lundi 12 décembre 2011

Le tour d'écrou des boomers

Manière de rebondir sur le billet précédent, il faut à un moment donné réfléchir au poids des + de 60 ans dans la situation objectivement merdique que nous traversons. Oui, évidemment, vous connaissez des ex-baby boomers présentement sexagénaires qui sont toujours complètement d'jeunz dans leurs têtes et pas chiants du tout, ce sont  d'ailleurs peut-être vos propres parents et j'en connais moi aussi des comme ça. Mais là on ne parle par des exceptions, on va essayer de visualiser les généralités. Ou quand le poids de la démographie pèse très très lourd politiquement.

Celles et ceux qui sont nés après guerre sont donc désormais soit à la retraite, soit refusent de l'être ; ces derniers sont certes une minorité mais ce qu'on définit par une minorité d'autant plus agissante qu'elle a les moyens d'agir : elle est riche, disons le net. C'est cette minorité chenue mais encore bien vivace qui se retrouve à la têtes des journaux et des médias en général, qui va dans les conseils d'administration, qui est le mieux du monde représentée au CAC40 bref : elle possède tout ou peu s'en faut. Principalement composée d'hommes dans sa forte majorité - quoique les femmes y ont leur place, moins importante il est vrai mais indéniable -, soit carrément de droite soit se prétendant de gauche "mais avec le portefeuille à droite" (donc de droite), ayant tissé des réseaux consanguins depuis des décennies entre politique, médias et business, ils sont donc cette bourgeoisie qui défend naturellement ses intérêt de classe et coopte et favorise non seulement celles et ceux qui partagent ses idées, mais aussi qui sont issus de la même génération qu'elle. Et eux n'ont aucune raison de partir à la retraite puisque leur but dans la vie est de se goinfrer jusqu'à ce que mort s'ensuive, les récentes pérégrinations d'un Jack Lang s'accrochant comme moule à un rocher à toutes les prébendes possibles et imaginables, alors qu'il n'a jamais rien fait d'intéressant de sa vie, illustrant à la caricature leur nature boulimique et parasitaire.

À l'autre bout du spectre se trouve l'ex-boomer lambda, pas riche mais parfois pas pauvre, ou bien tout simplement pauvre, avec sa petite pension qui lui permet de vivoter après une vie exemplaire de docilité et de travail sans rouspéter. Contrairement à son congénère bourgeois, il n a plus rien à faire et il se fait chier en attendant l'inéluctable fin, alors il regarde beaucoup la télé qui ça tombe bien s'est adaptée pour lui faire plaisir et le conforter dans sa vision du monde de vioque. Il a peur pour tout ? Il trouvera de quoi alimenter ses angoisses dans la petite lucarne qui lui présentera le monde entier à feu et à sang. Il se sent floué de sa propre vie qui tire à sa fin ? Ses aigreurs sauront se défouler chez les bouc-émissaires qu'on lui sert à longueur d'année. Il déteste tout ce qui est nouveau et risque de le déranger ? Tout ce qu'il verra et comprendra le confortera dans cette vison des choses. Il est terrorisé par l'avenir (pour lui = les asticots) ? On lui démontrera pas A+B que "c'était mieux avant"...

Les deux catégories d'ex-boomers ne partagent en fait qu'une seule chose : leur pouvoir politique.
Pris dans le sens de "vrai" pouvoir pour les premiers, puisque détenant moyens de productions, portefeuilles d'actions et places d'influence qui leur assurent un vérouillage complet de notre soi-disant démocratie, il suffit de jeter un oeil à la composition sociologique de l'Assemblée Nationale pour en être édifié ; 
Pris dans le sens de détention de cartes d'électeurs pour les seconds parce que le plus de 60 ans, vote, lui. Et ne se prend pas la tête à deux mains pour réfléchir au caractère bourgeois de la représentativité électorale : il vote. Pour ceux - et celle... - qui lui disent les choses qui lui font du bien.

