lundi 31 janvier 2011

Les gens

Ce n'est pas Facebook ou Twitter qui font tomber les dictateurs, ce sont les GENS.

Les gens qui descendent dans la rue en masse et qui n'ont pas peur, qui n'ont plus peur d'affronter le pouvoir pour lui dire "casse toi !". Qui trouvent ce courage de sortir de la peur pour oser réclamer ce qui devrait leur être naturellement dû. Qui décident que la botte qui leur écrase le visage depuis des décennies n'a plus à être leur routine de résignation et d'angoisse et que c'en est assez.
Et Facebook et Twitter et tous les réseaux sociaux n'ont rien à voir là dedans.

Ça parait tellement simple, tellement évident et allant de soi, et c'est pourtant quelque chose qu'il faut encore rappeler à l'occasion des superbes manifestations de Tunisie et d'Egypte, quand des commentateurs à lunettes rectangulaires expliquent qu'il s'agit là de la première "Facebook révolution" ou "l'insurrection par Twitter" et la preuve qu'Internet joue un rôle complètement central là dedans c'est que le gouvernement égyptien à coupé le réseau national. Sauf que ce n'est la preuve de rien à ce niveau là et personne n'a attendu l'informatique et la fibre optique pour se révolter contre l'arbitraire. C'est une suspension des moyens de communication comme à chaque fois qu'un pouvoir est fragilisé par la rue et avant on coupait le téléphone ; prétendre que ce qui se passe dans ces pays s'est déclenché grâce aux réseaux sociaux ne relève pas simplement d'une myopie geekesque fascinée par le virtuel au point d'oublier que derrière l'ordinateur il y a toujours un être humain ; c'est aussi indirectement une façon, sans doute inconsciente par ailleurs, de voler leur courage et leur détermination à des peuples.

Le peuple ne peut rien, le peuple est con, le peuple est soumis et il aime ça ; heureusement Alleluihia ! ils ont des modems 56k et en vérité je vous le dis, plus ils publient des photos de chatons, plus ils sont en ébullition...
Non mais qu'est-ce que c'est que ces conneries ?
Une insurrection qui viendrait du ciel des idées comme par magie par la grâce du village global et qui emporterait les corps dans un tourbillon au point de les faire renverser des gouvernements ? Encore le fantasme d'un Internet à ce point tout-puissant qu'à entendre certains il est devenu un substitut de Dieu Le Père régnant sur nos misérables vies, pouvant tout et décidant de tout...c'est à quasi se demander comment ont fait les autres, avant, pour se rebeller. Sauf que de fait, ils l'ont fait. Et même parfois très efficacement, on a fête récemment l'anniversaire du raccourcissement d'un roi - très bonne chose au demeurant mais c'est un autre débat -, partant parler de révolte par les réseaux sociaux est une fumisterie. Internet ne crée rien. Ça facilite, ça fluidifie, ça informe, ça explique, ça révèle et ça peut même donner envie ; mais et particulièrement en politique, ça crée que dalle.

L'équipe de campagne d'Obama en 2008 l'avait parfaitement compris, elle qui a su utiliser avec ce qu'il faut reconnaître être une prescience assez géniale toute la palette de nuances d'Internet pour mobiliser au profit de leur candidat. Mais que n'a t-on dit de sottises sur cette utilisation, allant jusqu'à prétendre qu'Obama avait été élu grâce à Internet, le premier Président des réseaux sociaux et autres fariboles ; une lecture un peu précise de ce qui s'est passé en réalité montre que si Internet a été exploité à fond dans cette campagne, celle-ci et dès le départ a reposé sur le seul facteur réellement important en politique : les gens. Les gens qui se sont mobilisés, ont distribués des tracts, ont fait du porte-à-porte, à savoir l'activité de militantisme de terrain la plus rude et la plus ingrate qui soit et qui nécessite une putain de gniaque et une volonté en tungstène pour continuer après la 9000ème porte qu'on vous claque au nez ; et ont-ils puisé cette volonté dans Internet ? Internet Le Démiurge Omniscient leur a t-il donné la Foi par imposition du clavier ? Non. Ils ont trouvé cette volonté en eux, "bêtement" en somme, le truc pas 2.0 du tout, et pas parce qu'Internet leur a donné envie de le faire, mais que d'autres gens utilisant Internet leur ont donné envie de le faire : nuance. Énorme nuance...

C'est pour ça que ça foire systématiquement, les tentatives de politique 2.0 de l'UMP ou du P"S" : ils ont lu le rapport de Terra Nova et se sont dit ; oh purée on va faire comme lui ! Et de lancer avec fracas et fanfare des machins dispendieux - et moches, accessoirement - pour tenter désespérément d'être "modernes", mais en oubliant systématiquement la petite nuance explicitée plus haut : la politique, ça ne marche qu'avec des êtres de chair et de sang mû par des désirs et de la raison, et la tentation de virtualiser la politique n'aboutit qu'à des échecs. On peut d'ailleurs en retirer une certains satisfaction morale, et ce d'autant plus que ça ridiculise tous les couillons "experts" es Ouèb et autre parasites "consultants" qui passent leur vie sur Twitter en pensant que ça "change" quelque chose.

Cette volonté de faire des peuples des variables d'ajustement dans un processus les dépassant évidemment complètement n'est pas autre chose qu'une énième forme de mépris de classe de la part de gens qui ont une trouille noire de cette populace rétive : autrefois, c'était un Gustave Le Bon qui sentençait que la foule est hystérique et qu'il faut donc se méfier d'elle ; nos Le Bon 2.0 affirment que sans Internet Tout Puissant, ils seraient resté sagement chez eux, parce que prendre son destin social et politique en main sans que quoi que ce soit intervienne d'autre que la légitimité morale d'une révolte exaspérée par des années de souffrance ? Brr,  non, ça, c'est vraiment trop flippant.

Sauf qu'on se rassure comme on peut, et l'exemple concret de hier, d'aujourd'hui et assurément de demain encore, prouve que tous les gourous qui veulent penser à la place des gens sont systématiquement démentis par l'obstination du réel.

dimanche 30 janvier 2011

Périphéries de la domination

"le très sélect cercle des mal-pensants autoproclamés, décomplexés, martyrisés, incompris, sous-médiatisés, surexposés, fins, instruits, débordants d’humour, cultivés, non aliénés, vifs, critiques, amusés, exaspérés, inclassables et surtout indomptables et fiers de l’être par-dessus le marché, ça me fatigue…"

Je te rassure, tu n'est pas la seule, cocotte.

Ah, ces "martyrs" de la "bien-pensance"...
Quand il émargeait au Figaro - de Serge Dassault de l'UMP -, le très rebelle Zemmour se faisait ses petits 9000 euros par mois, ce qui atténua à coup sûr la cuisante douleur d'être à ce point "incompris"...et d'une manière générale, on peut se permettre de n'être pas trop dévorés d'inquiétude quant aux fins de mois de nos plus tellement "nouveaux réactionnaires". Qui paie pour Causeur, au fait ? Sans vouloir se répandre en indélicats soupçons, on peut toutefois inférer que ces pauvres gens qui souffrent tellement savent se consoler d'une manière à coup sûr finement cynique et intellectuellement détachée. Mais pas trop, parce qu'être payé pour défendre les idées de la bourgeoisie, c'est quand même drôlement sympa et gageons que dans ces milieux, on plaisante de tout mais certainement pas avec l'argent.

Il y a un centre du pouvoir - le cénacle consanguin des affairistes mafieux de l'UMP alliés aux dirigeants du CAC40, qui sont quant à eux de très sérieuses personnes pas vraiment "débordants d'humour" vu qu'ils savent que le vrai pouvoir, c'est l'infrastructurel  - en gros, le pognon  ; et il y a les périphéries de la domination où s'ébattent les demi-sels cultureux et autres fifils et fifilles à papa, qui trop feignants ou trop névrosés pour reprendre les choses sérieuses et aller dans un Centre d'Etudes Judiciaires ou à HEC, ont choisi de faire "Littéraire" et se prennent du coup pour des sortes de rebelles vu qu'ils ont eu l’effarante audace de dire "zut" aux espoirs que leurs géniteurs avaient placés en eux...
(sans jamais toutefois cracher sur le chèque de ceux-ci, dame : sans mauvais esprit, il est plus aisé d'être poète maudit quand loyer et bouffe ne suscitent nulle angoisse particulière, d'où d'ailleurs le déni systématique de nos réacs de salon quant à l'argent : ils en ont, ou est donc le problème, n'est-ce pas ?...)
Quand on a pas à se préoccuper d'argent, on peut se consacrer à de plus hautes et nobles occupations comme la "culture" et ne cherchez pas plus loin la théorisation en vigueur dans ce nanomilieu du "culturel" qui primerait sur le "social" : depuis toujours, c'est le cas pour eux...
Partant, pourquoi n'en serait-il pas ainsi pour toute la société ?

Toutefois, il faut bien trouver une occupation utile à ces traînes-savates qui préfèrent papoter de Baudelaire en buvant du champagne et en sniffant de la bolivienne dans des appartements de 4 mètres sous plafond plutôt que de dessécher leurs âmes si délicates dans les ennuyeux conseils d'administration des amis de papa ; ça tombe bien, la bourgeoisie est une classe pragmatique par essence et a le sens inné et quasi-naturel de ses propres intérêts. Plutôt donc que de se fatiguer dans d'embêtantes et inconvenantes prises de bec avec ses rejetons post-adolescents, pourquoi ne pas les placer dans le monde journalistico-culturel où à coup sûr ils feront merveille en défendant systématiquement le monde tel qu'il est vu que c'est à la fin lui qui paye, et qui paye très bien ? Même le caractère un peu foufou, pour ne pas dire dans certains cas proche de la psychiatrie, de nos "rebelles" en Barbour saura être utilisé à bon escient, puisque donnant l'agressivité hystérique nécessaire à détruire la notion même de débat en pratiquant à outrance un terrorisme intellectuel tout azimut qui clouera de stupeur ces gens très embêtant qui s'obstinent à penser que le monde ne va pas si bien que ça.

