lundi 31 mai 2010

Les bouchers et leurs complices

Si seulement. Si seulement on pouvait penser, on pouvait espérer que ce énième massacre perpétré par l'armée israélienne soit enfin cette goutte d'eau qui fasse déborder les vases de toutes les hypocrisies internationales et que cet État soit enfin vu pour ce qu'il est : un impérialisme sanglant qui ne recule devant rien, jamais, pour imposer par la force ses menées colonialistes. Devant rien et même pas assassiner des civils dont certains étrangers, dans une opération commando planifiée de toutes façons pour frapper les esprits et inspirer la crainte et la terreur. De ce point de vue, qu'est-ce qui différencie Israël de la Russie de Poutine qui hachait du Tchétchène sous les murmures vaguement réprobateurs de cette "communauté internationale" dont on se demande ce qu'elle représente finalement, pour tant et toujours se presser à ne jamais rien faire ?

Provocation meurtrière, bavure plus ou moins délibérée, escalade accidentelle, on ne sait trop encore ; mais ce qui reste, ce qui restera, c'est qu'une soldatesque a commis des crimes, qu'ils ont ce faisant obéi à des ordres de leurs supérieurs qui ont eux-mêmes obéi aux ordres de civils du gouvernement et qu'à moins que ce carnage n'oblige à prendre - enfin ! - des sanctions contre l'État israélien, parce que 19 morts ça fait une grosse tache de sang qui se voit de loin, il faudra attendre longtemps avant que les vrais coupables ne soient traduits en justice devant une cour pénale internationale. Chose qu'on aurait certainement d'ailleurs pas vue si l'Iran avait seulement fait mine d'utiliser des pistolets à bouchons contre des ressortissants étrangers. Mais il y'a un deux poids deux mesures dès qu'il s'agit des crimes de Tashal : les mêmes atrocités commises par n'importe quelle autre armée seraient immédiatement traduites en actes de réprobation, mêmes symbolique. Tsahal peut tuer en toute impunité, et elle le sait.

Elle le sait d'autant mieux qu'elle peut compter non seulement sur la timidité cauteleuse des gouvernement occidentaux - les déclarations de Frédéric Lefebvre illustrant toute l'hypocrite obscénité de notre droite - mais sur le soutien indéfectible d'intellectuels vendus dont la tâche est de systématiquement lancer l'accusation infamante parmi toutes d'antisémitisme dès que s'amorce une critiquette de la politique israélienne dans les territoires occupés. Depuis des années, on ne voit que personnages drapés dans leur feinte indignation et qui n'hésitent jamais à diffamer tous ceux qui s'opposent à ces politiques d'apartheid : antisémite ! Et ils savent, ils savent parfaitement bien que cette accusation est fausse, et il n'en ont cure : leur but est de salir, de salir durablement pour que les traces, pour que le soupçon reste et qu'il ne parte plus. Sur ce coup là, que vont-ils dont inventer pour justifier l'injustifiable ? Soyons certains dès à présent qu'on trouvera fort opportunément des armes planquées dans les bateaux, de ces armes tellement bien cachées que même ceux qui les convoyaient ignoraient leur présence jusqu'alors.

Mais on ne voudrait pas clore cette récitation de la pourriture sans avoir une certaine pensée pour les Guy Millière, les Drzz et tous les sac à merde libertariens, tous pro-sionistes par démence paranoïaque islamophobe, les mêmes qui faisaient semblant de pleurer à chaudes larmes sur trois employés de banque grecs dont ils n'avaient en réalité strictement rien à foutre et qui trouveront de quoi justifier ce massacre parce que celui-ci s'inscrit parfaitement bien dans leur nature profonde d'étrons issus directement du trou du cul de Milton Friedman : quelque est-il plus répugnant et veule et misérable et indigne de tout respect qu'un libertarien ? Non. Définitivement non.

Au moins les bouchers peuvent-ils se dire parfois qu'ils font acte de guerre et par là prennent un minimum de risques ; leurs complices se contentent d'être des faibles et des lâches fascinés par cette Force qui les venge de leurs sous-existences de cancrelats.


Fait-divers

Encore un fait-divers impliquant des jeunes issus de l'immigration. Mais que font les vrais français ?

"Deux adolescents ont sauvé une jeune femme et sa fille de deux ans piégées par l'incendie de leur immeuble à Tarare, dans le Rhône, dans la nuit de vendredi à samedi.

Majid T., 18 ans, et Samir H., 17 ans, originaires de la commune, rentraient à pied d'un concert lorsqu'ils ont "aperçu de la fumée" s'échappant d'un immeuble. Ils ont "aussitôt appelé les secours", a raconté l'adjudant Eric Denis, de la brigade de gendarmerie de Tarare, confirmant une information du Progrès.

L'aîné des deux adolescents "est directement monté au troisième étage", d'où provenait la fumée, pendant que son camarade "frappait à toutes les portes pour faire évacuer l'immeuble", a ajouté le gendarme. Arrivé au troisième étage, Majid T. croise une jeune femme de 27 ans, qui lui indique que sa fillette de deux ans est restée dans sa chambre, alors qu'une épaisse fumée se répand dans l'appartement. "Aidée par cette dame, le jeune entre pour prendre la petite, qui dort toujours dans son lit. La fumée était tellement dense qu'ils ont eu du mal à retrouver la sortie", a encore expliqué l'adjudant Denis".


- Alors ? Ça avance, la collecte de fait-divers sordides pour alimenter le Site ?

- Ben...y'a bien une histoire d'incendie avec des CPF, mais....

- Ououououh mais c'est bon ça...miam, un incendie...qu'ils ont déclenché eux-mêmes, forcément, slurp...des petits voyous sans pitié ni remords...gargl...avec un peu de bol ils ne seront même pas condamnés ou symboliquement...lovely...y'a des morts, hein ? Hein, y'a des morts, dis ? C'est cool quand y'a des morts, c'est le plus juteux les morts...

- Euh, tu me bave sur l'épaule, là...ben non, y'en a pas...

- Tss, dommage. Dommage...un petit viol, alors ?

- Écoute, non, ça s'est pas passé comme ça en fait...

- Rha, même pas un petit viol...un tabassage de grand-mère ?

- ...

- Même pas une petite tentative de meurtre de rien du tout ?

-...

- Bon, enfin, un incendie c'est pas mal non plus, allez. Au fait, c'est quoi, accessoirement, l'histoire ?

- Ben, c'est ce que j'essaie de t'expliquer, en fait...les CPF, ils ont vu du feu, ils sont entrés dans l'immeuble, et ils ont sauvé tout le monde. Voilà.

- Ah.

- Ouais...

- Mais, euh, comment dire...ils en ont profité pour violer une petite fille, quand même, non ?

- Il semble pas, en fait...

- Ils ont bien volé quelque chose au passage, quand même, merde ?

- Je sais pas quoi te dire, là...

- Ils ont fait de la propagande islamiste, au moins !

- Ben non, mais en même temps pourquoi ils auraient fait ça ?

- TA GUEULE ! Non, attends, excuse-moi, je suis crevé en ce moment, et cette histoire, là, ça me fout le moral dans les chaussettes...gniii...je vais me reprendre...gniiii...enculés de melons gniiii on peut même plus compter sur eux gniiii comment tu veux gniiii faire du bon boulot gniiii dans des conditions pareilles gniiii...ok, ça passe...ça passe. Bon, on oublie tout ça, on en parle pas, et si on nous demande, on gueule plus fort que c'est même pas vrai et que ça veut rien dire d'abord, enfin comme d'hab' quoi. Allez, bonne journée quand même...


dimanche 30 mai 2010

Trois neurones, et encore

Bénédictes Charles, c'est celle qui est chargé dans Marianne - toujours un canard de merde, tiens, certaines choses ne changeront jamais décidément - de faire l'apologie du sécuritaire à coup de tonfa. C'est assez bien huilé, dans cette rédaction, en fait : Philippe Cohen se charge de gueuler contre les immigrés en les chargeant en gros de tous les maux de la terre, et sa collègue de regueuler par derrière en exigeant le knout pour les pauvres - dont une grande partie sont, tiens par exemple, immigrés, quelle coïncidence.

Reprenant un procédé qui a fait l'ineffable succès de Fsetouche, notre Charles Bronsonette du clavier se jette sur tous les fait-divers et de préférence les plus crapoteux qui soient pour asseoir l'implacable démonstration que la France est à feu et à sang. Rhétorique qui a fait et continue de faire les beaux jours de l'extrêmedroitisme, on prend les résultats des politiques de paupérisation et surtout rien que les résultats en omettant toujours d'en expliciter les causes et on joue de façon bien sordide sur du gros émotionnel qui tâche pour préventivement clore un éventuel argumentaire contradictoire. Et le titre de l'article renvoyant dos à dos droite et gauche ne trompe évidemment personne, puisque seule la gauche est tenue pour vraiment responsable de ce carnage permanent (le pays sombre dans le chaos, rappelez-vous).

Bien évidemment, quand on dispose de trois neurones et encore, on peut avoir de ces faits sociaux une vision parfaitement superficielle et réclamer davantage de répression. Mais comme ici et contrairement à un lecteur du Figaro, on dispose d'un QI à trois chiffres, tâchons de prendre un peu plus de recul et considérons ce qui se passe réellement en ce moment :

Chaque fait divers, le plus violent possible, est monté en épingle et complaisamment détaillé médiatiquement.
Les effectifs de police sont diminués et ne peuvent faire face aux incivilités et autres délits, et de plus étant soumis à la pression du chiffre et à la difficulté croissante de ce qu'on leur demande, la police est en train de devenir la catégorie professionnelle où on se suicide le plus...
La crise touchant de plein fouet surtout les pauvres, il faut s'attendre, "logiquement", à ce qu'une fraction de ceux-ci ne basculent dans la criminalité.
Les rodomontades sarkoziennes ne sont suivies d'aucune mesure concrète.
Et pour cause.

