Cette rentrée n'est pas normale.
Pourtant elle ressemble d'assez près aux autres rentrées. Même, sur un coup d'oeil superficiel, on pourrait jurer qu'elle est très exactement similaire à toutes les autres. On retourne au boulot pour ceux qui étaient en vacances, ceux qui n'étaient pas en vacances continuent de bosser, et la rentrée politique se passe comme les autres années. On dirait.
Il y a bien une poignée de personnes qui s'excitent sur les "affaires" présidentielles, mais ce n'est pas ça le problème ; et au fait, si vous espérez sincèrement que des témoignages d'infirmière ou des mise en examen de marchand d'armes vont vous débarrasser de Sarkozy, autant vous faire à l'idée que ça ne sera pas le cas. Vous vous souvenez d'un mec qui s’appelait Chirac ? Oui, Jacques Chirac, voilà, celui-là. Il a été sérieusement inquiété par la justice, un jour ? Pourtant, dans la catégorie casseroles, lui il a largement battu tous les autres. Et ? Rien. Ils sortent de quelle classe sociale, les Sarkozy, Chirac, Copé etc. ? De la bourgeoisie. Ils font quoi dans la vie, la plupart des apparatchiks de droite ? Avocats. Et elle sort de quelle classe sociale la magistrature ?...
Voilà.
Donc, ce n'est pas ça. Ce sentiment. Que ce n'est pas une rentrée "normale"...
"Léluth" ?
Les classiques appels à la mobilisation sont évidemment là, et ? Bernard Thibauld veut faire une manif, la belle affaire : encore une promenade inoffensive qui en plus, vu l'échec des manifs pour les retraites de l'an dernier sera peu suivie, et tout le monde rentrera chez soi. Espérer que "la mayonnaise" prenne et que vu l'état de paupérisation, les masses laborieuses s'enflamment blablabla ? Improbable. Les masses en question sont trop occupées à survivre et trop dépolitisées pour ça. Elles se contenteront de voter "protestataire" et pas pour la gauche radicale, putain non. Et c'est de sa faute à elle, par ailleurs.
Toujours pas ça...
Les primaires socialistes ? Bon, au moins j'ai ri de quelque chose ce matin, c'est signe que la journée commence bien. Et oui, en effet, on s'en branle.
8 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté, hein ? Ce qui signifierait que les autres s'en sortent sinon le mieux du monde, en tout cas "bien". Boulechite : gagner plus de 800 boules mensuelles ne vous préserve en rien des angoisses de caddies et de loyer et d'avenir pas rose ; la vérité, c'est que 80 % de la population tire la langue, juste chez certains la langue tirée est plus longue que d'autres. Qu'on ne vienne pas nous brailler aux oreilles que comparé aux grecs ou aux espagnols notre sort est enviable, on est les prochains sur la liste. On s'est juste accordé un peu de répit vu qu'on va avoir droit à 35 % du pétrole libyen. Mais c'est tout.
L'université d'été du MEDEF bat son plein et cette année, ils vont innover : faire semblant de vouloir payer plus d'impôts. Pas tous, entendons nous bien et ça va rouspéter en off. Mais en ce moment, nos amis les riches commencent par comprendre que là, oui, là, peut-être qu'ils y son allé un peu fort ces derniers temps. La gueuserie ne gronde pas, certes. Ou peu. Mais ce n'est pas parce que que la surface est plane que ça ne s'agite pas en dessous.
Toutes choses qui devraient me plaire, pourtant. Cette rage froide, ces conversations de queue de surpermarchés qui constatent l'augmentation de tout, cette prise de conscience que des nantis se gavent quand les autres doivent faire un choix au moment d'acheter de la viande, bref : on ne peut pas dire, objectivement, qu'il ne se passe rien...
Mais...
Les commentaires de journaux en ligne sont de plus en plus violents. Ils l'étaient déjà avant, et ce n'est pas un indice représentatif de toute une population ; il n'empêche qu'ils sont de plus en plus violents. En ce moment, c'est le retour de l'antisémitisme, la version old-school, le lobby, la finance apatride, le mondialisme enjuivé etc. Le musulman est encore bien loin devant comme bouc-émissaire et il va tenir sa pole-position, mais le juif est juste derrière, maintenant.
Des roms sont évacués dans un tramway.
Les gens se cherchent des coupables et veulent les faire payer. Mais ce ne sont pas nécessairement les bons.