D'où donc l'apparition depuis quelques années de la sous-classe de semi-intellectuels médiatiques proclamant à tout va leur indicible bonheur d'avoir 90 ans d'âge mental avec des attitude de sales gosses pourris-gâtés, et qui à force de petites provocations un peu minables - je ne suis pas raciste mais la arabes sentent quand même un peu mauvais, non ? - se sont octroyé une niche marketing dans le Barnum politico-culturel d'où il peuvent pérorer à la télé devant des millions de spectateurs qu'on ne les laisse pas s'exprimer et qu'ils sont dans un quasi-goulag...
Le tout sous l'oeil rond et émerveillé d'une frange de la petite-bourgeoisie blanche frileuse hantée par la menace du déclassement et qui se croit un peu esthète parce qu'elle a lu une dizaine de livres écrits petit, ayant toujours été fascinée par la bourgeoise et qui se mettra donc derechef à tenter d'en singer les codes et convenances, tout en étant cependant obligée de faire un vrai travail pour assurer l'ordinaire. Le bond technologique de ces dix dernières années lui ayant offert l'opportunité d'enfin exprimer ses petites névroses et autres sordides envies maladives sur Internet, cette frange de la petite-bourgeoisie s'en donnera à coeur joie, soulagée de faire comme les grands et en oubliant toutefois au passage que ces derniers sont payés pour faire la même chose...
Toute la réacosphère est de cette farine.  

Parce que si nos cadets et cadettes de la bourgeoisie se mettaient à explorer la réalité telle qu'elle est, à savoir l'exploitation capitaliste et l'aliénation collective qui en est l'inévitable corollaire, ils ne passeraient pas leur temps à brailler sur les musulmans ou la dictature écologiste ; ils pourfendraient la criminalité en col blanc et n'auraient pas de mots assez durs pour condamner l'exil fiscal...

Mais ça, c'est quelque chose qui ferait trop de peine à papa et à ses amis...

samedi 29 janvier 2011

L'échec d'Huntington

Voir des peuples se soulever n'est pas seulement enthousiasmant pour la simple et naturelle raison qu'on a toujours raison de se révolter contre l'arbitraire ; c'est également jouissif parce que ça met le nez dans la réalité de tous les saugrenus imbéciles qui posent toujours la résignation au monde tel qu'il est comme inévitable. Les gens de droite, donc. Et dans le cas des révoltes égyptiennes et de ce qui est bel et bien en train de devenir la révolution tunisienne, c'est même encore plus délicieux puisque ça démontre par l'exemple concret, vérifiable, l'à quel point toutes les soi-disant idées de ces demeurés réacophiles se prennent les pieds dans le tapis pour se vautrer lamentablement.

Et il est où, le "choc des civilisations", mes gentils moutons ?

Mais si souvenez-vous, un peu de mémoire voyons ! Cette thèse reprise en boucle par tous les chihuahuas qui fantasmaient sur la profonde et incurable incapacité du bougnoule d'accéder à la démocratie, puisque non seulement ne le pouvant pas, trop benêt qu'il est naturellement, mais en plus ne le voulant même pas rendez-vous compte, vu que le bronzé est quasi-génétiquement programmé pour plier l'échine sous une férule moyenâgeuse quelconque. Et puis c'est leur traditions que d'être somme toutes des inférieurs, disons le franchement, d'où la nécessité de leur imposer la démocratie à coup de bombes et de chars, car en plus l'arabe est têtu comme un mulet c'est bien connu...

De fait, des peuples fermement déterminés à se débarrasser de leurs autocrates et qui entendent bien jouir des menus babioles comme la liberté d'expression ne peuvent évidemment pas rentrer dans cette vision ridicule et étriquée, d'où sans doute le silence des imbéciles qui écrivent n'importe quoi sur Internet en ce moment. Allez voir sur leurs petits sites et leurs petits blogs, eux si prompts d'habitude à se ruer sur le moindre détail insignifiant qu'il tordront dans tous les sens jusqu'à ce qu'il rentre de force dans leur grille de lecture : rien. Ça ne va pas dans le sens de leurs théorisations débiles, donc ça n'existe pas. Ou alors ils attendent en scrutant les vidéos qui nous parviennent de ces moment des fièvre, ils ont le nez sur leur écran à traquer la moindre traçounette d'islamiste fourbe caché dans les foules, ils tressaillent quand ils entr'aperçoivent une barbe, une barbichette, un bouc, un voile de chaume, n'importe quoi qui pourrait prouver qu'ils ne sont pas encore complètement à la ramasse et éviter d'encore se ridiculiser...
Las.
Ces gens très agités dans la rue ont vraiment l'air de vouloir de la démocratie "normale" et pas une République Islamique.
Zut alors.

Du coup, patatras, c'est un pan entier de la glose réacophile qui s'effondre sur elle-même car se présente à crétin lecteur de Causeur et fan-boy de Zemmour le spectre hideux de quelque chose qui va frontalement contre tout ce qu'il a besoin de croire : "auto-détermination des peuples", gargl. Le sale truc abomiffreux marxisto-cosmopolite qui ventile façon puzzle la croyance béate de droitard qu'il faut des Chefs Qui Bandent Dur Parce Que Le Peuple Est Trop Con Pour Se Gouverner Lui-Même. L'enjeu est de taille, puisque vous lui enlevez ça, et c'est tout le reste qui part en couille : la justification des inégalités, le sentiment de sa propre supériorité (rires), le besoin de se réfugier sous des jupes quelles qu'elles soient et peu importe si elles sont trop blondes, et bien évidemment ce besoin rabique de soumission qui signe l'être de droite et constitue sa profonde identité.
Autant dire : l'angoisse.

Pire que tout : on dirait bien qu'il ne s'agit pas ici de contestation "culturelle" ni même d'insurrection théologico-politique comme dans l'Iran de 1979, nenni, mais bel et bien d'un mouvement prenant naissance dans une révolte sociale. Et là, c'est trop. C'est trop de tout à la fois. Des pauvres qui en ont marre d'être pauvres et s'en prennent aux riches, des manifestants qui ne rentrent pas chez eux, et qui affrontent la police en la faisant reculer quand celle-ci de passe pas carrément de leur côté, et en plus ils font plier voir fuir leurs dirigeants, et ils vont même sacrilège suprême à virer leurs propres patrons...
Tu m'étonnes que droitard se sente mal devant ça.

C'est d'ailleurs pour cela que ne tarderont pas à sortir les piaillements habituels sur l'air usé du oui mais bon, on sait pas, ça va se casser la gueule c'est obligé vous allez voir, ça marchera pas, et bien évidemment les gniiii les muzzs gniiii, etc. Vous allez voir que dans les jours qui viennent, le ban et l'arrière-ban des éditorialistes aux ordres lanceront appels au calme et injonctions à la raison ; pas non plus jusqu'à faire le déplacement non plus, faut pas déconner, ils le feront de leurs bureaux parisiens en attendant le chèque de l'Élysée. Et ils seront lus et écoutés avec soulagement par tous les crevards qui ont tellement la trouille que pareille horreur se produise dans leur pauvre pays à eux qui va déjà si mal... Vous comprenez, ils ont tellement besoin que leurs fantasmes existent puisque sans eux la cruelle vérité les bouleverseraient : ils ne sont rien...
Les pauvres.

Walk like an egyptian

mercredi 26 janvier 2011

La peur

(Contribution de Greg, merci à lui).

Jusqu'ici tout va bien


Vlam. Il s'en va, c'est fini. Mea Culpa, cette fois c'est clair, le MEDEF nous emmène dans le mur. Comme c'est un libéral qui nous le dit, ne boudons pas notre plaisir. Voir un rat quitter le navire sentant qu'il va couler, c'est toujours un grand plaisir.

« Non, le coût du travail n’est pas trop élevé, c’est la rapacité de l’oligarchie qu’il faut attaquer »! Ex-directeur des affaires sociales de la fédération patronale des assurances, Éric 
Verhaeghe claque la porte du Medef. Il dénonce une doctrine économique qui met en péril la société et la démocratie. (…) « Collectivement, les élites de ce pays ne peuvent plus continuer à soutenir que les recettes d’avant 2008 vont nous sortir du marasme, elles sont la cause de la crise! »

Les mauvaises langues parlent d'un superbe retournement de veste. Soyons indulgents, Eric a seulement fait acte de réalisme, et c'est déjà énorme pour qui a baigné pendant des années dans cette fange d'idéologie capitaliste destructrice qu'est le MEDEF.

« En réalité, au bout de quarante ans, non seulement ça ne va pas mieux, mais au contraire, le système est en train de s’autodétruire. » (…) Et ce qui n’est pas admissible, c’est de faire vivre le mythe d’une économie de marché qui serait opprimée par l’État, alors qu’en réalité, l’économie de marché est subventionnée par le contribuable et qu’elle refuse dans le même temps tout contrôle sur les subventions qu’elle reçoit. » 

C'est toujours une grande émotion que de voir un libéral se prendre subitement les pieds dans le tapis et réaliser que son système de pensée flotte dans les airs, sans aucun ancrage dans le réel et pouf, tomber, comme ça. Oui, un libéral peut parfois admettre la vérité. 
Trouver une interview d'un ex-cadre du MEDEF dans l'Humanité ça me surprenait quand même un peu. 
Je n'ai pas lu ce livre, certainement très intéressant, sûrement proches de certaines idées vraiment de gauche. Le problème n'est pas là.

« ce quarantenaire, au service de la FFSA et du Medef depuis 2007, a gardé de son parcours de haut fonctionnaire passé par l’ENA une certaine conception de l’intérêt général. »

« une certaine conception de l'intérêt général ». 


En 2006,  directeur du SIEC, service interacadémique des examens et concours, à propos du Baccalauréat, il déclarait : « Le candidat doit se poser cette question : Qu'est-ce que le correcteur attend de moi ? Cela commence au bac, mais cela vaudra à tous les examens et à toutes les étapes de la vie professionnelle. »

Et qu'est-ce qu'un employeur attend de moi ? La soumission, l'acceptation de l'exploitation et la réduction maximale du coût du travail. Et Monsieur Verhaeghe nous explique que c'est dès le baccalauréat qu'il faut s'y mettre. Je vais chercher la petite bête ? Soit. 

En 2009, ce monsieur devient délégué aux questions sociales dans la Fédération Française des Sociétés d'Assurances (FFSA), reconnues comme « probablement la plus libérale de toutes les fédérations professionnelles, celle qui a fait de la baisse des charges son cheval de bataille depuis des lustres. Il a accepté tous les mandats sociaux, au titre de la FFSA, que lui a proposés le comité des mandats du Medef. Et pas vraiment pour porter des idées révolutionnaires en matière de gestion des organismes sociaux ou réclamer une hausse des cotisations patronales ». Si le blogueur « social » du Figaro le dit.

