mercredi 30 juin 2010

Fertilisant

"En 2006, la mairie de Paris décide de ne pas renouveler la concession accordée depuis cent vingt ans au Racing-Club de France pour l'usage privé de ces 7 hectares de domaine public. A la place, elle choisit le groupe Lagardère, qui a le bon goût de proposer un solide projet sportif et, accessoirement, une redevance annuelle de 3,2 millions d'euros – contre 130 000 euros payés auparavant par le Racing-Club. Quatre ans plus tard, nombre d'ex-adhérents de l'association loi 1901, qui n'ont guère apprécié de devenir simples clients d'une société commerciale, se disent trop peu informés par la nouvelle direction et dénoncent une dérive marchande : la transformation de la Croix Catelan en "club de loisirs de luxe".

"6 600 euros de droit d'entrée. Plus 1 600 euros de cotisation annuelle par personne. "Il n'y a pas ici une diversité sociale incroyable, il ne faut pas se leurrer. Pour une famille, l'adhésion, c'est le prix d'une petite voiture", compte Mme Barberis, bientôt mère d'un troisième enfant. Pour ses deux aînées, l'inscription a tenu lieu de cadeau de naissance de la part des grands-parents. "C'est un havre, hors du monde, un peu pour privilégiés, c'est indiscutable. Mais les gens qui y sont en ont conscience", nous rassure Jean-Pierre Léon, 57 ans, quarante années d'ancienneté au club et marathonien compulsif.

Les 48 courts de tennis, deux piscines extérieures chauffées toute l'année, les terrains de football, de basket, de volley, les salles de gym, de musculation et de bridge, drainent les familles aisées de l'Ouest parisien, trop contentes d'y placer, le mercredi et le week-end, leurs enfants en lieu sûr. Bonnes fréquentations garanties : les familles se cooptent avec suffisamment de discernement pour ne pas devoir côtoyer le tout-venant dans l'annuaire du Racing – deux parrains, une lettre de motivation et quatre ans d'attente sont requis pour entrer dans le système.

Tout le reste de l'article du Monde est proprement bouleversant et je ne saurais trop recommander à mes lecteurs et trices les plus sensibles de faire provision de mouchoirs, tant est poignant ce récit d'une déchéance : la bourgeoisie old-fashioned en train de se faire spolier de son club de rencontres par les nouveaux arrivants parvenus, enrichis par la spéculation, vulgaires, incultes et fascinés par le clinquant, à la grande "angoisse" des culs pincés qui se sont contentés eux de s'enrichir par l'exploitation normale de l'ouvrier et aussi grâce à ces allemands si bien élevés avec qui ils partageait le champagne sous l'Occupation, et qui on dira ce qu'on voudra avaient tout de même une autre allure que ces communistes mangeur d'enfants de l'époque.

Ce qu'il reste d'aristocratie française était déjà obligée depuis quelques années d'ouvrir ses rangs jusqu'alors très fermés à ces nouveaux riches frimeurs : la Tradition ne nourrit plus son homme et les rallyes coûtent tellement, n'est-il pas...la mort dans l'âme, les membres de l'Association de la Noblesse Française - sisi, ça existe - ont dû laisser entrer cette aristocratie de l'argent et nouer des alliances avec ceux qu'elle pouvaient se consoler de mépriser. Tout fout le camp, et à présent, c'est la grande bourgeoisie qui est attaquée sur son propre territoire. Il faut dire que les nouveaux en question n'en ont à peu près rien à foutre des traditions et des bienséances, détestent les fauteuils en cuir et les meubles en bois de bon goût, et vont fissa vous remplacer ça par de l'acier brossé et des connexions wi-fi avant d'agrandir le parking pour y garer les Cayennes. C'est toute une époque qui meurt...

Alors évidemment, on pourrait être quelque peu surpris, quand on appartient à aucun de ces milieux - et qu'on est bien entendu "jaloux" d'eux, puisque éprouver quelque irritation devant ces gueguerres de possédants ne peut relever que d'un sentiment d'envie inspiré par la tradition bolchévique de ce pays déclinant, il y'a des imbéciles au SMIC qui vont défendre ce genre d'argument, vous allez voir...-, on pourrait donc être étonné qu'une mairie "socialiste" laisse un gigantesque terrain de jeu à autant de hyènes, mais on se rappelle simplement qu'en effet, cette mairie est "socialiste". On aura donc pas l'impolitesse d'espérer d'elle quelque chose de gauche, on en est plus là depuis longtemps.

Tout de même, monde impitoyable que celui-ci : alors que certains tentent de plumer une vieille héritière sénile, d'autres - les mêmes, par ailleurs, puisque appartenant au même milieu - partent à la conquête des haut lieux du prout-prout, bien déterminés à balayer l'ordre ancien de la tradition par l'argent pour le remplacer par l'amour de l'argent pour l'argent. Certains affecteront de déplorer l'inéluctable chute de cette bourgeoisie cultivée gardienne de traditions à angle droit face à l'arrogance des possesseurs d'Amex Platinum. Mais on comprendra qu'il est très difficile d'éprouver de la compassion pour ce drame communautariste qui ferait plutôt ricaner dans un premier temps.

Pour dans un deuxième temps avoir envie de trouver une solution aux problèmes de tous ces gens ; laquelle solution présenterait aussi l'avantage de pouvoir servir de fertilisant à de si jolies pelouses.

mardi 29 juin 2010

Joies du communautarisme

La semaine dernière, des chinois jusqu'alors régulièrement cités en exemple comme gens discrets et laborieux - tout le contraire des ces feignants braillards d'outre-méditerranée on l'aura compris - se sont mis à la grande surprise de beaucoup non seulement à manifester en pleine rue, mais en plus pour une minorité très énervée d'entre eux à transformer une rue de Belleville en champ de bataille urbain jusqu'à caillasser la police comme les premiers sauvageons venus. Une explosion de ressentiment à ce point violente qu'elle a choqué, certes, mais quand on réfléchit un peu à ce qu'est en train de devenir la société française, la première surprise passée fait place à un constat : ce qui s'appelle "société" est en train de devenir une mosaïque de communautés repliées sur elles-mêmes et méfiantes voire hostiles vis-à-vis de toutes les autres...

Dans une époque non de progrès et d'ouverture d'esprit mais de repli et de conservatisme, et ce dans tous les secteurs sociaux et sociétaux y compris dans certaines pointes "progressistes" - on va y revenir -, la communautarisation est la conséquence parfaitement logique d'à la fois :

- le délitement de tous les liens sociaux corrodés par la propagande néolibérale qui ne raisonne qu'en termes d'individualités, son intérêt premier étant de fabriquer de l'individu coupé d'autrui ne finissant plus par se reconnaître que dans ceux qui lui ressemblent le plus immédiatement possible et plus dans un collectif rassemblant des profils contrastés mais réunis dans des buts communs - d'où la dépolitisation actuelle et une crise générale de l'engagement sous toutes ces formes ;

- l'absence de volonté réelle des pouvoirs publics successifs de créer cette "intégration républicaine" dont on nous rebat les oreilles depuis des décennies mais qui dans les faits n'existe nulle part. Ne serait-ce qu'au niveau des populations "de quartiers", les discours sur le "vivre ensemble" apparaissent comme une forme d'humour pas très drôle puisque si on veut vraiment faire en sorte de précisément vivre ensemble, il faudrait d'abord éviter de reléguer des pans entiers de pauvres dans des cités hideuses tout en refusant par exemple de bâtir des HLM dans les villes dont on a la responsabilité n'est-ce pas Nicolas ?

Du coup et assez logiquement, l'individu tout seul se sent un peu trop seul et a tendance à se tenir chaud auprès de ceux qui lui sont le plus proches que ce soit par les croyances, le pays d'origine, les convictions voire les moeurs. Mouvement de repli parfaitement similaire à celui qu'on peut observer depuis longtemps aux États-Unis, dont on sait à présent même si on s'en doutait très fort qu'à l'instar du Rêve Américain de réussite pour tous, leur melting-pot dont ils étaient si fiers n'est qu'une grosse blague. Les communautés vivent entre elles, dans des endroits géographiquement délimités, et si elle commercent avec les autres n'en restent pas moins dans une optique très individualiste du "les miens d'abord". Et il se trouve curieusement que la société américaine n'est pas franchement un modèle de stabilité.

Libéralisme et communautarisme ne peuvent être que les meilleurs amis du monde puisqu'un modèle socio-économique basé sur l'exploitation de la majorité par une minorité et qui ne redoute rien tant que les mouvement collectifs de rouspétance dépassant les clivages d'individus ne peut évidemment qu'être très satisfait de voir qu'au lieu de revendiquer des droits sociaux pour tous sans distinctions - les fonctionnaires en grève défilent aussi pour le privé -, le communautarisme revendique d'abord pour sa communauté. C'est certes compliqué à gérer politiquement parlant puisque tout le monde tire à hue et à dia, mais moins au final que d'affronter un choc de classe qui se rendrait compte que le maçon arabe, l'agriculteur bien de chez nous et l'employé en chemisette ont finalement quelque chose en commun qui dépasse leurs appartenances primaires. Ce que s'obstinent à ne pas comprendre nos amis islamogauchistes, lesquels sans doute trop occupés à couper les cheveux en douze pour justifier un symbole d'oppression ne se rendent pas compte qu'il encouragent un communautarisme qui dessert les objectifs du mouvement progressiste.

