N'ayant - pas encore - mis les pieds aux Etats-Unis, il est très difficile de l'extérieur de se faire une idée exacte de ce pays. On en voit finalement que ce que lui-même nous envoie comme image et faire le tri sous un tel bombardement constituerait un job à plein temps. Au moins nous ne sommes bombardés que d'images : nous n'avons pas assez de pétrole pour qu'ils nous apportent la démocratie à coups d'avions furtifs.
Ce qui nous parvient cependant est toujours quelque chose d'intéressant ; dame, c'est encore la première puissance économico-militaire, et ils ont su assurer leur impérialisme par l'exportation de leur culture. Ici en France, les deux principales formations politiques rêvent ouvertement de ressembler au bipartisme US, nos socialistes de marché pompant la campagne de communication de Barack Obama, et notre droite a les yeux rivés sur le modèle Républicain. Ce sont donc les Etats-Unis qui donnent le "la", ou en tout cas sont une source d'inspiration privilégiée. On se définit de toute façon selon eux, en pour ou en contre. Or, ce pays ne va pas très bien en ce moment c'est le moins qu'on puisse dire : tout est bigger là bas et la récession, c'est des centaines de milliers d'emplois détruits, ainsi que la bagatelle de plusieurs centaines de milliards volatilisés par la spéculation. L'Amérique de façade reste clinquante et frimeuse, ce qui se passe en arrière-boutique devient alarmant : elle décline. Il y a toujours à gauche un certain fantasme de l'effondrement des Etats-Unis, qui serait vu comme un collapsus du capitalisme ; il n'est pas dit du tout que ça se passera comme ça. Plutôt une nation toute entière en train de pourrir sur pied à force d'avoir laissé faire le Joli Marché. Il faut dire que la notion de "gauche" politique n'existe pas, là-bas.
En revanche, la droite elle y existe bel et bien.
On passe son temps - et moi le premier - à se plaindre de notre droite du fromage et du terroir bien de chez nous : ce sont d'aimables centristes comparé aux fous furieux Républicains. Eux sont sincèrement convaincus qu'Obama est communiste, vous savez. Ils ne font pas semblant. Enfin, les moutons qui constituent le gros des troupes, s'entend, ceux qui sont au sommet de la pyramide sont suffisamment intelligents pour savoir ce qu'il en est et mentent joyeusement à leur troupeau crédule. C'est le pays du storytelling et ils adorent qu'on leur raconte des histoires.
Et en ce moment, ils ont très peur.
Ils voient leur modèle de société s'effondrer, eux qui ont toujours cru aux vertus du système, du work hard, de la récompense après des années de sacrifice, de la confiance en la capacité de s'élever socialement - le mythe du balayeur devenu millionnaire et autre fadaises pour faire rêver les pauvres -, ils voient que toute leur abnégation n'a servi à rien et ne les protège de rien. Leur monde est en train de s'écrouler sous leur yeux, et il ne leur reste que leur rage impuissante. Et leur peur qui grandit. Peur qui ne peut pas se politiser dans la bonne direction puisque comme dit plus haut, il n y a pas de gauche aux Etats-Unis, donc pas de modèle alternatif auquel se raccrocher.
L'apparition du Tea Party ne s'explique pas autrement que par cette trouille dévorante : de ce point de vue, le TP est la pointe la plus avancée de la flippe étatsunienne littéralement concentrée en communautarisme de droite : ils sont entre eux, ont peur de tout ce qui ne leur ressemble pas et rejettent le reste du monde en prétendant que ceux qui ont le front de ne pas être d'accord avec leur vision délirante ne sont que des "communistes". On en a une poignée de spécimens ici, ce qui permet de voir de plus près à quoi ils ressemblent, mais encore une fois les copies européennes font pâles figures à côté des originaux encore plus remontés. J'insiste sur le fait qu'on a pas affaire ici à une formation politique "classique" modèle parti politique. Les militants d'un parti, même les plus engagés, vivent au milieu des autres et sont obligés à des concessions quelle que soit leurs convictions. Le TP n'est pas un parti : c'est une communauté politique qui tend vers le communautarisme idéologique. Une sorte de dérive sectaire - ce qui n'est pas une "secte" stricto, attention aux mots - de la droite américaine dont la peur est boostée par la crise et qui est en train de tirer vers elle le reste de la droite US.
Or la crise n'est pas finie, loin de là. Les raisons de flipper non plus, incidemment. Le lent pourrissement des Etats-Unis non plus...
