vendredi 31 décembre 2010

Meilleurs voeux pour 2011. Quand même.

CSP présente bien évidemment tous ces voeux à ses gentilles et gentils lecteuses et teurs - qui sont toujours d'accord avec tout ce qu'il dit parce que c'est tout de même troublant à force de voir que ce garçon a systématiquement raison sur tout - et méprise copieusement les autres, qui sont nécessairement des cons. Puisque pas d'accord avec CSP, c'est dire à quel point ce sont des veaux.

Je présenterais également volontiers des anti-voeux à bien des personnes y compris nombre de blogueurs, mais un simple coup d'oeil sur ce qu'est leur vie en dehors du clavier apaise ces mauvaises volontés ; je leur souhaite donc de bien continuer comme l'année bientôt passée dans l'alcoolisme, la misère sexuelle, la dépression mythomaniaque et la paranoïa. Et surtout, racontez nous tout ça, hein. Avec des détails.

Politiquement parlant, 2010 fut rude, et 2011 promet de l'être plus encore. Le grotesque personnage qui nous sert de président va y aller encore plus sévère et vachard dans les "réformes" scélérates et il est d'ores et déjà à parier que lui et sa clique verront de moins en moins d'inconvénients à faire du pied au fascisme sous la table. Ce que nos piteux socialistes regardent avec gourmandise, puisque sachant pertinemment que ça leur redonnera un peu de lustre au moment des élections et qu'ils n'auront que trop beau jeu d'appeler encore et toujours à ce ridicule "vote utile" que pour ma part je ne leur accorderai évidemment plus jamais. La seule attitude "responsable" à ce titre étant de voter d'abord pour la vraie gauche en retirant aux sociaux-traîtres le sempiternel matelas de voix résignées qui les confortent dans leur rôle de blocage de tout le jeu à gauche.

La tension est nettement montée d'un cran depuis la crise et la bourgeoisie fait comme d'habitude : elle fait appel à la démagogie nationaliste pour serrer les boulons, et elle le fait au niveau international désormais. Nul théorie du complot là dedans, puisqu'on parle ici d'intérêts de classe convergents et il est logique que confrontées à des remises en cause de leurs légitimités par des nombres croissants de gueux à la peine, les dominations capitalistes tant européennes qu'américaines cherchent à reprendre la main en flattant la croupe des instincts bas-de-gamme et en cherchant à détourner l'attention des vrais problèmes.
(Nous faisons une parenthèse pour la frange la plus neuneu de notre lectorat en soulignant l'évidence, à savoir que le "vrai problème" porte une cravate, est généralement fort bien nanti au niveau du compte en banque, et passe fréquemment à la télé pour expliquer que les riches ont raison d'être riches. On l'opposera donc au faux problème, qui est bronzé, pas très thuné, et a qui il arrive parfois de ne pas manger de porc, encore que. Nos lecteurs auront rectifié d'eux mêmes).

De ce point de vue, de la Hongrie aux Tea Party en passant par l'UDC suisse et l'English Defense League, si ce n'est pas véritablement le fascisme old-fashioned qui nous pend au nez, c'est au moins une tentation très autoritariste qui traverse les franges les plus conservatrices des sociétés occidentales, tentation alimentée par l'éclatement des identités et des structures sous les coups de boutoir d'une mondialisation néolibérale se cherchant un second souffle, et poussant des pans entiers de populations angoissées devant la paupérisation qui commence à leur arriver au menton dans les bras des démagogues de la droite la plus rancie. Laquelle saura les remercier comme elle le fait d'habitude, en leur livrant quelques boucs-émissaire en pâture pour les calmer avant que de les exploiter encore plus sous la promesse illusoire qu'ils seront protégés désormais des "autres".

Et pendant ce temps là, que fait la vraie gauche ?
Oh mais elle se livre à son passe-temps préféré : se bouffer le nez en querelles aussi byzantines que stériles sur  des questions de pureté idéologique en se balançant toutes les citations possibles et imaginables des Grands Anciens à la tête ; dame, c'est pas comme si l'époque urgeait quelque peu et que le fascisme remontrait son groin en le dissimulant de moins en moins, pas vrai ?

De ce point de vue précis, il conviendrait sans doute, ne serait-ce que par élémentaire politesse, de cesser quelque peu les chamailleries même pour un temps et de retrouver les bon vieux distinguos entre ennemi principal et ennemi secondaire. Non pas que cela nous oblige par ailleurs à tout balancer par dessus bord dans la foulée, comme le pensent les plus obtus des néobolcheviks-plus-à-gauche-de-Lénine-que-moi-y a-pas-à-l'ouest-du-Pécos qui voient le moindre mouvement tactique comme une intolérable trahison, tant il est vrai à leur décharge que dans nos milieux, les notions de "stratégie" et de "pragmatisme" sont considérés comme des gros mots.

Ceci dit, réfléchissez-y entre deux bouchées de foie gras, camarades ; il serait pour le moins très dommage qu'à force de désir effréné de pureté doctrinaire et de proclamations de slogans pour remplacer une certaine absence de stratégie concrète, on finisse à notre corps défendant de faire le lit de l'ennemi, n'est-ce pas ?
Et, au fait, si vous imaginez pouvoir vous défausser de ce genre de questions qui fâchent en vous réfugiant dans l'espoir d'un mouvement social massif qui déposera le Nain et brisera net l'élan libéral-sécuritaire : oubliez. Disons que les chances que ça arrive dans les mois qui viennent sont pour le moins faibles. Et c'est peu de le dire.

Allez, on reparle de tout ça l'année prochaine, et surtout : ne soyez pas sages.

Edit : et pour bien finir l'année, all together :

DANS TON CUL, IVAN RIOUFOL !



jeudi 30 décembre 2010

Des inconvénients de la guerre et autres billevesées


Oui, je sais. J'ai hésité à mettre cette photo tellement elle est choquante et glace le sang de toute personne douée d'un peu d'humanité. Et comme toutes les autres photographies de "The big picture" - ici - consacrées à l'Afghanistan, elle exprime avec une puissance que ne pourront jamais avoir les textes non seulement l'absurdité monstrueuse de toute guerre, mais également, bel et bien, le déclin, inéluctable, de ce qui reste encore mais pour combien de temps ? la première puissance économico-militaire du monde.
Cette image de ce corps allongé en train de perdre son sang bouleverse et émeut parce qu'au delà de l'individu, nous nous rendons bien compte qu'il s'agit de rien moins que la métaphore d'une civilisation qui s'offre à nos yeux. Parce que, sincèrement, ce qu'il y a de plus choquant dans cette photo et je sais que vous serez toutes et tous d'accord avec moi...

C'est qu'il est hyper gras, le mec, non ?

Z'avez vu les bourrelets qu'il se trimballe ? Purée c'est plus des poignées d'amour, c'est des anses d'amphore, là ! Ils les gavent comme des oies dans leurs green zones, les mecs ou quoi ? On leur donne triple ration de poulet frit et de chocolat à la crème pour les consoler de se faire mutiler et tuer ou bien ? Et dans leurs campements, ils disposent pas au moins d'un vélo d'appartement pour se suer un peu la couenne ? Non parce que défunter dans cet état, on admettra que ce n'est pas très élégant ; la moindre des choses à la guerre étant tout de même de faire un beau cadavre en pleine forme, on ne peut qu'accabler autant de laisser-aller. Enfin, je veux dire, c'est pas étonnant si les ricains perdent du terrain si ils envoient des poussahs pareils, non ? Alors forcément, quand il s'agit de faire du cardio devant le Taliban tout maigre qui donne l'assaut, et qui lui fait son jogging tous les matins dans la montagne aride avec un Predator aux fesses pour le motiver et en oubliant pas ses cinq prières par jour histoire de maintenir la forme - pose du tapis, génuflexion, eeeeeeeeextension, génuflexion, eeeeeeeeextension, on pense à respirer, Bachir, plus souple le mouvement -, ben en terme de forme physique y a pas photo et puis c'est tout. 
Et puis agoniser dans cet état, là, non seulement très connement puisque contrairement aux films de Michel Bay, personne ne lui tient la main en promettant d'envoyer ses plaques à ces parents du Wisconsin pendant que Lisa Gerrard sanglote dans la bande-son mais surtout en étant aussi gros, merde ! Ces gens n'ont décidément aucune manière.

Toutefois, soyons bien certains que lesdits parents, quand il seront sur l'aéroport en train d'attendre leur fils dans sa boîte d'aluminium, trouveront une puissante consolation en se disant que leur gosse de 21 ans n'est pas mort pour rien, puisque grâce à son sacrifice, un peu forcé certes mais ne chipotons pas, des multinationales continueront d'avoir prétexte de rester en Afghanistan pour y exploiter les richesses fantastiques de son sous-sol.
Et ça, franchement, ça mérite bien quelques inconvénients de ce genre, non ?

mercredi 29 décembre 2010

V

Demi-molle

Non, décidément, le coeur n'y est plus. Ils continuent sur leur lancée, et puis de toutes façons ils sont poussés par leur indécrottable foi quasi-mystique et une complète hémiplégie cognitive les empêchant même de penser qu'ils ont tort, mais on sent bien que le découragement pointe. C'est que les temps sont durs et ils commencent à s'éloigner, les moments de gloire où personne n'osait élever la voix pour les contredire...
Ah, les libéraux sont dans une mauvaise passe, et qui risque de durer, en plus.

Tenez, même Yves Thréard du Figaro de Serge Dassault de l'UMP nous la fait demi-molle. On sent bien que le désir est toujours là, que surtout l'amour continue, mais la routine s'est installée. On est plus dans la chevauchée fracassante qui renverse tout son passage et détruit le mobilier sous les assauts d'un rut enfiévré, mais plutôt dans la petite levrette pépère du week-end, gentillette mais sans plus,  parce que c'est toujours sympa de se faire du bien et vaut mieux ça après tout que se fader les 500 choristes sur TF1.

"C'est reparti. Avec la crise, l'approche de la présidentielle de 2012, et à cause de quelques patrons sans scrupules qui s'en mettent honteusement plein les poches, le vieux débat sur la nécessité de plafonner les gros salaires revient d'actualité".

