Ce n'est pas que Fin de concession de l'ami Carles soit inintéressant et on le voit continuer de piéger ses - odieux - interlocuteurs avec une jubilation toujours présente ; mais l'exercice s'est essoufflé et Pierre Carles l'admet lui-même en mettant en scène ses doutes : n'est-il pas lui-même devenu partie du système qu'il dénonce depuis plus de 15 ans ? N'étant pas dans sa tête on évitera d'essayer de trouver des réponses à cette éternelle question qui tourmente régulièrement tous ceux qui font foi d'insubordination. En revanche, se pose une autre question, peut-être bien plus cruciale et dérangeante : ou en est maintenant la "critique radicale" des médias ?
Mêmes acteurs mêmes punition et voir encore Charles Villeneuve se faire ridiculiser ou Elkabach encore pris en flagrant délit de gros mensonge décomplexé est toujours un plaisir mais ce plaisir commence à tourner à vide. Puisque maintenant on sait. Tout le monde sait, et pas seulement les lecteurs du Diplo et les militants politiques. La majorité de la population sait parfaitement à quoi s'en tenir désormais sur ce qu'est réellement TF1 et continue malgré tout de la regarder...en ne lui accordant aucun crédit. De ce point de vue, TF1 est tout autant décrédibilisée et délégitimée que l'ensemble de la profession politique, que plus personne ne croit...mais pour laquelle on continue, de moins en moins certes mais quand même, à voter. C'est ce paradoxe, qui n'est pas exploré dans le film et c'est peut-être dommage, qui interroge ; et peut-être que la réponse se trouve cruellement dans une autre question : oui, on sait, très bien. Mais quoi à la place ?...
Et cette béance politique entre des institutions en chute libre et l'absence de projet crédible aux yeux du plus grand nombre est à la fois le problème le plus cruel du moment, et sans doute l'explication d'un semi-échec de la démarche d'une critique "radicale" des médias.
Pierre Carles revient dans son film sur l'aventure PLPL/Plan B, quand lui et une poignée de personnes n'avaient rien moins que l'ambition de "détruire le PPA" ; sauf qu'on s'aperçoit que eux pensaient le plus sincèrement du monde qu'un journal, qui eut des moments exceptionnellement talentueux et intelligents mais n'était qu'un journal, quand bien même nettement à part des autres, allait faire vaciller des multinationales de l'infotainment...Il est facile après coup d'être dans la posture du donneur de leçons blasé qui avait - prétendument - vu tout venir avant tout le monde, mais de fait, on tombe un peu sur le cul de voir que des gens aussi brillants et percutants s'étaient mis en tête que cette méthode de déconstruction allait faire s'effondrer un empire médiatico-politique par la seule force de la démonstration rationnelle...
Ce n'est pas la critique qui manque : ça fait plus de 15 ans que le néolibéralisme a été critiqué, déconstruit, épluché, disséqué jusque dans ses moindres recoins et il n'en est pas moins toujours là et même de plus en plus là. Le raisonnement posant que la "critique" se suffisait à elle-même est de fait caduc, puisque encore une fois : tout le monde sait que la paire de baskets est fabriquée dans le Tiers-monde. Et nonobstant, la paire de baskets est achetée et portée...de la même façon que les émissions les plus merdiques du PAF sont regardées en toute connaissance de cause par des personnes qu'on ne peut pas - plus - accusée d'être naïves. Tout le monde sait très exactement ce qu'il en est.
Mais plutôt que se lamenter sur le cynisme de l'époque et fustiger le consumérisme de nos contemporains, attitude sans doute très "morale" mais la politique n'est pas la morale, sans doute vaudrait-il mieux poser la vraie question qui fâche : que propose t-on concrètement face à un système omniprésent qui, si il présente des fissures de plus en plus larges, n'en est pas moins, très concrètement...là. L'explication de l'attitude de la majorité ne tient pas tant finalement à un égoïsme implacable jusqu'au j'menfoutisme qu'à l'absence politique d'un autre chose. Quand on prend un peu de recul, on comprend qu'entre quelque chose qu'on sait néfaste mais qu'on connaît bien et dans lequel bon gré mal gré on s'est installé et même y compris de très inconfortable manière, et quelque chose aux contours flous et fuyants qu'on ne perçoit que comme mal défini et partant peu rassurant : on aura tendance à en rester à un statu quo. Même si celui-ci est merdique en toute connaissance de cause...
