lundi 28 février 2011

Machine de guerre

On se tromperait lourdement en ne voyant dans Atlantico.fr qu'un énième nouveau site de droite ou la danseuse d'une poignée de patrons capricieux qui auraient eu le désir d'avoir un joujou informatif rien qu'à eux, comme l'est devenu le Figaro depuis qu'il a été repris par Dassault. Rien de tout ça, et c'est bel et bien ce qui frappe dès qu'on parcourt l'objet : Atlantico est bien plus que cela. 
C'est une machine de guerre.
De guerre de classe au sens de la célèbre sortie de Warren Buffet quand il disait : "La guerre des classes existe, c’est un fait, mais c’est la mienne, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la remporter". Atlantico, c'est la machine de guerre idéologique de la bourgeoisie capitaliste pour s'implanter sur le Web et faire du combat culturel en comblant le vide politique de la droite sur Internet.

De ce point de vue, il n'est pas anodin que le site ne se revendique pas "ouvertement" de droite - cf. la présentation d'un de ses fondateurs :

"Destiné au grand public, Atlantico.fr a l’ambition de proposer un modèle éditorial différent. Sa vocation première est d’être une plateforme d’aiguillage vers une information fiable et adaptée aux nouveaux modes de consommation de l’information sur Internet. Mais si Atlantico est un outil, c’est aussi un site construit sur une véritable ambition éditoriale et journalistique. Un journalisme qui pour être moins présent sur « le terrain » ne renonce en rien à des exigences de qualité, de curiosité et de réactivité. La sélection de sources pertinentes, le décryptage de l’actualité, le choix d’ouvrir la ligne éditoriale à 300 contributeurs ainsi qu’à de nombreux éditorialistes permettent d’offrir aux lecteurs une autre vision de l’actualité"

Entre les lignes, le propos est limpide : fabriquer de l'information de droite. Et dans cette optique, rien d'étonnant qu'il assume d'emblée d'être "moins présent sur le terrain"...parce que le terrain, il n'en auront nul besoin. On ne sera pas avec Atlantico dans de l'investigation ou de recoupement de faits et de témoignages, l'ambition y est beaucoup plus vaste que ce genre de trivialités : il s'agira de commenter la réalité dans le but explicite de la reconstruire dans une direction donnée. Rien moins. La lecture d'une poignée des articles déjà présents ne fait que confirmer cela : on y présente pas des "faits" mais des points de vue sur des faits ; et des points de vue qui malgré la superficielle disparité des contributeurs - Hugues Serraf, sans doute lassé d'être systématiquement ridiculisé sur Rue89, y trouve consolation pour son incessante quête de reconnaissance ; incapable de la trouver à gauche, et pour cause, il a fini par assumer ses vrais opinions et on est très content pour lui - y sont et n'en doutons pas y seront d'une rare cohérence idéologique.

Car la "ligne" d'Atlantico est déjà éminemment prévisible puisque consistera à affirmer mordicus un seul crédo : les riches ont raison. D'être riches, d'abord, puisqu'il méritent quasi-naturellement de l'être, et ont donc d'autant plus raison d'affirmer leurs revendications de riches.
C'est tout ?
C'est amplement suffisant et sur ce canevas de base seront brodées toutes les nuances et toutes variations sur le même thème. Et au moins, ici, on ne chichitera pas comme dans le bistrot Causeur sur une soi-disant prévalence du "culturel" sur l'économique : les gens qui ont conçu cet outil au service de la domination savent très bien ce qu'il en est réellement et que la "culture" c'est bien gentil mais que le gros pognon, c'est mieux.

D'où la sincérité, en apparence paradoxale mais en apparence seulement, des commanditaires du char d'assaut : quand ils affirment qu'il ne sont liés à aucun parti politique en particulier - des sarkozystes ont lourdement mis la main à la poche, certes, mais on va voir que le "sarkozysme" de ces gens c'est comme le choix d'un pantalon : ça dépend de la mode - et qu'Atlantico ne soutiendra personne en 2012...ils le pensent. Assurément.
Leur crédo étant de défendre l'idéologie des Talibans du Libre Marché, au final, peu leur importe qui l'appliquera. Les préférences individuelles de tel ou tel contributeur importent dès lors fort peu : on ne soutient pas "un" homme - ou une femme - en particulier, on soutient des idées dont on espère qu'elles s'incarneront au mieux dans une forme.  De droite de préférence, sans doute. Mais sinon, on saura passer sur ce genre de détail...

De fait, dès qu'un parti politique essaie de défendre des idées et quel qu'en soit le bord, le constat d'échec est d'autant plus patent qu'il est foudroyant : de toutes les initiatives désastreuses de ces trois dernières années, combien ont survécues ? Aucune. D'où l'originalité d'Atlantico qui défend une politique et entend bien devenir un acteur politique - y compris dans la prochaine présidentielle dont un des enjeux, non le plus important mais non le moindre, sera ce qui se passera sur la Toile - sans revendique telle ou telle allégeance trop spécifique. Sur Internet, on est dans le virtuel et on défend du symbolique. L'incarnation concrète et agissante de ce symbolique, c'est ailleurs que ça se passe. Mais on aurait tort, vraiment tort, de sous-estimer cette dimension de l'impalpable au nom d'une soi-disant supériorité du "terrain", la déclaration d'intention de Jean-Sébastien Ferjou attestant qu'on peut-très bien faire de la politique en s'en passant complètement...

Ce n'est pas que le "terrain" ne compte plus ou n'existe plus ; c'est là que se remportent les victoires politiques, en définitive.
C'est qu'à ce "terrain" du palpable, du concret, du tâtage de culs de vaches et du collage d'affiches à 1 heure du matin, s'est rajouté un nouveau "terrain", virtuel, symbolique, figuratif, mais nullement moins acteur politique à part entière.

D'emblée, dès le premier jour de lancement, Atlantico sera une expérience à suivre de près, puisque beaucoup de ce qui sera - ce qui est déjà ? - la politique va sans doute s'y jouer.

En attendant que la gauche - la vraie, pas les clowns socialistes - se décide en tout cas à au moins ne serait-ce que réfléchir à tout ça. Ce qui serait déjà un premier pas.


dimanche 27 février 2011

Facétie

(Mamour) - C'est quoi, ça ?

(CSP) - Attends, attends, je vais t'expliquer.

- Ben y a intérêt ! J'entends des bruits bizarres à la cave, ensuite des cris inarticulés et d'un coup plus rien, je descends pour voir et je tombe sur un type allongé par terre avec du sang partout ! Mais...mais il est mort !!!

- Ouais ouais, mais c'est un accident, c'est une blague qui a mal tourné, c'est tout.

- Mais chéri, c'est le troisième cette année ! On va avoir des soucis, à force !

- Mais je te dis que c'est une petite blague qui a mal tournée, là ! C'est bon, on va pas en faire un fromage, non plus !

- Et c'est quoi, cette fois, lui ? C'est comme le soralien que tu as plongé dans un bac d'acide en le filmant pour voir quelle couleur marrante ça donne à la fin ?

- Nan, c'est un type qui tient un blog nul de la "réacosphère", là. Je sais plus comment il s'appelle d'ailleurs et peu importe. Non, bon, au départ, c'était pour faire une blague d'un peu mauvais goût, je l'ai kidnappé à la sortie d'un bar, c'était d'autant plus facile qu'il était complètement cuit, je lui ait mis une cagoule et il s'est réveillé ici, et j'ai voulu lui faire croire qu'il était détenu par une cellule islamogauchiste et qu'on allait le faire parler pour lui faire avouer des trucs...

- Mais t'es complètement taré d'avoir des idées pareilles, toi !

- Meuuuuhhh non, tout de suite. C'était même pas méchant au départ, je voulais juste lui faire un peu guili guili sous les bras et je n'aurais lâché devant chez lui avec sa cagoule et basta. Ça lui aurait donné un truc enfin intéressant à raconter sur son blog, tiens, quelque part ça lui aurait rendu service. C'est très très médiocre, le quotidien d'un blogueur réac, tu sais...

- Mais c'est pas une raison pour le tuer, merde !

- Mais je te dis que je ne l'ait pas tué, à la fin ! C'est un accident, là ! Déjà, il était tout pas bien en se réveillant parce que bon, derrière un clavier y a de la gueule mais dès que ça sort de sa routine de crevard, ça devient tout liquide. Mais ça encore, c'était rigolo. Le truc, c'est quand je lui ait dit que j'était CSP, il s'est mis à sangloter en suppliant et sérieux, ça faisait peine à voir pour lui. Et puis bon, j'aurais pas dû dire ça mais à un moment, je lui ait demandé en murmurant si il avait vu Midnight Express...

- Oh la la...

- ...et bon, là, il est devenu tout fou, il s'est mis à ruer partout et à force de gigoter il s'est libéré de ses liens. Bon, jusque là c'était encore très marrant et je lui ait dit en rigolant que c'était une blague, à la con certes mais une blague, quoi. Mais il est devenu out of control, en peine crise de nerfs, il se jetait contre les murs en hurlant qu'on le libère et que ça se passerait pas comme ça entrecoupé de sanglots hystériques tout ça, et puis il a empoigné la kettlebell...

- Ah, c'est pour ça qu'elle est là.

- À côté de ce qui reste de sa tête, oui, voilà. Et donc bon, il commence à faire des grands moulinets avec comme un con, je lui dit de se calmer parce qu'il risque de blesser quelqu'un mais rien à faire, le mec en transes les yeux exorbités d'angoisse et à un moment, la kettlebell lui a échappé des mains, a décrit une très jolie courbe pour retomber pile-poil au dessus de lui, et là...

- Paf le chien.

- C'est ça.

- Pfff...c'est malin. Et puis finir comme ça dans une cave, bêtement...c'est triste. Mais bon, c'est fait c'est fait et maintenant on fait quoi ?

