Faire un film de 2 heures sur un nerd autiste social dont la vie se résume à mouliner du code devant un ordinateur et dont les seules motivations identifiées sont une soif sans borne de reconnaissance sociale et la volonté de prouver aux autres qu'il les écrase de son intelligence, a priori ça ne donne rien envie du tout. The social network est pourtant captivant de bout en bout, non seulement par la mise en scène réellement inspirée de Fincher mais par le portrait qu'il donne à voir d'un enfant dans le siècle, le film posant qu'au-delà de la personnalité propre de Mark Zuckerberg en tant qu'individu, c'est toute une époque qui se trouve résumée par son parcours et par sa "création", Facebook.
On a dit et on continue à dire beaucoup de chose, sur Facebook ; entre les prophètes hallucinés de la "disparition de la vie privée" - dont Zuckerberg lui-même - et les ronchons racornis dans leur coin qui ont peur de tout - Babette Lévy et la flaque Zemmour pensent évidemment pis que pendre de Facebook, mais nul doute que leurs clones du 19ème siècle hululaient que les trains allaient tuer leurs passagers dans d'atroces souffrances -, entre les laudateurs acritiques et les semi-paranos qui voient le spectre d'Orwell à peu près partout, on pourra prendre une voie médiane et se contenter de voir ce "réseau social" pour ce qu'il est : un outil à utiliser avec quelques précautions de départ. Facebook j'y suis mais évidemment pas sous mon vrai nom et vous pouvez toujours courir pour espérer y voir des photos de moi bourré. C'est utile et même marrant, ça me permet de rester en contact avec des gens qui sont loin et je peux partager des choses que j'estime sympathiques, peut-être même que ça m'aidera dans un cadre professionnel, mais ça s'arrête là. Et c'est déjà assez énorme quand même.
Mais peut-être aussi que si tant de gens font n'importe quoi avec, c'est qu'ils ne comprennent pas qu'on ne peut pas faire "tout" ce qu'on veut sur Internet...
Dans le film, l'ex-copine de Zuckerberg lui dit : "Sur le papier on écrit au crayon ; sur Internet on écrit à l'encre" : parfait résumé d'à la fois les possibilités et les limites de l'expression de soi sur ce support précis, au point qu'il faudrait peut-être commencer à envisager dès l'école des cours d'éducation spécifique à Internet. Et dans The social Network, on voit clairement que si Mark Zuckerberg a parfaitement compris que Facebook allait combler un vide que la technologie avait crée - le besoin d'affirmation et de communication tout azimut médié par l'outil -, on voit également qu'à aucun moment, ni lui ni aucune des personnes qui l'entourent ne réfléchissent une seule seconde aux conséquences. Portrait de jeunes gens brillants mais n'ayant aucune conscience, tous obnubilés par leurs propres obsessions qu'ils projètent dans la construction de leur bébé, individualistes jusqu'à la trahison et dérésponsabilisés en toute candeur, le portrait que The social network donne à voir de cette caste de nouveaux milliardaires en tongs est aussi, à travers leurs personnes propres, un discours sur la mutation du capitalisme virtualisé qui semble désormais comme joyeusement mené par des gamins irresponsables : Jérôme Kerviel est-il finalement autre chose que cela ?
Et mine de rien, David Fincher est en train de composer son oeuvre bien à lui puisque ses films parviennent à capter l'époque et à la rendre assez finement. C'est à travers le mal-être généralisé que se donne à voir la substance d'une civilisation et Fincher sait non seulement le capter mais même l'incarner au travers d'un personnage donné ; il est frappant de voir qu'existe un lien entre le tueur de Se7en, Tyler Durden et le personnage de Mark Zuckerberg : des individus dans un tel décalage avec ce qui les entoure, vivant un violent sentiment de rejet et de révolte et qui décident un jour de forcer le monde à leur faire une place. Les moyens diffèrent, sans doute. Mais les motivations sont similaires et Fincher n'est jamais aussi bon que quand il nous montre ces personnes qui sont, quelque part, aussi un petit peu nous-mêmes...
The social network n'est pas qu'un excellent film : c'est le portrait de l'époque à travers un de ces enfants, et c'est pour ça qu'il est, disons-le carrément, un film important.
21 commentaires:
Oh, chic-chic, le Télérama de la semaine ! :-)
mec, t'as oublié la musique de Trent...
@ Patrick : putain me redis plus jamais ça !!!! GRRR !!! (mais heu, c'est bien payé, Télérama, sinon ?...°
@ François : phoque, c'est vrai. Bon, super BO de Trent, etc. oh et puis allez le voir, quoi, zut.
'peut-être même que ça m'aidera dans un cadre professionnel, mais ça s'arrête là.'
Depuis quand un anti-capitaliste spécule sur sa propre personne en bichonnant son avatar et en améliorant sa visibilité sur le marché de l'emploi ?
