jeudi 31 mars 2011

PPHQLB : and justice for all

Ma chronique est directement pompée à mort inspirée de l'excellent billet de Philippe Sage : qu'il ne m'en tienne point rigueur, on va dire que c'est un hommage, d'accord ?
J'envisage par ailleurs de plus en plus de créer un Fan-Club de Lola Parabellum : je suis certain que nous serons fort nombreux et ce toutes tendances politiques confondues. On passera par dessus les mesquineries d'opinions individuelles pour se réconcilier grâce à elle, ce sera très beau.

Deuxième partie de soirée

Mamour corrige des copies et en attendant qu'elle ait terminé, je m'effondre sur le canapé dans une stratégie définitive et déterminée de ne strictement rien faire.
La deuxième partie de soirée commence, j'ai un canapé, des clopes, un ordi portable en wi-fi, une télé, et une volonté de fer de ne pas lever mon cul : je suis opérationnel phase par phase.

Les beaux mecs ça n'a pas l'air inintéressant, mais j'ai tout raté le début. Faudrait peut-être que je jette un oeil, qui sait ? Peut-être qu'il pourrait éventuellement y avoir quelque chose de pas complètement mauvais dans une fiction française. Je sais, je suis un indécrottable optimiste.
La grosse qui débarque en hurlant chez les pauvres pour redécorer leur baraque en cauchemar fuchsia de décorateur d'intérieur du Marais en descente de Special K : j'ai déjà donné. Faudrait pas forcer sur la gourmandise non plus.
Un oeil sur CSOJ : la gueule à Copé plein cadre. Je reste voir des fois si Babette en serait pas présente mais elle fait relâche. Dommage, j'étais d'humeur moqueuse.
Les chaînes "sérieuses" : que des mecs de droite. Hortefeux. Besson. Copé, encore. Villepin. Ah attend, reviens en arrière j'ai cru voir la possibilité d'un mec de gauche quelque part...non, autant pour moi c'est Vincent Peillon.

Voir de la politique à la télévision finit immanquablement pas provoquer un sentiment vaguement nauséeux et je finis par sombrer dans la paranoïa en me demandant si c'est n'est pas fait exprès.
Les pubs arrivent enfin pour me sortir d'un début de crise d'angoisse  : c'est toujours les mêmes et il faut bien se raccrocher à quelque chose dans ce monde perdu MAIS PUTAIN IL EST COMPLÈTEMENT CON LUI À LA FIN IL LE VOIT PAS QUE LA MILF QU'IL A DÉJÀ VU À LA BOULANGERIE ELLE VEUT SON CORPS LA GROSSE COCHONNE ??? MEUUUUH OUI ELLE VIENT POUR VOIR SI T'AURAIT PAS UN BOUT DE CAKE QUI TRAÎNE, COMME PAR HASARD, ALORS QUE C'EST LUMINEUX QU'ELLE VEUT TA GROSSE FRIANDISE FAUT DÉCRYPTER LE MESSAGE GARÇON, MAIS ÇA REND CON LE TENNIS OU QUOI ???

Je ne dors pas très bien, en ce moment.

Un coup d'oeil sur l'ordi pour se détendre. Mails. FB. "Gros con". "Nazi". "Facho". "La honte du parti". On va te péter les genoux". Mouais. Soirée calme, quoi.
Je me demande vaguement si les singes névrosés islamogauchistes vont enfin comprendre que plus personne ne veut d'eux nulle part.
Je reprends la télécommande.
Mon Dieu.
Gad Elmaleh...

Je décide de rester dans un accès de frénésie calme. Je veux voir. Et surtout, je veux comprendre. Il y a des gens à son spectacle. Des gens qui ont payé pour voir ça. Des gens qui achètent ses DVD, qui vont voir ses films, des gens que ça fait rire...
Je décide que ma mission de ce soir sera d'enfin piger ce mystère. Je le veux. Il le faut. J'en ai besoin.
Je me sacrifie pour la science et me fade 3/4 d'heure de blagues de lycée et de Gad Elmaleh qui fait semblant de rire comme si il venait de mordre dans un citron moisi. Je tiens bon. J'ai jeté la télécommande à l'autre bout de la pièce pour éviter le geste réflexe. Je me concentre. Je cherche. J'écoute, j'analyse, super jolie brune au premier rang, par ailleurs, non Thierry ne te laisse pas distraire, stay focus, dedieu Jamel Debouzze en guest, #combodelamort, je m'aperçois que je respire trop vite par le nez et que je serre les dents inconsciemment, pfouuuuuu on évacue les mauvais chakras hhhhhhhhhhhh on respire doucement par la bouche...
Ça va mieux.
Je déglutis. 
Je suis là pour comprendre. Je ne dois pas laisser l'émotionnel me perturber. C'est une démarche lucide et dépassionnée. Prends du recul. Essuie la goutte de sang qui te coule du nez. Tu es une feuille sur l'eau pure d'une rivière claire dans la montagne sereine.

À la fin j'ai fini par comprendre.
Les gens rient de ce genre de choses parce que ça parle d'eux. C'est tellement évident que j'étais passé à côté. Ce genre de spectacle complètement plat et sans aspérité est fabriqué pour leur parler d'eux et créer une connivence par la mise en scène des banalités que tout un chacun traverse ce afin de rassurer ces gens sur leur existence et de leur permettre d'opérer une catharsis de leur quotidien. D'où le succès des keumiques ces dix dernières années avec l'approfondissement de la crise sociale et de la perte d'identité. Le keumique leur dit : vous êtes normaux c'est formidable. Et ça leur fait du bien. Corollaire : plus le lien social part en couille, plus il y a des keumiques. D'où le fait également que les meilleurs viennent des Etats-Unis, Saturday Night Live & Co. 
Deuxième corollaire mais atrocement angoissant celui-là : on peut s'attendre à une recrudescence du phénomène keumique dans les années à venir.
Au bord de la crise d'épilepsie, je change de chaîne. Enfin.Un soulagement physique m'envahit.

Coïncidence magique : Mamour a terminé son labeur et me rejoint.
J'éteins la télé.
J'ai à présent bien mieux à faire.

mardi 29 mars 2011

La fierté

Je vous jure qu'il y a eu une énorme manifestation contre l'austérité à Londres l'autre jour. Sisi. Je suis au courant parce que je n'ai pas la télé, c'est vous dire si j'ai des infos fiables. Une grosse manif contre le libéralisme, ou l'austérité bref, c'est pareil.
Si ça continue comme ça, ces pauvres anglais qu'on nous présente depuis ce qui semble des siècles comme des modèles de soumission vertu et d'acceptation béate de la dictature des marchés vont finir par faire comme les premiers chinois venus et se mettre à pendre leurs managers, vous allez voir.
Ce serait horrible, non ?
Un étudiant exprimait dans une interview que j'ai la flemme de retrouver qu'il n'était pas descendu dans la rue que pour protester contre les - ignobles et scélérates - coupure budgétaires, mais parce qu'il voulait aussi se sentir "fier" de vivre un jour dans une société plus juste.
"Fier".
Se sentir "fier" de vivre dans un monde basé sur autre chose que le terrorisme de l'argent.

C'est une dimension tellement simple et tellement évidente quand on y pense...qu'on y pense pas. 
Vous-même, là, en ce moment, vous vous sentez "fiers" de la société dans laquelle on vit ?
Vous voyez bien.

Et en face d'ailleurs, sont-ils même "fiers" d'être de droite ? Oh, on va bien en trouver un ou deux qui vont se dresser sur leurs ergots et ne pas craindre le ridicule en s'affirmant tels. Mais si on excepte les moins de 18 ans - "moi j'ai 16 ans et chuis trop fier d'être un rebelle en étant de drouâte, quoi !", moui, va découvrir les femmes et on en reparle ensuite calmement mon bichon - et les plus de 80 - "je suis de drouâte et j'en suis aussi fier qu'au temps du Maréchal, Monsieur !", moui, va mourir au sens littéral du terme, décombre -, à part ça, les imbéciles "normaux" de droite ils en sont fiers, vous pensez ?
Même pas, hein ?

Après on pourrait ironiser sur le fait de ne pas se sentir fier de vivre dans un société que l'idéologie qu'on s'obstine bêtement à défendre envers et contre tout, y compris la réalité la plus élémentaire, a pleinement contribué à bousiller. De fait, on a beau scruter mais il semble que ce ne soit pas le collectivisme méchant qui soit le plus prégnant mais plutôt l'individualisme le plus surchauffé. Mais comme ils sont cons, ils rouspètent derechef en disant que tout fout le camp et ils ont d'ailleurs raison ces cons là : tout fout le camp à cause d'eux.
C'est prodigieux.

En fait, ça ne suffit pas de se sentir "fier" d'appartenir à un camp ou à un autre. Il faut qu'il y ait un minimum de projet derrière. Quelque chose de palpable qui donne envie, qui crée le désir de faire que les rêves deviennent réalité et de contempler l'oeuvre accomplie...
Mais c'est âpre, la fierté. C'est difficile. C'est rugueux. C'est une question de patience et d'obstination.
C'est sans doute pour ça que le capitalisme lui préfère nettement la lâcheté, qui permet de réclamer tout et tout de suite.

La lâcheté en échange de la "liberté".
Oui, on entend des énormités, parfois. "Ouais mais on est libres". Libres de quoi ? De regarder Carré VIIIP et de faire les soldes ?

Certaines personnes qui tiennent des blogs aiment à se fader des lectures incroyablement chiantes. Il y en a même qui se tapent en entier les rapports Attali, vous savez ? Ensuite, je ne peux qu'applaudir et encourager. Mais ce n'est pas mon truc. Mon kiff, c'est l'idéologie. La métapolitique. Ce qui fait partie de la politique et se trouve "autour". Une sorte de parfum du monde, en somme. Et ce qu'un monde capitaliste sent, ce n'est pas la rose. Quand on vit dans les chiottes toute l'année, on finit pas oublier l'odeur. On peut même se convaincre que ça sent bon. On peut même vouloir à tout prix que ça sente comme ça encore plus. Mais on a beau dire beau faire : ça sent toujours les chiottes.
Et à part une poignée de pervers polymorphes, qui pourrait se sentir "fier" de vivre dans des toilettes ?

