Le projet de la droite a le mérite de la clarté et en est même d'une certaine élégance dans sa simplicité brute de décoffrage ; ou sinon d'élégance en tout cas d'honnêteté radicale. La droite veut, implicitement certes mais de manière très active et convaincue, fabriquer rien moins qu'un Homme Nouveau à l'instar des plus belles heures de l'enthousiasmant Tonton Joseph en Soviétie de la grande époque. Au moins ce dernier pouvait t-il prétexter "l'émancipation des masses" manière de cacher sa mise en esclavage de tous et de tout. Notre droite n'a même pas ces pudeurs et assume complètement de vouloir transformer les gens en bétail.
Et par pitié, qu'on arrête tout de suite de faire semblant de croire que la Droite Populaire n'est pas représentative du projet de société UMP et qu'il ne s'agirait là que d'un groupe braillard et isolé avec lequel les "républicains" n'auraient rien à voir : ces types sont en service commandé. On leur a donné le rôle des "méchants" de service pour permettre de la main droite de flatter la frange la plus réactionnaire et faisandée de l'électorat par trop tenté de voir du côté de l'original plutôt que de la copie, tout en se dédouanant de la main gauche en condamnant leurs "excès". La tactique est grossière, mais qui a dit qu'il fallait tout le temps être sophistiqué pour être efficace ? Et puis quand le coeur de cible est constitué des plus gros cons décérébrés de France et de Navarre, ceux qui hurlent contre l'immigration dans les commentaires du Figaro et se paluchent devant Fdesouche, vaut mieux faire simple et direct puisque seul le cerveau reptilien est actif chez eux.
Mais qu'on ne s'y trompe pas : si la Droite Populaire parle fort, c'est qu'elle y est autorisée et encouragée par Copé et Sarkozy. Dans un parti où la démocratie interne est un concept abstrait, si on voulait vraiment leur fermer la gueule ce serait fait depuis longtemps. Quelques menaces et quelques caresses, et tout le monde rentrerait sagement dans le rang : la droite a toujours aimé la docilité veule, ça fait partie de son ADN.
Elle nous veut donc :
Pauvres, et endettés jusqu'au trognon pour des générations ; parce que quand on est dans la hantise du déclassement, de la perte d'emploi et la survie, on a tendance à beaucoup moins réfléchir et on rouspéte considérablement moins face à l'arbitraire patronal.
Hétérosexuels, parce que tout ce qui sort ne serait-ce qu'un peu de ce modèle leur colle des angoisses morbides ; au passage, être homosexuel et de droite, c'est comme être employé et néolibéral : un sacré gros pigeon bien crédule qui soutient ceux qui le méprisent. Mais nous garderons notre compassion pour des gens qui le méritent vraiment.
Blancs, et franchouillard fier des ses racines et de son terroir. Pas tant une exaltation de la race blanche, qui est un projet politique conquérant pour justifier l'esclavage des pas-blancs - encore que...- mais le repli recroquevillé et frileux sur son "identité" de crétin bien souchien jusqu'au trou de balle qui flippe devant tout ce qui est différent de sa sous-existence de droitard névrosé.
Stupides, et malléables à souhait ; vautrés comme des porcs devant TF1 et M6, disposant des capacités d'esprit critique d'une méduse morte ou d'un Jeune Pop qui confond opinions politiques et crise de post-puberté, les idéaux-types citoyens de la droite gobent tout ce qu'on leur raconte et sont tellement incultes et dépolitisés qu'on leur fait faire ce qu'on veut. Le projet libéral-sécuritaire de la droite, c'est rendre con. Parce que tout simplement c'est le meilleur moyen de rester au pouvoir.
Soumis, parce que même rendre cons ne suffit pas ; il reste encore des esprits forts pas entièrement convaincus des bienfaits du libéralisme et qui rechignent à considérer l'immigré comme un ennemi intérieur. La paupérisation passée de rampante à galopante, la déculturation politique - on se dit "de gauche" sans savoir exactement ce que c'est - et les charges de CRS sont là pour les mettre au pas, sous le regard courroucé des imbéciles de droite qui ne comprennent pas qu'on refuse d'être aussi cons qu'eux.
Ensuite, on est en "démocratie", après tout. Libre à vous de vous reconnaître là dedans. Même si, bien entendu, admettre qu'on est une larve soumise fait un peu mal au cul et qu'on s'en défend en braillant à la "liberté" et ce genre de naïvetés.
Et aussi, il faut admettre que devenir un Bidochon est considérablement plus aisé : il suffit en somme...de ne rien faire, et de se laisser aller à ses pentes "naturelles", sans chercher à comprendre, sans réfléchir, en se faisant bercer par les JT et en acceptant les choses comme elles sont...
Je ne pourrai pas être de droite, décidément : c'est vraiment trop facile.