Vous voyez ? Il va falloir encore chevaucher la haridelle, mais plus par habitude que par vraie passion. Il faut dire que les "quelques patrons sans scrupules" y sont allé très très fort et l'affaire Woerth-Bettencourt n'a rien arrangé pour que la populace finisse par quelque peu s'émouvoir que des gens obscènement riches passent leurs loisirs à acheter des îles et des 4x4 Porsche. Partant, le débat sur la plafonnement des très gros salaires ne pouvait que "revenir", même si celui-ci passe quand même bien loin après les vraies questions fondamentales comme la neige en hiver et les concours de beauté pour Miss anorexiques. Mais Dame, c'est qu'avec ces idées saugrenues de partageux échevelés qui menacent de soviétiser encore un peu plus not' pauv' pays, il faut bien que quelqu'un se dévoue pour défendre les millionnaires opprimés et stigmatisés. Yves Thréard du Figaro de Serge Dassault de l'UMP s'y colle laborieusement et on sent bien qu'il est bien à la peine...

"Bien sûr, tout cela est populaire dans un pays où la richesse est toujours suspecte et l'argent, sale. Sauf que l'objectif, pour aussi vertueux qu'il apparaisse, serait de peu d'utilité. Inefficace. Ce n'est pas ainsi que la France vaincra la crise, favorisera la croissance, créera des emplois, sauvera ses retraites et ses comptes publics de la faillite. C'est, au contraire, la meilleure façon de faire fuir ses cadres les plus talentueux et ses patrons les plus ingénieux vers l'étranger".

Le voir en être ainsi réduit à empiler des poncifs tellement éculés qu'ils feraient rougir de honte un des trépanés du Tea Party fait presque de la peine. Non, rien à faire, on sent l'effort. L'acte raboteux, alourdi, le coup de rein fastidieux, et même en osant une petite claque sur les fesses manière de fouetter un peu l'enthousiasme, décidément on est plus dans la politesse qu'autre chose...
D'ailleurs, niveau de l'argumentation : néant. Yves Thréard du Figaro de Serge Dassault de l'UMP n'ose même pas nous faire le coup classique de la grotesque "théorie du ruissellement" qui a connu son heure de gloire et que plus personne désormais ne prend au sérieux. Pour le coup il faut avoir la motivation en tungstène pour encore oser soutenir que l'enrichissement des riches va profiter aux étages inférieurs de la pyramide, la vérité étant apparue que l'enrichissement des riches profite aux riches qui gardent tout et exigent même encore plus. Attention, qu'on ne s'y méprenne pas : ce n'est pas que ces gens pensent que c'est archi-bidon comme théorie, malgré son point de départ débile et sa complète absence de réalité concrète. C'est juste que c'est devenu complètement indéfendable dans le contexte actuel.

"Certes, il est normal d'en demander davantage aux plus riches".

Il y a à peine 10 ans, écrire ce truc dans le Figaro - ou ailleurs, ceci dit - vous valait des châtiments chinois cruels et raffinés. Maintenant, plus le choix : c'est la main un tout petit peu à la poche histoire de faire croire que, sinon c'est les émeutes et les briques qui volent. Comme il semble loin désormais, le temps enfui de la gloire passée quand on pouvait déballer en public le libéralisme le plus ébourrifé sans que personne ne s'en émeuve plus que ça...

"Mais, pour cela, réformons intelligemment notre système fiscal pour éviter qu'ils cachent leur argent dans des niches"

Les pauvres gens. Forcés de planquer la maille face à l'ignoble oppression fiscaliste redistributrice. Leur sort est hideux, on en aurait des larmes qui vous montent devant tant de détresse.

"Et, surtout, libérons nos énergies, mettons-nous au travail pour créer des emplois prospères. Le problème, ce n'est pas les riches, mais le nombre croissant de gens pauvres ou aux revenus modestes"

Yves Thréard du Figaro de Serge Dassault de l'UMP pique des deux et y va de son élan final pour mener la chose à terme. Mais même ce petit sursaut d'ardeur sent la hâte d'en finir pour passer à autre chose, d'où sans doute la confusion de ce qu'il écrit puisque tout le monde aura bien compris que le problème c'est qu'il y des pauvres parce que il y a des riches et que cette insurmontable contradiction ne peut se résoudre que dans un seul sens, vu que si les riches ont besoin des pauvres, les pauvres auront tout à gagner à se débarrasser des riches. Mais là, Yves Thréard du Figaro de Serge Dassault de l'UMP va tout balancer et n'a plus toute sa tête il est vrai.

"Cessons avec cet état d'esprit orwellien, normatif, égalitariste qui veut niveler la société par le bas. Quel cauchemar !"

Flouf, ayé, quelques spasmes et c'est plié. Déjà, Yves Thréard du Figaro de Serge Dassault de l'UMP roule sur le côté, fait un noeud à la capote en pensant déjà à autre chose et la vraie vie de commencer à reprendre ses droits, avec ses soucis, ses inquiétudes, son loyer à payer et le boulot qui reprend lundi.

Yves Thréard du Figaro de Serge Dassault de l'UMP commence à s'endormir lourdement en pensant vaguement à Megan Fox.


mardi 28 décembre 2010

Bonnes résolutions

"Un patron ne donne rien rien, rien à un salarié, il achète son travail au plus bas prix possible et en tire un profit le plus élevé possible"

Tweet de Gérard Filoche, 140 signes pile-poil. Et tout est dit.

C'est la phrase que vous allez vous graver bien profondément au fond du crâne parce qu'elle explique tout. Elle raconte tout. Elle contient tout. Et elle balaie à elle toute seule des décennies de fariboles sur le "contrat" du gentil travailleur qui "échange" du gentil travail contre du gentil argent avec son gentil salarié. Foutaises, l'échange est dès le départ parfaitement dissymétrique en faveur du patron puisque celui-ci a la Loi de son côté, vu que cette forme de relation complètement inégalitaire est légale. En clair : l'exploitation est légalisée mais ça ne suffisait pas à la bourgeoisie, il fallait encore qu'on finisse par trouver ça normal.

Pas de cette façon, s'entend bien. Depuis des décennies, cette réalité est soigneusement maquillée en "confiance" entre des "partenaires sociaux" qui acceptent de "dialoguer" et "débattre", et de lénifiants discours tentent de faire croire que tout le monde est dans le même bateau et que c'est dur pour tout le monde et que patrons/employés même combat, jusqu'à la mode du tutoiement qui voudrait faire semblant d'aplanir les disparité pour les faire disparaître dans un grand moment de convivialité "sympa". Et c'est vrai que c'est tellement plus sympa et léger de s'entendre dire "t'es viré".

Mais beau dire beau faire et beau tout tenter pour que s'efface dans les esprits cette réalité là, tout ceux qui travaillent quelque part savent que c'est du flan. Le monde du travail est l'espace par excellence où la démocratie n'a pas droit de cité puisque introduire de la démocratie dans l'entreprise, c'est signer l'arrêt de mort de la férule patronale. Des employés conscients, qui choisissent horaires et mode de production et du coup se débarrassent de leurs employeurs, c'est pire que la fin du monde : c'est l'arrêt net et définitif de l'extorsion de la plus-value et l'anéantissement du profit. Et plus de profits = plus de spéculation, plus de spéculation = plus de possibilité de s'enrichir gratuitement et démesurément sur le dos des autres. Quand ils flippent et montent sur leur grands chevaux à la moindre grévounette en hurlant à la Bolchévie,  ce n'est pas seulement parce qu'ils sont tellement réactionnaires et acharnés à la conservation de leurs privilèges exorbitants et injustifiables qu'ils en deviennent idiots: c'est aussi parce qu'ils savent très bien que le moindre petit droit arraché dans la plus humble PME par une poignée de déterminés, c'est autant qui ne va pas dans leur poche et bien au-delà, c'est une lézarde, infinitésimale certes mais bien existante, dans le bloc de la domination. Et ça, c'est insupportable parce qu'à force de grignotages épars et multiples, c'est tout le bazar qui risquerait de leur tomber sur la tronche. Leur violence vient de cette trouille fondamentale et c'est pour ça que la simple mention de "droits sociaux" les plonges dans des transes d'hystérie.

D'où la volonté de faire collaborer un maximum de salariés à leur propre exploitation, soit par la pédagogie de la soumission résignée, soit en les achetant avec crédits à la consommation ou des "intéressements aux bénéfices" voire encore mieux en suggérant de les payer carrément en actions ; dire plus franchement qu'ils vont travailler pour des résultats tellement incertains que ça en deviendrait risible si à la fin du mois on avait pas un loyer à payer en vrai argent serait sans doute plus mal accepté. Et c'est d'ailleurs pour ça que l'accent est mis le plus durement sur la répétition hypnotique du discours de la soumission, avec la complicité plus ou moins consciente de journalistes qui ne font au final que répéter ce qu'on leur a appris à Science-Po et dans leurs CFJ : le peuple est con. Le peuple est faible. Il a besoin de Maîtres. Et c'est très bien ainsi...

Et ça marche.
Combien connaissez vous de gens qui sont désemparés et choqués par la brutalité néolibérale et haussent les épaules en soupirant "mais qu'est-ce qu'on peut faire ?"...et regardent avec consternation des partis politiques censés les représenter se bouffer le museau pour savoir lequel sera le plus purement pur d'entre les vrais exégètes des Grands Anciens, sans parler du temps perdu dans des conneries qui vont jusqu'à défendre des symboles d'aliénation au nom d'une vision déformée de l'antiracisme. Le "vote utile" pour les socialistes de marché n'est qu'une solution de désespoir, et encore ce désespoir ne se trompe t-il pas complètement d'ennemi face à cet autre désespoir bien plus mortifère qui voit le monde du travail tellement désemparé qu'il en est réduit à espérer quelque chose du fascisme. 

C'est bel et bien pour ça que ces 140 signes sont d'une importance déterminante, parce qu'il remettent rien moins que le monde à l'endroit. Et prouvent au passage qu'on peut exprimer une vérité forte et incontestable sans en faire des dizaines de pages illisibles.
La première des bonnes résolution de l'année à venir, ça sera ça : remettre les choses à l'endroit et faire l'effort de le faire simplement.

vendredi 24 décembre 2010

Le temps des bâtards

La seule conclusion - provisoire - qu'on peut trouver à cette année politique est qu'il est venu le temps des bâtards. Nos bâtards, dans le bon sens du terme à savoir : ceux et celles qui ont enfin compris que face à cette droite charognarde et cette extrême-droite qui se repeint en couleurs pastels, il n'est plus temps des gentils citoyens démocrates tellement respectueux des débats à la con et qui ménagent des gens qui les exècrent. Il est bien là le temps des bâtards, qui ont choisi la guerre contre la réaction et qui savent que face à des chiens enragés, on ne discute pas et on ne négocie rien.