Mais admettons, l'homme a fait son autocritique, et puis il est fils d'ouvrier, il a fini par comprendre.
Mais, il faisait au juste quoi avant de démissionner à grand fracas ?

« Directeur de l'Agence Nationale pour l'Emploi des Cadres », l'APEC, au titre du MEDEF. Coïncidence troublante, il démissionne de ce repaire de « modération » idéologique quinze jours après l'ouverture des négociations sur l'avenir de l'APEC. L'agence sert pricnipalement de trop plein pour les chômeurs en trop dans les chiffres de l'ANPE qui les lui transfère. Mieux encore, les dirigeants d'alors expliquaient dès juin 2010 que « les chômeurs ne sont pas la priorité de l'Apec » (source)
Enfin, le projet de cet homme vertueux : filialiser les activités de l'organisme dans un cadre concurrentiel. À faire passer le MEDEF pour des véritables bolchéviques avec leur projet contraire d'intégration de l'organisme au service public de l'Emploi.

Soyons donc clairs.

Eric Verhaeghe était, est et restera un petit soldat de l'oligarchie, était est et restera un sous-fifre pur produit de l'ENA qui s'est frayé sa petite carrière et fait son trou en suivant les idées dominantes. Elles étaient libérales alors il est devenu libéral, comme l'on fait ses camarades de promotion, et est naturellement entré au MEDEF. C'est uniquement parce qu'il sent que désormais ça commence à aller mal, pas pour la population (ça fait longtemps qu'elle en chie)  mais bien pour lui et sa clique, qu'il retourne magistralement sa veste et admet que ce système qu'il a défendu pendant tant d'année ne fonctionne pas, parce que ce système ne le sert plus.

Eric Verhaeghe a peur. Que ça explose que ça lui retombe dessus. Il voit bien que ça commence à bouillir plus que dangereusement. Alors, il lâche comme un lâche ses amis d'hier et essaie de rattraper le coche de la réalité. Il espère que l'on oublie qu'il lui a fallu quand même un sacré paquet d'année de bons et loyaux service à l'oligarchie pour se rendre compte de l'évidence.

Et il a tout a fait raison de penser et d'agir ainsi, 
S'il ne le faisait pas, il ne serait pas libéral.
Et tout n'irait pas bien pour lui dans un avenir proche..

Laissons donc lui le dernier mot

« Je ne prétends pas avoir raison, en revanche je suis convaincu que la chape de plomb qui étouffe le débat public est aussi contre-productive que dangereuse pour la démocratie. Elle fait le jeu des extrêmes, et si nous voulons éviter un séisme majeur en 2012, nous devons percer cette chape et laisser le débat se tenir. (…) Le moment est venu de changer notre fusil d'épaule. Nous le pouvons encore. »

mardi 25 janvier 2011

En putain de vérité je vous le dis



Alors comme ça, "on" t'empêche de dormir, sac à merde ?
Oh, pas la peine de faire cette tête, puisque en plus, je ne suis même pas fonctionnaire moi-même. Je me contente de faire partie de tous ces gens, titularisés ou pas, fonctionnaires ou pas, qui empêchent les sacs à merde dans ton genre de dormir. Tu n'aime pas qu'on te traite de sac à merde, Michel Godet ? Eh bien contacte un avocat et fais moi un procès, je t'en prie. Rien que pour avoir le plaisir de te dire bien en face et droit dans les yeux tout ce qu'on pense de toi : que tu es un sac à merde. Un connard. Une raclure. Un sous-être qui bouffe un oxygène qu'on mérite 10 000 fois plus que toi et en un mot : un libéral.

Comme quoi n'est-ce pas, chacun ses hantises ; moi, c'est exactement les Michel Godet que je hais. Tous les Michel Godet parce que Michel Godet n'existe pas en tant que personne, c'est une persona, un être générique, une entité, voir un concept : un libéral. Une petite chose teigneuse et excitée qui est invitée par des chroniqueurs de débats télévisés de droite dans des émissions de droite avec des invités de droite pour parler de propagande de droite et que regardent en opinant des dégénérés de droite. C'est très mal de haïr autrui, j'ai toute mon éducation catholique d'amour de mon prochain et de pardon incommensurable qui se hérisse quand je suis comme ça ; et j'ai aussi toute mon éducation catholique de légitime volonté de châtiment contre les malfaisants et les infâmes qui m'approuve et m'encourage et décidément il s'en passe des choses dans la tête de CSP vous n'imaginez même pas...

Mais l'expérience de la vie m'a également appris que tendre l'autre joue face à ceux qui ne le méritent pas ne sert à rien ; on ne tend la joue que pour pardonner, quand on pense que la violence de l'autre s'arrêtera, stupéfaite et interdite,  face à ce désir de pardon et cette rédemption ainsi offerte ; le libéral est au-delà de toute rédemption et ne mérite aucun pardon. En putain de vérité je vous le dis, l'Adversaire a mille visages et Michel Godet en est un. Je veux avoir la force du pardon mais ma faible et débile nature humaine m'incline à la vengeance et très franchement, je ne suis pas certain que si un Dieu existe quelque part, il regarde cela avec désapprobation. Amen. Ou pas. Et peu importe, à la fin.

Et les infirmières en horaires coupés, ça t'empêche de dormir, Michel Godet ? Et les caissières qui récupèrent leurs gosses à 20 heures, ça t'empêche de dormir, Michel Godet ? Et ceux qui sont expulsés de leur logement, ça t'empêche de dormir, Michel Godet ? Et les prolos détruits par leur boulot, ça t'empêche de dormir, Michel Godet ? Mais bien sûr que non, ça n'empêche pas les déchets dans ton genre de dormir puisque toi et tes congénères vous êtes trop loin de ce genre de réalité parce que la réalité ça vous fait peur et vous l'avez remplacée par vos fantasmes. Et la suite des évènements c'est que vous allez pleurer comme des merdes quand on vous demandera des comptes et que vous ne comprendrez même pas pourquoi on ne vous aime pas. En attendant ce jour béni, on se contentera d'espérer qu'une rupture d'anévrisme ne nous privera pas des crises d'hystérie des derniers troubadours du Libre Marché comme Michel Godet et Eric Le Boucher parce que franchement quel dommage, oui, vraiment, quel dommage ce serait pour le débat démocratique, hein ?

On t'empêche de dormir, Michel Godet ? Mais on doit bien pouvoir trouver ton adresse pour te donner une sérénade de casseroles à 3 heures du matin juste sous tes fenêtres afin que de vraiment t'empêcher de dormir, mon petit chéri.


lundi 24 janvier 2011

Mange tes dents, hyène fââââsciste !

Merci au très gentil lecteur qui m'a fait parvenir ce lien ébouriffant qui fait suite au - prestigieux et définitif - billet d'hier sur Louis-Ferdinand Céline et illustre avec une vista indéniable que finalement, le clivage droite-gauche par moments, on sait plus trop bien où on habite, parfois...

"La bourgeoisie célèbre l’écrivain fasciste Céline"

D'emblée, le chapeau qui prend position et dégage la problématique. À ce stade déjà, je voyais à peu près à quels loulous j'avais affaire, et le petit portrait dans l'onglet du site m'a confirmé dans cet a priori. C'est que ça fait un moment que je traîne dans le milieu, savez-vous, et les oufs on les repère dès les première phrases.

"Le discours hypocrite de la bourgeoisie sur Céline est désormais connu et maintes fois rabaché : « Certes, Céline a été à un moment de sa vie violemment antisémite – et il faut le condamner – mais il n’en demeure pas moins un immense écrivain qui a révolutionné la littérature avec « Voyage au bout de la nuit » et « Mort à crédit »… (on a droit généralement ici à une litanie sur le fait qu’il y a eu un « avant » et un « après » Céline) »."

Moui, c'est expédié un peu - un tout petit peu - à la hache mais en gros et jusque là, c'est à peu près ça. ON aurait pu préciser aussi que la bourgeoisie se fait une spécialité d'embaumer les artistes pour les soustraire à l'attention chipoteuse du bon peuple. Mais patience : le vrai bon reste à venir.

"Céline et Proust sont inversement deux auteurs nombrilistes, totalement décadents, expressions de l’idéalisme parasitant toute la pensée. Proust et Céline sont les représentants de la littérature qui échoue à se réaliser autrement que dans le culte de soi-même, dans l’individualisme monomaniaque, dans la décadence".

C'est qu'à force de rencontrer des communistes à peu près normaux, on finit par complètement oublier que cette espèce là existe encore. Céline et Proust ? Décadence bourgeoise ! hurle notre Garde Rouge en les balayant d'un revers de main dialectique qui vaut son pesant de Caterpillar. Je me suis toujours demandé quel était exactement l'univers culturel de ces braves gens, puisque soyons honnêtes, personne ne peut intellectuellement survivre en lisant les écrits du Grand Timonier et que ça ? Quand même ?
Sauf que pour en avoir vraiment rencontré un ou deux - et pas longtemps : ce sont de vrais pénibles, vous vous en doutez -, mon diagnostic est formel : leur univers mental est à pleurer et leur vision révolutionnariste d'une morale à faire chialer Savonarole indique surtout que ces pauvres gens ne baisent pas assez.

Toutefois, comme par accident, il peut arriver que sous le jargon surnage une forme rudimentaire d'une sorte de lucidité : 

"La bourgeoisie empêche toute compréhension matérialiste en dépeignant Céline sous les traits d’un « génie » tourmenté par le mal, ce qui lui confère opportunément le cachet indélébile d’ « artiste maudit ». Le côté « artiste maudit » permet d’attirer les dandy bourgeois en mal de « sensations », fascinés par la misanthropie de Céline, signe de ceux qui se sentent supérieurs et dans lesquels ils aiment se reconnaître (car eux aussi se veulent « à part »)".