Reconstruire une fierté : ça sera très long. Mais vouloir reconstruire la société sans prendre en compte cette dimension, ça n'aboutira pas. On a besoin de pain et d'un toit, mais on a aussi besoin de quelque chose de plus.
De bien plus.


dimanche 27 mars 2011

Le pays des droits de l'Homme et de la démocratie

"La direction d'un hypermarché Leclerc de Nantes a organisé jeudi l'expulsion avec un bulldozer et une douzaine d'hommes de deux familles de Roms et leurs caravanes d'un terrain proche de son établissement, selon une information de Ouest-France confirmée vendredi de source policière"


Vous voulez la suite ?
Oh si, vous l'aurez. Que vous le vouliez ou pas.


"ce qu'il faudrait c'est un grand buldozer géant sur toute la france"

"Hébergez-les donc chez vous, dans votre jardin ou dans votre appartement. Mais ne venez pas vous plaindre après !"

"quand la loi n'est pas appliquée alors les français se font respecter eux-même"

"Ou est le problème? Si cela ne leur plait pas qu'ils rentrent chez eux"

"on aurait bien besoin d'un bulldozer dans mon qurtier"

"La Direction Nationale de Leclerc, a eu bien raison, de défendre sa propriété ainsi que la tranquillité de ses clients"

"S'il s'agit d'une atteinte à la propriété privée , il est facile de comprendre la décision de la Direction Leclerc"

"Ils ne respectent pas les lois de notre pays alors pourquoi les respecterions nous ! Bravo au gérant de cet hypermarché !"

"ce patron a bien fait les choses : pas de blessés et ils ne risquent pas de revenir "

"Il n'ont rien à faire là, point barre"

"je ne vois rien de choquant...!!!"

"Quelle loi autorise vos amis roms à annexer un terrain privé sans autorisation? Hm?"

"ET alors c'est tout à fait normal, non ???"

"Même si je condamne la manière, si ces Roms avaient été sur les aires réservées, ils n'auraient pas eu de problèmes"

"Tout le monde doit faire pareil comme ça on ne sera plus ennuyé par ces gens"

"Je peux comprendre que les Francais soient exaspérés au point de règler ce genre de problèmes par eux-mêmes"

"Et alors?? qu'ils aillent donc squatter chez un de ces bons démagogues "bien-pensants""

"personnellement je ne suis pas du tout choqué. Je soutiens cettte initiative"

"La justice ne s'en est pas occupé. D'autres l'ont fait pour elle. CQFD"

"IL FAUT QUE LES PROFITEURS ..MENDIANTS.. TRICHEURS DE PRESTATIONS LE SACHENT.... ET S ILS NE SONT PAS CONTENTS... QU ILS RETOURNENT A LEURS SOURCES"

"Atteinte à la propriété privée, expulsion de force. Ca me choque pas du tout"

"ces gens se sont ils installés dans un cadre légal ?"

"Et il y en aura d'autre, raz-le-bol de ces squatteurs pour qui nous ne faisont que payer payer et payer..."

"personnellement ces gens ne m'inspirent aucune pitié, rien..même pas leurs gosses"

...

Savez-vous que parfois dans les commentaires, ou même par mail, je reçois des "compliments" du genre de personnes qui écrivent ça ?
Je puis vous assurer que la chose est parfaitement désagréable.
Sous le prétexte que CSP est écrit en français à peu près correct et qu'il m'arrive parfois d'essayer de faire preuve d'humour, il arrive que Réac essaie de me manifester une forme un peu dégoûtante d'affection. Sur l'air de "t'es de gauche mais t'as du talent et t'es sympa".
Eurk.
Je me sens exactement comme une jeune fille de 20 ans draguée par un de ces porcs libidineux qui après avoir limé le même vagin pendant 18 années  se mettent en tête de convoiter une chair fraîche qui n'accordera évidemment jamais ses faveurs à des pareils révulsants gorets. D'où frustration exponentielle et crises de nerfs à répétition qui les poussent à se défouler de la plus primitive façon, et y compris en commentant dans Lefigaro.fr.

Que les choses soient claires : j'éprouve pour ces personnes un mépris en tungstène. Même pas vraiment de la haine - je la réserve pour d'autres qui la méritent mieux. Même pas vraiment du dégoût - c'est un jugement moral, et je ne considère pas ces personnes comme suffisamment "humaines" pour ça.
En revanche, du mépris oui. Vraiment.

Et comme disait l'autre, j'en ai des réserves inépuisables.

samedi 26 mars 2011

C'est la chenille qui redémarre

Ça alors quelle surprenante surprise : il y a des nazillons au Front National ! Chui tro choké.
Lol.
Ensuite, on se demande qui ça peut stupéfier : il est bien évident qu'un parti qui s'est fondé à la base avec d'anciens collaborateurs et autres rebuts nostalgiques de l'Algérie française a toujours eu et continue d'avoir en son sein une frange de déficients du neurone à bombers et bras tendus à qui on a demandé d'y aller plus mollo sur l'ostentation. Ces gens étant particulièrement agités, ils ont simplement un peu de mal à ne pas laisser s'exprimer leur nature profonde, voilà tout.

De là à penser que ça va vraiment grêver les résultats de dimanche prochain et ralentir le FN en quelque manière, voire même comme semblent le penser une poignée de naïfs lui "porter un coup"...ce genre d'optimisme forcé pue le désespoir hystérique. Et sans spécialement tomber dans la théorie du complot, on est tout de même en droit de s'étonner que ce genre d'informations périmées se mettent comme par hasard à fuiter le jour où on ne pourra plus retirer les candidatures incriminées : ça fait lurette que les RG et ce qui en tient lieu désormais savent très bien à quoi s'en tenir sur tous les militants d'ED de France et de Navarre, que ça se mette d'un coup d'un seul à apparaître ne tient peut-être pas complètement à une heureuse coïncidence...

Parce que ce n'est pas la poignée de demeurés à lacets blancs, le problème.
C'est la signification profonde de désespérance sociale dont le vote FN forme symptôme, le problème.
Sophie Aram est bien gentille ainsi que fort jolie par ailleurs, mais avant d'y aller de sa fine plaisanterie sur les "gros cons", il lui serait certainement très profitable de prendre des cours accélérés de classes populaires. En passant 6 mois comme caissière à Leader Price, par exemple : des journées exténuantes en horaires coupés sous la coupe de chefaillons harceleurs pour un salaire facétieux lui ferait assez vite comprendre que la pauvreté a tendance à rendre très "con", en effet. Mais à l'instar de nombreux amuseurs parisianistes, comiques troupiers de professions et autres journalistes "démocrates", on dirait bien que tout ce qui se passe au-delà du périphérique lui est un horizon inconnu pour ne pas dire menaçant : tous ces gens bizarres et un peu effrayants qui gagnent moins de 2000 euros par mois sont pour ainsi dire une peuplade exotique dont ils peinent à cerner les contours. D'où qu'ils évitent toujours soigneusement de s'y frotter qui sait ? Ils sont peut-être contagieux...

Ce qui n'empêche nullement le vote FN d'être aussi un vote xénophobe. Sans nul doute. La dimension raciste de la démarche ne pose pas question.
Sauf que le vote FN est multidimensionnel et répond également à un autre racisme. Pas le dérisoire "racisme anti-blancs", fantaisie de droitards en surchauffe pour justifier leur ethnicisme de petit blancs flippés : le racisme de classe, également appelé prolophobie, dont la journaille parisienne est particulièrement atteinte. La voilà, la vraie raison, profonde, structurelle, de cette réponse brutale à cette autre brutalité que le populo ressent dans son quotidien : celle de se sentir en permanence écrasé de mépris par des gens qui n'en ont rien à foutre de ce qu'il vit. Ce en quoi il a parfaitement raison.

La vérité sort de la bouche sinon des enfants du moins de la plume de cette étudiante qui souligne avec finesse le malentendu dans lequel s'enfoncent les soi-disant "vecteurs d'opinion" : dès que quelqu'un fait mine de parler au nom du peuple - ce qui n'est pas le cas de la truie blonde qui surfe sur la misère sociale et évite soigneusement de parler du programme économique du FN -, il est assuré de prendre cher médiatiquement parlant :

"seule face à quatre journalistes arrogants et méprisants, Marine Le Pen s'est bien défendue. Elle a emporté ma sympathie en restant calme et combative quand pas un seul de ces journalistes talentueux n'a été capable de la coincer avec une question intelligente sur son programme".

Les imbéciles incultes du Grand Journal finiraient par rendre sympathique un tueur de bébés. Mais surtout, derrière cette arrogance, ce qui se manifeste est un violent mépris de classe pour ces abrutis de prolos qui en sont réduits à voter Front National puisque plus personne d'autre ne semble vouloir parler pour eux. 
Prenez n'importe qui si éduqué soit-il, jetez le pendant des années dans un horizon de précarité, de chômage, de salaires de merde et de jobs à la con, de dégradations des conditions de travail et de relations humaines, de consumérisme et de terrorisme intellectuel télévisuel : vous en ferez un "gros con". 
Et ça ne va pas s'arranger.

«L’expression d’un vote, quel qu’il soit, devrait être portée sur l’intérêt collectif», a-t-il dit en présentant son dernier rapport. Or, «si nous n’en prenons pas garde, on va avoir le choc des égoïsmes». Pas tendre. Particulièrement inquiet, ce gaulliste parle de «découragement», de «lassitude», d’«humiliation» de la société. Et regrette, en face, l’absence de «réponse politique à la hauteur». «Les débats sont minés par les discours de posture et les causes à défendre noyées parmi les calculs électoraux.»

