lundi 24 janvier 2011

Mange tes dents, hyène fââââsciste !

Merci au très gentil lecteur qui m'a fait parvenir ce lien ébouriffant qui fait suite au - prestigieux et définitif - billet d'hier sur Louis-Ferdinand Céline et illustre avec une vista indéniable que finalement, le clivage droite-gauche par moments, on sait plus trop bien où on habite, parfois...

"La bourgeoisie célèbre l’écrivain fasciste Céline"

D'emblée, le chapeau qui prend position et dégage la problématique. À ce stade déjà, je voyais à peu près à quels loulous j'avais affaire, et le petit portrait dans l'onglet du site m'a confirmé dans cet a priori. C'est que ça fait un moment que je traîne dans le milieu, savez-vous, et les oufs on les repère dès les première phrases.

"Le discours hypocrite de la bourgeoisie sur Céline est désormais connu et maintes fois rabaché : « Certes, Céline a été à un moment de sa vie violemment antisémite – et il faut le condamner – mais il n’en demeure pas moins un immense écrivain qui a révolutionné la littérature avec « Voyage au bout de la nuit » et « Mort à crédit »… (on a droit généralement ici à une litanie sur le fait qu’il y a eu un « avant » et un « après » Céline) »."

Moui, c'est expédié un peu - un tout petit peu - à la hache mais en gros et jusque là, c'est à peu près ça. ON aurait pu préciser aussi que la bourgeoisie se fait une spécialité d'embaumer les artistes pour les soustraire à l'attention chipoteuse du bon peuple. Mais patience : le vrai bon reste à venir.

"Céline et Proust sont inversement deux auteurs nombrilistes, totalement décadents, expressions de l’idéalisme parasitant toute la pensée. Proust et Céline sont les représentants de la littérature qui échoue à se réaliser autrement que dans le culte de soi-même, dans l’individualisme monomaniaque, dans la décadence".

C'est qu'à force de rencontrer des communistes à peu près normaux, on finit par complètement oublier que cette espèce là existe encore. Céline et Proust ? Décadence bourgeoise ! hurle notre Garde Rouge en les balayant d'un revers de main dialectique qui vaut son pesant de Caterpillar. Je me suis toujours demandé quel était exactement l'univers culturel de ces braves gens, puisque soyons honnêtes, personne ne peut intellectuellement survivre en lisant les écrits du Grand Timonier et que ça ? Quand même ?
Sauf que pour en avoir vraiment rencontré un ou deux - et pas longtemps : ce sont de vrais pénibles, vous vous en doutez -, mon diagnostic est formel : leur univers mental est à pleurer et leur vision révolutionnariste d'une morale à faire chialer Savonarole indique surtout que ces pauvres gens ne baisent pas assez.

Toutefois, comme par accident, il peut arriver que sous le jargon surnage une forme rudimentaire d'une sorte de lucidité : 

"La bourgeoisie empêche toute compréhension matérialiste en dépeignant Céline sous les traits d’un « génie » tourmenté par le mal, ce qui lui confère opportunément le cachet indélébile d’ « artiste maudit ». Le côté « artiste maudit » permet d’attirer les dandy bourgeois en mal de « sensations », fascinés par la misanthropie de Céline, signe de ceux qui se sentent supérieurs et dans lesquels ils aiment se reconnaître (car eux aussi se veulent « à part »)".

Ah là oui, ce n'est pas inexact, cf. le petit bourgeois névrosé qui lit Nietzsche en se prenant pour un Surhomme dans le métro qui l'emmène vers son guichet de banque ou son open-space. Enfin bon, on se console comme on peut, n'est-ce pas. Il existe ceci dit une version "de gôche" de l'olibrius qui se reconnaît à son Inrocks sous le bras mais en gros, si on raisonne en terme de structures de personnalités, ce sont à peu près les mêmes. L'un a un petit blog sur la kévinosphère et l'autre vote Ségolène Royal mais c'est à peu près les mêmes déclassés de la classe moyenne blanche qui pensent valoir mieux que leur boulanger parce qu'ils connaissent Brett Easton Ellis et ont tout Joy Division en imports japonais. En terme de salaire, ils gagnent à peu près la même chose que ledit boulanger, par ailleurs, mais : ils ils connaissent Brett Easton Ellis et ont tout Joy Division en imports japonais. Là. Et ça, ça change tout, pas vrai ?