Ah là oui, ce n'est pas inexact, cf. le petit bourgeois névrosé qui lit Nietzsche en se prenant pour un Surhomme dans le métro qui l'emmène vers son guichet de banque ou son open-space. Enfin bon, on se console comme on peut, n'est-ce pas. Il existe ceci dit une version "de gôche" de l'olibrius qui se reconnaît à son Inrocks sous le bras mais en gros, si on raisonne en terme de structures de personnalités, ce sont à peu près les mêmes. L'un a un petit blog sur la kévinosphère et l'autre vote Ségolène Royal mais c'est à peu près les mêmes déclassés de la classe moyenne blanche qui pensent valoir mieux que leur boulanger parce qu'ils connaissent Brett Easton Ellis et ont tout Joy Division en imports japonais. En terme de salaire, ils gagnent à peu près la même chose que ledit boulanger, par ailleurs, mais : ils ils connaissent Brett Easton Ellis et ont tout Joy Division en imports japonais. Là. Et ça, ça change tout, pas vrai ?

Mais revenons à nos amusants Gardiens De La Flamme Prolétarienne : 

"Selon le discours dominant de la bourgeoisie, le formidable style de Céline se serait mis au service de chefs d’oeuvre (« Voyage au bout de la nuit », « Mort à crédit ») avant de sombrer dans un antisémitisme « hystérique », puis de retrouver de la hauteur après guerre avec « D’un château l’autre »."

Heu, objection votre Honneur, il semblerait que ça ne soit pas que "bourgeois" mais en somme un petit peu ce qui s'est passé. En vrai. Dans la vraie vie, quoi, le truc où les évènement déterminent les choix et la conscience se construit en fonction du contexte dans une dialectique à la fois intime et universelle qui certes ne suspend pas le jugement moral de chacun sur ses actes et pensées mais...

"Bien évidemment, tout ceci est faux, faux parce qu’anti-matérialiste".

Hein ???

"En effet, d’un point de vue matérialiste, le style n’existe pas en lui-même mais en tant que matérialisation d’idées, d’une vision du monde. Voilà pourquoi le PCMLM s’attache à étudier la dimension culturelle du mouvement fasciste"

Heu...oui, alors oui, anéfé, ce n'est pas faux même si bon on aurait pu le dire un peu autrement, et d'ailleurs Trotsky lui-même sur le fascisme en a perç toute la dimension proprement culturelle tout en ne la découplant évidemment pas de ses fondement socioéconomiques, assurément, d'ailleurs...

Ainsi, Céline, dans « Voyage au bout de la nuit » ou « Mort à crédit » est déjà un fasciste, et c’est justement son style qui relève indéniablement du fascisme. Le style de Céline consiste à mélanger tirades de vulgarité et langage « recherché » qui s’unisse en un tout cohérent"

(Tiens, ça me rappelle un blogueur chauve...)

"C’est la dialectique du fascisme, d’un côté le nihilisme (vulgarité assumée), d’un autre côté l’élitisme (volonté de se montrer « supérieur »)"

(C'est décidément complètement le cas de notre blogueur chauve, qui est en effet d'une rare vulgarité très très bien assumée, et à l'incontestable volonté de se montrer supérieur aux autres blogueurs. Qui sont ceci dit très mauvais, il n'a donc qu'un mérite relativement limité).

"Les longues tirades vulgaires de Céline sont fréquemment entrecoupées de points de suspension ou de points d’exclamations, ce qui traduit la volonté de ne rien construire, de ne surtout pas apparaître comme excessivement cohérent et logique, même quand les phrases sont intelligibles"

Et justement, comme disait Céline : ...

"Il s’agit ici d’une posture éminemment fasciste qui entend se dérober à la matière (ce qui est bien sûr impossible) et faire du style pour le style, comme les bourgeois qui aiment s’écouter parler"

Et vlan dans les dents ! Ah ah, rhabillé pour l'hiver, l'écrivain bourgeois. Puuuuutaiiiiiin, le double high-kick de la dialectique imparable dans ta face ! Mange tes dents, Louis-Ferdinand ! Non, vous je sais pas mais à ce stade : je suis pantois devant tant...tant de quoi, d'ailleurs ? Je ne sais pas. Je ne sais plus, je suis perdu...

Bon, les plaisanteries les plus courtes, hein. Concluons donc dans une apothéose : 

"Céline n’est pas un génie qui s’est « égaré » dans l’antisémitisme comme voudrait le faire croire la bourgeoisie. Céline était un fasciste dès « Voyage au bout de la nuit ». Son style, fait d’éructations vulgaires qui se veulent élégantes, est fasciste. La trajectoire de Céline est celle d’un fasciste à son époque.

A bas l’imaginaire bourgeois, idéalisme nombriliste en quête de paradis artificiels et célébrant la misanthropie.

Vive le matérialisme dialectique, affirmant le besoin de communisme et d’harmonie avec la biosphère!"

J'en ai les larmes aux yeux.

Mais bon, c'est pas tout ça mais il est l'heure de grave décader en ayant une vie, hein.


Eric Le Boucher

dimanche 23 janvier 2011

Hypocrisie bourgeoise

Quand la couardise de Mitterrand-neuveu est l'un des innombrables signes à la fois du désir de la droite de fabriquer des crétins, ainsi que de la crispation politique généralisée qui traverse toute la France actuelle. Démonstration :

La décision de Mitterrand-neuveu de retirer Louis Ferdinand Céline de la liste des "célébrés nationalement" de 2011 n'est pas seulement malheureuse : elle est parfaitement ridicule. Le prétexte d'un Céline "grand écrivain MAIS parfait salaud", comme l'a encore caqueté le lui aussi grotesque Delanöé est symptomatique non seulement de la complète indifférence de ce gouvernement de managers vis-à-vis de la culture littéraire, mais en plus de cette parfaite bêtise commune à toute la droite en général qui consiste à lisser et polisser tout ce qui la dérange un tant soit peu en la glissant sous le tapis de la bienséance bourgeoise la plus hypocrite. "Grand écrivain MAIS parfait salaud" ? Non, imbéciles : grand écrivain ET parfait salaud, en même temps, dans la même personne, trop facile de ne vouloir voir que le géniâââl Docteur Destouches en refusant d'admettre le hideux Mister Céline et quand on est pas capable de penser l'ambivalence, on ne se mêle pas ni de culture ni de politique.

Non mais on vit où, là, à la fin ? Comment ? Dans la France de Sarkozy et des dir'comm' trépanés ? Ah oui, en effet. Censurer un écrivain mort - parce qu'il s'agit ici de censure, qu'on soit bien d'accord -, parce qu'il a accessoirement écrit des chef-d'œuvres de la littérature mondiale dans ses loisirs mais surtout des pamphlets antisémites dégueulasses, puisque décidément c'est tout ce qu'on semble vouloir retenir de lui ici, qu'est-ce que ça veut dire à part que ce gouvernement prend vraiment les gens pour des cons encore une fois ? Lire Céline, ce serait donc s'exposer irrémédiablement à devenir antisémite et prendre sa cartes à l'Oeuvre Française, c'est bien ça ? C'est aussi con et plat que ça, le raisonnement ? Et donc, on dégage le sulfureux, une polémique, hop ! sous le tapis et ni vu ni connu. Puisque le pékin lecteur est tellement con et à ce point démuni du moindre esprit critique qu'il va gober tout rond ce qu'il est en train de lire, si c'est antisémite il va devenir antisémite comme par magie, si c'est Ellroy il prendra un couteau pour tuer des femmes, si c'est Malaparte il trouvera que finalement Mussolini il est assez sexy en fait. 

Et Marx, alors ? Chaque personne happée par sa lecture deviendra donc de facto un bolchévique hérissé, fichtre, évitons donc de rendre le moindre hommage au grand penseur, des fois que. Sauf qu'en effet, on peut parfaitement devenir communiste en lisant Marx. Certainement. Ou pas. Le lecteur n'est pas passif dans sa lecture, il fait la part des choses, soupèse, critique, trie en somme. Lui refuser cette capacité, c'est bel et bien le prendre pour un con, rien moins. Toute la vision bourgeoise de la culture est résumée ici : le bas peuple est trop bas du front pour comprendre les ambiguïtés et autres délicates nuances de l'oeuvre artistique, évitons lui ce genre de désagrément en la mettant sous cloche par des "commémorations" et autres "célébrations nationales" : d'un côté la Cultuuuuureuuuhhh Françaiseuh Môsieur réservée à une poignée de bourgeois qui n'en ont d'ailleurs plus rien à foutre et achètent des Pléiades au mètre pour garnir des bibliothèques d'apparat qu'ils ne profanent jamais, de l'autres, les veaux effondrés devant TF1, et tout le monde est content. 

Ah, au fait : le "politiquement correct" qui fait pleurer tous les abrutis droitards : c'est la droite qui l'installe. Le fait de vivre dans une société conservatrice où l'espace de liberté de parole s'amenuise tous les jours : c'est la droite qui l'installe. La destruction de l'esprit critique jusqu'à la possibilité même de l'exercer, c'est la droite qui l'installe. Le fameux "niveau qui baisse" : c'est la droite et ses réformes qui l'installent.

Compris, les cons ?

samedi 22 janvier 2011

Sens de l'humour

L'un des aspects les plus pénibles du capitalisme - entre tellement d'autres, s'entend bien -, c'est qu'il a produit pléthore de petits bidasses dévoués à sa cause qui une fois bien incubés dans leur école de commerce où on leur apprend à porter la chemisette bleue et à devenir des crétins ultralibéraux, se répandent au dehors comme métastases pour pourrir tout ce qu'ils touchent. Vous avez déjà rencontré de genre de sous-êtres ? C'est réellement dégoûtant. Tous les "commerciaux" sont des gens dégoûtants, d'ailleurs, et pour ma part je rêve de me réveiller un matin dans un monde où ils auraient définitivement disparu, pouf ! comme par magie. Cons et vulgaires, formatés comme des petits suisses en se croyant des individus à part entière alors qu'ils autant de personnalité qu'une vache encéphalopathique, évidemment grands admirateurs de Bernard Tapie et autres escrocs du même acabit, le "commercial" est une chose à la fois insignifiante et encombrante dont il convient d'éviter la fréquentation à tout prix sous peine de pulsions morbides et d'élans de sympathie envers Ed Gein. Et parmi cette fange, quelque chose est peut-être encore plus accablant si c'est possible : le têtard qui fait du marketing.

