Bonjour ma petite demoiselle. Je suis le Docteur Ernst Von Schlankmachen, nutritionniste et diététicien, et tu es grosse. Tu es grosse, c'est une réalité incontournable et inadmissible. Tu es grosse avec tes 48 kg pour 1m52 pour 13 ans et ton corps te fait horreur avec raison parce qu'il doit te faire horreur. Heureusement, tes parents t'ont amené à moi et je te garantis que tu vas maigrir, et partant que tu vas être heureuse. Y compris malgré toi.
J'ai vu que ta maman avait apporté mon livre - vendu à 350 000 exemplaires, disponible dans toutes les bonnes librairies, FNAC, Amazon et stations services pour la modique somme de 38,50 € ce qui est donné pour le paradis des tailles 32 - que j'ai nommé en toute modestie "La seule et unique méthode efficace pour arrêter d'être des boudins, devenir belles et maigres, et regagner l'estime de votre mari épouvanté par vos capitons de personnes faibles et inférieures", titre un peu long mais qui percute sa mère, je trouve. C'est qu'on est dans un marché de niche hautement concurrentiel, comme dit mon fils qui fait Force de vente, il est nécessaire de se démarquer. N'empêche, petite : la "méthode de fer" comme l'ont surnommé toutes les connasses qui écrivent dans des féminins et autres blogueuses mode à QI de méduse, ça marche. Très fort. Je te garantis que tu perds du poids. Tu sais comment ? Mais d'abord, je vais te raconter mon histoire...
Quand j'étais étudiant en médecine, très vite et contrairement à nombre de mes petits camarades d'internat qui rêvaient bêtement d'aider des smicards, j'ai tout de suite compris que pour se payer la même villa dans le Lubéron que papa, je n'allais certainement pas me conventionner comme les autres blaireaux : il me fallait un secteur plus juteux que ça et ça tombe bien : il y a de plus en plus de pauvres.
Tu ne vois pas le rapport ? C'est pourtant très simple : les pauvres sont gros et non seulement ils sont honte d'être pauvres mais en plus ils ont honte d'être gros. Les pauvres sont gros parce qu'ils travaillent plus, sont moins éduqués, et se vautrent comme des otaries devant TF1 après le boulot en mangeant de la merde pas chère achetée à Lidl. C'est marrant les processus de civilisation, non ? Il y a deux siècles, c'était les bourgeois qui étaient gras à lard et les pauvres étaient maigres. Tu me diras : y avait qu'à faire maigrir les riches, certes ; mais non seulement à l'époque ils ne voulaient pas vraiment mais surtout ils étaient - et sont toujours d'ailleurs - fort peu. Alors que les pauvres il y en a beaucoup. Qui sont à présent beaucoup de gros pauvres. Qui rêvent de devenir riches - ils n'y arriveront jamais - et de devenir minces - ça, ils peuvent le faire mais il y a un prix à payer. Et c'est là que moi et mes concurrents on entre en scène...
En fait, on fait notre beurre - ah ah - sur deux choses fondamentales, nous, les maigrisseurs : les changements de représentations de soi dans les classes supérieures, qui se sont calquées à partir des années 50 sur le modèle du sportif et de l'athlète pour être toujours dynamique et en pleine forme - et mince, il va sans dire. Et le fait, qui est lié au précédent, qu'on vit dans un système économique appelé capitalisme. Si si, il y a un rapport, tu vas voir, c'est limpide.
Le capitalisme, vois-tu ma petite fille, c'est une sorte de grosse machine qui est condamnée par sa nature propre à produire et toujours produire. De tout : des voitures, des stylos, des vêtements, des grille-pains, des films, et aussi : de la bouffe. Beaucoup beaucoup beaucoup mais alors vraiment beaucoup de bouffe. Ce qui est logique tout le monde ayant besoin de manger. Or, et c'est l'astuce, le capitalisme ne produit évidemment pas toutes ces bonnes choses pour la plaisir mais pour l'argent, le profit ça s'appelle.Et donc, plus il produit, plus il vend, et plus il fait de profit, d'accodac ? Le problème, c'est qu'il est obligé de toujours produire plus et vendre plus pour des histoires d'actionnaires ennuyeuses que je t'épargnerai, sous peine de faire une crise de surproduction où là, c'est vraiment la merde. Tu me diras : la machine est déjà en sur-régime. Oui. Ce qui est logique vu qu'une complète anarchie règne à tous les niveaux et que la régulation c'est le goulag. Sauf que toute cette sur-production de bouffe, il faut bien l'écouler quelque part et de toute urgence sous peine que tout se casse la gueule.
Mais où ?
Eh oui ma petite chérie, tu as fait le lien avec ce que je t'ai dit plus haut : dans les pauvres. Dans leur estomac. Enfin, les pauvres du Nord, ceux du Sud ne pouvant pas être des coeurs de cible viables ils ont un peu le problème inverse.