Combien de fois j'ai enragé et en suis devenu à moitié fou devant ces réactions voire ces absences de réactions, ces pleurnichades "indignées", surtout cette morale, cette saloperie de morale qui nous fait croire que vu qu'on tant tellement moraux on ne va tout de même pas s'abaisser à répondre ou à riposter, ah non, pas nous qui sommes trop ceci et pas assez cela, et on se console comme on peut de perdre. Parce que la pose de la vertu drapée dans sa dignité de gôche et la posture de ceux qui perdent parce qu'ils sont trop gentils ne sont que cela : une consolation. C'est se tenir au chaud dans des illusions pour ne pas voir la réalité en face et la réalité c'est qu'on est en guerre, dans une guerre qu'on a ni voulue ni désiré mais dans laquelle on est enrôlés de force et qu'il faut maintenant livrer. Et la guerre, c'est laid. C'est moche et c'est sale et on ne la fait pas en gants blancs en espérant qu'on aura pas de taches sur sa jolie morale et qu'on pourra s'en sortir sans bobos. Une guerre c'est sale et ça se fait salement. 

C'est pour cela qu'il nous faut des bâtards. Des chiens de guerre politique vicieux et enragés avec le minimum syndical de scrupules, des militants non pas au sens encarté du terme - même si ça concerne évidemment ceux-là aussi - qui n'ont pas d'adversaires, ou d'interlocuteurs, ou de partenaires de dialogue social, mais qui ont des ennemis à détruire. Qui ont tiré les bilans du passé et savent que le dialogue et le débat et le doute et la modération ça ne marche pas, ça ne marche plus si tant est que ça ait fonctionné un jour, et qu'en face ils savent très bien jouer de cette faille. Des bâtards qui savent ce qu'est l'exploitation et l'aliénation parce qu'il les ont vécu dans leur chair, parce qu'ils ont ressenti concrètement ce qu'est le néolibéralisme et qu'ils souffrent au quotidien de ce terrorisme de l'argent imposés par une poignée de nantis aidés par leurs caniches des médias. Des bâtards avec des cicatrices de vie qui sauront toujours leur rappeler qui sont ceux qui en sont coupables et doivent payer. Des bâtards qui ont une connaissance empirique et vécue de l'horreur capitaliste et qui savent que c'est une lutte à mort avec cette saloperie. Et des bâtards qui sont du coup capables de comprendre qu'un libéral, si mielleux et avenant qu'il puisse paraître, est de toute façon un ennemi, notre ennemi, et qu'on ne pactise pas avec lui.

Si vous tenez absolument à vous rassurer, vous pouvez toujours vous dire que jamais vous ne serez aussi bas que ceux d'en face. Nous nous battons pour plus que la morale, pour littéralement l'idée la plus haute et noble de l'humanité, rien moins que cela. Eux ne sont que les nains hystériques qui singent leurs maîtres. Ils sont faibles et leur faiblesse les rend incapables de tenue et de manières, d'où  par exemple les tentatives de discrédit par accusation d'antisémitisme dont ils sont coutumiers quand bien même ils savent pertinemment que c'est faux. Cet exemple pour vous montrer clairement que même en mettant les mains au plus profond de la politique dans ce qu'elle a de plus bas et sordide, nous ne pourront jamais les rejoindre dans les tréfonds d'ordure qui sont leur ordinaire. Parce que ce pour quoi nous nous battons est juste et vrai. Eux ne défendent que des passions tristes et des humeurs envieuses et mesquines maquillées en "valeurs" dont au fond ils n'ont rien à foutre, telles ces vieilles putes revenues de tout et qui veulent se donner un verni de bienséance pour faire oublier leur condition.

On pourra ricaner en se disant - et surtout jamais en face, évidemment - qu'en matière de bâtardise, CSP en connaît un sacré rayon...pauvres de vous. je ne suis même pas la moitié de ce que je devrais être de ce point de vue. Ce étant dû à quelques restants de scrupules que je travaille à éliminer, mais surtout aux limites de l'exercice bloguesque : on voit donc que ce n'est pas tant ne question de qualité - je pense en toute modestie avoir un potentiel de chacalerie assez hors du commun - que de quantité ; d'où la future évolution de CSP en site "généraliste" début 2012. De toutes façons, remballez vous espérances : vous n'êtes pas débarrassés de moi, bien loin de là. Et je me fais fort non seulement de bien continuer à vous faire grincer des dents, mais encore de convertir des adeptes à cette noble cause.

Il est venu le temps des bâtards, des chiens enragés et vicieux qui sont là pour mordre et faire mal, pour foutre la trouille et faire taire les chihuahuas droitistes, et qui porteront nos couleurs by any means necessary.


jeudi 23 décembre 2010

Mini-fachotte

- Bonjour Stéphanie Koca.

- Bonjour, hihihi. C'est gentil de m'interviewer, moi qui suis complètement victime de partout dans l'ostracisme méchant de la presse soviétique, hihihi.

- Tout le plaisir est pour toi, mais j'ai fait un effort : j'ai amené du tiramisu. Tiens, je t'en donne une part, là. Alors comme ça dans ta petite vie, tu est militante FNJ et fan-girl de Marine Le Pen, touche nous en deux mots.

- Miam, du tiramisu, trop bien. Marine, elle est trop belle et elle va sauver la France, quoi. 

- Certes certes, on lit d'ailleurs l'oeil quelque peu rond que "sur les murs de sa chambre et de sa cuisine, des citations de Marine Le Pen sont épinglées, pour une bonne hygiène de vie", admet que ça fait...

- Ça fait quoi ?

- Heu, comment dire...groupie décérébrée ?

- Trop pas, quoi. Marine elle a trop raison en tout, quoi, Marine, c'est comme Lady Gaga qui serait vraiment blonde et la jeunesse française, elle a trop besoin de modèles édifiants avec des citations courtes pour qu'elle comprenne tous les mots, quoi. D'ailleurs, chuis trop certaine que les gauchistes cosmopolitométissés ils font trop pareil, quoi.

- Mais absolument, moi-même j'ai un petit autel avec une photo d'Olivier et des bougies, et toutes les pleines lunes je lui sacrifie un poulet.

- Ah ben tu vois bien quoi.

- C'était de l'humour, dondon raciste, mais passons.

- Du quoi ?

- Laisse tomber, reprends du tiramisu. On apprend donc que tu viens d'une famille qui a souffert terriblement, puisque : "ses parents sont tous deux sympathisants FN et vivent à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis. Ils y sont parfois insultés par des immigrés", bouh les vilains zimmigrés qui disent des méchancetés aux gens qui braillent partout qu'ils rêvent de les foutre à la mer, mais quelle funeste injustice d'un sort par trop cruel en effet, on se demande vraiment d'où vient cette agressivité, hein ?

- Mais ch'y crois pas, là, chest la faute de ches chales pas comme nous qui font rien qu'à prendre le travail des vrais franchais !

- Tu pourrais arrêter  de parler la bouche pleine et grande ouverte en même temps, s'il te plaît ? C'est juste que c'est répugnant, merci. Donc c'est ton papa qui t'accompagne voir Jean-Marie, ah c'est clair qu'avec ça t'avais aucune chance, et comme tu disposes de la capacité de jugement critique d'une huître morte, tu prends ta carte dans la foulée. Mais peux-tu nous éclairer quand à la dimension idéologique de cette prise de conscience, quels sont les éléments qui ont su entrer dans ta petite cervelle pour que se fasse le déclic de l'engagement, dis-le nous avec tes mots à toi ?

- Produisons français avec des français. Quand nous arriverons ils partirons. La France tu l'aime ou tu la quitte. Et Marine elle est trop belle, quoi.

- Ya ya ya, ça va être long cette interview. Et tu as aussi terriblement souffert toi-même, pauvre, pauvre petite blanche repliée sur tes minables névroses : 

"Au lycée, elle ne se cache pas. Mini-Marine ne s'est jamais sentie rejetée à cause de son engagement politique. Difficile à croire. Elle finit par se souvenir :
" En première, mon prof de maths m'avait reconnue sur une photo du magazine Choc. C'était entre les deux tours de 2007, au QG de Le Pen. Il l'a dit devant toute la classe. Le reste de l'année n'a pas été évident."

C'est horrible. Mais que les gens sont donc méchants. Ensuite, brailler partout que tu es mini-fachotte pendant tes loisirs, poser en plein couverture d'un magazine disponible dans les rayons "Presse" des magasins Casino, et ensuite pleurer que tu es une victime, c'est tellement, comment dire...tellement les gens dans ton genre, en somme...

- Putain mais carrément quoi ! Je suis trop une victime opprimée, quoi, comme tous les blancs hétérosexuels de droite qui souffrent atrocement à chaque minute pis que chrétiens en Irak, pareil pareil pareil, et personne ne nous comprend, personne ne nous soutient, on est seuls et isolés dans une nuit glaciale cernés par des loups affamés on a froid et on a peur, et on continue à marcher seuls dans la nuit qui se donne, on marche seuls acteurs et voyeurs, terrible est la souffrance de mon peuple poursuivi par les Pharaons de la bienpensance antiraciste totalitaire mais Marine saura ouvrir en deux les flots de la mer communiste pour nous laisser aller au pays du lait du miel et des petits blancs hantés par le déclassement et qui se raccrochent à leurs névroses identitaires en vérité je vous le dit ! 

- Wow wow wow, on se calme, hein...on va poursuivre avec davantage de sérénité, d'accord ? Reprends du tiramisu on dirait que y'a que ça qui te calme. "En décembre 2009, inimaginable : Marine Le Pen lui propose d'être quatrième de liste dans le Nord. Elle est élue conseillère régionale en mars 2010". Voyons ça de plus près : 


"Selon plusieurs cadres, Stéphanie transcende sa condition de gadget", ouais, ben c'est pas gagné non plus, hein. Enfin bon, c'est pas non plus comme si on te demandait d'avoir un cerveau, hein ma boulette ?

"Avec aisance, elle décline dans tous les domaines l'idée de préférence nationale. En économie, ça donne : « Je préfère aider une entreprise de Marcq-en-Baroeul qu'une entreprise chinoise installée en France. » Pourquoi ? « C'est logique. » Pourquoi c'est logique ? « Bah, c'est logique. »

- Hihihi.

- D'accord. Et comme 80 % de tes amis sont frontistes et pro-Marine comme toi à l'évidence, sans compter que tout le reste doit se contenter d'être bien bien à droite, miam que c'est bon et doux et chaud de vivre dans le gros cocon de tétards droitistes avec trois idées en boucle dans vos cervelles cuites, mh ?