Ce qui fera vraiment se réveiller le peuple, ce sera un projet politique carré et assumé comme tel. La droite l'a bien compris puisque c'est ce qu'elle propose : un projet politique. Carré et sans fioritures. Dont nous savons certes toute la démagogie et la fausseté mais qui se présente comme un bloc cohérent et décomplexé, précisément. Et vous pouvez toujours courir pour voir quelqu'un de droite qui passe à la télé pour exprimer des "doutes" et des "interrogations" quand à la viabilité du projet en question : ça, il n'y a que chez nous qu'on le trouve.
Ce n'est pas que ce que fit et fait Pierre Carles est inutile et très loin de là. C'est qu'à un moment, la critique pour la critique ne se suffit même plus à elle-même et la fin du film, avec la fameuse séquence du scooter doré de Playmobil-Pujadas, si amusante soit-elle, exprime aussi que si la critique sans concession ne suffit plus, il n'est pas sûr non plus que le happening rigolard soit même une forme d'action efficace sinon pour se faire plaisir : Pujadas est vexé comme un pou ; mais il continue de lécher les puissants au JT de 20 heures...
On en revient donc à l'immense chantier de reconstruction d'une gauche digne de ce nom, laquelle désormais ne peut plus tourner en rond dans la "critique" si radicale soit-elle ; la population ne veut pas de "critique" : elle veut des solutions. Et elle les veut exposées clairement. C'est donc encore la politique, disons, "politique" - pas rigolote, chiante, concrète - qui se remet au centre dans ce qui reste et c'est le moins qu'on puisse dire, à encore construire pas de toutes pièces mais peu s'en faut...
20 commentaires:
c'est là qu'on voit quand on traverse un moment historique.
Réveil de la classe ouvrière, renaissance de la conscience de classe, mise en exclusion du gauchisme crétin, et maintenant dépassement de la critique pour la critique (qu'elle soit des médias ou du reste d'ailleurs).
Ouais, m'est avis qu'il se passe quelque chose et qu'un renversement des équilibres est en train de se produire et c'est plutôt chouette ma foi.
Ça commence à devenir un petit peu insupportable, là : on écrit un truc, on clique sur "publier", et à la relecture, des bouts de textes...disparaissent. Et il faut les réécrire. C'est pénible, à la longue. J'en conçoit un vrai agacement. Bordel de pute à la con.
En vrac, les effets de la lecture de ton billet :
Je n'ai pas vu - hélas- le film de Pierre Carles ( arrivera t-il jusque dans nos campagnes ? J'en doute).
D'accord avec toi pour "espérer" un "projet politique carré et assumé comme tel"...
Que des intellectuels comme Pierre Carles soient fatigués, comment s'étonner de ce coup de pompe théorique et que son refuge soit de l'humour gratuit parfois ? Putain, c'est dur de tenter de penser le Monde, non ? C'est même une souffrance sociale terrible.
Là où je ne suis pas d'accord avec toi, c'est de croire que tout serait dit sur les Médias, que la critique de ce que secrètent les Médias serait entendu par la Majorité.
Que "tout serait dit, écrit" et qu'il ne resterait qu'à lever le paradoxe ( Merde, pourquoi et comment les Dominés cesseraient de participer à leur propre domination sociale ?), non.
Tout n'est pas "toujours assez dit" et l'absence de théorie, d'analyse théorique de la réalité des Médias enfante des Monstres.
Je ne suis pas assez naïf pour croire qu'une poursuite de la critique des Medias suffise à détruire le Système mais pilonner, penser ce système sera TOUJOURS le fait de la minorité.