Parce que Nicolas Sarkozy n'a aucun intérêt stratégique à ce que les choses aillent mieux. Au contraire. Complètement plombé par la crise, celui qui tonitruait sur la "rupture" en faisant miroiter la grande lessive libérale se retrouve contraint comme ses prédécesseurs à grignoter, lentement mais sûrement, par petits à-coups, ce qu'il avait promis de balayer énergiquement. Le bilan économique est très mauvais, au point que la reconduite de la droite aux affaires en 2012 est très sérieusement compromise. Il ne lui reste qu'une seule carte à jouer : l'insécurité. Qu'il joue de plus en plus parce qu'il ne lui reste plus que ça. Donc : plus il y'a de fait divers. Plus il y'a d'éditoriaux réclamant la sévérité. Plus les forces de l'ordre sont débordées. Plus le sentiment d'insécurité s'installe dans la population : mieux c'est pour lui...

Ce qui permettra en sus d'accroître des politiques de répression en direction des prolos dans la logique libérale-sécuritaire classique de cette droite qui déconstruit le social d'un côté en prévoyant que ses politiques vont foutre le bordel et promet donc qu'elle va cogner énergiquement sur les conséquences de ses actions.

On voit donc qu'à partir du moment où on prend un peu de recul et qu'on fait fonctionner un peu son néo-cortex - chose dont une journaliste de Marianne est évidemment incapable -, se dessine un tout autre tableau qui va au delà des braillements sécuritaires superficiels. Poussons le cran un peu plus loin : ce qu'il y'aurait de mieux pour Sarkozy en ce moment, ce sont de bonnes grosses émeutes de banlieue, bien lourdes et bien violentes, pour qu'il puisse apparaître en chef de guerre déterminé à écraser la sédition.
Et ces émeutes auront lieu de toutes façons, qu'on ne se fasse pas d'idées là dessus. Sarkozy le sait, et les attend avec impatience.

C'est ça, la réalité politique derrière l'exploitation des fait-divers. Ensuite, expliquer ça au réac de base, laissez tomber. Il faut réfléchir au lieu de bramer, et réfléchir ça lui fait bobo à la têtête.

CSP

L'homme qui sombre

Ça devait arriver à force : il y'en a un dans la réacosphère qui est en train, lentement mais sûrement, de nous péter une durit, et c'est assez étonnant à voir, comme spectacle...

XP, contributeur très régulier d'Ilikeyourkévin, a lui aussi connu la mésaventure de voir son adresse réelle et son identité balancée sur le Net par de pauvres merdes qui ne savent pas se tenir. Faire ce genre de choses ayant pour but
- de tenter d'intimider
- d'espérer que ça va suffisamment exciter un branque pour qu'il débarque à votre domicile

Alors oui, c'est déplaisant, ce genre de choses, très déplaisant, et malgré le fait qu'on soit le garçon le plus gentil du monde comme c'est mon cas, on aimerait bien parfois tenir un des malotrus qui se sont permis pour leur demander des explications avec un chalumeau. Ou à tout le moins le rendre la politesse, balancer nom et adresses histoire de, quoi.
Ce qui, attention les amis petit scoop, ne semble plus hors de portée à présent. Retrouver des noms et des adresses de gens qui se sont ingéniés à blinder leur anonymat, ça a l'air assez compliqué en effet et il faut disposer pour ça des connaissances et du matériel idoine et adéquat, dont le pékin moyen et moi compris ne disposent pas. Mais : il se trouve cependant que ma configuration affective ayant évolué récemment, cet évènement a élargi mon cercle familial par alliance avec des gens qui les ont, les moyens, eux. Et quand je dis "moyens", on parle de quelque chose d'assez très conséquent, tout de même.
Il est trop tôt pour chanter victoire, mais je reste raisonnablement optimiste : les chances de retrouver ces petits rigolos sont devenues significatives. Je vous tiendrai au courant, promis.

Bon, en attendant, la vie continue et évidemment, personne ne s'est pointé chez moi pour la bonne et simple raison que personne ne se pointera, voilà. Ce qui était évident dès le début et je vaque à ma petite vie ploum ploum tralala sans que tout ça m'en touche une non plus.

Ce qui n'est visiblement nullement le cas de notre ami réacophile qui a visiblement très mal, mais alors très mal pris la chose...
Déjà l'un des plus cinglé de la bande, et au vu du milieu ce n'est pas peu dire, on dirait que l'indélicatesse a été un peu une sorte de goutte d'eau qui a fait déborder un gros vase qui n'en pouvait plus depuis longtemps : depuis, il tourne en rond autour de trois idées qui reviennent en boucle dans ce qu'il écrit et qui en disent très long sur la nature des fantasmes paranoïaques qui le travaillent. Plus le temps passe et plus il revient et revient et revient encore et encore et encore sur les mêmes choses, bref : il flippe. Sévère. De plus en plus.

De l'extérieur, c'est assez impressionnant à voir.

Ensuite, ça devait arriver. Quand on pense au départ vivre sous régime communiste, en France, en 2010, c'est qu'on est déjà bien attaqué niveau santé mentale et plus on refuse de faire ce qui est nécessaire - aller voir un psy, il n'y a nulle honte à cela et je suis sincère en le disant -, ben moins ça s'arrange avec le temps, forcément.

Alors je ne suis pas médecin et ne me hasarderai pas à poser un diagnostic de quoi que ce soit ; je me contenterai d'observer la dégradation du cas, un peu comme je ne peux par exemple qu'encourager Jérôme Leroy à continuer de faire des mélanges Lexomil-alcool histoire de voir le résultat à la fin.
Ce qui sera je pense très rigolo.

CSP


samedi 29 mai 2010

Good bye, killer...

I-veaux

Il y a une sorte de gadget qui sort en ce moment. C'est très cher et il faut absolument que des nuées de glands consuméristes en possèdent un. Alors comme c'est une sorte de sujet à la mode, on jette un cil moitié curieux sur les spécificités de ce bidule qui ravit les I-neuneus, et une sorte de truc fait juste un peu tiquer là comme ça : 
Le gadget en question, pourtant sorte d'interface numérique 'achement aïetek ne semble pas posséder de ports USB dignes de ce nom.
Zut, quels étourdis sont décidément les concepteurs de cette bouse, n'est-ce pas ? Ils ont sottement omis quelque chose d'indispensable. 

Meuh non j'déconne. C'est bien sûr fait exprès, puisque la firme productrice lance un produit clinquant et bâtard - et cher - pour dans quelques mois sortir une version upgradée "en ayant tenu compte des opinions de clients nous étant parvenus, nous nous sommes décidés à sortir une version complètement nouvelle afin non seulement de prouver que nous sommes à l'écoute de nos pigeons clients, mais qu'en plus nous n'hésitons pas à nous remettre en question. Oui, on est comme ça, nous".
Et dans quelques mois, les mêmes I-cons de se ruer encore sur le gadget à peine amélioré pour en acheter un autre et de s'exclamer avec des sanglots dans la voix "OOOHHHHH Y'A UN PORT USB COMMENT C'EST TROP LA CLASSE !!!!!".
Vous voulez parier combien que le modèle en question est déjà dans des cartons quelque part en Asie du Sud-Est ?

Mais il ne semble pas y'avoir de limites à la crédulité snobinarde des I-gogols.
La marque dont ils exhibent fièrement les moindres produits est parfaitement représentative de ce capitalisme de la distinction qui met en vente des produits d'une complète banalité en les présentant sous un emballage branchouille qui va satisfaire le petit-bourgeois - en voie de déclassement accéléré - dans son frénétique désir de péter plus haut que son cul moulé dans un slim et obliger par la même le déjà déclassé qui aimerait suivre de se ruiner dans un bidule très joli-mignon et excessivement cher pour ce que c'est.
Imaginons : 
Un VRP de débarquer sur votre palier tout sourire en vous agressant à haute voix : 
"Bonjour ! Je veux vous vendre un produit dont vous n'avez absolument nul besoin objectif, qui est moins performant que d'autres tout en étant considérablement plus cher, qui ne peut faire tourner que des logiciels en nombre limité dont il faudra également acheter une partie sans compter les applications complètement dispensables - qu'il faut douiller aussi tant qu'à faire - et qui en plus est fabriqué dans des conditions tellement atroces que les ouvriers qui le montent préfèrent se suicider. Avouez que vous êtes séduits ?".
Dans un monde normal, le type a déjà été défenestré par vos soins. Et puis de toutes façons, c'est un commercial donc pas vraiment un être humain, ce n'est donc pas si grave.
Mais nous ne vivons pas dans un monde normal, puisqu'il y'a des gens qui vont sortir la CB en bavant.
Et pour une unique raison : on ne leur vend pas un produit mais un emballage marketing qui va les faire se sentir...davantage dans leur époque, pour aller vite. C'est joli. C'est propre et épuré. Et le fait même que ça soit plus cher rend encore la chose plus désirable...

Le I-con n'est pas qu'un pigeon et c'est là où c'est le plus fort : en achetant la I-bouse, il devient fer de lance marketing de la marque en question et lui-même VRP - sans être payé, non, c'est vraiment un âne - qui incitera par les louanges qu'il ne manquera pas de déballer à tout bout de champ sur son arnaque d'inciter non seulement les autres à être aussi pigeons que lui, mais obligera les autres firmes à se standardiser par rapport aux médiocrités vendues par millions. C'est objectivement très bien pensé. Et ne comptez pas sur l'I-âne de faire la moindre auto-critique, il n'en braira que plus fort que son produit à lui il fait des trucs de ouf qu'on peut pas faire ailleurs.

Ce qui est bidon : disposant moi-même d'un PC de fort bonne tenue, j'ai tenté l'expérience de faire tourner des I-logiciels avec un émulateur : il n'y a rien qu'on ne puisse faire sur PC, c'est aussi simple que ça. C'est du snobisme, n'allez pas chercher plus loin.