- Putain j'y crois pas comment t'es trop comme qui dirait insultant, quoi.

- Mais pas du tout. La trépanation librement consentie est un choix de vie respectable. 

- Et puis si on faisait un reportage sur les militants d'esstrèmgôche, ça serait pareil chuis trop certaine, quoi.

- Sans doute, sans doute. Bon, à ceci près que quand on a un coup dans le nez on ne balance pas des arabes dans la Seine et que nos colleurs d'affiches ne tuent personne. Quoi.

- Oui mais moi je suis pas comme ça. Je suis une gentille fille blonde sans personnalité qui veut que tout le monde soit heureux et se fasse des bisous. Surtout les blancs. Que les blancs, d'ailleurs. Surtout les blancs hétérosexuels catholiques de droite, en fait. Que les gens qui sont comme moi, quoi. 

- Les gros cons, en somme. Merci pour cette interview édifiante et tiens, je te laisse le tiramisu ça me fait plaisir.

- Dis, il est drôlement bon mais y un arrière-goût, quand même.

- Ah c'est normal : j'ai fait moitié chocolat, moitié déjections canines. Une sorte d'ingrédient symbolique rien que pour toi. Quoi.

mardi 21 décembre 2010

Into the void

Rendez-vous compte, j'avais presque fini par oublier ce pauvre Hugues Serraf, mais si, souvenez vous voyons, le désopilant "libéral de gauche" qui préfère la droite à la gauche parce que faut pas déconner. Et bien figurez vous qu'il bouge encore, ou en tout cas essaie. Et c'est ridicule, évidemment. Puisque n'avoir aucun talent est une chose qui peut s'admettre, à la limite et si on se contentait de cette aune particulière, tout ce que compte Internet de blogueurs et d'éditorialistes serait complètement décimé ; mais parfois, la complète absence d'aptitude à l'écriture peut éventuellement se suppléer par une poignée d'idées contribuant à éclairer nos obscurités, il faut sans doute un peu fouiller mais des pépites parfois se nichent dans des endroits improbables...
Ce n'est pas le cas non plus avec notre bon Hugues ; il ne possède ni art ni esprit, au point que je n'ai même plus envie d'être méchant avec lui et que je sens que je vais commencer à le prendre en compassion tant il fait de la peine.

S'étant à l'évidence résolu à fuir Rue89 où ses drolatiques billets déclenchaient systématiquement de délicieuses moqueries amplement méritées - c'était objectivement très mauvais - au point qu'on finissait par parcourir en diagonale la petite chose à Hugues pour sauter directement aux commentaires, il semble s'être réfugié sur Slate, un magazine virtuel d'une insigne insignifiance, sans doute dans l'espoir déraisonnable qu'on finira par le prendre au sérieux. Caramba, encore raté.

"à priori, et puisque Mélenchon est un homme d'extrême gauche et que l'extrême gauche est ontologiquement plus gentille que l'extrême droite (les crimes du communisme ne sont que des erreurs quand les crimes du fascisme en sont le but, n'est-ce pas?), les démocrates sincères devraient, même en faisant la grimace, se reporter sur l'ex-sénateur socialiste".

Mais ne faites pas cette tête voyons, je vous avais prévenus que c'est consternant. Sans doute que ça ne fait pas les choses à moitié et que c'est pour le coup d'une indigence rarissime, tenez c'est simple : Hugues Serraf est complètement qualifié pour écrire dans Causeur. Il n'a sans doute pas été recruté pour défaut d'alcoolisme, ce dont on ne peut certes que le féliciter. Mais assurément la bonne volonté est là.

"Sauf que, sauf que… glisser un bulletin Chirac dans l'urne alors qu'on avait voté Jospin avec enthousiasme au premier tour, c'était rester en terrain connu"

NB : parvenir à mettre dans la même phrase "Jospin" et "enthousiasme" n'est pas idiot en tant que tel. Mais c'est assurément un tour de force.

"Chirac, on ne l'aimait pas, certes, mais il ne proposait pas de transformer la France en Cuba septentrional"

(Dieu que c'est bête...)

"Mais si j’ai cherché à comparer, point par point, le reste des programmes socio-économiques des uns et des autres, avouons qu'il est plus facile de se rencarder chez les lepénistes que chez les mélenchonnistes. A main droite, on annonce la couleur, tout est décrit en détail et la France bleu-Marine ressemblerait effectivement à un mix d'étatisme, de corporatisme, de racisme, d'autoritarisme, de provincialisme intellectuel, d'archaïsme sociétal et économique, d'antilibéralisme, d'anti-américanisme, de bêtise crasse"

En fait Hugues Serraf ne sait pas lire. Ou n'a pas envie de lire les choses qui prouvent qu'ils raconte n'importe quoi, aussi. Il suffit pourtant de faire l'effort, assez mineur qui plus est, de se rendre sur le site même du FN et d'y explorer ses propositions fiscales pour se rendre compte que "l'antilibéralisme" supposé de la truie blonde cache mal un programme économique à faire pleurer Milton Friedman. C'est d'ailleurs très dommage qu'il n'ait pas fait cet effort, notre "libéral  de gauche", il se serait aperçu avec trouble que sur le plan strictement économique il partage tellement de choses avec ce libéralisme certes un peu rustaud dans la forme, puisque sans doute le FN l'appliquera t-il avec une certaine brutalité, quand par opposition le FMI l'appliquera...avec brutalité aussi, ah zut, ma démonstration tombe à l'eau, que me voilà fort marri...bon, disons que ce sont exactement les mêmes idées économiques, mais le racisme en moins, voilà. C'est déjà pas mal.

Mélenchon a l'air d'être un garçon assez occupé et nous n'aurons sans doute pas le plaisir de le lire démonter en ricanant ces inepties. On se contentera cependant de la manière jouissive et cruelle dont il pulvérise Médor Quatremer puisque désolé mes chers camarades, mais voir le Jean-Luc assassiner les petits roquets qui s'en prennent à lui est un délice de fin gourmet dont je ne me lasse pas, et qui au passage souligne avec un assez cruel contraste la totale absence de réponse d'une autre formation de gauche radicale quand on se permet de l'insulter...

Allons, c'est Noël bientôt et la période incline à l'indulgence, nous en resterons donc là. Et puis nul besoin d'être trop désobligeant, la prose serrafienne ne récoltant qu'une poignée de commentaires dont la moitié de l'auteur : n'est-ce pas en définitive ce qu'elle mérite, au final ?


lundi 20 décembre 2010

Idée cadal

C'est les fêtes et le bonheur est obligatoire. Vous allez tous vous faire chier en famille dans ces interminables repas qui vous feront prendre des kilos dont vous aurez honte et que vous essaierez vainement de perdre le reste de l'année, en vous étourdissant de foie gras trop gras et de champagne médiocre pour oublier comment on supplicie ces pauvres oies, afin de satisfaire vos pseudo-esthétismes gustatifs d'occidentaux qui s'illusionnent sur leur paupérisation galopante parce qu'ils ont encore enrichi Steve Jobs en étant ses pigeons et en offrant ses odieuses I-bouses à vos petits connards de neveux capricieux et pourris-gâtés. Franchement ? Vous me faites de la peine et heureusement que je suis là pour relever le niveau. 

Au pied du sapin miteux qui défigure votre séjour Ikéa, offrez-donc un cadal utile, talentueux et intelligent. Non, pas moi, je suis déjà pris mais c'est gentil d'y avoir pensé ça me touche. Un livre. Oui, ne fuyez pas : un vrai livre, en papier avec des mots imprimés dessus à l'encre, présentant un aspect de parallélépipède rectangle et qui peut s'ouvrir parce que subtile astuce il est composé de pages - en papier, avec de l'encre, tout ça - qui, attention c'est là que ça devient complexe : se lisent, oui, comme vous êtes en train de lire ce billet, bravo, la même chose mais sans ordinateur. C'est à peine croyable. Et de plus, mais je sais bien que je vous demande l'impossible mais baste ! c'est Noël c'est l'époque des miracles, la plupart de ces pages comportent PLUS de 140 caractères, saurez-vous relever cet incroyable défi à faire passer les émission de Bear Grylls pour des promenades aux champignons ? 


Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski, c'est ce que CSP qui adore parler de lui à la troisième personne a lu de mieux depuis...chié longtemps c'est dire. C'est comme si la couverture était recouverte d'une sorte de colle qui vous empêche de le lâcher et vous fait y passer tout votre temps de veille jusqu'à la fin. L'histoire là comme ça, c'est irracontable parce que 700 pages touffues c'est un peu rude à synthétiser, disons alors qu'en gros c'est Machiavel meets Tolkien : les pérégrinations d'un assassin sans vergogne ni scrupules, vénal, cynique et roublard, dans un univers fusionnant la Renaissance italienne et la Fantasy D&D. C'est rien moins que magistral puisque dès les premières lignes on est dedans : dans cette époque de cruauté et de raffinements, de préciosité et de violence, de magie et de basse politique, en suivant le récit à la première personne du salopard le plus sympathique rencontré depuis des lustres. Batailles maritimes, harems orientaux, soldatesque ivre et brutale et aristocrates mielleux et fourbes, intrigues politiques et filles de tavernes, magiciens fourbes, elfes cruels, duels à l'épée et peintres idéalistes, geôles ignobles et palais de nacre, adolescentes perverses et forêts plus ou moins enchantées, on traverse tous ces lieux et rencontre tous ces personnages au pas de charge d'un récit qui ne faiblit pas un seul moment. L'un des meilleurs films que j'ai jamais lu. 

Et à la fin, enthousiaste et frustré à la fois, vous refermerez l'ouvrage pour vous tourner vers un ciel lourd en hurlant "LA SUITE, BORDEL !".

Et en plus, je ne touche rien du tout dessus, c'est dire à quel point ma bonté de vous avoir fait découvrir cette merveille est émouvante. À moins que l'auteur ne me prête sa femme, aussi.


dimanche 19 décembre 2010

Pas de côté et conséquences

C'est à prendre avec de très très grosses pincettes comme nouvelle et non pas tant à cause du cas de guérison en soi - qui relève de la coïncidence quasi-miraculeuse - mais surtout de la nouvelle piste que ça pourrait ouvrir pour le recherche :

"C'est avec prudence que les scientifiques allemands ont annoncé avoir guéri un patient du sida. Et il faut le bien dire, même si ce cas unique fait l'objet d'une publication dans la revue américaine d'hématologie Blood, il s'agit plus d'un coup de chance que d'une découverte. L'ex-séropo est un homme âgé d'une quarantaine d'années. Porteur du virus depuis 1997, il a été soigné en 2007 pour une leucémie, avec une greffe de cellules-souches prélevées dans une moelle épinière. Mais attention, pas n'importe quelle moelle, celle d'un donneur disposant de caractéristiques génétiques rares l'empêchant de contracter le sida. Le principe serait plus intéressant si ce type de donneur était facile à trouver. Ce n'est pas le cas".