Si c'est un type de l'UMP qui le dit...

Mais au fait, ça vient d'où exactement, le merdier actuel ?
Comme les idées de gauche ne sont pas au pouvoir et ce depuis quelques années déjà - non, la parenthèse jospiniste qui privatise ne saurait être qualifiée "de gauche", vous êtes gentils - c'est donc ailleurs qu'il faut chercher. Cet égoïsme, ce refus du collectif, cet individualisme exaspéré, cette fonction publique exténuée et déboussolée qui peine de plus en plus à remplir ses missions, cette hystérie du "tout, tout de suite" qui voit l'ensemble des relations sociales réduites à une fonction de consommation jetable, ça vient d'où ?...

De l'idéologie que les mêmes médiatiques qui pleurent des larmes de crocodile devant le "fascisme" ont soutenue et défendue bec et ongles depuis trente ans.
Qui constitue également le socle du programme économique du Front National.
Comme de celui de tous les partis institutionnels qui jamais, à aucun moment, ne la remettent en question.
Une idéologie basée sur l'exploitation et l'écrasement des petits et sans grades pour enrichir la minorité de nantis qui préférerons toujours faire monter le fascisme voire carrément lui donner le pouvoir plutôt que de lâcher la moindre miette.

Les vrais responsables de la montée du FN, ce sont ces économistes, ces politiques, ces journalistes, ces humoristes poujadistes et ces blogueurs de droite comme "de gauche" qui se pavanent à longueur d'année sur toutes les plates-formes existantes en ressassant la rigueur et la réforme. Qui réclament le poing de fer pour les étages inférieurs. Qui plongent la population dans un horizon bouché et une interdiction d'avenir.
Et qui sont évidemment les premiers à hurler au totalitarisme dès qu'on fait mine d'être en désaccord avec eux.

Ce sont eux, les coupables de ce que nous vivons et de ce que nous allons vivre.
Le moment venu, nous saurons ne pas l'oublier.

vendredi 25 mars 2011

OMG ZERG RUSH !!!

(A. qui a dans la vie l'écrasante et noble tâche d'être la meilleure amie de CSP) : - On va au ciné ce week-end ?

(CSP) : - World Invasion Los Angeles.

- Gné ? Oueurldeu invasion quoi ??

- Los Angeles. World Invasion Los Angeles. C'est le film qu'on va voir.

- Mais...on en discute un peu avant, non ?

- Pourquoi faire ?

- D'abord parce qu'on choisit les films qu'on va voir à tour de rôle et que c'est mon tour. Déjà.

- Mh. Ah oui. C'est vrai. On était allé voir quoi True Grit, ceci dit. Tu devrais me remercier pour mon bon goût.

- Arf, UNE fois pour compenser toutes les bouses intergalactiques que tu m'a trainée voir, monsieur est trop Grand Seigneur ! Non, là on va voir le dernier Klapish, j'ai décidé.

- Ah ah ah ah ah ! Excellent ! Pfuuu, j'ai failli y croire, dis, c'te flippe tout d'un coup. Non, sérieux, on va voir un bon film. Comme World Invasion Los Angeles, un exemple au hasard.

- Mais...MAIS PUTAIN LE RELOU À LA FIN !!! TU sais de quoi ça parle au moins ???

- Oh oui. Ooooooh oui. La gentille ouvrière licenciée qui va faire le ménage chez le trader qui a fait fermer son usine. Les vrais films bien de chez nous : comme la vraie vie en encore plus sordide. Bravo.

- Ouais ben justement, c'est "social", ça devrait te plaire. T'interpeller, au moins, quoi.

- Tu rigoles ? Tu rigoles. Forcément. Tu veux que je te le raconte, ton film ?

- Tu l'as même pas vu.

- Si. Je l'ai déjà vu. Je l'ai déjà vu 150 fois, c'était juste le titre et les acteurs qui changeaient. Et encore, pour les acteurs c'est même pas toujours le cas. Tu sais ce qui va se passer dans ton film ? La gentille et courageuse prolote mère célibataire qui vit en favéla périurbaine dans 12 M² avec ses 7 enfants de 5 pères différents perd son boulot à l'usine de boulons pour cause de licenciements boursiers. Elle retrouve du taf chez le même mec qui a fait fermer sa boîte, qui est un odieux connard. Mais pour les 3/4 du film ils le savent pas mutuellement et ils vont apprendre à se découvrir et à s'apprécier.

- Tu caricatures tout.

- Non non : c'est très exactement ce qui va se passer. La gentille prolote elle est pleine de spontanéité paske elle est du peuple et que le peuple il est comme ça, spontané et un peu maladroit dans l'expression de son ressenti mais tellement attendrissant au fond, et l'autre enculé de boursicoteur il a des chemises à rayures bleues et col blanc rigide et il est hyper coincé du derche paske le bourgeois il baise bobonne en missionnaire la lumière éteinte c'est bien connu. Mais heureusement qu'ils se sont rencontrés, hein, paske elle va l'humaniser peu à peu et lui faire comprendre ce que c'est la vraie vie et je suis prêt à parier ma couille droite qu'il y a une séquence karaoké.

- Pourquoi faire, une séance karaoké ? Je te suis plus, là ?

- Mais parce qu'elle va l'obliger à monter reprendre du Claude François avec elle ! Et ils partageront un grand moment hyper-sympa de réconciliation de classes dans l'harmonie sociale retrouvée ce sera sublime ! Peut-être même qu'emportés par la suavité du moment ils niqueront, tiens. Je ne sais pas je ne sais plus mais qu'est-ce qui nous arrive blablabla les conneries habituelles. Sauf le moment où, patatras : elle apprend que c'est à cause de lui qu'elle a perdu son boulot. Drame. Pleurs. Pourquoiiiiii, POURQUOI TU ES SI MÉCHANT OUIIIIN ! Et, la grande scène du deux : ils vont voir l'usine qui a fermé, le drame social poignant, le chômage,  la bière tiède, Carré VIIIP, l'horreur. Là, le mec comprend à quel point il a été un salaud et entre en repentir en chialant sur qu'est-ce qu'il a fait mon Dieu qu'est-ce qu'il a fait et ensuite, il vont élever des lapins en Ariège. Générique. J'envisage les barbituriques.

- Ok. J'ai plus du tout envie de le voir. Merci. Bravo. Les mec qui détruit l'ambiance et avec le sourire. Non ya pas : c'est un don. Non on avait juste l'occasion de voir un film un peu plus intelligent que d'habitude, tant pis hein. 

- "Un peu plus intelligent" ? Ce cinoche de bobos jospiniens ? Cette enfilade de clichés pour rassurer le lectorat de Télérama sur son snobisme du mieux-disant culturel ? Tu confonds "intelligent" et "prétentieux et vide", c'est d'ailleurs pour ça que c'est de la merde, le cinéma français. Si seulement elle lui tirait une balle dans la nuque, à l'autre connard, là oui, là ce serait sympa. Et ça ferait plaisir, en plus. Ou elle le torture façon Bricomarché comme dans Saw, arf, là oui : j'aimerais.

- Que quelqu'un puisse te supporter au quotidien m'épate chaque jour un peu plus. K. est décidément un ange de patience.

- K. est un Etre Supérieur, c'est un fait. Et elle accepte de voir de la daube hollywoodienne avec plaisir et joie, elle.

- Lucky girl. Et ça cause de quoi, Oueurld lauangélès, là ? Non. Je me souviens : j'ai vu la bande-annonce. Des troufions contre les martiens. Mh, yummy; ça non plus 'est pas du tout mais alors pas du tout prévisible...

- Et alors ? On le choix entre du prévisible pénible et larmoyant, et du prévisible rigolo et défoulatoir. Choisis ton camp.

- On va au resto.

jeudi 24 mars 2011

Et si l'on s'occupait de noyer des chatons dans de l'eau de javel !

Quand on veut savoir ce qui se passe dans la tête de l'UMP, on va lire Yves Têtard. Porte-flingue de la charogne au pouvoir, celui-ci est salarié par la Pravda Sarkozyste afin que de répandre la bonne parole de ses maîtres, tâche dont il s’acquitte avec un zèle et une allégeance qui finit par émouvoir à force de servilité enthousiaste. Et comment ne pas le comprendre ? Être payé - et certainement fort bien, Serge Dassault sait se montrer large à l'occasion - pour défendre les idées dominantes, n'est point là le dream job par excellence ? Et y compris quand celui-ci permet de lancer quelques sondes pour l'avenir. L'air de rien. Sans y toucher de trop près. Je dis ça je dis rien mais on s'est compris...

Genre : 

"Le débat se focalise sur Marine Le Pen et le Front national. Si l'on écoute Valérie Pécresse et quelques autres à droite, ce ne sont pas leurs idées qui sont en cause, les rendant infréquentables, mais leurs valeurs. L'UMP ne partage pas les mêmes. Soit. Même si je reste persuadé que le FN de Marine Le Pen n'est pas le même que celui de son père".

Un FN botoxé n'est pas exactement le même tout en l'étant un peu quand même. Mais moins. Il se met du déodorant sous les bras et se lave derrière les oreilles, il a même convenons-en un charme un peu voyou, un peu coquin, comme le cousin excentrique un peu borderline mais qu'on aime bien quand même et qu'on va bien finir par inviter au mariage pour mettre de l'ambiance...
Ne doutez évidemment pas une seule seconde qu'une alliance UMP/FN, une bonne partie de la droite régimaire y pense. Très fort. Et les législatives de 2012 promettent de ce point de vue d'être particulièrement acharnées, puisque des umpistes courront dans les bras de la truie blonde avec l'aval et l'autorisation des chefs de Paris, qui feront un peu semblant de désapprouver ces brebis égarées...
Si si. C'est comme ça que ça va se passer.

