"En 2006, la mairie de Paris décide de ne pas renouveler la concession accordée depuis cent vingt ans au Racing-Club de France pour l'usage privé de ces 7 hectares de domaine public. A la place, elle choisit le groupe Lagardère, qui a le bon goût de proposer un solide projet sportif et, accessoirement, une redevance annuelle de 3,2 millions d'euros – contre 130 000 euros payés auparavant par le Racing-Club. Quatre ans plus tard, nombre d'ex-adhérents de l'association loi 1901, qui n'ont guère apprécié de devenir simples clients d'une société commerciale, se disent trop peu informés par la nouvelle direction et dénoncent une dérive marchande : la transformation de la Croix Catelan en "club de loisirs de luxe".
"6 600 euros de droit d'entrée. Plus 1 600 euros de cotisation annuelle par personne. "Il n'y a pas ici une diversité sociale incroyable, il ne faut pas se leurrer. Pour une famille, l'adhésion, c'est le prix d'une petite voiture", compte Mme Barberis, bientôt mère d'un troisième enfant. Pour ses deux aînées, l'inscription a tenu lieu de cadeau de naissance de la part des grands-parents. "C'est un havre, hors du monde, un peu pour privilégiés, c'est indiscutable. Mais les gens qui y sont en ont conscience", nous rassure Jean-Pierre Léon, 57 ans, quarante années d'ancienneté au club et marathonien compulsif.
Les 48 courts de tennis, deux piscines extérieures chauffées toute l'année, les terrains de football, de basket, de volley, les salles de gym, de musculation et de bridge, drainent les familles aisées de l'Ouest parisien, trop contentes d'y placer, le mercredi et le week-end, leurs enfants en lieu sûr. Bonnes fréquentations garanties : les familles se cooptent avec suffisamment de discernement pour ne pas devoir côtoyer le tout-venant dans l'annuaire du Racing – deux parrains, une lettre de motivation et quatre ans d'attente sont requis pour entrer dans le système.
Tout le reste de l'article du Monde est proprement bouleversant et je ne saurais trop recommander à mes lecteurs et trices les plus sensibles de faire provision de mouchoirs, tant est poignant ce récit d'une déchéance : la bourgeoisie old-fashioned en train de se faire spolier de son club de rencontres par les nouveaux arrivants parvenus, enrichis par la spéculation, vulgaires, incultes et fascinés par le clinquant, à la grande "angoisse" des culs pincés qui se sont contentés eux de s'enrichir par l'exploitation normale de l'ouvrier et aussi grâce à ces allemands si bien élevés avec qui ils partageait le champagne sous l'Occupation, et qui on dira ce qu'on voudra avaient tout de même une autre allure que ces communistes mangeur d'enfants de l'époque.
Ce qu'il reste d'aristocratie française était déjà obligée depuis quelques années d'ouvrir ses rangs jusqu'alors très fermés à ces nouveaux riches frimeurs : la Tradition ne nourrit plus son homme et les rallyes coûtent tellement, n'est-il pas...la mort dans l'âme, les membres de l'Association de la Noblesse Française - sisi, ça existe - ont dû laisser entrer cette aristocratie de l'argent et nouer des alliances avec ceux qu'elle pouvaient se consoler de mépriser. Tout fout le camp, et à présent, c'est la grande bourgeoisie qui est attaquée sur son propre territoire. Il faut dire que les nouveaux en question n'en ont à peu près rien à foutre des traditions et des bienséances, détestent les fauteuils en cuir et les meubles en bois de bon goût, et vont fissa vous remplacer ça par de l'acier brossé et des connexions wi-fi avant d'agrandir le parking pour y garer les Cayennes. C'est toute une époque qui meurt...
Alors évidemment, on pourrait être quelque peu surpris, quand on appartient à aucun de ces milieux - et qu'on est bien entendu "jaloux" d'eux, puisque éprouver quelque irritation devant ces gueguerres de possédants ne peut relever que d'un sentiment d'envie inspiré par la tradition bolchévique de ce pays déclinant, il y'a des imbéciles au SMIC qui vont défendre ce genre d'argument, vous allez voir...-, on pourrait donc être étonné qu'une mairie "socialiste" laisse un gigantesque terrain de jeu à autant de hyènes, mais on se rappelle simplement qu'en effet, cette mairie est "socialiste". On aura donc pas l'impolitesse d'espérer d'elle quelque chose de gauche, on en est plus là depuis longtemps.
Tout de même, monde impitoyable que celui-ci : alors que certains tentent de plumer une vieille héritière sénile, d'autres - les mêmes, par ailleurs, puisque appartenant au même milieu - partent à la conquête des haut lieux du prout-prout, bien déterminés à balayer l'ordre ancien de la tradition par l'argent pour le remplacer par l'amour de l'argent pour l'argent. Certains affecteront de déplorer l'inéluctable chute de cette bourgeoisie cultivée gardienne de traditions à angle droit face à l'arrogance des possesseurs d'Amex Platinum. Mais on comprendra qu'il est très difficile d'éprouver de la compassion pour ce drame communautariste qui ferait plutôt ricaner dans un premier temps.
