprendre qu'il n'était plus le bienvenu parce que ça va bien à la fin. Il sous-entend que la décolonisation a mené directement à l'islamisme, ça lui permet de faire un package avec ses obsessions recuites de bobo de droite. Le François Miclo est toujours prévisible, c'est à ça qu'on le reconnaît. "C’est très gentil de juger un homme pris dans la tourmente de l’histoire quand on a le cul bien au chaud." Il parle encore de lui en se projetant sur les gens qu'il n'aime pas, stratégie classique du réac toujours incapable de s’examiner avec lucidité. Quoique, parfois...
"je ne suis pas sûr que j’aurais eu son audace, ses couilles et son courage."

Le François Miclo tremblotte dans ses chairs molles devant ceux qui ont "des couilles". Irait-on jusqu'à penser qu'on désire le plus fort ce qu'on ne possède pas ? Notre ignorance quant au psychisme et à l'anatomie du François Miclo ne nous autorisent pas ces spéculations. Nous savons en revanche très bien que les sous-intellectuels habitués du Café de Flore qui se tripotent la nouille devant les Hommes les Vrais "qui ont des couilles", on ne les trouve jamais dans les tranchées, ni en train de se vider de leurs tripes pour l'Amour De La France ; ça c'est vulgaire et c'est réservé aux prolos et aux pauvres.

Alors il est bien gentil, le François Miclo, quand il conclue avec emphase - et ridicule, mais c'est plus fort que lui - : "La guerre est dégueulasse. On le sait depuis Thucydide. Nous, nous avons eu l’insigne chance d’apprendre ça dans les livres d’histoire, sans jamais le vivre, heureusement. Et nos deux amis communistes parisiens voudraient que la dentelle de nos maréchaux ne fût jamais tachée de sang ? Elle l’est, elle le doit. « La France fut faite à coups d’épée. Nos ancêtres entrèrent dans l’histoire avec le glaive de Brennus. » Voilà ce que De Gaulle écrivait en 1938 dans La France et son armée. Un glaive pénétrant un corps : l’idée est abstraite."
Mh.
On doit avoir décidément l'esprit vraiment mal tourné mais quand même : encore cette histoire d'objet phallique qui pénètre un corps...
C'est curieux tout de même, cette lancinante hantise du Mâle qui hante les pensées du sous-penseur réactionnaire, à la fin, non ? Toute cette fascination pour le hiératique, le rigide, le dur, la Force, "pénétrer"...tout ça...
Cette vision de la France violente et dure, faite par des Hommes avec des "couilles" (qui sont sans doute pas des pédés) qui "pénètrent" le corps de la Nation, à la fin, c'est très très gay, non ?

Mais bon, sans doute que le François Miclo quant il en met partout, ça fait une très jolie carte de France.

jeudi 1 décembre 2011