Rappelons-ici quelques fondamentaux : la personne qui est "dans" le marketing est fondamentalement inutile. Elle ne sert à rien, ne produit rien, n'accomplit rien. De ce point de vue, son existence est plus vide de sens encore que le plancton qui lui au moins a une place dans l'écosystème général. Mais surtout, elle est nuisible, réellement nuisible, puisque payée - et parfois déraisonnablement - pour vous vendre non le capitalisme en soi, mais le rêve de ce capitalisme qui est de plus en plus chaque jour la seule chose qui permet à ce dernier de tenir encore debout ; sans rêve, pas de capitalisme, et sans veaux du service marketing, point de rêve...
Autant dire qu'on a affaire ici à quelque chose - pas quelqu'un, j'insiste : quelque chose - avec quoi un être humain normal, de gauche donc, n'a strictement rien à voir sinon la malheureuse obligation biologique de partager une poignées de chromosomes communs. Et encore, franchement, puisque quand on voit la gueule de Séguela, on finit pas légitimement se demander si on est vraiment de la même espèce.

En fait, si on reprend les choses à la base, ce doit être dû à leur formation en école spécialisée qui les a rendu comme ça. Ils ont forcément été des bébés à un moment de leur vie, ils ont couru après un ballon à la récré, ont eu des boutons sur la figure plus tard, ont bachoté et un jour, le drame : la décision d'entrer dans une école à la con. On peut dire qu'à partir de ce moment précis, ils sont sortis de l'humanité pour devenir...autre chose, disons. Et si vous pensez que CSP il fait de la provoc' et qu'il exagère, jetez donc un oeil à ceci.

"Le marketing des clochards (humour)".

Il faut souligner "humour" ici, comme quoi en un seul mot, c'est tout une vision du monde de demeuré incurable qui nous est donnée à voir. Les clodos - certains en tout cas - ont donc de "l'humour" comme quoi même dans une situation désespérée et désespérante, un bon rire vaut un bon steak.
Ou pas.

"On peut être en difficulté sans pour autant perdre le sens de l’humour"

Une traduction est nécessaire : on peut être dans une merde noire faisant courir pour sa personne un danger vital - la clochardisation signifiant concrètement l'effondrement de votre espérance de vie - mais on peut mendier de quoi survivre, pas vivre : survivre, en faisant preuve d'imagination. N'est-ce pas formidable ? Enfin, pour les bienheureux qui n'ont pas encore le cerveau cramé au White Spirit puisque eux doivent se contenter d'avoir un pauvre carton tout pourri et même pas cool sur lequel il y a tout platement écrit :
J'ai faim.

Qu'on puisse s'enthousiasmer pour l'incroyable capacité de résilience de l'être humain, capable de se raccrocher à la moindre étincelle si fragile soit-elle pour continuer d'essayer d'avancer dans un monde hostile et froid, et qui parvient parfois à se sortir de contextes et de situations au sens propre effroyables, cela se conçoit. Aisément. Puisque nous renvoyant toutes et tous à notre humaine fragilité s'opposant à cette force interne, intime, que nous possédons et peut, parfois, nous faire accomplir rien moins que des miracles, la volonté de vivre envers et contre tout est quelque chose d'à la fois commun et bouleversant et qui fonde, quelque part je veux dire, notre humanité au sens le plus noble du terme.

Mais il n'est pas question de ça ici, toutes ces choses élevées échappant aux larves marketeuses : il s'agit ici de montrer que si on est drôle et spirituel, on peut éventuellement mériter de vivre. Ou en tout cas mériter la piécette qui vous fera tenir un moment de plus. Qu'en somme, même dans la dernière misère, il faut, encore, se vendre
Et quelqu'un qui trouve ça "drôle" et "sympa" occupe une place toute particulière au niveau de mon estime.

Comme quoi décidément "le sens de l'humour" est bien chose appartenant en propre à chacun, puisque par exemple, et bien moi ce genre de chose, ça ne me fait pas rire. Du tout. On m'objectera que c'est parce que je suis trop de gauche te qu'on est pas tellement des rigolos, quand mon Dieu rien n'est plus faux. Moi-même, j'ai un sens de l'humour hypertrophié, à l'occasion. Et qui m'est très personnel, évidemment.
Tenez, ce qui me ferait rire par exemple, c'est de voir un libéral coincé dans l'habitacle de sa voiture accidentée, en train de perdre tout son sang, alors que les pompiers tardent à venir parce qu'ils manquent d'effectifs vu qu'on leur a encore sucré des budgets pour raisons de réduction des déficits publics.

Oui, voilà en vérité qui serait follement drôle, n'est-ce pas ?


vendredi 21 janvier 2011

Le premier punk

Le camarade Vladimir serait bien inspiré de revenir faire un tour dans un  certain parti se réclamant de lui, manière de recadrer quelques débats. Je dis ça, je dis rien.

mercredi 19 janvier 2011

La fin du monde permanente

C'est comme ça à chaque fois qu'on se pose les fesses devant la télé : l'impression d'assister en direct à la énième fin du monde. Parce que le plus banal JT de la plus ordinaire journée dans le contexte le plus anodin vous fait vivre ça : la fin du monde tous les soirs à 20 heures, présentée par Ken ou Barbie et avec la pub ensuite et Grey's Anatomy pour se détendre.

On a beau le savoir, l'avoir analysé et décortiqué dans tous les sens, en avoir fait de gros livres savants et de vibrants pamphlets, on a donc beau comprendre les mécanismes les plus subtils ou les plus grossiers : tous les soirs à 20 heures, c'est la fin du monde. Quelqu'un du Moyen-Àge débarqué de sa DeLoreane qui assisterait à n'importe quel JT, et il faut insister : absolument n'importe lequel, comment ne pourrait-il pas y voir les Signes ? Les Grandes Révélations, les rivières de sang, les corrompus ricanants et les cataclysmes qui rayent une région de la carte, les maladies incompréhensibles et des gens qui hurlent dans les rues, et le tout en moins de 30 minutes : le mec, ils se jette dans la première église venue pour y attendre son Créateur qui devrait débarquer d'ailleurs de très imminente façon puisque là, là, c'est sûr et certain : c'est cuit, c'est mort, c'est les 4 Cavaliers et la grosse baston finale dans Armageddon City et ça va se passer...maintenant !

Or, "maintenant" tend a se faire quelque peu attendre.
Le mec, pas fou, il reste dans son église à égrener son chapelet vu que bon, c'était pas un "maintenant" qui signifiait tout de suite tout de suite mais tout de même, un peu de patience d'ailleurs tiens, tu tend l'oreille et tu entends les Trompettes Du Jugement qui débarquent.
Ah non, c'est le Corail régional qui rentre en gare.
Ok...
Le gars risque un oeil dehors. Pas de ruines fumantes ni d'ange de colère et de courroux en train de latter du Bélzebuth. Bizarre... Pas non plus de terre qui s'entrouvre et de murailles qui s'écroulent, pas plus que de Légions Célestes obscurcissant les cieux, non, ben non, ça a même l'air plutôt calme, ce soir...

Ah.

Mais le lendemain, le mec du Moyen-Àge, il retombe encore sur le journal télé du soir. À 20 heures pile-poil.
Oh putain cette fois c'est la bonne !
Guerres, famines, nouvelles maladies incompréhensibles, des gens qui hurlent mais dans d'autres rues, des types trop gros et des types trop maigres, des avions qui s'encastrent dans des enfants pendant que des curés tripotent des tours jumelles on sait plus trop tout ça est terriblement confus, et puis peu importe parce que là, si c'est pas "maintenant", mais ça sera quand t-est-ce, à la fin ???

Re-église.
Re-recommandantions pantelantes de son âme d'humble pêcheur.
Re-transes.
Re...
Rien.

Et le lendemain, pareil. La fin du monde, à 20 heures. et ensuite la météo.
Le mec du Moyen-Âge, il fait quoi, alors ?
Ben il fait comme nous : il se cale sur le canapé, il s'en ouvre une petite en mangeant du saucisson, et il regarde l'effroyable merdier en se disant puuuutain mais on vit dans un monde de malades, décidément...

Quand la fin du monde devient permanente, franchement, comment en avoir à branler de quoi que ce soit, au bout d'un moment ?

Surtout, comment même penser qu'on peut faire quoi que ce soit par rapport à ce qu'on voit vu que, hé, garçon, quand même : c'est la fin du monde, là. Tu veux faire quoi, contre la fin du monde ? Ben tu peux rien faire, voilà.
Et c'est exactement comme ça que ça se passe dans les cervelles des millions de gens qui assistent à la fin du monde sur leurs canapés.
Et ça tombe bien : c'est exactement ce que veulent les gens qui ô coïncidence, possèdent justement lesdites chaînés télévisée.
Et le plus beau : nul besoin de fumeuses théories du complot dans cet état de fait ; rien qu'une simple et évidente convergence d'intérêts de classe.
Et le nectar : la fin du monde permanente, ça rapporte des sous.Beaucoup, beaucoup, mais alors vraiment beaucoup de sous.

Elle est pas belle la vie ?


mardi 18 janvier 2011

Cordons de la bourse

C'est toujours la question qu'on devrait se poser, finalement : dans une entreprise en saloperie en pleine efflorescence, qui paie ? Qui donne de l'argent pour ça ? D'où et surtout de qui vient la bonne grosse maille ? Répondre à cette question, c'est remettre bien des choses à l'endroit. Disons que si des penseurs pouvaient se poser la question "d'où ça parle", on peut raisonnablement de nos jours se demander parfois "d'où ça raque ?" et en vérité : qui détient les cordons de la bourse qui permet à quelque chose d'exister ?

D'une façon générale, plus quelque chose parle de "valeurs" et de haute morale le coeur sur la main, plus les gens qui s'y commettent sont dressés sur leurs ergots pour brailler leur attachement aux bonnes moeurs les plus à angle droit, plus on peut très raisonnablement soupçonner que ce qui se passe en arrière-boutique n'est pas très joli-joli. Et qu'on est pas très regardant sur les moyens concrets qui permettent ces discours, évidemment. Le cas le plus emblématique étant les ciments Lambert et le Front National, avec sa sordide affaire d'héritier dément. Mais cet arbre ne doit pas non plus cacher les procédures de financement de partis politiques, dont à l'époque le RPR fut le tenant le plus décomplexé. Si on était chafouin, on pourrait même se dire que la chute de Ben Ali, pour la droite française, ça représente surtout un considérable manque à gagner et une nécessité de réajuster le budget en conséquence. Mais on est pas trop inquiet pour eux, allez. Et l'autre teckel de Zemmour qui fustige la bienpensance métissolâtre et la dictature de la gauche antiraciste, 9000 € par mois quand il émargeait au Figaro, le têtard. Moi aussi, pour une plaque par mois, je suis le mec le plus donneur de leçons de la terre. Déjà que je le fait gratos, alors vous imaginez, hein ?