Mais si libéralisme et communautarisme sont comme larrons en foire, n'est-ce pas peut-être surtout parce qu'existe une communauté spécifique, qui ne vit et ne se reproduit qu'entre elle, partage les mêmes valeurs et les mêmes intérêts et sait faire front commun devant l'adversité : la communauté des très riches dont l'affaire Woerth révèle les dessous pas très jolis-jolis mais qui, n'en doutons pas, saura à l'occasion sacrifier l'un des siens - en le placardisant quelque part, soyons civilisés...- pour s'assurer que sa cohésion interne ne sera pas entamée...
Et ce communautarisme là, autrement plus destructeur du lien social que quelques excités s'époumonant dans des préfas tranformés en mosquées, on commence de se rendre compte que pour le coup, rien ne lui fait plus horreur que de "vivre ensemble" et dame ! comme on les comprend : ils pourraient être obligés de partager.

À leurs yeux, cette idéologie du chacun chez soi et pour soi, du "moi et les miens d'abord" n'est en rien condamnable et pour cause : elle est la base de leur domination.


lundi 28 juin 2010

Ces gens

Voir Eric Woerth se débattre en ce moment comme un poisson pris au piège dans un filet et qui s'asphyxierait inéluctablement quand remonté à l'air libre, est soyons honnêtes un fort savoureux spectacle, dont on se demande tout de même pourquoi tant d'affaires accumulées ne sont pas remontées si tôt. La droite décomplexée ayant pour tradition de remplir les prétoires avec diverses et variées malversations de ses élus et membres de l'exécutif - l'hypocrisie est la valeur de droite la mieux partagée de ce camp politique -, on pouvait se douter que trois longues et pénibles années de sarkozysme recelait un lot inhabituellement élevé de délits de toutes sortes, même au vu des très hauts standards de ces gens dans la malhonnêteté foncière. Pourtant, on passe de pas grand'chose - un appartement de fonction par ci, un vol affrété par caprice par là, rien que de très banal sous un régime droitard, convenons en - à toute une série de révélations assez stupéfiantes par l'ampleur, non de ce qu'on ne savait pas puisque encore une fois c'était implicite avec eux, mais de ce côté presque naïf avec lequel ministres et autres secrétaires d'États sont comme surpris qu'on puisse penser leur faire reproche de faire les malandrins. Ces gens sont décidément surprenants : on pense avoir tout connu et subi, et ils arrivent encore à nous étonner.

Alors, une ou des taupes à l'Élysée ? Complot ? Conspiration ? Fuites intéressées, obscures manipulations, journalistes rencontrés dans des ruelles mal éclairées par des Gorge profondes dont les silences parlent encore plus que ce qu'il chuchotent, informateurs exigeant d'être payés en petites coupures suisses dont les numéros ne se suivent pas ? Si les théories du complot sont séduisantes, évitons d'y tomber : la réalité n'est pas toujours aussi tordue qu'un livre de James Ellroy. Tout en oubliant pas cependant que ce n'est pas parce qu'on refuse les théories du complots que les complots n'existent pas...

Bref ; Eric Woerth essaie de faire croire qu'il ne voit le mal nulle part et que non, mais pas du tout, sa femme était parfaitement à sa place et mais pourquoi donc cherche t-on à voir malice à dîner avec un héritier à qui on a dérobé quelques lingots ? Et toute la droite de se répandre en larmes devant tant de mesquine méchanceté, en se demandant toutefois si eux aussi quelque chose ne va pas leur tomber sur la tronche un de ces jours, le temps étant étrangement alourdi en ce moment...

Drame de ces gens très riches qui fréquentent d'autres gens encore plus riches et de leur point de vue, quoi de plus logique voire de plus simple que de rendre quelques menus services entre eux ? Vous même aidez vos amis à déménager quand ils vous le demandent, n'est-ce pas ? Vous leur donnez conseil quand s'en fait sentir le besoin, à l'occasion vous pouvez même prêter un peu d'argent pour dépanner et rien de plus normal que ces services de bonne foi. Et bien pour ces gens c'est la même chose, voilà tout : disons que l'échelon des sommes et services en jeu est un peu plus important...

Du coup, embarras palpable chez les soutiers et autres vibrionnants klaxons de droite, lesquels d'habitude ne craignent jamais de monter au créneau pour tout et surtout n'importe quoi sont comme qui dirait assez embêtés. Le Figaro essaie bien d'éviter de mettre le ministre en première page, mais las : il faut bien parler de son cas, ne serait-ce qu'un peu et en le reléguant après les sorties de joujoux aïetek et le foute...quant à Rioufol, toujours imperturbable, il hulule tout seul sur l'islamisation de la France. Sacré Ivan. Mais au moins la Pravda sarkozyste est-elle obligée de remplir a minima le cahier des charges d'information ; ce que Causeur n'est nullement tenu de faire et la preuve en est que depuis le début de "l'affaire", personne ne semble à ce jour très pressé dans le bistrot droitard de commenter les soucis du ministre...ah ça, pour raconter des conneries sur des apéros, il y'a du monde qui se bouscule : les trucs vraiment importants, et curieusement quand ils touchent la majorité présidentielle, là, on attend encore...juste une question : Elisabeth Lévy & Co. pensent-ils encore qu'ils apparaissent pour autre chose que les grouillots du sarkozysme qu'ils sont en réalité ? D'après vous ? Mais eux ont peut-être le sens du ridicule, ce qui n'est pas le cas de tout le monde.

Attendons la suite du feuilleton. Quelque chose me dit qu'il pourrait s'agir du pilote d'une série à succès.


jeudi 24 juin 2010

La réalité, ça pique


Jamais ! Jamais on admettra que c'est un succès ! Plutôt creveeeeeeeeeer !!!! Centaines de milliers ! Pas plus ! Pas deux millions et même pas un ! Déjà que tout à l'heure on avait titré "plusieurs dizaines de milliers" et qu'on a été obligés de recadrer à la hausse ! ENCULÉS ! 2 millions putain de bordel de merde ! Sans compter tous les connards qui pouvaient pas par trouille de perdre leur boulot grouiiiik ce pays est foutu grouiiiik !!! Pays de merde ! Veulent rien foutre grouiiiik ! Même pas une victoire de millionnaires du foute pour donner le change mais putain on est pas bons du tout là ! Pour la peine, on va parler du nouvel Iphone. Na. Pleine page. PLEINE PAGE J'AI DIT ! NO PASARAN LES BOLCHEVIKS GROUIIIIK !!!

Ce qui nous limite

Pourtant, à la base, le "politiquement correct", c'est franchement pas mal, comme idée. Vouloir faire en sorte que certains termes soit blessants, soit franchement injurieux pour certaines catégories de personnes ne trouve plus commodément droit de cité dans le langage courant, à première et même seconde vue ça offre une manière de respiration : qu'il comporte désormais un risque de réprobation morale voire de condamnation judiciaire quand quelqu'un exprime "youpins" pour les Juifs, "nègres" pour les Noirs, ou encore "enculeurs de chèvres" pour désigner les arabes, à part quelques singes hurleurs devant leurs claviers humides, qui s'en plaindrait ? Mais le problème qu'on a sur les bras, c'est que si c'est bien gentil de ne plus dire de gros mots sur des gens, quand il n'y a pas de volonté politique derrière pour ne pas se contenter de lutter que sémantiquement contre la discrimination et laisser courir les causes des dites discrimination, on arrive...à ce qui se passe en ce moment : on ne peut plus "dire" ; mais on continue de "penser". Et penser peut arriver à se traduire en bulletin de vote, entre autres. Le problème n'est que pudiquement camouflé : il n'est nullement réglé.

Dans Ghost world, le personnage d'Enid découvre une vieille affiche publicitaire des années 30, représentant un Noir de façon particulièrement ignominieuse et décide de l'exposer dans une galerie pour interroger notre rapport aux racisme : tollé immédiat, scandale général, et Enid d'être sommée de s'expliquer sur ce qu'elle a voulu démontrer. Et celle-ci de se demander si le fait de ne plus pouvoir dire "nègre" ne sert pas à camoufler le vrai racisme : il n'y a donc pas moins de racisme par la magie d'en avoir supprimé les termes, mais celui-ci est toujours là, il fait simplement davantage attention à ce qu'il dit...
Le politiquement correct camoufle le problème : il ne le règle pas.

(Ensuite, il aurait déjà fallu commencer de se méfier de quelque chose qui nous vient des campus américains et de ses consternantes fariboles que sont les queer studies, entre autres, certes. Mais bon, le mal est fait et il faut désormais faire avec).

D'où l'énorme faille existante dans le discours public entre ce qu'on dit des dominés et ce qu'on agit concrètement pour eux : la posture morale qu'on peut se donner à très peu de frais en fustigeant le racisme peut dans le même temps servir de caution à son absence complète d'action concrète pour eux; Ce fut et c'est toujours une grande spécialité "socialiste", par ailleurs : dénoncer en agitant ses petits bras, et s'engouffrer dans le sécuritaire stigmatisant dans le même temps.

