samedi 27 février 2010

Bouffons verts

Donner des leçons à la planète entière, ça semble bel et bien être une spécialité de tout ce qui se proclame "écologiste" avec trémolos et postures adéquates, et ça en devient parfois un peu lassant. À la longue.
Ainsi, ce texte parfaitement bouffon de quatre membres d'Europe Écologie dressés sur leurs ergots qui voudraient nous expliquer la vie du haut de l'immense prétention suffisante commune à tous les réformards depuis l'aube des temps. Cette façon pour les adeptes du compromis permanent de prendre de haut leurs interlocuteurs et de les tancer systématiquement en leur disant que vous êtes trop ceci et pas assez cela avant que immanquablement sortir de leur manche l'argumentaire épuisé du "réalisme", fichtre, ça finirait par démanger les phalanges des plus patients, à la longue. Non ? Oui, hein.

Bien évidemment, nos quatre clowns reviennent - encore, arf - sur cette histoire de candidate voilée, et que la République, et que le féminisme, et que non non non c'est pas possib' c'est pas possib', blablabla, et le degré de bêtise de la tribune se résume d'ailleurs en une phrase. Bête.

"Nous prenons acte de l'évolution idéologique du NPA et de son glissement de la religion, opium du peuple, vers le voile libérateur de la femme musulmane"

D'accord. De mon côté, je prends acte, et avec toute la solennité qui s'impose, du refus catégorique des signataires de cette farce d'au moins essayer d'utiliser leurs cerveaux pour se renseigner un peu plus avant sur le pourquoi du comment. Ensuite, on peut en effet très bien vivre avec un QI à deux chiffres, ce qui semble par ailleurs être une condition indispensable au militantisme à Europe Écologie. Mais à ce moment là, on ne publie pas des conneries dans la presse nationale, surtout si il a fallu qu'ils s'y mettent à quatre pour pondre un brouet aussi indigent. C'est dire si il y a du niveau, là.

D'autant que nos petits copains d'Europe Écologie, avant que de la ramener, feraient bien d'un peu mieux regarder ce qui se passe au niveau de leur propre parti. Puisque au détour d'une recherche sur un autre sujet, on tombe avec une certaine surprise sur ceci :

"Ce vote est presque passé inaperçu : le 25 novembre, les trois quarts des députés européens, dont – surprise ! – la plupart des écologistes, ont adopté une résolution lourde de conséquences : l’extension du marché carbone mis en place en Europe à l’ensemble de la planète. Le recours au marché pour acheter et vendre des « droits à polluer » est loin d’avoir rempli son objectif : réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pire : plusieurs techniques polluantes pourraient demain être considérées comme relevant du « développement durable » : l’énergie nucléaire, la culture de certains OGM ou la captation et séquestration du CO2. Sans oublier les effets socialement néfastes de certains projets sur les populations locales."

Ah ?
Bon ?

"Une résolution adoptée à 76 % des voix le 25 novembre par le Parlement européen entérine la volonté de mettre en oeuvre « un marché du carbone mondial ». Objectif : réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 (par rapport au niveau de 1990). L’extension mondiale du « marché carbone », jusque là réservé à l’Union européenne (depuis 2005), permettra aux multinationales européennes d’investir dans de nouvelles techniques pour compenser au Sud leurs émissions industrielles au Nord. Parmi elles : le nucléaire, une « agriculture de conservation » dont certains OGM, la préservation de la forêt (parfois aux dépens des populations qui en vivent), la capture et la séquestration de carbone figurent sur la table des négociations de Copenhague. Des projets entrant dans ce cadre pourront ainsi être financés par les grandes entreprises en échange de « droits à polluer ». La droite, les néo-libéraux et la gauche social-démocrate ont très largement voté pour. Plus surprenant : la grande majorité du groupe écologiste également"

Le Parlement européen vote dans l'enthousiasme une résolution qui part du principe que le nucléaire est une solution de remplacement complètement viable pour limiter les émissions de gaz carbonique ; ce qui est déjà assez déconcertant en soi on l'admettra.
Et le texte est soutenu par les mêmes écologistes qui se permettent de la ramener la bouche en coeur.

Le plus plaisant restant à venir, par la très maladroite tentative de justification d'un député Vert qui bafouille :

"Il y a des choses qui ne nous plaisent pas dans cette résolution mais c’est un compromis politique. Devrait-on fermement voter non ? Nous ne sommes pas dans une logique contestataire mais de construction, d’alternative au nucléaire"

Ah. C'est un "compromis". D'accord. Pour être "pragmatique", je suppose ? Et puis faudrait surtout pas tomber dans la stérile "contestation", ah ben non alors. Vaut mieux voter des textes avec la droite, c'est assurément plus subtil, comme démarche.
On notera au passage que ce sont les mêmes qui beuglent à intervalle régulier sur notre soi-disant refus, il y a quelque années déjà, de "voter pour" la taxe Tobin alors que jamais il n'a été question une seule seconde pour le parlement européen d'examiner cette taxe et que le vote incriminé ne portait que sur l'éventuelle faisabilité d'une possible commission d'études de la chose exclusivement composée de libéraux...mais ça, c'est la réalité, et c'est évident que c'est plus facile de gueuler "gniiii lésstrèmgôche elle est contre la Taxe Tobin gniiii !!!" comme des gros cons.

On ne pourrait donc que suggérer à nos amis tellement "pragmatiques" de faire avec eux-même le nécessaire "compromis" de la fermer, histoire d'éviter de patauger dans le ridicule.


vendredi 26 février 2010

Virus

Quand les cas sociaux d'Unité Radicale - sorte de nanopuscule nazillon dissous après la tentative d'assassinat burlesque de Chirac par un de leurs frustrés - avaient braillé dans leur presse qu'ils fallait investir massivement Internet pour y propager leurs idées, en baptisant la dite démarche "Intifada sur le Net", tout le monde avait ricané. Il faut dire qu'un rapport de forces systématiquement défavorable dans la rue, ainsi que moult tracasseries policières avaient finit par convaincre bien des crânes d'oeufs qu'au moins, derrière un clavier, on risquait moins de visiter les urgences ou de perdre du temps dans une énième garde à vue, et que rester au chaud devant son navigateur permettait en plus de raconter tout ce qu'on voulait. Pour peu qu'en plus, l'hébergeur soit domicilié dans un pays garantissant la liberté d'expression à tout prix - genre USA -, on pouvait se lâcher pour de bon.

C'était il y a à peu près dix ans.
Et à présent, force est de reconnaître que la stratégie, si brouillonne et confuse qu'elle ait été, a pleinement porté ses fruits : ils ont littéralement infesté partout. Du techno-geek libertarien au baby-skin sur Skyblog, la présence xénophobe sur Internet est une réalité incontournable, et il va bien falloir s'interroger et se pencher de plus près sur cette propagation idéologique "invisible" - puisque non apparente dans le débat public - mais qui se révèle au final extrêmement efficace dans les but qu'elle vise.

Il faut ici préciser que l'aspect "viral" de la chose n'obéit nullement à une initiative centralisée : pas de parti ou de groupuscule spécifique derrière tout ça, même si nombre de militants d'organisations d'extrême-droite sévissent dans ce magma ; plutôt une noria d'initiatives personnelles, complètement décentralisées, et n'ayant en commun que deux ou trois idées faisant le lien. À partir de là, créations de sites, blogs, forums spécifiques, portail d'informations etc., et tout ce petit monde de compenser sa désertion du terrain pour s'agiter d'autant plus frénétiquement dans le virtuel. Ajoutez à cela l'explosion technologique des dix dernières années - regarder un film d'il y a dix ans seulement est devenu une expérience troublante : les portables ont l'air énormes, consulter Internet se fait sporadiquement et avec l'aide d'un modem émettant un bruit étrange... -, et la facilité déconcertante qu'il y a désormais à pouvoir exprimer tout et son contraire sans presque aucune limite : ne vous cassez plus la tête à vous demander où sont passé les fafs, ils ont tous l'ADSL.
Et ils ont très vite compris l'usage politique qu'on pouvait en faire.

Reprenant inlassablement et sous toutes les formes possibles et imaginables les mêmes discours, ou plutôt une seule idée de ce discours - immigration = caca, en gros -, déclinant la chose sur tous les supports possibles et l'assénant en boucle tous les jours pendant des années et des années, grandement aidés par un contexte politico-historique devenant de plus en plus inquiétant - 11 septembre et paupérisation de masse -, non seulement ils ont contribué à banaliser les idées xénophobes, mais ont grandement contribué à créer des émules reprenant certaines de leur thèses en les édulcorant plus ou moins, ce qu'on connaît désormais sous le vocable "d'islamophobie". Puisqu'à priori, pas tellement de choses en commun entre Kévin-Fafounet des Jeunesses Identitaires, et une Elisabeth Lévy en robe à pois. Sauf que malgré des divergences profondes et réelles, ils se retrouvent dans la même stigmatisation des musulmans dénoncés comme danger imminent pour une certaine vision de l'Occident, Kévin-Fafounet de façon plus radicale et la stridente Elisabeth faisant passer la même pilule mais de plus élégante façon...