Et en plus, on peut même pas jouer à Modern Warfare 2, sur ces merdes.


vendredi 28 mai 2010

Olivier Lafay et moi

La muscu, on dira ce qu'on voudra, c'est quand même un truc de gros bourrin. Je le sais : j'en fais. Alors après, on pourra avoir tous les discours qu'on veut et qui seront même parfois non dénués de pertinence et que peu importe ce qu'on fait finalement du moment qu'on y introduit du sens, OK, d'accord, n'empêche qu'à la fin, ça consiste à se faire bobo tout seul sans que personne ne vous y oblige et tout ça pour se faire pousser les biscotos. Voilà. Heureusement que de ce point de vue, j'assume parfaitement mes côtés les plus hétérobeaufs merci, et je vis très bien ma condition de gros mulet décomplexé mais c'est gentil de s'inquiéter.

Ce afin d'introduire le bilan général de la première année de méthode Lafay puisque j'ai commence il y'a un an pile et je vais vous faire partager mes impressions là-dessus petits veinards que vous êtes. Et oui, c'est encore un billet où je vous narre mes passionnantes aventures mais vous n'êtes pas obligés de rester non plus, vous savez.

Mais qu'est-ce donc que cette méthode Lafay, me demanderez-vous l'oeil larmoyant et la bouche avide ?
Quelque chose de somme toute assez original puisque uniquement basée sur le poids de son propre corps sans haltères ni lests. Donc, plus de  disques en fonte, plus d'appareils impressionnants, plus d'inscription en salle : rien qu'un bouquin qui décrit et explicite la méthode en question, un peu d'ameublement raisonnablement solide pour faire les exercices et une putain de détermination à l'épreuve des balles ; parce que Lafay, ça a beau paraître là comme ça genre muscu cool pour retonification pas méchante, pff cénaztontruc on fait que des pompes et des tractions, dans la réalité de la chose, c'est fillettes et douillets s'abstenir. 

L'aspect pratique, c'est que tout est explicité dans le bouquin : la méthode se compose de niveaux évolutifs, suivant la progression du participant et son degré de forme physique par paliers successifs, avec des exercices à réaliser dans un ordre donné et avec des temps de repos précis entre les exercices. Une fois atteints les objectifs du niveau, vous pouvez passer au suivant etc. On commence un niveau, on le travaille jusqu'à atteindre ce qui est demandé, on y reste si on veut mais le mieux tout de même étant d'attaquer ensuite le niveau suivent de difficulté croissante et on poursuit son petit bonhomme de chemin, en fonction de ce qu'on souhaite atteindre comme résultat.

D'emblée, petite précision importante : la méthode ne vous fera pas devenir le Léonidas du quartier. Si vous souhaitez devenir un boeuf aux hormones, orientez-vous plutôt vers le body-building en tant que tel et hypertrophiez-vous si tel est votre bon plaisir. Tout en sachant que pour ressembler aux acteurs du film le plus gay de tous les temps, ça passe surtout par : 1) les stéroïdes anabolisants, ce qui est illégal et surtout extrêmement dangereux, et 2) : un logiciel de retouche d'images vidéo. Avec la méthode, vous vous contenterez juste de vous charpenter et de vous mettre en forme : ce qui n'est déjà pas mal, merde !

Donc : vous achetez le bouquin - achetez le, quoi, 20 € c'est rien par rapport à ce que ça peut vous apporter -, vous le lisez, vous comprenez le pourquoi du comment, vous vous offrez en sus une barre de traction à Décat' et deux chaises solides, et hop, tout fou tout content, vous vous lancez dans le niveau qui correspond à votre forme physique actuelle.
C'est là que ça se corse.
Parce que au début, on ne vous en demande pas beaucoup, c'est sûr.
Mais très rapidement, ça commence à piquer un peu. Et quand je dis : piquer...c'est rien de le dire.
Si ça vous est arrivé de faire des séances de musculation "classique" - en salle, avec des appareils, avec des gens autour - vous savez qu'on peut parfois prendre un peu son temps et discuter avec ses potes, et qu'on peut faire sa séances pépère sans trop se fouler. 
Lafay, c'est enchaîner des exercices bien coton avec de temps de repos ultra-courts en état d'essoufflement quasi-constant. Dips et pompes et tractions et squats et abdos et AAAAARRRRRFFFFF !!!! on recommence ! Parvenu à certain nombre de répétitions, ça devient terrible : on finit l'exo en gueulant, littéralement. Et ensuite : les pires courbatures de ma vie. Dans des endroits de mon corps que je savais même pas qu'ils existaient, dites. Vous saviez, vous, qu'on a une sorte de muscle juste derrière les triceps qui est celui qui aide à soulever le bras ? Le grand rond, ça s'appelle. On l'utilise tous les jours sans jamais penser à lui. Sauf quand il fait mal : parce que là, on pense tout le temps à lui. Quand aux jambes, il faut connaître au moins une fois dans sa vie cette expérience d'essayer de s'extraire d'une bagnole en poussant des petits gémissements de chiot blessé...
Ça calme, hein ?
Mais vous me direz : y'a pas moyen de faire autrement que dans le sado-masochisme ? Et oui, en effet, on peut faire des séances Lafay bien plus "calmes" en choisissant de progresser à son rythme et sans trop se fouler. On peut. C'est même recommandé par Lafay lui-même.
Mais admettez que c'est tout de même moins amusant...

Alors maintenant, la grande question : c'est bien gentil tout ça, mais est-ce que ça marche, ton truc, là ?
Oui, définitivement. C'est efficace, très efficace, et bien au delà du but de base de se laisser pousser les muscles : ça charpente, ça augmente l'endurance physique, la détente, et le plus intéressant est que ça construit une force "utile" : ayant récemment aidé un ami à déménager - 4ème étage, pas d'ascenseur, ah ah ah -, j'ai été surpris de voir que ça s'était passé bien plus facilement que prévu, avec un niveau d'essoufflement nettement inférieur à ce que j'ai pu connaître . Vous n'aidez pas des gens à déménager tous les jours, certes, à moins que ça ne soit votre métier ; mais rien que de se sentir être en bien meilleure forme physique au quotidien et rappelons le pour seulement 20 boules, le rapport qualité-prix est absolument imbattable. De la muscu de crise, quoi. 

Ensuite, si vous voulez vous dessiner et avoir des abdos saillants, ça c'est encore autre chose : faut en passer par un régime sévère genre tofu, légumes vapeurs et thon en boîte. C'est un choix et ce n'est pas le mien. On vit dans un monde injuste où le chocolat c'est meilleur que les haricots verts, et il est hors de question de m'empêcher de vivre pour des histoires d'esthétique dont je me branle complètement.

Le seul truc que je vois d'un peu embêtant dans la méthode, c'est le côté parfois répétitif : les mêmes exos, dans le même ordre, pendant des séances et des séances et des séances ; ça peut lasser. C'est pour ça que dans une semaine, j'en fais généralement deux "normales" en respectant strictement ce qui est demandé, et que je me mitonne une troisième avec un mix d'un peu de tout, du Lafay, des haltères classiques et une Kettlebell - outil diabolique si il en est - pour varier. L'an prochain, quand j'aurai atteint un bon niveau de forme physique, je pense essayer le Crossfit pour me marrer. Oui, je sais : j'ai une façon de m'amuser qui peut laisser perplexe.

À présent mes loulous, vous êtes totalement convaincus et enthousiastes, et je n'aurai qu'une chose à vous dire : bienvenu au club.
Vous aller en chier.

Prophéties auto-réalisatrices

C'était bien sympa, hier, finalement, hein ? Il faisait raisonnablement beau, on s'est gentiment promené, il y'avait un peu - un peu, hein - de monde, et après on rentre. Une "journée de mobilisation", quoi. Voilà voilà voilà. Et après ? Et ensuite ? Ouhlà, attention mon garçon, ne précipitons pas la charrue de peur que le vase à la fin il se casse, les partenaires sociaux doivent encore se concerter.
En attendant ? Ben on va attendre la prochaine "journée de mobilisation", pardi.

Qui va en plus contenter encore tout le monde, puisque tout le monde à l'air très content ce matin : la jaunerie syndicale est très contente parce que il y'avait un peu du monde, suffisamment pour rassembler les derniers lambeaux de crédibilité mais pas assez pour inquiéter les directions qui vont gérer le truc pépère. Et le gouvernement aussi il est très content, parce qu'il voit bien que le rapport de forces n'est pas là.

Alors ensuite, on peut se désoler, on peut se demander pourquoi mais pourquoi il n'y a pas plus de monde, blablabla, mais plus intéressant est de comprendre la stratégie à l'oeuvre qui procède d'une manière de découragement de masse par anticipation. Les mots sont des armes, et par leur utilisation, le contexte, la répétition de la même choses sous les formes les plus différentes possibles dans des laps de temps longs, on finit par littéralement façonner la réalité pour la faire correspondre à ses buts. Et ce que la domination nous dit et répète depuis des lustres, c'est : vous allez perdre.
Ça ne sert à rien. Vous allez perdre. Ça ne sert à rien. Vous allez perdre. Ça ne sert à rien. Vous allez perdre. Ça ne sert à rien. Vous allez perdre. Ça ne sert à rien. Vous allez perdre. Ça ne sert à rien. Vous allez perdre.  Ça ne sert à rien. Vous allez perdre....

