"Pour devenir journaliste de guerre sans quitter son fauteuil, c'est tout bête : « postez » n'importe quel article en ligne comportant les mots « Ségolène », « islam » ou « Mélenchon », et vous allumez la mèche. Cinq minutes plus tard, c'est le chaos (...)
Les auteurs de ces tirs croisés ont un surnom qui leur va bien : les « trolls ». Des perturbateurs qui pourrissent le débat sur les forums et les sites d'info, insultant les rédacteurs, ferraillant entre eux, citant Hitler à l'occasion. Parmi leurs victimes, beaucoup d'éditorialistes de la presse écrite qui se sont lancés sur le Web avec enthousiasme et sont vite tombés de leur chaire : Jean-François Kahn a enterré son blog l'été dernier, fatigué des « dynamiteurs, pollueurs, obsédés et allumés ». Renaud Revel, de L'Express, a failli jeter l'éponge. Idem pour le chroniqueur Bruno Roger-Petit, « épuisé de constater les étalages de bêtise et de méchanceté »"
(Ouin)
Le journaliste pleure, le blogueur est en pleine crise d'hypersensibilité, et le community manager ne se sent lui-même pas très bien.
Moi ça va, merci.
On se plaint beaucoup, dans le petit monde d'Internet, en ce moment.
Ouin ouin ouin on est pas payés, ouin ouin ouin on est pas reconnus, ouin ouin ouin les gens sont trop méchants.
Et de fait, les hirsutes qui vous débarquent dessus quand vous avez l'extrême prétention d'exprimer votre - nécessairement brillante et indispensable - opinion sur les affaires de ce monde sont parfois caractérisés, en effet, par une certaine absence d'élégance voire de retenue. Et je sais de quoi je parle.
Mais c'est le prix à payer, mes petits amis blogueurs et journaleux. Et s'en plaindre non seulement ne sert à rien mais en plus fait passer un peu pour des peigne-zizis si vous me passez l'expression.
Quand on se contente d'en rester au niveau du relationnel immédiat, exprimer son avis perso sur tel ou tel sujet vous expose peu ou prou à fort peu de choses, à moins de vous lancer dans un vibrant plaidoyer pour la pédophilie ou admettre que vous adorez collectionner les photos dédicacées de dignitaires du IIIème Reich. Disons que dans l'ensemble, vous ne risquez nulle agression que ce soit même verbale, et ce d'autant plus qu'habitus aidant, on fréquente pour l'essentiel des personnes qui seront d'accord avec nous.
Un jour, on ouvre un espace virtuel pour partager sa haute sapience. Journaliste parlant en son nom propre, blogueur plus ou moins militant, quidam pensant avoir quelque chose à dire etc. On poste...un truc. Sur...n'importe quoi. Et tout content de soi, on attend les réactions de lecteurs afin que de faire du débat citoyen grâce au merveilleux 2.0 ce nouvel élan de la démocratie blablabla.
Then all hell breaks loose.
Il vaut mieux avoir déjà un certain vécu humain avant que de se lancer dans cette entreprise. Et partant ne pas attendre trop de ces contemporains. On ira pas jusqu'à dire qu'il n y a rien à en espérer, ce serait à la fois trop pessimiste et surtout inexact.
Mais immanquablement. Inévitablement. De la même façon que la Terre tourne autour du Soleil, que quand on lance un objet en l'air il retombe puisque soumis aux lois de la gravité ou que Jean-Louis Borloo sera un éternel loser de la politique, des connards débarqueront.
Pas des gens qui se contenteront d'être sereinement en désaccord avec vous et vous signifierons poliment un point de vue autre et même éventuellement enrichissant ; nonnonnon.
Des vrais de vrais connards qui vont s'employer à bien vous pourrir.