- Je sais pas. Tiens, déjà, on va jeter un oeil à sa sacoche, pour voir ce qu'il y a dedans, il y a peut-être une adresse où on pourra déposer le corps, de la famille, des collègues, un truc comme ça quoi. Alors, il avait quoi, kévinou...déjà, un Eastpack en camouflé, bonjour le urban warrior, tss...alors, une pochette contenant des outils divers et variés, bien sûr, on sait jamais, des fois qu'on devrait réparer une rame de métro cassée, un appareil photo japonais pour se sentir esthète, une lampe de poche tactikeul, purée ça coûte 200 boules ce truc et tout ça pour retrouver sa serrure quand on est bourré mais quel con, American psycho en poche complètement bousillé à force d'avoir été lu mais mais baaaaahhh des pages sont toutes collées mais beurk beurk beurk à la fin ils sont vraiment pas comme nous ces gens à la fin, un Ipod avec dedans...hu hu hu, Hans Zimmer et Lady Gaga oh le blaireau, et ah ! un portefeuille. Voyons...carte d'identité, carte bleue, 23 euros et 48 centimes, tiens, marrant, je l'aurait pensé plus thuné que ça mais bon, on se vante on se vante et on est un salarié normal après tout, une carte d'abonnement à un club de gym qui date de 2006, ho ho ho une carte d'abonnement à France Loisirs v'la le gros plouc sans déconner, ça sent le cadeau de maman qu'on sait pas refuser ça, ooooohhh un ticket d'entrée pour un club de strip-tease purée la misère totale du mec décidément, des tickets de bus ben ouais kévinou il prend le bus pour aller taffer avec tous ces pas comme lui brr, le pauvre, et...c'est quoi ça ? Une photo...d'une nana. Mh. Date un peu, la photo, les bords sont vachement usés, c'est pas une photo d'actuelle ça, plutôt l'ex-grand amour dont on ne s'est jamais vraiment remis.

 - Fais voir...bof. Banale.

- Ouais, fade, hein ? Enfin bon là aussi les goûts et les couleurs, hein. Et puis...une carte de membre du Front National de 2002, une carte de membre de l'UMP de 2007, une autre carte de membre du Front National de 2010 cette fois, un tract du Bloc Identitaire, une carte de membre d'Egalité et Réconciliation qui donne droit à un bisou d'Alain Soral et une conso gratuite, une photo d'Eric Zemmour torse nu ??? Purée mais ils ont des problèmes ces gens, et puis...non, c'est tout. Mouais. Ça se résume à pas grand' chose, la vie de kévinou, en fait.

- Et avec tout ça, on sait pas ce qu'on va faire de ce truc dans la cave, là, je te rappelle.

- Ben on l'enterre avec de la chaux vive, comme les autres.

- Ah non, hein. Et puis on a plus de place, avec tes bêtises, là. La section Jeunes Pop enfermée dans une cage et entièrement passée à la sableuse industrielle "pour faire une expérience", merci pour nettoyer après, hein. Non, lui, on le découpe en morceaux, on le met dans des sacs en plastique, et on balance le tout dans une casse automobile pour qu'à la fin il se retrouve en sculpture de César. Allez, au boulot. Et cette fois, c'est toi qui prend la scie.

- Mais heu...

samedi 26 février 2011

Mécanique

"Quatre jours après le décès de son fils Théo, Cyril Fournier est menacé de licenciement. Son employeur lui reproche une baisse de motivation durant les mois d'hospitalisation de son fils, atteint d'une tumeur au cerveau"

(Source ici et témoignage de Cyril Fournier )

D'un certain point de vue, on ne peut que se mettre à la place de l'employeur de Cyril Fournier : dans un contexte de crise exaspérant la concurrence libre et non faussée, il est plus que jamais nécessaire pour ne pas dire vital pour une entreprise de se ruer sans état d'âmes dans une compétitivité féroce et d'en demander encore davantage à ses salariés ;  de fait, est-ce qu'on peut se permettre une baisse sensible de productivité du fait des soucis personnels d'un type qui n'a pas vraiment la tête à ce qu'il fait vu que son petit garçon de 10 ans est juste un peu en train de mourir d'un cancer ? Franchement ? 

Mais c'est pourtant exactement ce qui s'est passé dans la tête de l'employeur de ce monsieur, vous savez.
Employeur a qui on ne souhaitera pas qu'il lui arrive la même chose, parce qu'il y a des limites au mal qu'on peut souhaiter à certaines personnes, leur comportement fût-il le plus abject et dégradé possible : on ne peut pas souhaiter à un type, si méprisable et bas soit-il, qu'il perde son enfant, ce n'est tout simplement pas possible. Il y a des limites. Et il faut des limites.

Et il est d'autant plus important d'avoir des limites quand on voit que décidément certaines personnes n'en ont absolument aucune.

Comme dit dans le billet d'hier, on a déjà cartographié dans les moindres recoins toutes les nuisances néolibérales et il n'est donc pas utile de revenir sur la dégénérescence morale que cette idéologie implique nécessairement. Le libéralisme, c'est la destruction du lien social et l'abolition des notions d'humanité les plus élémentaires, c'est une réalité objective et il n y a pas à avoir débat là dessus. La situation d'un Cyril Fournier en fournit encore une preuve, laquelle est ici particulièrement crue dans la violence dont est capable un patronat hors de contrôle et se croyant d'autant plus tout permis que l'exemple d'immoralité et d'arrogance cynique lui vient tous les jours des plus hautes sphères de l'Etat. Un gouvernement odieux et vulgaire dans une société ayant adopté une idéologie odieuse et vulgaire donne la marche à suivre de comportements odieux et vulgaire, c'est aussi simple que ça.

On ne peut pas parler tous les jours de toute l'année d'obligation à la compétitivité et de concurrence libre et non faussée, on ne peut pas encourager les chefaillons à presser leurs salariés de toutes les manières possibles, on ne peut pas légitimer l'exploitation et l'aliénation au profit à tout prix sans que ça ait effectivement des conséquences sur comment agissent les individus, c'est aussi simple que ça.

Partant, ce qui s'est passé dans l'entreprise Samsic n'est pas un accident ; ce n'est pas une "malheureuse exception" ; ce n'est pas le fait de "brebis galeuses" qui ternissent la réputation de l'entreprise ; ce n'est pas que le fait de managers lobotomisés à la lecture des Echos et des interventions hystériques du thatchérien Michel Godet.
C'est la conséquence parfaitement logique, cohérente, mécanique de trente années de lavage de cerveau néolibéral.
Ce qui n'excuse ni n'absout ni ne déresponsabilise en rien, bien évidemment, les cadres de Samsic qui ont pris la décision de, rappelons le ici, virer un type dont le petit garçon de 1O ans venait de mourir d'un cancer parce qu'il n'avait eu "une baisse de motivation".

En attendant que ces personnes soient condamnées par la justice et prennent le plus cher possible, on pourra toujours leur exprimer un petit sentiment en leur écrivant quelques mots ici : samsic.siege@samsic.fr

Bien entendu, les dégénérés néolibéraux qui n'ont pas honte de défendre cette idéologie en hurlant au syndicats fascistes et en faisant semblant de pleurer pour les milliards de morts du "communisme" choisiront, eux, de bien soigneusement fermer leurs gueules de petites pourritures devant cette tragédie qui risquerait de montrer que les Talibans du Libre Marché dans leur genre sont toujours les fourriers du pire et de l'ignominie.

Des libéraux, quoi.

vendredi 25 février 2011

Grand Universitaire De Gôche nous casse un peu les couilles, à la fin

Oh, chic : un livre. De plus. Encore...

"Il n'y a pas un manifeste à une voix, qui permettrait de saisir le positionnement de la pensée d'extrême gauche, mais une polyphonie d'influences. Difficile dès lors de s'y retrouver.

Qu'ils proposent une « cartographie », une « grammaire » ou une « boîte à outils », trois livres ont récemment tenté de faire le point sur cette nébuleuse riche et fragile par ses contradictions : « Hémisphère gauche » de Razmig Keucheyan, « Les Grammaires de la contestation » d'Irène Pereira et « Penser à gauche ».

Ce dernier est le plus récent et peut-être le plus ambitieux. Publié aux éditions Amsterdam, l'ouvrage collectif est conçu comme « une sorte d'instantané au moins partiel de cette constellation, permettant de saisir leur diversité et leurs contradictions ».

Qu'ils proposent une « cartographie », une « grammaire » ou une « boîte à outils », trois livres ont récemment tenté de faire le point sur cette nébuleuse riche et fragile par ses contradictions : « Hémisphère gauche » de Razmig Keucheyan, « Les Grammaires de la contestation » d'Irène Pereira et « Penser à gauche ».

Ce dernier est le plus récent et peut-être le plus ambitieux. Publié aux éditions Amsterdam, l'ouvrage collectif est conçu comme « une sorte d'instantané au moins partiel de cette constellation, permettant de saisir leur diversité et leurs contradictions »."

Blablabla.

Allez, ça fait, quoi ? 15 ans ? que j'en lis de ce genre de pensums, et celui-là précisément, je passerai mon tour. Oh mais très certainement qu'on va y apprendre de fort savantes et élevées choses, qui permettront de faire briller les mille feux de son érudition radicale-chic dans les soirées entre potes et les universités d'été. Sans nulle doute. Mais qu'on ne se méprenne nullement, point d'anti-intellectualisme primaire dans mon propos : c'est juste que ça me casse royalement les couilles d'encore me fader la Haute Sapience du Grand Universitaire De Gôche qui est tellement occupé à "penser" la radicalité qu'il en néglige de réfléchir à ce que pourrait éventuellement être des axes stratégiques concrets et autres broutilles tactiques.

C'est comme les bouquins qui "déconstruisent" l'idéologie néolibérale : on en a tous des bibliothèques entières, maintenant, au point que quand je m'installerai chez ma compagne, il me faudra bien 4 ou 5 esclaves nubiens rien que pour tous les transporter. La nuisance néolibérale nous a été explicitée jusque dans ses moindres recoins, et pourtant, Grand Universitaire De Gôche trouve régulièrement moyen d'en remettre une couche dans un nouveau livre à 25 euros,  prix qui le réserve de fait à une mini-minorité archi-conscientisée qui le lira, prendra des notes, en soulignera quelques passages, et le mettra bien rangé avec les autres.

Ce n'est pas que n'ayons plus besoin de penser, mais ce qui nous fait cruellement défaut c'est une manière de penser. Concret. Et surtout : efficace.

Parce que je ne sais au juste ce qu'il y a exactement dans cet ouvrage ; en revanche, je sais parfaitement ce qu'on y trouvera pas : un bon gros mode d'emploi. Puisque décidément, c'est tout bêtement ça qui nous manque : un, ou des, admettons, modes d'emploi. Des tutoriaux. Des how-to. 