En attendant, il est urgent de 1) commencer à préparer les esprits de droite à cette alliance, ce qui est d'autant plus facile que les électorats UMP/FN ont désormais fusionné, et 2) de construire l'ennemi pour structurer les troupes. C'est ce pour quoi les Yves Têtard & Co sont payés, ça tombe bien. Et il y a deux choses qui foutent une trouille glacée aux droitards : l'Etranger pas comme nous qui viole nos emplois ; et le Communiste sournois qui est partout. C'est vintage ? Pour des gens qui sont intellectuellement séniles, ça marche toujours. La preuve :

"Il est urgent de dire qu'à l'autre extrême de l'échiquier politique, les partis et leurs représentants ne sont pas plus fréquentables. On s'est à tort habitué à leur présence dans le paysage politique, à côté d'un PS qui ne rechigne pas à compter sur eux, à les présenter comme des alliés. Pourtant, le décryptage de leurs discours et postures est souvent effrayant"

Vous voyez ? Là, quand il lit ça, droitard sent son petit coeur de pavillonaire se serrer douloureusement et entrevoit dans un cauchemar des hordes de hashishins néobolcheviques débarquer chez lui pour collectiviser son Audi. Gargl. Toute sa vie d'obéissance laborieuse défile devant ses yeux et non, décidément non, il n'a pas été d'une aussi abjecte soumission pendant si longtemps, il n'a pas rampé devant tous ses chefs, il n'a pas ployé l'échine devant tous les caprices du patronat pendant si longtemps pour se voir dépossédé d'une existence de sacrifices aigris et de frustrations recuites par des salopards de partageux. Jamais. JAMAIS !
Sisi, ces gens fonctionnent vraiment comme ça. Ça ferait presque pitié, même si ça provoque plus spontanément un haut-le-coeur de mépris. C'est normal de ressentir ça devant eux, il ne faut pas lutter contre.

"Au-delà de leurs idées, la haine et le rejet sont les moteurs de ses enfants de Staline, Trotski ou Mao"

L'amour de son prochain et la profonde compassion étant l'apanage de la droite, comme elle le prouve quotidiennement depuis 3007.

"Leur en fait-on assez le procès ?"

Quand je suis entré à la LCR il y a 10 ans, les crimes du stalinisme tournaient autour de 75 millions de morts. On en est aujourd'hui à environ 150, je pense qu'à ce rythme on atteindra le milliard vers 2015. Ah, le rêve humide de droitard d'un "procès du communisme"...
Qu'il propose ça à l'Assemblée Nationale, tiens. Qu'on rigole.

"Ouste ! Du balai ! De l'air ! Qu'ils s'en aillent tous !"

Les immigrés ?

"Tels sont les mots d'ordre de Jean-Luc Mélenchon qui invitent ses adeptes à prendre aux cheveux les puissants. Il se rêve en nouveau Marchais, mais lui est en plus persuadé de ce qu'il avance".

Glagla ! Il est aussi barge que Marchais mais il a l'air sincère en plus ! Maman ! Ensuite, du calme, Yves Têtard, il appellera à voter DSK en 2012, comme quoi on sait aussi être "raisonnable", parfois...

"Que dire d'Olivier Besancenot, son meilleur ami-ennemi d'extrême gauche, avec qui il fait actuellement cause commune dans certaines élections cantonales. Besancenot est plus radical encore dans la démarche. Nouveau Saint-Just, qui accepte à ses côtés la présence de Jean-Marc Rouillan, terroriste d'Action Directe non repenti, et celle d'une femme voilée".

Pour cette dernière, il est un peu en retard : elle s'est barrée et tant mieux, laissant orphelins de leurs fantasmes la dérisoire poignée d'islamogauchistes encore présents qui en sont réduits à prendre la tête à tout le monde là-dessus alors que plus personne ne les écoute. Quant à Jean-Marc, il est trop occupé à être malade en prison pour nous être d'un quelconque secours...au passage, nos pensées l'accompagnent et on lui souhaite beaucoup de courage, sincèrement.

"Faut-il rappeler qu'à l'antisémitisme rampant de certains militants du FN répond la judéophobie de quelques-uns des militants du Parti de Gauche de Mélenchon et du Nouveau parti anticapitaliste de Besancenot"

Il faudra surtout le prouver, et y compris avec des éléments tangibles et concrets recevables devant un tribunal : c'est d'ailleurs pourquoi ni Têtard ni aucun clown de la réacosphère, par exemple, ne se risque à diffamer nommément tel ou tel, sachant fort bien que ça va immédiatement lui péter au nez. Tenez, regardez donc ce qui est arrivé à Guy Millière qui s'y est risqué dans un moment d'émotivité : 

"En 2006, Cécilia Gabizon et Johan Weisz publient un livre intitulé OPA sur les Juifs de France : enquête sur un Exode programmé dans lequel ils dénoncent une manipulation issue de milieux pro-israéliens pour instrumentaliser les émeutes de banlieue survenues en France afin de provoquer le départ de quelque 30 000 Juifs français (dont beaucoup font partie de la communauté juive de Sarcelles) vers Israël (opération "Sarcelles d'abord" organisée conjointement par l'Agence Juive et le gouvernement israélien).
Guy Millière réagit alors sur ce fait « outrancièrement », selon ses propres termes, dans les médias où il a l’habitude d’intervenir et qualifie les auteurs du livre de « juifs antisémites ». Ces propos lui vaudront d’être traduit devant la 17e chambre correctionnelle du Tribunal de Paris, où Guy Millière sera condamné en première instance pour diffamation envers les auteurs du livre. Dans un premier temps, il annoncera faire appel de ce jugement pour finalement se rétracter et renoncer".

Ne doutons pas que si on l'interrogeait plus avant sur cette question précise en lui demandant d'où il tire ces présupposés, Yves Têtard serait bien embêté et marmonnerait "qu'on" le sait et "qu'on" a des éléments qui que quoi etc. Et il ne trouvera rien de réel à dire. Parce que ça n'existe pas.

En conclusion, il nous reste le spectacle d'une UMP complètement coincée par sa propre démagogie qui va aller à Canossa pour tenter de limiter les dégâts qu'elle aura contribué à créer. Bravo à elle, décidément.

mercredi 23 mars 2011

Cui-cui les oiseaux

Aussi surprenant que ça puisse paraître, je suis féministe.
Si si.
Dans le sens de l'égalité hommes/femmes, voyez ? C'est très très basique, finalement, puisque du bon gros égalitarisme qui pense que hommes/femmes = pareils, donc doivent êtres reconnus et traités pareil, de la même façon, et ce dans tous les aspects de la vie, tant au plan privé que professionnel.
Ce genre de choses.

Ensuite, on passera pudiquement sur les imbéciles névrosé-E-s qui déconstruisent le genre, puisque ces personnes sont surtout dans des problématiques de résolutions d'angoisses individuelles déguisées en discours infra-politique basé sur une provocation post-ado dont ils sont très fiers, sans voir que c'est précisément ça qui fait fuir tout le monde. De toute façon, personne ne les écoute ni ne les prend au sérieux.

Comme j'ai horreur de me justifier en quoi que ce soit, estimant que je n'ai pas à le faire et si vous n'êtes pas contents c'est la même chose, on va poser les choses une bonne fois : le féminisme, c'est bien et CSP il est pour.

Cependant.

Là où on voit que décidément les femmes sont les strictes égales des hommes, c'est qu'elles peuvent l'être dans les énormités qu'elles peuvent, elles aussi, raconter sur des petits blogs. Et y compris dans le versant "féministe". Je vous assure que si.

Quoi penser d'autre quand on lit une...quoi ? Je sais pas, moi...billevesée ? du genre :


Admettez que c'est très très idiot, non ?
Après, je ne connaissais pas le blog en question et c'est la première fois que j'y viens lire quelque chose. On va dire que ça commence mal et peut-être que l'auteure est capable de plus de finesse que ce titre ridicule. Je le lui souhaite en tout cas sincèrement. Mais on admettra que d'emblée, ça n'encourage pas à explorer plus avant...
D'autant qu'elle s'enfonce dès les premières lignes :

"C'est une question qu'on me pose souvent, le monde serait-il différent si les femmes y avaient davantage de pouvoir ?
J'aurais tendance à répondre oui parce que les femmes n'ont pas les mêmes activités et donc pas les mêmes préoccupations que les hommes"

J'aurais tendance moi-même à répondre : non, puisqu'il ne s'agit pas d'une question de sexe mais de structures de pouvoirs. On va y revenir.
La tentative de désamorçage préventif des objections - légitimes - à ce genre d'assertion grotesque tombe elle aussi malheureusement très à plat et c'est le moins qu'on puisse dire :

"Souvent, mes interlocuteurs me font valoir que les femmes au pouvoir se comportent de la même façon que les hommes "voire pire" et invariablement ils me citent Margaret Thatcher en exemple.
En réalité ce n'est pas si simple. (...) Si elles veulent conserver crédibilité et légitimité il leur faut se plier aux us et coutumes en vigueur donc à la norme définie par les hommes".

Sans nul doute. Mais l'auteure ne nous explique toujours pas comment il se pourrait que les "femmes" puissent prendre de meilleures décisions politiques que les "hommes"...

De plus, si la momie Thatcher est certainement l'exemple le plus emblématique d'une égale possibilité dans la saloperie, elle est très loin d'être la seule. Madeleine Albright, secrétaire d'Etat des Etats-Unis sous Bill Clinton qui assume le blocus contre l'Irak qui a causé des centaines de milliers de morts. Condoleezza Rice elle aussi secrétaire d'Etat des Etats-Unis sous Georges W. Bush qui a inconditionnellement défendu l'exportation de la démocratie à coups de bombardements. Ce sont là les premiers exemples qui me viennent mais on a pas besoin de fouiller bien loin...
Laurence Parisot est également la preuve qu'on peut être femme et douée d'une ingéniosité dans l'ignominie parfaitement comparable à celle de ses pairs.
Quant à Marine Le Pen, il faut aussi comprendre que l'une des raisons de son succès tient au fait qu'étant femme, on imagine qu'elle est plus "gentille" qu'un homme qui a les mêmes idées et que si elle accède au pouvoir ça ne sera pas aussi brutal...
Ce en quoi on se trompe lourdement cf. les exemples plus haut.