Vois-tu, nous autres maigrisseurs, on ne fait pas de politique. Sauf que en toute lucidité nous ne devons notre existence qu'à, précisément, une certaine politique et c'est ça qui est merveilleux puisque si tu suis : c'est exactement le même régime - ah ah - économique qui :
- te construit ton gras ;
- te fait honte de l'avoir ;
- ET crée notre marché de profit à nous en nous envoyant toutes les petites nanas dans ton genre pour qu'on se fasse des thunes en leur faisant faire absolument n'importe quoi pour correspondre aux critères de beauté des mêmes qui profitent le plus dudit régime économique.
C'est génial, non ?
Tu mixes ça avec les injonctions contradictoires des magazines féminins, la diffusion à haute dose de stars de cinéma qui ont les moyens de se payer des gens pour les faire ressembler à des demi-dieux, la honte et la culpabilité que tu dois ressentir si tu ne leur ressemble pas, tu rajoutes encore dessus des normes pseudo-médicales bidons comme le rapport poids-taille et l'IMC avec une pincée de grosse pression avec l'été qui vient, tu agite bien fort et TA-DAAAAA ! on arrive à la fin à des nanas normales, comme toi, mais complètement paumées à force de leur répéter des conneries et qui sont prêtes à tout pour changer ce qui n'a pas besoin d'être changé.
Tu mixes ça avec les injonctions contradictoires des magazines féminins, la diffusion à haute dose de stars de cinéma qui ont les moyens de se payer des gens pour les faire ressembler à des demi-dieux, la honte et la culpabilité que tu dois ressentir si tu ne leur ressemble pas, tu rajoutes encore dessus des normes pseudo-médicales bidons comme le rapport poids-taille et l'IMC avec une pincée de grosse pression avec l'été qui vient, tu agite bien fort et TA-DAAAAA ! on arrive à la fin à des nanas normales, comme toi, mais complètement paumées à force de leur répéter des conneries et qui sont prêtes à tout pour changer ce qui n'a pas besoin d'être changé.
Et la maille qu'on se fait là dessus, sérieux ? Y a des fois, quand je suis vautré sur mon canapé de mon loft à Saint-Germain après une journée de dédicaces et de plateaux-télé, j'ai presque honte. Je me rappelle vaguement que je suis médecin et que si moi et mes concurrents on était pas à ce point des faisans nuisibles et opportunistes, on arrêterait de raconter des conneries, on expliquerait la vérité aux gens ; à savoir que jamais au grand jamais il ne faut faire de "régime". Parce que un régime, c'est limité dans le temps, déjà, et que de toutes façon tu vas reprendre obligatoirement dès que tu vas arrêter. Au lieu d'éhontément exploiter la culpabilité de gens qui n'ont pas besoin de nous, on ferait notre boulot et on éduquerait sur la nutrition, les adipocytes, que le gras c'est pas mauvais en soi mais ça dépend lequel et quand, tout ça...on pourrait même faire un truc de ouf, genre une pétition nationale pour une meilleure manière d'envisager la bouffe, pas les campagnes gouvernementales 5 fruits 5 légumes qui sont grotesques, nan, un truc vraiment sérieux...
Tu sais quoi ?
On pourrait même dire aux gens que quelques kilos en trop, c'est pas grave...
Et puis je m'ébroue et je vais faire un tennis avec mon pote chirurgien plastique.
Ceci dit, faut pas croire, les temps sonr durs. C'est féroce, entre maigrisseurs. Y a même mon concurrent le plus connu, putain le salaud, il a carrément pris une longueur d'avance : il veut faire maigrir les femmes enceintes, dis-donc ! Fort, le mec. Très fort. Mais moi, j'ai un tour dans mon sac avec mon nouveau bouquin. Le truc imparable qui va le sécher - ah ah - net : faire maigrir les bébés ! Et tac ! Si avec ça je me paie pas une nouvelle Mercedes, hein.
Et ma méthode à moi ? Oh, c'est très très simple, ma chérie. J'ai pris exemple sur la pointe la plus avancée de la maigritude. Alors voilà : tu arrête de manger. Sauf une pomme et une biscotte par jour, éventuellement. Et le soir, tu prends un seau, tu te mets deux doigts au fond de la gorge, et tu vomis. Ensuite, tu prends ton cocktails antidépresseurs/hypnotiques, et au lit. Ga-ran-ti. Alors, oui, oui, en effet, des chafouins objecteront que bon, ça peut ne pas être toujours sain comme manière de faire. Bon.
Mais entre nous.
Ma chérie.
Qu'est-ce qui est le plus important ?
Ton tour de taille pour l'été ?
Ou ton espérance de vie ?..
Tu vois bien...