Nous avons donc :
Les ex-boomers "d'en haut" qui ont tout à fait intérêt à ce que non seulement rien ne change, et qui aimeraient même qu'on revienne en arrière genre avant les congés payés et le SMIC ; 
Les ex-boomers "d'en bas" qui ont peur que les choses changent et votent pour qu'on revienne en arrière.
Ça s'appelle de la collaboration de classe d'âge.

Entre les deux ?...
Nous.
C'est à dire tout le reste de la population, littéralement prise en otage par le pouvoir politique des vieux riches et des vieux pauvres qui votent. Et qui donnent le "La" d'un pays qui s'enfonce dans le conservatisme et les nostalgies recuites. 
Et qui transforment tout doucement le monde occidental à leur image puisque le problème est bien loin de concerner seulement la partie européenne du monde, cf. ce graphique montrant leur poids d'influence sur la culture populaire aux Etats-Unis.



Je ne suis pas en train de dire que l'ennemi c'est le vieux ; ce serait trop simple.
Encore que...
C'est juste pour montrer que vu que le vieux est de plus en plus en plus résistant grâce à la médecine, on en a encore pour fastoche 20 ans à se le fader.
Et même quand ils auront enfin passé la main, les dégâts qu'ils auront fait dans l'ensemble de la population perdureront : les jeunes de maintenant étant déjà vieux et pétochards avant l'âge, il est douteux qu'ils donnent des seniors ouverts d'esprit.

Décidément, les décennies à venir vont être une puissante rigolade, moi je vous le dit.

18 commentaires:

Anonyme a dit…

Tout juste, sauf ta fin de déprime apocalyptique.

L'Allemagne elle oui peut se mettre dessuite a chialer de tout son corp vu la non natalité qu'elle a.

En revanche en France on fait du mioche.

Et les vieux, + de 60ans donc ne vont pas tous tenir jusqu'a 80-90 ballets ou 100 et plus puisque certains sont probablement plutot dans cette tranche.

Sinon, tout le monde sait et se rappelle que si sarko a été "élu" c'est grace au + de 60ans, oui, ca va?

J'ai mis "élu" pour deux raisons.
Ce que dit CSP.

Et aussi a cause de karachi(et toute la merde qui est bien étalé tout autour), qui nous vaut d'avoir eu deux présidents qui auraient du faire carrière a fleury merogisse plutot que l'élysée.

La suite de doc sur fr5 etait excellent, ca se trouve sur le web.

"Manipulations, une histoire française."

Anonyme a dit…

Une étude a montré récemment que si on ne tenait compte que des votants de moins de 65 ans, Sarko aurait été battu en 2007. Sarko ? Le président des vieux.

Anonyme a dit…

À cause d'eux, pour la première fois dans la lutte des classes, toute une génération précarisée a été éduquée dans la négation de toute conscience politique, élevée au sein cathodique, asservie depuis la naissance au néo-libéralisme, qui consolide chaque jour sa puissance ; une jeunesse devenue idéologiquement ignorante et sans espoir révolutionnaire parce que leurs pères ont saboté l'idée même de Révolution en se goinfrant après 68, en bloquant l'avenir, en affirmant obsessionnellement que, grâce à eux, on vit dans le meilleur des mondes. Génération lyriques friqués qui nous condamnent à taffer comme précaires à vie parce que les baby-boomers ne souhaitent pas lâcher la rampe.

Anonyme a dit…

CSP lit xkcd ! \o/

Anonyme a dit…

Une lueur d'"espoir" cependant. Du fait des dérégulations, déremboursements médicaux, privatisation rampante de la santé, augmentation des cotisations, etc., votés par les gouvernants portés au pouvoir par cette tranche d'âge, on peut raisonnablement penser que leur espérance de vie va bientôt diminuer. Ah merde... ça veut dire que pour nous aussi...

wuwei a dit…

Tu as oublié chez les sexagénaires ceux qui comme moi ont usé des tas de godasses pendant les manifs, pris des lacrymo dans les narines et accessoirement quelques coups de tonfa sur la tronche. Ont commencé à turbiner à 15 ans, bouffé de l'amiante pendant des années,etc... Mais aussi qui depuis 1974 ne votent plus parce qu'ils considèrent que c'est une bouffonnerie juste bonne à entretenir un système pourri que paradoxalement de nombreux d'jeuns adorent. Pour ma part je connais plein de ces soixante ans et plus qui ne comprennent pas pourquoi la jeunesse n'est pas dans les rues à traquer le capitaliste plutôt que de le nourrir en achetant la dernière bouse d'Apple, de BMW ou de Nike. Comme quoi des constats désolants il y en a pour chaque tranche d'âge

o. a dit…

comme on y vient... tiens une petite sur nos inoxydables boomers

Plop a dit…

Vous me faites tous gerber.