Et je dirais même plus : de la minorité de la minorité. Ce n'est pas qu'on détienne la Vérité, c'est l'effet du rapport des forces dans la France d'aujourd'hui et de la France d'aujourd'hui dans le Monde d'aujourd'hui.
Penser, mettre des mots justes sur le Réel est un combat infini, nécessaire, incontournable.
Travail de fourmi joyeux parfois ( pas toujours dépressif à la façon Carles). Dernier mot ( avant le prochain) : pour Bibi, il n'est pas toujours nécessaire d'espérer pour entreprendre.
Bibien à Toi
tu veux dire qu'il faut une alternative politique
(celle que le NPA a raté)
très bien
et tous ceux qui n'ont pas cette grille de lecture ne font que donner l'impression de gens qui se battent.
(c'est bien ça )
Tout à fait d'accord avec le billet (contrairement aux précédents, mais c'est une autre histoire). Je trouve que Pensez Bibi a également raison de souligner que non, le problème n'est pas que la critique a été faite, maintenant c'est bon, on passe à autre chose. La critique est toujours nécessaire (c'est valable en général) mais on se rend simplement compte, comme le fait ton billet, qu'elle est insuffisante en elle-même.
Oui les gens ne sont pas dupes de ce qu'ils regardent ni de comment (en gros) ça fonctionne. Cependant, on doit bien regarder des infos, des séries TV, des clips, des matchs ou tout simplement se poser comme une loque devant son écran une bière à la main. C'est valable pour toutes les industries "culturelles" sujettes au mode de fonctionnement économique et idéologique dans lequel nous nous trouvons : on est conscient des travers mais on ne peut pas ne plus rien faire, regarder, écouter, etc. Cinéma, musique, internet,...
Je prend pour exemple le jeu vidéo (pompe à fric qui a désormais dépassé le cinoche). Il suffit de voir comment les joueurs, et en particulier les plus conscients du systèmes (qui sont, et ça pourrait paraître paradoxal alors que c'est logique, ses plus gros consommateurs, eh oui !): les gamers passent leur temps à gueuler contre les politiques de production et de commercialisation des jeux (tout en sachant se reposer sur la frange non-capitalistes que sont les développeurs, qui eux font leur boulot et en paient également les frais). Mais en connaissance de cause, on fait quoi ? On achète des jeux vidéos alternatifs produits par le Plan B ou Pierre Carles ?
Le mouvement anticapitaliste ne sait pas ou plus combattre sur le terrain de l'industrie culturelle. C'est un champs de bataille qu'on ne peut plus continuer à regarder avec des jumelles en le montrant du doigt "Oh regardez comme nos vilains ennemis l'occupent totalement !"
J'ai bien peur que ce billet repose sur beaucoup d'illusions sur "la population":
ce n'est pas en connaissance de cause que la population suit des programmes merdiques à la télé. Elle y adhère profondément, en masse. Quelqu'un a décrit le régime Berlusconi comme une Théo-vidéocratie, c'est ce qui est en train de fonctionner en France, avec quelques résistances, mais beaucoup d'adhésion.
Ensuite la politique: on se pose des questions trèèèès compliquées à gauche, mais par contre on passe à côté du plus simple: il parait que pour l'élection de 2007, la campagne du nain aurait obtenu par des dons, un financement illégal de près de 9milliards d'euros. A 1000 euros la voix (comme chez Dassault), ça fait combien de voix? Peut être que la première solution serait de trouver le moyen d'avoir des élections moins truquées, car sinon en 2012 le nain repassera comme il veut. Et la refondation de la gauche continuera.
> que propose t-on concrètement face à un système omniprésent qui, si il présente des fissures de plus en plus larges, n'en est pas moins, très concrètement...là.