Genre : 

Comment créer un identité militante forte qui passe par autre chose que differ sous la flotte à 7 h du matin ? Comment concrètement donner du sens à l'action militante au ras des paquerettes sans demander à nos nouveaux camarades de gentiment patienter jusqu'à l'insurrection prolétarienne qui viendra un jour, forcément, on sait pas quand mais un jour et en attendant va coller des affiches ? Comment s'implanter stratégiquement dans les quartiers populaires autrement que par la magie du volontarisme désimplanté qui se heurtera à la réalité du vécu pas conscientisé du tout des populations qui y vivent ? Quelle articulation tactique des élections et comment les utiliser le plus efficacement possible ? Fromage ou dessert ? Etc..

Et non, je n'ai pas de réponses à ces questions, élaboration collective blabla débats démocratiques blibli, voilà.
Mais pas trop non plus, hein. Le débat débattant dans le cadre démocratique de la logorrhée permanente du débat, ça casse un peu les couilles, à force.

C'est très bien, de lire des livres. C'est très bien, de débattre.
Blablater en rond pour constater que le capitalisme il est très méchant et qu'il est absolument urgent de se poser le cul sur une chaise pour "penser" la complexité multiple du doute qui sait pas qui sait plus qui est perdu et que nous, on a pas de solutions clés en main et qu'on revendique le doute et qu'on apprendra en marchant, en revanche, ça finit par donner envie de jeter de petits animaux mignons contre les murs, à la longue.

C'est pour ça que Grand Universitaire De Gôche, il est bien gentil mais il commence un peu à nous casser les couilles, à la fin. 
Je propose donc un boycott illimité des ses bouquins jusqu'à ce qu'il se soit décidé enfin à nous sortir un "Art de la guerre sociale" ou les "36 stratagèmes de la gauche pas contente" ou le "Traité des cinq roues du mouvement social victorieux" ; et si il n'arrive pas à se sortir à la fois les doigts de son poste à la fac, on trouvera nous mêmes de toute façon.

lundi 21 février 2011

Natalie Portman

Elle est belle, Natalie. Je l'appelle Natalie parce que ça fait tellement d'années que je suis amoureux d'elle au cinéma que maintenant, c'est comme si je la connaissais personnellement; comme si on était amis. Ou même mieux, mais même ça je n'ose pas en rêver trop fort.

Ici à Riga, le cinéma, c'est la dernière chose qui me fait rêver, tout ce qui reste pour s'échapper du quotidien. Quand je pense à mon connard de père qui a passé sa vie à travailler sur les docks, à décharger toutes les merdes occidentales des gros bateaux qui arrivaient en se crevant à la tâche et en buvant trop, putain, j'en crache par terre. Les mecs qui bossent sur les docks, ça pour boire, ils boivent. Mais l'autre gros con de paternel, lui, il buvait sérieusement. Pas pour simplement se bourrer la gueule avec les copains du boulot, qui se contentaient de picoler comme des vaches avant de rentrer en zigzagant filer sa beigne quotidienne à leur bonne femme. Non. Ça, c'est du loisir. De la détente. Du convivial après le taf. Le daron, il entamait sa deuxième journée de travail, au bistrot. C'était fait avec rigueur et méthode, proprement. Et on était pas là pour rigoler, non plus, faut pas croire ; mon père, il avait l'éthylisme janséniste. 

Quand il est mort de sa belle cirrhose qu'il avait tant d'années à peaufiner amoureusement, personne n'a été vraiment surpris, en somme. Et pas ma mère qui s'était déjà tirée depuis longtemps. Et pas non plus ma soeur qui s'était tirée encore plus loin, en partant vers l'Ouest où elle était certaine qu'une belle fille comme elle s'en sortirai toujours de toute façon. J'ai de ses nouvelles de temps en temps, avec un peu d'argent qu'elle m'envoie. Elle dit qu'elle est coiffeuse et que ça se passe bien. Je fais semblant de la croire et tout le monde est content.

J'ai jamais réussi à trouver un boulot un peu stable mais je suis encore jeune. J'ai 27 ans. Et tout le monde dit que ça va forcément s'arranger puisqu'en 2014, on passe  à l'Euro. En attendant, c'est dur. On a eu droit à un plan de rigueur du FMI en 2008 et depuis, il n'y a plus de boulot. Je comprends rien à la politique, moi, pas comme mon connard de père qui a cru au communisme jusqu'au bout. Quel con. Mais à la télé ils ont dit que c'était la seule solution pour sauver l'économie du pays, c'est le président qui l'avait dit, à côté du mec du FMI dont je me souviens plus du nom. Un français.

Je veux pas dire que le communisme c'était mieux ni rien. Pas du tout. Mais d'après ce que me disent les vieux, on avait au moins à bouffer. À la télé, ils disent que la Lettonie c'est le "laboratoire du libéralisme" et ils ont l'air d'en être très contents. Moi je m'en fous complètement de tout ça, je veux juste gagner ma vie. Mais bon, c'est difficile pour tout le monde, de toute façon. Et puis il y a le cinéma américain, et ça c'est vraiment chouette.

Alors pour tenir jusqu'en 2014 où ça devrait aller mieux, il y a Natalie. Et quand j'ai vu la bande-annonce de Black Swan sur Youtube, j'ai su que ça allait être le rôle de sa vie, à Natalie. Je voulais y aller avec mon meilleur ami Sasha mais il a perdu son boulot la semaine dernière et il n'a plus un rond. Mais moi non plus j'ai plus un rond mais je veux absolument voir Natalie. Et puis je rends des services de temps en temps à des types, je fais un peu le courrier, je passe des petits colis, je me débrouille, quoi.? Ils ont l'air satisfaits de moi en plus, peut-être qu'ils me confieront quelque chose de plus important dans pas longtemps. 
En attendant, j'ai pu m'acheter un flingue avec ce que j'ai un peu gagné. Un petit mais ça suffit. C'est dur la vie, et on voit des trucs pas rassurants de nos jour : vaut mieux être prudent.

Le film a commencé et Natalie est sublime. Toute maigre pour le rôle, tout en angles et en grâce tourmentée elle est parfaite...je veux dire, elle est toujours parfaite, évidemment, mais là elle est encore plus parfaite que d'habitude...
Crunch crunch crunch.

Il y a ce type devant qui mange du pop-corn.

Crunch crunch crunch.

Qui mange du pop-corn la bouche ouverte.

Crunch crunch crunch.

Qui mange du pop-corn la bouche ouverte et trop fort et pendant le film de Natalie, bordel !!!

Je lui demande, poliment, de faire moins de bruit.
Il s'excuse et pendant deux minutes il ne fait plus e brut avec son pop-corn.
Et il recommence.
Crunch crunch crunch.

Et pendant que Natalie danse et se fait harceler par sa mère et fait l'amour avec Mila Kunis et voit son reflet dans des miroirs et devient le cygne Noir et qu'elle devient folle, lui il continue.
Pendant tout le film de Natalie.
À manger du pop-corn.

Crunch crunch crunch.

Je suis pas violent comme type.
Vraiment pas.
Moi, du moment que je reste à l'écart des ennuis, ça me suffit.
Mais lui, je vais attendre la fin du film de Natalie et lui mettre une balle dans la tête.



dimanche 20 février 2011

Lorem Ipsum

- Bonjour, I-con.

- Glagla bonjour glagla.

- Ca fait combien de jours que tu es là, dis-moi ?

- 5jours, 14 heures, 43 minutes et 58 secondes...

- Ouais, c'est bien ce que je me disais. Parce que bon, quand je sortais du métro je te voyais là et je me disais juste un clodo de plus. Sauf qu'à bien y regarder, les lunettes rectangulaires, le jean Diesel, le pull Tommy Hilfiger et les Converses, t'avais pas trop le profil du SDF de base et c'est voyant où tu avais installé ton duvet que j'ai compris.

- Devant le Temple De Toutes Les Félicités.

- Ouais, l'I-store,quoi. Le joli endroit avec le joli parquet et les jolis vendeurs où on te vend les mêmes trucs que chez Carrouf mais plus joli et vachement plus cher.

- Ne blasphème point devant le Temple. 

- Ouh là, 5 jours à dormir dans la rue, ça t'a pas fait du bien, toi. Tiens, je t'ai acheté un kébab, t'a rien mangé depuis des jours vu ta tête, on croirait que tu sors d'un film de Lars Von Trier, dis.

- Oh mille merci, étranger. En vérité, ça fait cinq journées et cinq nuits que je médite devant le Temple en ne me nourrissant que d'eau de pluie et de nuggets périmés et on a beau dire mais l'ascèse et les macérations spirituelles, ça rend pas, j'veux dire. Attends je me lève pour accueillir ton offrande et nos pourrons parler de la Très Sainte Parole De Steve, que Son Nom soit loué mille fois...Oooohhhhh...

- Attends, attends, doucement, tu as des vertiges c'est normal, rha la la se mettre dans des états pareils mon Dieu mais on a pas idée à la fin. Allez, mange lentement et explique moi ce que tu fous là. T'as pas des amis, une famille, des collègues qui s'inquiètent, depuis 5 jours quand même ?...

- Je n'ai plus qu'une seule et grande Famille. Nous sommes tous réunis pour communier autour de Steve, Sa Parole soit louée pour les siècles, grâce aux Artefacts Divins qu'ils nous donne la Grâce de pouvoir utiliser.

- Pas gratuitement non plus, hein.

- Ta bouche est emplie de venin et tes paroles sont des pierres jetées à la face du I-prophète mais je sens pourtant que ton coeur est pur, étranger. Laisse-moi te faire partager notre Foi car oui en vérité c'est bel et bien une grande et noble Foi qui nous anime et transcende nos vies de bobos à lunettes rectangulaires et pulls siglés. Grâces, milles Grâces à Steve qui a su nous révéler à la Vérité...

- La vérité en l'occurrence, c'est que jamais dans l'histoire de l'humanité autant de gens n'ont décidé en même temps de rationaliser la surchauffe de leurs cartes bleues pour justifier l'achat de bidules dispendieux raqués au prix le plus fort possible mais bon. Je suppose que dans nos sociétés égarées, on se raccroche au moindre espoir d'avoir une vie moins chiante que les autres, pas vrai ? Gniark gniark.

- Tu es impie mais je te pardonne. Tu ne sais pas ce que tu dis car tu erre dans les ténèbres de l'ignorance, car en vérité tu ne maîtrise point les Artefacts Divins et ne sait point qu'on peut faire avec eux des choses merveilleuses que jamais nulle part en vérité on ne peut faire. Steve l'a dit. Et Steve sait. Il sait tout.