Que ce soit énoncé tranquillement sous le signe de l'évidence ou hurlé dans des éditoriaux, murmuré avec compassion ou imposé avec la gueulante d'un adjudant-chef, le même discours de défaitisme en direction de l'adversaire - en l'occurrence nous - effectué qui plus est avec la confiance en soi que donne la croyance sincère que c'est effectivement ce qui va se passer finit par entrer dans les esprit et les imprégner par une capillarité sournoise. De ce point de vue, notre ennemi maîtrise parfaitement tous les registres de la communication et applique des recettes de psychologie cognitive d'autant plus élémentaires qu'elles sont efficaces.
À force de répéter la même chose pendant assez longtemps, et a fortiori quand on dispose des haut-parleurs suffisamment forts - médias de masse - pour toucher au plus large, ça arrive. Ça devient. Ça existe. "Tu vas perdre" devient "Je vais perdre"...

Ce qui peut être une explication du climat de résignation et d'exaspération impuissante confinant même, on peut le dire me semble t-il, à rien moins qu'une forme de dépression collective et de fatigue psychique généralisée.
Or, nous quand on se pointe avec des mots d'ordre de "luttes", on ne peut que tomber à plat. Quand vous avez un dépressif en face de vous, complètement écroulé à force de tourments dont il ne sait plus comment sortir, la première chose qui vous vient à l'esprit, c'est de lui dire "Mais reste pas comme ça, voyons ! Bouge toi ! Fais quelque chose ! Bats toi, remue toi, arrête de pleurer et sors toi les doigts", etc.
Ce qui l'enfonce encore plus.

Il y'a donc là une erreur stratégique de penser que la "conscientisation viendra par les luttes" : on pousse aux luttes et ça va rendre conscientes les masses, ouais, je sais, j'y vais à la hache mais on va dire qu'en gros c'est le raisonnement. Qui n'est cependant viable que si "les masses" en question...ont déjà au départ l'envie de se fritter parce qu'elles comprennent le sens que ça peut avoir pour elles. Sauf que quand elles ne l'ont pas - c'est à dire ce qui se passe en ce moment - on fait quoi ? On continue à sauter sur place en criant "Léluth ! Léluth !" ?
Ou on prend le problème à l'envers en constatant que la conscientisation doit venir d'abord pour ensuite pouvoir envisager de lutter  ?

CSP

jeudi 27 mai 2010

mercredi 26 mai 2010

Message

Il va donc falloir revenir sur deux billets précédents et c'est un peu agaçant que de faire des billets sur des billets on l'admettra. Ceci dit et ce faisant, on pourra dire avec justesse que je ne fais que m'inscrire dans la tradition d'une certaine gauche qui adore blablater pendant des siècles en ergotant sur des virgules. Une solide tradition de la gauche radicale qui consiste à débattre de la taille du pavé qu'on va lancer ou pas et est-ce que le pavé il est assez démocratique tout en faisant très attention que le pavé soit assez représentatif des minorités quand on peut se poser la question du caractère hétéro-normatif du pavé qui est aussi quand on y pense un instrument de la bourgeoisie vu que des Mercedes roulent dessus - le pavé -, bref : tout ça pour un pavé en somme. Et encore, ça c'est la version simple, parce que si le pavé est voilé, alors là...

Donc : il n'a échappé à personne que dans les billets titrés Il est temps de changer de disque de Saens et Carrefour, de moi, se faisait jour quelques critiquettes vis-à-vis de certaines orientations politiques, l'un vitupérant contre un certain folklore militant parfaitement hermétique pour les non-initiés et finissant par décourager les bonnes volontés - opinion que je partage et soutiens -, l'autre sur une question de stratégie finissant en conclusion sur la nécessité de, je me cite : "composer" avec Jean-Luc Mélenchon.

Pour ce qui est du billet de Saens, je ne vais pas parler à sa place et il pourra se défendre lui-même en grand garçon qu'il est. Toutefois, il me semble bien que sa critique d'un certain folklore tapait juste et que le moins que l'on puisse dire, c'est que vouloir entrer dans un monde aussi sur-codé que le nôtre nécessite un effort certain de bonne volonté et une opiniâtreté assez musclée. On dira que quelque part, ça fait le tri et que les plus intrépides restent. Mais justement ce n'est pas tellement le but...
Tout ça pour quelques keffiehs, pourra t-on objecter : sauf que dans cette affaire, la forme rejoint le fond, et au delà de pièces de vêtements c'est la mentalité qui se définit par ce folklore qu'il faut remettre en question et urgemment. En bref, soit on veut construire un parti populaire avec des personnes de bonne volonté qui certes ne connaissent pas le Textes Sacrés mais qui comprennent pourquoi elles sont là et pas ailleurs ; soit on veut rester dans un élitisme militant de gens qui se connaissent depuis des années et partagent le même vocabulaire et les mêmes signes de reconnaissance, et en plus ça tient chaud. Cet enjeu étant, toujours à mon sens, bien plus important que de savoir si oui ou pas on chante l'Inter à la fin des meetings.

Pour ce qui est de mon billet, les réactions se sont à peu près divisées en deux : applaudissement nourris sur l'air de "Il est enfin devenu raisonnable le méchant garçon", et huées outragées sur l'autre air de "Tu trahis le prolétariat en lutte, vil déviationniste". Dieu sait pourtant que j'ai horreur de me justifier de quoi que ce soit, mais il faut décidément dissiper certains malentendus.

Je ne suis pas subitement tombé sous le charme de ce bon sénateur au point de me convertir au joies sirupeuses du réformisme gentillet qui ne fait peur à personne et rassure par son côté "raisonnable" ; nombre de personnes qui soutiennent Méluche voient en effet en lui la possibilité de lutter contre le libéralisme sans en passer par trop d'âpres confrontations et en restant dans le système institutionnel, et espèrent donc qu'il est encore possible de changer les choses en douceur. Sauf que désolé les amis, on en est plus là et depuis longtemps. En face, ils sont pris à la gorge et accélèrent dans la brutalité - annonces concertées de plans de rigueur au niveau européen - et vous n'avez tout de même pas la naïveté de penser qu'un rapport de forces passant uniquement par les urnes va les voir accepter gentiment d'en rabattre, tout de même ?

De l'autre côté, le niveau de combativité des masses laborieuses étant ce qu'il est - inexistant - et l'ensemble de la population étant plongée dans une torpeur semi-dépressive mélangeant découragement et dégoût, s'agiter comme cabris en sautant sur place et répétant "Léluth ! Léluth !" et en proclamant la nécessité de la grève générale tout seul dans son coin revient surtout à se faire plaisir et à se dire qu'on fait quelque chose. Persévérer dans l'idée que c'est par Léluth qu'on va conscientiser la population, c'est sans doute très joli dans l'idée, mais dans le monde réel on risque un peu de s'épuiser pour rien. Puisqu'il faut prendre en compte une donnée essentielle de ce qui se passe dans notre société : pour lutter, il faut en avoir envie, au départ. Et les gens sont tellement écoeurés et fatigués - lire à ce sujet le rapport du Médiateur de la République qui parle de "fatigue psychique" collective - qu'il n'en ont aucune mais alors aucune envie. Constat triste. Constat cruel. Mais constat vrai.

Ensuite, on peut très bien choisir de se foutre complètement de ce qui se passe autour de soi et décider de rester dans ses cénacles militanto-militants en adoptant la posture du Révolutionnaire d'Acier et en attendant que les masses viennent à nous. On peut. Le créneau est déjà occupé par Lutte Ouvrière, mais il doit encore rester un peu de place.

C'est pour ça que quand je parle de "composer" avec Mélenchon, il ne s'agit pas de s'abandonner aux illusions de la "révolution par les urnes" en jetant tout par dessus bord et en avalant toutes les couleuvres imaginables ; il s'agit de comprendre que 
- la population est tellement à plat qu'espèrer une radicalisation, un sursaut, ou autre, est un pari très hasardeux, trop hasardeux pour en faire une option politique viable et crédible
- ils se contrebranlent d'une force rare de nos débats byzantins sur le sexe des anges 
- ils veulent un signe, un message, quelque chose pour leur montrer qu'encore un peu d'espoir existe et qu'ils ne sont pas seuls et isolés dans cette violence qu'ils subissent au quotidien.

Et ce message, ce signe d'espoir, le NPA tout seul n'est pas en mesure de le leur donner.

Bon, voilà, j'estime m'être exprimé dans un français accessible avec des mots pas compliqués, mais je ne me fais évidemment aucune illusion : ce sera réinterprété et déformé par les prismes politiques de chacun, et puis vous êtes des grandes personnes, hein. Maintenant, faites en ce que vous voulez.

mardi 25 mai 2010

La question qu'on peut se poser

Résumé des épisodes précédents : 

1979, Margaret Thatcher devient Premier Ministre du Royaume-Uni et entame au knout de ravageuses réformes néolibérales qui mettront les syndicats anglais à genoux : c'est la version brittone de cette "révolution conservatrice" issue du consensus de Washington et appliquée par Ronald Reagan aux États-Unis. Le programme sera la soupe morbide ensuite reprise par l'intégralité des gouvernants de la partie occidentale du monde, privatisations et dérégulations, politique d'austérité, saccage méthodique du droit du travail etc., vous connaissez. Vous ne connaissez désormais que trop bien.
Il faut préciser ici que les réformes scélérates exigée par la vermine néolibérale sont toujours censées contribuer grandement à une élévation du niveau de vie de tout un chacun par la saine responsabilisation des individus et l'enrichissement des plus nantis ne fera que contribuer au bien-être de tous les autres. Oui, maintenant ça faire rire jaune, mais figurez vous qu'il y a encore plein d'imbéciles qui croient à ces sornettes. Qui ont comme point de départ que : le libéralisme, ça marche et ça rend les gens heureux...
Force est de constater néanmoins que si il y'a bien quelque chose qui n'a pas crevé le plafond en Grande-Bretagne, c'est le niveau de bonheur général.
Creusement de l'écart entre riches et pauvres au bulldozer et explosion des inégalités sociales  - multiplication des pauvres x 2 en moins de 10 ans tout de même...-, détérioration des services publics etc. ont bien évidemment été les résultats les plus saillants des politiques thatcheriennes.