On ne peut évidemment que se réjouir pour le veinard qui semblerait - pincettes, hein - être enfin guéri et on peut même se permettre le luxe étourdissant de la petite lueur d'espoir si minime soit-elle, il n'y en a pas tant qu'on puisse faire les gros difficiles ; mais en prenant un rien de recul, on peut se poser une autre question, toute bête : que n'a t-on davantage entendu parler de cette spectaculaire guérison et de ce qu'elle peut éventuellement promettre ? Il s'agit là d'une question intéressant au plus près la santé et la vie de dizaines de millions de personnes et ce sans compter leur proches immédiats. Gageons également qu'un tel sujet concernant au final tout un chacun ayant une sexualité régulière - ce qui exclut Jérôme Leroy, celui-ci défuntera plutôt d'obésité galopante - avait toute possibilité de passionner les foules. Alors, pourquoi un traitement médiatique aussi léger ?

Quand un clébard mord un malheureux minot dans un bled à la con perdu au fin fond de la France, on a droit pour le drame à rien moins que 20 minutes de JT. Le ministre "concerné" débarque ipso facto dans la cambrousse pour matamorer que c'est scandale et c'est infâmie et que crénom ça ne se passera pas ainsi, le président de la République prend position vigoureusement et dans le foulée on pond une loi ou deux, Calvi en profite pour inviter Alain Bauer et des journalistes de droite, bref : l'évènement sursature l'espace pendant quelques jours et installe encore mine de rien ce si sympathique climat de trouille et de défiance - même votre golden retriever peut se transformer en Cujo, vous n'êtes à l'abri de rien, tremblez ! - qui est décidément la mentalité des droitards qui ne peuvent se sentir bien que si ils flippent.

20 minutes de JT ne semblent pourtant nullement excessif pour parler du cas de guérison mentionné plus haut et des possibilités qu'elle offre.
Une intervention de ministre sur cette question précise ne serait nullement superflue.
Un président de la République, nécessairement soucieux du bien-être de ses concitoyens, aurait à tout le moins un avis éclairé sur la question et ne ferait pas mine d'encourager la recherche en votant une poignée de lois à cette fin.
Des unes de journaux et des dossier Santé spéciaux trouveraient toute leur place dans l'actualité.
Et des plateaux-télé accueilleraient avec chaleur de respectables blouses blanches pour leur demander le pourquoi du comment sous l'oeil bienveillant de spécialistes choisis pour l'occasion.
Et il n'est rien de tout cela, comme vous vous en êtes rendus compte.

L'idée, c'est qu'on est tellement scotchés en permanence à ce qui se passe dans le bruit médiatique et qu'on passe tellement de temps à s'en étouffer, qu'on finit par complètement s'y habituer et surtout à ne plus même se poser la question de ce qui manque à ce spectacle. Ce qu'il n'y a pas et qui devrait y être. 
En faisant ce petit pas de côté, on s'aperçoit avec une sorte de vertige qu'on vivrait alors dans un tout autre monde que le nôtre, puisque la puissance médiatique en est venue à littéralement fabriquer du réel : et notre réel, c'est un monde où tout va mal et où tout ne peut qu'aller mal, le poste nous l'assène avec enthousiasme chaque jour. Ne sont mis en avant et en lumière que l'épouvante - guerre, crises, famines, chômage - et la médiocrité - actu pipole, télé-réalité, éloge de la couardise mesquine. Mais ces thèmes sont des choix fait par des personnes dans des buts précis - vendre et dominer, pour résumer - ce qui signifie en creux que d'autres choix peuvent être faits. Par d'autres personnes, de fait.

Et qu'on ne vienne pas dire les sornettes habituelles de racornis sur les gens qui sont cons et que le niveau il baisse, on est pas au Figaro ici c'est une maison honnête Monsieur. Les "gens" peuvent parfaitement comprendre des choses difficiles et complexes avec toutes les nuances incluses pour peu qu'on fasse l'effort de pédagogie nécessaire, qu'on y mette les formes en somme. N'importe quel épisode de 24 heures est, quand on se penche un peu dessus en mettant de côté ses snobismes, d'une effroyable complexité narrative, les relation interpersonnelles n'y sont qu'un embrouillamini qui égare le néophyte et les rebondissements frénétiques de l'intrigue, qui plus est parfois liés à des épisodes de saisons précédentes, font que cligner des yeux deux fois de suite vous fait perdre le fil et découvrir 12 nouveaux personnages qui n'étaient pas là à la minute précédente. Qu'on compare cette complexité à un simple épisode vintage de Starsky et Hutch - crime, enquête par les deux personnages campés dans leurs rôles, vannes, Huggy Les Bon Tuyaux, résolution du crime, fin -, on s'apercevra qu'il faut peut-être nuancer les désolations des pleureuses sur le niveau qui baisse. Ce qui baisse effectivement, c'est le niveau et ce grâce à trente ans d'aberrations politiques et de mépris des profs éreintés de boulot. Ce qui baisse, c'est la culture classique pour la bonne et simple raison que le libéralisme n'a nul besoin de personnes capables de penser par elles-mêmes et de formuler une vision critique articulée.
Ce qui ne baisse pas en revanche et aurait, aussi paradoxal que ça puisse sembler, tendance même à augmenter, c'est la capacité à comprendre immédiatement des choses très compliquées, c'est-à-dire une capacité d'adaptation fulgurante à un monde de plus en plus ramifié et complexe. Ce qui est un effort cognitif assez considérable et fait penser que non, les "gens" ne sont pas cons, mais que tant qu'on leur propose de la merde, il s'adapteront à ladite merde. Et seront trop claqués en rentrant du boulot pour chercher "autre chose".
Et côté excrément, bon, vous voyez TF1 ? On s'est compris.

Il y a là je crois matière à penser, en tout cas.

Jérôme Leroy en slip kangourou

samedi 18 décembre 2010

No More Mister Nice Guy

La bourgeoisie a toujours préféré le fascisme comme mode de gouvernement dès qu'elle commence à comprendre que ça commence à sentir le roussi. C'est une constante historique que la droite aimerait faire oublier mais comme dirait l'autre, les faits sont têtus et la poignée de collaborateurs vichystes issus des rangs d'une gauche dépravée n'occultera pas les pans entiers de droitards convertis avec enthousiasme aux charmes virils de l'occupant vert-de-gris de l'époque. Le patronat d'alors étant évidemment la fraction de la bourgeoisie qui accepta d'autant mieux la collaboration qu'il préférait encore et de loin le rude poigne teutonne à ces déplaisantes revendications ouvrières qui lui avaient tant coûté en 1936 : plutôt Hitler que le Front Populaire, et Luc Ferry au final ne se situe que dans cette si glorieuse lignée des dominants prêts à renoncer à tout - ou plutôt : à faire renoncer tous les autres sauf eux...- du moment que leurs indus privilèges ne seront plus remis en question.

La droite aimerait tellement se persuader et persuader tout le monde qu'elle n'a pas de sang sur les mains...d'où son positionnement révisionniste de ces dernières années, qui consiste à relativiser les crimes de la colonisation, à minorer sa joyeuse participation à la collaboration, à tenter de détourner l'attention sur le "communisme" pour faire croire que ses turpitudes seraient nécessairement moindres, voire à carrément réecrire l'Histoire à sa convenance : il y a quelques années était sortis un ouvrage fort cossu sur l'histoire du patronat français, encore lui, commandité par l'IUMM à savoir sa frange la plus conservatrice et obtuse et supervisé par le regrettable Jacques Marseille. Les courageux s'étant risqués à la lecture de ce panégyrique bouffi et flagorneur n'avaient pu qu'être frappés non seulement par ce qui était dans l'ouvrage - ces gentils patrons soucieux du sort des gueux qui accordent la semaine de 40 heures dans un élan désintéressé d'une générosité sublime...- mais surtout par ce qui n'y était pas ; et la période où l’ancêtre du MEDEF ouvrait grands ses bras et ses coffres au fascisme n'y était abordée que très incidemment, par pudeur sans doute.

La droite voudrait laver les tâches qui la souillent mais malheureusement pour elle, il reste un certain nombre de personnes qui ont bonne mémoire et on lu autre chose que les livres - ineptes - de Luc Ferry ; et ces personnes savent très bien, elles, que ces hypocrites choisissent toujours le talon de fer dès qu'ils sentent que le peuple commence à vouloir leur demander des comptes. Luc Ferry s'est donc contenté d'exprimer à voix haute ce qu'ils pensent tous, n'en doutez pas une seconde et au passage, voilà qui relativise la posture "anti-système" de la truie blonde qui sait pertinemment quel rôle elle a à jouer dans ce jeu de dupes.

Ceci étant dit, il serait bel et bon que pour une fois, du côté du NPA, on ne se contente pas face aux propos de ce sous-penseur de "l'indignation" habituelle et vaine dont nous somme hélas coutumiers ; puisque le moins qu'on puisse dire, c'est que nous somme en général très peu réactifs quand on nous crache à la gueule au point qu'on doit être la seule formation politique de France et de Navarre qu'on peut traîner dans la boue sans que ça déclenche autre chose que le communiqué AFP de rigueur dont tout le monde se fout. Et je ne puis pour ma part cacher un agacement croissant devant cette position finalement très morale qui consiste à se draper dans sa dignité outragée, en arguant qu'on vole bien trop haut dans les azurs de la politique vraiment politique pour être atteints par ces jets de fiel, fi donc. C'est certainement très confortable de penser ça, sans nul doute. Mais pour des gens exaltant sans cesse la combativité dans les luttes, ça donne surtout de nous l'image de gens qu'on peut joyeusement insulter sans que jamais conséquences voire châtiments s'ensuivent...