Et c'est la partie de sa population la plus haineuse, avide, ignorante et stupide qui est en train de l'enfoncer encore plus.
Parce que ces gens n'en resteront certes pas là et feront tout pour imposer leur candidat. Il est même possible qu'ils parviennent à le faire élire. Et alors là...
C'est peut-être audacieux comme hypothèse, mais dans ce contexte, on a du mal à voir comment le pays ne pourrait pas se fractionner en deux. Une nouvelle Sécession mais sans guerre civile ? Les TP sont tellement cinglés, tellement structurés par le rejet épidermique de tout absolument tout ce qui leur est dissemblable, tellement paranoïaques qu'ils pourraient parfaitement revendiquer un partage du territoire pour en transformer une partie en "Right Wing Land", ou "Jesus Country", vous voyez l'idée. Le communautarisme porte en lui le fantasme du séparatisme avec les "impurs", sauf que la majorité des communautarismes n'ont pas le pouvoir politique de se séparer du reste de la population. En revanche, un communautarisme politique ayant les pleins pouvoirs peut parfaitement avoir envie de réaliser ce fantasme du moment qu'il en a les moyens.
Ce n'est qu'une hypothèse. Mais quand les gens ont vraiment peur, qu'en plus ils sont complètement stupides, c'est là qu'ils font les plus spectaculaires bêtises.

19 commentaires:
Le séparatisme est officiellement revendiqué par certains du Tea Party, mais c'est plus le séparatisme fiscal que racial ou religieux. Le Texas est en pointe à ce niveau par toute la composante du gentil libertarien Ron Paul qui rêve d'un monde sans état venant lui voler son argent durement spolié à plus pauvre que lui. Le rêve pour les gars de libéraux.org.
Ceci dit ça n'arrivera pas car il y a une force bien supérieur aux idiots du Tea Party : l'oligarchie étato-économique qui dirige le pays. Ne reste plus pour les libertarés que l'achat d'îles indonésiennes ou les installations souterraines à la BioShock (référence assumée des libertariens).
Et même, plutôt que "Right-Wing Land", j'aurais opté pour "Wingnutistan".
Par ailleurs, non seulement le Tea-Party sert de modèle aux connards de la "Droite Populaire" qui se la jouent à l'Assemblée, mais en plus la vision du monde selon "Fox News" déteint de plus en plus sur les éditos et médias de droite en France (en particulier "Le Figaro" -- un produit doux et absorbant, existe aussi en épaisseur triple).
L'appartion du Tea Party, c'est surtout dû au subsides qui lui sont versés par les entreprises américaines. Subsides dont les plafond ont récemment été supprimés par je ne sais plus quelle instance. Le corollaire c'est qu'aujourd'hui, dans les fonds électoraux, pour 1 $ démocrate, il y 7 $ républicain, surtout vers les plus pro-Big Business. Et je ne parle même pas du 0,001 $ pour les gens de gauche.
Et c'est de l'argent en plus, pas seulement un changement de direction: les derniers "mid-terms" ont vu passer plus d'argent que l'ensemble des élections Pdt+Senat+Parlement de 2008.
Au pays de la publicité, ça veut aussi dire que les médias vont suivre le big money et donc que "l'information" (ou la propagande, voir Fox mais pas que) suit le même mouvement à droite.
Du coup, nous sommes bien plus face à une ploutocratie qu'une démocratie.
Ce n'est pas un accident: en fait, les usaméricains voient se dérouler, chez eux, le scénario maintenant bien rodé des "coup d'état colorés". Et comme les fourches caudines du FMI, tant que c'était chez les bronzés, musulmans et autres ex-cocos, on criait un peu sans plus. Maintenant que c'est chez nous, on s'affole... trop tard, hélas :-P
Sur la question de l'énorme report des voix populaires du parti démocrate vers les conservateurs (tea-party inclus), qui fait que ces derniers se revendiquent du pur prolétariat tout en étant ultra-libéraux sur la fiscalité, le bouquin de Thomas Frank "Pourquoi les pauvres votent à droite" est vraiment à lire!
Ça ressemble exactement à la "mutation" du FN en France...