Partant, on est amené à légitimement se poser la question de la réelle efficience d'une politique qui certes rend heureux une tout petite minorité au détriment de tous les autres.

Exit Thatcher, enter Tony Blair. Qui va consolider le boulot effectué par l'autre bourrique (privatisations et toutes ces sortes de choses) avec pour résultat quasi-immédiat de transformer une partie conséquente du salariat anglais en travailleurs pauvres. Il s'est là aussi trouvé - et se trouve d'ailleurs encore même si tout le monde se moque d'eux désormais - des libéraux "de gauche" pour glapir à l'excellence de cette politique, arguant que certes la précarité est quai-instituée mais que les travailleurs sont "libres" de retrouver un boulot n'importe quand. L'enthousiasme niais des lou ravis du Tout Marché a toujours quelque chose d'assez inquiétant mais c'est un autre débat. Balayons d'un geste ample ces billevesées en nous contentant de dire la simple vérité, à savoir que la précarisation accrue du salariat est le meilleur moyen de ne jamais pouvoir se projeter dans l'avenir et oblige à une vie décousue vécue dans l'angoisse perpétuelle des lendemains. On notera au passage que les ânes libéraux "de gauche" n'ont à l'évidence jamais connu cela et on ne peut pas s'empêcher de penser qu'un stage forcé dans un petit job merdique à horaires coupés leur remettrait la tête à l'endroit pronto mais ne nous laissons pas égarer.

Donc, encor eune bonne grosse période de néolibéralisme en Grande-Bretagne, et les gens ne sont toujours pas contents. Zut à la fin.
Pourtant, depuis le temps...
Alors de deux choses l'une : soit les anglais sont vraiment difficiles humainement parlant ; soit ces politiques, en fait, ben ça marche pas.
Il faut préciser que ces questions sont évidemment purement rhétoriques puisque maintenant, on sait : leur libéralisme, ça ne marche pas. Jamais. Nulle part.

Ce qui n'empêche nullement, perseverare diabolicum, le nouveau gouvernement anglais d'encore, et oui : encore, en remettre une louche dans la réduction de la dépense publique.

Au final, trente années de politiques néolibérales dans la gueule des rosbifs, et sinon, en terme d'amélioration générale du niveau de vie ? Keud. Sauf pour les très riches qui eux vont très bien, il va sans dire.

Mais à un moment, il y'a quand même une question qu'on peut se poser : ça va marcher quand, leur truc à la fin ?
Puisque si c'est censé rendre la société harmonieuse et apporter bonheur joie et liberté de se serrer la ceinture en attendant qu'un jour promis juré ça va porter ses fruits, depuis trente ans, quand même, les anglais devraient un peu commencer à voir le début du commencement de quelque chose, non ?
Question purement rhétorique là aussi.
Quand le libéralisme ne marche pas, c'est qu'il faut plus de libéralisme. Et si ça ne marche pas encore, ce n'est que provisoire, il faut juste encore plus de libéralisme et ça va finir par le faire.
Sauf que ça ne le fait jamais, évidemment. Ça marche pas, leur truc.

Mais vous allez voir, ces gens sont opiniâtres, on ne peut pas leur enlever ça : ils vont encore nous expliquer que patience, juste encore un petit peu de libéralisme...
Ça ne fait que trente ans que ça dure.

Vous verrez que quand des émeutes de la faim ravageront l'Angleterre, il y'en aura encore qui expliqueront qu'il faut un peut serrer les dents et qu'avec encore un petit peu de libéralisme...


CSP

lundi 24 mai 2010

Tout ça, quoi

Un député choisi de sortir de son anonymat en faisant une proposition de loi sur l'anonymat. Bon. J'avoue que cette proposition m'en touche une sans me bouger l'autre : je conçois en effet fort bien qu'on puisse s'en offusquer puisque il est bien évident qu'elle va dans le sens d'une surveillance accrue de tout un chacun par des organismes dont on ne sait pas trop - ou au contraire on ne sait que trop bien - de qui ils dépendent, et que la notion de simple vie privée est en train de joyeusement s'effilocher. Et ça, c'est beaucoup plus embêtant que l'anonymat des blogueurs...

C'est cette ambiance, ce climat sécuritaire qui s'installe et dont cette proposition de loi n'est qu'un des nombreux avatars, qui est réellement de plus en plus oppressant. Et on notera au passage que cette volonté de restriction de l'expression de tout un chacun n'est évidemment nullement le fait de bobos métissés cosmopolites bien-pensants, mais vient de la bonne grosse droite old-fashioned : être de droite consisterait-il à brailler qu'on ne peut plus rien dire en soutenant tout ce qui peut contribuer à supprimer la possibilité de leur apporter contradiction ? Je vous laisse répondre.

Alors a priori, moi-même en tant que blogueur sous pseudo, je pense que le dévoilement de mon identité réelle serait embêtante.
Pendant à peu près 12 secondes.
Ensuite, je referai un billet pour crucifier un umpiste ou me foutre de la gueule d'un libéral de gauche.
Voilà.
Tout ça pour dire que mon inquiétude par rapport à ce genre de perspective est assez relative, et que allez, vous finirez bien par voir une photo de ma bouille un de ces jours ici. Objectivement, je ne risque que fort peu de choses. Et j'ai bien conscience d'avoir de la chance.

Il y'a paraît-il des sots qui se vantent de bloguer en mettant en avant leur tronche et véritables patronymes, ce afin de donner à ce qu'ils commettent - écrire à visage découvert ne prémunissant nullement d'être un parfait imbécile - une manière de verni de, comment dire...bravoure, en quelque sorte. Ils trouvent qu'il y'a du courage à tenir un blog et y exprimer des opinions. Sous leur vrai nom. Pareil niveau de témérité force en effet l'admiration. Ensuite, ceux qui me viennent immédiatement à l'esprit sont dans l'ordre un post-stalinien alcoolique, un libéral de gauche à melon disproportionné et un réacophile à tête de cul et couperose prononcée. Comme dit précédemment, non seulement il n'y a nul lieu de tirer gloire d'être à visage découvert quand on est bête à manger du foin, mais se vanter à tous vents ainsi est bel et bien le signe de la plus insigne cuistrerie : ceux qui ont des choses importantes à dire le font sans la ramener. Un Serge Halimi ou un Chomsky ne passent pas leur temps à se pavaner. Vouloir être reconnu uniquement au titre qu'on "assume", c'est surtout et d'abord être d'une rare vulgarité. 

Ensuite, par méchanceté pure, je ne peux pas m'empêcher de penser que cette loi, si elle passait - ce qui n'est pas souhaitable, hein - signifierait en revanche la fin définitive de bien des espaces d'expression. Et disons le net : envisager la mort de la kévinosphère dans son ensemble - décès qui surviendrait dans la minute de la mise en pratique de la loi, vu que pour nos singes hurleurs à claviers ce serait un drame avec des conséquences potentiellement cruelles...- est quelque chose que décidément, je n'arrive pas à trouver dommage...
Ceux-ci bien évidemment ne manqueront pas de hurler à leur désolante habitude que si ils bloguent masqués, c'est parce qu'ils sont de farouches "rebelles" - on ne rit pas, s'il vous plaît - et que leur liberté d'expression sera amputée pis que sous le soviétisme vilain. Ensuite, désolé, mais si la liberté d'expression se limite à vagir quelque chose comme gniii enculés de fonctionnaires gniiii j'aime pas les bougnoules gniiii ni les nègres gniiii ni les pédés gniiii nous faudrait un Pinochet gniiii ce pays est foutu grouiiiik !!!!, non, franchement, personne n'y perdra grand'chose nous sommes bien d'accord.

Mais encore une fois penser de pareilles choses, ce serait de la méchanceté, et moi je suis de gauche donc gentil. La liberté d'expression. Tout ça, quoi.

CSP

dimanche 23 mai 2010

Il est temps de changer de disque


Imaginez – mettons – un employé de grande surface ou une mère de famille au chômage. Ils ont entre trente et cinquante ans. Ils n'ont jamais fait de politique. Peut-être n'ont-ils jamais voté. Seulement voilà, ils ont rencontré un gauchiste sympa dans leur entourage. Celui-ci a réussi à les trainer dans meeting du NPA. Ils se sont laissé convaincre. Il y avait peut-être ce jeune facteur en guest-star. Voir en vrai une personne qui d'habitude passe à la télé, cela vaut peut-être le déplacement.

Ils sont entrés dans la salle : 50, 100 ou 200 personnes étaient présentes. Des connaissances du copain gauchiste sont venues les saluer. Il y avait une petite ambiance de kermesse. Puis des intervenants ont commencé à prendre la parole. D'abord ce sont des salariés ou des chômeurs comme eux qui ont parlé. De leurs galères, leurs angoisses – nos deux témoins se sont reconnus dans ces propos – mais aussi de leur révolte et de la façon dont ils s'organisent pour se battre contre cette vie de merde.

Puis ce fut au tour de l'invité vedette d'intervenir. Son discours portait sur la politique nationale, mais, surprise, ce n'était pas austère. Au contraire, ce fut tout à fait compréhensible et même intéressant, exprimé avec des mots simples, avec des phrases percutantes. Si c'était Besancenot, le ton est vite monté, une saine colère s'est transmise au public. Si c'était Krivine, par deux ou trois blagounettes, la salle a éclaté de rire et s'est trouvé acquise. C'est le cas de nos deux ouvriers, car ils commencent à prendre conscience qu'ils font partie de ce genre de communauté. Les discours se terminent. L'animateur annonce l'ouverture d'un apéro pour financer la soirée.