Alors qu'il faut écraser, et ce dès le départ. Hurler, ruer dans tous les brancards possible et imaginables, exiger des excuses publiques et re-hurler derechef si celles-ci ne sont pas accordées à la seconde, interpeller tout ce qui passe à notre portée de gens de "gauche" pour leur demander de se positionner par rapport à ces propos infamants : François Hollande, que pensez vous de ce qu'a dit Luc Ferry sur Besancenot ? Répondez ! Daniel Cohn-Bendit, que pensez vous de ce qu'a dit Luc Ferry sur Besancenot ? Répondez ! Manuel Valls, que pensez vous de ce qu'a dit Luc Ferry sur Besancenot ? Répondez ! Etc. , etc. Gageons de plus que l'embarras manifeste que certains ne manqueront pas d'avoir à ce moment nous servira à pointer nombre de contradictions entre leurs discours "citoyens" et leur sincérité réelle...
On pourra même se faire le plaisir d'interpeller des gens de droite et je donnerai fort cher pour voir la tête d'un Jean-François Copé sommé de prendre position dans cette affaire.

J'espère bien en tout cas, et j'ose à penser que je ne suis pas le seul, qu'on ne va pas faire comme d'habitude et qu'on en profitera même au passage pour se débarrasser une bonne fois pour toutes de nos exaspérantes bonnes manières.

Parce que franchement, être les "gentils" de l'extrême-gauche et sans arrêt se dire qu'il faut être "corrects" et bien élevés, ça commence sérieux à gaver, à force.

vendredi 17 décembre 2010

"Raisonnable"



Nous rappelons au passage à nos lecteurs et trices que quand la bourgeoisie commence à sentir le cramé, elle se tourne toujours vers le fascisme. Toujours.

En finir avec leur "liberté d'expression"

"Il faut simplement s’interroger sur la manière dont des positions hyper-conservatrices et des postures réactionnaires ont désormais leur place à l’antenne, matin, midi et soir".

Oh ça, Guy Birebaum, ce n'est pas bien compliqué à comprendre, non ? La droite très à droite est au pouvoir et elle a envie de voir des gens à QI négatif et hypertrophie de la goule circuler en rond sur tous les supports possibles et imaginables pour reprendre son discours à destination des demeurés réacophiles et des vioques qui font sous eux de trouille de tout. D'où depuis quelques temps la sursaturation que nous subissons de voir partout et en tout lieux le très pénible spectacle de ces veaux décérébrés mugir trois malheureuses sous-idées en s'auto-félicitant de leur noire bêtise.
Parce qu'en plus, rien ne nous sera épargné : ces gens sont extrêmement bêtes. Qu'on me montre la moindre étincelle d'intelligence dans les propos et écrits d'Ivan Rioufol, par exemple. Qu'on m'explique par pitié en quoi les jappements de Robert Ménard font montre de la moindre finesse de jugement. Qu'on s'applique à chercher dans les vagissements de la génisse Babette Lévy la plus petite once de pertinence, il est à craindre que vaine et futile soit cette quête. Qu'enfin, d'une manière générale, on prouve par A+B en quoi cette invasion médiatique de tétards droitistes apporte quoi que ce soit à la soi-disant "élévation du débat démocratique" : on ne le pourra tout simplement pas. Ces gens ne sont d'ailleurs pas là pour "débattre" mais pour brailler des énormités de bistrot à destination de leurs congénères en bêtise pour les faire se sentir moins seuls et les rassurer quant à leur incurable connerie.

"il n’est pas question d’évincer nos ténors.
Juste de réfléchir à la manière de les affronter, de les contrer, de les contredire, puisque l’occasion s’en présente désormais systématiquement".

Oui, il serait temps en effet. Sauf que face à ces mickeys de la sarkozie triomphante, il faudra trouver un peu autre chose que des Raphaël ou des socialistes en peau de lapin, et d'une manière générale des personnes qui raisonnent encore par les fadaises du "je ne suis pas d'accord avec vous mais je suis prêt à mourir blablabla", la grosse niaiserie soi-disant voltairienne qui ne pèse rien face à ces fous furieux. Ces gens ne sont pas là pour "débattre", ils militent. Ils sont là pour gueuler et ne rien écouter, vouloir les contrer par de délicats chuchotements citoyens revient à expliquer à une hyène qu'elle doit devenir végétarienne. 

"Résister à la tentation de la rage ou de la colère face à leurs provocations.
Et les ramener dès que possible aux faits, lorsqu’ils surfent sur les fantasmes qui sont les leurs mais qu’ils prêtent volontiers à “l’opinion” 

Et puis non, à la fin. Il ne faut pas le moins du monde résister à la grosse montée qui vient immanquablement dès qu'ils ouvrent la bouche, au contraire. Il faut leur rentrer dedans, non seulement en leur balançant des morceaux de vraie réalité dans le museau - ce afin de prouver que ce sont des guignols névrotiques qui ne connaissent rien et ne comprennent rien à ce qui se passe en dehors de leur nanomilieu de bobos parisianistes -, mais dans le but clairement établi dès le départ de les défoncer en direct. Les laisser exsangues et cois, choqués, en plein post-traumatic stress syndrom, c'est à dire faire exactement la même chose qu'eux en encore pire.
Et ne me faites pas pleurer avec leur liberté d'expression à la con. Ces gens n'en ont rien à foutre de la liberté d'expression, rien à branler du "respect de l'interlocuteur", et ils le prouvent tout le temps et en tous lieux. Quand ils proclament leur incoercible amour du "débat" avec des trémolos dans la voix, il ne s'agit que du débat dans leur termes à eux, quand ils parlent de "liberté d'expression", il ne s'agit jamais que de leur "liberté" à eux, et quand on fait mine de ne pas être d'accord avec leurs élucubrations, voyez-donc comment ils réagissent en hurlant à la bolchévie totalitaire. Montrer de la tolérance "citoyenne" avec des gorets pareils ? Mais que font-ils pour la mériter, d'abord ?

Et c'est qu'ils vont encore hurler à la censure métissolâtrocosmopolite, ces connards, savez vous ? Et droitard à la cervelle en post-combustion - connaissez-vous Robert Marchenoir ? Vous devriez. Ce garçon est une sorte d'idéal-type - que les médias ils sont infestés de trop bien trop de gauche et qu'à la garde à l'assassin, c'est la Fraaaaaannnceuuuhhh qu'on poignarde lâchement ! De gauche ? Tu vois ça où, dégénéré ? Les Cayrol, les Reynié, les Sylvestre, les Aphatie, les Barbier, les BHL, les Minc, les Godet, les Duhamel, les Giesbert, les Pujadas, les Baverez, toute cette lie néolibérale et sarkolâtre qui pullule comme mouche à merdes sur tous les plateaux télé, c'est de gauche, ça, ténia ? Tss, allez, va te tripoter la nouille dans les commentaires du Figaro avec tes semblables et arrête d'embêter les grandes personnes, pauvre déchet.

Il ne s'agit même plus de reprendre un terrain médiatique abandonné par une gauche trop frileuse et trop bien élevée, même si ça doit être un indispensable préalable : il s'agit de militer, littéralement, afin que de non seulement contrer leurs idées débiles et nuisibles, mais bel et bien montrer une gauche mordante, combative, cruelle et agressive, c'est à dire la seule qui soit politique au sens réel du terme. Et pas la gentille soupe citoyenne des gentils chanteurs pétris de morale et de bonnes intentions niaises.


jeudi 16 décembre 2010

Ce sont des choses qui arrivent

Hier donc, un député grec de droite s'est pris la réalité en pleine face et a un peu saignoté. Le pauvre biquet. C'est un rien spectaculaire, à première vue, tout ce raisin qui dégouline et ça ne fait pas très propre, et puis toute cette violence pas citoyenne démocratique, blablabla, toutes ces sortes de choses. Encore que, relativisons : n'importe qui s'étant un jour pété l'arcade sourcilière sait pertinemment que la coupure la plus bénigne à cet endroit pisse le sang, mais sans aucun danger concret. Au final, rien de bien méchant, donc.
On dira simplement que ces quelques centimètres cubes - et encore - de fluides vitaux un peu répandus sur un costume sont une contribution symbolique à ce que les gens de son espèce font subir à des millions d'autres ; et de ce point de vue, on admettra que vraiment, ce n'est pas cher payé...

Quel étonnement, sur ce visage; décidément...bien sûr, il y a la sidération due à la rencontre avec une violence physique un peu chahuteuse dont notre bon député n'était à l'évidence pas coutumier. On ne s'y attends pas, on pense à tout autre chose, on est dans ses routines personnelles et d'un coup d'un seul, sans qu'on ait vraiment rien vu venir, on est évacué en urgence au milieu d'une foule hostile avec la gueule un peu défaite.
Ce sont des choses qui arrivent, n'est-ce pas.
Mais on peut y lire une autre stupéfaction que celle d'une rupture brutale dans ses routines d'existence : la complète, totale incompréhension devant ce qui lui arrive, à lui. Un député. Un ancien ministre. Quelqu'un de respectable", quoi. Qui pouvait faire tout ce que bon lui semblait jusqu'à alors, entre autres déréguler, privatiser, vomir les fonctionnaires et assistés et ce pendant des années et des années sans que rien n'arrive, ne lui arrive vraiment...
Jusqu'à ce jour.
Sans doute jamais n'aurait-il pu penser qu'il se prendrait dans la tronche, et au sens littéral du terme, le résultat de trente années de politiques néolibérales. Eh oui, que voulez-vous, on commet des saloperies en toute impunité pendant des décennies, on s'habitue à cet ordre des choses, on y pense sans doute même plus à force, on est député et au chaud, on ne fréquente que des gens de droite et de gauche qui trahit qui pensent comme vous et ainsi va la vie...
Jusqu'au jour où on visite le service de traumatologie le plus proche.
Ce sont des choses qui arrivent...

Comme le Prince Charles et sa rombière il y a quelques jours, par ailleurs : rendez-vous compte que des gens même pas rentiers ont osé quasiment les lyncher en place publique. Leurs têtes à ce moment là. Mais que se passe t-il donc, que nous arrive t-il ??? Tous ces hères qui jusqu'alors subissaient sans mot dire, sans moufter, en se rebellant de ponctuelle et inoffensive façon par de gentillettes promenades syndicales, que sont-ils donc devenus ? Pourquoi nous en veulent-ils à ce point, à nous qui ne leur avons rien fait de mal personnellement et nous sommes contentés de vivre en parasites sur leur large dos ?...
Parce que vous pouvez être bien certains qu'ils ne comprennent pas ce qui leur est arrivé. Ils sont trop loin de nous et depuis trop longtemps.