Les vrais responsables et coupables, qui sont loin d'être les derniers des cons, comprennent qu'on les regarde par en-dessous, à présent. Et ils n'aiment pas ça. La bourgeoisie aime la quiétude calme de la servitude ordinaire. Quand elle s'agite, quand elle devient nerveuse, elle pense à faire des bêtises. Quand elle a peur, elle les fait.
Nous en sommes donc là et il semble bien que personne ne sache très bien vers quoi nous allons. C'est ce flou et cette tension tout autour, cette rentrée déjà crispée et nerveusement fatiguée qui fait planer une sorte,, de quoi ? d'ombre ? de menace ? d'autre choses ?...
Cette rentrée n'est pas normale. Elle n'est pas "comme les autres".
Cette impression d'épuisement nerveux collectif juste au sortir des vacances, non, ce n'est pas normal.
Je pense que nous allons vivre une année intéressante.

19 commentaires:
Gurk le rouge déclare:
"Je pense que nous allons vivre une année intéressante."
Tu veux parler des primaires socialistes ? Non là je déconne.
En fait les tensions existent car les gens sont touchés au porte monnaie via les prix qui augmentent, les salaires qui stagnent ... Maintenant je suis pas sur que Mr et Madame Machepro de base se posent la question d'aller plus loin dans une réflexion politique. La cause ? vers qui ou quoi se tourner. C'est malheureusement ce qu'à tres bien compris le front national en ayant un discours "simple" et désignant des "coupables" aux malheurs des gens.Chose que peut être la gauche (la vraie) n'a jamais été capable de contrer ...
Très juste, c'est exactement ce que je me suis dit hier en me baladant dans la rue.
Il y a une atmosphère bizarre, c'est vrai.
Mais ce qu'on appelle les "affaires" en série (une par semaine en moyenne, peut être plus) jouent beaucoup car elles montrent la vraie nature du régime, tout en exigeant de plus en plus de sacrifices (juste comme ça: c'est la période des dépenses en tous genres...).
Et les 2 camps vont se radicaliser logiquement .
http://www.jean-luc-melenchon.fr/2011/08/29/discours-de-cloture-du-remue-meninge-a-gauche/
Il me semble, csp, que tu nous avais déjà fait le coup, pendant la réforme des retraites, sur le thème: "ça va bientôt péter", et puis, et puis, ... , rien!
Cela ne veut pas dire que les gens ne sont pas excédés, et ce que tu entends au supermarché est bien le reflet d'une réalité. Seulement, les gens lèvent la tête, regardent autour d'eux, en europe et dans le monde, et là, ils constatent que le sort est bien loin d' être dramatique, et que, pour rien au monde, ils ne changeraient de crémerie. Et surtout, surtout, ce que toi et tes copains leur proposent, ne les branche, mais alors, pas du tout!! Est-ce une explication qui te parait, au minimum, envisageable?
effectivement, j'ai remarqué que la tension sur la route avait augmenté.
Merci pour l'explication.
Pour autant, vu l'avenir et les "solutions" qui sont évoqués, j'ai du mal à voir cela comme une bonne nouvelle.
Si au moins une solution de gauche était dans l'air du temps, (le revenu inconditionnel est un bon candidat) il y aurait de quoi voir un avenir plus radieux.
"Puissiez-vous vivre en des temps intéressants" souhaitaient les anciens mandarins à leurs ennemis. Je souhaite donc une année très intéressantes au FN, à l"UMP au MEDEF sans oublier le P"S".
jolie photo.
Revenons-en à la tempête Irène :
plusieurs victimes dont une qui faisait du camping et qui n'a pas voulu partir.
Un arbre est tombé dessus, mais c'était une vieille tante ( 94 ans ).
"Ultra-nostalgie : nostalgie du passé immédiat : merde, ça allait tout de même mieux la semaine dernière" Douglas Coupland (Génération X).
Robert Spire
"Il me semble, csp, que tu nous avais déjà fait le coup, pendant la réforme des retraites, sur le thème: "ça va bientôt péter", et puis, et puis, ... , rien!"
Ca veut surtout dire que la capacité des gens à engranger de la merde est énorme, surtout quand on les entraîne bien avec la TV.
"Cela ne veut pas dire que les gens ne sont pas excédés, et ce que tu entends au supermarché est bien le reflet d'une réalité. Seulement, les gens lèvent la tête, regardent autour d'eux, en europe et dans le monde, et là, ils constatent que le sort est bien loin d' être dramatique, et que, pour rien au monde, ils ne changeraient de crémerie."