Tout s'annonce bien, quand tout à coup... la salle se lève et se met à chanter d'une voix monocorde un chant où il est question d'internationale ! Certains chantent les bras croisés en regardant leurs chaussures, d'autres au contraire bombent le torse et lèvent un poing fermé. Tous semblent très concentrés. La salle a pris tout à coup une tonalité très officielle. Nos deux amis se regardent, surpris. Que doivent-ils faire ? Ils ne connaissent pas les paroles de cette chanson. Doivent-ils se lever eux aussi ? S'ils restent assis quelqu'un va peut-être leur faire une réflexion ? S'ils sortent maintenant, ils vont se faire remarquer. Finalement ils restent assis, gênés, en faisant semblant de regarder ailleurs.

Tout de suite après, le copain gauchiste les a rejoint, tout sourire : «- Alors comment avez-vous trouvé la soirée ?» « - Bien, bien... c'était intéressant» répondront-ils poliment. « - Vous restez à boire un verre, on va discuter !» renchérira le militant « - Non merci, c'est gentil, mais il faut qu'on rentre. Demain on a une grosse journée. On va vous laisser entre vous».

Voilà sous forme de storie telling, un exemple de ravage que peut causer le folklore d'un milieu. Et le NPA, tout nouveau parti qu'il est, est encore bourré de folklore. Dans la rédaction ou la mise en page de ses tracts et de sa presse. Le numéro 5 de TEAN la revue affichait en double page pleine les profils de Marx Engels Lénine et Mao, on croit rêver. L'abruti responsable de cette mise en page s'est sans doute fait plaisir ( et je l'imagine gueulant '' trop délire !'' devant son écran) mais combien de lecteurs perdus ou non acquis cela a t-il couté ?

Le folklore se trouve aussi chez et sur les militants. Marre des keffieh, marre des treillis et vestes kakis. Marre des T-shirt du Che ou autre Harrington... Et bon sang ! Arrêtons de chanter cette putain d'Internationale à la fin de nos meeting ou nos congrès ! Si vous êtes trop gauchiste pour vous mettre à la place des deux personnages évoqués plus haut, imaginez-vous plutôt arrivant dans votre nouvelle belle famille. Les parents sont cool, ils vous accueillent chaleureusement, la conversation s'engage gentillement. Et puis au moment de passer à table, contre toute attente, voici qu'ils se mettent à réciter le benedicite. Quelle sera votre réaction ? Vous vous sentirez con ! Parce que ces gens emploieront des codes qui vous sont inconnus et qui vous excluent donc de fait.

C'est ce qui se passe chez pas mal de gens, qui malgré le fait qu'ils n'ont aucune culture politique, ont le courage de faire un pas vers nous dans nos meeting. Mais que pensent-ils à la fin quand se met en branle ce cérémonial religieux ? Car s'en est un ! Et ils n'en sont pas. Ils n'ont pas les codes et ne peuvent se reconnaître dans cette communauté. Je le sais, je l'ai vu et on me l'a avoué.

Il ne s'agit pas de remplacer l'Internationale par Allumez le feu pour faire plus proche du peuple. Il s'agit d'être neutre pour permettre à tous ceux qui ont un compte à régler avec le capitalisme de se reconnaître dans nos discours et nos actions, pas dans un chant ou dans la couleur d'un drapeau.
Tant que l'on ne changera pas de tels comportements, je pense qu'on aura toujours plus de sympathisants que de militants.

SAENS

samedi 22 mai 2010

Croisade

Suite au texte précédent qui se demandait pourquoi la notion de crime économique n'était pas - sévèrement - appliquée, quelques recherches m'ont fait comprendre que cette notion était littéralement un territoire vierge...en effet, le "crime économique" en tant que méfait portant préjudice aux individus et/ou à la collectivité peut un peu se retrouver dans les condamnations à l'escroquerie, à la fabrication de fausse monnaie, contres les individus ou groupes d'individus commentant des vols caractérisés (cambriolage, braquages, etc.) voire parfois dans la sanction de la fraude fiscale ; mais, semble t-il, nullement en tant que forfaiture à part entière, comme entité légale inscrite dans la loi française en tant que terme générique comme par exemple "crime sexuel".
Cela pose tout de même quelques questions.

On comprend bien évidemment que des politiques toujours si sourcilleux de morale publique n'aient pas vraiment envisagé les choses de ce point de vue ; si on se met à condamner des gens pour malversation économique au sens large, c'est une bonne partie du personnel politique - dont comme par hasard une bonne partie de droite...- qui risque bien d'en pâtir. Pourtant, et on le constate tous les jours, le crime économique existe. De fait. C'est une réalité de notre société que de voir des gens fort peu scrupuleux prendre des décisions d'ordre économique affectant directement ou indirectement la vie de milliers, de millions de personnes. Et à aucun moment on ne demande le moindre compte à ces gens pourtant coupables de dégâts considérables...

L'exemple des expatriés fiscaux, qui ne manquent jamais au passage de cracher leur mépris du pays dont les institutions leur ont permis de s'enrichir avant que de refuser de redonner une juste obole en retour par leur fuite sous des cieux fiscalistes plus cléments est un de ces points saillants qui font se demander pourquoi donc ils ne sont pas poursuivis par delà les frontières. Qu'on ne sorte pas l'argumentaire stérile du manque de moyens et d'organisation : quand il s'agit de chasser des travailleurs sans-papiers même présents depuis des années - et qui eux paient des impôts...-, les moyens techniques, financiers et humains ne manquent jamais. Il s'agit donc bel et bien de décisions politiques s'appuyant sur des textes de lois existants. Or, encore une fois, la notion même de "crime économique" ne semble être que survolée et dispersée à travers plusieurs sortes de délits et crimes divers, mais n'a pas l'air d'exister en tant que tel...

De même, les chefs d'entreprise indélicats, pourtant surnommés "patrons-voyous", qui délocalisent sauvagement en laissant leurs salariés la gueule par terre ne sont poursuivis, quand ça arrive, que pour abus de biens sociaux, banqueroute, vol de marchandises et malversations : leurs agissement relèvent donc bel et bien de criminalité économique. L'employeur dans le BTP qui rogne sur les coûts des mesures de sécurité et provoque par là-même des accidents pouvant entraîner jusqu'à la mort de personnes, commet indiscutablement un crime ayant pour fondements premiers des motifs économiques. La direction d'une entreprise qui percevra des subventions publiques durant des années avant que de décider de partir du pays sans rembourser les aides prend une décision économiquement délictueuse puisque grevant la collectivité qui l'a soutenue. On pourra multiplier les exemples à l'envi tant ils sont nombreux et on aboutira toujours à la même conclusion : cette notion générique de crime économique n'existe pas en tant que telle. Partant on ne peut pas condamner qui que ce soit avec quelque chose qui n'existe pas.

Or, vous serez d'accord pour penser que ça serait bien que ça existe.

Partant, je propose de mettre en place une action afin de convaincre le plus grand nombre de la nécessité de l'existence de cette notion de crime économique dans le droit français. Et pourquoi que français, d'abord ? Voyons plus grand, que diable ! Le droit européen, même, puisqu'il paraît qu'on ne peut rien faire sans l'accord de cette fameuse Europe.

Reste à définir les moyens de cette action, puisque je ne cache pas que j'ai bien envie de m'inspirer d'une pratique de l'ennemi qui a prouvé une certaine efficacité : le lobbying auprès des élus. Non, je n'ai aucun scrupule, merci, et je le vis bien. Imaginons qu'un groupe de personnes, constitués en association loi 1901, se mette à démarcher, textes, documents et argumentaires à l'appui, tous les malheureux disposant de quelque influence institutionnelle qui croiseront leur chemin avec une seule idée, rien qu'une seule : la constatation, manifeste, de l'existence d'une criminalité économique de fait, et l'absence de celle-ci dans les textes...

Attention, il faut être conscient de plusieurs choses avant que de vouloir se lancer dans une aussi audacieuse démarche :
- D'abord, commencer de se renseigner si ça n'existe réellement pas : il m'apparaît très douteux que l'idée ne soit jamais venue à personne, on trouve même des tentatives de réflexions sur le sujet.
- Ensuite, blinder son sujet : faire appel à des spécialistes, juristes, économistes, pour définir exactement ce dont on parle. Le but étant bien évidemment d'alourdir les peines encourues par les malandrins économiques de telle sorte que ça en devienne fortement dissuasif.
- Ce sera une tâche de longue haleine qui durera des années. On est clairement dans un marathon et pas dans un sprint, attendre des résultats immédiats ne peut donc que conduire à la déception et au découragement.
- L'association en question ne devra bien évidemment être reliée à aucun parti politique : ses adhérents pourront militer quelque part, mais seront simple pékins dans le cadre associatif. De plus, si la chose se fait, il faudra faire montre d'une extrême vigilance face aux tentatives de récupération, notamment de la part des socialistes qui se sont fait toujours une spécialité de récupérer tout ce qu'ils pouvaient trouver de suffisamment intéressant pour redorer leur blason, cf. SOS Racisme et ce que c'est devenu.
On trouvera paradoxal que celui qui lance l'idée est lui-même militant d'un parti politique ; mais ce n'est pas une initiative NPA : c'est un type du NPA
- Le but est certes de reconnaître une notion ; mais également et avant même qu'elle n'existe dans les textes - si elle existe un jour...- de convaincre le plus grand nombre que ce crime, que ces délits, motivés par l'appât du gain et la quête obscène de profit sont des crimes au même titre que le viol. C'est entrer dans un combat culturel pour imprégner la société de l'idée que si le violeur est condamné, si le braqueur de banque est condamné, il n'y a donc pas de raison que l'évadé fiscal ou le col blanc licencieur ne subissent pas eux aussi les lourdes foudres non seulement de la justice mais également de la réprobation populaire...