Et l'arrivée de la droite charognarde au pouvoir, élue en grande partie grâce aux déçus du FN à qui il faut régulièrement donner des gages, a bel et bien fait sauter les derniers verrous qui retenaient certains esprits. Les égouts débordent sur Internet, dans des commentaires de journaux en lignes où des veules se vantent ouvertement d'être racistes, dans les forums où les idées de Le Pen sont présentées comme raisonnables voire séduisantes, dans des blogs de pauvres types susurrant que ne pas aimer les étrangers, c'est normal...

Et de ce point de vue là, nous sommes très très en retard...

Disons le net : nous sommes complètement passé à côté d'Internet comme vecteur idéologique. Nous avons complètement sous-estimé son potentiel de propagation des idées et notre analyse de la société a fait pendant longtemps une impasse complète sur les Nouvelles Technologies. Présents en première ligne dans le réel, nous avons regardé avec dédain ceux qui s'ébattaient dans le virtuel en prétendant que faire de la politique ne se faisait que et uniquement sur le terrain ; bref, nous n'avions pas compris qu'Internet était en train de devenir un acteur politique et qu'il va l'être de plus en plus...

D'où un certain désarroi devant la propagation fulgurante de la xénophobie dans la population, qui certes ne peut pas se lire que par l'influence d'Internet, mais a qui Internet a servi de caisse de résonance et de facteur multiplicateur, et ce répétons-le depuis maintenant une décennie entière. C'est là également qu'on constate que l'avènement de cette fameuse société de l'information est désormais chose faite : une propagande de type virale, et maintenue pendant des années, finit par contribuer à façonner la réalité sociale. Les idées prennent chair, et ce passage du online au offline est peut-être le phénomène politique le plus stupéfiant de la période qui s'ouvre. Et n'en est certainement qu'à son commencement.

Et c'est quelque chose sur quoi il va falloir se pencher assez rapidement.

jeudi 25 février 2010

Y a du niveau

Vous avez interviewé Olivier Besancenot (20 Minutes)

Vous pouvez poser vos questions.

- Ach, Pezassenaut être hapillé comme as de pike, ja ! Il vé vraiment pitié, che veux zavoir komment il peut porter fètements bareils, le sviter afec la chemize, grösse fôte te goût, jawhöl ! Pas temain la feille qu'il vera ein dévilé afec Chanel, blutôt mourir ! On a azé te proplèmes afec zes pétasses obèses qui osent peser 40 kilos, aucune diziplineuh zes connasses! (Karl Lagerfeld)

- Besancenot est rien qu'un gros alcoolique bipolaire sexuellement frustré qui projète tous les problèmes minables de sa vie de raté sur les autres pour éviter une remise en question pourtant salutaire, heureusement que c'est pas du tout mon cas et que j'ai un fan-club tout entier dévoué à ma cause dans l'aile gauche de cette clinique très sympathique où tout le monde est très gentil avec moi depuis mon effondrement psychique. Y a quoi à la télé ce soir, monsieur l'infirmier ? (Jérôme Leroy)

- Gniiii Besancenot pédé gniiii fonctionnaires méchants gniiii islamogauchiste gniiii faut tous les foutre à la mer gniiii je m'en chargerai bien moi-même gniiii mais je peux pas gniiii j'ai piscine gniiii et je suis trop sensible gniiii faudrait un nouveau Pinochet gniiii ou un nouveau Reagan gniiii n'importe qui avec des couilles gniiii un jour je dis bien un jour je jure que je ferai un truc de fou gniiii oh putain ça va être l'heure de Docteur House gniiii !!!(N'importe quel pauvre type d'Ilikeyourkévin)

- Alors là, ça m'énerve. Et quand je suis énervé, ça chie des bulles, hein. Comment ça se fait donc que Besancenot ne parle jamais de ce qui se passe à l'intérieur du Parti Socialiste ? Moi qui passe un temps proprement hallucinant à scruter le moindre frémissement de ce marécage - j'en ai fait un PDF de 147 pages hyper-fouillé, attention c'est du lourd -, j'en arrive à la seule conclusion possible : c'est un complot contre Ségolène Royal. J'ai crée un groupe Facebook pour dénoncer ce scandale, venez nombreux ! (Intox2007)

- En présentant une candidate voilé, l'inconscient Besancenot et son parti d'irresponsables passéistes font clairement le jeu de l'extrême-droite, et vu le temps que je passe à lire Fsetouche et Riposte Laïque, l'extrême-droite, ça me connait ! Ensuite, bon, y a pas non plus que des trucs nuls là dedans, non plus, faut pas croire. Ils exagèrent parfois un peu, d'accord. Mais quand même, être envahis à ce point par les melons, merde ! Tiens, je vais en faire un article décoiffant dans Marianne, avec un titre subtil genre "L'islamisme à nos portes : une réalité qui dérange la bien-pensance". Ouais, ça va le faire. (Philippe Cohen)

- Parfois à l'automne, en me promenant sous les tilleuls je me dis que je voterai bien Besancenot, j'y pense un peu et je souris tristement. Ça me rappelle ce week-end à Chatenay-Malabry avec Cécile, on a bu un chocolat sans se parler et on a regardé les feuilles tomber, c'était agréable. Sans plus. Zut, j'ai un trou à mon pull, il faut que j'en change avant d'aller voir maman. Y aura du pudding. J'aime bien le pudding. (Vincent Delerm)

- MAIS PUISQUE JE VOUS DIS QUE JE NE SUIS PAS FOLLE !!! CE N'EST PAS PARCE QUE JE PARLE SANS ARRÊT À TRÈS FORT VOLUME QUE JE SUIS DÉRANGÉE TOUT DE MÊME ! ET POURQUOI VOUS M'AVEZ MIS DANS LE MÊME PAVILLON QUE LEROY ??? C'EST PAS PARCE QUE ON ÉCRIT DES CONNERIES ENSEMBLE QUE JE VEUX PASSER MA VIE AVEC CE TYPE, MERDE !!! LAISSEZ-MOI SORTIR, TAS DE GAUCHISTES COSMOPOLITES BIEN-PENSANT !!! LAISSEZ-MOI SORTIIIIIIIIR !!!!! (Elisabeth Lévy)

- Je veux poser à monsieur Besancenot une question complètement objective et neutre de la tête aux pieds : si vous êtes contre l'économie de marché, c'est que vous êtes contre la démocratie, n'est-ce pas ? Cette question, ce sont tous les français qui se la posent et je vous rappelle qu'on est ici dans un espace de débat démocratique neutre et impartial, c'est une question de déontologie. Et je ne transige pas avec la déontologie, non mais. (Arlette chabot)

- J'accuse monsieur Olivier Besancenot d'être un délinquant psychopathe ultra-multirécidiviste et hyper-dangereux, qui pousse des mamies dans les escaliers en ricanant avant de violer leur yorkshire. De plus, mes sources au Greffe de Neuilly m'affirment qu'il est coupable d'abus de biens sociaux, de délits d'initiés, de détournements de fonds publics, de prises illégales d'intérêts, de diffamation, de faire le jeu de l'extrême-droite par calcul électoraliste, d'emplois fictifs, de faire voter des gens morts, de...euh, ah non, ça c'est mes potes qui font ça, autant pour moi. (Francis Delattre)

- Mais avec des gens comme ce Besancenot, c'est tout le prestige de la Frannnnceuuuuuh qui part en couille, excusez mon franc-parler ! C'est avec toute la tristesse de vieux briscard que je suis que je vois ce magnifique pays sombrer un peu plus dans la décadence, la fainéantise et le haschich, misère de misère. Tenez, avec des yéyés comme ce Besancenot, là, sur et certain qu'on aurait perdu, en Algérie ! Hein ? Comment ça, on a perdu ??? ( Marcel Bigeard)

- Besancenot c'est Guévara et c'est Mozart, c'est Saint-Just à vélo, c'est un Casanova monogame et à la fois un Maurice Thorez rock n'roll, c'est cette figure tellement présente dans notre littérature de l'enfant, l'enfant du peuple, l'enfant trop vite grandi qui a encore tellement de choses à prouver, il faut imaginer Besancenot à Venise en train de discuter avec Lacan au milieu des pigeons, d'ailleurs ça me rappelle une anecdote quand j'étais maoïste et j'avais une maîtresse rencontrée à Langues-O et heu, je, heu, comment elle s'appelait (bafouille) mais où j'ai mis mes lunettes ? (Philippe Sollers)

Merci de votre participation.

mercredi 24 février 2010

La Justice

Les choses sont simples, elles sont toujours simples. D’une simplicité souvent même vertigineuse. Ainsi, on peut résumer chaque camp politique par un seul mot. Oui, rien qu’un seul, mais pas n’importe lequel : un mot polysémique, qui a plusieurs sens, un mot-monde.
Rien qu’on mot pour décrire un monde et la vision de ce monde. Je vous voit sceptiques ; pourtant, il suffit d’un mot, d’un seul, et d’une volonté politique derrière pour tout changer.

L’extrême-droite, c’est Nation.

La droite, c’est non pas « sécurité », mais Travail. La sécurité est un corolaire de cette vision du travail, libéral => donc sécuritaire…

Les libéraux n’auront que Liberté à la bouche.

Je suis en train de lire une analyse de la campagne présidentielle de Barack Obama, qui explique que celle-ci toute entière s’est articulée autour d’un seul mot : Changement. « Change ». Toute une campagne autour d’un seul mot incarné par un seul homme…qui a gagné à la fin, grâce à la simplicité d’un message s’adressant à l’imaginaire de chacun.