C'est dans cette faille béante entre les mots et les choses que se sont engouffrés tous les petits clercs frelatés, les Rioufol, les Finkielkraut et autres harpies en robes à pois, suivis par par leur fan-club de demeurés, pour qui il était devenu tellement facile de pourfendre l'hypocrisie de la bienpensance blablabla, et en mettant en avant un discours autrement plus offensif que la posture morale d'une certaine gauche, basé sur une xénophobie plus ou moins camouflée qui prend la posture d'un "politiquement incorrect" dont on sait qu'il n'est que le misérable cache-sexe de l'aigreur et de l'hystérie des pauvres petits blancs opprimés couinant en rond dans leurs fantasmes de perte d'identité. N'empêche : ils n'ont que trop beau jeu, puisqu'ils savent qu'ils s'attaquent à une baudruche sans substance. Avec en prime la possibilité de mettre les rieurs de leur côté, le discours politiquement correct sourcilleux étant source d'inépuisables moqueries au vu de son caractère de police du langage moralisante, désespérant à force d'esprit de sérieux et si vous voulez voir à quel point un discours archi-policé peut être d'un ennui morbide, c'est très simple : lisez un tract du NPA.

Notre discours est effectivement très "correct", en effet : mais il nous bride. Il nous empêche d'être incisifs et insolents. Il nous donne des armes mais nous les fournit sans munitions. Il donne du confort moral, mais j'aime à penser qu'on en est plus au point où on a besoin de se faire plaisir.
Il faut repenser ce discours et cette "correction" pour se débarrasser de ce qui nous limite. C'est important. c'est urgent.

mercredi 23 juin 2010

Les faits et rien que les faits

Il paraît que plus c'est gros plus ça passe, mais quand c'est vraiment très gros ? Vraiment très très très : gros ? Ça passe encore ? Et quand c'est de l'übergros qui se voit de super loin, arrive t-il quand même qu'à un moment, ça ne passe plus du tout au point que c'en est même plus risible mais qu'on contemple la chose mi-amusé mi-sceptique devant quelque chose d'aussi...gros ?

Et c'est bien évidemment dans la Pravda Sarkozyste qu'on trouve un morceau de bravoure franchement tonitruant dont il se murmure qu'il a fait pleurer Kim Jong-il quand il l'a lu. "Les français acceptent la retraite à 62 ans". Article non signé. Aucun journaliste du Figaro n'aurait-il donc voulu apposer son nom sur pareille aussi éhontée bousasse ? Ce ne sont pourtant d'habitude pas les scrupules qui les étouffent, mais ils faut croire qu'ils ont encore suffisamment le sens du ridicule pour s'épargner d'assumer une déclaration gouvernementale déguisée en article...

"il n'y a pas de «tabou» des 60 ans. C'est le principal enseignement du sondage Ifop que nous publions"

Ouais. Sauf que, au fait, le sondage IFOP (= MEDEF) en question n'est publié nulle part...on a beau s'écarquiller les mirettes à le chercher, il n'est tout simplement pas là ; on ne saura donc pas les questions posées ni à qui ni quoi ni comment, ni rien en fait ; un article non signé, basé sur un sondage de la boîte à Laurence Parisot, et dont on préfère sans doute par souci de pudeur nous épargner le détail concret : d'emblée, on est dans le crédible.

"58% des personnes interrogées jugent «acceptable» le recul de deux ans de l'âge légal de départ à la retraite"

Question posée ? Manière de présenter les choses ? Catégories de personnes interrogées ? Et aussi, accessoirement, un petit chiffre sur le nombre de personnes qui ne la trouverait pas "acceptable", cette vile réforme ? Keud.

"79% des sondés estiment que le financement des retraites est «un problème grave qu'il faut régler d'urgence"

Hun hun.
Genre, "le financement des retraites est-il un grave problème qu'il faut régler d'urgence ?". Ok. Et après on pose la question du "comment ?". Mais non, toujours pas de détail de la chose.

"Sur le fond de la réforme, les avis sont en effet beaucoup plus contrastés. La bonne foi du gouvernement n'est pas mise en cause: 61% des personnes interrogées estiment qu'il est déterminé à maintenir le système de répartition français. 58% jugent même l'exécutif «responsable vis-à-vis des générations à venir». Ce résultat montre que les critiques contre l'«inefficacité» de la réforme émises par l'opposition, mais aussi par une partie non négligeable de la majorité, notamment au centre, n'ont pas vraiment convaincu."

Mais qui a été interrogé et comment à la fin, bordel à cul ???
Point ne saura.

"En revanche, la thématique développée autour de l'«injustice» du projet, dans son état actuel, trouve un écho. 67% des personnes interrogées estiment que le gouvernement n'est «pas juste dans ses choix». 60% lui reprochent de ne pas être «attentif aux questions liées à la pénibilité de certains métiers» et 70% pensent qu'il n'est pas «ouvert au dialogue»."

Ah ? Ils sont pour la réforme des retraites mais ils la trouvent parfaitement dégueulasse ? Le français est certes complexe, mais tout de même. Ou alors, c'est une énorme farce. Aussi. On aura également noté que le Figaro, propriété de Serge Dassault - de l'UMP - est ces derniers jours bien moins disert sur les petits soucis d'accusation de collusion d'intérêts d'Eric Woerth dont le canard officiel de la droite dramatiquement décomplexée se contente d'évoquer les ennuis de façon très factuelle et descriptive.

Mais ce n'est pas comme si le Figaro et ses journalistes avaient à prendre position, n'est-ce pas.



mardi 22 juin 2010

À personne

Grosse émotion chez Libéral : la promesse d'un gel du salaire des fonctionnaires - qui est aussi une provocation gouvernementale à deux jours d'une mobilisation qui s'annonce costaude vu le contexte - lui procure ce délicieux petit frisson coquin qu'il ressent à chaque fois qu'il voit la droite faire quelque chose qui va dans le sens de ses fumisteries. Libéral cligne d'abord de ses petits yeux chassieux, regarde quand même autour de lui pour voir si son boss ne traîne pas dans les parages vu que cet adepte du neo-stakhanovisme et de la valeur-travail à angle droit profite de la connexion de son boulot pour traîner sur les sites d'infos et laisser des commentaires fustigeant le laxisme et la feignantise de la France qui tombe, et rassuré par la non-présence dans son paysage du chefaillon qui le martyrise gentiment sans que bien évidemment il ne moufte le moins du monde - Libéral ne se contente pas d'être un couard : il en est fier -, il esquisse un petit sourire satisfait en se disant que certes ce n'est pas encore ça, mais que ça commence d'aller dans le bon sens.

Libéral bosse dans le tertiaire et il est quand même drôlement content, 1) de travailler tout court, pas comme ces enculés de chômeurs et de fonctionnaires ; 2) de travailler dans le privé, parce que en tant que Libéral ça lui aurait fait trop mal aux couilles de taffer dans le Public. Libéral est conséquent avec lui même au point de préférer se faire enfler dans le Privé, comme ça il peut s'en vanter sur les forums de débiles où il officie sous le pseudo de "bobokiller666" en retrouvant d'autres dégénérés de son espèce pour pleurer ensemble sur la douleur de vivre en Bolchévie. Libéral est ce qu'on appelle en sociologie critique un "dominé", mais il refuse catégoriquement ce qualificatif parce qu'il a l'impression d'appartenir aux classes moyennes vu qu'il a fait un crédit à la consommation et qu'il gère son petit portefeuille sur Boursorama et c'est dire à quel point en effet c'est un crétin de catégorie supérieure. Et aussi un dominé, puisque étant un salarié exploité comme les autres, sauf que Libéral a une particularité : il est heureux de son statut d'esclave en chemisette.

Libéral est tellement con qu'il pense le plus sincèrement du monde que si le salaire des fonctionnaires baisse, ça va au final améliorer sa propre situation - Libéral a de plus en plus de mal à s'en sortir lui aussi, mais c'est parce qu'il est persécuté par la Tchéka fiscaliste - sans comprendre que si la fonction publique saute, tout le privé va s'en prendre encore plus dans la gueule vu que les fonctionnaires et leurs droits acquis sont le dernier rempart qui empêche les gens que Libéral admire de pressurer à mort les pauvres glands de travailleurs comme lui. N'essayez pas d'expliquer ça à Libéral : ses capacités de cognition sont irrémédiablement bouffées par son idéologie, la preuve en est qu'il croît à de sombres bêtises comme la Théorie du ruissellement, l'attrape-couillon qui fait croire que plus les riches sont riches, plus les autres vont aller mieux. L'expérience quotidienne la plus immédiate a beau montrer que la chose est aussi crédible qu'un séminaire de raëliens ne décourage nullement Libéral d'y croire, ce qui prouve également par là qu'il est d'une rare crédulité frisant l'imbécilité clinique.

Il y a deux options au destin de Libéral dans le monde que la bourgeoisie nous construit : soit il reste à son boulot dans des conditions de plus en plus dégradées et dégradantes et continuera d'être un salarié servile qui ne mouftera pas le moins du monde d'être sollicité pour travailler sur ce qui lui reste de loisirs et qui exigera que tous les autres courbent la nuque comme lui puisque si lui en chie il ne voit pas pourquoi tout le monde ne serait pas logé à la même enseigne ; soit il finira par se faire compresserdepersonelisé - lourdé, quoi -, ce qui lui laissera encore plus de loisirs pour brailler sur les forums d'abrutis en tentant vainement de retrouver du travail, mais ça sera parce qu'on est pas encore "vraiment" dans un société de marché.

On pourra aussi penser que, toujours conséquent avec lui-même, Libéral pourra tenter de "monter sa boîte" pour partir à l'aventure de l'entreprenariat, mais ça il l'a déjà fait et s'est planté comme une merde du fait de sa foncière incompétence et de sa complète incapacité à établir des relations de travail normales avec d'autres. D'où le job de sous-fifre où il végète actuellement, en maudissant l'État de l'avoir empêché d'avoir sa chance et en se disant que si il s'expatriait au States, peut-être...
Libéral pense que le Rêve Américain : c'est vrai. Quand on vous dit qu'il est complètement con.