Partant, poser que mettre des femmes au pouvoir pourrait améliorer quoi que ce soit est un aveuglement. Pour le moins. Aveuglement et même déni qui vont semble t-il très loin chez notre auteure qui ne craint pas d'en remettre une couche bien débile :

"le fait que ce soit une femme qui soit depuis si longtemps à la tête d'AREVA n'est peut être pas anodin. AREVA est d'ailleurs tout à fait en pointe dans la réflexion et la mise en oeuvre de l'égalité hommes/femmes"

AREVA fabrique des centrales nucléaires dont l'actualité nous montre que leur étanchéité en cas de vrai souci est en définitive un concept abstrait, et accessoirement aussi pille un peu le Niger en spoliant ses habitants et en créant les conditions d'une déstabilisation politique permanente, mais est "tout à fait en pointe dans la réflexion et la mise en oeuvre de l'égalité hommes/femmes".
Etre féministe est une chose : l'être d'une certaine manière en ne voyant le monde que par le prisme de l'égalité hommes/femmes et en minorant tout le reste au nom de la Cause, est surtout une hémiplégie politique qui ne rend pas cette version du "féminisme" très crédible ; et c'est vraiment le moins que l'on puisse dire..

Puisque ce n'est pas une question de "genre", le souci : c'est une question de structures de pouvoirs et de contextes dans lesquels celles-ci s'exercent et fonctionnent.
Non, les femmes ne sont pas plus "gentilles" intrinsèquement. Non, ce n'est pas parce qu'elles ont la possibilité d'être mamans qu'elles en sont de facto plus humaines, ou plus compréhensives, ou plus empathiques, etc. Non. Placées aux mêmes endroits dans les mêmes structures et environnées du même contexte, elles se conduisent de la même façon que les autres. Que ces normes en questions soient définies avant tout par des hommes est hors de doute.
Mais penser que des femmes construiraient d'autres normes du fait d'être femmes et donc plus "gentilles" de façon "naturelle" ?...

Ce n'est pas de l'audace conceptuelle, à ce niveau là : c'est de la naïveté pure et simple. Peut-être également doublée d'une croyance en la toute puissance des "individus" qui peuvent changer le système de l'intérieur blablabla. Mais là, on entre purement et simplement dans de la pensée magique. Puisque la preuve est quotidiennement faite que les femmes - douces, gentilles, etc. - ne changent absolument rien quand elles sont intégrées dans des structures. 

Partant, le changement vers un "mieux" ne viendra que du questionnement et de la remise en question - voire dans certains cas de leur éradication pure et simple - des structures de pouvoir en question. Ce n'est pas Laurence Parisot qui détermine le MEDEF : c'est la structure MEDEF qui fabrique des Laurence Parisot. Qui en l'occurrence pourrait parfaitement être un Laurent Parisot que ça n'y changerait absolument rien...

Mais là, ce n'est plus de la pensée magique ou de l'essentialisme qui fait cui-cui les oiseaux : c'est de la politique.

mardi 22 mars 2011

Ouroboros

La Libye flambe, le Japon se radioactive et le FN monte aux cantonale en étant boosté par ce qui est bel et bien un "vote de crise" ; mais Libéral Droit Dans Ses Bottes n'en a cure et continue sa lancinante psalmodie en se balançant en avant, puis en arrière, puis en avant puis en arrière etc. et ce vraisemblablement jusqu'à la fin des temps. Libéral vit dans une transe perpétuelle à faire chialer le soufi le plus embrasé et possède une foi indémontable qui fait s'étrangler d'envie le Taliban rigoureux. Dans cet état qui lui est permanent, rien ne l'atteint ni ne l'émeut et surtout pas que plus personne à part lui et la poignée d'arriérés en post-combustion cérébrale qui lui servent de semblables n'a envie d'encore subir le néolibéralisme. Demandez à n'importe quel pékin dans n'importe quel endroit à n'importe quel moment de la journée si il est d'accord pour privatiser la Sécu, et soyez assurés que vous aurez un ratio de réponses négative de l'ordre de 90 % minimum.
Mais Libéral s'en fout, il est en mode auto-hypnose et il ne va surtout pas s'embêter avec la méchante réalité. À la fin.

Oh, regardez : encore une tribune dans la presse bourgeoise pour nous expliquer que le Marché il est gentil et qu'il veut notre bien ! On est juste en Mars et ça ne fait que, quoi ? La 154 092éme à peu près qu'un type quelconque caquète dans des colonnes ou sur un plateau télé en chantant les louanges de l'économie de marché, après tout. Et puis c'est pas comme si on n'était pas habitués, en somme. Sauf que non, décidément non, on ne s’habitue pas. Ça ne passe toujours pas et ce pour une raison simplissime : ce qu'il dit est faux. Prétendre que le Marché est la THE - DAS ! - solution à tous les problèmes de l'humanité souffrante est faux et tout l'atteste chaque jour. Mais Libéral s'en branle puisqu'il ne fonctionne pas sur le même plan astral que les gens normaux, le crédule ingénu.

"Alors que l'Allemagne, après une décennie d'austérité, s'est engagée sur la voie d'une hausse des salaires, le débat s'est invité en France, avec comme mot d'ordre : pourquoi eux et pas nous ?"

Attends bonhomme-la-lune, excuse moi mais : il s'est "invité" où ça, ton "débat", là ? Qui, quand, où, comment parle t-on autour des machines à café de la compétitivité de l'Allemagne ? Personne. Nulle part. Jamais. C'est exactement comme les débats débiles sur la "laïcité et l'islam" : dans la vraie vie, absolument personne n'en cause et tout le monde s'en tamponne excepté une poignée d'excités en roue libre. Ce genre de "débat" ne "s'invite" jamais, il est imposé par un agenda propagandiste pour créer de l'anxiogène et culpabiliser. Punto. Le reste, c'est de l'emballage.

"Les salariés outre-Rhin récoltent aujourd'hui les fruits d'une compétitivité retrouvée, au prix de réformes structurelles courageuses mais douloureuses"

Prouve-le. Des chiffres, des indices, n'importe quoi, quelque chose ? Non ? Même pas un petit pourcentage de rien du tout pour démontrer d'implacable manière que le teuton nage désormais dans le bonheur suite aux "réformes" scélérates elles aussi imposées par leur droite de charognards et leur fausse gauche de vendus ? Ben non, forcément, puisque dans le monde de Libéral, on a jamais besoin de prouver quoi que ce soit : on assène. Et le débat et clos puisque la possibilité même que la réalité puisse être autrement n'existe même pas. J'adore ces mecs.

"L'enjeu aujourd'hui pour les Français n'est pas tant de voir leur "fiche de paie" augmenter que leur pouvoir d'achat : l'important, ce n'est pas tant ce que l'on gagne ; c'est ce que l'on peut acheter avec !"

Tu nous explique la nuance, steplé ? Non ? Toujours pas ? Puisque jusqu'à preuve du contraire et a fortiori dans un contexte où tout augmente SAUF les salaires, il existe comme une corrélation relativement évidente entre, justement, ce qu'on gagne et ce qu'on peut acheter avec. Non ? Si. 

"Pour augmenter le pouvoir d'achat, à défaut de jouer sur les salaires nominaux"

Qu'il ne faudrait surtout pas augmenter. Ah non alors, on a vu ce que ça a donné au Kampuchéa Démocratique.

"on peut agir sur une autre variable : la concurrence. En premier lieu, une concurrence accrue fait baisser durablement les prix"

Ah bon ???!!??? Mais...où ? Quand ? Comment ??? Nulle part. Jamais. La concurrence libre et non faussée fait s'envoler les tarifs de...tout. Vous croyez qu'il paie lui-même ses factures d'électricité, ce garçon ? On finit par de demander, à force, hein ?

"En second lieu, la concurrence crée du pouvoir d'achat en augmentant le volume global d'emplois. Contrairement aux idées reçues, toutes les études économiques convergent pour montrer que la concurrence, si elle détruit des emplois chez les "insiders", en crée davantage chez les nouveaux entrants, en augmentant la taille du marché"

Il faut détruire des emplois pour en créer ; ou plutôt : il faut détruire des emplois stables pour en créer des précaires. Expliqué comme ça c'est terriblement moins sexy, certes. C'est comme dire que la maladie rend malade et que l'eau ça mouille : ça reste de la bonne grosse réalité au ras des pâquerettes, jusqu'à ce qu'un têtard débarque dans les colonnes du Monde pour t'expliquer la bouche en coeur que la maladie c'est sain et que la pluie est sèche.
Ils sont FORT-MI-DABLE.

"Plusieurs réformes ont été entreprises depuis 2007, notamment à la suite du rapport Attali, pour redynamiser la concurrence dans un pays qui a longtemps privilégié les délices de la rente aux risques du mérite"

Sarkozy est gentil et Attali aussi. 
On retiendra au passage cette subtile pique sur la "rente" - des fonctionnaires, pas des courageux actionnaires mais on s'était compris - opposée aux "risques du mérite" pour en reparler plus loin... Je sais que tu me vois déjà venir, mais un peu de patience.

"les perdants des réformes sont peu nombreux mais bien organisés tandis que les gagnants, pourtant majoritaires, sont dispersés ; a-t-on déjà vu des consommateurs protester en faveur d'une plus grande concurrence dans le secteur pharmaceutique ?"