En un seul mot sont définies une vision et une action. Ce sont des mots qui parlent au commun, qui ont un écho affectif immédiat, tout le monde voit et comprend plus ou moins ce que sont la Nation, le Travail, la Liberté, le Changement. Il faut insister sur la portée « sentimentale » de ces mots qui ont un effet immédiat sur les imaginaires : ils « percutent » les esprits, et ensuite, la suite du discours vient expliciter ce que le camp entend mettre derrière ces mots précis. Un mot simple, et « vaste », et le sens qu’on veut lui donner, et ensuite l’action pour inscrire ce mot et son sens déterminé dans le réel. Un seul mot, et c’est toute une politique qui s’enclenche…

Et la gauche, quel est son mot ? Quel est-il votre mot à nous, celui qui nous incarne et qui nous emmène ? Trouvez moi le mot qui est à nous, allez y.

JUSTICE !

La Justice ! Nous nous battons et nous voulons la Justice ! Pas au sens institutionnel, pas la Loi et l’Ordre : la Justice ! Le voilà notre mot-étendard, notre mot-panache blanc auquel nous rallier, le mot-monde, le mot-action. Quelque chose de simple, pas des discours de professeurs rouges abscons et ennuyeux qui font fuir tout le monde et quand on nous demande « mais qu’est-ce que vous voulez à la fin ? », on répondra calmement et droit dans les yeux : la Justice. Rien de plus. Mais rien de moins.

Le voilà, l’argument massue qui fera taire les pires crapules réactionnaires, parce que même la pire pourriture de droite qui défend les inégalités sociales se tiendra coi si on lui demande : mais vous êtes pour l’injustice, alors ???...

La Justice, cette exigence morale commune à chaque être humain, que chaque personne peut ressentir au plus profond d’elle qu’il existe des choses justes et des choses injustes.

Les entreprises qui licencient alors qu’elles font des bénéfices, c’est injuste.

Les sans-papiers qui vivent depuis 10 ans dans un pays et y travaillent, et qui sont expulsés, c’est injuste.

Payer de plus en plus cher les biens de consommation élémentaires, c’est injuste.

Et ce que nous voulons, c’est que ces choses injustes soient remises à l’endroit. Dans le sens de l’égalité et de la solidarité, dans le sens de la redistribution, dans le BON sens.

Alors éééévidemment, il y aura des sots. Des niais. Ou des socialistes, c’est pareil, qui objecteront :

« Ouhlala mais la Justice, quand même, c’est un peu trop ceci et pas assez cela et puis on sait pas où ça va tout ça paske vouloir la Justice, c’est méchant et c’est dangereux quelque part, non ?... »

Mais oui. Mais oui c’est dangereux, banane. Dans un monde fondé sur l’injustice, vouloir que les choses soient remises à leur juste place, évidemment que c’est extrêmement dangereux !!! Si l’ordre établi est fondé sur l’iniquité et que les institutions inscrivent cette iniquité dans le marbre des lois bourgeoises, vouloir la Justice, il n y a rien de plus dangereux pour cet ordre là ! Et c’est bel et bien pour ça que oui, mille fois oui, ce que nous voulons est dangereux et que nous-mêmes sont très très dangereux. Et on assume, merci.

Si il suffit d’un mot d’un seul pour changer un monde, ce mot à présent, nous l’avons !

mardi 23 février 2010

La fin du "communisme"

Ça n'a été qu'une modeste brève passée complètement inaperçue, mais qui en exprime pourtant très long :

"La députée communiste de Saine-Saint-Denis Marie-George Buffet a salué aujourd'hui la mémoire de l'ancien ministre à la Sécurité Robert Pandraud, élu du même département, dont elle souligne qu'il "aura marqué de son empreinte le paysage politique français". (source)

Si il fallait encore avoir une preuve du complet délitement du PCF à tous les niveaux, c'est bien dans cette hommage de la secrétaire générale de ce parti à cette crapule réactionnaire qui a eu l'heureuse idée de clamser ; et par parenthèse, je puis vous assurer que l'annonce de ce décès en a réjoui plus d'un dans mon entourage immédiat et que nous attendons avec gourmandise que Pasqua y passe, et lentement de préférence.
Puisqu'on peut certainement nous reprocher bien des choses, et parfois même avec raison, mais au moins nous ne nous efforçons pas de nous faire passer pour ce que nous ne sommes pas. Cette volonté de respectabilité "républicaine" du PCF n'est qu'un des innombrables indices de son inéluctable naufrage et au delà de son cas spécifique, c'est à la fin d'un "communisme" en couleurs sépia à la quelle on assiste.

Et c'est pas trop tôt.

Pendant très longtemps, trop longtemps, c'est ce "communisme" vermoulu et sclérosé qui a tout fait pour empêcher l'apparition d'un progressisme voulant aller au-delà des sages rodomontades d'appareils devenus complètement intégrés au fonctionnement des institutions bourgeoises. Ce sont ces Partis Communistes, jamais complètement remis du stalinisme et de la chute d'un certain Mur, qui agitaient force drapeaux rouges en chantant de furieuses Internationales d'un côté, tout en se convertissant hypocritement aux charmes frelatés du réformisme et de l'acoquinement avec une sociale-démocratie qui les a toujours méprisés et ne les utilise plus que comme réservoir de voix pendant les périodes électorales. Ce "communisme" là a bel et bien vécu, et il est en train de mourir de façon suffisamment lente pour que ça en devienne embarrassant, un peu comme ces grabataires en phase terminale qui refusent l'inéluctable et se cramponnent désespérément à la moindre goutte de vie en faisant le plus de bruit possible, à la grande consternation de ceux qui sont encore là...

Pendant longtemps, très longtemps et encore une fois trop longtemps, il a fallu se trimbaler une valise en plomb avec "stalinisme" marqué dessus. Des décennies d'oligarchies crapuleuses remaquillées en "socialisme réel" qui utilisaient une logomachie absurde et creuse pour convaincre qu'ils étaient des "communistes" jusqu'au slip, quand de moins en moins de monde les croyaient mais avait trop peur pour même penser le contraire. Des sociétés en plomb comme autant de casernes à ciel ouvert, voila le souvenir qu'a laissé ce "communisme" qui n'a jamais été communiste à un niveau même élémentaire. Qui veut encore de ça ? Qui défend encore ça ? Même l'abruti Leroy n'en veut pas, malgré ce qu'il en dit et ses crises de dépressions chroniques où il rêve d'un passé pastel qui n'existe que dans sa tête sont également un symptôme, celui des gens déboussolés par le présent et incapables de penser un futur, et qui préfèrent fuir dans un imaginaire glorieux, d'autant plus glorieux qu'on en aura effacé tous les aspects les plus gênants.

Le PCF agonise mais il agonise décidément trop lentement et se raccroche à toutes les branches possibles, y compris la création de ce décidément hilarant Frondgôche, énième mouture social-démocrate qui rentrera sagement dans le giron socialiste dès le premier tour et qui d'ailleurs ne s'en cache même plus. Y a t-il eu des gens suffisamment naïfs pour croire qu'il ait pu en être autrement ? C'est avoir une capacité à se mettre la tête dans le sable proprement sidérante, et surtout avoir une stupéfiante capacité d'effacer les trente dernières années de compromissions et de petits reniements mesquins qui ont toujours vu le PCF préférer la lutte des places à celle des classes. Ils seront devant nous aux régionales ? La belle affaire que voilà ; faire à peine mieux que le PCF tout seul et tout ça pour finir par voter les budgets des socialos. Quelle éblouissante réussite ça sera, en effet. Et comme on attend avec impatience de voir PCF et PG se crêper le chignon en public puisque déjà, derrière la façade de sourires sur les estrades, on entend la vaisselle qui vole en coulisses. Mais le groupuscule de Mélenchon a déjà appris le meilleur de la tradition coco-stal tendance old-school : quand ça rue un peu trop fort dans les comités locaux qui commencent à comprendre qu'on ne leur propose que les mêmes vieilles recettes moisies, on verrouille tout et on dissout le comité. La voilà la réalité du Frondgôche : brailler "unitééééé" devant tout le monde et avoir des pratiques qui sentent le rance en arrière-boutique.

Ce "communisme" là est dont terminé et c'est décidément la meilleure chose du monde. Alors comme tous les moments de transition, où se redistribuent les cartes et où s'élaborent les stratégies nouvelles, on est actuellement dans un indeterminé où les structures anciennes ne sont plus là et les nouvelles pas encore ; le travail d'élaboration d'un nouveau corpus progressiste est en cours, et il passe inévitablement par des tiraillements et des tâtonnements. Et il est probable que cette période dure encore quelques années, ne nous faisons pas d'illusions. On ne se débarrasse pas du vieux aussi facilement.
Mais c'est mine de rien une nouvelle page de notre Histoire qui est en train de s'ouvrir. Alors comme toutes les choses nouvelles, c'est un peu angoissant, c'est vrai.
Mais aussi plutôt très excitant, moi je trouve.

lundi 22 février 2010

Plancton, dauphins, petits oiseaux, et oui, bon, ok, ça va, hein

C'est donc l'écologie qui semble ressortir de vos pressantes demandes, et comme je suis un garçon charmant et qui tient ses promesses, voilà donc un billet là-dessus.
Ce qui n'est pas sans me plonger dans un certain embarras pour ne pas dire un embarras certain, pour la bonne et simple raison que ma conscience écolo est pour ainsi dire à une sorte de niveau plancher et j'ai toutes les peines du monde à m'y intéresser si vous voulez tout savoir. Ben oui. Mais tant pis, chose promise chose due et vous me le paierez tous avec des larmes de sang.