Mais revenons à nos amusants Gardiens De La Flamme Prolétarienne : 

"Selon le discours dominant de la bourgeoisie, le formidable style de Céline se serait mis au service de chefs d’oeuvre (« Voyage au bout de la nuit », « Mort à crédit ») avant de sombrer dans un antisémitisme « hystérique », puis de retrouver de la hauteur après guerre avec « D’un château l’autre »."

Heu, objection votre Honneur, il semblerait que ça ne soit pas que "bourgeois" mais en somme un petit peu ce qui s'est passé. En vrai. Dans la vraie vie, quoi, le truc où les évènement déterminent les choix et la conscience se construit en fonction du contexte dans une dialectique à la fois intime et universelle qui certes ne suspend pas le jugement moral de chacun sur ses actes et pensées mais...

"Bien évidemment, tout ceci est faux, faux parce qu’anti-matérialiste".

Hein ???

"En effet, d’un point de vue matérialiste, le style n’existe pas en lui-même mais en tant que matérialisation d’idées, d’une vision du monde. Voilà pourquoi le PCMLM s’attache à étudier la dimension culturelle du mouvement fasciste"

Heu...oui, alors oui, anéfé, ce n'est pas faux même si bon on aurait pu le dire un peu autrement, et d'ailleurs Trotsky lui-même sur le fascisme en a perç toute la dimension proprement culturelle tout en ne la découplant évidemment pas de ses fondement socioéconomiques, assurément, d'ailleurs...

Ainsi, Céline, dans « Voyage au bout de la nuit » ou « Mort à crédit » est déjà un fasciste, et c’est justement son style qui relève indéniablement du fascisme. Le style de Céline consiste à mélanger tirades de vulgarité et langage « recherché » qui s’unisse en un tout cohérent"

(Tiens, ça me rappelle un blogueur chauve...)

"C’est la dialectique du fascisme, d’un côté le nihilisme (vulgarité assumée), d’un autre côté l’élitisme (volonté de se montrer « supérieur »)"

(C'est décidément complètement le cas de notre blogueur chauve, qui est en effet d'une rare vulgarité très très bien assumée, et à l'incontestable volonté de se montrer supérieur aux autres blogueurs. Qui sont ceci dit très mauvais, il n'a donc qu'un mérite relativement limité).

"Les longues tirades vulgaires de Céline sont fréquemment entrecoupées de points de suspension ou de points d’exclamations, ce qui traduit la volonté de ne rien construire, de ne surtout pas apparaître comme excessivement cohérent et logique, même quand les phrases sont intelligibles"

Et justement, comme disait Céline : ...

"Il s’agit ici d’une posture éminemment fasciste qui entend se dérober à la matière (ce qui est bien sûr impossible) et faire du style pour le style, comme les bourgeois qui aiment s’écouter parler"

Et vlan dans les dents ! Ah ah, rhabillé pour l'hiver, l'écrivain bourgeois. Puuuuutaiiiiiin, le double high-kick de la dialectique imparable dans ta face ! Mange tes dents, Louis-Ferdinand ! Non, vous je sais pas mais à ce stade : je suis pantois devant tant...tant de quoi, d'ailleurs ? Je ne sais pas. Je ne sais plus, je suis perdu...

Bon, les plaisanteries les plus courtes, hein. Concluons donc dans une apothéose : 

"Céline n’est pas un génie qui s’est « égaré » dans l’antisémitisme comme voudrait le faire croire la bourgeoisie. Céline était un fasciste dès « Voyage au bout de la nuit ». Son style, fait d’éructations vulgaires qui se veulent élégantes, est fasciste. La trajectoire de Céline est celle d’un fasciste à son époque.

A bas l’imaginaire bourgeois, idéalisme nombriliste en quête de paradis artificiels et célébrant la misanthropie.

Vive le matérialisme dialectique, affirmant le besoin de communisme et d’harmonie avec la biosphère!"

J'en ai les larmes aux yeux.

Mais bon, c'est pas tout ça mais il est l'heure de grave décader en ayant une vie, hein.


18 commentaires:

totoze a dit…

Je me demande bien qui peut bien être derrière le PCMLM, et combien ils peuvent bien être....