- Ouais. Mais non. J'ai un PC soviétique avec écran même pas plat et je fais exactement les mêmes choses. De la même façon. Pareil.

- Cela ne peut être.

- Sisi, j'te jure.

- Non, cela ne peut puisque sinon c'est toute la Très sainte Foi qui vacillerait et aussi accessoirement ma conviction profonde qu'en achetant des machins trop chers pour frimer avec, je perds toute possibilité de distinction sociale et je deviens juste un blaireau crédule qui gobe tout ce qu'on lui dit du moment que ça chatouille son narcissisme d'individu consumériste. Non. Je ne puis écouter tes paroles, impie. Ça me fait mal, ça me fait peur...

- Oh arrête, c'est bon. Je suis sous Grosoft et c'est pas la joie non plus, hein. Mais mon ego ne justifie pas encore que je m'endette pour frimer avec des I-bidules, et la seule fois où j'ai essayé d'installer du Libre, j'ai perdu une journée à essayer de faire tourner cette daube. Alors à la fin, on se résigne, voilà tout.

- Tu a été puni pour avoir voulu aller vers l'Hérésie.

- Ah ça, les linuxiens, ils sont largement aussi tarés que toi et tes potes, hein. Voire pire. Tu fais un billet où tu ose dire du mal de leur bouzin qu'ils se font bien chier à programmer eux-mêmes - ils sont tous informaticiens ou assimilés, contrairement à ce qu'ils prétendent et sont très heureux au fond d'être ultra-minoritaires, ça leur donne de la plus-value sociale, comme vous quoi -, tu les vois débarquer en furie dans les commentaires pour t'expliquer par A+B que tu es con ou ignorant ou stupide et même que t'es pas vraiment de gôche paske quand on est de gôche on doit s'emmerder à écrire des lignes de commandes pour changer d'onglet. Les LO de l'informatique, les mecs : si t'es pas d'accord avec eux, t'es rien qu'un petit bourgeois vendu au Kapital.

- Je ne partage pas leur foi mais elle est sincère et je la respecte.

- Arf, tu parles. Le lendemain, tu fais un billet sur les Palestiniens qui ont un peu d'autres soucis que le choix de leur OS, et les mecs qui te traitaient de stipendié à l'OMC, pouf, ils ont déjà disparus. Tu es un peu méchant avec Linux = 160 commentaires. Les Palestiniens = 16. Choisis ton camp, hein. Devaient être trop occupés à contempler leur interface graphique, faut croire.

- Mais tu tourne donc sous le Grand Satan et n'as tu pont conscience que ton âme est perdue, étranger ?

- Arrête. En ce moment je fais une formation PAO dans une structure spécialisée dans la formation informatique. Qui fait aussi la Certification Microsoft, le truc hyper-sexy par excellence. Purée, tu vois la tronche des mecs qui y sont, ça fait peur : des nerds de chez Nerd Corp qui portent sur eux que la femme, c'est d'abord un concept abstrait. Ça pourrait même devenir une expression du langage courant, genre "Ouh là, toi ce matin, t'as vraiment une tête de certifié Microsoft, faut pas se laisser aller comme ça mon garçon !".

- Je suis triste pour toi car tu n'a pas de Foi. Et croire en quelque chose, c'est important tout de même. Moi je crois en Steve et je sais que lui aussi crois en moi.

- Il croit surtout en ton besoin de consolidation individualiste mais passons. D'ailleurs, au fait, tu attends quoi là, depuis 5 jours ?

- En vérité je vous le dis, elle est parmi nous la Bonne Nouvelle : Steve dans son immense bonté nous délivre le nouvel Ipad qui bouleversera nos existences et nous ouvrira de nouveaux horizons de Joies et de Félicités. Rends-toi compte étranger : il disposera ô Merveille d'un port USB, n'est-ce pas bouleversant ? Et l'écran sera entièrement réalisé en poudre de diamant anti-reflets et anti-tâches de doigt gras, ce qui justifie complètement les 2399 € TTC que je me ferai une joie délirante de débourser. Amen. 

- Ah ouais. Et celui que tu avais avant, tu en fait quoi ?

- Il partira à la poubelle sans états d'âme, car dans le Monde De Steve, l'Ancien est péché mortel et seul le Nouveau est chemin de Rédemption. Interminable est le chemin vers la Grâce Pleine Et Parfaite De Steve et ça tombe bien j'ai les moyens. 

- Oui, je sais. Admirable chose que le capitalisme, décidément. Bonbin c'est pas tout ça mais je vais y aller, hein, charmé et tout, j'adore rencontrer des freaks, ça me rassure beaucoup sur moi. Et puis bon courage, surtout.

- Que la Paix de Steve soit sur toi. Et je ne désespère pas : un jour, tu iras vers la Vraie Foi, je le sais.

- Et vas t'acheter une personnalité, pendant que tu y est. Ah mais non, suis-je étourdi : c'est précisément ce que tu es en train de faire.


samedi 19 février 2011

Valets du Kapital, donc.

"Le mensuel de débats et d’opinion, Causeur, vient de lever 160 000 euros auprès, notamment, de Xavier Niel, cofondateur de Free, et les entrepreneurs Charles Beigbeder et Thierry Wilhelm. Ce dernier est déjà actionnaire du magazine Politis mais également du site Internet Mediapart ainsi que du magazine Terra Eco. Après cette levée de fonds survenue au mois de décembre, la rédaction détient désormais 34,6% du capital contre plus de 65,4% pour les investisseurs privés.

Par ailleurs, Xavier Niel et Charles Beigbeder sont déjà tous deux présents au capital d’Atlantico, un site d’information de teneur libérale qui doit ouvrir ses portes à la fin du mois de février porté par Pierre Guyot, ancien journaliste à RTL et à Europe 1, et par Jean-Sébastien Ferjou, qui travailla notamment à TF 1 et à LCI.

Créé en 2007 par la journaliste Elisabeth Lévy, Causeur était à l’origine un site Internet devenu, quelques mois plus tard, un mensuel qui compte près de 2 000 abonnés.  Le site Web revendique plus de 200 000 visiteurs uniques  chaque mois et certains articles sont intégrés sur la page actualités du portail Free.fr.

L’équipe est composée de plusieurs journalistes dont des anciens de Libération comme Muriel Gremillet ou encore Luc Rosenzweig ainsi que Gil Mihaely, Marc Cohen,  et des contributeurs réguliers. Basile de Koch, fondateur et « président à vie » du groupe d’intervention culturelle Jalons , est également rédacteur pour la magazine.

Depuis ses débuts, Causeur a pu compter sur le soutien de la Société Française des Ressources Humaines (SFRH) qui lui prête des locaux et le fonds d’aides à la presse en ligne qui doit lui permettre de lancer un nouveau site dans les prochaines semaines".


Pourfendre la bienpensance, oui. Mais avec l'argent du patronat, c'est quand même mieux.
Voilà donc une partie de la réponse à une question qui me taraudait (SFRH = Vinci) : le bulletin de liaison sarkozyste de Babette est bel et bien financé par la droite réactionnaire via une fraction patronale qui investit donc dans la désinformation sur Internet. La stratégie par le centre ayant lamentablement échouée - sites officiels UMP moqués de tous et avec raison -, on passera donc par la périphérie et le financement de sites droitards.

On voit donc également que se trouve assez brillamment confirmée la thèse selon laquelle le bistrot Causeur n'en finit jamais de pourfendre le laxisme cosmopolitométissé mais ne dira jamais de mal de Sarkozy et de ses amis du MEDEF, et dame, pour cause : c'est eux qui signent les chèques.

On lira donc désormais avec une manière de scepticisme les envolées fulgurantes de notre Babette nationale et de la frange de neuneux qui gravitent autour d'elle, quand ils se mettent à parler d'indépendance d'esprit et de liberté d'expression opprimée par la vilaine gauche. Mais ne soyons pas trop méchants : après tout, ce ne sont au final que des salariés - presque - comme les autres...

vendredi 18 février 2011

La provocation

Inutile de vous montrer la vidéo de la gargouille Dassault en train de baver que la seule solution à tous les problèmes c'est de saquer "toutes les aides" - byzantines, il va sans dire - de l'Etat social ou de ce qu'il en reste, vous l'avez déjà tous vue. Pour le retardataires c'est ici, et on ironisera jamais assez sur ces gras capitalistes qui si ils obtenaient effectivement la suppression de toutes les aides et d'abord les leurs seraient les premiers à crever sous les ponts. 
C'est une provocation, certainement. 
Et aussi en même temps ce qu'il pense vraiment, personne n'est dupe.
De la même façon, la condamnation, ridicule et insatisfaisante, du ténia Zemmour pour ses propos racistes est basée sur une autre provocation, dont l'auteur pense évidemment aussi chaque virgule. La provocation de droite n'est jamais une "provocation" toute seule, une sortie un peu outrancière pour choquer : elle constitue toujours le fond profond de, disons, la "pensée" à défaut d'un mot plus approprié, du droitard qui la crache. Ensuite, on peut se dédouaner à peu de frais en prétendant que ce n'était là que "provocation", et on s'est contenté d'exprimer exactement ce qu'on a envie de dire.

Ce qui frappe dans la vidéo du vieux schnock, c'est l'évidente jouissance perverse avec laquelle il vit cette provocation. Trop vieux pour espérer encore quoi que ce soit de la vie, abandonné par sa libido dont il ne saurait de toutes façon plus quoi faire, il ne lui reste donc plus que ça : le plaisir pervers, fondamentalement pervers, de sortir tout ce qui lui passe par la tête, bien certain qu'il ne sera jamais ni repris ni même condamné puisque la notion de racisme de classe n'est pas un délit pénal. On ne s'intéresse pas assez dans nos milieux aux choses de l'âme dans le sens le plus étendu du terme, et il serait tout à fait passionnant sans doute de pénétrer plus avant dans des cervelles de riches ; on y comprendrait très vite comment l'accumulation d'argent et notamment l'argent iniquement gagné - héritage de papa, boursicoteur - rend malade celui qui le possède. L'argent, le trop d'argent corrompt, on le sait, mais il semble bel et bien qu'il rende malade, au sens clinique du terme. L'exemple de ces  traders devenus fous à force de brasser des milliards invisibles semble l'attester, et la perversion gourmande d'un Serge Dassault qui finira sa vie seul, méprisé, uniquement entouré de charognards espérant sa fin le plus vite possible, mais riche : voilà qui montre que le capitalisme ne rend pas seulement aberrant dans sa quête de profit dans fin : il rend pervers. Malade. Ce qui est on ne peut plus logique puisque loin d'être "naturel" comme le prétendent les dégénérés en voie d'extinction qui s'en réclament encore, le capitalisme est une maladie et une perversion en soi.