Mais pourquoi donc avoir tant de mal à s'intéresser à ces questions quand on est anticapitaliste de partout ? Je ne trie pas mes déchets, je ne fais pas caca dans la sciure, j'aime bien le thon rouge et je suis très curieux de savoir quel goût ça a un dauphin, et je rêve de prendre l'avion avec ma copine sous le bras pour aller à Istanbul en amoureux. Voilà.

Alors considérer que le capitalisme et son corollaire productiviste crée un gaspillage effréné - qui est la condition même de la survie de l'ensemble du système : le capitalisme à besoin du gaspillage et de maintenir la production à des niveaux excessifs pour que la machine tourne a rendement optimum quitte à mettre à la poubelle l'excédent - est une évidence qui ne se discute pas ; ça, c'est fait. Et que contrairement aux joies un peu austères du communisme old-fahioned qui clamait triomphalement ses tonnes de ceci et ses tonnes de cela dans des élans stakhanovo-productivistes souvent délirants, le passage au Socialisme du XXIème siècle se fera précisément par la rupture avec ces logiques de production à outrance dont les dégats sociaux et environnementaux sont devenus notre inquiétant quotidien.

Arrivé à ce stade de la lecture, on comprendra aisément que ce point de vue politique est en relative inadéquation avec une vision d'écologie réformarde telle que portée par Europe Écologie, qui pense avec une naïveté touchante qu'une politique environnementale efficace peut être compatible avec l'économie néolibérale. C'est-à-dire celle-là même qui encourage au productivisme le plus hystérique, et on voit bien là qu'il y a quelque paradoxe pour ne pas dire impossibilité structurelle. Cruel paradoxe donc, mais qui est allégrement surmonté par l'argument du "pragmatisme" dont Cécile Duflot s'est fait une spécialité sur l'air de "il faut être réalistes / nous on est pas des utopistes on veut agir / il faut faire avec ce qui existe /ce qui compte c'est l'environnement et pas les clivages partisans". Discours d'une formation ratissant super large et pouvant ainsi créer un gentil consensus tout mignon, et partant parfaitement soluble dans l'économie de marché. D'ailleurs de nos jours, le plus acharné des capitalistes est green de partout, n'est-ce pas ?
Où l'on voit qu'Europe Écologie ne se borne pas à n'être qu'un réservoir de voix pour le P"S" mais travaille bel et bien à une bonification du capitalisme en traitant les symptômes mais pas la maladie elle-même ; ce qui permet au business de se donner une caution écolo à fort peu de prix, et avec d'autant plus d'enthousiasme que cette écologie là ouvre de nouveaux marchés à un capitalisme qui a bien besoin de trouver un nouveau souffle.

Or le capitalisme vert est un oxymoron qui si il peut servir à rassurer les marchés - les pauvres étant d'une telle fragilité qu'il s'inquiètent d'un rien...-, ne peut en aucun cas être une politique environnementale viable à court, moyen et long terme. Parce que tout simplement, le capitalisme vert, ça n'existe pas : soit on continue en direction du mur, soit on arrête et on décide de passer à autre chose. Et effectivement, c'est une volonté politique autrement plus ambitieuse et radicale qu'il va falloir mettre en place, et dont on peut lire les grandes lignes ici.

Maintenant, je dois partager avec vous l'une de ces savoureuses contradictions qui font tout le charme de ma complexe personnalité ;
Parce que si je comprends la nécessité politique de l'écologie et de politiques environnementales dans l'intérêt des populations, je ne peux pas m'empêcher d'une sorte de crispation un peu éruptive dès que je croise des "écologistes"...
Disons qu'en gros, l'écologie, je suis évidemment pour, voilà ;
Mais je déteste les écologistes.

Ah.
Prenons par exemple cette publicité de Greenpeace datant de 2007 et qui illustre fort bien certains discours particulièrement exaspérants :



Là, c'est simple : par réflexe, j'ai envie de m'endetter pour 10 ans en m'achetant un Hummer et de faire tourner le moteur à l'arrêt en bouffant du dauphin frit tout en fumant un paquet entier de Marlboros.
Ce discours culpabilisateur est parfaitement insupportable. Et cette tronche de sale gosse inquiétant qui vous regarde par en dessous, très "Sauvez les bébés phoques sinon j'exécute un otage toutes les demi-heure", deux claques et au lit.
Dis moi garçon, qui pollue le plus ?
Le pékin qui est obligé de prendre sa bagnole pour se rendre au boulot ?
Ou la multinationale qui balance ses tonnes de merdes en pleine nature ?
Le même pékin fait ses courses en utilisant des sacs en plastique qui ne sont pas recyclables, ok ;
Mais au fait, vivre dans une société basée sur le pétrole et ses dérivés, c'est le choix politique de qui, au fait ?
Et le paysan qui utilise des engrais aux nitrates qui foutent en l'air les nappes phréatiques ;
Qui l'oblige à produire de plus en plus si il veut survivre ?
La confusion que ce genre de clip introduit en prétendant que "tout le monde est responsable" ne sert au final qu'à culpabiliser les gens normaux pendant que les vrais coupables politiques, qui mettent en place un système économique débouchant inévitablement sur la pollution à grande échelle, vont eux continuer à faire leurs saloperies.
Tout le monde est "responsable" ?
Certains le sont bien plus que d'autres.

Alors je veux bien être "concerné", hein ; mais c'est juste que face à certains donneurs de leçons, j'ai comme envie d'être un peu méchant, parfois...

dimanche 21 février 2010

Démagogie

N'ayant rigoureusement aucune et je veux dire aucune envie de faire un billet, c'est l'occasion inespérée de me vautrer dans la plus gluante démagogie ;
Parce le billet suivant, chères lectrices pantelantes et chers lecteurs embrasés, le billet suivant, c'est vous qui allez le choisir...

Donnez moi un sujet que vous avez envie de voir traiter par votre blogueur préféré ;
Précisez ensuite de quelle façon vous voulez que ça soit fait : plutôt hargneux, plutôt drôle, plutôt comme vous voulez ;
Et demain matin, pouf, ô joie joie larmes de joie, il apparaîtra sur CSP...
Je sais. Rien que d'y penser par avance, vous êtes bouleversés. Comme je vous comprend.

Allez y, proposez moi des trucs, soyez fous !

samedi 20 février 2010

Brave new world

"Bien que le report de l'âge légal au-delà de 60 ans fasse partie des pistes sérieusement envisagées pour réformer le régime général, il est judicieux de préparer sa retraite le plus tôt possible
Difficile à 25 ans, de se dire qu'il faut penser à préparer sa retraite. L'inversion de la pyramide des âges, le creusement du déficit des régimes général et complémentaires, voire même les arbitrages qui seront fait pour rétablir l'équilibre financier doivent cependant inciter les actifs à prendre dès aujourd'hui des décisions pour garantir leurs revenus quand ils auront cessé de travailler
A 25 ans : mettre de l'argent de côté sans le bloquer
Il s'agit surtout de prendre de bonnes habitudes dès l'entrée dans la vie active. A savoir: épargner et classer les documents qui seront nécessaires plus tard." (source)

Tu vas penser à ta retraite toute ta vie, connard.
Tu vas commencer à flipper ta mère à 25, à 20, à 16 ans. Tu va mettre de l'argent de côté et peu importe si tu n'y arrive pas parce que tu ne gagne pas assez. Tu vas emprunter pour pouvoir joindre deux bouts merdiques et tu vas t'endetter jusqu'à ta mort et au delà en laissant tes dettes à tes gosses. Tu vivras une vie rongée par l'angoisse et le doute.
Tu sera soumis et docile au travail parce que tu auras tellement la trouille de te faire virer et de perdre le peu que tu auras péniblement accumulé que tu acceptera en tremblant les conditions les plus merdiques et les horaires les plus délirants.
Tu sera soumis au terrorisme de l'argent ta vie durant et il n'y aura plus de place pour rien d'autre dans ta vie de con.

Tu vas devenir comme les Ricains qui sont endettés à mort avant même d'entrer dans la vie active et ces dettes que tu devras rembourser en travaillant jusqu'à en crever feront que tu te tiendra tranquille et que tu courbera la nuque. Tu ne t'intéressera plus à la politique parce que n'aura plus le temps et que tu sera trop crevé pour faire autre chose que bosser. Et comme chez les Ricains, il n y aura plus de gauche du tout et tu ne saura même plus ce que ce genre de chose signifie. Tu seras au delà de la résignation. Les dettes, c'est l'arme absolue de soumission des masses et tu vas t'endetter parce qu'il le faut, puisque sans endettement frénétique, tout le système se casse la gueule.

Tu continue encore à voir des multinationales faire des bénéfices monstrueux et licencier encore et tu continue à ne pas trouver ça normal. Abonne toi au Figaro et tu verras que ça te passera. Apprend à aimer ta servitude, apprend à la trouver normale, et peut-être même que si tu es vraiment sage et bien aliéné, tu t'inscrira sur un forum libéral pour faire "Grouiiiiiiik !!!!" avec tes petits copains. Tu as vu Délivrance ? La scène "Fais la truie ! Fais la truie !" ? Et bien les forum libéraux, c'est pareil : des pauvres types qui se font mettre en faisant "Grouiiiiiiik !!!!". Sauf que eux, ils aiment ça. Et pendant qu'on les enfile profond, ils font "Grouiiiiiiik !!!!" contre ceux qui n'ont pas envie de connaître de genre de délicates sensations. C'est pas le stade ultime d'une belle et bonne soumission bien abjecte ça Madame ? C'est comme ça qu'il faut que tu deviennes.