Disons qu'on peut y voir le signe réconfortant que les puissant et autres "élites" ne sont désormais plus à l'abri physiquement parlant.
Et pour les grand démocrates humanistes qui henniront au spectre de la terreur populiste et que halte-là mais toute cette horrifiante violence trop violente qui heurte mon coeur de partisan du Oui au Traité Constitutionnel - scélérat -, on ne saurait que trop leur conseilleur de sortir un peu de leur nanomilieu de bobos de droite comme de fausse gauche afin que de se frotter un peu davantage au quotidien de ceux qu'ils évitent ou voient sans les voir. Vous reprendrez bien un peu de réel dans vos gueules de navets ? :

"c’est au travail que l’insécurité est la plus forte : 700 accidents mortels, 400 suicides par an, 4500 handicapés, 650 000 arrêts de travail. Le nombre officiel des maladies professionnelles reconnues a explosé : 13 658 en 1996, 52 979 en 2005. Plusieurs millions de salariés sont exposés, sans protection, à des produits cancérogènes, mutagènes ou toxiques.
C’est le résultat de politiques d’entreprise, pour lesquelles les coûts sociaux doivent être compressé en privilégiant la sous-traitance et en intensifiant le travail comme jamais. Face à cela, ni l’inspection du travail ni la médecine du travail n’ont les moyens d’assurer leurs missions".

Et oui, les trouducs. C'est ça, le réel. Alors oui, ça pique. C'est difficile, je sais. Presque je compatirais. Oh, on ne se fait évidemment nulle illusion : passé un court moment de dissonance cognitive, vous saurez vous réfugier dans vos petites monomanies hystériques qui vous tiennent chaud, "les déficits" pour les uns, "l'islamofascisme" pour les autres voire les mêmes parfois, on peut cumuler les tares très facilement quand on choisit de ne pas voir.

Donc désolé, mais comparé à la réalité de millions de personnes, un député qui se fait un peu bousculer et connaît ce qu'on définira par une sorte de justice sociale immanente ?

Ce sont des choses qui arrivent.


mercredi 15 décembre 2010

Miam.

Intolérable cruauté

(Copié-collé du mail envoyé à Nicolas Sarkozy, Président de la République Française)

"Monsieur Le Président de la République,

Ou Nico mon gars vu qu'il paraît que tu adore tutoyer tout le monde alors hein y a pas de raison. J'ai été avisé que tu organisais une sorte de raout avec des "personnalités d'Internet" et qu'y étaient également conviés des "blogueurs influents"; avisant la chose, j'étais donc bien certain d'avoir mon rond de serviette étant, il me faut en convenir avec cette modestie qui m'est coutumière, l'Incontestable Meilleur Blogueur De Gauche, vu que c'est pas que les autres sont mauvais c'est juste qu'en toute objectivité je suis mieux. 
Tu jugeras de mon désappointement quand je constatai qu'à l'évidence, Guéant m'a zappé de votre sauterie et tel que tu me vois, j'en suis vexé comme un pou. Ou alors c'est un geste clairement politique et à ce moment ce serait super-flatteur : je dérange moi Monsieur ! J'envisage d'ailleurs de faire une vidéo sur Dailymotion comme la première Marine Soral venue, qui consistera à pleurer toutes les larmes de mon petit corps en fustigeant l'hypocrisie du pouvoir communiste en place qui ne m'invite jamais nulle part et veut bâillonner ma liberté de penser des conneries. Autant te dire que ma vengeance sera terrible, na.

Le fait est mon Nico que tu n'est pas très populaire sur Internet et c'est même un euphémisme ; on ne pourra donc que louer l'initiative qui vise à l'évidence à te reconstruire une légitimité virtuelle, vu que de réelle ça fait quelque temps que tu n'en as plus. Pour dire les choses : tu est conspué et vilipendé pour ne pas dire haï, et tu le mérite tous les jours un peu plus. Ce qui normal puisque étant de droite, déjà, ce qui constitue une tare en soi, et aussi voire surtout parce que tu incarnes à une telle perfection cette nouvelle droite tellement à droite qui n'hésitera pas le moment venu à sauver ses meubles en s'alliant avec le néo-fascisme de grosse blonde que tes petits laquais font semblant de condamner en ce moment. Vous n'avez aucune fierté c'est répugnant, et on en attendait pas moins de vous.

J'aurais quand même volontiers été invité à ta sauterie d'influents, et ce dans deux possibilités distinctes : la première étant de pouvoir évidemment refuser avec pertes et fracas en refusant la très grossière manip' de récupération, ce qui m'aurait au passage permit de me draper avec indignation dans ma vertu outragée d'homme de gauche qui ne discute pas avec l'ennemi de classe et m'aurait à coup sûr fait péter le ranking en affolant mon Statcounter. C'est qu'il faut bien faire du Buzz, n'est-ce pas, et en plus, je me serais ainsi mis au diapason de mes petits copains blogueurs qui consultent compulsivement des classements mensuels ineptes en s'entre-félicitant de leurs places respectives. Oui, c'est comme ça que ça se passe dans la blogosphère, mais je ne doute pas mon Nico que cette joyeuse ambiance de concours permanent de la plus grosse audience, de la frime qui va avec et de la mentalité de petit coq dressé sur ses ergots, c'est quelque chose qui saura t'interpeller au niveau du vécu.

Ou bien j'y serai allé dans la seule optique d'y mettre le dawa, j'aurais demandé à Seb' Font' de taper l'incruste - "vas-y Seb' on s'en fout, mais si le portier va nous laisser passer on la joue couple gay ça va le faire" - et j'aurais également volontiers amené un prof ou une infirmière pour qu'une fois tu rencontres de ces vrais gens que tes politiques de charogne libérale font souffrir. Ensuite, on se serait torché au Roederer en bouffant les petits fours et on aurait fait une bataille de bouffe avec Seb' en s’engueulant devant tout le monde sur Cronstadt et le voile. Ça aurait été goûtu.

Mais je ne doute pas que tes invités en l’occurrence sauront être de la tenue la meilleure et de la plus exquise politesse, ainsi ce bon Maître Eoliasse qui si il dit pis que pendre sur toi dans son blog est bien entendu très flatté de ton invitation, qui permettra n'en doutons pas de sainement mettre à plat de menues divergences. Après tout, cet amoureux des institutions et ce fervent défenseur de l'économie de marché qu'il ne craint jamais d'opposer au totalitarisme bolchevique qui menace l'ordre Républicain - cet homme a décidément les audaces les plus extravagantes - saura te plaire, nul n'en doute. Vous avez tous les deux plus de points communs qu'on ne pourrait croire de prime abord. Et les autres invités, qui pourtant sont tous vent debout contre les lois scélérates que tu nous promet, sauront à n'en pas douter jeter un voile pudique sur leurs robustes convictions car il serait du dernier mauvais goût de vitupérer contre ceux qui invitent, ça ne se fait pas, n'est-ce pas.

Bref, tout ça pour te dire ma couille que je ne suis pas invité, que j'ai dans un premier temps été tenté de t'en tenir rigueur mais que je décide qu'en fait non.
Ne t'inquiète pas : ça ne changera rien entre nous.

En souhaitant cordialement être définitivement débarrassé de toi et de ta clique en 2012,

CSP"

mardi 14 décembre 2010

Madame la Marquise

Et dire qu'on pensait que les choses n'allaient, disons, pas très bien. Dire que nous autres, un peu tout le monde somme toute, pensions avec une certaine anxiété tout de même que la vie en société connaissait une manière de sorte de dégradation un rien désagréable, et on poussait même l'inquiétude jusqu'à émettre que la paupérisation galopante pouvait quasiment être une inquiétude quant à notre avenir et à celui de tous les autres...
Cassandres atrabilaires que nous étions.
C'était sans compter la formidable capacité d'adaptation du d'jeunz et de son élan vitaliste qui se rit des menues contrariétés et trouve toujours cette surprenante énergie de pouvoir "rebondir" - comme on disait dans les 80's - peu importe l'adversité  : le djeunz est formidable et le Nouvel Obs nous le prouve dans une démonstration qui laisse pantois d'admiration.

"Troc et récupération ont le vent en poupe. Alors que plus de 20% des 18-24 ans vivent sous le seuil de pauvreté, les jeunes revisitent l'art de la débrouille".

De l'art, rien moins. Le jeune est toujours un peu artiste, un peu bohème, un peu foufou c'est tellement connu. Sauf si on le colle en Lycée Agricole ou en usine à 16 ans, où là il a tendance à être un peu moins foufou mais du coup ce n'est pas un vrai "jeune". En tout cas, il intéresse beaucoup moins la presse prétendument "de gauche" : il est moins "jeune", quoi.

Petit commentaire d'une photo de l'article : 

"Né aux Etats-Unis, le mouvement Freegan indique aux "déchétariens" les "meilleurs plans poubelles" pour récupérer de la nourriture, à la sortie des supermarchés notamment"

Ah, ouf, la photo n'a donc pas été prise dans un de ces obscurs pays du Tiers-monde ruiné par la Banque mondiale et le FMI, mais dans une des puissances économiques disposant de rutilants sous-marins nucléaires, entre autres robustes joujoux. C'est quand même vachement plus sympâââ de faire les poubelles pour bouffer en Occident que dans les pays pauvres mais on va y revenir.

"Face à la crise, les Français, notamment les jeunes, cultivent la "zéro euro attitude", un art de la "débrouille éthique"

Ne dites plus "trouver la force de survivre dans une société de merde" mais plutôt : "débrouille éthique". C'est plus frais.

"Plus de 20% des 18-24 ans vivent sous le seuil de pauvreté et environ un jeune sur quatre de moins de 25 ans recensé sur le marché du travail est au chômage, selon les derniers chiffres disponibles auprès de l'Insee.
Pour manger, s'habiller, sortir, jeunes et moins jeunes ont recours au troc, à la récupération, à l'échange d'astuces et de bons plans sur internet notamment.
"Troc fringues avec les copines, récup de meubles ou d'objets dans la rue, couture maison...C'est devenu un mode de vie par nécessité mais aussi par choix, une autre façon de consommer plus respectueuse de la planète", dit Hélène Samzun, 26 ans, de l'association "Débrouille compagnie", diplômée de Sciences Politiques, qui se dit "chanceuse" avec "1.400 euros mensuels et un gros crédit à rembourser".