Mais bon, entre camarades, ils pourraient quand même vous donner quelques leçons de design de site web, ça vous serait pas inutile, gra gra gra

Anonyme a dit…

Teuteuteu, on ne touche pas a joy division!
Blague a part:


http://www.youtube.com/watch?v=vgD1lfdNivo (reprise par NIN, mais tu le sais surement :) )

http://www.youtube.com/watch?v=t5fYMjzeW0U (reprise par Therapy? aussi)

http://www.youtube.com/watch?v=ZGMDBppWBOo

Pour finir:

http://www.youtube.com/watch?v=jwomUd7g6JM

live de ce soir ou jamais, bien bon.


Ps: que penses tu sinon te l'attaque de merliche sur son blog en réaction a une soit-disante attaque de pierre francois grond et je ne sais qui d'autres du NPA aussi par rapport a la bielorussie et je sais pas quoi (on ne sait ou, ya aucune trace de ca sur le web)

WTF?

Anonyme a dit…

(Tiens, ça me rappelle un blogueur chauve...)

Mais TU ES fasciste CSP, depuis le temps que les kévinou et consort te le disent! :D

On ne devrait d'ailleurs pas manquer de les voir débarquer, pour le meilleurs, mais surtout pour le pire, comme d'hab.


Bonus!

http://www.youtube.com/watch?v=uBZKWriaQUw

kevinou a dit…

Je pense que plus on essaye de "parler" d'un écrivain, plus on est un con. Par définition un écrivain se lit, c'est tout, on en discute pas, jamais. On le cite, on le conseille, mais on essaye pas de penser à sa place.

Comme l'a dit Xyr alias hordalf sur le dernier billet, il n'y a pas de culture littéraire, à savoir que ça ne se discute pas. La littérature est entière, elle vous happe, vous hante, vous réduit à néant ou alors rien, il n'y a jamais de demi mesure. Soit c'est c'est bon, soit c'est de la merde.

Quand on essaye de statuer sur un écrivain avec un "débat" et des "articles", c'est qu'on l'a déjà très mal lu. Car quand on a lu on est en capacité totale de trancher entre le génial et le nul. On a pas besoin de la moral pour statuer, assurément pas.

Je vais faire du Soral malgré moi, mais quand on en vient à tenter de trouver la vérité littéraire en cherchant des avis, et bien c'est qu'on est un merdeux. Quand on ne comprend rien à un livre il faut dire : je n'ai rien compris. C'est beaucoup plus glorifiant que de dire : "humm je suis partagé, y a des idées mais quand même"...
L'art est totalitaire, tout ou rien, et la littérature ne fait pas exception.
Ce débat sur Céline c'est de la contre branlette intellectuelle. Avoir un avis sur tous c'est juste une posture de l'homme vulgaire qui se prend pour Dieu. Et les croyants ils font chier avec leurs bondieuseries.

Alex a dit…

Un point aussi pour le dernier paragraphe. Ces types qui imitent Celine, on peut les soigner ou c'est foutu?

Destin a dit…

Ah je les avais oublié les maopathes du PCMLM... Le truc marrant, c'est que le thème de la "décadence culturelle" ou d'autres choses dans le genre appartiennent plutôt aux fascistes justement. Si on ajoute à ces considérations troublantes le fait que ces zozo-maos adorent les très mâles proclamations du genre "nos drapeaux seront rouges du sang des fascistes !", on se dit que leur obsession à voir le fascisme partout peut trouver une explication psychologique assez délicieuse...

Pour l'anecdote, la dernière fois que j'étais aller sur leur site, j'avais trouvé un texte hilarant expliquant que "1984" d'Orwell suintait la haine du communisme (?!). Et que cet auteur était un bourgeois, bien évidemment.

comité-de-salut-public a dit…

Sinon les enfants, rien à voir mais mes horaires étant devenus un peu extravagants, je crains de ne guère pouvoir participer aux commentaires par manque de temps...je vais donc balancer du billet à la chaîne comme d'habitude et bon, peut-être que j'interviendrais de temps en temps...
Sorry, hein.

grisnoir a dit…

Tiens, HHL s'oppose à la censure envers Céline.
http://laregledujeu.org/2011/01/20/4356/pourquoi-il-ne-faut-surtout-pas-sopposer-a-la-commemoration-de-celine/
Mais peut-être comme il s'opposait à la poursuite de Polanski: on ne touche pas aux maîtres.
Ah sinon, je me pâme en écoutant les messes de Bach et le requiem de Mozart (et joy division itou), tout en étant complètement athée. Ce n'est pas le message qui m’intéresse...