Et peu importe au fond que tu aimes ça ou pas. Tu vas cracher. Jusqu'à en crever.

Quand tu auras trop peur tu prendra des pilules. Quant tu en aura trop marre, tu picolera pour te flinguer la tête. Quand tu ne supportera plus rien, tu feras une dépression que tu n'auras pas le moyens de soigner. Tu te sentira faible et impuissant et tu sera plus libre de rien.

Et ça s'appelle le libéralisme, mon pote.

vendredi 19 février 2010

Fafounet en chocolat

J'ai 19 ans et je n'aime pas les gens, je les déteste tous, mais alors vraiment tous, ce sont tous des méchants qui comprennent rien à l'âme d'élite qui se cache dans les tréfonds de mon petit corps fragile. Je n'aime pas les gens et surtout les Arabes et les Noirs et j'ai raison de le faire, car j'ai souffert, j'ai tellement souffert, néo-christ crucifié sur le Golgotha de la bien-pensance métissée dans ce pays soviétique qui censure la vérité des petits blancs geignards qui ont peur de leur ombre. Comme. Moi.
Oui en vérité j'en ai vraiment chié, jamais, jamais vous-dis-je je n'oublierai la souffrance terrible de cette funeste journée du 6 mars 1998, quand j'étais à peine à cette âge qu'on appelle "de raison", j'avais 7 ans et j'étais pur, pur et innocent. Jusqu'à ce moment tragique où sournoisement, Abdel Malik de la classe de CM2 m'a volé mon ChocoBN, mon ChocoBN à moi !!!! et l'a mangé en riant devant mon regard décomposé...
Et cette salope de maîtresse collabo qui s'est contenté de lui dire c'est pas bien quand elle aurait dû le fouetter dans la cour de récré devant tous les autres pour réparer cette injustice horrible qu'on m'avait faite à moi, sûr et certain qu'elle se faisait sauter par un étranger. La pute.
Ce jour là, c'est l'Innocence qui fut détruite à jamais.
Et c'est par là que la Lucidité me fut accordée. Et depuis j'aime pas les bougnoules.
Et encore.
Ce ne fut que le début de mon Calvaire.
Quand plus tard au lycée je tombais amoureux de Anne-Sophie, la plus jolie fille de Seconde B, que je lui adressais des mots enflammées en cours, trop enflammés peut-être, j'étais si jeune alors si impétueux, personne ne me comprenait et les méchants me surnommaient "le dingue" dans ce lycée pourri, quand Anne-Sophie me brisa net mon petit coeur en sortant avec Mamadou Traminoré, un Noir !!!, alors, alors je compris que l'Occident était foutu, foutu, que c'est toute une civilisation millénaire qui s'effondrait sous les coups de boutoir de l'immigration à gros zizi et je pleurais, je pleurais tellement, je pleurais même pendant que je m'onanisai en pesant à cette salope cosmopolite d'Anne-Sophie et jamais Kleenex ne fut plus chargé d'amertume, en vérité...
J'aurais tellement voulu crier ma colère et ma rage, j'aurais tellement voulu faire quelque chose. Une fois, j'ai même voté Le Pen.
Alors j'ai décidé de me durcir, de raidir ma volonté, de devenir samouraï, roide et hiératique et je me suis inscrit à un cours de karaté. Mais les méchants sont partout et je quittai le cours au bord des larmes en me tenant la joue, parce que le coup de pied retourné en pleine face, putain, ça fait hyper-mal en fait. C'est comme la fois où après avoir vu 300 pour la douzième fois je décidai de devenir le Léonidas du RER B et de me sculpter un corps d'Homme, j'avais décidé de devenir Spartiate, dur à la douleur et insensible, ricanant devant la débilité physique de ces nains qui m'entourent et je suis allé plein de viril entrain m'inscrire au Haltérophile-Club de mon quartier, mais le lendemain j'avais bobo partout dans mon petit corps et je compris que ce monde était décidément trop cruel.
Je souffre tellement.
Il faudrait m'achever, mais j'ai trop peur que ça fasse mal, en fait.
Alors je pleure sur Internet.
"Homme, blanc et hétérosexuel. Ça commençe mal, je sais. Je fais partie de la catégorie des gens qui doivent s'excuser à peu près 24 heures par jour."
Ouin.
C'est simple : je suis une minorité opprimée à moi tout seul.
Et j'en ai rien à foutre de tous ces vilains qui font tourner leurs index autour de leur tempe quand je leur dis ça : en France, en 2010, être "homme, blanc et hétérosexuel", c'est vivre une abominable souffrance, et tous les jours on est hideusement persécutés. J'y crois. À mort. Et si je n'avais pas cette pose de victime, je serai obligé de vivre dans la réalité, et alors ça : pas question, hein.
Je voudrais tellement être Fort, voir tous les gens ramper devant moi, je voudrais tellement que les racailles baissent les yeux quand je passe devant elles, au lieux qu'elle se moquent de moi en persiflant de horreurs, comme la fois traumatisante au McDo où ces même pas blancs m'ont marché sur les pieds et ce vilain bognoule qui se retourne vers moi en souriant l'enculé !!! et ose me dire "Oh désolé M'sieur, j'vous avais pas vu".
Bien sûr. Bien sûr. Comme si il l'avait pas fait exprès rien que pour m'humilier. Bâtard. Personne ne m'aime.
J'aimerais bien être nazi mais ça a l'air trop fatiguant.


jeudi 18 février 2010

Derrière les murs

Je t'ai vue hier soir dans un journal de la 3, Florence, il était bien tard d'ailleurs. Mais je suppose que dans un agenda médiatique perpétuellement affolé, 1 mn 30 pour parler de la précarité c'est déjà amplement suffisant. N'est-ce pas ?
Tu t'es immergée pendant 6 mois dans le quotidien de cette masse grandissante de gens qui ont le nez dans la précarité et tu en as fait un livre, ce qui est plutôt très bien d'ailleurs, surtout si on considère les us et coutumes de tes confrères en journalisme qui se contentent de recopier des dépêches AFP en restant le cul dans leur bureau. Au moins, tu as mouillé la chemise et visiblement pas qu'un peu. Et on ne peut pas s'empêcher que ça ferait du bien à beaucoup de monde, ce genre "d'expérience". Bien des éditorialistes, des politiques, des blogueurs "influents", qui matamorent à longueur de temps sur les "réformes nécessaires", comme cela leur ferait le plus grand bien à la tête que de partager un peu de ce qui vit cette population, d'éprouver par le vécu leur condition d'exploitation et d'angoisse. Par exemple, on imagine très bien Jean-François Copé intérimaire du BTP en train de se péter le dos sur des chantiers, ou Koz, ce garçon tellement raffiné qui cisèle de délicieuses petite phrases pour défendre Sarkozy contre tous ces méchants de gauche, comme on le voit bien dans l'aide à domicile pour torcher des myopathes en horaires extensibles et salaire dérisoire. Quant à Elisabeth Lévy, elle serait naturellement préposée au nettoyage de chiottes, autant dire qu'elle ne serait pas dépaysée.

Donc, c'est très bien ce que tu as fait, la question n'est pas là ; simplement, tu as sorti hier soir deux petites phrases qui m'ont fait tiquer, et c'est de ça dont je veux te parler.
D'abord, quand tu dis - de mémoire mais je me fais confiance là dessus:

"Il y a une coupure grandissante entre ceux qui sont encore en CDI et les gens qui vivent dans la précarité"

Sauf que non, Florence, la coupure ce n'est pas là qu'elle se trouve ; dire ça, c'est opposer deux mondes du travail qui ont plus en commun qu'on ne le dit généralement car désormais tout le monde est dans le même bateau en train de couler. Être en CDI ne met nullement à l'abri, ça permet au mieux de se dire qu'on est un peu moins dans la merde que d'autres et encore, bien provisoirement. Même la fonction publique ne sera pas épargnée, quand des réformes scélérates obligeront d'accepter trois offres sous peine de licenciement.
Il n y a pas d'opposition de fait entre insiders et outsiders, même si les intéressés peuvent le croire : il y a opposition entre des dominants qui brisent le monde du travail et ceux qui subissent cette politique de guerre de classe à l'envers. Penser la réalité sociale en dehors de cette grille d'analyse, c'est passer à côté des vrais ennemis. Qui eux n'ont jamais eu le moindre scrupule à diviser pour régner, le dernier exemple en date étant l'instrumentalisation du racisme pour désigner des bouc-émissaires qui feront oublier ce désastre permanent de la droite au pouvoir.

Je suis curieux de savoir si dans ton livre, tu parles de la stratégie de précarisation en tant qu'outil politique, d'ailleurs. Puisque le but de mettre de plus en plus de gens dans la merde côté boulot n'est pas seulement qu'une histoire de captation de plus-value, c'est également une stratégie du patronat et de la bourgeoisie pour casser toute velléité de rouspétance. Soumettre des pans entier de la population à l'angoisse du lendemain en les livrant pieds et poings liés aux caprices des employeurs, c'est le plus sûr moyen qu'ils ne vont pas protester et qu'ils vont courber la nuque devant l'inadmissible. Et en les crevant à la tâche, ils n'auront même plus envie d'espérer autre chose que leur condition. Au passage, ça s'appelle du néolibéralisme et c'est une idéologie politico-économique défendue par la droite et une certaine gauche frelatée mais je pense que tu le sais déjà, cela.