Libéral va peut-être finir par choper un cancer à l'amiante - son boss a estimé que le déflocage des locaux lui reviendrait trop bonbon - qui le conduira à être soigné dans un hôpital où des infirmières exténuées feront ce qu'elles pourront pour le supporter, jusqu'à ce qu'il clamse comme un blaireau en hurlant contre le système de santé qui ne l'a pas sauvé alors que c'est pourtant le résultat concret de ce qu'il a toujours défendu bec et ongles.

Libéral ne manquera à personne.


lundi 21 juin 2010

Les mots sont des armes

Les mots sont des armes et il est attristant de constater que cette lapalissade, seul l'ennemi en a pourtant saisi la pleine mesure. Lui sait et a compris, et depuis longtemps, que les mots n'étaient pas que des suites de consonnes et de voyelles, mais des outils de destruction et de construction. Les mots sont des armes et au moment où nous parlons, seul l'ennemi le comprend et l'applique.

Les mots sont des armes parce dans les sociétés occidentales passées de cette "modernité" déjà obsolète à la société globale de l'information, où l'essentiel de l'économie s'est virtualisée et où les symboles et l'immatériel sont devenues des réalités agissantes qui influencent les vies de millions de personnes, l'utilisation des mots et leur articulation voient leur pouvoir démultiplié et accéléré à une échelle non seulement jamais vue mais qui n'en est encore qu'à ses balbutiements. Vous aimez Internet ? Ça tombe bien, puisque il va devenir plus que votre meilleur ami dans les années qui viennent : quelque chose de tellement évident et indispensable que bientôt on y fera même plus attention, comme s'acheter un briquet en plastique. L'homme des cavernes était fasciné par le feu qu'il avait réussi à créer et le contemplait en y voyant un signe des Dieux ; quelques milliers d'années plus tard, le même principe de pyrotechnie allait servir à envoyer des hommes dans l'espace. Vis-à-vis d'Internet, nous en sommes encore à nous enthousiasmer devant des étincelles.

Les mots sont des armes parce que si à la base la vie détermine la conscience, cette conscience peut également être façonnée et orientée par des mots et désormais la conscience peut déterminer la vie : à une échelle de masse, la conscience orientée des foules détermine la vie politique et on ne peut que le constater en ce moment où notre pire obstacle n'est pas l'opposition acharnée des dominants mais la résignation apeurée des dominés. Le travail de formatage effectué depuis des années porte pleinement ses fruits puisque la séparation achevée entre la vie concrète du pékin moyen et ce qu'il en pense dans son for intérieur sont arrivés à un point de complète schizophrénie ordinaire : c'était le but. Les conséquences sont séparées des causes et on vit dans l'exploitation en le sachant pertinemment mais sans voir le lien avec une quelconque révolte possible.

Les mots sont des armes et quelle meilleure illustration que cette séparation entre vie et conscience, qui n'est pas tombée toute seule mais qui a pris comme support un travail de propagande totale ciblant l'émotionnel et le ressenti, qui a travaillé l'impalpable même, d'où certainement le malaise de notre camp dans cette matière, convaincu qu'un certain rapport au réel prime sur "le ciel des idées" et rejetant dédaigneusement l'ordre du symbolique dans les fariboles superstitieuses, avec force citations des Grands Anciens et des Textes Sacrés. L'ennemi n'a pas ce genre de pudeurs et cette farce d'apéro saucisson-pinard des Identitaires, dont on peut raisonnablement penser qu'il n'a jamais été question de le faire IRL, a prouvé qu'on pouvait créer quelque chose à partir de rien : des mots sur des sites internet ont engendré d'autres mots qui etc., et peu importe que l'apéro ne se soit pas déroulé, peu importe que rien de réel ne se soit passé, sinon un rassemblement bouffon de militants d'extrême-droite qui n'était pas le véritable but de l'opération : leurs mots sont entrés dans le maximum de têtes et sans quasiment lever le cul de devant des ordinateurs. Parce que eux ont compris qu'à l'époque où nous vivons, les mots sont des armes.

Les mots sont des armes et les armes, c'est fait pour faire mal à l'ennemi. Les armes, ça sert à faire la guerre, et le moins qu'on puisse dire, c'est que notre camp ne s'est pas encore résolu à s'emparer des ces armes pour livrer la contre-offensive vis-à-vis de l'inlassable et cruelle guerre de classe que les dominants nous livrent sans répit. Les progressistes n'utilisent pas les mots en tant qu'armes, ils les utilisent pour décrire et dénoncer, pour "s'indigner" et pour "expliquer" : on ne sort pas d'un rapport à des mots vus comme "outils" - pour "démonter" le discours adverse, ou pis, faire cette pesante et inefficace "pédagogie" dont nous sommes décidément friands au point de ne pas comprendre qu'elle n'atteint personne -, des mots-outils mais pas des mots-armes. Ça se voit dans les tracts, dans les blogs, dans les discours, ça se ressent dans toute la production symbolique du camp progressiste, qui si il comprend qu'on est entré en phase de conflit ne sait pas comment utiliser les armes mises à sa disposition alors même, filons la métaphore, que les arsenaux regorgent de munitions. Comme si des soldats voulaient bien faire la guerre, mais pas avec des vraies balles.

Les mots sont des armes et rien ne m'en a davantage convaincu qu'écrire ici. Les mots sont des armes qui peuvent faire mal et blesser, on peut faire saigner avec eux, on peut atteindre l'ennemi par l'emploi de mots choisis et ordonnés ensemble et dès le départ c'était précisément mon but : faire mal. Au vu de la virulence de certaines réactions, il faut croire que j'y suis arrivé et ils me font encore plus rigoler quand ils prennent la pose de ceux que ça n'atteint pas et qu'ils se répandent en protestations que même pas mal et que ça ne leur fait rien mais alors rien du tout hein, fi !, puisque je te dis que ça me fait rien rien, merde à la fin !!! Quand ça ne fait rien et qu'on s'en fout réellement, on a pas besoin de le dire. Les mots sont des armes et les miens sont chemisés téflon. Ils ont crisé devant leur écran, ils se sont énervés tout seuls devant des pixels, et je sais à présent, la chose m'a été confirmée hier par des canaux personnels, que je suis parvenu à en faire chialer au moins un.

Les mots sont des armes et ce que je peux faire à mon tout petit niveau, sur un blog de rien du tout - tout le monde se fout des blogs, et avec raison par ailleurs - montre que si un ensemble collectif décide d'abandonner sa vision des mots-outils pour les penser comme mots-armes, une machine de guerre idéologique peut se mettre en place. L'idée fait son chemin, mais lentement, trop lentement. Trop de pudeurs, trop de ratiocinations, trop de conservatismes, trop de peur de faire peur, trop de bonnes raisons morales qui nous consolent de nos défaites : on a perdu, mais c'est parce qu'on est les gentils...

Mais des gentils avec des pistolets à bouchons, ça ne va pas bien loin.

Les mots sont des armes et il nous faut nous en ré-emparer pour que définitivement, notre gentillesse devienne impitoyable.


dimanche 20 juin 2010

The humain centipede

Comprenons nous bien :

Ayant bénéficié d'une robuste éducation à base de saines traditions à angles droits, du respect du labeur et de la noble abnégation qui y est attachée, ainsi que disposant d'un socle de valeurs morales qui rigolent pas, héritage d'un enseignement catholique tendance rectiligne ;

Ayant de plus effectué mon devoir de bon Français sous les drapeaux dans le prestigieux quoique rude corps des troupes aéroportées, période ô combien faste en roides émotions et astiquage de rangers façon miroir, et où le moins que l'on puisse dire est que la fantaisie a du mal à trouver sa place ;

Ayant également choisi un corps de métier où le souci de son prochain et, disons le, une certaine élévation morale est requise puisque ayant tout de même charge d'âmes et responsabilités du corps qui souffre afin de lui dispenser aide et soulagement ;

Bref : ayant autant que faire se peut mené une vie guidée par des principes rigoureux, lesquels par ailleurs peuvent à l'occasion transparaître dans mon entourage sous la forme de reproches, je cite, de "psychorigidité" voire parfois de "distance émotionnelle"...

J'ai tout de même un peu de mal à comprendre pourquoi, mais pourquoi donc la vision de cette bande annonce me plonge dans un état d'excitation aussi fébrile :



Pour dire les choses : je ne me tient plus d'impatience de voir ce film - dans lequel d'après ce qu'on peut comprendre, un savant fou allemand (sic!) kidnappe des glandus dans le très original projet de les coudre ensemble pour créer un mille-pattes humain...

Quelque chose à déconné quelque part, mais quoi ???...

samedi 19 juin 2010

La solidarité et l'égoïsme

Au plus fort des crues dans le Var, une habitante, lambda, ordinaire, pas pompière ni militaire ni rien de spécial, a pris un canot gonflable et est allé porté secours à de parfait inconnus par la seule force de s'être dit : "je devais faire quelque chose. Je ne pouvais pas les laisser comme ça". Elle a sauvé une dizaine de personnes en allant les chercher une à une dans des conditions effroyables, "au mépris du danger" comme on dit dans les remises de décorations pour ganaches gradées. Interrogée, elle refuse d'entendre parler d'héroïsme, considérant qu'elle n'a fait que ce qu'il fallait faire à ce moment.

