lundi 19 septembre 2011

Sphères

Non, l'opération de com' de DSK hier soir n'est pas ratée, le moins du monde. Enlevez vous ça tout de suite de la tête. Parce que ce moment de communication de crise ne cherchait pas à être "réussi" et se foutait complètement qu'on juge que ce soit "raté" ou pas : comme beaucoup de démarche de propagande, elle était là pour exister en tant que telle. La communication se suffit complètement à elle même. Elle est là pour montrer et affirmer, peut-être éventuellement pour convaincre mais c'est secondaire. Et cette démarche pour être réussie n'a besoin que d'une seule chose : exister et être vue.

De longues minutes complaisamment offertes par les valets de l'oligarchie à un de leur membre pour qu'il ne donne qu'une version tronquée et calculé au micropoil de ce qui s'est passé, un lissage des évènement, un rien de pathos pour ensuite glisser aux choses sérieuses - et donc économiques - et cliffanger de folie : la fin reste ouverte, DSK ne va pas s'abaisser à se retirer d'où que ce soit tel le premier Jospin venu, il est là, il est de retour, et il reste disponible pour la France. C'est le message qui devait passer et il est passé. Et peu importe que personne n'y croit. Peu importe que tout le monde sache que Chazal est une amie intime du couple, peu importe qu'on ricane devant cette mise en scène, peu importe en définitive que les protagonistes et ceux qui les regardent ne soient à aucun moment dupes ni les uns ni les autres : il fallait raconter "une histoire" et ce qu'on nous a donné à voir devient de facto rien moins que l'Histoire Officielle. Qui restera désormais consultable pour des années et des décennies dans les archives de l'INA.

Pensez vous sincèrement que les acteurs de cette production ont pensé une seule seconde que les gens les croiraient ? Ils savent parfaitement que le "capital crédibilité" de Dominique est plus que cruellement entamé et qu'un retour sur la scène publique est inenvisageable, ni en ce moment ni même pour des années : on lui rebalancera systématiquement cette affaire dans la tête. Cette casserole planétaire ne le quittera plus. Donc la visibilité" médiatique, on oublie. C'est sans doute très préjudiciable, y compris en terme d'employabilité : tout poste exposé lui est désormais interdit.
Mais croyez vous que ça posera le moindre problème et que quelqu'un comme DSK va se contenter de planter des choux en goûtant une sereine pré-retraite ? Nul doute qu'on va le retrouver "consultant" quelque part pour un salaire toujours mirobolant, il sera plus discret et évitera les micros et les caméras, voilà tout.

Parce qu'il y a quelque chose qu'il ne faut pas oublier : Dominique Strauss-Kahn, Anne Sinclaire, Claire Chazal, leurs équipes de communiquants etc. n'évoluent tout simplement pas dans les mêmes sphères que nous. On parle clairement de cette néo-aristocratie des médias, de la politique et de l'argent qui ne savent plus depuis des décennies combien coûte une baguette. Ces gens existent littéralement dans un autre plan de réalité que le nôtre et de ce point de vue, il n'importe pas que la mise en scène de hier soir soit "crédible" ou non : c'était un passage obligé, tout le monde s'y est plié par solidarité de classe, et passez muscade : on passe à autre chose.

Analyse paranoïde de marxiste aigri qui croit déceler les mauvaises intentions des dominants partout ? Faites moi pleurer. La preuve qu'on a simplement assisté au spectacle de la bourgeoisie jouant un rôle et sachant parfaitement qu'elle en joue, tout ça pour uniquement créer de l'image et fabriquer du storytelling afin que les apparences soient sauves, c'est que vous allez longtemps attendre avant que Chazal ou Pujadas accordent 24 minutes à Nafissatou Diallo pour qu'elle raconte sa vie et parle de ses "blessures" dans un JT.

La bourgeoisie a fait bloc dans un attendrissant exercice de solidarité de classe. Elle a protégé et béni l'un des siens par l'image rédemptrice et le rideau est tombé. On restera dans l'entre-soi de ces sphères de pouvoir après avoir donné l’aumône d'une saynète aux manants.