Et de fait, il y en a de plus en plus. C'est un fait que ces dernières années, c'est une littérale explosion de connards de toutes sorte et de toutes tailles qui tsunamisent Internet ; mais de ce point de vue, l'explication du sociologue de service est un peu superficielle :
"Selon les experts, cette catharsis numérique est aussi le signe d'une bonne santé citoyenne. « Le troll est le négatif dialectique, assure Antonio Casilli. Celui qui met les pieds dans le plat, casse les codes, conteste l'autorité. Son intervention est capitale dans le processus social. Il produit du débat et enrichit in fine la qualité du Web. »"
Mouais...
Admettons que dans des cas précis - on prendra complètement au hasard Hugues Serraf et Michel Faure -, les interventions très véhémentes de leurs lecteurs ont pu, en effet, relever le niveau des écrits de ces deux là. Mais c'était d'abord et avant tout parce que ce qu'ils faisaient était vraiment très très mauvais, allant parfois jusqu'à la désinformation et au mensonge pur et simple dans le cas de Michel Faure. Là, oui, effectivement, le trollage avait du contenu.
Mais reste la question : pourquoi cette vague ?
Tout simplement parce que n'existent pas, plus, d'espaces d'expression et de représentativité des gens du commun où ils pourraient dire ce qu'ils ont sur la patate.
"L'internet défouloir" n'est que cela : c'est le moyen à un nombre grandissant de personnes de balancer leur frustration de ne pas être et surtout de ne plus entendus ; ce qu'il y a à la racine du trollage, c'est le sentiment concret et étouffant de vivre dans un monde où plus personne n'écoute personne, et à commencer par l'en haut de la société. Les élections et référendums censément expressions du peuple ne sont plus que des rituels vidés de leur sens et portent au pouvoir des bourgeois autistes. Le monde du travail devient dramatiquement le monde du silence par trouille de mal dire et des conséquences qui peuvent suivre. Les mouvements sociaux ne débouchent pas sur des victoires significatives puisque trop timides face à des pouvoirs arrogants. Et même le militantisme, qui devrait laisser au moins laisser la base qui colle des affiches dire un peu ce qu'elle a à dire sur comment ça se passe dans son parti, et ce tous bords confondus, est superbement ignorée, la preuve la plus éclatante avec les primaires socialistes.
Communication breakdown.
Additionnez cette frustration violente et un clavier : vous avez une explication.
Frustration qui peut même être utilisée et canalisée et le FN l'a fort bien compris : pensez vous réellement que les trolls d'extrême-droite qui envahissent Internet depuis deux ans à peu près se sont mis à éclore par génération spontanée ? Mais il est évident qu'ils sont encouragés à infester partout par les cadres de leur parti dans un but de saturation de l'espace de débat et de destruction de celui-ci par l'insistance maniaque à marteler les idées du FN. Celle-ci pouvant être résumées en deux mots (immigrés = méchants), elles se prêtent le mieux du monde aux contraintes des commentaires : brailler "dehors les arabes", ça fera toujours moins de 140 caractères.
Au-delà donc de l'anecdotique, le trollage est le symptôme d'une vraie crise politique de la représentativité, et l'expression d'une colère d'en bas qui trouve là un exutoire commode pour moins de 30 € par mois. Le cadre social détermine le comportement psychologique.
"La violence est effectivement déterminée par le dispositif, où chacun doit durcir ses positions pour se faire entendre, analyse Yann Leroux, psychologue et blogueur, auteur d'une thèse sur la psychologie des groupes sur Internet. Il y a aussi une forme de jouissance à provoquer de la désolation."
Sur ce, je vais provoquer un peu de désolation sur Atlantico, moi.
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| Internet 2.0 |

14 commentaires:
L'analyse me semble plutôt juste. Mais assez politique. Quid des trolls culturels ? (qui vont hurler sur ceux qui ne pensent pas comme eux sur un film) Ou sociaux ? (qui vont hurler sur ceux qu'ils estiment médiocres humainement)
"le trollage est le symptôme d'une vraie crise politique de la représentativité"
Au contraire, c'est l'altérité qui engendre de l'agressivité. Or l'agressivité est un instinct premier inalienable, nécessaire à la survie des espèces. Troller pour brailler " dehors les arabes " ( 15 caractères )ou bien ouvrir un blog pour brailler " à bas les bourgeois " ( 16 caractères ), pour l'exprimer, est d'un point de vue anthropologique rigoureusement identique.