- L'expérience montre que l'économie de marché encadrée/corrigée par l'Etat quand c'est nécessaire est la moins mauvaise solution pour globalement créer de la richesse et améliorer le niveau de vie de la population
- les pays scandinaves ont réussi à construire des sociétés capitalistes à haut niveau de vie pour tous et sans bidonner (pas des paradis fiscaux), tout en étant les premiers à dire que leur système peut être plus difficle à mettre en place dans des pays à plus forte et plus hétérogène population
Eva Joly 2012? :-)
Très juste. S'y ajoute le fait que l'idéologie dominante étant capitaliste, avec l'industrie de divertissement à sa solde, je suis très circonspect sur la capacité d'un Pierre Carles dans sa forme militante et minoritaire, à toucher autre chose que des réseaux de convaincus genre Acrimed.
Non seulement tout le monde sait que tout le monde est pourri (ce qui se traduit surtout par du désinvestissement style tous pourris, ou de la dissonance cognitive, style "laissez moi rever quand meme avec mes Nike fabriquées par des esclaves"), mais personne ne va se fatiguer à se coltiner ce genre de message si opposé au mainstream. Parce que y'a pas d'alternative, et parce que c'est pas dans nos codes. Passe encore une culture light de la critique, intégrée au divertissement, façon Bansky/Simpson, mais c'est tout et ça ne change rien.
Au fond c'est le problème de la critique et du raisonnement vs la force de mobilisation de l'idéologie : le "projet politique" de l'UMP, c'est surtout une impression de cohérence qui utilise l'apparence du bon sens pour se poser en évidence.
Le marxisme a dévissé en
France en même temps que disparaissait la culture politique (poste guerre ou post mai 68) de l'échange au profit du divertissement; et le débat embryonnaire sur le ref du TCE était l'une des dernières survivance d'un débat politique et pas d'une opé de comm. Hors de cette culture politique, comment proposer un projet sans faire de la démagogie grossière ?
Mouais. Pas certain d'avoir bien compris ce billet...car :
Pas sûr par exemple que tout le monde sait tant que cela les conséquences sur l'information de la propriété capitalistiques des médias et de la ressemblances sociales ou sociologiques des journaleux (combien de personne connaisse qui possède TF1, à quelle classe appartiennent ses journalistes, comment s'est faite la privatisation...et ce qu'l résulte de tout cela ???). Pas certains,surtout, que l'on connaissait les rouages des medias AVANT que Halimi et Carles et d'autres n'en parlent. (ne payent-ils pas en fait, par leur lassitude, le fait d'avoir été un peu en avance?). Pas certain non plus qu'ils n'aient pas contribuer (notamment en mettant à jour ces contraintes) à éroder l'influences de ces médias (même si d'autres causes ont joué). Pas certain qu'ils aient cru qu'il allaient abattre l'infotainement par simple déconstrutcion intellectuelle (combien de fois ont-ls plaidé pour un mouvement des journalistes eux-mêmes, pour une action politique, notamment de la part des gouvernements).Pas certain non plus qu'ils ne proposent rien (déjà faire de l'information comme avait commencé à le faire le Plan B ou le Diplo est déjà pas mal. Et il n'y a qu'à jeter un oeil sur les propositions concernant TF1 ou les sociétés de rédacteurs, de nationalisations, de taxation publicitaire,etc. pour voir qu'ils ne font pas que critiquer). "La critique pour la critique" ? Pas certain qu'ils n'aient pas plutot prôné l'action politique.......Mais bon. Ah,au fait, en parlant d'action politique : que propose le NPA en matière de transformation des medias ?
Le problème est plus simple que ça : à chaque fois que Besancenot passe à la télé, il porte des Nike aux pieds, archétype du capitalisme mondialisé dès les années 70. Il est donc lui même responsable de ne pas pouvoir faire bouger les choses par son comportement.
La même chose pour une certaine candidate dont la religion appele au meurtre des homosexuels alors que le parti dont vous faites partie veut leur donner autant de droits qu'aux hétérosexuels.
La première des choses quand on veut donner des leçons, c'est de pratiquer ce que l'on dit. Sur ce terrain là, vous n'êtes plus crédible et les 2.5% aux régionales sont tout à fait logique.
En l'état, le NPA est un petit club d'agitateurs sympathiques avec des idées des années 70 et de l'agit-prop de lycéens. La route est longue.