« L'économie n'est qu'un moyen. Le but est de changer les âmes. » Margareth "Mao" Thatcher
Je ne crois pas au séparatisme (qui ne serait pas réservé à l'ED d'ailleurs) pour la raison que les américains, même plutôt de gauche et non xénophobes sont nationalistes voire ultranationaliste à un point que l'on comprends mal en France (qui est dáilleurs probablement un des pays les moins nationalistes).
la force des idées, c'est les masses
( pour résumer Marx )
en tout cas, il a jamais dit que CSP devait s'en faire une antenne relais.
( ma biche )
Et puis ils sont le texas eux, ce genre de choses, un peu comme l'alsace chez nous mais en puissance 12.
«Les TP sont tellement cinglés, tellement structurés par le rejet épidermique de tout absolument tout ce qui leur est dissemblable, tellement paranoïaques qu'ils pourraient parfaitement revendiquer un partage du territoire pour en transformer une partie en "Right Wing Land", ou "Jesus Country", vous voyez l'idée.»
Et c'est là que je lol avec plaisir :)
Tous le long tu la sent venir, leger, puis rien, et là, pas d'un coup, juste avant la fin, ting! :D
+11111… évidemment.
Billet sympa.
Faut qu'ils s'amusent un peu les ricains, c'est tout, j'ai une idée:
http://www.youtube.com/watch?v=_JRvDykXebM
Je remplacerai bien le "pas" de
Il faut dire que la notion de "gauche" politique n'existe pas, là-bas. par un "plus" ou mieux toute la partie "n'existe pas" par "a été assassinée".
Très bon article.
"Il faut dire que la notion de "gauche" politique n'existe pas, là-bas."
En partie faux. Les Etats-Unis ont suivi comme les autres pays occidentaux le cycle Etat providence/Libéralisation. Des hommes comme Roosevelt ou Johnson étaient à gauche. Pas des communistes certes. Mais ils étaient à gauche. Et si tout mouvement dans un sens ou dans l'autre a pu se faire à un degré moindre, c'est parce qu'il s'agit d'un pays fédéral et qu'en gros 80% des compétences appartiennent aux états fédérés. Alors qu'un tel soit élu ou pas cela a moins d'influence qu'en France.
Mais ne jamais oublier une chose : Obama a gagné des états qui étaient républicains depuis Reagan pour une raison, plutôt que d'axer son discours sur le multiculturalisme et la discrimination positive, il l'a fait sur les inégalités économiques et sociales. En cela il a renoué avec Roosevelt. D'ailleurs il se positionne toujours principalement sur ces questions là.
Une partie de la classe ouvrière qui votait Reagan et Bush a voté pour lui, alors qu'elle n'aurait jamais voté Clinton. Cf les cartes électorales qui sont révélatrices.
http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/pid1830-c-zapping.html
http://www.canalplus.fr/c-divertissement/pid1782-c-sav-des-emissions.html?vid=511628&sc_cmpid=PlayerEmbed
Cette année va etre totalement folle.
http://geektionnerd.net/priorites-legales/
Le déclin des USA c'est une vieille rengaine : on a parlé du déclin US pendant les années 30 (Crise de 29 et isolationnisme), pendant les années 70 (la stagflation et la guerre du vietnam), et à nouveau en ce début des années 2010 (crise + émergence de la Chine).
A nouveau je pense que l'on se plante, parce que les américains vont se débarrasser du socialo-ploutocrate Obama pour revenir aux fondamentaux de l'économie de marché, parce qu'ils ont davantage d'atouts que la vieille Europe (valeurs liées à la libre entreprise et population plus jeune et culturement plus homogène) et parce que la Chine est gravement menacée par le controle de l'Etat sur le crédit et par le pouvoir du PC.
C'est une blague n'est-ce pas qu'une certaine frange de l'électorat yankee pense qu'Obama soit communiste ? A part peut être l'abruti rivé devant fox-news tous les jours, aucun adulte sérieux en pleine possession de ses facultés ne peut pensé ne serait-ce qu'une demi-seconde qu'un président des états unis d'Amérique puisse être communiste ni même sympathisant des sympathisants des sympathisants communistes...