Et puis oui, aussi, on va encore me dire que je vois le mal partout. Que je suis soupçonneux et méchant. Et que je ne crois à rien, tout ça. Ce qui est faux, d'ailleurs, je crois à énormément de choses, vraiment. Vous seriez surpris à quel point je crois, et sincèrement en plus, à toutes sortes de choses.
Mais croire à la sincérité des gens de droite, non, écoutez, on est entre gens adultes, là.

Qui paie, donc ? Qui donne de l'argent ? D'où ça vient, qui signe les chèques ?
C'est la réflexion que je me faisais en parcourant Causeur.fr l'autre jour.
Qui donne du fric pour ce truc ? Puisque ce n'est évidemment pas grâce à leur ridicule revue papier et à leurs 12 abonnés qu'il parviennent à fonctionner, soyons sérieux. De plus, ils ne sont pas tous bénévoles, tous ces imbéciles dipsomanes qui épanchent leur saoulographie réactionnaire dans le bistrot de Babette, on a l'impression qu'à part pondre de petits jets de bile là dedans, ils ne sont employés nulle part ailleurs. Ou alors sous pseudo, admettons, puisque personne d'un peu sérieux n'aurait envie d'employer un Luc Rosezweig, le pauvre n'a de talent que dans l'étalage de ses frustrations et encore. Alors, qui c'est qui signe les chèques de ces braves gens ?

Bon, non pas que ce soit nécessairement une question qui me hante, hein. Et en plus, c'est vraiment une question ouverte, une question que je me pose incidemment, voilà, c'est tout. Mais que voulez-vous, c'est plus fort que moi : dès que je vois des imbéciles éructer sur les "valeurs" et la "morale", je ne peux pas m'empêcher de me demander  comment ils vivent, ces cons. Et de quoi, accessoirement. 
Et donc, voilà, je me demande qui est assez insensé et a assez de fric à jeter par les fenêtres pour le filer à Causeur.

Tiens, pour rire, je crois que je vais les dénoncer à l'URSAFF, moi ^^.

Demande d'informations

(cliquez sur la photo afin de savourer l'humour piquant et décalé du slogan en tout petit)

Nous sommes quelques uns qui aimerions beaucoup avoir une discussion civilisée et courtoise avec les deux connasses publicitaires ayant eu l'idée de ce slogan brillant. Ainsi qu'avec les blogueurs ayant été payé pour faire le buzz trending marketing webfistfucking de la marque en question, ce afin d'établir un dialogue démocratique dans le respect de chacun mais de préférence à coups de pelle dans les genoux. Faites suivre, merci.

Au passage, il n'est pas inutile de rappeler cet autre slogan roboratif : on ne frappe jamais un homme à terre.
Sauf quand c'est un publicitaire.


lundi 17 janvier 2011

Ah, vos gueules, à la fin

Je ne peux pas vraiment critiquer Philippe Muray, je ne l'ai pour ainsi dire pas lu. Pas du tout, même. Juste une fois, à la FNAC - les grands pourfendeurs de la modernité se trouvent toujours fort aise de trouver leurs oeuvrettes même posthumes dans les mangeoires de la culture de masse -, j'avais trouvé un exemplaire d'un de ses machins où il conversait avec cette chère Babette Lévy. Combo de choix entre esprits affûtes, fichtre : admettez que c'était tentant pour le gourmet es imbéciles patentés que je me flatte d'être. Deux pour le prix d'un et soldes sur les cons, youpi.
J'ai ouvert la chose au hasard - je procède toujours ainsi pour chaque livre inconnu : je l'ouvre en deux, et si je suis accroché, je prends -, en ai lu une page pleine, l'ai refermé et remis à l'endroit où je l'avais pris. En me félicitant au passage qu'un des deux intervenants soit décédé, ce qui nous évite en plus de le voir se dandiner à la télé.
Disons qu'en une simple page, j'y ai entrevu toute l'aigreur et toute l'envie du monde concentrée en un seul personnage. Fustiger "festivus" quand on avait soi-même une gueule à faire fuir les rires et la joie, n'est-ce pas quelque part tout le réac qui y est résumé ? D'ailleurs, c'est décidément à ça qu'on reconnaît les cons : ils citent sans arrêt Muray et Debord, quand il est très probable que les intéressés les aurait accueillis à coups de lattes dans les couilles pour oser ainsi se réclamer d'eux. Les morts ont toujours tort, n'est-ce pas. 

C'est aussi pour ça que le spectacle du réac tendance fafounet qui s'épanche sur son petit blog à 12 lecteurs vous a toujours quelque chose d'à la fois comique et navrant ; vous savez, c'est toujours embarrassant de voir un vrai con pleurer. On a pas envie de le consoler ou de compatir, on aimerait simplement qu'il arrête de se donner en spectacle. Pour lui, certes. Mais surtout pour soi. Et il pleure tout le temps. 
Sur le temps qu'il est plus comme avant, sur l'invasion bougnoulogauchiste, sur le totalitarisme droidlhommiste, sur la dictature de la bienpensance, sur la fiscalité soviétique, sur les femmes qui s'émancipent ces salopes - rien à voir avec ses propres frustrations de mal-baisant perpétuel, ni non plus avec son éloge régulier de la prostitution, bien entendu -, sur sa pauvre existence misérable d'incompris inconsolable qui vit des tourments dostoïevskiens quand il achète un demi-baguette, sur les livres qu'il a lu et qu'il aimerait qu'il soient mieux, sur la gauche méchante qui l'opprime, sur le Figaro qui n'est pas assez de droite, sur Marine Le Pen qui est trop de gauche, etc. Etc. Etc. Une longue plainte inassouvie et perpétuelle, avec des morceaux d'envie qui suintent de temps en temps. Comment ne pas voir dans ses braillements sur les 35 heures le lamento du crevard qui ne souhaite que le nivellement par le bas, à son niveau, de tous les autres qui n'ont pas envie de lui ressembler ? C'est simple, ça pique les yeux tellement ça fouette l'aigreur, les intérieurs négligés du pauvre mec incapable de s'élever moralement au dessus de lui-même pour aller vers le collectif ; lequel pourrait en plus le sortir de son marasme, par la rencontre, par l'action, par une forme d'épanouissement dans la défense de belles et nobles idées...

Mais non, évidemment. C'est très flemmard, un réac, ça refuse jusqu'à l'effort mental d'admettre qu'autre chose que sa vie d'abruti soit désirable. Tenez, regardez les en ce moment en train de faire les scrogneugneus sur ce qui se passe en Tunisie : être simplement content pour un peuple qui s'est débarrassé d'un dictateur, a priori, ça devrait être un plaisir simple de la vie, non ? Ben non. Déjà, le "peuple", ils pensent qu'il n'en font pas partie. Alors que si, de toutes façons, mais tu leur enlève cette illusion d'être des sortes d'aigles au-dessus de la mêlée et c'est la dépression. Et puis ces gens qui se soulèvent et mettent à bas l'ordre établi, en fait, ça leur fout une trouille atroce, pardi, à ces couards. Pauvres gens, hein ?

Non, vraiment, il nous faut quelqu'un qui leur dirait "ta gueule, tu nous fatigue", bien en face. Il nous faut un Zemmour de gauche. En pire. En bien pire.


dimanche 16 janvier 2011

Quant on veut, on peut

Ah...
C'est quand même très beau, un peuple qui se soulève et fait s'enfuir un tyran. Vraiment très très beau.
Et qui nous montre par un délicieux ricochet ce que certes on ne savait déjà que trop bien, mais qui en vérité fait plus, même, que le montrer : il illustre  à quel point la chienlit journalistico-poitique ment.
"Ce n'est pas la rue qui gouverne", combien de fois l'a t-on entendue, celle-là ? Combien ? C'est proprement incalculable. Tous ces éditorialistes, tous ces encravatés, tous ces experts en ceci et cela qui assènent que la "rue" en aucun cas ne saurait faire ou défaire quoique ce soit, qui appellent au calme, à la prudence, à la modération, au respect des institutions, cette pédagogie de la soumission à l'ordre établi qui arrange comme par hasard ceux qui ont tout contre ceux, pourtant considérablement plus nombreux, qui ont de moins en moins...
Si on était un peu vulgaire, on pourrait presque dire qu'il l'ont profond dans leur fondement, ce coup-ci.

Ah, voir les Delanoë et les Sarkozy en train de se couvrir de ridicule en ce moment, eux qui ont toujours choyé et cajolé un autocrate désormais en déroute, les voir tous essayer de se justifier et bredouiller des explications creuses et confuses qui les enfoncent encore plus, c'est comme la petite cerise confite sur la grosse génoise délicieuse : le meilleur, c'est quand même le gros gâteau du soulèvement populaire, mais les petits détails sucrés apportent la touche indispensable qui relève la saveur. C'est vraiment très très bon.

Et la batterie d'intellocrates en train d'affirmer que oui mais bon, la Tunisie c'est une sorte d'exception, la population est éduquée et c'est pour ça qu'elle s'est soulevée dans un élan démocratique blablabla. Pas pareil que les autres pays du Maghreb, puisqu' il est évident qu'en Algérie ou au Maroc il n'y a ni ingénieurs, ni avocats, ni infirmières ni boulangers mais rien que des bédouins arriérés qui enculent des chèvres, c'est bien connu. Vraiment pas le genre de gus qui voudraient une démocratie digne de ce nom dans leur pays à eux. Ah non. 
Faudrait pas que ça donne des idées aux autres, à la fin.

Comme quoi décidément, quand on veut foutre dehors l'abruti et sa clique, il "suffit" - les guillemets s'imposent, je sais bien - d'y aller un peu fort. Ce n'est tout de même pas la même chose ici et on a pas eu 23 années de férule policière ? Et alors ? Trente années de libéralisme plombé, de destruction de la société et de trahisons à répétition des "élites" ne sont pas suffisantes pour justifier un soulèvement, peut-être ? Il faudrait encore attendre d'en baver encore plus, avec nos 8 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté, nos 5 millions de chômeurs, notre bouclier fiscal pour les riches et nos Woerth-Bettencourt, c'est ça ? Allez, vos gueules. Les "conditions objectives" sont là et amplement là, et penser le contraire, c'est soit avoir des intérêts de classe que ça continue comme ça, soit être un imbécile doublé d'un couard. 