Une équipe de France de football complètement bouffée par l'individualisme de ses joueurs et coachée par un Narcisse suffisant et méprisant s'est prise une branlée historique parce qu'uniquement composée de grands gamins millionnaires et capricieux ne pensant qu'à leur nombril et à leur chèque, tous incapable de mettre leurs mesquines vanités de côté ne serait-ce que pendant 90 minutes.

Vision frappante, saillante en ces moments de régression sociale majeure et sans précédent, de la force de la solidarité gratuite et n'attendant rien en retour contre l'égoïsme individualiste encouragé par l'argent, l'élan spontané et immédiat vers son prochain en danger contre le calcul glacé du solitaire solipcisé pour qui rien ne compte d'autre que lui-même.

Le libéralisme veut à tout pris nous convaincre que l'individu, a fortiori emmené par son désir individuel d'enrichissement, ne va pouvoir que s'épanouir lui-même et que cet épanouissement va profiter aux autres par ricochet ; c'est faux. L'individualisme ne donne naissance qu'à des individus repliés sur leur sphère personnelle et incapable de penser et de voir au delà de leurs intérêts immédiats. Que le communautarisme et les revendications identitaires n'aient jamais autant fleuries n'est nullement un hasard historique, mais procède en droite ligne de cette parcellisation du corps social en monades déboussolées qui prises de vertige devant leur propre individualité cherchent à se rassurer en ne rencontrant que leurs exacts semblables pour se tenir chaud.

Ce devenir-individu a aussi un but politique précis : briser tous les liens de solidarité et surtout dans le monde du travail pour n'aboutir qu'à des esclaves égoïstes ne pensant qu'à leur gueule et finissant par n'éprouver aucune solidarité vis-à-vis de leur collègues qui peinent et souffrent. Le management par la peur achèvera de convaincre de la nécessite de baisser la tête et de prier pour que cette fois là, le couperet tombe ailleurs que sur soi...

Les libéraux ne sont jamais crédibles quand ils pérorent que leur idéologie est la garantie de l'épanouissement de tous, et pour cause : elle ne l'est pas et n'a jamais été conçue pour ça. Elle se contente de s'appuyer sur ce qu'il y a de plus étroit et mesquin dans l'être humain pour l'encourager, en agitant la carotte de l'argent pour faire avancer plus vite le bourricot individualisé. Le but du libéralisme, son objectif final, c'est l'éternelle guerre de tous contre chacun et le repli sur les structures communautaires pour remplacer la solidarité envers les autres par le lien avec les "siens", dans l'acception la plus riquiqui de ce terme.

Sauf que malgré la propagande, qui décrit les gens comme des lâches et des égoïstes, qui insiste toujours sur le minable et jamais sur ce qu'il peut y avoir de grand, cette solidarité immédiate existe. Continue d'exister. Se manifeste dans ces accidents de la route où des automobilistes s'arrêtent pour porter secours à d'autres, dans le travail où on se serre les coudes contre l'arbitraire de la direction, dans la vie quotidienne où on est capable de ressentir compassion et proximité avec des gens qui vivent à des milliers de kilomètres. Ça existe, ça continue d'exister même dans un contexte où tout encourage à la faiblesse du chacun pour sa gueule.

Et c'est là dessus, sur cette meilleure part de nous mêmes, qu'il faut s'appuyer pour tenir face à ceux qui nous encouragent à vivre et penser comme des porcs. Comme eux.

Soldat couvert de gloire

"Mon père a été arrêté et interné à la prison de Berrouaghia, appelée pudiquement " centre d’hébergement ". Mon oncle, Zerrouky Abdelkader, ancien arbitre de football, a été arrêté, torturé, puis fusillé sans procès, en compagnie de quatre autres hommes, sous les yeux de mon grand-père. Le lendemain de sa mort, les paras de Bigeard placardaient des affichettes sur les murs du village de Fondouk, selon lesquelles mon oncle, " important commissaire politique ", a été abattu lors d’un accrochage avec les " forces de l’ordre ". Et puis il y a les autres membres de ma famille, des Zerrouky et des Mazari, arrêtés et portés disparus. On ne sait même pas où ils ont été enterrés.

Le général Marcel Bigeard sait tout cela. Lui-même n’a-t-il pas reconnu que Larbi Ben M’Hidi, dirigeant de la révolution algérienne, a été " trucidé " après son arrestation, et que sa mort a été maquillé en " suicide ". Et tous ces jeunes Algériens que les paras de Bigeard balançaient dans la mer du haut des hélicoptères et qu’on retrouvait rejetés sur les côtes algéroises ? Est-ce une invention de la propagande du FLN ? Non ! C’est l’ancien préfet d’Alger, M. Teitgen, qui a révélé ces crimes affreux. Mais, heureusement, il y a eu ces officiers et soldats français, qui, en leur temps, ont dénoncé cette répression, mais qui n’ont pas eu les honneurs de la République, comme cela a été le cas pour Massu et Bigeard".

(Source)

vendredi 18 juin 2010

On a les amis qu'on mérite

"Je me fiche que ces compagnons de route sur les trottoirs de la rue Myrha et pas au-delà soient racistes ou antisémites, allergiques aux seuls islamistes, aux musulmans ou à tous les Arabes et même aux Juifs. Qu’ils se placent ou qu’on les place à l’extrême droite ne m’intéresse pas en l’occurrence. Je ne veux pas savoir si parmi eux, figurent ces crétins qui ne méritent pas la corde pour les pendre qui profanent les tombes de musulmans morts pour la France. Contre ceux-là, je pourrais bien m’allier un jour avec des musulmans Français et fiers de l’être. Il ne s’agit pas de fraterniser mais de remettre à sa place un islam conquérant. Il faut s’occuper de ses ennemis par ordre de priorité, à la guerre comme à la guerre, et mettre de côté nos contentieux pour les régler plus tard. Ou pas."

Sauf que bien évidemment non, Cyril Bennasar, tu ne t'en fiche pas du tout, en réalité. C'est juste qu'à l'instar de ta patronne en robe à pois, tu sais qu'il existe encore un truc qui s'appelle loi Gayssot et qu'on ne peut pas se lâcher autant qu'on le voudrait, voilà tout. Cependant, on ne peux que te remercier d'autant de candeur rafraîchissante dans ce doux aveu où vont tes préférences : ce n'est pas comme si on ne le soupçonnait pas, entendons nous bien, mais disons que ça a le mérite de la sincérité.

C'est d'ailleurs la seule chose qui soit un tant soit peu amusante dans cette navrante histoire : voir les décomplexés à QI négatif dans ton genre tenter plus ou moins maladroitement que vos nouveaux copains identitaires ne sont pas "si" d'extrême-droite que ça ; il suffit d'entendre leurs porte-paroles rouspéter contre le laxime du Front National en matière d'immigration pour constater que la ficelle est plus grosse que le tour de taille de Philippe Vardon, et on ne peut s'empêcher de se demander qui donc ça peut abuser. Excepté bien entendu les dégénérés qui grouillent chez Riposte Laïque, dont les interventions lumineuses des représentants sur les plateaux télé font irrémédiablement penser à un cortège de lapins pris sous les phares d'une voiture tellement ils ont la même vivacité dans le regard et certainement aussi un intellect très similaire à ceux des léporidés. On a les amis qu'on mérite, décidément, et je ne puis pour ma part songer sans un frisson, doublé d'une forme de curiosité morbide il est vrai, à cette rencontre avortée entre cas sociaux en Fred Perry, laïcards à cervelle cuite, racialistes à l'intelligence de parpaings et lecteurs de Fesetouche décidés à se donner du frisson autrement qu'à leur lecture quotidienne de faits divers sordides. La chose assurément aurait été une délectable fête de l'esprit, sans doute fort courte il est vrai puisque assez vite interrompue par quelques centaines de casquettes énervées venues demander des explications aux participants quant à leur définition exacte de l'islamophobie. C'est dommage, je me réjouissais d'avance des vidéos sur Dailymotion.

Cependant, on peut compter sur toi et tes semblables pour se répandre en larmes dans tout l'Internet comme en ce moment, jouant à la perfection votre rôle d'idiots - très très idiots, quand même... - de la domination, puisque ce n'est évidemment nullement un hasard si en ce moment on assiste à une libération sans pareille de la parole xénophobe ; dame, c'est qu'en cette période de régression sociale majeure, de réformes obscène des retraites, de crise financière et de plan d'austérité français à venir, il devient plus qu'urgent de détourner l'attention sur d'autres problèmes. Illustration d'ailleurs très bourdieusienne de l'habitus petit-bourgeois en pleine déréliction mentale qui épouvanté par un monde qu'il ne comprend plus se cherche dans une panique frénétique des objets de détestation pour expliquer la dégradation de ses conditions de vie et de travail, mais qui ne sera jamais assez courageux pour s'en prendre aux vrais coupables. Ces gens sont très répugnants, en effet.