A moins bien sûr que le libertaré soit là bas une espèce répandue, et là tout est possible :
" oh par saint bastiat !! 170 secondes de queue à la poste mais putain c'est quoi ce communisme en action ?? "
" cet aprés-midi je buvais un verre à une terrasse et un looser de serveur m'a mal parlé, mais putain c'est quoi cette URSS sérieux ?? "
" ce midi ma femme est passée à la boite avec les enfants, ils voulaient partager un repas(avec mes sous !!!!) dans ma sphère privée merde !! putain de Kollectivistes de merdeeeeeee !! "
" bon sang(gniii) j'ai croisé un parcmètre tout à l'heure, encore un putain de phallus étatiste dans c'te putain de Bolchévie !! "
Tout ca c'est du quotidien pour quelques francais... Combien sont-ils a souffrir ainsi dans la solitude de leur maladie(s), sont-ils suivis ? Sont-ils épaulés ? Que vont-ils devenir dans la tourmente de la psychiatrie privatisée ? Vont-ils finir par s'auto-licencier du réel ?
Mais ne désespérons pas, les patriotes expriment eux aussi une détresse réelle par solidarité avec les libertarés.
" putain mais je suis le seul blanc dans ce bus !!! et les odeurs sont trop quelconque et la température trop froide pour que je sois à yaoundé, mais putain où-suis-jeeeeeeeeeeeeee ??? " (dans ton cul ?) (oui je sais c'est pas gentil pour les gens dans le bus qui sont des êtres humaix EUX.)
abrutis 22:20, tais toi tu raconte n'importe quoi.
Oui les USA sont en plein déclin et ce sur plusieurs décennies, les échelles de l'histories hein…
Et non la chine ne risque absolument rien et certainement pas a cause de son état qui est tout l'avantage qu'elle a et lui permet de passer d'une solution en une autre que deux coups de cuillères.
http://www.dailymotion.com/video/xkzw4c_zapping-de-campagne-3-9-septembre-2011_news
«Si y'avait demain une primaire a droite ca serait une tuerie»
"C'est une blague n'est-ce pas qu'une certaine frange de l'électorat yankee pense qu'Obama soit communiste ?"
Et juste avant :
"les américains vont se débarrasser du socialo-ploutocrate Obama pour revenir aux fondamentaux de l'économie de marché"
TA-DAAAAAAAAAA !!!
Le TP sont tous absolument persuadés qu'Obama c'est le bolchevisme infiltré au plus haut sommet. C'est dire à quel point ils sont loin dans leurs têtes.
Ils sont le symptôme non d'un "déclin" de l'Amérique mais de son pourrissement : elle reste et restera une puissance, économique et militaire, mais l'intérieur de la nation se dégradera de plus en plus, l'exaspération sera attisée par les Républicains eux-même encouragés par le TP, et si un président de droite est élu, pour "revenir aux fondamentaux de l'économie de marché", ce ne sera que pour prendre une grosse pelle et creuser encore.
Et si le dollar n'est plus la monnaie de référence internationale qu'il a été depuis 60 ans, alors là attention : ça va secouer très fort. Quand on voit ce que ça donne un $ faible...
Je ne sais pas si à terme il y aura séparatisme effectif ; mais soyez assurés que beaucoup dans la droite US y pensent. Et ils ont de l'argent, beaucoup d'argent, suffisamment pour se payer beaucoup de caprices.
"C'est une blague n'est-ce pas qu'une certaine frange de l'électorat yankee pense qu'Obama soit communiste ?"
non, c'est même en deçà de la réalité, pour eux toute intervention étatique, c'est du "socialisme".
disons que culturellement...bon allez disons le, le peuple américain est en grande majorité ignare, aucune culture, sont d'une naïveté pas possible, et pas que dans les couches populaires, même dans leur élites. L'image du ricain con comme un manche en bermuda buvant son coca et dont l'activité intellectuelle se résume à répondre à qui veut gagner des millions ou lire les journaux (les pages les plus lus dans les périodiques sont ....la pub et les jeux), n'est pas une caricature, c'est la réalité, ils sont en majorité comme ça (mais ils sont sympas quand même).
par contre, très sceptique sur un quelconque séparatisme, c'est un système ultra fédéral, et pour rejoindre Plop, le patriotisme est une valeur partagée par tous, quelquesoient leurs opinions.
Par contre, oui c'est la grosse merde là bas.
"...Mais quand les gens ont vraiment peur, qu'en plus ils sont complètement stupides, c'est là qu'ils font les plus spectaculaires bêtises".
Ces "bétises" ont des visages et des corps torturés:
Cinquante ans après, l’« agent orange » empoisonne le Vietnam
vendredi 9 septembre 2011, par Marie-Hélène Lavallard
http://blog.mondediplo.net/2011-09-09-Cinquante-ans-apres-l-agent-orange-empoisonne-le
Robert Spire
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