La jouissance, perverse insistons là-dessus, de ceux qui en sont les bénéficiaires dans la provocation en découle donc naturellement. Ils sont déviants et malades et en mettent partout à force de se vanter de leur racismes pluriels et ricanent encore plus devant les leçons de morale qu'une certaine gôgôche essaie de leur asséner.
De ce point de vue, il n y a pas de vrai "provocateur" de gauche. Et non, pas Guillon ou Porte, ce sont des pamphlétaires, il leur arrive d'avoir de l'esprit et du talent, mais l'usage de la provocation n'est pas du tout le même puisque derrière leurs outrances, il n'y a pas de programme politique. Tout simplement.
Or, il y a un programme politique très clair et très précis, très articulé, derrière les "provocations" de droite. L'arrière-pensée est toujours politique, ils expriment des idées dont ils entendent bien qu'elles deviennent agissantes. Donc, de ce point de vue, il n y a pas, pas vraiment disons, de provocateurs de gauche au sens politique du terme.

À part peut-être Denis Robert.
Qui lui a commis la provocation ultime : s'en prendre au portefeuille en expliquant les circuits d'argent. D'où rien moins que 10 années de harcèlement judiciaire et d'hystérie diffamatoire, lesquelles rendent sa victoire finale encore plus savoureuse.
Il ne faut pas oublier que la vraie "provocation", l'ultime outrage, le seul qui les fasse vraiment sortir de leurs gonds, c'est leur certifier qu'on leur prendra tout. Tout. Absolument tout et qu'ils n'auront plus rien. De gré. Ou de force.
Tout au point qu'ils ne pourront même plus réagir, même plus même espérer se venger, même plus espérer tout court.
Tout, bien sûr, sauf la vie.

On est de gauche, quand même.

mercredi 16 février 2011

Le silence des bulots

"La France arrive en bas d'un classement des pays de l'OCDE pour son taux d'encadrement des élèves du primaire et du supérieur. Les collèges et lycées s'en sortent mieux".


Moins de profs + davantage d'élèves = enseignement à la baisse, c'est aussi simple que ça.
Mais allez donc essayer d'expliquer ça aux néolibéraux à QI de bulots qui dans leur frénésie de réduction des déficits n'en finissent pas de hululer depuis trente ans qu'il faut dégraisser le mammouth. Peine perdue. Et puis ils s'en foutent, leurs gosses à eux sont dans le privé.

Il est bien évident que parmi la fange de zéros absolus qui réclament des suppressions de postes et pestent contre les fonctionnaires marxisto-grévistes, absolument aucun n'est prof et n'a la moindre idée de ce que ça peut être de se tenir devant 30 sales gosses en pleine explosion hormonale permanente pour tenter de leur inculquer deux ou trois bases fondamentales dont on ne peut plus qu'espérer que ça leur serve à la fois pour avoir du boulot, mais aussi détenir quelques connaissances humanistes qui leur permettront de devenir autre chose que des machines à travailler et à consommer ; et c'est d'ailleurs bel et bien ça qui hérisse les crétins libéraux, de droite comme de la fausse gauche : non seulement l'Educ' Nat est un bastion de la gauche - ce qui est en soi insupportable pour des gens qui se contentent de posséder banques, finances, médias et actions et qui veulent absolument tout -, mais en plus de l'enseignement "utile", elle aurait la folle prétention d'inculquer à l'occasion un minimum d'esprit critique. Et ça, Libéral en a une sainte horreur. L'esprit critique, c'est la démonstration de l'évidence de la faillite de son idéologie et que lui même n'est qu'un Taliban du terrorisme de l'argent et rien d'autre. Autant dire que détruite l'Ecole est pour lui une priorité absolue.

Et bien entendu, collez-le devant une classe et vous pouvez être certain qu'il rentrera chez lui le soir en pleurant et en appelant sa maman. Déjà que ces spécialistes en économie sont incapables dans la vraie vie de faire tourner une baraque à frites - combien d'entreprises privées grassement subventionnées par l'Etat, déjà ? Et eux, t'inquiètes, on ne leur demandera jamais de comptes sur leurs déficits - alors essayer d'enseigner, pfou, laissez tomber. Et puis c'est trop incompatible avec des valeurs de droite, l'enseignement. Les conneries sur la responsabilité individuelle, sur la saine concurrence, sur l'inégalité fondamentale entre les être humains et le dévouement absolu envers tous les pouvoirs quel qu'ils soient, et le discours du "si on veut s'en sortir, on peut yakafocon", devant des élèves de Bac Pro, ça s'écroule comme un château de sable et droitard rentre chez lui en pleurant, encore, en se demandant ce qui lui a pris de passer le concours et en cherchant une place moins contraignante dans le privé entre deux sanglots. Si il y a autant de gens de gauche dans l'Educ' Nat', c'est parce que c'est une question de valeurs universelles et de transmission d'un héritage politique, aussi, qui tient davantage à l'Histoire de ceux qui se sont bougé le cul pour avoir des droits - dont entre autres celui d'une éducation de qualité - qu'à celle, considérablement moins glorieuse, qui se sont toujours contenté de soutenir les puissants en espérant que ça arrangerait leur situation individuelle et l'ont toujours eu profond, ces veaux.

Taisez vous donc, droitards, vous ne savez pas de quoi vous parlez. Silence, les bulots ! Laissez les grandes personnes faire des choses sérieuses. Et que ce billet matinal soit un hommage aux enseignant-teuhs qui partent essayer de faire leur boulot dans des conditions de plus en plus merdiques.
Parce que moi, purée, prof c'est trop trop dur, je pourrais vraiment pas.

mardi 15 février 2011

Ne m'appelez plus jamais France

Ce n'est pas que la vision de l'excellent Hors la loi de Rachid Bouchareb m'ait fait particulièrement bougé sur la question ; ça n'a fait que confirmer si besoin était un sentiment profond depuis des années voire littéralement des décennies : je n'en ai strictement rien à foutre d'être "français". Rien. Du tout. Pas le moindre frémissement cocardier, pas la plus petite once d'élan patriotard, pas le plus infime tressautement tricolore : que dalle. Et sans doute que les images filmées du massacre de Sétif, le 8 mai 1945, quand mes "compatriotes" ont tiré sur des manifestants pacifiques pour tenter de faire taire le bronzé qui avait l'impudence de réclamer son indépendance - alors qu'il était pourtant si heureux et épanoui après 130 années d'occupation et d'asservissement, l'ingrat fellouze -, sans doute que ces images n'ont pas peu fait pour me confirmer dans cette certitude.
Être "français" ne signifie rien à mes yeux.

Lors de la sortie du film, des militants FN et autres fonds de poubelles de l'Histoire avaient manifesté devant des cinémas en exigeant son interdiction et au fond comme on les comprend : ils y sont décrits exactement comme ils sont. Un ramassis de gorets colonialistes couinant sur leur cher Empire en train de leur filer entre les doigts et prêts à toutes les exactions pour continuer à y exploiter êtres humains et matières premières, tout ça au nom de leur drapeau à la con et du seul orgueil qu'ils peuvent se permettre : celui d'aimer être abrutis de soumission devant tous les pouvoirs surtout les plus à angle droit, pour avoir rien qu'un peu le sentiment d'exister enfin à travers quelque chose.
Deux choses sont absolument méprisables et ce de façon universelle : celui qui se croit supérieur parce qu'il possède davantage d'argent qu'un autre ; et encore plus bas - encore que les deux puissent parfaitement se concilier -, celui qui croit que son pays à lui, il est meilleur que les autres. Deux facettes de la même angoisse de pouvoir exister à travers des choses qu'on pense plus grandes que soi, l'argent ou la nation, deux facettes de la même faiblesse et de la même lâcheté. Du même refus d'être un individu émancipé et autonome, en somme.

C'est pour ça aussi que j'aime tant à les voir pleurer sur le monde qui n'est plus tel qu'il est, sur la France qui décade, sur le bougnoule sournois qui les envahit, sur le Noir qui baise celles qu'ils ne se seraient jamais tapé de toutes façons, sur le pédé qui roule des pelles à son copain en pleine rue, sur les femmes qui n'ont bizarrement plus envie de faire les courses à leur place ; admettez que ces criailleries de vioques parfois avant l'heure ont quelque chose d'infiniment réjouissant. Mais le mieux, le top de la crème de la chantilly onctueuse sur la délicate cerise confite, c'est les voir, les entendre, les lire, quand ils deviennent fous d'angoisse et de terreur à l'idée de la disparition de ce qu'ils sont et de ce qu'ils aiment. Leurs terroirs à la con, leurs traditions à la con, leurs clochers à la con, leurs fromages à la con, leur art de vivre bien de chez nous à la con, leur existence de Blancs pétochards à la con. Ça c'est bon. Ça, ça donne envie de faire des enfants à des algériennes pour les amener ensuite à l'état civil et les déclarer FRANÇAIS, en espérant qu'en grandissant ils deviennent intelligents et donc de gauche, et qu'ils comprennent partant que ce fait d'un hasard de la naissance qui les a fait "français", à part faire chier des cons, ça ne signifie rien.

 Même les "rencontres sportives", où les moins patriotes d'entre nous se mettent pourtant à ressentir un petit élan cocardier pour "notre" équipe qui représente "notre" pays et que quand même on a beau dire c'est un peu la "France", mais qu'est-ce que j'en ai à branler de ces glandus dont une complète série de coïncidences les a fait naître sur le même territoire administratif que moi, à la fin ? Et ils sont payés horriblement cher pour courir après une baballe, qu'on les remplace par des golden retrievers et au moins ça sera un peu mignon, parce que c'est assez mignon, en fait, un golden retriever. 
C'est aussi pour ça que quand bien même je me verrais contraint et forcé de mettre un bulletin Mélenchon dans une urne quelconque par démission irresponsable d'une partie de la direction d'un certain parti, mais jamais je n'aurais la moindre oreille pour les tagadas tsoin tsoin sur la "République" et la "France" et mon "sentiment national". Qu'ils aillent de faire foutre, les "républicains" de gôche, avec leur verbiage de Troisième République et leurs enthousiasmes de papys sur le drapeau tricolore. C'est quoi, d'ailleurs un "compatriote" ? Laurence Parisot ? Jean-François Copé ? Serge Dassault ? Ivan Rioufol ? Parce qu'on est né au même endroit, je devrais donc me sentir un tout petit proches de ces saloperies sur pattes, quand bien même d’infinitésimale manière ? Qu'ils crèvent. Français ou pas.