- Sachant qu'il risque de prendre le job d'un camarade qui lui, s'en était entièrement remis aux services - presques - publiques de pôle-emploi ?
- Sachant que faire passer au privé, l'intégralité du marché de la recherche d'emploi, est un des plus gros fantasme des libéraux ?
Quelle grosse merde ce film ! Qui n'a comme atou que "la culture". et sur lequel Thierry tombe, victime de la "culture" de l'époque (et de "l'effet télérama", bien entendu) Ce qui relativise d'autant son billet sur la "culture"...
"les semi-paranos qui voient le spectre d'Orwell"
C'est assez significatif que la seule chose que la plupart des gens retiennent aujourd'hui d'Orwell soit ce fameux truc, "Big Brother", alors que c'est un aspect vraiment secondaire de 1984.
Non, le vrai sujet du roman c'est la destruction de la morale humaine élémentaire par l'Idéologie, ce processus passant par la novlangue, le culte du Parti, la réécriture continuelle du passé et du présent... Mais si on évoquait alors cela, nombre de libéraux, de publicitaires, de managers et de journalistes "so modern" (entre autres) risqueraient peut-être de voir le secret de leur position sociale et politique ainsi dévoilé...
ici la base dure :
la question , ce serait plutôt, comment individuellement, doucement et sûrement le système pourri pousse les gens à se diriger vers les financiers.
Intéressant billet sur les films de D. Fincher, mais même si ça n'a pas grand chose à voir je préfère les films de zombis.
Il y en a un qui se joue en ce moment même: "les morts vivants vendent la peau de l'ours" qui est excellent donc à vomir:
la momie-très forte- une dénommée elisabeth guigou parle de "victoire à la pyrrhus" du gouvernement, le undead Hollande sent, en versant des larmes de crocodile "beaucoup de rancune dans le pays" et donne un rencard d'enfer en 2012.
On entend la dream team des undead Fabius, Aubry et on peut parier que DSK attend d'être la cerise sur le gâteau.
Si on fait grève pour permettre le retour de ces zombis en 2012, là c'est le masterpiece du film d'horreur.
Éducation a l'utilisation Internet, évidement!
C'est même urgent.
Reste un truc, c'est que internet ou pas, là, dans le cas précis de facebook, c'est un boite qui veut faire du pognon, et tu oublis de dire avec quoi elle fait du pognon.
Avec les données que ses utilisateurs y mettent.
Alors bon, pour un anticapitaliste, je trouve ca un peu… hein.
Et puis légalement, tout ca lui appartient.
Deja le mec est un putain de megalo etc mais imagines donc un fond de pension ou autre qui rachète le truc?
A ce niveau c'est plus les moyens de productions qui sont propriété c'est l'humain.
Si en plus on colle tout ca avec les brevets sur tout et n'importe quoi, ca te fais un jolie condensé des meilleurs pire films de scien-fi.
Pour le coté BigBrother, il est là et bien là, si tu n'as pas un gros minimum de connaissance technique dans le domaine, je comprend que ca te paraisse etre du délire, mais crois moi, même sans laisser ta vrai identiter, ce que tu raconte ce que tu fais, les sites que tu visite etc, il y a un grand nombre d'infos récolté.
Alors oui bien sur on peut l'éviter ca, mais faut il deja le savoir.
Il ne faudrait jamais laisser les cookies activé, faire du cas par cas, pour te logger a ton blog par exemple.
Avec firefox ca se fait très facilement, dans l barre d'adresse là ou tu as l'icon du site, clic/permission/definir les cookies.
Voila c'est fait, apres suffit de les désactivé globalement dans le menu principal.
C'est on va dire la moindre des choses, car avec la puissance de calcul qu'on les machines aujourd'hui on tire facilement le profil d'une personne en récoltant des petits bout d'infos par ci par là.
Jvais lacher un petit best of des indispensable a avoir en extensions dans le prochain com'
on en oublierait presque les winners de chez nous... voila qui parle de laval qui a redresse la france economiquement:
http://www.benjamin-lancar.fr/blog/2010/10/une-autre-forme-d%E2%80%99engagement-de-la-jeunesse-l%E2%80%99engagement-pour-son-pays
une belle tete de vainqueur! (oui oui, marianne en parle)
enjoy
C'est parti:
L'anti pub indispensable:
https://addons.mozilla.org/fr/firefox/addon/1865/
De quoi gerer facilement les cookies:
https://addons.mozilla.org/fr/firefox/addon/82/
de quoi récup la plupart des video/son sur les site:
https://addons.mozilla.org/fr/firefox/addon/3006/
pour ne plus etre emmerder par les animation flash a la con ou tout simplement pouvoir choisir d'activé celles qu'on veut sur un simple clic:
https://addons.mozilla.org/fr/firefox/addon/433/
Le gros gain de sécurité et d'agréabilité d'utilisation du web:
https://addons.mozilla.org/fr/firefox/addon/722/
L'anti cookies pour tous les objets en flash, car ca ne sert a rien a part trimballer des infos sur vous
https://addons.mozilla.org/fr/firefox/addon/14217/
Quand on veut noter a lire plus tard :)
https://addons.mozilla.org/fr/firefox/addon/7661/
Refcontrol, tout est dans le nom, le referer, encore un truc qui ne sert a rien a part etre pas bien pour la vie rpivé, a bloquer donc:
https://addons.mozilla.org/fr/firefox/addon/953/
Voila voila, amusez vous bien :)
Précision, au passage : je ne lis jamais Télérama. Et quand je dis "jamais", c'est pas ouais mais de temps en temps y'a des trucs intéressants blabla : jamais. Pour information, disons.
