Immense est mon tourment.
Je suis tombé hier sur un petit site soi-disant "féministe", en réalité une émanation des trépanés Identitaires et on passera charitablement sur le fond de la chose : disons que le contenu est idiot et écrit avec les pieds, ce qui n'a d'ailleurs rien d'étonnant. Et je ne mets pas le lien, c'est secondaire pour ce qui nous intéresse ici.
En l’occurrence, c'est la forme qui compte.
Et c'est là que le contraste frappe. Cruellement.
Le template, les petits détails zoulis tout plein, le back-office, les couleurs, la typo, les liens vers les flux, le choix de la police, le logo...tout est esthétiquement génial. Simple. De bon goût. Et partant : efficace.
Efficace dans les limites de l'exercice s'entend, il est douteux que le site en question atteigne la barre symbolique des 1000 connexions par jour et de bien loin mais il n'empêche : le contraste est cruel.
Avec le tout-venant gauchiste présent sur le Web.
Qui est nul à chier.
Que ce soit sur le fond comme sur la forme.
Le fond commun du gauchisme virtuel, c'est l'indignation à tout crin et le slogan braillé : Non ! à ceci, Non ! à cela, Soutien ! à machin, et un jour, qui sait ? peut-être que les rédacteurs des horreurs en question comprendront que personne et je veux dire absolument personne n'a envie de lire quelque chose dont le titre comporte des points d'exclamation partout (!!!).
Le point d'exclamation, censé exprimer le cri de révoooolte quand à l'injustice ou l'iniquité de telle ou telle situation, est la marque de fabrique à la fois la plus frappante et surtout pesante de la production littéraire gauchisante qui ne sait que fabriquer du slogan agressif dans le mauvais sens du terme, ce dernier étant immanquablement suivi d'un effroyable pensum de "pédagogie" indigeste que de toute façon personne ne lira. Et avec raison.
Un esprit de sérieux en plomb règne en maître absolu dans cette littérature. Zéro recul. Zéro humour. Des pâtés de texte écrits en Arial corps 6 se concluant invariablement par il faut se mobiliser gnagnagna. Illisible. Insupportable. Les canards de parti, les tracts, les sites et les blogs, partout la même indigence, la même pesanteur, la même totale absence d'originalité.
Et cela étant uniquement pour le fond. Mais on va y revenir.
Puisqu'on peut clairement affirmer que la forme est encore pire.
D'ailleurs il n y a pas de "forme" puisque pas de recherche formelle en tant que telle. Il faut dire qu'on s'occupe ici de choses tellement graves, sérieuses, importantes et cruciales que fi ! on ne va pas s'abaisser à essayer de faire des choses agréables à l'oeil ! Et pourquoi pas jolies pendant qu'on y est (!!!). Les choses vont mal. Tout va mal. Tout est effroyable et scandaleux et atroce. Partout. Tout le temps. Le nez dans le guidon face aux millions de facettes de l'horreur capitaliste, il FAUT être sérieux. Grave. Concerné. Revendicatif. Indigné de la tête aux pieds. Lourd. Chiant. Pédagogique.
Ah au fait : j'embarque tout le monde à gauche là-dedans, hein. Pas spécialement un parti post-trotskyste, non non : tout le monde. Qui fait de la propagande de gauche. Militants ou pas.
Reprenons les choses à la base :
Si on considère qu'une définition acceptable de la métapolitique est : "une stratégie qui « consiste à agir dans le champ idéologique et culturel, préalablement à la prise du pouvoir effectif (politique) ».
Cette stratégie consiste en une diffusion dans la collectivité et dans la société civile de valeurs et d'idées (ou d'« idéologèmes ») en excluant tout moyen ou toute visée politicienne, comme toute étiquette politique, mais dans l'optique d'une « grande politique » (Nietzsche), c'est-à-dire orientée vers la recherche d'un impact historique".
On voit donc par là que la démarche "métapoliticienne" à gauche...n'existe tout simplement pas.
Cette démarche passe par un double processus de vulgarisation de concepts - pour les rendre accessible au pékin moyen - et d'esthétisation des idées - pour attirer l'oeil et partant la réflexion des personnes auxquelles on souhaite s'adresser.
Les deux processus sont inséparables : la vulgarisation passe par l'esthétisation qui en retour rend plus facile la compréhension des idées. Dialectique du fond et de la forme, si vous préférez.
Cette diffusion idéologique par capillarité, de façon non explicitement "politicienne", est un moyen de créer des brèches dans des esprits a priori bien disposés envers ces idées mais rebutés par la lourdeur et la complexité de la propagande "classique".
Le travail de vulgarisation du fond est soutenu dans la façon dont on le présente par l'esthétisation de la forme, dans une civilisation où c'est l'oeil qui donne accès au cerveau, et non l'oreille ( = impact immédiat du visuel Vs. logorrhée "débatante" : le processus de compréhension s'élabore d'abord par ce qu'on voit et ensuite par ce qu'on réfléchit, y compris dans la lecture).
Partant, faire d'abord appel aux fonctions cognitives "supérieures" et privilégier la fonction raisonnante-rationnelle, c'est passer complètement à côté de ce qui impacte le plus efficacement : le travail sur la construction d'un imaginaire politique faisant appel à l’émotionnel ET aux facultés logiques.
Ce petit détour théorique - et qui mérite évidemment d'être approfondi mais ho, on est sur un blog les enfants - pour dire qu'en gros y a du boulot.
Boulot que pour le moment et à ma connaissance, on est pas nombreux à tenter. Et encore moins nombreux à y penser, puisque ce genre de réflexion et en toute non-modestie, au moins pour le versant Internet de la chose, j'ai l'impression d'être un peu le seul à le faire...
Et mon but n'est pas de rester dans mon coin avec mon petit blog et mon petit ego.
Et le principal obstacle à cette démarche se trouvant précisément au sein des mentalités de notre camp politique, lequel se caractérise par une défiance pour ne pas dire un rejet effrayé de tout ce qui sort de ses cadres de pensée et d'action et continue mordicus d'appliquer des recettes qui ne marchent pas et n'ont jamais marché mais qui sont tellement plus rassurantes, il faudra donc faire contre lui. En étant accusés de faire de la démagogie, de la "comm'", du marketing, d'abaisser le niveau, de faire d'inadmissibles compromis, de trahir Les Grands Anciens, d'être de toute façon trop ceci et pas assez cela. L'hypercritiscisme paralysant étant des "progressistes" au sens le plus large du terme la chose la mieux partagée, la conclusion s'impose donc :
Il faudra faire sans eux, voire même "contre" eux, les mettre devant le fait accompli, et ne tenir aucun compte de ce qu'ils en diront.
