Un peu plus tard, tu exprimais ton désarroi devant la découverte de ces CDD d'une journée, voire parfois d'une heure, ces horaires coupés qui empêchent de faire quelque chose d'autre de sa journée, se lever à des heures de nuit pour finir quand tous le monde est rentré depuis longtemps ; là, je n'ai pu m'empêcher de sourire puisque ce genre de chose, je l'ai fort bien connu. J'en ai parlé ici d'ailleurs, et connaître ce genre de réalité n'est sans doute pas pour rien dans un certain énervement chez moi.
Comme quoi, on peut couvrir des conflits au Moyen-Orient et découvrir que dans nos démocraties si jolies, des gens sont traités comme du bétail.

Mais bon, ton livre, je le lirai, évidement. Moi, il ne m'apprendra sans doute pas grand' chose, mais peut-être concourra t-il à ouvrir d'autres yeux. Rien que pour ça, c'est une bonne chose de l'avoir fait.

mercredi 17 février 2010

La bourgeoisie

La bourgeoisie, a priori, on ne la fréquente guère, vous et moi. Le système de division entre les classes faisant qu'on peut coexister sans jamais se voir réellement, cette classe sociale à tendance à rester entre elle puisque ne comprenant pas réellement l'intérêt qu'il pourrait y avoir de voir d'un peu plus près tous ces gens qui font rien qu'à pas être comme eux.
Cependant, grâce à Internet, on peut avoir accès à ce qui se passe dans les cervelles de quelques uns, et c'est une lecture éminemment enrichissante. Si on a les nerfs solides toutefois, la césure quant à la vie ordinaire du commun étant arrivée à un point tel chez certains qu'on peut éprouver comme des frémissements parfois...

Ainsi, Philippe Bilger, qui prouve dans un billet qu'il ne s'ébat pas tout à fait dans les mêmes sphères que nous autres, pauvres hères que nous sommes...

D'emblée, le titre accroche l'œil, sans surprendre cependant : "Retraites : les syndicats ont-ils atteint l'âge de raison ?". On sait que pour quelqu'un de droite, être raisonnable signifie dire oui à tous les caprices du MEDEF. Et on ne sait également que trop bien que de ce point de vue, les directions de la CFDT, de la Cégète et de FO savent ne pas démériter.

"L'atmosphère a changé. Je ne parle pas du fond des revendications et des réponses gouvernementales. Je fais allusion à l'ambiance générale. D'où vient ce sentiment d'une sorte de décrispation dans le langage, d'une forme plus apaisée comme s'il y avait moins de lutte des classes et plus d'avenir possible en commun ?"

Ça s'appelle vendre son cul, Philippe Bilger. C'est dit en plus court et peut-être en un chouïa plus percutant, mais on parle des mêmes choses, je t'assure. Les directions ont fait le choix conscient de trahir et de laisser tomber avant même la bataille, d'où une certaine onctuosité dans la façon dont elles causent avec notre gouvernement de droite.

Mais c'est surtout la suite qui frise la pupille, puisque Philippe Bilger prouve qu'il ne vit peut-être pas dans le même monde que nous en osant écrire :

"J'essaie de me revoir il y a des années, quand la phraséologie révolutionnaire, le maximalisme et l'obsession d'obtenir avec des manifestations ce que l'Etat avait déjà concédé de bonne grâce m'exaspéraient comme, je le crois, beaucoup de mes concitoyens."

STOP !
Arrêtez de lire, tout de suite.
Là, il faut faire une pause pour bien observer ce qui se passe.
Rewind.
"ce que l'Etat avait déjà concédé de bonne grâce"

Là, on a mis le doigt sur quelque chose d'important.
Philippe Bilger, et on peut le supposer une frange représentative de sa classe sociale d'appartenance à travers lui pense, et à l'évidence le plus sincèrement du monde, que quand l'État - bourgeois - lâche des micro-miettes insignifiantes, qu'il va tout faire pour reprendre d'une façon ou d'une autre, et ce après des luttes parfois longues et âpres dans un rapport de forces d'autant plus tendu que l'un des camp en présence - celui qui manifeste, fallait-il le préciser ? - se bat pour sa survie, il pense donc que cet État l'a donné...
De bonne grâce.
C'est cadeau.
Ça me fait plaisir.
Si si, j'insiste.

Il est donc évident que du sommet de la néo-réalité dans laquelle il vit, Philippe Bilger ne comprend absolument pas pourquoi tous ces gens s'énervent alors que zut à la fin, les byzantines largesses qui leur ont été généreusement octroyées devraient leur suffire amplement.
Et si ça se passe comme ça dans les têtes de la bourgeoisie, on comprends mieux ainsi...bien des choses, disons.

On comprend surtout que cette classe sociale n'apprécie que ceux qui partagent ses vues, vues qu'elle prend pour l'alpha et l'oméga de la raison rationnelle dans un discours circulaire signifiant : ce que je pense est vrai, donc, ceux qui sont d'accord avec moi sont dans le vrai. Si il s'en trouve qui ne pensent pas comme moi, c'est nécessairement qu'ils sont dans le faux puisque c'est moi qui suis dans le vrai. Et la boucle de l'autisme est bouclée. Ensuite, oui, on ne va pas bien loin en pensant ainsi, certes. Mais pourquoi Philippe Bilger et ses semblables éprouveraient-ils le besoin d'aller plus loin ??? Leur position sociale leur accorde le luxe de n'avoir pas besoin de se remettre en question, puisque l'aisance et l'argent donnent une confiance inébranlable en son bon droit, dans des mécanismes psychiques qui s'auto-confortent en rond...
C'est somme toute assez fascinant, de voir que son origine sociale conditionne à ce point une manière de penser, non ?
Au prix certes d'une importante distorsion du réel, en effet ; mais ces gens s'en foutent : ils sont les moyens.

Tenez, lisez donc ça :

"Il apparaît aussi que les personnalités n'y sont pas pour rien. Quoi de commun entre le Conti volcanique Mathieu et Bernard Thibault"

L'un pointe au chômage et l'autre est grassement payé en tant que permanent, avant que de se prélasser bientôt au Conseil Économique et Social - qui est on l'oublie trop souvent un joujou du patronat - qui l'accueillera à bras ouverts ? Ensuite on dit ça, on dit rien, hein...

"Quoi de commun entre les leaders syndicaux d'aujourd'hui et ceux d'hier qui n'étaient effrayés par aucune inféodation politique et pour lesquels la loi de la grève avait une force supérieure à tout ?"

Les couilles, peut-être ?

"Je me souviens d'un déjeuner, sous l'égide de Paul Wermus, avec Jean-Claude Mailly dont j'avais pu apprécier, certes dans un cadre restreint, l'intelligence, la finesse et la capacité de dialogue. Il était clair qu'avec des responsables comme lui, l'Etat ne perdrait jamais son temps en privilégiant la négociation sur le coup de force."

J'adore ce passage, c'est peut-être mon préféré. Relisez-le vous aussi, il apprend beaucoup de choses.

"Cette différence sensible entre les figures emblématiques du passé et celles du présent ne signifie pas nécessairement que celles-ci ont abandonné "les journées d'action", les débrayages et autres mouvements collectifs. Peut-être leur nombre s'est-il même accru mais leur tonalité n'est plus la même."

Oui, en effet : à présent, les "journées d'action", ça ne sert à rien. Bravo et merci, les bureaucrates.

"Il serait injuste de ne pas retenir comme cause fondamentale de cette révolution paisible la politique de dialogue mise en oeuvre depuis 2007."

(Sluuuuuuurp !!!!)

"Certains ont cru seulement à une manoeuvre vieille comme le monde : en embrassant les syndicats, on allait les étouffer"

Mais comment donc pouvait-on penser pareille infamie ?

"Il n'empêche que cette manière de respecter les syndicats au-delà même de ce qu'ils pouvaient espérer dans leurs rêves les plus fous, même s'ils proclament ne pas être dupes, a accentué et rendu décisif un mouvement qui, peu ou prou, a fait perdre ses griffes à la violence révolutionnaire, rendu la réforme acceptable, sorti le compromis de la honte et constitué la démocratie comme une table ouverte."

Réformes (néolibérales) = démocratie. Et dans le monde de Philippe Bilger, tout est gentil et mignon. Il nous avait déjà précédemment exposé sa vision pour le moins originale de la lutte des classes qu'il n'hésitait pas à un peu réécrire dans le sens qui l'arrangeait.

Parce qu'il est absolument évident que si on exprime un désaccord si minime soit-il avec l'énorme tas de conneries que Philippe Bilger débite au kilomètre, nul doute que se dernier se récriera de sa bonne foi et se drapera dans son absolue sincérité, en fustigeant au passage les irresponsables qui osent avoir des avis contraires au siens - et qui partant sont des esprits bien échauffées pourvoyeur de chaos et d'anarchie, quand tous les philippe Bilger du monde se posent toujours en garant de l'Ordre et de la Raison...
(alors qu'en fait, ils défendent becs et ongles leur bifteck de dominants, ce qui passe par écraser ceux qui sont en dessous d'eux mais dis comme ça c'est vachement moins sexy, c'est vrai).