Pour dans un deuxième temps avoir envie de trouver une solution aux problèmes de tous ces gens ; laquelle solution présenterait aussi l'avantage de pouvoir servir de fertilisant à de si jolies pelouses.
"6 600 euros de droit d'entrée. Plus 1 600 euros de cotisation annuelle par personne. "Il n'y a pas ici une diversité sociale incroyable, il ne faut pas se leurrer. Pour une famille, l'adhésion, c'est le prix d'une petite voiture", compte Mme Barberis, bientôt mère d'un troisième enfant. Pour ses deux aînées, l'inscription a tenu lieu de cadeau de naissance de la part des grands-parents. "C'est un havre, hors du monde, un peu pour privilégiés, c'est indiscutable. Mais les gens qui y sont en ont conscience", nous rassure Jean-Pierre Léon, 57 ans, quarante années d'ancienneté au club et marathonien compulsif.
Les 48 courts de tennis, deux piscines extérieures chauffées toute l'année, les terrains de football, de basket, de volley, les salles de gym, de musculation et de bridge, drainent les familles aisées de l'Ouest parisien, trop contentes d'y placer, le mercredi et le week-end, leurs enfants en lieu sûr. Bonnes fréquentations garanties : les familles se cooptent avec suffisamment de discernement pour ne pas devoir côtoyer le tout-venant dans l'annuaire du Racing – deux parrains, une lettre de motivation et quatre ans d'attente sont requis pour entrer dans le système.
Tout le reste de l'article du Monde est proprement bouleversant et je ne saurais trop recommander à mes lecteurs et trices les plus sensibles de faire provision de mouchoirs, tant est poignant ce récit d'une déchéance : la bourgeoisie old-fashioned en train de se faire spolier de son club de rencontres par les nouveaux arrivants parvenus, enrichis par la spéculation, vulgaires, incultes et fascinés par le clinquant, à la grande "angoisse" des culs pincés qui se sont contentés eux de s'enrichir par l'exploitation normale de l'ouvrier et aussi grâce à ces allemands si bien élevés avec qui ils partageait le champagne sous l'Occupation, et qui on dira ce qu'on voudra avaient tout de même une autre allure que ces communistes mangeur d'enfants de l'époque.
Ce qu'il reste d'aristocratie française était déjà obligée depuis quelques années d'ouvrir ses rangs jusqu'alors très fermés à ces nouveaux riches frimeurs : la Tradition ne nourrit plus son homme et les rallyes coûtent tellement, n'est-il pas...la mort dans l'âme, les membres de l'Association de la Noblesse Française - sisi, ça existe - ont dû laisser entrer cette aristocratie de l'argent et nouer des alliances avec ceux qu'elle pouvaient se consoler de mépriser. Tout fout le camp, et à présent, c'est la grande bourgeoisie qui est attaquée sur son propre territoire. Il faut dire que les nouveaux en question n'en ont à peu près rien à foutre des traditions et des bienséances, détestent les fauteuils en cuir et les meubles en bois de bon goût, et vont fissa vous remplacer ça par de l'acier brossé et des connexions wi-fi avant d'agrandir le parking pour y garer les Cayennes. C'est toute une époque qui meurt...
Alors évidemment, on pourrait être quelque peu surpris, quand on appartient à aucun de ces milieux - et qu'on est bien entendu "jaloux" d'eux, puisque éprouver quelque irritation devant ces gueguerres de possédants ne peut relever que d'un sentiment d'envie inspiré par la tradition bolchévique de ce pays déclinant, il y'a des imbéciles au SMIC qui vont défendre ce genre d'argument, vous allez voir...-, on pourrait donc être étonné qu'une mairie "socialiste" laisse un gigantesque terrain de jeu à autant de hyènes, mais on se rappelle simplement qu'en effet, cette mairie est "socialiste". On aura donc pas l'impolitesse d'espérer d'elle quelque chose de gauche, on en est plus là depuis longtemps.
Tout de même, monde impitoyable que celui-ci : alors que certains tentent de plumer une vieille héritière sénile, d'autres - les mêmes, par ailleurs, puisque appartenant au même milieu - partent à la conquête des haut lieux du prout-prout, bien déterminés à balayer l'ordre ancien de la tradition par l'argent pour le remplacer par l'amour de l'argent pour l'argent. Certains affecteront de déplorer l'inéluctable chute de cette bourgeoisie cultivée gardienne de traditions à angle droit face à l'arrogance des possesseurs d'Amex Platinum. Mais on comprendra qu'il est très difficile d'éprouver de la compassion pour ce drame communautariste qui ferait plutôt ricaner dans un premier temps.
Pour dans un deuxième temps avoir envie de trouver une solution aux problèmes de tous ces gens ; laquelle solution présenterait aussi l'avantage de pouvoir servir de fertilisant à de si jolies pelouses.