Et pour revenir au film de Bouchareb - qu'il serait d'ailleurs du goût le meilleur que vous le vissiez de toute urgence tant il est bel et bon, ô lecteurs et trices bien-aimés -, une autre certitude en découle logiquement : à l'époque, j'aurais fait des pieds et des mains pour porter des valises. Le plus possibles et les plus lourdes que j'aurais pu. Il y a des moments où on peut se permettre le luxe de n'en avoir rien à foutre de son "pays" ; il y en a d'autres où il devient glorieux d'y être considéré comme un traître.

lundi 14 février 2011

FIRE IN THE HOLE !

- (Mamour) Bon, c'est quoi aujourd'hui ?

- (CSP) Oh désolé ma chérie, j'ai peut-être mis le son un peu fort...

- Un peu ? Je suis dans le bureau à corriger des copies, et là j'ai l'impression que c'est Verdun, Monte Cassino et la Pointe du Hoc en même temps et dans mon salon. Allez, je vais faire une pause clope, et tu vas me montrer d'où ça vient ce bazar de hurlements, d'explosions et de rafales de mitraillette.

- D'accord, assied-toi. Alors voilà, le pitch...

- Tu es dans l'espace et tu éventre du mutant.

- Non, ça c'était la dernière fois. Là, bond dans l'espace-temps, je suis dans les moiteurs de la jungle sud-asiatique pour y défendre le monde libre contre les cruels Ivan Popoffs et leurs fourbes alliées les Cocoviets. 

- Fascinant.

- N'est-ce pas ? Et là, je repte silencieusement pour infiltrer le camp des Cocoviets.

- Pour y faire quoi ?

- Je sais pas trop, je ne suis jamais le scénario, ça n'a aucune importance. A priori pour y mettre le dawa et trucider tout le monde. A priori, hein.

- Ah mais il y a donc un "scénario", quelle heureuse nouvelle ! 

- Oh, tout de suite les grands mots. Disons une esquisse de brouillon de trame narrative à l'état de vague prétexte, tout au plus, mais de toute façon, personne ne s'en soucie et moi le premier. Ce qui compte c'est le défouloir-carnage qui ne devrait pas trop tarder. D'ailleurs, tiens, une sentinelle à occire, je me rapproche...encore...ET JE BONDIS TEL UN FÉLIN pour l'égorger furtivement, avec du sang partout et tout.

- Beuuu...

- Hop, je planque le corps et continue de me faufiler tel un reptile rusé. 

- Tu rigole ? Tu passes à 2 centimètres d'eux et ils mouftent même pas !

- Oui, bon, l'IA n'est pas toujours à la hauteur et parfois tu pourrais te trimbaler avec toute une fanfare, tout le campement ennemi resterait à vaquer comme de rien. Mais peu importe là encore, c'est juste qu'on y croit très fort. Et là , je place des charges explosives, et là, aussi, et là, aussi.

- Mh, une suite toute en nuances, donc.

- C'est ça. Je m'éloigne avec mon détonateur eeeeeeeettt...BADABOUM ! ASSAUT !!!! RATATATATATATATATATATATA !!! (reload) RATATATATATATATATATATATA !!!

- Oh la la...

- Ah c'est vraiment le plus délicieux : les grands moment de portenawak où ça défouraille de partout et tu abats une armée à toi tout seul. RATATATATATATATATATATATA !!! (reload) RATATATATATATATATATATATA !!!

- Et le, disons, réalisme ?

- Ah non. Ton flingue surchauffe jamais, tu as des munitions à plus savoir qu'en foutre, et tout ce que tu as à faire C'EST FLINGUER CES BATARDS DE COCOVIETS ! TIENS, PRENDS ÇA ! MEURS ! MEURS, POURRITURE COMMUNISTE !!!

- Non mais ça va pas, là tête ?

- Nan mais attends, c'est pour se mettre dans l'ambiance, créer de l'immersion, s'impliquer émotionnellement dans la narration, tu vois. 

- Et c'est que des jeux ou de gentils américains tuent des salopards communistes, en somme ?

- C'est l'idée. L'américain est noble et grand et il défend la démocratie, et si il lui arrive éventuellement de commettre quelques menues saloperies, c'est toujours à son corps défendant et il se sacrifie pour une cause plus noble. L'ennemi en revanche est fourbe de nature - puisque communiste - et quand il fait exactement les mêmes chose que le ricain, il les fait par plaisir et jouit de sa cruauté naturelle. C'est très con, j'aime vraiment beaucoup.

- Hun hun. Et ça existe pas, des jeux où des courageux progressistes butent à tout va du chien d'impérialiste ? Des fois, pour changer ?

- Ben c'est à dire que c'est une question de budget, en fait : pour torcher du gros jeu qui vend, c'est devenu une superproduction telle qu'il faut avoir des moyens très très conséquents. Et au moment où on parle, c'est les ricains qui ont le plus de fric pour ça. Et comme ils s'adressent à un public qui n'a pas trop envie de s'embarrasser de subtilités géopolitiques, on va au plus court et on cherche des ennemis pas compliqués : le bougnouloterroriste ou le Ivan Popoff en version 2.0.

- C'est basique à ce point ???

- Pire. L'épisode d'avant, les Ivan Popoffs envahissaient les Etats-Unis et fallait les bouter hors de la Maison-Blanche en ruines. C'était génial.

- Et politiquement, ça te gêne pas de jouer à ça ?

- Ah non, pourquoi ?

- Bon, pour rien. Mais continue à massacrer des...des quoi déjà ?

- Des Cocoviets.

- C'est ça. Des Cocoviets.

- Je change d'arme, fusil à lunette : aaaaattention....BANG ! HEADSHOT ! YAYAYA LA CERVELLE QUI VOLE ET TOUT YAYAYA !

- Mon Dieu...

- RATATATATATATATATATATATA !!! (reload) RATATATATATATATATATATATA !!!DIE ! DIE ! DIE !!!

- Pfou...bon, je suis épuisée de tant d'action et de violence, là. On fait des bisous ?...

- Heu, attends Mamour, j'ai presque fini le niveau, là...


dimanche 13 février 2011

Ça n'arrivera pas en France

Il y a des gens comme ça, qui sont les rabat-joies de service. 
De ces personnes qui ont du mal à s'enflammer et ont une tendance, souvent fâcheuse, à chercher - et pire : à trouver...- la petite bête. Le petit détail. La faille en somme. Et qui se privent rarement de casser l'ambiance en démontant les élans un peu trop fou-fous.
Je suis de ces gens.
J'ai toujours été le mec qui explique aux enfants que le Père Noël n'existe pas et qui dit à la maîtresse que le mari ne quittera jamais sa femme pour elle. Disons que je ne sais pas faire rêver. Ce qui tombe très bien, je n'ai pas envie de faire rêver et je n'ai rien à vendre.
Il peut arriver qu'on m'en veuille beaucoup, pour ça. Et c'est normal : on vit aussi en se fabriquant les rêves qui nous arrangent le plus et je ne prétends nullement faire exception à cette règle ; mais disons que j'évite de prendre ce que je sais être des rêves pour de la bonne grosse solide réalité.

Et en ce moment, dans l'élan de la joie et de l'enthousiasme, je vois beaucoup de gens autour de moi prendre leurs rêves pour des réalités.
Ce qui se passe en Egypte n'arrivera pas en France.
Si vous pensez ça, si vous espérez voir les masses descendre dans la rue, si vous avez des visions de foules scandant "Sarkozy, dégage" pendant des semaines et à la fin que l'arrogant petit bonhomme plie bagage avec sa pouffiasse sous le bras : oubliez. Ça n'arrivera pas. Ça ne se passera pas. Et en tout cas et dans tous les cas de figure, pas dans les deux années qui viennent. Si Sarkozy dégage, ce ne sera pas grâce à un mouvement populaire spontané, ce sera parce qu'il aura été battu dans le cadre d'élections bourgeoises. Deal with it.
Si il est battu, évidemment, ce qui n'est pas encore joué.

Moi aussi, je ressens une joie et une admiration sans bornes pour ces peuples courageux qui,à bout de lassitude devant d'iniques arbitraires, décident de faire ce qu'il y a sans doute de plus beau : prendre eux même les décisions et leur destin politique en main. Créer la politique, sans attendre qu'on le fasse à leur place ou qu'on leur remette un programme ou des mots d'ordre. Et surtout, enfin, vaincre ! Faire fuir les despotes la queue entre les jambes, voir tous leur sacrifices et y compris les plus douloureux ne pas avoir été faits en vain...
C'est par ailleurs d'autant plus jouissif que ça fait piquer une petite crise à Droitard, qui sans doute adore la démocratie, mais surtout quand le peuple ne s'en mêle pas ; quant aux plus réacophiles d'entre ces sots, goûter leur panique depuis quelques jours devant ces "africains" qui décident d'entrer dans l'Histoire en filant un grand coup de pied dans la porte vous a quelque chose de délicieux. sans le moindre doute.

Mais si vous attendez que ces vents de révolte traversent la Méditerranée - en y trouvant qui plus est la justification de vos prises de position politiques -, vous risquez d'attendre fort longtemps, je le crains...

Tout simplement parce que les situations vécues par les peuples égyptiens et français n'ont absolument rien à voir entre elles.
Bien sûr que les français souffrent. Bien sûr que la vie devient de plus en plus dure. Que le travail se fait dévorant et que l'injustice sociale soit avec le prix des denrées de bases les seules choses qui augmentent concrètement. Et bien sûr qu'une colère, froide pour le moment, est dans les esprits...
Mais ça ne suffit pas à donner une révolution, ça.
Les égyptiens sont descendus en masse et ont tenu jusqu'à la victoire pour une raison très simple : ils étaient absolument désespérés. Il n'avaient, concrètement, plus rien à perdre, jusqu'à envisager le sacrifice de leurs propres vies pour certains, comme l'ont attesté des témoignages bouleversants d'acteurs de ce splendide mouvement.