Et encore cela est-il une explication à caractère sociologique, c'est-à-dire se plaçant dans l'ordre de la rationalité ; mais encore une fois, il est à craindre que pour bien des gens désireux de participer à ce genre d'apéros, la solution ne se trouve réellement du côté de la psychiatrie.


mercredi 16 juin 2010

You're invited

Quand à la Médiathèque en me baladant dans la section Périodiques, je suis tombé sur la version papier de Valeurs Actuelles - le magazine des retraités droitards qui sentent le moisi - et que sur la couverture j'ai lu : "Intellectuels : les nouveaux insoumis", avec plein cadre la tronche de la flaque Zemmour, j'ai commencé à sourire. Ils osent tout et ne doutent de rien, ils sont prodigieux.
Mais quand je me suis emparé du canard, fébrile à l'idée de découvrir qui étaient donc ces Jean Moulin de la Résistance intellectuelle - en m'en doutant quand même un peu aussi, hein - et que le chapeau de l'article consacré à Elisabeth Lévy ne craint pas de s'intituler :


Là, j'ai franchement éclaté de rire devant tout le monde.
Il suffit d'avoir aperçu la mémère en robe à pois sur un plateau télé quelconque, glapissant des bêtises de sa voix chevrotante en montant de plus en plus dans les aigus pour tenter de faire taire ses contradicteurs par un mélange de terrorisme intellectuel et de décibels alimentés par une paranoïa galopante et une perpétuelle reconstruction de la réalité, pour savoir que le "débat", elle n'en a rien à carrer et n'est là que pour faire plaisir aux cohortes de souchiens à QI de lapins morts qui se tripotent la nouille sur l'identité nationale et le totalitarisme musulman.

De plus, si on peut constater que "l'amour du débat" n'est pas franchement la tasse du thé de la taulière du bistrot Causeur, celle-ci n'hésite pas non plus à prendre de grandes libertés avec la vérité, puisque quand dans son article fustigeant l'interdiction par la Préfecture de Paris de l'apéro ethnodifferencialiste des Identitaires planqués derrière les spongiformes de Riposte Laïque, elle ose tout et c'est à ça qu'on la reconnaît :

"Je ne connais pas les groupes qui ont appelé vendredi à un “apéro saucisson et pinard” dans le quartier de la Goutte d’or"

Et donc, là, elle ment.
Elle qui avoue traîner régulièrement sur Fsetouche et qui ne peut que connaître et apprécier Riposte Laïque, elle serait une sorte d'étourdie politique qui n'aurait jamais ou si peu entendu parler ne serait-ce que vaguement des nazillons identitaires ? Allons donc. Elisabeth Lévy ment comme un Jérôme Leroy et à force de traîner dans des milieux où le mensonge pathologique le dispute à la mythomanie élevée au rang des Beaux-Arts, il en deviendrait presque normal de ne plus savoir faire la part des choses entre ce qui est vrai et ce qu'on choisit de présenter comme vrai.

Le reste de l'article étant le hululement islamophobe habituel, on glissera dessus pour s'intéresser plutôt à la façon, lamentable, dont cette affaire a été gérée par les pouvoirs publics et quelques figures intellectuelles. D'emblée, ça commençait très mal puisque en cherchant la petite bête (immonde) en voyant un symbole SS dans la police de caractère de "saucisson" sur l'affiche du machin, quelques uns se sont bien vautrés dans le ridicule le plus complet. Hasard de typo qui a fait tout de suite la joie des organisateurs qui ont pu ainsi brailler à la stigmatisation infamante et prendre la pose d'anticonformistes incompris.

Mais le pire a été atteint avec la façon dont SOS Racisme est tombé dans tous les pièges tendus avec un enthousiasme atterrant : tout le bazar est depuis le début une opération de comm' destinée à buzzer, au point qu'on peut même douter sérieusement de la réelle volonté de vraiment faire un apéro-provoc en plein Goutte d'Or, la branche antiracisme du P"S" s'est montrée politiquement en dessous de tout non seulement dans l'analyse de la provocation et s'est bien enfoncée en demandant et obtenant l'interdiction de l'évènement, pour le plus grand bonheur des organisateurs qui vont désormais se répandre en fausses lamentations pendant des mois. Si on met cette déconfiture en parallèle avec le grotesque rapport récent du MRAP sur le racisme sur Internet, on voit donc que l'antiracisme "officiel" en France est en dessous de tout puisque ne proposant aucune lecture politique de la xénophobie et se contentant de faire la morale.

Alors qu'au contraire, il fallait laisser faire cet apéro ! Et ce pour au moins deux raisons :
- parce que organiser un raout islamophobe en plein quartier musulman aurait eu quelque chose d'assez goûtu et aurait surtout permis de constater que bien peu de gens auraient fait vraiment le déplacement. Le ridicule aurait fait se dégonfler le buzz en moins de temps qu'il n'en faut pour déboucher un Sauternes et ce n'est pas parce qu'on clique "I like" sur Facebook qu'on va pour autant passer à l'acte IRL.
L'interdiction tombait donc bien à pic et a évité aux organisateurs une situation où ils auraient eu du mal à expliquer le fossé entre le nombre de clics et le nombre de vraies personnes.

- ce qui leur a aussi évité de se faire courser par des habitants du quartier relativement peu contents de la manifestation et qui n'auraient peut-être pas gardé leur calme devant cette brochettes d'imbéciles. Sans compter sur l'assurément inévitable débarquement en masse de djeun'z à casquettes et capuches venus des quartiers pour fêter la chose à leur manière. Par cette interdiction, on a évité une assez gigantesque partie de gifles qui n'aurait sans doute pas tourné à l'avantage de défenseurs de la laïcité...
Quelqu'un d'aussi soucieux du respect de l'ordre public que je le suis ne peut évidemment que se féliciter que force soit resté à la Loi et au calme. Même si, bon, il faut bien admettre que ça promettait des joyeuses vidéos en ligne.

Conclusion : il faut complètement repenser l'antiracisme et la première des priorités est de l'enlever des mains des pseudopodes socialistes dont la nullité dans ce domaine s'est encore une fois démontrée à cette occasion. Ce sera l'occasion de repolitiser tout le bazar et ça ne sera pas plus mal.

Pour mes lecteurs et teuses que ça intéresse de causer de tout ça autour d'un verre, je fais un petit tour à Paris à partir du 25 prochain et compte organiser un apéro CSP dont j'ai bon espoir qu'il ne sera pas interdit par la Préfecture. Si tu est parisien-sienne et que tu as envie de dire du mal des gens avec moi, tu m'envoie un mail et je te dis où ça va se faire.


mardi 15 juin 2010

Hostile

Le gauchisme crétin pour les enfants

Il faudra un jour se pencher une bonne fois pour toutes sur une définition exacte, précise et rigoureuse de la notion de gauchisme crétin. Extension pour l'essentielle intellectuelle se parant parfois des atours de la scientificité comme nous verrons plus loin, plus communément réaction primaire de l'ordre d'un degré zéro de la réflexion, le gauchisme crétin se caractérise surtout par l'anathème qu'il jette immédiatement sur tout ce qui ose être en désaccord avec ses élucubrations. Parce que le gauchisme crétin élucubre, et pas qu'un peu, et sur à peu près tout.

L'exemple le plus connu, le plus immédiatement perceptible de l'intrinsèque crétinerie du gauchisme crétin, c'est l'emploi immodéré et à toutes les sauces de "facho". Entendu non comme la définition de "fasciste", c'est à dire désignant un individu porteur d'un projet politique précis basé sur des théories inégalitaires - Marine Le Pen par exemple est une fasciste, au sens toujours politique du terme -, mais étant l'anathème de prédilection servant à stigmatiser...n'importe qui et n'importe quoi. Et de préférence celui n'est pas d'accord avec les fumisteries pondues par le gauchisme crétin, puisque par exemple à la fin de ce billet, il y'aura obligatoirement des sots pour trouver les points de vues qui y seront exposés comme étant : "fachos", vous allez voir.

Le gauchisme crétin trouve un lieu d'épanouissement essentiellement dans les milieux à connotation intellectuelle, de ceux où la théorie est soigneusement coupée de toute pratique, ce qui permet de baguenauder dans des azurs du portenawak le plus complet sans avoir trop de comptes à rendre à la réalité. Tout ceux qui gravitent depuis quelque temps dans les parages d'une certaine gauche assez très à gauche ont obligatoirement croisé des spécimens de gauchistes crétins, ceux-ci se caractérisant par une lourde propension à vous faire la leçon en permanence afin de vous expliquer à quel point vous êtes fondamentalement une sorte de vendu au système et ce quoi que vous fassiez, généralement doublé d'une variante de "facho" - inconscient, encore que...- histoire d'enfoncer un clou déjà bien plombé. Et oui, ces gens sont effroyablement fatigants, font le vide autour d'eux à une vitesse folle, ce qui leur permet généralement de continuer de rester entre eux pour se tenir chaud. Imbécile à djembé en bandoulière ou post-bourdieusien à cervelle qui fume, militant qui n'en finit jamais de déconstruire tout ce qui bouge et individualiste citoyen en perpétuelle prise de tête qui vous oblige de gré ou de force à partager ses angoisses petites bourgeoises, le gauchiste crétin est la plaie du milieu et que celui qui n'a jamais été tenté au beau milieu d'une conversation particulièrement pénible de faire sortir le "facho" en lui pour y aller à coups de beignes me jette la première pierre.

De ce point de vue, la contribution d'un certain Julien Barnier à la science pédagogique - trouvé, ô hasard, sur LMSI, véritable phare de la pensée gauchiste crétine dont la spécialité est de qualifier de crypto-raciste hétérodominant occidentalocentré...tous les gens qui ne sont pas d'accord avec LMSI. Pour lesquels le voile est au passage non comme on pouvait bêtement le penser un signe d'oppression des femmes mais tout au contraire une marque d'émancipation. Oui, ils seraient presque drôles, parfois. Presque - brillante contribution donc se penchant sur la "domination adulte" et on va vois qu'on est confronté à du très très lourd, ici.