Les "perdants des réformes", c'est tout le monde, ducon, sinon la poignée de nantis qui en profitent éhontément. Et si effectivement personne n'exige la libéralisation sauvage du pharmaceutique, c'est que l'exemple du Médiator est là pour nous donner un charmant avant-goût de ce que ça deviendra.

"Une seconde réponse est à rechercher dans la faible culture économique des Français, qui ont longtemps pensé qu'une concurrence accrue nuirait à l'emploi et à la qualité"

Les cons.
NB : ce sont les mêmes très culturés économiquement qui ont déclenché la crise de 2008 et n'ont absolument rien vu venir de la suite. Les envoyer décontaminer des centrales nucléaires japonaises ? Ce serait méchant. Mais amplement mérité, ceci dit.

Bref.

Alors au fait, il fait quoi exactement dans la vie, Libéral du jour ?

"Emmanuel Combe, professeur à l'université de Paris-I"

C'est pas le même qui fustigeait la "rente" fonctionnarisée y a pas 5 minutes ?
Sisi : c'est le même.

Libéral, le cul bien au chaud dans un secteur encore épargné par la concurrence, vomit sur les autres fonctionnaires et chante le "risque" qu'il ne prendra jamais.

Il ne faut pas dire qu'en cas d'un véritable pouvoir de vraie gauche, les Universités seront évidemment purgées de ces néolibéraux mandarins qui crachent dans la soupe et se comportent en parasites. 
Il ne faut pas le dire, ce n'est pas gentil.
Mais il faudra le faire. C'est inévitable.

lundi 21 mars 2011

dimanche 20 mars 2011

L'Etranger, il est pas comme nous

L'Etranger est décidément bourré de paradoxes.
Tenez : prenez l'Arabe.
Pour plus de simplicité, on ne parlera de l'Etranger - de fait pas comme nous - qu'en termes les plus génériques et aplatissants possibles, parce que si on commence à se prendre la tête sur des nuances et des particularismes on ne s'en sortira jamais.

Et bien l'Arabe, donc, est très noble et très fier, en ce moment. Il fait des pieds et des mains pour se débarrasser de ses dictateurs, ce qui l'honore éminemment, et quand il éprouve quelques difficultés à le faire pour cause de mitraillage d'avions - français, Ô ironie -, nous autres occidentaux qui n'avions rien fait depuis une trentaine d'années décidons finalement de lui donner un petit coup de pouce en bombardant un peu son pays - avec des avions français aussi, c'est ébouriffant - afin que de récompenser tant d'auguste bravoure et autres nobles aspirations démocratiques.

Et bien figurez-vous qu'autant l'Arabe est très noble et très sympathique là-bas, autant il est fourbe et fait rien qu'à frauder la Sécu ici entre deux prières de rue et autres égorgement de moutons dans des baignoires.
C'est fou, non ?
Puisque a priori il s'agit des mêmes Arabes à quelques nuances près mais comme dit plus haut ne chipotons pas. Voilà qui est bien mystérieux : le même Arabe qui réclame les Droits de l'homme là-bas et que tous nos politiques et autres intellectuels médiatiques acclament avec un enthousiasme qui frise l'hystérie, se métamorphose dès qu'il est chez nous en enquiquinant personnage qui finirait par prendre un peu trop de place à la fin et qui devrait comprendre que la France et la misère du monde, on s'est compris, hein, merde quoi.
Pourtant il s'agit peu ou prou du même Arabe.
Qui est décidément plein de versatilité.

Tenez : les Noirs.
Dont il n'est pas raciste d'affirmer qu'ils ont le rythme dans la peau, ont des gros sexes turgescents et courent très vite, au passage. Non, ce n'est pas raciste, d'ailleurs plus personne n'est raciste en France puisque tout le monde certifie qu'il n'est pas raciste du tout, à se demander d'où vient donc que le racisme se porte fort bien alors que plus personne du tout n'est raciste, fichtre quel déconcertant mystère...
Et bien quand ils sont dans notre pays de France, pas plus feignants que ces bestiaux là, dites-moi. Ils font rien qu'à forniquer avec leurs femmes pour toucher les allocs et passent leur temps à traîner en bandes dans le métro pour y embêter les gens. Mais surtout : qu'est-ce qu'ils sont paresseux...c'est inouï d'être indolents à ce point. Non ?
Et alors c'est complètement fou, mais dès que le Noir est dans son biotope de Noir dans un pays exotique loin là-bas, il devient tout soudain très véhément voire un poil surexcité et fait rien qu'à s'énerver contre d'autres Noirs, qui sont comme lui, donc, mais pas tout à fait ces gens ne savent pas ce qu'ils veulent à la fin. Que ce soit en Côte d'Ivoire, au Sud-Soudan ou au Burkina Faso, et vazy que je t'émeute et que je te bombarde sous le moindre prétexte. Lui qui est si placide sous nos contrées...
L'Etranger est déconcertant.

Et l'Asiatique, alors ? Quand il est ici, pas plus cauteleux et mystérieux que cet animal là. À part faire du communautarisme, vendre des nems et être rempli à ras bord de pensées impénétrables, on se demande bien à quoi il peut passer ses journées. Franchement entre nous ? L'Asiatique qui vit parmi nous serait un peu sournois que ça n'étonnerait personne. Et puis cette manie de faire travailler des gens dans des ateliers clandestins, c'est limite du sans-gêne. Non ?
Alors que lui aussi dès qu'on parle de lui dans son pays à lui loin là-bas - le Pays des Bridés qu'on a du mal à situer sur une mappemonde, déjà qu'ils se ressemblent tous, ceux-là, hein -, l'Asiatique devient plus encore qu'hyper-sympa : exemplaire, carrément. Bosseur, rigoureux, bien élevé et poli avec la dame, et surtout hypercool devant l'adversité. Toi, pékin moyen de base, tu te prends dans la même journée un tremblement de terre, un tsunami et une catastrophe nucléaire, tu as les genoux qui font bravo, non ? Ben l'Asiatique pas. Voilà. Zen, le mec. Überserein. Godzilla débarque dans son salon, il hausse à peine un sourcil et lui demande poliment de s'essuyer les pieds. Bon, c'est vrai qu'on a vu des vidéos d'Asiatiques se comporter comme n'importe quel pas Asiatique et courir partout en hurlant. Certes. Et quelques témoignages sur place feraient état d'une relative inquiétude quant à la suite des évènements : admettons. Mais enfin tout de même : l'Asiatique, il est pas vraiment comme nous.

Quand même, hein : quand tu lis les journaux de France et que tu regarde les infos dans la télé de France, et bien à la fin, tu finis par te dire que l'Etranger, il est véritablement très cosmopolite, dis donc.


samedi 19 mars 2011

So, you want to be a writer ?

"Je te propose donc, puisque je produis quasiment autant de contenu et que je génère autant d'audience qu'un journaliste de la rédaction, de continuer à publier les billets d'humeur sur le blog sans contrepartie, mais d'être payé en piges pour les articles proprement-dits, les reportages, les interviews, les enquêtes, les trucs société rigolos qui font de l'audience, etc., à l'instar des autres journalistes indépendants intervenant sur le site".


On imagine bien la tronche du mec de Rue89 quand Serraf lui demande la bouche en coeur d'être payé - oui : payé. Avec de l'argent. Ne riez pas, c'est méchant - pour la poignée de billets narcissiques et hautains qui ont longtemps régalé les commentateurs du pure-player paraît-il de gôche. Le Steven Seagal du blairisme frenchy est décidément phénoménal et on en finit presque par envier tant d'auto-satisfaction béate : ce garçon ne se remettra jamais en question et mine de rien, c'est une force que cette incapacité complète à la modestie la plus élémentaire. Cela se paie certes par une totale absence du sens du ridicule mais tant mieux : c'est plus distrayant comme ça.

Au-delà des péripéties de notre néolibéral se pose tout de même une intéressante question : est-il donc possible de gagner du bon et gras pognon en écrivant sur Internet ? Et la réponse apparaît assez vite : y a peu de chances. Certes cette perspective, en plus de l'indéniable aspect esthétique qu'elle comporte - vivre de son clavier : so chic pour l'égo et permettant en plus de toiser ces pauvres hères obligés de se lever le matin et de se fader le périph', les chefaillons et autres vulgarités - est fort chatoyante pour l'esprit ; mais il est à craindre qu'elle se heurte aux cruelles contingences de la méchante réalité. Car si vous y songez, soyez assurés que des milliers font le même rêve et que les gens qui détiennent un chéquier le savent pertinemment. De là à penser que le travailleur intellectuel du Web est un sous-prolo joyeusement exploité jusqu'à l'os et qui en redemande, il n y a qu'un pas qu'on peut franchir l'esprit libéré des illusions de la Culture.

De fait, ce qui filtre des pure-players et autres sites de news quant à leur fonctionnement interne et leur "business model" n'est guère reluisant : levée régulière de fonds auprès de contributeurs privés, ce qui met cruellement en balance l'objectivité du contenu, une poignée de journalistes rémunérés pour commander à une noria de stagiaires jetables en turn-over permanent, mise à contributions de blogueurs naïfs à qui on fait miroiter une visibilité accrue en flattant le Narcisse qui sommeille en chaque acharné du clavier : tout ça n'est guère joli-joli. Surtout chez ceux qui font profession la main sur le coeur de "citoyenneté"et de "vigilance" avec de la morale plein la bouche. Si vous voulez vraiment vous débarrassez de toute forme d'illusion quant au statut de semi-intellectuel, je ne saurais trop évidemment vous recommander la lecture des "Intellos précaires" : je gage même que certains d'entre vous ou de vos proches s'y reconnaîtront furieusement. Comme quoi, hein ? On se pense supérieur au con de col bleu qui taffe à l'usine, et on se retrouve à faire encore plus d'heures que lui en étant moins payé encore ; vanitas, n'est-ce pas...