Ici, deux précisions supplémentaires :
1 ) on aura noté que pour un militant révolutionnaire, j'en appelle beaucoup aux institutions de la justice bourgeoise ; c'est juste que les institutions d'une justice socialiste et prolétarienne tardent quelque peu à venir et que je crains de n'avoir pas la patience de les attendre ; de plus, je ne peux cacher une certaine exaspération parfois devant certains discours maximalistes justifiant qu' il ne faut riiiiiiiiennn faire ni dans ni vis-à-vis des institutions vu que tout ça, c'est pas assez "pur". Disons qu'on va essayer de voir ce qu'on peut faire avec ce qui existe si imparfait que ce soit. Oui, disons ça.

2 ) les plus libéraux d'entre vous, puisque qu'il y a des petits coquins monétaristes qui s'encanaillent ici de temps à autre, auront décelé qu'instiller cette notion dans la population et pis encore avoir la prétention de l'instaurer dans un cadre légal revient in fine à vouloir assez drastiquement limiter la "liberté" de certaines personnes, physiques ou morales. On ne peut rien vous cacher petits futés, c'est en effet le but : puisqu'entre l'intégrité des personnes - mises en danger par une un peu trop grande licence de certains de faire ce qu'ils veulent vu l'absence de lourdes sanctions dissuasives - et une certaine idée de la "liberté" consistant à faire n'importe quoi et peu importe les conséquences du moment qu'on se fait du fric, je plaide coupable : j'ai très vite choisi.

L'idée est donc lancée et je vous tiendrai au courant des évolutions de celle-ci. Les suggestions et autres tempêtes de neurones seront évidemment bienvenues.

CSP

vendredi 21 mai 2010

La gueule de l'emploi


Il faut admettre que si on avait essayé de faire l'idéal-type de la crevure absolue, Paul Dubrule aurait été absolument parfait tant il atteint à la pureté du diamant dans toutes les facettes de cette saloperie spécifique à la droite la plus hypocrite.
Qu'on en juge :

Co-fondateur du groupe Accor ;
Entreprise bien connue parce que spécialisée dans l'exploitation de sans-papiers et bénéficiant d'exonérations de charges conséquentes.
Ancien sénateur UMP ;
Qui touche donc la retraite idoine des ex de cette maison de retraite à savoir 1553 € par mois.
Évadé fiscal par l'expatriation ;
Il y'aurait des pages et des pages à écrire sur ces expats formés dans les écoles publiques et qui décident de délocaliser leur fortune ailleurs en refusant de payer les impôts qui vont avec. Ces mêmes expats ne se privent d'ailleurs jamais de gerber à longs traits sur l'archaïsme français du haut de leur tas d'or en réclamant la trique de la rigueur pour tous les autres...
 Également membre de l'Institut Turgot et de l'Institut de L'entreprise, dont on aura compris que ces thinks-tanks servent à expliquer aux riches comment convaincre les pas riches qu'ils ne valent rien et doivent laisser faire ceux qui ont des sous.

N'étant nullement juriste ni spécialisé en droit, j'ignore si quelque chose comme la notion de "crime économique" existe même si j'en doute : le droit étant à la base l'outil des dominant pour justifier précisément la légitimité de leur domination en l'inscrivant dans un cadre légaliste, ils ont au moins le mérite de la cohérence et ne vont pas faire des lois contre leurs propres intérêts.
Pourtant, le crime économique et le criminel coupable de ce méfait spécifique existe, la preuve. Des personnes et des groupes de personnes, régulièrement, se rendent coupables de forfaits, de délits, voire même de crimes attentant à l'ordre social et laissant des victimes derrière eux, licenciés ou collectivité lésée par le manque à gagné détourné par ces malfaiteurs. Le braqueur de banques est puni est condamné. L'escroc est puni est condamné. Il n'y a donc aucune raison que des évadés fiscaux ne soient pas également soumis au même régime. Il y'a là une piste intéressante à étudier en tous cas et même on peut envisager une action en ce sens à destination des parlementaires. Après tout, il n'y a pas non plus de raison que ce soient toujours les libéraux qui fassent du lobbying, n'est-ce pas ? Je vais me renseigner en tout cas et si il y'a un juriste dans la salle, peut-il nous renseigner plus avant si'il vous plaît ? D'avance merci.

Puisqu'il faut bien avouer que la perspective de pouvoir extrader des Paul Dubrule pour les ramener à coups de pompes dans le derche et les traduire en justice afin qu'ils encourent enfin un sévère mais juste châtiment vous a quelque chose d'assez délicieux, admettons le.

En attendant, on méditera sur sa tronche suintant la satisfaction de soi pour se rappeler à quelle sorte de gens on a à faire...

CSP

jeudi 20 mai 2010

Carrefour

Le problème, c'est que 2012 est déjà dans toutes les têtes et que tout le monde en politique ne pense et ne se définit que par rapport à ça. C'est dans deux ans, il peut se passer toutes sortes de choses entretemps mais voilà : l'enjeu est tellement fort dès maintenant qu'il est impossible de ne pas y penser et de se demander comment on peut se positionner par rapport à cette échéance. Et c'est là qu'au NPA, nous avons clairement un problème.

L'humiliation des régionales qui suivait une piteuse campagne européenne nous a trouvé inaudibles et incompréhensibles : si on part du principe qu'on agit en général parce que les choses qu'on fait possèdent un sens déterminé, force est d'admettre qu'il n'y avait pas de sens à voter pour nos candidats de préférence à d'autres dont le discours avait au moins le mérite de la clarté. Alors, des bilans et des analyses vont être tirés, le congrès de novembre est en préparation et la prochaine université d'été permettra d'y voir plus clair. Et précisément, si il y a quelque chose de vraiment urgent, c'est d'être plus clairs par rapport à ce qu'on veut en tant que parti politique et comment ce qu'on exprime est perçu par les gens auxquels on s'adresse.

Et le décalage entre l'état d'esprit de l'opinion en général et les discours qu'on a pu lui tenir est malheureusement d'une rare cruauté.

Et on ne peut que constater une chose simple, terriblement simple, mais dont il faut prendre compte : les gens n'ont pas envie de se battre. Ils n'en ont pas envie parce qu'ils sont fatigués et qu'ils ont peur. Ce sentiment de dépression collective larvée mais présente existe, est réel, partant se pointer avec des discours ultra-volontaristes sur l'urgence de lutter avec pour seul objectif d'installer la grève générale, ça tombe et ça continuera de tomber à plat. Avec le risque qui plus est de continuer de s'agiter dans une fuite en avant stakhanovisto-militante stérilisante pour se donner l'impression qu'on fait quelque chose...

La fenêtre historique du libéralisme est en train de se refermer, comme écrit précédemment, et commence d'exister un espace où les idées progressistes commencent sinon d'être prises complètement au sérieux - les réflexes de déni vont encore fonctionner quelque temps et on aura encore droit à des crétins couinant "totalitarisme" et "Corée du Nord" dont certains complètement incurables -, du moins commencent-elles d'être écoutées avec une certaine attention. C'est un progrès. Mais ce n'est pas encore suffisant pour convaincre le plus grand nombre, cette majorité qui trime et dont le seul rapport concret au politique passe par l'électoralisme et l'expression de son sentiment par le bulletin de vote. Nous, avec nos discours de dépassement de l'État bourgeois et d'appropriation collective des moyens de production, sans parler d'une certaine confusion quant à ce qu'on propose et veut dans l'immédiat le plus concret, on est mêmes plus "trois pas en avant des masses" : on est à un kilomètre devant elles et on les attend en se demandant ce qu'elles peuvent bien foutre...

Et pendant ce temps là, il y'en a un qui a méchamment pris des vitamines : c'est Mélenchon. J'ignore ce qui s'est passé récemment chez lui, cure de jus de goyave, shaker de protéines ou décoction de couilles de taureau, mais en ce moment et indépendamment de ce qu'on peut penser du personnage en lui-même, il déchire partout où il passe. Le voir humilier les néolibéraux qu'il a en face est un vrai délice, ne cachons pas notre plaisir, et si ça continue comme ça, il va se retrouver en pôle position pour une candidature de la gauche radicale en 2012. Ça tombe bien : c'est ce qu'il veut. Mélenchon a ce côté "visité" du mec qui croit à son destin - devenir le Chavez français, rien moins - pour ce qui est de booster la confiance en soi, croire en soi-même au sens quasi-mystique du terme, y'a rien de mieux.

Et c'est contagieux, en plus.
Si des présidentielles étaient en cours, là maintenant tout de suite, il pourrait faire ce Graal du "score à deux chiffres" que la gauche radicale espère depuis si longtemps. Il y a un peuple de gauche qui en a marre d'attendre et qui veut espérer, qui veut un signe, et de plus en plus de gens exaspérés par les batailles de chiffonniers dans la vraie gauche sont prêt à accorder leur confiance à celui qui parle le plus clair et le plus haut, qui exprime qu'il veut le pouvoir et qu'avec lui ça va chier. Je ne dis pas que c'est génial : je dis ce qui est.

Ce qui signifie aussi que du côté NPA, on a pas intérêt à encore se louper là dessus. Parce que dans l'hypothèse, terrifiante, où OB - mettons que ce sera lui - se présente en face de Méluche dans le cadre des élections présidentielles, on aura beau argumenter toutes les subtilités dialectiques du monde, tout ce que les gens retiendront de toutes façons, c'est que pour la troisième fois consécutive, on la joue perso. Même si ce n'est pas vrai. Oui, c'est malheureux. Mais c'est ce qui se passera.
Partant et si ils ont le choix, les gens voteront pour le plus "crédible"...celui dont ils pensent qu'il peut et veut faire des choses maintenant tout de suite.
Et pour dire les choses très crûment :
Nous ne survivrons pas à un troisième échec électoral.

Il va donc falloir composer avec Mélenchon, de gré ou pas.


CSP

Il FAUT insulter nos adversaires politiques

Au coin du feu, chez mémé, autour d'un gigot, d'un jaja ou dans un apéro-facebook (soyons fous), il FAUT insulter nos adversaires politiques. C'est essentiel.