(Bourdieu, que de crimes commis en ton nom...)

"Énoncer qu’il existe un rapport de domination des adultes sur les enfants peut sembler à la fois une évidence et une absurdité : une évidence, car on ne saurait nier que la position d’adulte confère globalement une position d’autorité sur celle d’enfant ; une absurdité, car cette position nous apparaît comme normale, naturelle et même positive. Elle s’appuie de plus sur des caractéristiques « objectives » : les enfants sont objectivement « dépendants », « fragiles », ce sont des « êtres en cours de formation » qu’il convient donc de « protéger », « d’éduquer », « d’encadrer », etc."

On goûtera les guillemets à "objectives" : comme quoi ça apparaît évident comme ça mais naaaaaaan, il faut avoir un regard "critique" et "questionner l'évidence". Ce qui comme démarche n'est d'ailleurs pas critiquable en soi, certes ; sauf quand ça vient comme ici à remettre en question précisément quelque chose de justement objectif : l'enfant, de fait, est en situation de dépendance totale du fait de sa fragilité psychique et physique. Ces dernières n'étant pas des "constructions culturelles" mais des données biologiques. Mais ça, ce sont des données "objectives", et l'objectivité, c'est "facho".

"Le statut inférieur accordé aux enfants est d’abord présent dans la manière de les nommer. L’enfant, étymologiquement, est celui « qui ne parle pas ». Il appartient au monde des « petits ». Jusqu’à l’âge de sa majorité, il est considéré comme un être « mineur ». Par ailleurs, la plupart des appellations utilisées pour le désigner sont de l’ordre du péjoratif : gosse, gamin, morveux, chiard... Et celles-ci sont souvent considérées comme des insultes quand elles sont appliquées à des adolescents ou des adultes (« bébé », « gamin », « ne fais pas l’enfant », etc.)"

Une de mes copines élève sa fille de 4 ans en la surnommant "la relou". Je cours dénoncer cette mère indigne au commissariat.
J'adore "il appartient au monde des "petits". Il est petit, banane !

"Objectivement, l’enfant est évidemment dans une situation de dépendance quasi totale vis-à-vis des adultes, et en particulier de ses parents : pas de ressources propres, pas d’indépendance possible, pas de droit de regard sur les décisions le concernant, y compris jusqu’à un âge avancé. Une fois scolarisé il est soumis à des horaires et à une charge de travail très importants, comparables à ceux endurés par beaucoup d’adultes dans leur vie professionnelle. En-dehors de l’école il n’est jamais totalement maître de son temps et de ses activités car c’est en général toujours l’organisation et la volonté des adultes qui l’emportent (« on doit partir, tu joueras plus tard »)"

Toute personne s'étant un jour occupé d'enfant en bas âge - c'est mon cas - sait d'ailleurs que laisser l'enfant décider de ce qu'il va faire est une très bonne idée qui plus est pas dangereuse du tout et ne présentant aucun risque pour son intégrité physique. Qu'on mette une pression excessive sur les gamins dès le plus jeune âge est une chose : il y'a là en effet matière à critique et réflexion s'inscrivant dans un contexte politique général de "rentabilisation" de l'enfant. Pour autant, doit-on le laisser faire tout ce qui lui passe par la tête ?

"Typique de nombre de relations de domination, cette dépendance est d’ailleurs totalement « renversée » dans certains discours : on parle ainsi « d’enfant-roi » ou « d’enfant-tyran », tout comme on insinue parfois que les chômeurs sont des privilégiés ou que les immigrés sont coupables de « racisme anti-français »."

Oui, c'est du gloubiboulga mental, en effet. Mettre exactement sur le même plan l'oppression exercée sur des populations effectivement stigmatisées et l'éducation de l'enfant est un raccourci intellectuel parfaitement fallacieux puisque tout simplement, les situations ne sont en rien comparables...
Mais je dois être un peu "facho" pour penser ça, sans doute.

Bon, je ne vais pas vous faire tout l'article, c'est déjà trop long, et à côté du seul point à peu près acceptable de cette laborieuse démonstration - la supériorité physique de fait pouvant légitimer moralement des formes de maltraitance, ça c'est vrai en effet -, on finira sur l'incontestable perle d'un texte qui en comporte pourtant des bien grosses :

"en tant qu’adulte, et encore plus en tant que parents, nous devons prendre conscience de cette domination en étant nous-mêmes dominants. Ceci passe alors par une remise en cause personnelle et un travail permanent pour ne pas se laisser aller à ce qu’on ferait souvent naturellement : se comporter avec ses enfants d’une manière qu’on n’accepterait pas de la part d’un homme envers une femme ou d’un patron envers ses employés"

Pfou.

Et oui, en effet, rien de bien nouveau ici. Puisqu'il ne s'agit au final que de la réactualisation des théories "anti-autoritaires" issues de ce que l'effervescence de mai 68 a fait de pire - il y a eu beaucoup de bon dans mai 68, mais pas que : la preuve - avec la même argumentation simplement remise à jour par la captation des théories de Pierre Bourdieu à qui on peut désormais faire dire n'importe quoi puisque ne pouvant plus contredire personne, y compris ses fans les plus originaux, disons...

Sauf que 30 ans plus tard, on a vu ce que ça a donné, ces conneries sur l'éducation "non-autoritaire" : des adultes immatures et capricieux infoutus de penser au delà de leur individualisme, saoulants à force d'égocentrisme et devenant par là de parfaits petits soldats égoïstes du néolibéralisme. On a tous rencontré des gens à qui visiblement leurs parents n'ont pas dit assez "Non ! Tu ne fais pas ça !" et le résultat individuel comme collectif est tout simplement désastreux.

Le gauchisme crétin est une plaie : non seulement il fabrique des "individus" incapables de penser au delà de leur propre horizon - d'où d'ailleurs le communautarisme dont LMSI fait systématiquement l'apologie la plus enthousiaste -, mais il devient in fine le soutien de cette domination qu'il prétend dénoncer.
C'est à ce titre qu'il doit être combattu et le plus férocement possible.


lundi 14 juin 2010

Et à la fin

(Contribution par Matthieu)

Puisqu'on ne va pas pouvoir y échapper pendant un mois, servons nous du foot pour parler d'autre choses :

Il est un dicton de footeux qui dit : "Le foot est un sport qui oppose 2 équipes de 11 joueurs, et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne..."

Il serait utile de populariser cette autre formule qui ne s'est jamais démentie : "La lutte des classes oppose les exploités aux possédants, et à la fin, les "socialistes" trahissent toujours"

Et quand cette phrase sera bien rentrée dans la tête de tout monde, alors on arrêtera peut être de se faire taper sur la gueule par la droite et les patrons.

En île de France, promis-juré le PS et les neuneus d'EE allaient mettre en place un "tarif unique" RATP pour toutes les zones "une mesure à la fois sociale et écolog...blablabla".

Moins de 3 mois après, PS et EE votent l'augmentation des tickets et abonnements.

"et à la fin, les "socialistes" trahissent toujours"

L'excuse des ces Calimero est simple : "C'est la faute de la récession, on à moins de rentrée d'argent". Si c'était vraiment lié à la croissance, alors les tarifs auraient du baisser 29 fois sur les 30 années précédentes. La preuve.  

"et à la fin, les "socialistes" trahissent toujours"

Quelques mois plus tôt, en Grèce, les "socialistes" prônaient la justice sociale. Le croiras-tu ? ils mentaient ! (bigre)

"George Papandreou a promis de supprimer les gaspillages et de revoir les dépenses militaires afin de réduire le déficit budgétaire.
Il a fait part de son intention de stimuler l'économie en portant les investissements publics à quatre pour cent du PIB et en accordant dans le secteur public des augmentations salariales supérieures au taux d'inflation.
Il a promis de préserver le pouvoir d'achat des ménages en bloquant pendant un an les prix des services contrôlés par l'État.
Caramanlis a fait savoir la semaine dernière que s'il était réélu, il bloquerait les salaires du secteur public et accélèrerait les privatisations pour limiter les dépenses publiques et réduire la dette nationale.Papandreou a jugé cette politique catastrophique
."

C'est le même ? Celui qui prie aujourd'hui les Grecs de bien vouloir se saigner à blanc (Et plus vite que ça !) pour faire plaisir à "lemarché" ? De bosser plus longtemps, plus dur, moins soignés, moins éduqués et moins payés ?

Soit ce type est atteint de schizophrénie au point qu'il pourra bientôt jouer un super-méchant dans Batman, soit ce type est socialiste... Ah ? il est socialiste ? Je me disais aussi...

"La lutte des classes oppose les exploités aux possédants, et à la fin, les "socialistes" trahissent toujours".


dimanche 13 juin 2010

Prendre de la graine

Comme quoi, tout ne pas si mal partout :

"Chaque mois le PCJ (Parti communiste du Japon) gagne 1.000 nouveaux militants, actuellement dans ses rangs il a plus de 415.000 militants. Un autre symptôme de plus du mécontentement qui existe chez les jeunes japonais, qui durant ces dernières années étaient plus caractérisés par leur apathie politique que par leur enthousiasme révolutionnaire, est l’augmentation de la fréquence de manifestations de travailleurs dans les rues de la capitale".