10 commentaires:

Veig a dit…

La meilleure preuve que cette opération de comm' est parfaitement réussie, c'est que tous les média ne parlent que de ça. Que France Inter en particulier nous a saoûlé ce matin dans toutes ses éditions d'infos avec cette interview de merde en boucle...

Et on entre de plein pied, avec cette interview, dans une ère où la "gauche de droite" est tout aussi décomplexée dans le mensonge et la comm' berlusconienne que peut l'être le camp d'en face. Ils pourront toujours venir après pleurnicher que personne n'ait envie de voter pour eux...

Gaston a dit…

amen.

Anonyme a dit…

Oui, c'est devenu un sport télévisuel : se foutre ouvertement de la gueule du monde, plus c'est gros, plus on marque de points (je suis sûr qu'ils font un concours).
Exemple qui m'a fait hurler de rire :
"Que fallait-il faire ? Quand vous avez quelques heures pour vous loger vous n'hésitez pas. Anne avait loué un deux pièces, on n'a pas pu y rester, on a trouvé une location trois pièces, il restait trois jours. Il ne restait plus de temps, il fallait trancher, il falait une maison, qui satisfasse les conditions de sécurité. On a trouvé cette maison, je ne l'ai pas aimée, elle a coûté cher, mais c'était ça ou retourner à Rykers Island"

Encore ! Encore ! Encore !

Arkly a dit…

En accord avec tout... Mais avec un mais (sinon c pas drôle)...

"tout poste exposé lui est désormais interdit."

Pas si sur. Certe dans immédiat DSK vas la jouer profile bas. Mais pour la suite ? Tout les président de la Veme on été "mort" politiquement à un moment (Cf les année québecoise de notre bien aimer, adulé, vénéré nain nationale).

Donc pas impossible d'avoir des soirée bounga bounga à l’Élisée !

Swâmi Petaramesh a dit…

« ...pour être réussie n'a besoin que d'une seule chose : exister et être vue. »

Ça fait deux choses.

Mais comme je ne l'ai pas vue, il ne reste qu'une seule chose.

Un doute me prend : aurais-jeu du regarder, pour faire deux choses, et donc causer l'échec de ce qui n'a besoin que d'une seule chose ?

Paffuto a dit…

Pour le coup, je trouve bien naïf de croire que la carrière politique de DSK est terminée, quand on voit par exemple que Juppé a retrouvé un poste de ministre malgré toutes les casseroles qu'il a au cul. Dans 5 ans tout le monde aura oublié la teub de DSK, et il se représentera aux présidentiel avec un coach sexo pour le soutenir.

CPPN a dit…

Il me paraît difficile d'imaginer que DSK reviendra à un poste de premier plan. Certes ses amis personnels essayeront de lui trouver une place au soleil mais ses soutiens politiques traditionnels n'ont plus besoin de lui.
L'intérêt de la figure DSK - la "marque" pourrais-je même dire - c'était qu'il était un produit politique avec une étiquette PS (ce qui garantit ipso facto un pourcentage de voix d'électeurs qui râlent contre le PS et ses reniements mais n'envisagent pas de faire autre chose que voter "à gauche" et "utile" lors d'une élection) qui avait, plus que tous ses concurrents PS, noué des liens étroits avec le haut patronnat (via le Cercle de l'Industrie). Pour l'oligarchie, c'était donc un allié de poids si le "produit" Sarkozy commençait à devenir inefficace à force de maladresses et de manifestation vulgaire de ses allégeances. DSK à l'Elysée, c'était la garantie de la même politique que Sarkozy avec un nouvel emballage.

L'image de marque du produit s'étant grandement gâtée, il devient plus intéressant de soutenir un autre membre du PS, tout aussi acquis au néo-libéralisme que DSK, et ne traînant pas les mêmes casserolles.

Anonyme a dit…

http://www.dailymotion.com/video/xl6axz_mediaporte-moi-j-ai-jamais-eu-rendez-vous-avec-dsk_news

Mieux.

Anonyme a dit…

http://www.boston.com/bigpicture/2011/09/student_protests_in_chile.html

Anonyme a dit…

J'espère que tu as vu le Jt de pujadas hein CSP?

Parce que imo, billet de demain.

On est en plein dans l'enchainement du sujet de nos fafounet libléraux