Vous vous rendez-compte que si chaque personne qui passait sur CSP se fendait par jour de 10 centimes, je gagnerais plus de 3000 € par mois ? Sans bouger le cul de chez moi et pour à la louche une heure de "boulot" par jour ? Tu m'étonnes que ça fasse rêver...sauf que justement, ce n'est que ça : du rêve. Et les rêves ne paient pas le foyer et ne remplissent pas le frigo. Puisque la simple question est : qui voudrait payer, même 10 centimes - ce qui est modique, convenez-en - pour lire un blog, si incroyablement unique est original soit-il ? (oui, c'est de CSP dont je parle, pourquoi ?). Dans une "culture de la gratuité" où de plus en plus de gens ne comprennent même plus l'intérêt de payer pour lire les quotidiens nationaux, il serait pour ainsi dire déplacé de prétendre à cela...
Limite impoli, voyez ?

Toutefois, je n'exclue pas de mettre un joli bouton Paypal quelque part, un jour : après tout, si vous êtes assez insensés pour me donner du pognon, je ne vois pas pourquoi je devrais vous empêcher. Et je vous rassure tout de suite : j'en ferai évidemment l'usage le meilleur. Criticus m'avait bien fait rire en faisant ça à l'époque, il y avait ça pour justifier la démarche : 

"Vos dons seront intégralement consacrés à l'achat d'espaces publicitaires pour Criticus sur Google AdWords et Facebook. Je m'y engage".

Hu hu hu.

Partant, je me sentirai obligé d'une certaine caution éthique, n'est-ce pas ?

"Vos dons seront intégralement consacrés à l'achat de jeux Xbox et à payer des restos à Mamour. 
Je m'y engage".

vendredi 18 mars 2011

Le piège libyen

C'est formidable.
Là, tel que vous me voyez, je suis émotion et bouleversitude.
L'ONU ayant décidé dans un sublime élan d'humanité et de compassion d'enfin sauver le peuple libyen de la botte khadafiste, on ne peut que se réjouir de voir que nos démocraties sont à ce point soucieuses du bien-être des opprimés partout dans le monde qui va mal. C'est très très beau, cette unanimité. C'est vraiment très très émouvant, la communauté internationale qui vole au secours d'une population écrasée par une armée laissée à sa propre brutalité.

Cut the crap.

Vous êtes a priori de braves et honnêtes gens qui ont constaté ces derniers temps une assez sévère augmentation  du prix de l'essence à la pompe, n'est-ce pas ?
En Libye, il y a du pétrole. Et si la France a à ce point fait le forcing, c'est peut-être bien aussi parce que le Nain nuisible n'a pas trop envie après Bettencourt-Woerth que s'étalent les saines traditions de la droite qui ne crache jamais sur l'argent des dictateurs africains pour financer ses campagnes électorales. Alain Juppé héros du jour ? Quelle rigolade. Depuis quand ce repris de justice se préoccupe t-il de "morale" ? Et depuis quand la "communauté internationale" s'émeut-elle aussi facilement devant les souffrances d'un peuple ?

Quand l'ONU autorisera des frappes préventives de l'OTAN contre l'armée israélienne pour faire comprendre que hacher du civil palestinien ça va bien à la fin, là, éventuellement, on pourra la prendre au sérieux. Sauf qu'elle ne le fera pas. Parce qu'en 2008, lors de l'opération "Plomb durci" quand des bombes au phosphore blanc tombaient sur Gaza, l'ONU n'a rien fait. L'OTAN n'a même pas fait semblant de bouger. En ce moment même, la Côte d'Ivoire est en train de sombrer dans la guerre civile : l'ONU se contente d'agiter un gros doigt grondeur et de se dépêcher d'attendre. Et il est où, Alain Juppé pour les ivoiriens ? Il faut être particulièrement niais pour se réjouir de cette résolution. Et des niais, si j'en juge par la liesse virtuelle de Twitter hier soir lors de l'annonce, ce n'est décidément pas ça qui manque.

De la niaiserie et de l'émotivité mal placée : l'opinion publique, déjà bouleversée par le drame japonais, est parfaitement mûre pour une propagande uniquement tournée vers l'action "morale", humanitaire, et ne pourra qu’applaudir qu'enfin il se passe "quelque chose" contre le malade mental Khadafi. Registre habituel de l'émotivité outrancière toujours mise en avant quand il s'agit de protéger avant tout les intérêts occidentaux, et toujours mise en scène selon un "choix" présenté comme alternative indépassable : soit l'intervention militaire, soit rien du tout - et le méchant dictateur va continuer à être très méchant, vous voulez donc que cette cruelle injustice continue, c'est bien ça, hein ? Chantage habituel des va t-en guerre médiatiques qui adorent voir l'US Army bombarder des pays lointains quand eux seraient infoutus de comprendre par quel bout se tient un fusil d'assaut. Et sans que ces brillants intellectuels qui ne vont jamais au-delà des trois rues qu'ils connaissent à Paris n'envisagent les conséquences politiques des interventions militaires dans des opinions publiques, arabes en l'occurrence, qui auront certainement une forte "émotivité" elles aussi de voir que le monde occidental juge bon de faire ce qui lui plaît quand ça lui plaît et surtout : contre qui il lui plaît. Ils seront très contents de voir un énième dictateur se faire destituer ? Ils verront aussi des soldats étrangers se comporter en armée d'occupation et auront un peu de mal devant ce systématique deux poids deux mesures quand il s'agit de "droit humanitaire", soyez-en certains. Intervenir militairement en Libye aura pour premier effet de renforcer l'image d'un gouvernement iranien en perte de légitimité qui ne fera pas faute de protester contre cette nouvelle ingérence. 

Une "intervention" ? Pas comme ça, pas celle-là, et surtout pas pour ces raisons là. Jamais on ne me fera croire que les puissances occidentales n'ont pas les moyens concrets de faire pression sur n'importe quel pays qui se comporte "mal". Et jamais on ne me fera gober la "morale humanitaire" des BHL et autres Romain Goupil tant que ceux-ci ne pousseront pas les mêmes cris d'épouvante ET pour les libyens ET pour les gazaouis ET pour tous les autres.

jeudi 17 mars 2011

Léviathan

D'ici, je contrôle le monde.
Je décide de prendre une pause : je recule un peu le fauteuil et je jette un oeil autour de moi : tout le monde est raisonnablement survolté. Le Japon, forcément. La Libye, aussi, sans oublier ce qui se passe...partout ailleurs. Je considère les deux écrans qui me font face mais pour le moment, rien de vraiment nouveau par rapport à hier. Nikkei : en baisse. Pour le moment. Ça va remonter. Hong-Kong : en baisse, Sydney : en baisse, Séoul : en baisse, Taipei : en baisse. 
Je ne m'affole pas.
Je suis le calme centre du monde.

La Bank of Japan a injecté 5000 milliards de yens pour faire repartir la machine : ça serait amusant qu'ils finissent par emprunter aux chinois. Ça me fait un peu sourire. Bruxelles, Paris, Londres, New-York : en baisse. Le luxe prend cher : LVMH dévisse, autant dire que c'est mort pour eux chez les bouffeurs de suhis. Ils compenseront avec les chinois. Je suis tenté de brader de l'Aréva mais tout le monde le fait en ce moment : de toute façon, le nucléaire va rester encore longtemps et pendant que tout le monde regarde le Japon, les affaires africaines continuent. Là non plus, pas de panique. Plus de panique. Pas comme en 2008.

On a tous un peu perdu la tête à ce moment là et moi le premier, je l'avoue. Cette panique boule de neige est un très mauvais souvenir pour tout le monde. Mais là, ça repart gentiment. Comme avant. Rien n'a vraiment changé et c'est pas plus mal. Je jette un coup d'oeil aux news : les japs tentent toujours de maîtriser leurs réacteurs. Je sais qu'il y a des types là-bas qui sont en train d'être irradiés à mort. Je pense un peu à eux. Ils ont des familles, des enfants sans doute. Les mecs en train de se sacrifier dans un boulot désespéré. J'aimerais pas être à leur place. Faudra en faire un film, après. J'irai le voir avec ma copine, enfin, si j'ai le temps.

Je m'étire sur mon fauteuil en réprimant un bâillement. C'est le matin, je suis déjà crevé et la journée va être longue. Encore. Mais j'aime bien ce que je fais. J'ai 26 ans. Je suis riche, enfin, pas vraiment riche mais plutôt riche. Et puis je gagne ma vie en passant les journées devant des écrans et en passant des coups de fils : c'est mieux qu'être pompier japonais ou mineur de coltan. J'ai été embauché ici direct après mon Master 203 et on dira ce qu'on voudra mais autant avec les amis je crache à longueur de journée sur les fonctionnaires et le système français, autant être formé par l'Université pour être embauché dans les marchés financiers, y a vraiment que dans une sociale-démocratie qu'on voit ça. Après, je dis ça mais je ne fais pas de politique. Je ne vote pas. Je m'en fous.
Et puis je fais un demi-sourire en pensant que la politique, c'est les gens comme moi qui la font. Maintenant.

On dirait que ça frémit un peu en Asie, je me rapproche des écrans. Je scrute des lignes. J'ouvre des fenêtres et je fais des comparaisons croisées en tentant de déceler des vecteurs. Des directions. Des signes...
Parle-moi, Marché.
Dis-moi ce que tu penses, ce que tu ressens. Exprime-moi tes doutes et tes certitudes, expose moi tes fragilités et tes peurs. 
Dis-moi ce que tu veux.

C'est bien ce que je pensais : il est urgent d'attendre. Ça va se précipiter d'ici quelques jours, quelques semaines au max, quand on aura les chiffres - les vrais chiffres - de l'impact économique de la catastrophe japonaise. Des usines vont fermer, des entreprises vont couler, ça va licencier très très dur, et c'est à ce moment là qu'on va se gaver. Les agences de notation vont faire plonger la note, qu'elles avaient déjà dégradée deux semaines avant le tremblement de terre, et il n'est même pas impossible que les japs soient obligés de faire appel à un plan de restructuration. Et ça, ça serait vraiment le bonheur. Rien que de penser au bonus de fin d'année que ça pourrait me valoir, j'en aie les yeux qui brillent. 