Ou alors ils changeraient volontiers de crémerie mais la famille, les enfants, le semblant de sécurité qu'on s'est construits au fil des ans... est toujours un peu plus fort.
L'Histoire a le hoquet. Et les Hommes ne semblent pas encore doués d'assez de raison pour s'extirper des individualismes ou se sortir les doigts.
Plus simplement ceux qui travaillent sont épuisés par les heures supplémentaires pour remplaçer ceux qui ont été débarqués, avec les mêmes impératifs de rendement qu'avant à effectifs réduits;
ceux qui ne travaillent pas, on les travaille sur la honte d'eux-mêmes, ces "assistés" et "moins que rien" qui n'ont pas réussi à garder un emploi.
Cette rage, ça ressemble à une haine de son impuissance.
Et des bulletins de vote ne changeront rien à cette impuissance. A part pour se donner l'illusion que le supposé camp d'en face est meilleur et plus vertueux, et nous aime et veut nous faire des bisous.
Ca fonctionne pour tout l'échiquier politique. Le "tous pourris" est impropre, vu que nous légitimons leur pouvoir par les urnes contre vents et marées, en espérant que cette fois la vaseline sera de meilleure qualité et que ça chauffera moins pour nos culs.
Avec ou sans vaseline, on reste une belle bande d'enculés. Et à en lire les commentaires comme toi un peu partout sur les Internets, certains semblent même y trouver leur compte...
"Avec ou sans vaseline, on reste une belle bande d'enculés"
Dans le sens où on se fait enculer ? Tout à fait d'accord en ce cas.
" Seulement, les gens lèvent la tête, regardent autour d'eux, en europe et dans le monde, et là, ils constatent que le sort est bien loin d' être dramatique, et que, pour rien au monde, ils ne changeraient de crémerie. Et surtout, surtout, ce que toi et tes copains leur proposent, ne les branche, mais alors, pas du tout!! "
Oh si j'étais toi je tempérerais mon optimisme mon gaillard !! Encore quelques drames façon méchoui norvégien à la breivik et tout le monde se rendra compte à quel point la droite et l'extrême droite sont les partis des tarés dégénérés ! Bien entendu, quelques affaires façon " la dinde fourré de madame bêtencours " montreront elles le côté vil de cette droite moisie ! J'en viendrais presque a souhaiter la réussite de marine lepen par rapport à ca ! ^^
Faut qu'on se cotise(ou qu'on tienne par les burnes qui de droit) pour posséder les grands médias, ensuite on sème quelques années, et après on pourra faire comme la droite : mettre n'importe quel looser au pouvoir, ca rentrera comme papa dans maman ! \o/
Il n'y a que 3 voies possibles :
- Participer au système et tenir sa place dans la galère en espérant devenir maitre-tambour en place de simple rameur.
- Lutter contre le système, en hurlant et menaçant de briser et faire couler la galère, ce qui généralement nous met à dos les autres rameurs qui se voient assez peu mourir noyer.
- Construire un autre système, beaucoup plus beau, plus sympa, plus attrayant, où les galériens seraient libre de choisir leur rythme de rame, et où les gardiens donnerai moins de coup de fouet, avec des pauses syndicales toutes les heures.
Un exemple de quelque chose qui fonctionne, qui change notre monde, simplement et directement, à faire connaitre :
http://owni.fr/2011/09/01/baviere-chiemgauer-monnaie-alternative/
En Bavière, une monnaie alternative, le Chiemgauer, remplace l'euro dans certains échanges. Pour inciter à la consommation, le Chiemgauer perd progressivement de sa valeur s'il n'est pas dépensé
http://wiki.thetransitioner.org/Fran%C3%A7ais/Les_monnaies_libres/Monnaie_fondante
L'application d'un intérêt négatif fait que la monnaie que l'on possède perd de sa valeur avec le temps. C'est une incitation à la dépenser, donc à la remettre en circulation. La monnaie fondante est utilisée comme moyen visant à prévenir la thésaurisation (l'accumulation).
"ça ressemble à une haine de son impuissance"
Oui. C'est exactement ça. Une souffrance concrète et sans exutoire, une frustration dont on connait parfaitement les causes et sur laquelle on aurait pas de moyens d'extérioriser...
Et il ne s'agit pas de "ça va péter" ou quoique ce soit, ce n'est pas ça, la gauche est bien incapable en ce moment de canaliser et encore moins déclencher quoi que ce soit. C'est vraiment ça, une rage impuissante qui bout...