Anonyme a dit…

Alors pourquoi ne voyait-que des vieux dans les manifs l'an dernier ?
Où étaient-ils ces jeunes qui ne votent pas Sarkozy ?
Signé un vieux de 66ans

Tonio a dit…

Salut Thierry,

pas le temps de développer mais il me semble pour le coup que tu te plantes dans ton analyse ou alors il te faut l'éclaircir.

Pour cela (tu vas peut-être hurler au dogmatisme de gauchiste étriqué!) je t'invite à (re)lire l'intro de Bensaïd contre la logique de Génération (le livre de Rothman) dans une Lente impatience.


Quelques arguments supplémentaires en vrac :
- l'électorat de droite et d'extrême-droite est surtout fort chez les plus vieux encore et chez les premiers baby-boomers.

- cette génération est aussi celle de 68 mais surtout de toute l'onde de mouvements sociaux qui ont suivi. D'ailleurs ils ont encore une place importante et utile dans la plupart des orgas et assoc contestataires...

-ce sont des membres de cette génération qui sont aux commandes certes, mais pas seulement ils y sont bien aidés par les quinquas et quadras (cf médias, Ps...).

- La génération qui se situe entre ma pomme (30 ans) et 45 ans est encore plus merdeuse à mon avis (n'y voit pas une attaque personnelle !), c'est celle élevé au mitterrandisme, à Thatcher, au TINA, à la mort des idéaux autres qu'individualistes. Dans cette génération regarde autour de toi combien font grève (parce que désolé je suis indécrottable, mais je pense toujours que ça a plus de poids qu'un blog !), combien sont syndiqués ou un tant soit peu militants (pas forcément encartés, mais militants)... Il me semble, mais je n'ai pas les chiffres qu'il y a un peu de moins pire avec la génératiion qui suit.

des bises,

Tonio.

laetSgo a dit…

pis y'a aussi les vieux pas bourgeois (mais qui s'y croient), qui ont bossé toute leur vie (dur, je ne nie pas) et qui estiment qu'il faut en chier pour y arriver (genre, matez moi cette bande de djeunz flemmards qui veulent même pas se retrousser les manches, de mon temps blablabla)
Mais comme dit l'anonyme plus haut, la France a pour elle sa natalité. D'ici à ce qu'elle nous ponde un printemps français, y'a de la marge (vu le conditionnement auquel nous sommes soumis) mais l'espoir est permis, contrairement à nos voisins teutons...

comité-de-salut-public a dit…

Non, je n'ai pas "oublié" les "vieux et les anciens qui se sont cassé le cul dans des luttes vraiment dures et des contextes de merde ; simplement, ce n'était pas le sujet du billet.

"désolé je suis indécrottable, mais je pense toujours que ça a plus de poids qu'un blog !"

TU...TU CROIS, MEC ???? ^^

Ouais, je sais, quand même hein. J'ai beau avoir un ego de la taille d'un continent, je ne suis pas complètement hors des réalités basiques. J'espère. :-)

Le problème que nous rencontrons c'est que la "génération" (et je déteste ce mot mais à défaut d'un autre...) sur laquelle a reposé de grands espoirs, trop grands pour elle peut-être, a complètement viré casaque et s'est rangé dans le camp du conservatisme. Je ne nie pas que des individualités sortent du lot ; mais les Bensaïd ont été rares, qu'on en convienne...
Par conséquence, les générations suivantes - dont la mienne et celle d'après - continuent de subir de plein fouet ce backlash : la dépolitisation massive actuelle ne s'explique pas autrement, et le virage conservateur/frileux également. Et à tous les niveaux et pour tous le monde, même les progressistes : l'incapacité à penser de nouveaux modèles politiques est aussi la conséquence de ce processus.

falbala a dit…

En voila un beau billet.
J'ai entendu quelque part que les + de 60 sont majoritaires en voix exprimées.