D'abord, ça mettra un peu de vie dans des débats stériles. Et ça, ça n'a pas de prix. Discuter avec des cons, d'accord, mais seulement si on peut les traiter de connards, de salauds, de blaireaux, de porcs ou d'escrocs, selon les goûts.
En plus, ça fait toujours plaisir de foutre un grand coup dans le nez d'un sale con. Faut le reconnaître.

Voici donc quelques éléments tactiques pour rendre cette pratique aussi effective que possible :
- Prenez le temps de mettre en difficulté votre adversaire juste avant. Si vous devez insulter quelqu'un en public, ça vous donnera une légitimité surprenante. Vous aurez une parade très simple aux premiers pacificateurs venus : « Nan mais t'as vu les conneries qu'il raconte aussi ? » ou équivalent, qui donne de très bons résultats sur les gens qui sont effectivement en désaccord de fond avec le crétin en question.
- Insulter de sang-froid présente l'avantage non-négligeable qu'on ne vous demande pas de vous calmer. C'est parfois difficile, d'où l'importance de prendre l'habitude d'insulter rapidement. Avec le plus de détachement possible. Genre « Ah ouais ok. En fait, t'es juste un gros cons de droite. » Ou plus difficile : « Faut être un sacré trou du cul pour penser [ insérer vos griefs ], comme [un connard médiatique quelconque ] en fait. Tiens, tu me passes le sel steuplaît? »
- Le conflit est affirmé clairement, donc n'hésitez pas à envoyer paître ces crétins de soc-dem' qui vont tenter de calmer le jeu sous prétexte qu' « on est du même bord ». Nan. Toi, t'es un connard de collabo à forte mauvaise conscience ajoutée. Faut pas confondre. Ce qui a une conséquence non-négligeable : la polarisation du débat est immédiate. Plus de blabla, chacun a un point de vue intéressant blabla. Nan, les gros cons sont avec l'idiot que vous venez d'affubler d'une gentillesse de votre cru. Ne laissez aucune place à l'ambiguïté : exprimez-leur votre façon de penser de façon fleurie. De préférence en ajoutant des argument qui taclent bien dans les genoux de ceux qui cherchent à ménager la carpe et le lapin.
- Ne sous-estimez pas le simple pouvoir de sondage que permet un nom d'oiseau bien senti. Même si vous ne cherchez pas particulièrement à vous engueuler, une petite insulte en biais « Ah ouais, en fait ce que tu dis, c'est ce que raconte cette vieille charogne de DSK. » vous donnera de très bonnes indications sur les forces en présence. C'est bien connu, une commune détestation rapproche cent fois plus vite qu'un goût partagé.
- Soyez vicieux. Prenez à témoin les frileux. « Nan mais t'es d'accord qu'il raconte n'importe quoi ce con, au moins ?». Frappez sous la ceinture. « Mais évidemment que t'es du côté de cette crevarde sarkozyste, tu vas pas bousiller tes chances de passer tes vacances dans son chalet en Suisse ! En plus, t'as envie de te la taper depuis des mois. ». Innovez, expérimentez, et partagez vos découvertes.
- Et surtout, surtout, surtout, ne faites pas demi-tour le premier. Cassez-vous, au besoin. Ou foutez les indésirables à la porte, si vous êtes chez vous. Ou faites vous virer, si vous êtes d'humeur. Ou battez-vous. Mais ne vous excusez que si vous avez réellement mal compris son propos (« Nan mais quand je disais qu'il y a des économistes respectables, je parlais de Frédéric Lordon »), ou qu'il change sincèrement de discours (« Ah tiens oui, j'avais pas vu ça comme ça. Nan mais autant pour moi, Ségolène Royal est une ordure. »). Si c'est de l'enculage de mouche -> deuxième couche ( « Nan mais tu peux pas dire que c'est parce que je suis trader que je suis un salaud, c'est le système qui veut... Pourquoi tu prends cette hache ? » )

Vous verrez, en très peu de temps, le débat public sera plus sain. Vous n'aurez plus mal au coeur de voir tout ces idiots défendre becs et ongles les charognes qui les saignent : vous saurez que ce sont des salauds qui ne pensent effectivement qu'à leur cul et qui se laissent marcher dessus dans l'unique espoir d'être calife à la place calife. Vous serez infiniment plus calme et eux, infiniment moins. Et vous filerez de l'urticaire à tous les gens que vous n'avez jamais pu blairer sans leur dire.

En conséquence : Tous ceux qui s'évertuent à maintenir en vie « un débat citoyen respecteux des sensibilités » sont des porcs politiquement analphabètes.

KAOS

mercredi 19 mai 2010

Fenêtre

Ça commence à sentir la fin de règne, en ce moment. Pour les libéraux.
Oh bien sûr, ne nous y trompons pas : ils sont encore aux manettes et face à la crise font tout ce qu'ils peuvent pour appliquer leur catéchisme puisque de toutes façons ils ne peuvent pas faire autrement. Le cerveau est atteint et c'est irrémédiable. N'empêche : on peut commencer de partir de l'hypothèse que la période d'hégémonie culturelle du néolibéralisme est en train de se clore et que s'ouvre une fenêtre de tir pour l'alternative.

On peut en voir un indice dans une sorte de crispation générale des lou ravis de l'idéologie qui applaudissent avec gourmandise à la perspective d'une rigueur à échelle européenne, dans l'espoir qu'enfin le thatchérisme hardcore qu'ils appellent de leurs voeux soit enfin appliqué à la trique à ces rétives populations qui n'ont curieusement toujours pas comprises pourquoi elles devraient se priver pour que des nantis s'enrichissent encore. On voit au passage quel cas ces pingouins décervelés qui couinent "libertéééé !!!" à longueur de temps font de l'exercice démocratique : la liberté, bon, admettons, mais quand des États imposent la rigueur sans se soucier de ce que pense le peuple, ça leur convient très bien. Disons que les néolibéraux aiment bien la démocratie quand ça les arrange, mais si on peut faire sans c'est pas plus mal.

Il faut faire l'effort d'aller lire ces éditorialistes, ces économistes lobotomisés, ces blogueurs et ces forums de porcinets : tous en ce moment affirment avec plus de brutalité que d'habitude - et Dieu sait que le niveau d'imbécillité violente de ces gens est très élevé en temps normal - que le Marché n'est pas coupable, que c'est pas vrai que le Marché est responsable de quoi que ce soit, et que le Marché va tout résoudre si on le laisse faire tranquillement. C'est à dire la même chose que ces trente dernières années, certes. Mais avec cette fois une pointe d'angoisse qui sous-tend le discours et qui est pour le coup une nouveauté. Et qui les rend d'autant plus agressifs, de pareils singes ne sachant que montrer les dents en hurlant plus fort que le voisin dès qu'on s'avise de les contrarier un tant soit peu.
C'est parce que eux aussi, ils sentent bien que le dogme commence d'être remis en question ; et ils savent très bien, ou en tous cas le ressentent instinctivement, qu'une hégémonie intellectuelle d'apparence aussi granitique est un système binaire en fait très fragile : soit on y adhère totalement. Soit on émet des doutes, et tout commence de s'effondrer...

Il y a 10 ans seulement, impossible de se dire anticapitaliste sans déclencher soit moqueries soit haussements d'épaules. Parler en public de la course folle d'un capitalisme destructeur vous faisait passer pour un singulier agité au mieux, quand ce n'était pas pour un amoureux des vacances permanentes dans la Kolyma.
Et 10 ans, à une échelle historique, c'est peu. C'est très peu. Et énormément de chemin a été parcouru, même si encore plus reste à parcourir. Mais si vous êtes tenté de désespérer de l'époque et de l'averse de sales nouvelles qui nous tombe dessus en ce moment, faites simplement l'effort de vous souvenir : il y a 10 ans, tout le monde nous prenait pour des dingues et personne ne nous écoutait.
À présent, même des libéraux commencent à murmurer qu'on avait raison...
(concernant l'analyse, c'est vrai, les conclusions à en tirer différant assez radicalement ; n'empêche : voir ces gens commencer de concéder que moui en effet, y'a effectivement eu comme qui dirait de l'abus vous n'aviez pas complètement tort d'accord...reste un spectacle qui remplit d'aise. Et qui, j'insiste, était impensable il y'a encore quelques petites années).

Il y a une fenêtre historique qui s'ouvre. Qui s'ouvre enfin pour nous. La politique a horreur du vide et le reflux débutant de l'idéologie néolibérale commence d'entrouvrir un espace dont il faut s'emparer. Pour ça, nous avons tous quelque chose à faire. Les militants, politiques, syndicaux, associatifs. Les intellectuels, les quelques rares journalistes non corrompus par la doxa, les producteurs d'idées et de concepts. Mais pas seulement eux : vous aussi. La personne de gauche, sincèrement et vraiment de gauche qui n'en peut plus de subir les exactions de la droite et les trahisons d'une certaine gauche et qui peut, qui veut s'exprimer, qui veut dire son horreur du monde qu'on lui a vendu et son espoir d'un autre qu'il est urgent de construire. Vous avez accès à des informations. Vous pouvez lire des livres. Vous pouvez en parler autour de vous. Vous pouvez tenir tête à votre collègue et à ses blagues anti-fonctionnaires devant la machine à café. Vous pouvez faire taire le cousin poujadiste dans les repas de famille. Vous pouvez commenter les articles des journaux en ligne. Vous avez des pieds pour marcher dans les manifs. Vous disposez d'un bulletin de vote. Vous êtes éduqués, intelligents et cultivés : eux ne sont que des perroquets caquetant ce qu'on leur a fourré dans la cervelle. Et vous n'allez pas vous laisser intimider par des perroquets, tout de même ?

Vous pouvez faire quelque chose tous les jours.

Il est temps et plus que temps d'enfin commencer notre Reconquista.