Jusqu'à quoi ?
CSP«C'est vraiment ça, une rage impuissante qui bout...
Jusqu'à quoi ? »
Yep, depuis un certains temps on se dit ca, aujourd'hui un peu plus encore.
Ca chauffe, doucement mais sûrement, ca tient-tiens, étonnant comme les gens sont docile?- tient, puis tient encore jusqu'a…
Jusqu'a quoi ou quand, on ne sait pas, mais dans pas très longtemps.
La question est peut etre, que nous manque-t il le plus?
La révolte, qui est de fait, naturel, quand on en a marre, on arrête, on casse, on rentre dans le lard de celui qui nous fait obstacle.
Ou alors?
Non, j'vois pas, pas l'information ni la culture.
Les deux sont là, autant et bien plus que dans les temps anciens.
Et puis ces derniers temps nous assistons a des JT, qui sont, parfois, il faut bien le dire, délicieux.
Et ce n'est pas près de finir.
Alors quoi?
Ca finira par lâcher, on ne sait ni quand ni comment, ni vraiment pourquoi, on ne sait pas non plus quel forme sa prendra et encore moins sa durée et dans quels sens (faut y aller au pluriel) ca va partir et partira, mais ca arrivera.
La minuterie du four n'a pas encore retenti.
Mon conseil à deux balles : on peut parfois trouver un exutoire dans la création. Comme l'écriture d'un bouquin par exemple. J'ai très souvent entendu des auteurs dire "ça m'a fait du bien".
Jusqu'à quoi... ?
Pour dégrossir au maximum, soit la pulsion est extériorisée, soit elle est retournée contre soi. Le mix des deux est encore ce qu'il y a de plus effrayant, on l'a vu il y a peu.
Soit on aura un ensemble de plus en plus fréquent d'actes isolés du style Brevik qui à la manière des kamikaze feront un dernier baroud d'honneur parce qu'ils se croient en guerre, et qu'on réprimera jusqu'à avoir une dictature de la surveillance qui inhibe jusqu'au plus fêlé parce que l'un d'eux aura eu la malchance de se faire quelqu'un de "pouvoir", soit on débouchera sur un truc beaucoup plus violent et beaucoup moins eye-candy.
(ouh longue phrase... )
Regarde toutes les guerres depuis les âges sombres du Moyen-Age. Une constante à part la soif de pouvoir, de territoires ou la défense ?
Les mêmes justifications sont toujours à l'oeuvre, deux groupes donnés qui ne revendiquent pas la même appartenance (soit de "race" pour ceux qui peuvent gober le fait qu'il y ait plus d'une race d'humains, soit une appartenance sociale différente) vont s'affronter.
Et ça peut très bien être totalement faux, tout le monde s'en foutra, tant qu'un ennemi est déclaré et qu'on leur dira que "les dégager" est la solution à nos problèmes. Quels qu'ils soient.
Un être humain pense avant tout avec ses émotions. La rationnalité pure demande d'inhiber ses émotions, ce qui est un coût immense en termes d'énergie cognitive.
(Pas pour rien qu'il y ait encore des gens qui pensent qu'on n'a pas "entièrement" purgé sa peine une fois sorti de prison pour faire un exemple valable).
Et tout ce gentil monde ira gentiment s'ébrouer dans la légitimation d'un truc dont ils n'ont aucun contrôle par la mise à l'écart ou l'extermination de ceux qu'on aura désignés comme ennemis.
La théorie du glissement vers le risque semble très connue des instances dirigeantes tant ils semblent en manier chacune des composantes avec plus ou moins de brio en fonction des semaines.
Il en reste que je me méfie toujours de l'être humain tant sa capacité à faire le meilleur comme le pire est grande.
Mais pour le meilleur, y'en a pas beaucoup qui se dévouent. Pas assez vendeur et bien trop contraignant.
(et oui Anonyme, je pensais enculé dans le sens très physique du terme... se faire mettre profond quoi... mais tu avais compris)
En attendant, on peut aussi faire un tarot, ou mieux, un trou du cul, jeu pédagogique sur la lutte des classes.
http://www.trictrac.net/index.php3?id=jeux&rub=detail&inf=detail&jeu=161
c'est mieux qu'un tract, non ?
Peut etre une guerre cybernetique.
Ca a déjà un peu commencer et comme d'hab c'est pas le populo qu'a déclaré qui l'a déclaré.
Enregistrer un commentaire