Pour ceux qui pensent qu'un autre monde est possible, allez mater le trombinoscope du gouvernement danois

http://www.stm.dk/_a_2819.html

En particulier la ministre de la santé, même pas 30 ans. En France, impensable, on dirait qu'elle est pistonnée.

http://www.im.dk/English/The%20Ministry/The%20Minister.aspx

Anonyme a dit…

@Tonio

C'est très vrai, j'ai des exemples autour de moi, mais je pense aussi que c'est plus difficile de s'engager, militer, manifester etc

Je tente pas de préciser la periode puisque osef déjà et que c'est probablement en train de changer par la force des choses.

D'une certaine facon par contre, a force de parler de ca CSP, j'ai l'impression qu'on en est arrivé a un point a nouveau ou la jeunesse pourrait avoir envie de dégager tous les vieux chnoc.(c'est en tout cas le sentiment qui me vient par moment)

Et quand je dis vieux, je pense en fait a la mentalité plus qu'a l'age numérique.

Puisqu'au font le clivage il est là.

Ce qui se colle déjà bien plus facilement a une situation social et un camps social et politique.

Ps:

http://www.placeaupeuple2012.fr/marine-le-pen-naime-pas-les-travailleurs-qui-luttent/

https://www.dailymotion.com/video/xmx8xh_didier-porte-cope-colle-sur-le-mur_news piquant et très drole

Faites tournoyer tout ca.

Anonyme a dit…

Ah puis oui, bien évidemment, ce sont les jeunes et les pauvres qui votent le moins.

Tout ca mélanger.

Entre jeunes pauvres, travailleurs pauvres, travailleurs jeunes pauvres...

Georges Brassens a dit…

"L'âge ne fait rien à l'affaire"

grisnoir a dit…

C'est simplement que les vieux votent plus que les jeunes. Démonstration sous forme de syllogisme:
-les jeunes des classes populaires s'abstiennent majoritairement ou votent par désespoir front national et consorts.
-hors l'abstention n'est pas comptabilisée dans les résultats.
-Donc ce qui ressort des urnes est le front national et consorts.

http://dai.ly/tXoANz

nosferatus a dit…

Oserais-je un avis un peu moins optimiste sur les babyboomer, notant que ce sont des parents de la génération actuelle, ou de jeunes grand parent. ils ont par la même forcément éduqué "un peut" leur propre enfants , leur transmettant une grande part de ce qu'est leur vision politique. cad: lire plus haut.

Partant de là et en mettant en abîme ce post avec celui ci http://comite-de-salut-public.blogspot.com/2011/12/devenir-lennemi.html
Que personnellement je vis au quotidien.

Partant de là donc,deux idées me viennent.

- On est pas dans la merde (vision très personnelle mais néanmoins représentative du futur qui nous attends , sa vaux bien un sondage d'opinion). Taper sur mon "prochain" comme tu le nomme si justement toi qui est un poil connoisseur du sujet tu dois bien avouer que l'on aurais beau retourner le problème dans tout les sens, un humain reste un humain, libéral ou pas, ennemi ou pas. Les mesure contraignantes ne doivent être prise qu'à dessein et de manière très sélective. Je n'ai pas dit en dernier recours, ne me faites pas dire ...

- Personnellement je viens sur ton blog pour lire de jolis poèmes sur la société actuelle et son devenir, par un auteur qui se trouve avoir quelques idées en commun avec moi. Alors quand je lis des billets comme celui ci, je pense direct pov' CSP, il va pas bien là, faut lui refiler un zemour emballé c'est pesé, au plus vite...sa me fait du mal quand tu va mal CSP, par ce que c'est un peu la voix de la lutte qui s’atténue quand tu va mal/choppe une angine .

...lis le post d'après...

[je retire ce que je viens de dire CSP va très BIEN!]