Hordalf a dit…

Sur le même sujet :
http://www.hordalf.com/2011/01/sous-la-morale-le-style.html

un chien ardent a dit…

é-nor-me.

heureusement que les légumes et fruit de saisons (en bas de page), c'est plutôt attendrissant, parce que tout ça me donnerait presque furieusement envie d'aller sur zentropa.
mais comme il y a un clip de Suicidal tendencies, ils sont cool finalement.

Anonyme a dit…

Céline était antisémite à l'époque ou les auteurs du site qui le dénoncent étaient tous staliniens. Céline était mort qu'ils étaient devenus maoistes. Et 50 ans après, je pense qu'ils le sont encore à voir la gueule de leur site !

Anonyme a dit…

Moi j'ai rien compris...

...

Misère...

Anonyme a dit…

http://www.rue89.com/2011/01/25/dieudonne-congratule-zemmour-19e-minute-187237

Ce qui est bien avec tout ca c'est qu'ils finissent tous par s'agglutiner ensemble, une belle brochette de pute.

Une bombe par là ca aurait fait un joli strike.

Un gauchiste... a dit…

« La victoire sur le capitalisme exige une corrélation adéquate entre le Parti dirigeant — le Parti communiste —, la classe révolutionnaire — le prolétariat —, et les masses, c’est-à-dire tous les travailleurs exploités.
Le Parti communiste seul, s’il est vraiment l’avant-garde de la classe révolutionnaire, s’il comprend vraiment les meilleurs représentants de cette classe, s’il est composé de communistes pleinement conscients et loyaux qui ont été éduqués et durcis par l’expérience gagnée dans l’opiniâtre lutte révolutionnaire, si ce Parti a réussi à se lier inséparablement avec toute la vie de sa classe, et à travers elle, avec toute la masse des exploités, et s’il est parvenu à gagner entièrement la confiance de cette classe et de cette masse, seul un tel Parti est capable de diriger le prolétariat dans le combat le plus impitoyable, décisif et final, contre les forces du capitalisme.
D’autre part, ce n’est que sous la direction d’un tel Parti que le prolétariat peut déployer pleinement la puissance de son assaut révolutionnaire et neutraliser l’inévitable apathie et, parfois, la résistance d’une petite minorité de l’aristocratie ouvrière, les vieux dirigeants des trade-unions et des coopératives, etc., qui ont été corrompus par le capitalisme — et c’est alors seulement que le prolétariat pourra déployer toute sa puissance, qui est immensément plus grande que la proportion de la population qu’il représente, étant donné la structure économique même de la Société capitaliste. » (Lénine, Thèses sur les tâches fondamentales du IIe Congrès de l’Internationale communiste, 1920)

Ça me fait bien marrer, après avoir lu ça, de voir que beaucoup de membres du NPA se réclament du léninisme...
Vive le conseillisme.

ramiro a dit…

tiens, aujourd'hui nos camarades du PCMLMLMDLEMDLEuhhhh s'en prennent à "I Like tour style"...
Je suis sûr qu'ils sont arrivés sur ce site pourri grâce à CSP ;)

Anonyme a dit…

Ayé...
CSP est entré dans la ligne de mire des nouveaux partisans du PCMLMELEMLMLEME

"Dans une même veine irrationnelle, on pourra éventuellement lire le billet monomanique d’un membre du NPA dans une version dandy spleenétique. Y est défendu Céline face à Contre-Informations dont « l’univers culturel » serait trop restreint."

El Fredo a dit…

A bas l’imaginaire bourgeois, idéalisme nombriliste en quête de paradis artificiels et célébrant la misanthropie.

Vive le matérialisme dialectique, affirmant le besoin de communisme et d’harmonie avec la biosphère!

Putain j'ai failli me pisser dessus en lisant ça. C'est trop beau pour être un fake.

  a dit…

ah bah…

http://fr.wikipedia.org/wiki/René_Viénet

http://www.ubu.com/film/vienet_dialectics.html