Et ça se passe comme ça dans la tête de la bourgeoisie.

mardi 16 février 2010

Un militant...

Une nécrologie n'est jamais un exercice agréable, et on finirait par trouver que ces derniers temps, il s'en écrit décidément un peu trop...
C'est donc avec tristesse que la nouvelle de la disparition de notre camarade Gilles Suze est tombée, et si tous les anciens liguards qui ont connu et fait mai 68 décident de nous laisser tomber, zut à la fin.
Je ne le connaissais pas personnellement mais par l'intermédiaire de son blog, dans lequel il livrait des opinions parfois discutables, mais aussi souvent des analyses fines qui enrichissaient une vision de la politique restée obstinément marxiste, sans égard pour les renoncements et les modes.

On était pas d'accord sur beaucoup de choses, avec Gilles, et on s'est parfois vertement apostrophé ; il était de la "mino" unitaire, je défendais la "majo", petites escarmouches de formes qui n'occultaient pas que notre fond était commun. J'aurais aimé le rencontrer "en vrai", sous les tonnelles de Port-Leucate...

C'était un camarade, c'était un militant, et mes pensées vont à ses proches ce soir.

Et la grosse gâterie, c'est offert


Par Benoit Hamon, qui est paraît-il, en tous cas c'est ce qui se murmurerait, une rumeur persiste bizarrement en ce sens, l'aile "gauche" du P"S" :

"Benoît Hamon a rejeté lundi la proposition d'Olivier Besancenot pour une rencontre cette semaine de tous les partis de gauche sur la réforme des retraites, estimant que pour le moment "le temps est à la mobilisation sociale et donc à l'action syndicale". "Le PS sera en temps et en heure au rendez-vous de l'unité quand il s'agira de mobiliser contre la remise en cause du système par répartition et contre ce qui, aujoud'hui, permet aux Français d'espérer une retraite décente", a affirmé le porte-parole du PS lors de son point-presse hebdomadaire. "En temps et en heure, quand se posera la question de l'unité des forces de gauche, nous y répondrons", a-t-il dit. Benoît Hamon a rappelé que la proposition du leader du NPA porte sur "la retraite à 60 ans" et "37,5 annuités de cotisations". Mais 37,5 ans "n'est pas la position du Parti socialiste", a-t-il précisé. Olivier Besancenot avait lancé dimanche un appel à l'union de tous les leaders de gauche, de Martine Aubry à Arlette Laguiller, pour défendre la retraite à 60 ans et souhaité une réunion avec eux "dès cette semaine"."

Ouais ouais ouais...

Le P"S" va attendre que les syndicats se "mobilisent"...
Ce qu'ils vont faire avec panache et fougue, par ailleurs : il est prévu rien moins qu'une "journée d'action" vers Mars, c'est dire la détermination farouche qui craint rien. Ensuite, on peut espérer qu'il fasse beau ce jour là, ça fera une promenade sympa. Mais rien que ça, alors, hein.

Soyons sérieux.
Les enflures socialistes et les directions jaunes n'ont absolument aucune envie de se friter pour défendre les retraites. Aucune. Ils font un peu semblant de s'agiter mais feront tout pour casser le premier frémissement de quoi que ce soit qui voudra ressembler à un mouvement social un tant soit peu couillu. D'emblée, ils trahissent. Avant même qu'il se passe quoi que ce soit : ils trahissent. Mieux encore : ils tendent leurs culs à la droite et le gel lubrifiant c'est pour moi ça me fait plaisir.
Il y a encore des gens qui me lisent et qui envisagent de mettre un bulletin "socialiste" dans une urne un jour ?
Je vous prierai de dégager d'ici et le plus vite possible. Vous n'êtes pas les bienvenus et vos raisons entortillées pour encore justifier ce choix crapoteux, vous pouvez vous les introduire au plus profond de votre intimité.
En votant "socialiste", chaque fois, et quand bien même ce serait par résignation, qui ressemble d'ailleurs de plus en plus avec le temps par de la lâcheté pure et simple, en votant "socialiste", vous agissez contre la gauche, c'est aussi simple que ça. Vous votez pour un parti de centre-droit vendu au néolibéralisme qui anticipe les volontés du sarkozysme et pour ma part, le ménage est fait depuis longtemps : il n y a plus de gens qui votent soc'-dem' dans mon entourage.

Le gouvernement n'a même plus besoin des éditos prostitués du Monde ("La logique démographique et économique plaide pour un allongement de la durée de cotisation", et voilà le seul argument de cette tribune vermineuse qui "oublie" que la durée de vie d'un banquier et d'un maçon ne sont pas les mêmes, qu'il n'arrivent pas à la retraite dans le même état et que cette "logique" oublie toujours l'option de vouloir faire rendre gorge de force aux dominants) ; le Parti "Socialiste" et les directions syndicales font le boulot à sa place.

lundi 15 février 2010

Ultra Moderne Solitude



Si on a un peu parlé de The girlfriend experience à sa sortie, c'était surtout parce qu'une ex porno star y tenait le premier rôle, et passer du X hard-crad à Soderberg a vraisemblablement suffi pour créer un bref buzz autour de Sasha Grey, mais pas vraiment du film dans lequel elle jouait...
Et il se pourrait bien pourtant que TGE soit rien moins qu'un chef-d'oeuvre ; en tout cas, le film qui en dit le plus long sur la vie sous un capitalisme en chute libre et les conséquences humaines et sociales de cette déréliction. Sans rien démontrer, sans rien appuyer, dans un style tout en distance et en fluidité, Soderberg nous parle de la crise financière, de l'angoisse et des doutes qui traversent nos sociétés, de la difficultés des relations qui en découlent, de quête de l'autre, de jalousie et d'espoirs trahis, et refuse de se conclure avec une fin cinématographie "normale", mais laisse tout le monde, protagonistes et spectateurs, suspendus dans son trouble et laissé à ses questions...

Chelsea est escort-girl, ce qui est la version sophistiquée et glamour de "pute". Elle facture ses prestations extrêmement cher puisque elle ne se contente pas de fournir du sexe à ses clients, mais leur propose de vivre "the girlfriend experience" : le temps d'une journée, d'une soirée, elle sera leur petite amie. Ou tout comme. Elle les écoutera, les plaindra, partagera leurs questions et leurs anecdotes, saura compatir quand il le faut, rire à leurs plaisanteries, et les réchauffer avec son corps...
Parce qu'elle est payée pour ça.
Chelsea est auto-entrepreneure de son capital-corps et vit très bien sa situation de mise en concurrence d'elle-même sur un marché de niche. Son petit copain, coach de gym, est au courant de ses activités et ne semble pas s'en formaliser. D'ailleurs, au fond, lui aussi est payé pour calmer les angoisses de ses riches clients en les faisant transpirer pour leur donner un corps profilé pour survivre dans cette jungle climatisée...
Tous deux vivent sur les sentiments de perte et d'abandon que la société capitaliste distille chez chacun, et rassurent des corps devenus fous d'angoisse et terrorisés par un monde qui semble être en train de s'écrouler.

Mais tout ce contrôle va s'effilocher, se briser petit à petit et le couple sera rejoint par le chaos grandissant autour d'eux : Chelsea finit par créer des liens avec ses clients, ressent de l'empathie et de l'affection pour eux; son petit ami va vivre de plus en plus mal une situation qui finit par le dépasser jusqu'à la crise du couple : Chelsea décide de rejoindre un client pour un week-end entier, pour "ne pas passer à côté de quelque chose". Et on comprend bien par quelque scènes que la vie d'escort-girl peut avoir des aspects suffisamment glauques et sordides pour qu'on ait envie, parfois, de s'en échapper...
Chelsea aimerait bien qu'on oublie qu'elle est payée pour ses services ; mais les relations basées sur l'argent pourrissent tout. Et elle va l'apprendre à ses dépens.

Dans TGE, il n y a que des relations de client à prestataire de services, et tout le monde ne parle que d'argent. Celui qu'on veut gagner, celui qu'on est en train de perdre, celui qu'on aimerait avoir, celui qu'on donne pour de la compagnie, pour du partage et de l'échange, pour du plaisir, pour maigrir et se muscler...
L'argent qu'on donne pour se sentir moins seul.
Et tout le film est traversé par ce terrorisme de l'argent, ce chantage permanent de la société capitaliste qui entretient la peur permanente de perdre le peu qu'on a, et qui encourage à encore en gagner davantage pour essayer de se rassurer dans une course perpétuelle. Ce terrorisme de l'argent qui sépare les individus dans un chacun pour soi acharné et transforme tout le monde en boule d'angoisse hantée par le fric.
Ce terrorisme de l'argent qui est la finalité même du néolibéralisme.

Et qui laisse tout un chacun désemparé et seul même avec la compagnie d'une jolie fille, comme dans la scène finale où cet homme qui semble tout avoir pleure sur l'épaule d'une jeune fille à demi-nue.