En France, il n'y a pas ce désespoir ; il y a un état de dépression collective et ce n'est pas la même chose.
Le désespoir, en fermant toutes les portes vers d'autres voies, rend propice le passage à l'acte. Le désespoir rend dangereux. La dépression est une volonté d'agir qui ne trouve pas d’exutoire et se retourne contre le sujet et l'enclos dans précisément l'incapacité de passer à l'acte, y compris celui qui pourrait le libérer ou en tous cas le soulager.
En bref : nous avons trop à perdre encore pour que ce qui se passe là-bas puisse arriver chez nous.
Ce qui empêche qu'il se passe la même chose, ce n'est pas ce qui nous manque, ce n'est pas ce qu'on nous a pris : c'est ce que nous avons ou ce que nos espérons avoir.
Un boulot. Une bagnole. Un crédit à la consommation. De la reconnaissance. De l'espoir, même ténu, dans la vie qu'on peut avoir et qu'on veut pour ses enfants. De la stabilité. De la sécurité. De la volonté d'être entendu par les pouvoirs publics. Et du divertissement, aussi...
Ce sont ces choses de nos quotidiens qui se dressent entre des jolies révolutions et nous, bien plus efficacement que des murs de CRS et des chars de l'armée. Ce sont ces choses, dont certaines les plus symboliques d'ailleurs, comme quoi leur révolte ne se limite pas à vouloir se goinfrer comme les occidentaux contrairement à ce que prétendent les cons, que n'avaient pas les égyptiens et qu'ils n'attendaient même plus qu'on leur les donne.
Pas de corps intermédiaires. Pas de partis politiques, pas de "partenaires sociaux", pas de forces structurées pour canaliser les énergies. Un pouvoir autocratique et écrasant, un peuple qui souffre et rien, absolument rien entre les deux. La confrontation ne pouvait qu'être explosive, parce que les égyptiens savaient, et dès le départ, que le rapport de force n'autorisait aucun retour en arrière.
En sommes-nous là ?

Je suis trop cynique, trop ceci et pas assez cela, et pis : je désespère Billancourt ? Je pense surtout que faire miroiter à "Billancourt" la possibilité de l'éventualité d'un peut-être on sait pas et avec des "si" ma tante serait mon oncle qu'un jour, un beau jour, ça pourrait arriver ici...
est encore plus désespérant. 
C'est promettre quelque chose qu'on est pas le moins du monde certain de tenir et je me suis toujours méfié devant les élans d'enthousiasme qui prétendaient se passer d'une analyse dépassionnée sous prétexte d'un besoin stakhanoviste d'optimisme forcé.
C'est vrai qu'il est beau, ce mouvement arabe. C'est vrai aussi qu'on est là-bas dans ce moment terrible et magnifique où tout est encore suspendu et on peut se dire que tout est possible, tout peut arriver, et y compris le meilleur...

Mais ça n'arrivera pas en France. Ou alors pas avant...10 ? Ou 20 ans ? Pas avant 2012 de toutes façons, mettez vous ça bien dans le crâne et arrêtez de rêver.
Je sais. Vous m'en voulez. On en veut toujours aux Cassandres. Vous vous dites que oui mais non et arriverons dans les commentaires moult protestations comme quoi on est pas certains, on sait pas, tu peux pas dire ça, tu est trop ceci et pas assez cela.
Mais dites vous bien que sur le fond, je serai d'accord avec vous : je souhaite me tromper. J'espère sincèrement avoir tort. Je ne désire que cela, d'être démenti par les faits...
Sauf que je ne baserai pas une analyse politique sur les projections de mes désirs que je finirai par prendre pour des réalités.

Je sais : j'ai un coeur de glace.


samedi 12 février 2011

Bilan. Et perspectives ?...

Parler du congrès du NPA n'est sans doute pas un exercice obligatoire, mais revenir sur l'impression que je retire de ses deux années d'existence a aussi valeur de bilan d'étape, et de ce point de vue, personne n'a envie de se cacher derrière son petit doigt : si l'échec ne nous pend pas au nez - pas encore...-, nous avons en tout cas bel et bien échoué au lancement de ce parti, c'est une réalité incontestable.

Et quand je dis "nous", il est bien évident qu'il s'agit d'un processus collectif et que je ne vais pas m'amuser à désigner tel ou telle en les chargeant de tous les maux et en cherchant des boucs-émissaires commodes qui oblitéreraient la part de responsabilité de tout un chacun dans cette affaire : si le bilan est mauvais, il en va de notre responsabilité à tous et toutes. 

Lancé trop vite, dans trop d'enthousiasme, laissant de côté les questions programmatiques et stratégiques sur l'air du "on verra plus tard" indéfiniment repoussé, déjà rien que le nom posait question : le "Nouveau" Parti Anticapitaliste sera t-il si nouveau que ça dans 10 ans ? Mais pressé par l'euphorie, cette question est elle aussi passée dans le "on verra plus tard" et même si elle était sans doute fort secondaire, elle n'en apparaît pas moins comme symptomatique d'une organisation qui s'est mise d'emblée la tête dans le guidon activiste et ne s'est mise à commencer à réfléchir à ce qu'elle voulait vraiment...que deux années plus tard. Et encore la question du "comment" on arrive à ce qu'on veut donne t-elle encore lieu à des débats féroces et byzantins qui n'ont pas peu fait pour éloigner les "nouveaux", lassés par des discussions sans fin et des querelles de virgules.

Lassés et aussi épuisés par les rythmes militants directement hérités de la LCR, petit orga hyperactive dans laquelle l'implication militante était pour dire le moins particulièrement élevée ; on a bien tenté de se dire au début que chacun ayant des rythmes militants différents, on ne demanderai pas le même niveau d'engagement à tous : la réalité a fait que les personnes les plus militantes, y consacrant absolument tous leurs loisirs en dehors du travail salarié, ont donné le tempo dès le départ et qu'il s'agissait pour l'essentiel "d'anciens" de la Ligue habitués de longue date à cette frénésie de réunions, de débats et de collages d'affiches...
Pour quelqu'un de néophyte séduit par nos idées et désireux de s'engager, mais pris par ailleurs par d'autres activités voire par un boulot aux horaires plus contraignants et ne disposant pas de ses soirées et week-ends, ou tout simplement ne pouvant pas suivre la cadence très élevée de ce qu'on lui demandait, c'est devenu très difficile. Et décourageant...d'autant plus que cette personne voyait du jour au lendemain sa boîte mail littéralement saturée de plusieurs messages par jour sur les mobilisations en cours, les publications, les tribunes internes, les débats à trancher, les orientations des telle ou telle plate-forme, les rendez-vous militants, les analyses à rallonge - le gauchiste a un peu de mal à synthétiser...-, un flot ininterrompu de données à ingurgiter comme autant d'exhortations à une mobilisation permanente du corps et de l'esprit, n'offrant que deux alternatives : soit on devient à fond ; soit on est largué... 
Fort peu de gens ont les capacités ou sinon même l'envie d'être à fond tout le temps 24/7/365.

Et on leur demandait d'entrer dans cette furia sans jamais vraiment définir une identité anticapitaliste, sans avoir le temps de se poser et de réfléchir collectivement à une définition à la fois intellectuelle et concrète de notre action : j'ignore ce qu'il en est ailleurs, mais en deux années, les formations ont été quasi-inexistantes. La tête dans le guidon. Tout le temps. Vers quoi ? Pourquoi ? Comment ? "On apprendra en marchant", affirmait-on négligemment : de fait on a beaucoup marché, crapahuté même ; mais on a fort peu appris...
Y compris de nos propres erreurs.

De ce point de vue, il faut nous reconnaître au moins ça : on s'est systématiquement tiré toutes les balles possibles et imaginables dans non seulement les deux pieds mais partout ailleurs. Au moins n'avons nous pas fait les choses à moitié. Autant la Ligue s'était toujours distinguée par sa finesse d'analyse des situations politiques, autant le NPA a accumulé toutes les bourdes et autres errements en courant frénétiquement après tous les lièvres à la fois ; sans définir de cap, sans poser les choses pour construire une stratégie collective. Et ce sans compter des plaquages féroces de constructions fantasmatiques sur des réalités rétives : l'année dernière, il n'était question que des "quartiers" et de l'évidente nécessité prolétarienne d'y construire à toute force...quelque chose. On savait pas trop quoi d'ailleurs mais : quelque chose. On en parle plus du tout désormais. Quant au voile...je n'ai déjà que trop exprimé ce que ça m'inspirait. Mais les faits sont têtus et la leçon n'est pas moins là : remplacer la stratégie par des slogans, compter uniquement sur l'énergie de l'enthousiasme sans donner de sens à cette fuite en avant activiste, ne jamais prendre le temps de se poser pour "penser" le NPA - tant les tâches sont urgentes ici, maintenant, tout de suite - et tenter d'au moins donner une définition moins floue de ce fameux "Socialisme du XXIème Siècle" et ce qu'il signifie à l'heure de la société de l'information et des recompositions socio-politiques en cours, bref : continuer à fonctionner en petite orga trotskyste tout en prétendant faire du parti de masse a été une remise en question que nous avons soigneusement évité, et qui nous revient actuellement en pleine tête.

À la base, le NPA a été conçu pour "dépasser" la LCR et se donner enfin la possibilité de jouer dans la cour des grands. Sauf que vouloir jouer dans cette cour en refusant systématiquement d'en appliquer au moins quelques règles et en prétendant qu'on ne jouera que selon les nôtres propres a très vite montré ses limites...
Ayant depuis des années et des années complètement intégré des modes de pensées et de fonctionnement "minoritaires", on a pas su du tout comment réagir quand s'est posée une question simple mais déterminante : le rapport au pouvoir. Le "vrai" pouvoir politique, au sens le plus plat du terme, chose dont nous n'avons qu'une expérience fragmentaire et qui nous est pour l'essentiel complètement inconnu.
Et nous avons peur du pouvoir, c'est aussi simple que ça. Peur d'être dévorés par ce pouvoir, récupérés, dévoyés, régurgités comme tant d'autres avant nous. Les rationalisations n'y peuvent rien, on peut reconstruire la réalité tant qu'on veut, reste que les habitudes "minoritaires" sont tenaces. Mais déguiser sa peur du pouvoir en poses révolutionnaristes n'empêche pas que sans voix d'électeurs, on arrive à rien. Sans élus, on existe pas dans le système politique français. Sans effort de simplification et de clarification des idées qu'on porte, on est incompris. Bref : sans compromis, on pisse dans les violons de la radicalité mais on ne fait du bien qu'à soi-même.
Il sera donc très difficile d'essayer d'expliquer aux "gens" qu'on a le regard fixé sur la Méditerranée et qu'on va gentiment attendre que ça arrive ici. Parce que si tout ça revient à redire les mêmes conneries sur la rengaine de "on va construire l'orga en s'impliquant dans les luttes et en faisant de la pédagogie", à quoi bon avoir fait le NPA, dans ce cas ? Et surtout, à quoi bon continuer dans des schémas qui ne marchent pas et ne marcheront plus, si tant est qu'ils aient fonctionné un jour ?