Et tiens, au fait, pour la poignée au fond de la classe, très à gauche auprès du radiateur, il veut quoi en ce moment le peuple tunisien ? Des soviets autogérés ? L'auto-organisation des travailleurs ? Ah non, on dirait pas en tout cas : il se contente de vouloir de bêtes élections bourgeoises, zut alors. Tout ça parce qu'il en a été un peu privé pendant quelques décennies mais tout de même : cette insurrection est terriblement petite-bourgeoise, en fait, non ? Rha, quel malheur décidément que ce con de peuple qui veut des choses pratiques et concrètes et dont même la plupart n'ont même pas le niveau de conscience nécessaire à pouvoir intervenir en AG, tss. Méchants gens, tiens.

Disons en conclusion que dans le contexte politique franchouillard que nous vivons, il est quelque peu piquant que ce soit des arabes qui nous donnent de bonnes leçons.

samedi 15 janvier 2011

Réalité alternative

Dépêche AFP du 15 janvier 2011

"C'est avec une stupéfaction mêlée d'une joie indicible que le peuple français a appris sur TF1 le départ précipité du Président Nicolas Sarkozy dans un avion privé prêté par Vincent Bolloré. On est sans nouvelles précises pour le moment de l'ex-autocrate hystérique qui tournerait en rond quelque part autour de la Méditerranée vu que même Kadhafi aurait catégoriquement refusé qu'il trouve refuge sur le sol libyen. "Qu'il se demerde", aurait ricané le chef de Tripoli en enfouissant la tête entre le seins d'une de ses gardes du corps, fin de citation.

Les évènements semblent donc s'être précipité depuis hier, quand Nicolas Sarkozy était apparu à la télévision pour affirmer que des législatives anticipées auraient lieu afin de tenter de calmer les manifestations virulentes de la population française qui exigeait son départ. Depuis un mois, le pays connaissait une très forte agitation sociale et politique ainsi que de violentes émeutes allant jusqu'au affrontement avec les forces de l'ordre. À Paris, le siège du parti au pouvoir avait été littéralement mis à sac par des manifestants très très énervés qui avaient ensuite brûlé symboliquement le Fouquet's, perçu comme "l'épicentre d'où est parti toute la dépravation de ce pouvoir", dixit un jeune manifestant, fin de citation. On se souvient également de ces images terribles qui ont fait le tour du monde, quand Alain Minc et Jacques Attali avaient été brutalement pris à partie par la foule déchaînée et n'avaient évité le lynchage que grâce à Ségolène Royal qui passait par là. "Mais enfin, il sont de gauche, quoi !" avait hurlé la folle du Poitou avant elle aussi de s'enfuir sous une pluie de briques. Depuis la fuite de Nicolas Sarkozy, aucun dirigeant socialiste ne s'est d'ailleurs manifesté, une source anonyme indiquant que rue de Solférino, je cite : "ils sont comme des cons devant la soudaineté de la chose et se bouffent le nez pour savoir quoi faire", fin de citation. Pour l'anecdote, Manuel Valls se serait lui aussi exilé "par solidarité avec le Président" et tenterait en ce moment de gagner l'Algérie à la nage.

Tous les analystes s'accordent à dire que le point de départ des troubles ont été les images de la répression d'une manifestation de chômeurs chargés par les CRS, images qui ont mis le feu au vase qui a débordé. Aussitôt, la population française était entrée en insurrection contre un pouvoir honni et corrompu, et on a même vu le spectacle stupéfiant de militaires fraternisant avec les manifestants, le général de corps d'armée Louis-Aymeric De La Mouille ayant exprimé avec son franc-parlé habituel que, je cite "Même nous on en a marre et archi-marre de ce sale nabot et que Dieu me foudroie mais je préfère encore des communistes qui sont des gens très bien élevés à ce gouvernement de clampins. Sus ! Montjoie, bordel !" ,fin de citation. Pour soutenir les grévistes, la rédaction entière de l'hebdomadaire Marianne s'était immolée par le feu devant le siège du Modem sans qu'on comprenne très bien pourquoi, geste qui d'ailleurs était passé relativement inaperçu.
Les interventions de Brice Hortefeux et Michèle Alliot-Marie n'ont rien fait non plus à ce moment pour calmer les esprits déjà très échauffés : tous deux ayant exprimé qu'il fallait "rentrer à la maison dare-dare les feignasses d'assistés, parce que sinon ça va chier", ils avaient été démissionés dans la journée mais le mal était fait et les manifestations ont redoublées. On est actuellement sans nouvelles des deux ex-ministres, même si des rumeurs font état d'une demande d'asile politique au Kazakhstan.

La communauté internationale a bien évidemment vivement réagi devant les évènements, et le gouvernement colombien a spontanément proposé à son homologue français de lui envoyer des escadrons de la mort afin de mater cruellement l'insurrection, avant de se rétracter devant le tollé. Barack Obama s'est dit "préoccupé et attentif, dans le respect des libertés civiles, même si en même temps bon, pour avoir rencontré l'autre pénible, je vous comprends un peu, les froggies", fin de citation. Le président Chavèz quant à lui a exprimé son soutien indéfectible au peuple français et a terminé son message de soutien hilare face caméra, les deux pouces levés. La Chine a déclarée quant à elle qu'elle était prête a racheter tout ce qui était rachetable, au cas où.

C'est bel et bien une journée historique que vient de connaître la France en éjectant son président qui faisait encore il y a peu le gros fier-à-bras tout ça pour se barrer la queue entre les jambes, déclenchant une immense liesse populaire qui n'occulte cependant par les problèmes à venir. En effet, l'extrême-droite a été singulièrement discrète durant les évènements mais on peut craindre qu'elle ne mette à profit la vacance du pouvoir pour renforcer son influence. Il serait tragique de ce point qu'un peuple ait eu l'admirable courage de se débarrasser d'un autocrate pour retomber sous la coupe de réactionnaires obscurantistes.

Souhaitons que le processus démocratique engagé aille jusqu'au bout, dans la joie et la bonne humeur, en tondant quelques économistes au passage quand même".


vendredi 14 janvier 2011

La racine du mal

CSP, c'est un mec tellement brillant et qui adore aussi parler de lui à la troisième personne, c'est un type d'une telle fine sapience et d'une si grande hauteur de vue stratégique qu'il a trouvé à lui tout seul le moyen de ruiner le Front National et de le renvoyer dans les poubelles de l'Histoire. Sisi. Objectivement ? Ce mec est trop, trop, trop fort. C'est un fait.
Mais déjà je cous voit panteler : comment ? Mais comment, à la fois peut-être être d'une pareille puissance subjugante au niveau du synapse mais surtout comment foutre à terre le Front National et autre zemmouristes pour qu'on entende plus jamais parler d'eux ???

Et bien comme toutes les choses réellement efficaces, c'est extrêmement simple. Il faut prendre le problème à la base. La vraie base. Le vrai pourquoi du succès de l'extrême-droite.
Qui est, d'après vous ?

L'invasion bougnoulomusulmane gniii ? Non, écoutez, si vous êtes con, vous partez d'ici, d'accord ? On parle de choses sérieuses, là.

La racisme démagogique ? Aussi paradoxal que ça puisse sembler, cet élément n'est que secondaire. Disons que c'est le séquoia qui cache une grosse forêt bien plus importante. Demandez vous surtout pourquoi toutes les "provocations" du FN ont systématiquement été raciales, et quasiment jamais économico-sociales. On va y revenir.

Les gens qui sont des cons ? Oh, vous savez, il y a bien des gens de gauche qui prétendent que le voile est un symbole culturel anodin, partant la notion de "cons" est toute relative, n'est-ce pas. Et surtout, la vraie question n'est pas qu'ils soient "cons", les gens, c'est ce qui les rend "cons", en fait.

La phrase au dessus est un indice.
Vous ne voyez toujours pas ?

Je vous dit pourtant que c'est très simple puisqu'on peut le lire tous les jours dans tous les journaux et ce tout le temps.
Allez, je vais vous le dire : ce qui fabrique de l'électeur FN par paquets de 12, ce n'est pas les déclarations de Marine Le Pen sur "l'occupation", ni les jets de biles racialistes de Zemmour, ni les éructations de Babette Lévy ni les fantasmes morbides de Fdesouche. Non non non. Cela, c'est le symptôme, pas la cause.
Ce qui incite des gens lambdas à voter FN, cest cela :

"Pierre Méhaignerie se prononce clairement pour une limitation et des montants et de la durée des allocations chômage, notamment pour les cadres, estimant que des indemnités chômage trop élevées et trop longues n'incitent pas à reprendre un emploi (...) ce centriste très social critique ceux qui ont été lancés ces derniers jours au sein de l'UMP sur les 35 heures ("le vrai problème concerne les 35h dans le public et pas dans le privé", considère-t-il)" (source)

Ceci étant picoré au hasard dans la presse du jour. 
Un schnock centriste qui n'a jamais exercé de vrai travail de toute sa vie, pérore le cul dans un fauteuil que ces feignants d'assistés vivent comme de somptueux nababs avec les byzantines allocations étatiques et qu'il faut en finir avec ces odieux privilèges.
C'est ce genre de chose qui fabrique de l'électeur FN. C'est ce genre de discours, bien davantage que toutes les voitures brûlées en téci ou les angoisses sur l'identité nationale, qui jette les prolos et les classes moyennes dans les bras de la démagogie. C'est le terrorisme néolibéral, qui menace chaque jour, dans toutes les colonnes de journaux, sur tous les plateaux-télé, qui fabrique de la peur et qui laboure le terrain à un FN qui n'a plus qu'à passer derrière pour promettre qu'avec lui, ça va aller mieux, et de toutes façons ça ne pourra pas être pire...