PS : le néolibéralisme n'existe que dans la tête de la gauche de la gauche, la part de l'État dans le PIB n'a cessée d'augmenter lors des 30 dernières années avec d'ailleurs une croissance exponentielle sous Sarkozy le honni :
http://discotonio.free.fr/immo/recettes-depenses-aout10.PNG
Je n'ai pas sous la main la courbe pour les 15 ou 30 dernières années mais c'est la même pente.
Effectivement.
+1 Gerard Leblond.
Raison de plus pour aller foutre notre grain de sel au front de gauche, je crois.
Car avec les retraites et les position rigolotes du PS, on a un fort atout pour faire passer notre radicalité et certaines idée, je le crois.
@CSP, fais donc un brouillon sur ton PC…
Un coup de copier/coller et c'est régler.
Pour les médias, le probleme reste malheureusement le même.
L'accès et la force.
Il faut donc deja y avoir accès et une fois cela fait, ne pas se faire bouffer par la machine.
C'est pourquoi, deja, sur Internet il faut foutre le paquet, que tous le web francais de gauche connaisse et passe par tel truc a nous.
Et là encore, bordel, obligé de reconnaitre que le PG a une avance sur la chose, il me semble.
Pour la critique des médias, que les gens en globalité savent que ce soit pourris, oui, qu'ils sachent comment/pourquoi et qu'il existe des alternative, c'est pas aussi sur.
Et ca change pas mal de choses ca.
Et +1 BiBi et Bolchégeek
CSP a écrit :
"la population ne veut pas de "critique" : elle veut des solutions. Et elle les veut exposées clairement."
Quelques pistes de réflexion (articles 14 à 18) dans le programme commun du Front de Gauche :
http://programme.lepartidegauche.fr/index.php?option=com_content&view=category&id=4:chapitre-1--refondation-republicaine&Itemid=10&layout=default
PS : il faut aller voir "Fin de Concession" ne serait-ce que pour voir la tronche déconfite de Touati devant les photos (de journalistes assassinés (pub de Reporters sans frontières)) brandies par l'équipe de Pierre Carles...
à Zorg
mettons que t'y réfléchisses depuis 40 ans
comment fais-tu pour peser fort sur le PG et le PC ?
Oui, pas sûr qu'on connaisse tous les rouages avant que Carles, Halimi ou autres en parlent. Ils ont ouvert les yeux de beaucoup de gens
Mais indubitablement bon qu'ils continuent à en parler ; il y en aura toujours qu'il faudra convaincre
L'écueil est qu'ils se sentent englobés, reconnus comme une sorte d'institution, et finalement n'échappent pas au système ; ils sont capables de tout recycler
Et, en ce sens, la critique ne suffit pas, le système l'englobe et la digère
Ce n'est pas inutile, c'est très bien fait
mais ça suffit pas
C'est pas une critique de Carles, j'aime beaucoup ce qu'il fait
Alors quelles formes d'actions ?
Carles fait un beau boulot de déconstruction ; à nous de trouver le nôtre.
Je suis totalement d'accord avec Bolchégeek : faire de la pensée critique et de l'information alternative c'est bien, voire nécessaire, mais il faudra se poser la question tôt ou tard de la bataille culturelle. Si on a pas (encore) la force pour détruire l'influence d'Hollywood, Disney et Endemol, on peut tenter de la contrecarrer en proposant une culture radicalement différente grâce à des institutions comme des coopératives ,des associations voire des partis, ou que sais-je encore. D'ailleurs ces remarques peuvent s'appliquer à d'autres domaines : lutter pour améliorer le droit du travail dans les entreprises capitalistes, ok, mais à coté je pense que les partis "de gauche" devrait réfléchir à comment développer le secteur coopératif autrement que par des lois votées une fois le pouvoir conquis. (Ce que je veux dire, c'est comment concrètement lutter contre le mode de vie capitaliste sans forcément passer par les institutions politiques "officielles".)