Y a plus de bistrots non plus...
Ségolène Islam Mélenchon !
(Désolé, j'ai pas pu m'empêcher ...)
LES VÉGÉTARIENS SOUS LINUX SE PROSTITUENT EN PORTANT LE VOILE ISLAMIQUE ! ET J'AI DES PREUVES !!!
Les pauvres journaleux, ça doit leur faire drôle d'avoir à faire à des "contradicteurs", ils ont pas l'habitude à la télé ou dans les journaux.
Les FPS consoles sont l'avenir du jeu vidéo !!!
En tant que barbu sous linux, je vais pas te plaire. Si en plus je pense que tu as tord (au moins par omission), les poils qui puent et les mouchent arrivent à grand pas.
Si les trolls arrivent en masse sur le net, c'est lié en plus à 2 choses :
_ L'arrivé massive du net chez n'importe quel kidam. Vu qu' il y a tout le monde, il y a mécaniquement plus de trolls.
_ Le fait qu ces gens n'ont jamais appris à débattre en public auparavant, ni à l'école, ni ailleurs, puisqu'on a représenté "leur" idées (politicard, syndicats,patron...) . De fait, la plupart d'entre eux n'ont pas d'idées et on se retrouve avec des réflexions d'ado attardés qui ne savent que gueuler.
La bonne claque publique par commentaire interposé permet quand même d'en sauver pas mal. les optimistes disent qu'il y aura de moins en moins de trolls vu qu'ils apprendront à réfléchir avant de parler ou d'écrire, les pessimistes qu'ils sont incurables.
Heureusement que je ne suis pas végétarien alors. :)
@ EE : tu...tu peux pas dire des choses pareilles...tu es dans l'émotion, tu ne le penses pas vraiment...non, je ne veux pas envisager ce genre de choses, ça me colle des angoisses...
@ Léo : hu hu hu, oui, c'est ce que je préfère : les journaleux et blogueux qui font ouin parce que des simples quidams SANS CARTE DE PRESSE ces sales gueux ! osent leur dire qu'ils ont tort...
"ces gens n'ont jamais appris à débattre en public auparavant, ni à l'école, ni ailleurs, puisqu'on a représenté "leur" idées (politicard, syndicats,patron...)"
Pertinent. Comme quoi, le trollage est aussi dû, pas que mais quand même, à un déficit démocratique...
@CSP : tiens ? Pas de DGoux chez toi ? Alors tu n'as pas de troll.... Des vrais.
Dans le même ordre d'idées que Fabien, il est clair pour moi que le trolling est une des conséquences de l'effondrement plus général des formes de civilités dans nos sociétés.
D'ailleurs, on peut le prouver en regardant en dehors d'Internet : qu'est que Zemmour sinon qu'un gros troll audiovisuel qui ne fait que beugler, ou plutôt couiner hystériquement, ses opinions à la con ? Ou Zaza Lévy et ses hurlements incessants ? Etc.
Un troll à la base, c'était un type qui pourrissait délibéremment un fil de discution en mettant tous les moyens pour parvenir à ses fins.
Le terme a rapidement évolué ensuite, pour ne plus désigner aujourd'hui, que celui qui crée la polémique. Que sa contribution soit argumentée ou pas, qu'elle soit épidermique ou pas ne change rien. Puisque le but n'est ni plus ni moins de tuer dans l'oeuf tout débat d'idée. La traque sur la forme n'est qu'un prétexte pour éliminer sans état d'âme une contribution.
Que celui qui ne s'est jamais vu traité de troll, me contredise ... On ira faire un tour sur le forum du figaro pour vérifier quand même.
Or dans ses conditions, je ne vois pas ce que la lutte anti-troll aurait de démocratique, bien au contraire !?
@CSP : on s'en fout, de toute façon 300 est un film raciste et Z. Snyder c'est qu'un nazi.
Bon, ça c'est fait...
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