C'est le discours dominant néolibéral qui promet sang et larmes aux travailleurs qui fait le jeu d'une extrême-droite qui en est d'ailleurs parfaitement consciente et en joue à mort, en omettant soigneusement de mettre en avant son propre programme économique et social. Comme dit plus haut, toutes ses provocations sont raciales, parce que ça fédère sur le dos des faibles et que la recette est facile. Qu'on demande en revanche au militant FN de se prononcer exactement sur les retraites ou sur l'indemnisation chômage, des choses concrètes, réelles, pas les conneries sur les minarets, et vous allez voir qu'il va éluder, dame : là dessus, il n'y a aucune différence entre UMP, FN, et MEDEF...
Qu'on demande à Marine Le Pen ce que la FN entend exactement dans son programme par "Libérer le travail et l’entreprise de l’étatisme, du fiscalisme et du réglementarisme". Ou de la "Renégociation de la durée hebdomadaire du temps de travail par branches d’activité. Permettre en particulier de « gagner plus à ceux qui travaillent plus »".
Ne cherchez pas : c'est la même chose que Méhaignerie. Lui le dit à voix haute quand les autres le dissimulent sous le tapis de la xénophobie, voilà tout.

C'est la fabrication à échelle industrielle de la peur du lendemain, de l'insécurité des fins de mois, c'est l'idéologie de la "responsabilité individuelle" qui dégage les contextes dans lesquelles agissent les personnes, c'est la promesse du non-avenir et du présent âpre, c'est tout un discours de néantisation sociale et de soumission à l'économie de marché qui frappe de terreur les esprits et les prépare à l'adhésion, même pas enthousiaste mais surtout désespérée, aux conneries que leur racontent les simplistes. Et de ce point de vue, toute personne se déclarant "libérale", tout individu ou groupe se réclamant du libéralisme de droite comme de "gauche" est clairement coupable de faire le lit du fascisme. De Laurent Joffrin à Hugues Serraf en passant par Koztoujours ou Ericl’intermédiaire des soi-disant "lois du marché"  sont de fait les artisans besogneux du succès du FN.

Bravo à eux, vraiment.

jeudi 13 janvier 2011

Encore un - gros - effort

Franchement les libéraux, il ne vous en faut pas beaucoup. Vous êtes des grands émotifs, derrière vos carapaces un peu rugueuses, vous vous pâmez d'un rien. Tenez, l'autre soir quand France2 y va de sa petite émission très légèrement néokeynesienne sur la crise, avec un reportage qui ne donne même pas les adresses des économistes libéraux pour que le peuple puisse - légitimement - les lyncher, et un débat où curieusement pas une seule fois on a prononcé le mot "nationalisation", et vous investissez les forums de France2 pour les inonder de vos larmes. Franchement...
Alors que si on résume, c'était quand même pas bien méchant, cette émission.

Avant, c'était génial. Le "paradis". Tout simplement. C'était la croissance et la société de consommation et tout le monde était heureux. Mais là, zut superzut : crise de l'énergie. Ce sera d'ailleurs tout ce qu'on daignera nous en dire, sans doute parce qu'expliquer que ces abrutis de bougnoules en avaient un peu marre de se faire voler leur pétrole par leurs pourtant ex-colonisateurs aurait été trop long. Certainement. Donc, le paradis, c'est fini et c'est le chômage. Et même Mitterrand, un homme pourtant tellement de gauche comme nous le confirmera ultérieurement Eric Orsenna, ne pourra pas, non, il faut le répéter pour que ça entre bien : ne pourra pas faire autrement que faire de la rigueur et se convertir à l'économie de marché. La mort dans l'âme. Certainement. On parle de Mitterrand qui était tellement de gauche, là. Et puis il faut aller vite, on ne s'apensantira pas sur le fossoyeur de la gauche et la crapule qui a lancé la brillante carrière de Jean-Marie Le Pen. 
C'est donc le début du bordel, et une sorte de gourou halluciné nommé Milton Friedman débarque toutes sirènes hurlantes en proclamant "Privatiser ! Privatiseeeeeerrr !!!" et ça tombe bien, Reagan et Thatcher ne demandent que ça. Il faut aller vite, donc la Société du Mont-Pélerin qui a préparé son coup de force idéologique depuis trente ans, le soutien de ce bon Milton à Pinochet et la "révolution des riches" qui déclarent une guerre de classe à l'échelle mondiale, on zappe. Pour une fois on montre Reagan et Thatcher comme ils étaient : des crevures. Hop, financiarisation, un golden-boy plus ou moins repenti, Bernard Tapie - montré lui aussi comme ce qu'il est : une crevure. Chômage de masse et Restos du Coeur, Orsenna s'émeut quelque peu des écarts de rémunérations, et zou on est dans la Silicon Valley. Alain Madelin dit des conneries, krach boum hue, Jean-Marie Messier, mais si, souvenez vous, il a été un peu maître du monde à un moment, et je vous la fait courte, tout ça pour dire en conclusion que le libéralisme, bon, en fait, ça ne marche pas si bien qu'on l'a cru. En fait.

Bien.

On voit donc que tout ça n'était pas bien méchant, voire parfois relativement juste, et la conclusion au final est celle que tout un chacun ne peut que partager objectivement : ces connards de libéraux nous ont tous mis dans la merde. 
S'ensuit le débat, pas bien méchant lui non plus, sauf au moment foudroyant où Xavier Mathieu décapite - symboliquement...- un Alain Madelin sorti de la naphtaline et bredouillant les imbécilités habituelles sur l'économie de marché. Très joli moment décidément où le libéralisme et un de ses caniches les plus hystérique se fait emplafonner par le réel, ainsi que démonstration par l'exemple madelinesque de ce qu'est désormais le néolibéralisme : une chose à bout de souffle que plus personne n'écoute et qui bave les trois idées à la con qui lui tournent dans la cervelle.

Alors bon, c'était pas trop mal comme émission, même si on ne peut que regretter que ça n'ait pas été un peu plus péchu, un rien plus mordant. L'idéal en l’occurrence ayant été une trilogie de trois émissions distinctes avec autant de débats, avec un libéral invité pour se faire détruire en direct à chaque fois et obliger Frédéric Lordon à venir sur le plateau.

Bon.
Tout ça est bel et bon mais il manque, encore, quelque chose à ce début de tableau alléchant :
Une vraie gauche.
Les dégâts du libéralisme, c'est un constat qu'absolument tout le monde partage, mais ce n'est pas suffisant. Il faut une force politique ambitieuse non seulement pour détruire le libéralisme et le traquer jusque dans les chiottes du Fouquet's, mais qui ne se propose pas seulement d'ensuite faire de gentilles réformettes qu'on laissera en plan.
De ce point de vue, si on se contente de n'avoir que la tête dans le guidon de l'immédiat, il n'y certes pas de quoi pavoiser. Mais la politique est un temps long, très long même et nous revenons tous de très loin. Il faudra des décennies pour construire cette force, ne nous y trompons pas.

Disons si on veut conclure sur une note un peu optimiste que le renversement dans les esprits est en train de commencer. Plus personne ne fait confiance au néolibéralisme et plus personne n'en veut. C'est un début. Ce n'est en rien suffisant. 
Mais il faut bien commencer par quelque chose.


mercredi 12 janvier 2011

PPHQLB : extraball


L'émission en ligne dès la journée du lendemain, un son audible où on comprend ce qu'on raconte, un niveau d'éthylisme quasi-correct et des interventions d'une qualité à peu près cohérente et raisonnable...
Pas de doute : on s'embourgeoise, les enfants...

Bye-bye Sarah


(via Embruns)

mardi 11 janvier 2011

Le consensus des pleutres

Si vous cherchez encore à vous convaincre que le social-démocrate est un être structurellement couard et écoeurant; regardez donc cette si charmante unanimité autour de l’exécution des deux pauvres otages au Niger : c'est y pas tout mignon ce si charmant consensus autour de deux cadavres à peine refroidis où tout le monde y va de sa larmichette et se retrouve rangé au garde-à-vous derrière Sarkozy. Nul doute par ailleurs que ce dernier va en profiter pour resserrer encore les liens avec le si démocratique gouvernement nigérian et totu le monde s'applaudir devant cette "coopération", socialistes au premier rang. 
Sauf que quand on est un peu intègre, mot que le socialiste ignore superbement, ce n'est pas parce qu'il y a eu des morts que le jugement doit se suspendre. La vraie raison pour laquelle nos soc' dem' tirent leurs mouchoirs, c'est parce qu'ils espèrent bien revenir au pouvoir en 2012 et peu importe avec quel candidat. Faudrait pas froisser le susceptible gouvernement du Niger avec des critiquettes et une émotivité déplacée.

Il y a quoi au Niger, au fait ?
Ah oui : de l'uranium, c'est vrai.
Et elles fonctionnent à quoi, nos centrales nucléaires ?
Avec de l'uranium.
Notre bel uranium dont on est tellement dépendants et qu'on ne va tout de même pas laisser aux chinois, merde ! Et quoi de mieux qu'une bonne "guerre contre le terrorisme" pour envoyer des "conseillers techniques" sur place manière de reprendre un peu la main et de créer des troubles locaux en encourageant telle ou telle faction en sous-main, quitte à la trahir le lendemain au gré de l'évolution des intérêts en jeu, mh ? Créer une instabilité permanente de telle sorte que ça justifiera toutes les ingérences est une recette tellement éprouvée qu'elle en est banale, de cette banalité des civils morts dans ces pays loin là-bas dans des pays à la con, à la con mais tellement riches de ce dont notre Occident a tellement besoin.

La "lutte contre le terrorisme", ils n'en ont strictement rien à branler, tous. Le fait que des populations affamées, déplacées de force et exposées au radiations des déchets radioactifs laissés dans des décharges à ciel ouvert, ils n'en ont strictement rien à branler. Tous.La droite, la gauche de droite, et leur unanimiste de façade. Lutter contre le terrorisme ? C'est arrêter de créer les conditions du désespoir qui jette des gens dans les bras des barbus, parce quand on a assez à bouffer on est moins tenté de s'embarquer dans le fanatisme.

Le spectacle de cette classe politicarde le petit doigt sur la couture du pantalon, en train d'encourager soit par sa bruyante approbation soit par son silence sur la question - pas vrai les blogueurs socialistes tellement de gôche ? - une stratégie consciente de néocolonialisme ainsi qu'une action militaire irresponsable et précipitée qui a causé deux morts, si on était pas à ce point conscient qu'il ne faut plus rien en attendre, on frôlerait le dégoût, tiens.