Anonyme 16:13 : le néolibéralisme ne s'attaque pas en fait à l'État même (il en a besoin bien au contraire..., cf. Galbraith et le "Predator State"), mais aux systèmes de solidarité sociale obtenus en grande partie grâce au mouvement ouvrier, ceux-ci fonctionnant suivant une logique bien différente de celle du capitalisme. Bref, une société libérale pouvant se maintenir sans un fort volontarisme politique et idéologique n'existe que dans la tête des doux naïfs...
A Thé : "Et, en ce sens, la critique ne suffit pas, le système l'englobe et la digère
Ce n'est pas inutile, c'est très bien fait
mais ça suffit pas"
Tout à fait. Je note au passage que c'est ce que ne cessent de dire Carles et consorts.
Donc je repose ma question concernant l'action politique : que propose le NPA (en cas d'accès par un biais ou un autre au pouvoir) à propos des médias...?
@Destin : Petite précision : mon propos est justement de se demander si il est vraiment question de "détruire l'influence d'Hollywood et de Disney". Il faudrait plus long pour en parler mais prenons l'exemple de Disney. On sera d'accord pour reconnaître Disney historiquement comme un vecteur massif de valeurs réactionnaires, sexistes et autres (et pas que les plus "datés", le Roi Lion étant à mon sens l'un des plus politiques et réactionnaires des Disney). On doit également reconnaître la forte influence de Disney dans notre construction à tous: elle est là maintenant. Nous avons donc besoin, effectivement, d'une critique idéologique radicale de cette influence. Mais justement, ne pas confondre "critique" et "rejet pur et simple sans se poser de question". Si l'on applique une vraie critique à Disney, on doit par exemple voir que Pixar (attaché à Disney) est sur une toute autre ligne idéologique avec un impact qui a largement remplacé à la ligne "historique" de Disney.
Pour résumer : une critique radicale de Disney me fait arriver à la conclusion que le meilleur vecteur de déconstruction de tout le travail idéologique de Disney... c'est Pixar ! Qui s'emploie plus ou moins volontairement à défaire une bonne partie du travail fait pendant des décennies par leur partenaire.
Ce n'est qu'un exemple et je ne peux même pas vraiment l'étayer ici par manque de place mais j'espère qu'il illustre à peu près ce que je veux dire.
« Le problème du passage de la connaissance à l’action est probablement celui sur lequel Bourdieu et moi avons eu les discussions les plus fréquentes et les plus longues au cours des vingts dernières années. Dans les Méditations pascaliennes, il parle du fait que « les obstacles à la compréhension, surtout peut-être quand il s’agit de choses sociales, se situent moins, comme l’observe Wittgenstein, du côté de l’entendement que du côté de la volonté » [MP, p.17]. Il avait sûrement raison de penser que, en matière sociale, la volonté de ne pas savoir est une chose plus réelle que jamais […]. Mais il ne faut pas seulement vouloir savoir, il faut aussi vouloir tirer des conclusions de ce que l’on sait et, quand les conclusions à tirer sont des conclusions pratiques, on entre dans un domaine sur lequel l’intellect n’a malheureusement plus guère de prise et qu’on ne maîtrise pas mieux aujourd’hui qu’autrefois. »
Jacques Bouveresse (2003) Bourdieu, savant et politique. Marseille : Agone. p. 36
Ce petit extrait pour fournir un peu de précision à ce problème du "passage de la connaissance à l'action".
Je pense, contrairement à ce que tu dis CSP (et ce qui disent aussi bien d'autres personnes) que, si "tout a été dit" sur la domination, sur l'oppression, sur les méfaits de l'idéologie en acte qui nous écrasent (mais certains plus que d'autres), rien n'est aussi faut que de dire "tout le monde sait". Il y a bien une distribution et, de fait, une différenciation sociale de la connaissance (et de la conscience) sur la domination et l'oppression.
Il y a je crois une vraie grosse grande et balèze distorsion, qui n'est ni plus ni moins qu'un effet de position, dans le fait de dire "on sait tout (ou beaucoup, ou en tout cas assez), quand agit-on ?"