Foutre. Ces bons bridés qu'on nous présentait systématiquement comme de dociles et polis bourreaux de travail commenceraient-ils eux aussi à en avoir plein les miches ? Mais tout aussi intéressante est la façon dont les mangeurs d'enfants du soleil levant travaillent leur propagande :

"La résurgence du communisme japonais s’empare de tous les outils du XXIe siècle, avec Internet et les vidéos en ligne jouent un rôle vital. Le président du parti, Kazuo Shii, a déchaîné une grande vague de nouveaux militants après avoir prononcé un discours parlementaire impressionnant dans lequel il dénonçait l’exploitation des jeunes travailleurs, la vidéo s’est convertie en un objet de culte pour les jeunes japonais pour les pages de vidéos en ligne".

D'accord. Donc eux, ils ne font pas de "pédagogie" mais utilisent le Ouèb comme arme de propagande en tant que telle. Je vous ai dit qu'il fallait en finir une bonne fois pour toute avec la "pédagogie" ? Oui, hein ? Ben je vous le redis. La "pédagogie" c'est chiant et ça n'intéresse personne.

"Un autre symptôme du tournant croissant vers la gauche est la popularité subite d’un roman classique japonais, Kanikosen (De la pêche), qui parle des travailleurs d’une fabrique qui se soulèvent contre leurs oppresseurs capitalistes. Il a été écrit il y a presque quatre vingt ans par Takiji Kobayashi, un communiste qui a été été torturé jusqu’à la mort pour ses idées politiques alors qu’il avait 29 ans, les ventes du roman sont passé d’environ 5.000 annuelles à 507.000 depuis le début de l’année, en le catapultant d’une façon inespérée à la première place des livres vendus dans le pays. Une bande dessinée Manga qui réédite la même histoire marxiste est aussi très populaire parmi les jeunes, cette année a été vendu à 200.000 exemplaires. Kosuke Maruo, l’éditeur d’East Press, qui publie la version Manga dit que « Le succès de l’histoire consiste en ce qu’elle représente de bonne manière graphique la situation des pauvres travailleurs actuels »."

Ok, résumons :
Un parti anticapitaliste grossit et se renforce dans un pays pourtant pas vraiment renommé pour le caractère viscéralement bolchévisant de ses politiques de travail. Les luttes existent, les manifs augmentent, et les idées progressistes disposent donc d'un espace conséquent pour s'exprimer dans la population et convaincre les masses. Ce qui es fort beau et bon.
De plus, il semblerait à la lecture de l'article - qui demande bien évidemment à être fouillé plus avant - que nos cousins orientaux ne fassent contrairement à nous guère la fine bouche dès qu'il est question de propagande jusqu'à s'emparer des outils de culture populaire à disposition localement (le marxisme en mangas, kids !) et semblent avoir assez bien compris un usage politique d'Internet passant par des formes un chouïa plus percutantes que, disons, les nôtres...

Donc. Je me répète et me répéterai jusqu'à ce que ça entre. Le fond du message, c'est bien. La forme du message, c'est bien aussi.
Ça finira par rentrer. À force.

samedi 12 juin 2010

Alain Duhamel découvre le capitalisme

Ça fait tellement longtemps qu'Alain Duhamel fait partie du paysage, tellement longtemps qu'il est comme naturellement incrusté dans tous les médias possibles et imaginables, qu'il fait partie de ces multi-cumulards pérorant du haut de leur bouffissure pontifiante sur tout et surtout n'importe quoi, tellement longtemps qu'il donne des leçons à la terre entière, qu'on finirait presque par se contenter de jeter un demi-cil morne quand on le voit signer une chronique quelconque avant de passer à n'importe quoi d'autre de plus excitant, comme changer la litière de son chat par exemple.

Alain Duhamel, c'est avant tout un style : particulièrement pesant et chiant. Autant l'hystérie perpétuelle d'un Rioufol vous a quelque chose d'amusant, autant entendre Son Altesse Elisabeth Lévy partir dans les aigus pour tenter de faire taire le malotru osant émettre un avis contraire au sien a au moins le mérite de déclencher une réaction - d'exaspération et d'envie de baffes dans la gueule, certes, mais une réaction -, autant lire et/ou écouter Alain Duhamel se résume à une purge d'importance qui laisse comme un goût de poussière. Le Plan B l'avait surnommé "purée froide" avec beaucoup d'à propos, à l'époque où ce journal était encore lisible et n'était pas devenu insupportable à force de vouloir expliquer la vie à tout le monde. Il arrête de publier, d'ailleurs, et cet échec n'est certainement pas sans rapport avec la manie qu'il avait développée de se poser en distributeur de bons et mauvais points sans proposer d'autre alternative politique que de devenir à peu près aussi ouverts et modernes que Lutte Ouvrière. Et encore, hein, Lutte Ouvrière, ça partait parfois dans le réformisme petit-bourgeois n'est-ce pas. Si ça se trouve, certains militants ont même la télé chez eux, c'est dire à quel point ils doivent être soupçonnés de collusion objectives avec les médias qui mentent.

Mais revenons à ce pénible Duhamel.
Qui signe, hélas, une tribune dans Libé, eh oui, et en plus on a un début de printemps pourri. Disons que ça a toutefois une sorte de mérite, puisque Purée froide s'aperçoit ô stupeur qu'il vit dans un monde complètement stupéfiant :

"à côté de l’électorat populaire, il faut compter chaque jour davantage avec l’électorat financier. Le pouvoir politique national n’est plus seulement soumis à la communauté des citoyens. (...) Chaque élection, chaque programme gouvernemental, chaque décision significative de l’exécutif peut être sanctionnée par le suffrage universel, mais se trouve également surveillée, jaugée et notée par la main très visible des marchés. Telle est la nouvelle donne politique, plus sévère et plus influente que la sélection des candidats ou que les fluctuations de la géographie des coalitions électorales. Les remaniements ministériels ou l’organisation de primaires pèsent peu à côté des facteurs financiers."

Alain Duhamel, 70 ans eh oui déjà, découvre le capitalisme. L'étape suivante, ça sera de comprendre la différence entre démocratie formelle et démocratie réelle et peut-être que si il vit jusqu'à 140 ans - chose nullement impossible tant le personnage semble comme éternellement figé dans une gangue de sottise qui défie du temps les outrages -, peut-être qu'il s'apercevra que finalement, le capitalisme, ce n'est pas si terrible que ça, en fait.

Certes, il admet que bon, effectivement, on pouvait comme se douter quelque peu que l'argent et ceux qui le possèdent auraient eu manière d'influence sur le cours des choses politiques. D'accord. On est ébloui par tant d'audace intellectuelle et on se demande pourquoi quand on dispose d'un aussi pétillant et subtil esprit que ce bon Duhamel, on a pas été nommé à un poste de Commissaire au Plan ou assimilé. Cette fulgurance de la pensée chez Alain Duhamel laisse comme une ivresse, décidément.

"La mondialisation a fait changer de vitesse, d’intensité et de poids l’intervention du facteur financier dans la décision politique. La construction européenne a transformé les options politiques nationales et les règles communautaires en sœurs siamoises"

Mondialisation et construction de l'Europe de marchés que Purée froide a toujours applaudi avec constance, par ailleurs.

"Chaque réunion des ministres des Finances européens est aussitôt analysée et sanctionnée, positivement ou négativement, par les marchés. Chaque dîner entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel (en particulier s’il est reporté) fait à l’instant trembler la Bourse et varier l’euro. Chaque initiative nationale se trouve sur-le-champ surinterprétée, évaluée et notée"

On aborde ici une nouvelle étape dans la prise de conscience duhamélienne du monde dans lequel on vit : pour le moment, il se contente de décrire la dictature de fait qu'exerce le Capital sur les vies des nations et partant de ceux qui y vivent. Encore un petit effort, et il finira peut-être par se demander si il est complètement normal qu'il en soit ainsi. Il faut avoir foi en l'être humain.

Mais pour le moment, Purée froide n'y voit pas trop d'inconvénient à l'évidence, puisque les seuls braillards qui trouvent à y redire sont les usual suspects

"L’extrême gauche, l’extrême droite ou les souverainistes proclameront que c’est la démonstration que sociaux-démocrates ou libéraux ne sont que les deux branches d’une seule famille. Ils ont tort : en période de crise, a fortiori en plein désordre monétaire, les marchés financiers s’imposent aux gouvernements, lesquels peuvent néanmoins se montrer plus ou moins efficaces, plus ou moins compétents, plus ou moins inspirés. En période de croissance ordonnée, les gouvernements, voire les idéologies reprennent en revanche la main et peuvent donc se différencier"

Mettre dans le même sac lézesstrèm tout en faisant mine de rien l'apologie des politiques de rigueur - gage d'efficacité, de compétence et même, ô poète, d'inspiration : c'est tout un art, Madame. Purée froide y est rompu comme personne. Avec en cerise moisie sur le gâteau pourri cette fausse résignation devant ce soi-disant inéluctable de démocraties liées aux Jolis Marchés : l'eau ça mouille, le feu ça brûle, les corps chutent en raison de l'attraction terrestre, et les marchés imposent leurs caprices aux gouvernants. C'est comme ça et on y peut rien mon bon, allez, on ne lutte pas contre la souveraine nature, insensés que vous êtes.

À ceci près que le Marché et contrairement à ce que braillent les dégénérés qui s'en font les troubadours :
- n'est pas naturel puisque une construction politique et donc humaine ;
- n'a nulle légitimité à dicter ses caprices ;
- et que partant s'en débarrasser définitivement ne pourra que faire se porter mieux tout le monde.

Peut-être que si il atteint les 200 ans, Alain Duhamel comprendra ce genre de choses. Peut-être.