Bilan partiel et partial, forcément subjectif et avec les limites qui se rapportent à l'exercice. Sans doute.
Mais une certitude reste cependant.
Le "ouf" de soulagement poussé par tous les teckels de la presse bourgeoise devant "l'échec du NPA" nous donne une indication paradoxale mais pourtant précise qu'au moins, sur un point, nous sommes dans le vrai : parce que ces gens ont peur. Pas peur de nous en tant que militants NPA, mais peur des idées qu'on représente et dont ils savent qu'elles signifient leur extinction à eux et à ce qu'ils représentent. Et leur plus grande terreur serait que ces idées là, pas celles avec lesquelles on peut discuter ou s'arranger, se répandent dans la population et soient approuvées par un nombre croissant...
Même à l'état de groupuscule politique, même dans un moment difficile, on continue à leur faire peur.
Voilà au moins un cap dont on peut être certain qu'il est juste : eux et les gens qui leur font leurs chèques, on doit continuer à leur foutre la trouille.

vendredi 11 février 2011

PPHQLB : ton univers impitoyable


Une émission sympa mais sans plus, vu que je n'y participais pas. Non, c'est bien aussi, hein. Mais c'est juste que c'est forcément de moindre qualité, nécessairement.
Sinon, scoop à venir, fan-club de Lola Parabellum : bientôt son interview exclusive par CSP. Un grand moment de...de on sait pas très bien encore. Mais un grand moment. Forcément.

jeudi 10 février 2011

Halte-là !

Rapprochez-vous, je vais vous confier un secret. Rapprochez-vous, je ne vais pas vous mordre, voyons. Plus près, c'est hyper-chaud comme info, faudrait pas que ça tombe dans les mauvaises oreilles. Prêt ? Vraiment ? Attention, ça dépote hein. Alors voilà (regard à droite et regard à gauche pour voir si le champ est libre) :

On a une taupe à l'UMP

MAIS CHUUUUUUUT !!! Faut surtout pas l'ébruiter ! Il en va de la sécurité de notre agent ! 2 années de préparation intensive dans nos centres de Caracas et Pyongyang, à apprendre à parler couramment le droitard - 500 mots de vocabulaire, c'était la partie facile -, à porter le pull fuchsia sur les épaules avec une négligente élégance, à lire tous les éditoriaux de Christophe Barbier intégralement, oui, TOUS les éditoriaux, à avoir des photos de Sarkozy partout dans sa chambre jusque dans les toilettes, tout ça pour préparer  la plus ambitieuse des deep undercover operation. Ah ça on peut dire qu'elle - oui, c'est une femme mais CHUT ! - en a bien bavé, à être réveillée au milieu de la nuit par des instructeurs cagoulés qui lui hurlaient  : "L"INSÉCURITÉ ! L"INSÉCURITÉ ! C'EST LA FAUTE À QUI ? PARLE !!!
- AUX...AUX  35 HEURES !
- ET LA FISCALITÉ, ELLE EST COMMENT LA FISCALITÉ ?
- INSUPPORTABLE ET PLOMBE LA COMPÉTITIVITÉ DU PAYS !
- TU TE FOUS DE NOTRE GUEULE ? TU CROIS QUE ÇA SUFFIT POUR ÊTRE DE DROITE, ÇA ? ALLEZ, ON VA TE METTRE UN PEU D'EAU SUR LE VISAGE POUR TE RAFRAÎCHIR LA MÉMOIRE, AH AH AH, UNE SERVIETTE SUR LA TÊTE ET GLOU GLOU GLOU SARKOZY IL EST COMMENT SARKOZY ?
- Bloub, blarf, il (suffoque)...IL EST LA SEULE CHANCE - bloub, blarf - LA SEULE CHANCE DE REDRESSER LE PAYS BLOUB BLARF CONTRE LA GRÉVICULTURE BLOUB DES SYNDICATS MARXISTES BLARF HHHHHHHHHH (essaie de respirer) SYNDICATS MARXISTES AGENTS DE L'ANTI-FRANCE HHHHHHHHH !!!!

Ah elle en a chié, hein...
Mais ça en valait la peine.
Parce que là, elle nous ramène du gros.
Approchez vous encore...


Bon, c'est vrai, sur ce coup on s'est un peu fait griller la politesse par l'hebdo de Barbier Christophe, c'est pas encore au point coté scoops, d'accord. On débute, aussi, hein, faut être indulgents, les gens.

"Un nouveau site d'information verra le jour fin de février. Avec un objectif: contrer la domination de la gauche sur Internet".

Suis-je donc le seul à ne pas pouvoir lire ce genre de chose sans être comme pris d'un incoercible ricanement ?

Un certain Arnaud Dassier a décidé de nous faire rire :

"Le jeune entrepreneur y expose la nécessité de créer un site d'information de teneur libérale. Sa demande reste lettre morte. "Je redoutais de ne voir émerger que des sites hostiles au pouvoir, et contre l'économie de marché en général, se souvient-il. Trois ans plus tard, mes craintes se sont révélées fondées. Aujourd'hui, les idées de la droite et du centre n'existent pas sur Internet"

Le fait est : Causeur sent le pipi de vieux, liberaux.org n'est hanté que par une douzaine de cas sociaux et de demi-puceaux qui vivent encore chez leurs parents à 32 ans, et le Figaro est trusté par des hordes de retraités cacochymes à la cervelle en déclin, il fallait d'urgence faire en sorte que les belles et nobles idées de droite - tout pour le fric et à mort les gueux - soient représentées par quelque chose d'un peu plus eye-candy. Mais objectif, hein :

"Notre objectif n'est pas de soutenir un parti ou un homme", explique l'un des participants"

Refais-le, mais avec plus d'émotion. Il faut que les gens y croient coco, allez on la retente encore une fois.

"Atlantico doit ouvrir ses portes à la fin de février. Un lancement qui n'aurait pu se faire sans une levée de fonds de 700 000 euros, à laquelle ont participé l'homme d'affaires Charles Beigbeder, membre du Parti radical et vice-président du conseil de surveillance de la Fondation pour l'innovation politique, un think tank "libéral, progressiste et européen", mais aussi Marc Simoncini, le créateur du site de rencontres Meetic, ou encore Xavier Niel, le cofondateur de Free devenu l'un des trois actionnaires du Monde"

Mais leur objectif n'est pas de soutenir un parti ou un homme. Ah non, hein. Certainement pas, tss. Méchantes gens que vous êtes de penser le contraire.

"Le paysage du Net a beaucoup évolué depuis 2007, les esprits aussi. A l'Elysée, l'affaire Woerth a servi de révélateur: les conseillers du président ont noté, à cette occasion, la criante absence de la majorité sur la Toile, où se jouera, ils le savent, une partie de la bataille en 2012"

Ach, jawöhl, Pettencourt Gross malheur. "Les esprits ont évolués", quelle charmante manière de dire autrement que ce gouvernement est honni par une majorité grandissante et apparaît chaque jour un peu plus sous son vrai visage de corrompus et d'amateurs de vacances tous frais payés par des vilains dictateurs. Toutefois, il n'est pas complètement exact d'affirmer que la "majorité" (rires) est d'une absence criante sur le Ouèb : des jeunes Pop trépanés nous font régulièrement mourir de rire dans des blogs particulièrement ridicules où ils reprennent mots pour mots les discours des plaquettes en papier glacé qu'on leur distribue en guise d'argumentaires, faisant apparaître cette déconcertante nouvelle espèce : le droitard kikoolol. C'est donc une "présence". C'est indubitable. Ensuite, qu'ils soient la risée de tous Internet, ça...

"Mais les protagonistes d'Atlantico veulent éviter un écueil qui leur serait fatal, celui d'apparaître comme une sorte de "Mediapart de droite", piloté par des sarkozystes"

Comment dire...
Oui, c'est même pas encore lancé et c'est déjà raté.
Zut.
Quand ça veut pas, hein.

"Jean-Sébastien Ferjou connaît certes, depuis plus de dix ans, Patrick Buisson, ce conseiller très influent du chef de l'Etat. Les deux hommes ont travaillé ensemble sur LCI. "Ce n'est pas pour autant que je parraine de quelque manière que ce soit la suite de sa carrière professionnelle, précise Buisson à L'Express. Je n'ai aucun rapport, ni sur le plan financier, ni sur le plan éditorial, avec ce projet." "L'Elysée ne se mêle pas de cette affaire", ajoute Franck Louvrier"

Des amis de Sarkozy se trémoussent avec des soutiens de Sarkozy et invitent à leur boum des conseillers de Sarkozy, pour faire un sous-Médiapart droitiste qui défendra bec et ongles tout ce que fera et dira Sarkozy, la chose étant relatée dans l'Express de Christophe Barbier qui adore Sarkozy, mais jamais, jamais au grand jamais Sarkozy n'a rien à voir ni de près ni de loin dans cette initiative...
Là encore : comment dire...

On en tirera deux conclusions simples : 

La droite a vraisemblablement du mal avec Internet d'abord parce que c'est un moyen d'expression où prime le gratuit. Et la notion de gratuit, pour la droite, c'est incompréhensible. No match. Erreur 404. Vous pariez combien que ce truc sera sur abonnement et franchement, combien de personne ont envie de payer pour lire les mêmes trucs qu'ils trouveront sur TF1 ?
De plus l'expression d'idées sur la Toile demande a minima d'être faite de façon intelligente.
Ai-je besoin de cruellement insister sur la dichotomie fondamentale entre "droite" et "intelligence" ?
Bien.

Ceci dit, si nos braves petit chevaliers du Ouèb droitiste trouvent que ouin ouin oin la méchante gauche les cerne de partout, ils trouveront à coup sûr une puissante consolation dans la prestation télévisée de leur commanditaire lointaine relation ; un président de droite sur une chaîne de droite avec un présentateur de droite : voilà bel et bien une représentation enchanteresse de l'information objective et pas du tout inféodée telle que se la représente la droite...