Pierre Carles et toi êtes concernés, ainsi que tous les intellectuels de la gauche dite radicale, par cette distorsion. Une façon de répondre à ce sentiment biaisé (qui est un peu de la projection), c'est d'en appeler à l'insurrection... des autres, en leur prêtant un savoir, une conscience et une connaissance qu'ils et elles n'ont pas, en tout pas dans la forme qu'on prétend avoir identifié.
Plus prosaïquement, j'ai l'habitude sur cette question de me limiter à juger ce que je connais le mieux, à savoir ma propre action et mon propre engagement. Invoquer et prier pour celles des autres ne relève pas du périmètre de la raison : on ne se change que soi-même, une révolution, avant tout, c'est un tour sur soi-même.
Ceci dit, je tiens pour éminemment positif le fait de plutôt travailler (c'est ingrat car répétitif) sur les conditions sociales de possibilités pour que les camarades salariés et employés puissent prendre un peu conscience du fait que ce qui les brime n'est pas inéluctable.
amicalement
Boogie
Très bon commentaire de Boogie.
De mon côté, je dois avouer être aussi très fatigué... de ce type de commentaire (je parle de CSP). Et c'est une litote.
J'ai participé à l'aventure de PLPL et du Plan B, je participe toujours à celle d'Acrimed, et le fait est qu'on a, en presque 15 ans (je n'étais pas parmi les premiers) accompli un chantier considérable... à la hauteur de nos moyens. Et que si cette bataille n'a pas (encore) eu autant d'impact qu'on l'eut souhaité, c'est qu'elle n'a que rarement, et malgré nos effort, dépassé nos rangs.
Revenons à la conclusion de ce billet :
« On en revient donc à l'immense chantier de reconstruction d'une gauche digne de ce nom, laquelle désormais ne peut plus tourner en rond dans la "critique" si radicale soit-elle ; la population ne veut pas de "critique" : elle veut des solutions. Et elle les veut exposées clairement. C'est donc encore la politique, disons, "politique" - pas rigolote, chiante, concrète - qui se remet au centre dans ce qui reste et c'est le moins qu'on puisse dire, à encore construire pas de toutes pièces mais peu s'en faut... »
Bon, en gros : « la critique, c'est bien, mais ce qu'il faut, c'est construire un mouvement politique. »
Et bien, très bien, coco, qu'est-ce que t'attends pour le construire ?
Non parce que Acrimed, PLPL/Plan B, Halimi, Pierre Carles, etc., n'ont jamais prétendu (ni souhaité) avoir le monopole de la critique des médias, ni que la seule critique pouvait faire changer ces médias ; bien au contraire, ils n'ont cessé de proclamer que la question des médias était une question politique, qui devait être portée largement, et que pour ce faire, rien de tel que les organisations... politiques (et syndicales, et associatives) !...
Or, qu'ont dit les orgas politiques (et syndicales, et associatives) depuis 15 ans sur les médias, qu'ont-elles fait, quelles batailles ont-elles mené ? Rien ou si peu ! Qu'a fait, qu'a dit le NPA ? Rien ! Et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir sollicité ces orgas, de les avoir aiguillonnées, d'avoir raillé la servilité de leurs porte-parole envers les journalistes, leur absence de toute critique envers les médias qui les accueillaient, leur absence totale de propositions sur le terrain de la transformation de l'ordre médiatique !
A ce propos, je te conseille vivement de visionner un film qu'a diffusé Le Plan B : «Bové, le cirque médiatique» On y voit, outre Bové, Clémentine Autain et... Besancenot se montrer particulièrement complaisants vis-à-vis des médias dominants.
Alors, «la critique, c'est facile, mais mieux vaut l'action » ? Tout-à-fait ! Donc tu vas me faire le plaisir de bouger tes petites fesses pour mener cette bataille des médias au sein du NPA, afin que le NPA mène cette bataille !...
Et je peux te dire qu'il y a du boulot, maintenant que le principal "intellectuel" du NPA s'appelle... Philippe Corcuff, particulièrement connu pour sa veulerie envers les médias dominants, et pour sa haine envers... la critique radicale des médias !
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