Ce n'est pas moi qui ait fabriqué ce système. J'ai beau dire, je ne suis qu'un employé finalement. J'ai des gens au-dessus de moi, des chiffres à atteindre, des actionnaires à contenter. J'ai des responsabilités, moi. Je ne peux pas les décevoir. Et si ce n'est pas moi, ce serait un autre, alors quoi ? 
Je me contente de faire ce qu'on me demande. Je pourrais presque dire que j'obéis aux ordres mais on ne me donne pas d'ordres : on me donne un niveau de vie.
Et c'est très bien comme ça.

Mais assez philosophé : la radiation a augmenté à Tokyo et les bridés entrent en panique. C'est le moment de tirer son épingle du jeu en encourageant la baisse. Ça va être une journée intéressante, finalement.


mercredi 16 mars 2011

Puisqu'on vous le dit

Ce n'est qu'un tremblement de terre, les centrales ne risquent rien.
Ce n'est qu'un petit tsunami de rien du tout, les centrales c'est du solide.

Ça vient un peu d'exploser mais rien de vraiment inquiétant.

Çavient encore d'exploser mais parler de catastrophe nucléaire est complètement prématuré.

Ce n'est pas une catastrophe nucléaire.

Ce n'est pas vraiment une catastrophe nucléaire.

C'est un peu une catastrophe mais pas vraiment nucléaire.

C'est une petite catastrophe un peu nucléaire.

C'est une petite catastrophe nucléaire mais plus Three Miles Island que Tchernobyl.

C'est moitié Three Miles Island/moitié Tchernobyl.

C'est un peu Tchernobyl mais pas encore vraiment, y a de la marge...

Les "autorités compétentes", pourtant expertes dans l'art de se décrédibiliser plus vite que leur ombre, ont pulvérisé des records ces dernières heures, puisque obligées de dire un jour l'exact contraire de ce qu'elles assénaient le jour d'avant, et la palme de la bêtise revient incontestablement aux duo de clowns Eric Besson/NKM tous deux pris en flagrant délit de gros bobards. Mentir est mine de rien un art subtil, et pouvoir mentir en sachant parfaitement qu'on raconte de craques n'est pas si évident que ça ; quant à mentir à quelqu'un en le regardant calmement et droit dans les yeux, ça dénote une maîtrise du concept porté à son point le plus sophistiqué. Mais on parle de gens de droite, aussi, c'est dire si des gens pareils baignent là-dedans comme porcelets dans leur auge et ce camp s'est toujours démarqué par son élevage intensif de mythomanes pathologiques.

Comme désormais on ne peut plus guère dissimuler l'ampleur des dégâts, on siffle la meute pour un tout petit peu murmurer du bout des lèvres qu'éventuellement le nucléaire n'est pas si safe que ça oui bon d'accord admettons, mais surtout pour taper sur les écologistes comme si c'était vraiment la priorité du moment. Et ceci dit pour des gens payés soit par l'Elysée soit par Areva, soit les deux à la fois, c'est de fait la priorité absolue, n'est-ce pas. Ainsi, un désopilant lobbyiste s'est vu accorder une tribune dans une Rue89 décidément en chute libre, article particulièrement ridicule qui a toutefois le mérite de défouler joyeusement les commentateurs du site, cruellement en manque d'imbécile heureux à défoncer depuis qu'Hugues Serraf essaie de se faire piteusement remarquer sur Atlantico. Et le raté Marc Cohen - quand on en est réduit à écrire sur Causeur, c'est le signe indubitable qu'on est un raté : sinon, on écrirait n'importe où ailleurs, y compris dans Aquarium Magazine - de se fendre lui aussi d'une sévère diatribe non contre la radioactivité mais sur le danger évidemment bien plus grand que représentent les partisans de l'éolienne. On a les adversaires imaginaires qu'on mérite.

Encore ces deux là sont-ils payés pour ça, ce qui n'est pas le cas des hordes d'imbéciles déchaînés qui tempêtent dans tout l'Internet en ressassant leurs lieux communs de niveau paléolithique sur l'air "c'est ça ou la bougie !". Signe des temps d'un pays qui s'enfonce chaque jour un peu plus dans le conservatisme le plus moisi et le conformisme en béton de franges les plus hystériques et hargneuses qui soient, et sont systématiquement vent debout pour défendre à tout prix un système qui les a niqué profond toute leur vie de salariés en les empoisonnant en même temps avec de la bouffe de merde et des ondes électromagnétiques. Quelque part, ces gens souffrent, c'est évident. Mais la compassion à ses limites à la fin, et on finirait par avoir envie de les envoyer nettoyer du plutonium à la main. Si on était méchant, bien sûr.

Toutefois, qu'on se rassure : il est évidemment absolument improbable que pareille catastrophe arrive chez nous parce que comme s'efforce de le faire croire le lobby nucléaire en France : nous, notre uranium, il est pas du tout comme celui des russes ou des japonais. Le nôtre il est mignon et tellement inoffensif qu'on en distribue des échantillons gratuits dans les maternelles pour que les enfants jouent avec et c'est joie innocente de le voir rire en se voyant devenir fluorescents.

À tous les niveaux et dans tous les domaines, la situation est parfaitement sous contrôle.

mardi 15 mars 2011

PPHQLB : the reckoning



Maintenant, la question est : mais qu'attendez-vous donc pour partouzer intellectuellement en tout bien tout honneur les deuxième et quatrième mardis du mois avec toute la fine équipe de PPHQLB au Petit London à Toulouse ? Mh ? Non, vous n'avez pas d'excuses. Non.

vendredi 11 mars 2011

Même les méchants ont des droits acquis

En conséquence de quoi, je décide de prendre quelque jours de vacances. Amusez vous bien, évitez de partir en Libye ou au Japon et à la semaine prochaine.

jeudi 10 mars 2011

Et on est drôlement contents pour eux

"Classement Forbes : record absolu du nombre de milliardaires dans le monde


Les Etats-Unis restent en tête avec 413 milliardaires, mais ils ne représentent plus que 33 % des milliardaires de la planète contre 40 % l'an dernier et 50 % il y a dix ans. Et l'Europe, encore continent numéro deux en 2010 avec 248 milliardaires, est battue par la région Asie-Pacifique qui prend sa place au classement et bondit de 234 à 332 milliardaires, presque 100 richissimes de plus en une seule année.

Si l'Europe conserve un rang honorable avec 300 milliardaires – 52 de plus que l'an dernier –, c'est surtout grâce à la Russie, qui sauve la Vieille Europe occidentale. Parmi les dix premières fortunes mondiales, le Français Bernard Arnault (LVMH) et l'Espagnol Amancio Ortega (de la marque d'habillement Zara) sauvent la mise".


Dans un monde où une bagatelle de 1 tout petit milliard de personnes crèvent littéralement de faim, c'est à dire presque autant que les 15 milliards de morts du communisme au passage - comme quoi finalement le capitalisme a eu raison de miser sur le long terme dans sa démarche d'extermination systématique des pauvres -, savoir que quelques centaines de personnes se portent elles comme des charmes a quelque chose de puissamment rassurant.
Non ?
Vous voyez toujours le mauvais côté des choses...

Ecoutez, je ne sais pas, essayez donc d'être un peu contents pour cette minorité pas du tout opprimée, faites mine de vous convaincre par exemple que tous ces joyeux nantis ne gagnent autant d'argent que pour le redistribuer par, je ne sais pas moi, de la création de richesses et d'emplois et de services et que des sommets de ces pyramides d'or vont nécessairement ruisseler des mannes dont profiteront tous ceux qui sont aux étages inférieurs et...

Oh.

Vous n'êtes pas crédules à ce point, je sais.
Ces gens ne produisent rien et ne redistribuent rien.
Je sais aussi. 
Comme vous savez qu'il y a des riches parce qu'il y a des pauvres : pour les exploiter et leur vendre ce que d'autres pauvres produisent mais ailleurs ;
Et comme il y a des pauvres parce qu'il y a des riches : pour que les riches assoient leur domination sur le plus grand nombre en les convaincant de leur nécessité de riches.
Et partant plus il y a de riche, plus il y a de pauvres.

Puisqu'il faut bien que cette argent vienne de quelque part, n'est-ce pas ? La valeur ne se crée pas de rien, comme par magie. Mais nul besoin de chercher trop loin puisque cette valeur elle vient de nous. Vers eux. Pour eux. Et il ne nous la rende même pas, les vilains ingrats...

Y aurait-il donc de "l'envie" parmi nous, du fait que eux sont riches mais pas nous et que notre but serait donc d'être aussi riches qu'eux en définitive ?...
Je dois avouer que pour ma part j'ai toujours rêvé d'avoir des lunettes de toilettes en or massif. J'ai l'intime conviction que mon auguste derrière a bien besoin de ça pour procéder à ses fonctions dans les meilleures conditions. Et puis au final, le monde ne tournerait-il pas plus rond si tout le monde était riche ?...
Mais ce n'est pas possible voyons. Tout le monde ne peut pas être riche puisque il n y aurait plus de pauvres pour créer cette richesse. En revanche, il y en a largement assez pour que tout le monde et je veux dire : tout le monde puisse avoir accès à des somptueuses folies comme un logement. De la nourriture. Des soins. Mêmes gratuits, en plus. Et il risque même d'en rester pour offrir du loisir, vous savez bien ? Ce que l'être humain s'autorise quand il n'est pas dans la survie et peut penser à autre chose que ce qu'il va manger demain.
Il suffirait juste que quelques centaines de personnes soient d'accord.

Ensuite, si vraiment ils ne veulent pas, et bien, je ne sais pas...