The girlfriend experience est un film qui en dit très long sans jamais rien exprimer explicitement. Et ce n'est pas le seul exploit d'une grande oeuvre qui a su capter l'humeur d'une époque.

dimanche 14 février 2010

Ceci n'est pas un débat sur la laïcité

Et qui d'un peu sérieux peut encore le croire ? Dès le départ, il n y a pas eu de ce genre de "débats" stériles et aussi agités que vains auxquels notre démocratie essoufflée se raccroche désespérément. Ceci n'est pas un débat sur la laïcité mais bel et bien la construction d'un nouvel ennemi imaginaire, ce fameux "islamogauchisme" dont se régale la Réaction et qui a vu dans un voile représentatif de rien la preuve qu'il lui fallait pour confirmer son fantasme.

De ce point de vue, Bruno Roger-Petit est au moins lucide sur l'un des véritable enjeu de la cabale en cours : le but, c'est taper sur le NPA, de toutes les forces possibles, quitte à joyeusement mentir et affabuler :

"Besancenot et son entourage ont voulu faire un coup médiatique avec en présentant aux élections régionales une "camarade voilée" (...) En gros, pas mal de "camarades" découvrent que Besancenot se fout des procédures démocratiques internes dès qu'il s'agit de faire un coup médiatique pour faire causer du NPA dans les télés, radios et journaux. Amusant. Ca va beaucoup plaire au Front de gauche et à Mélenchon tout ça, car visiblement, il n'y a pas que des "camarades voilées" au NPA il y a aussi pas mal de "camarades bisounours".

Quand je vous disait que tout est bon dans le cochon, on constate que je suis encore en dessous de la réalité : Bruno Roger-Petit fait sont petit Thierry Meyssan du Net en hésitant pas à mettre en ligne sa petite crotte complotiste qui oppose la méchante direction à la gentille base en mentant sciemment ; car on ne fera pas croire que Bruno Roger-Petit ignore la réalité des faits - un comité prend tout seul dans son coin une initiative très discutable -, ce minable journaillon étant suffisamment connaisseur de la vie politique française pour comprendre exactement de ce dont il retourne. Non, Roger-Petit ment comme un Jérôme Leroy en utilisant les mêmes procédés vermineux et ce dans un seul but : cogner sur ces décidément bien dérangeants anticapitalistes, puisque depuis une semaine bien du monde se donne bien du mal contre nous.
On en finira avec le bien nommé Roger-Petit par l'édifiante lecture des commentateurs de son article : comme quoi, on a le fan-club qu'on mérite.

Mais il faut dire au passage que les héraults de cette "laïcité" sont bien aidés dans leur croisade par la bêtise même des "vrais" islamogauchistes qui montrent encore à cette occasion que leur capacité de compréhension des rapports de force en cours dans la société actuelle est pour le moins très réduite ; ainsi, un certain Laurent Lévy de se fendre d'une tribune dans Rue89, dont la stupidité bornée finirait par piquer les yeux tant celle-ci est d'une indigence crasse digne des meilleurs papiers d'un Ivan Rioufol en grande forme. Parce que pour les Laurent Lévy, les choses sont simples, archi-simples, d'une simpilcité proprement évangélique : t'es pas d'accord avec toutes les noires conneries que je sors ? C'est l'indubitable et véritable preuve que t'es raciste, mon gars. Et de ne pas oublier au passage d'en remettre une couche bien épaisse :

"Ainsi, sur le fond -et c'est en définitive cela qui rend le débat public si remarquable-, la direction quasi unanime du NPA est sur la même longueur d'onde que la classe politique presque aussi unanime qui a dénoncé la candidature de la jeune militante vauclusienne."

Il faudrait savoir, d'ailleurs, à la fin : la direction du NPA est-elle l'idiote utile des Talibans de France, ou "sur la même longueur d'ondes que la classe politique presque unanime" ? On finirait par s'y perdre, à la longue.

Dérisoire sous-minorité représentative de rien, les lou ravis de "l'islamogauchisme" en braillent encore plus fort pour compenser leur inexistence de fait, et en oublient au passage d'utiliser correctement ce qui leur sert de cerveau. Ou en tout cas d'avoir de singuliers trous de mémoire, puisque quand Laurent Lévy écrit :

"lorsque Pierre-François Grond explique que le NPA « assume » la candidature de Ilham Moussaïd, c'est à l'évidence avec un moindre enthousiasme que celui avec lequel il avait « assumé » l'exclusion définitive de lycéennes voilées dans son lycée d'Aubervilliers en 2003"

Et faisant de cet argument le pivot de sa démonstration anti-NPA, il omet de préciser que les deux lycéennes en question :
- étaient dans une claire optique de prosélytisme provocateur quant au voile, ce qui les différencie nettement d'Ilham ;
- et surtout, que ce sont les propres filles de Laurent Lévy dont il est question...

On voit donc que les motivations réelles, dans les deux cas cités de tribune mises en ligne, sont bien loin d'être aussi "objectives" que leurs auteurs veulent bien le laisser croire. Et encore une fois, derrière tout ce boucan, ce sont de tout autres enjeux qui sont dans la balance.

Donc oui, décidément, ils doivent être bien embêtants ces anticapitalistes pour que des gens aussi a priori disparates leur tombent tous ensemble dessus.
Et ce qui se passe en ce moment en dit surtout très long sur bien des trouilles disparates, mais qui parviennent très bien à s'agréger quand elle se sont trouvé un bouc-émissaire commun.

samedi 13 février 2010

La réalité

Normopathie

- (K.) : elle est sympa, ta pote.

- (CSP) : D., ouais, très. Et on est dans le même comité, on est d'accord sur plein de trucs, humainement et politiquement, c'est vraiment sympa...mais toi, tu t'es pas ennuyée ? On a parlé que de politique elle et moi, on a des côtés un peu monomaniaques, des fois...

- Mh non, j'écoutais. Je ne partage pas tout, mais j'apprends comme ça. C'est intéressant.

- Mais sinon, ça t'as pas fait...je sais pas, peur, ce dont on a causé ?

- Comment ça ?

- Ben, les histoires de révolution, d'anticipation de la répression, D. qui est au comité de soutien de Rouillan et la discussion qui a suivi sur la pertinence ou pas de la lutte armée...tout ça, quoi.

- Et tu en penses quoi, toi ?

- Ben perso, on me tirera pas une larme sur Audran et Besse, que ce soit clair. Ensuite, je pense que leurs assassinats étaient inutiles, voilà. La lutte armée, ça se justifie à partir d'un certain contexte politique, quand plus rien d'autre n'est possible. Faire ça sous Pompidou, c'était une grosse connerie. Politiquement, non seulement ça n'apporte rien mais c'est même contre-productif. Je veux dire, mettons qu'un jour je pète les plombs, que je m'achète un fusil à lunette et que je kennedise Laurence Parisot ; le jour d'après, quelqu'un d'autre de pareil aura pris sa place. Et moi je serai en taule. L'acte inutile par excellence qui n'apportera rien.

- Ah, c'est rassurant, ça veut dire que vous avez un peu la tête sur les épaules dans ton parti.

- Euh, ouais. Pas pour tout non plus, hein. Mais là dessus, on est plutôt clairs dans nos têtes en effet.

- Quant à cette histoire de révolution, là...

- Ouh, je te rassure : pour le moment, ça reste très théorique, hein...

- (rires) Oui, je me doute. Pour ça...je comprends votre colère, je comprends que vous ayez envie de changer les choses radicalement, ça c'est très compréhensible et tout, mais je préfère rester prudente quant à ce genre de choses. C'est curieux d'ailleurs, tous ceux du NPA que j'ai rencontrée, toi, C., J. et sa copine F., D., vous avez l'air...très normaux, pour des révolutionnaires.

- Mh oui, on est pas en treillis avec des kalashnikovs, en effet.

- Oui, encore heureux. Non, ce que je veux dire, c'est que quand on vous rencontre, qu'on discute avec vous, vous êtes vraiment...sympas, voilà. Pas agités, pas en train de crier sans arrêt, intéressants dans la discussion, marrants. Je vous voyais beaucoup plus...énervés, disons. Beaucoup, beaucoup moins sympas, en tout cas.

- Moui, c'est vrai, on est des gens trop cools, on ne le dira jamais assez.

- (rires) oui, évidemment.

- Et on est cultivés et intelligents et gentils, t'as oublié.

- C'est ça.

- Mais on sait rester modestes quant à ce statut d'êtres humains exceptionnels, je te rassure.

- Je n'en doute pas. Non, c'est vrai, vous avez l'air parfaitement fréquentables alors qu'avec vos idées on pourrait penser que non, voilà.

- Ben, on est normaux, quoi. On a des boulots, des amours, des emmerdes. On va au cinéma, y en a qui ont des gosses et un abonnement à la piscine, bon. Le seul truc, c'est éventuellement qu'on a des idées qui tranchent et qu'on veut se donner les moyens de les appliquer. C'est tout. Et c'est beaucoup, en même temps, c'est vrai.

- Et puis moi, c'est avec un être humain, que je suis. La politique, c'est vraiment un truc qui passe à un plan secondaire dans la rencontre.

- Ah ? Tu serais sortie avec un type du Front National ?

- Ah non. Certainement pas.

- "Mais chérie, quand même, tu pense pas qu'il y a trop d'arabes ? On serait mieux si ils n'étaient pas là, hein...y a quoi à manger, sinon ?".

- Ah beurk. Plutôt rester célibataire, dans ce cas.

- Et un type de l'UMP ?

- Pfou...bon, d'accord, il y a des limites, ok. Pourquoi tu te marres, là ?

- Pour rien. Pour rien. Embrasse moi.