Il faut ici rectifier la désopilante proposition de notre récupératrice associative : connaitre une précarité structurelle finissant par mener à un mode de vie survivaliste jusqu'à faire les poubelles pour trouver de la nourriture est d'abord et avant tout une ignominie causée par la dégradation du marché du travail voulue par la  droite médefisée et la gauche embourgeoisée ; de fait, ça en devient une nécessité qu'on peut, aussi, choisir de rationaliser en "choix" histoire de garder un minimum de dignité. C'est plus sympâââ. On notera aussi cette tendance tellement actuelle du "plan", surprésente chez le djeunz urbain pauvre, opportunité ponctuelle limitée dans le temps qui le pousse à courir en tous sens comme marsupilami frénétique et lui évite ainsi les tourments d'avoir à se projeter dans un quelconque avenir. Parce que quand on est dans la survie, on n'a tout simplement pas les ressources de penser à ce que demain pourrait être fait. Ce qui tombe d'ailleurs très bien vu que la précarité sert aussi à ça et est voulue telle par ceux qui en font l'éloge comme la connasse Parisot : briser toute réflexion pour ne se consacrer qu'à l'immédiat le plus urgent.

Mais le djeuz est fougueux et ne va pas s'arrêter à pareille broutilles prises de tête tu'ois : certains spécimens de djeunzs poussent même le côté mutin de cette semi-clochardisation jusqu'à le transformer en élégance de style de vie. Ils sont vraiment formidables.


"Côté alimentation, hors associations caritatives, fins de marché et couscous gratuits, le "freeganisme" semble se répandre à en croire les forums sur le net.
Né aux Etats-Unis et contraction de "free" (gratuit) et "vegan" (végétalien), il indique aux "déchétariens" les "meilleurs plans poubelles" pour récupérer de la nourriture, à la sortie des supermarchés notamment.
Une manière de se nourrir et un acte politique qui rejoint plusieurs mouvances écologistes et altermondialistes. "Rien de plus sain en effet que de bouffer dans les poubelles : gratuité de la nourriture pour tous + réduction du gaspillage alimentaire + immunovolution", affirme son manifeste sur freegan.fr avec cependant des conseils pour goûter et conserver les aliments sans s'empoisonner".

Rigueur journalistique imparable : "à en croire les forums sur le net" - lesquels, au fait ? - et le tour est joué. Alors c'est sûr que si on va sur des forums de "déchetariens", on va penser que cette revendication est certes en plein essor, sans doute. De même, si je commence de projeter mes centre d'intérêts au vu des forums dans lesquels je musarde, je vais finir par penser que tout le monde est marxiste cinéphile à forte geekerie ajoutée et féru d'exercice physique ; je vais vite cependant m'apercevoir qu'hélas ce n'est pas le cas. Ce qui est très dommage. Surtout pour vous, d'ailleurs. Très "journaliste", ça : prendre un nanomilieu représentant que dalle à une échelle de masse et mettre une loupe dessus pour le mettre en avant afin que de fonder son article sur n'importe quoi de "concret".
Parce que tout de même : des personnes capables de clamer "Rien de plus sain en effet que de bouffer dans les poubelles" ne sont peut-être pas complètement représentatives des personnes obligées d'en venir à ce genre d’extrémités. On irait presque si on était un rien chafouin à penser que ce genre de discours est franchement irresponsable, "sain" et "poubelles" étant encore à ce jour des concepts antinomiques prophylactiquement parlant. Mais il est vrai que je m'obstine en petit-bourgeois à continuer de me féliciter de pouvoir encore manger sans en passer par là.

On retrouve ici poussé dans ses derniers retranchements cette mentalité de la fange babacooliste - vous ai-je déjà dit à quel point je hais ces gens et qu'il faut passer une partie de l'Ariège au napalm à cause d'eux ? - qui valorise de faire les poubelles au sens propre du terme et de proclamer comme acte "subversif" ce qui est objectivement une effrayante dégradation des conditions de vie en société occidentale riche. Tout ça pour dire que ce sont de vrais connards, en somme. Et des connards complètement inoffensifs aux yeux de la domination puisque une population vivant comme dans le Tiers-Monde et déclarant qu'en fait, elle adore ça, est une population soumise.

Et la soumission, c'est géniâââl et super sympâââ : 

"Ces nouveaux comportements intéressent nombre de sociologues mais aussi les bureaux de style.
"On constate un écartèlement dans la société: d'un côté le règne du low cost et de la débrouille, de l'autre, un luxe extrême de l'ordre du rêve", explique Martine Leherpeur, directrice du bureau de conseil en mode éponyme.
Pour autant, affirme cette professionnelle d'un secteur qui traque les tendances, "cette incertitude angoissante peut aussi être un moteur".
"Même s'ils (les jeunes) sont pauvres, ils ne renoncent pas mais prennent les chemins de traverse, détournent, inventent parce qu'il n'y a plus de solution toute faite", ajoute-t-elle".

Par "solution toute faite", il faudra traduire bien évidemment par "plein emploi". "ils ne renoncent pas mais prennent les chemins de traverse, détournent, inventent parce qu'il n'y a plus de plein emploi", c'est tout de suite plus juste.

Le djeunz est super sympâââ, faire les poubelles c'est cool, n'avoir aucun avenir et l'accepter c'est un style de vie comme un autre.

Et quand la gauche la vraie sera au pouvoir, les journalistes explorateurs de "tendances" ainsi que les consillers en mode seront fouettés au visage avec des orties fraîches.
Ce sera super sympâââ.


lundi 13 décembre 2010

"Fuck mini babybels"

Ceci est un billet plus spécifiquement destiné aux éventuels élèves en école de cinéma qui se seraient faufilés dans mon lectorat, sait-on jamais ? et à qui il faut adresser un vibrant message : 
Lecteur lecteuse, toi qui aime suffisamment le cinéma pour décider d'en faire ton métier, toi qui est même entré dans une école spécialisée avec des rêves et des références glorieuses plein la tête et a passé ta vie à annoter Les cahiers en tout sens, a passé un temps relativement déraisonnable dans d'austères cinémathèques à te fader du cinéma réaliste danois - 3 h 12, 2 plans-séquences, trois lignes de dialogues mais lourdes de sens au niveau du non-dit, filmé en moisi, à la fin tout le monde meurt -, ô toi à l'oeil et l'esprit affûtés comme le katana de Toshiro Mifune et qui non seulement aime le cinéma, ce qui est relativement accessible à tout le monde, mais qui fait surtout l'effort de comprendre ce sublime art, afin ensuite que d'en créer toi-même, oui, c'est à toi que je m'adresse aujourd'hui...
Car en vérité, seras-tu enfin l'exception, oserai-je dire l'ELU qui nous sortira de l'enfer du cinéma française de merde ?...

Car oui, tu le sais bien à quel point il est archi-merdique et mal fait et monté à la truelle et indigent aussi, et chiant surtout, très chiant, chiant jusqu'au vertige, et même si je n'ai rien de spécifique contre elle, je ne puis plus pour ma part voir une image de Sophie Marceau sans un hoquet de révulsion. Le pire du fond du gouffre étant bien entendu cette atroce spécificité tellement française de la "comédie", arg, la "comédie" française, jamais au grand jamais on ne dira assez de mal de cette saloperie. La comédie sinistre, pas drôle, beaufisante, poujadiste, où d'ineptes gags sans âmes ni contenus sont déversés sur l'innocent spectateur comme un étudiant en droit bourré qui vomirait ses 17 mojitos un samedi soir sur la place Saint-Pierre de Toulouse avec ses copains aussi cons et fin saouls que lui, ah, ces comédies avec Kad Merad qui est peut-être ce qui est arrivé de pire au 7ème art et fait que Chaplin du fond de sa tombe ne s'y retourne même plus mais y effectue des triples saltos arrière quand il voit ce que ce genre, qui devrait être un des plus nobles de tous, est devenu au pays des 400 fromages et d'Eric Besson, du pâté, du kougloff, du gras et du pesant, la comédie française est une chimère de l'horreur puisque étant créature sans cerveau - degré de réflexion introduit en douce sous prétexte de légèreté dans le cinoche froggy = néant -, et sans couilles - prise de risque à parler de sujets qui fâchent en les désamorçant par la saine distanciation humoristique = vide glacial des grands espaces intersidéraux... 

Tiens, par exemple, pas si loin d'ici, des angliches un poil plus audacieux ont pondu ce qui est certainement le film le plus drôle et roboratif ET intelligent de ces dernières années : Four Lions, c'est tout ce que la "comédie" française n'est pas et tant mieux. Parce que s'emparer d'un sujet a priori aussi non rigolo et ultra casse-gueule - des apprentis terroristes islamistes préparent un attentat à Londres : tu donnes ça à Michael Bay, il te fait deux heures trente d'explosions à rendre sourd et de ralentis humides sur de virils militaires qui vont régler le souci au lance-roquettes ; tu donnes ça à un réal françouze, il te torche 1h25 de tartes à la crème avec Elie Semoun et Franck Dubosc,  et bien ça n'avait rien d'évident de le rendre drôle, faut admettre.
Ben eux, ils y arrivent.
Parce que drôle et vraiment à se rouler par terre : ça l'est. L'odyssée improbable de nos djihadistes plus bêtes que vraiment méchants, dont la bonne volonté terroriste ne pallie pas l'effroyable incompétence, parvient à faire poiler avec quelque chose de quand même vachement dramatique. Et en plus, ô joie et surprise, ne s'interdit pas une réflexion très fine et pertinente sur ce même terrorisme puisque n'oubliant jamais qu'on a tout de même affaire ici à des types extrêmement dangereux, tout en refusant de mettre tous les musulmans dans le même sac benladiste : ben oui, y a tout ça dans ce film. N'est-ce point là preuve éclatante qu'avec des idées, de la réflexion et une avalanche de gags jouissifs, on peut faire du vrai cinéma de genre qui ne s'interdit pas de faire utiliser son cerveau ? Mh ?

Puisses-tu recevoir mon message, ô étudiant en cinéma, puisses-tu surtout voir ce petit bijou et en sortir en te disant : "Purée ! Par les Mânes Sacrées de Saint Kubrick et Will Ferrell, en vérité je vous le dis : donnons un coup de pied vigoureux et salvateur dans ce cinéma de vioques qui sclérose les écrans de France et de Navarre, de l'audace encore de l'audace toujours de l'audace, foutredieu ! Et donnons à voir aux humbles travailleurs qui raquent 10 boules de beaux et bons films intelligents qui sauront à la fois les distraire et les faire un peu réfléchir sur le monde comme il va mal ! C'est possible j'y crois à mort et je m'y attelle derechef ! Hardi !".

Ainsi, va en paix mon enfant.