"Depuis quand un anti-capitaliste spécule sur sa propre personne en bichonnant son avatar et en améliorant sa visibilité sur le marché de l'emploi ?"
Chais pas ; depuis qu'il faut travailler pour bouffer, peut-être.
FB n'est de ce point de vue qu'un CV 2.0 et pour les bisounours qui ne s'en seraient pas encore rendus compte, sur le marché du travail, il faut se "vendre". C'est détestable ? Sans doute. Mais les plus belles convictions ne remplissent aucun frigo.
Un truc à savoir et à faire avec Adblock Plus, pour éviter de se faire pister par Facebook, histoire de compléter la liste des plugins ci-dessus :
http://linuxfr.org//~tiot/29794.html
'il faut se "vendre". C'est détestable'
Ce n'est pas tant une question de morale que d'idéologie. En l'occurrence, je vois mal comment rester crédible en critiquant les " salauds de capitalistes " qui spéculent sur le prix du kilo de sucre, quand on spécule soi même sur ses propres compétences, pour les vendre au plus offrant. Il va s'en dire, au détriment de ses petits camarades.
'Mais les plus belles convictions ne remplissent aucun frigo.'
Tu dois gagner ton pain : a toujours été l'argument matraqué par la droite pour faire accepter n'importe quel emploi aux chômeurs. Or nous vivons aujourd'hui dans une société d'hyper-consommation ou se nourrir n'a jamais couté si peu cher. Moins de 2 heures de travail par jour devraient suffire à couvrir tous ses besoins. Pas besoin de tapiner sur le web pour ça ...
"u dois gagner ton pain : a toujours été l'argument matraqué par la droite pour faire accepter n'importe quel emploi aux chômeurs. Or nous vivons aujourd'hui dans une société d'hyper-consommation ou se nourrir n'a jamais couté si peu cher"
Dis-moi petit connard donneur de leçons, elle est sympa la planète où tu vis ? Non parce que ça doit être drôlement sympa d'y vivre et tout. Moi malheureusement je vis sur Terre et dessus, à moins d'expérimenter les charmes austères du RSA et de la déprime qui va avec, il faut hélas travailler. Pas que ça me fasse plaisir ni rien, hein mais voilà.
Ensuite, si tu vois ton futur dans un squat, libre à toi. Mais tu est gentil, tu arrête de venir embêter les grandes personnes, d'accord ?
Guy miliere demain a ce soir ou jamais :DDDDD
"capitalisme virtualisé"
En fait c'est ça que toi et tes copains gauchos n'arrivez pas à comprendre, c'est là le vrai fond de votre hargne. La finance, le réseau et le virtuel ça vous fout en rogne car vous n'arrivez pas à le palper de vos gros doigts.
Vous êtes incapables de vous détacher du présent, de votre présent, et tout ce qui dépasse un poil votre capacité d'abstraction ça devient forcément le mal.
Pourquoi t'es aussi terrien CSP, pourquoi t'aimes tant regarder tes pieds ? Tu crois pas en Dieu ?
" Pas besoin de tapiner sur le web pour ça ... "
A oui le profil de csp sur facebook c'est du tapinage ?
Et les deux heures de boulot, vu que ca à l'air d'être une estimation, j'imagine que tu n'as pas testé ce mode de vie ?
Anarcho-libéral jusqu'au trognon ? Chrétien démocrate ? Partisan de la race des seigneurs ? Comment rester crédible si tu ne vis pas ce mode de vie particulier dans lequel "se nourrir", ne coûte pas chère par rapport au passé ? ^^
Encore une couille de louveteau qui s'est pris pour un adulte responsable et qui est venu se ridiculiser ici. Ô joie et allégresse de la liberté d'expression ! \o/
@La Main Invisible a dit...
'A oui le profil de csp sur facebook c'est du tapinage ? '
Dans la mesure ou il y privilégie ses intérêts personnels en se gardant par exemple d'afficher sa couleur politique par peur d'effrayer un employeur éventuel, oui c'est clairement du tapinage !
'Anarcho-libéral (...) passé'
Rien de tout ceci. C'est précisément votre problème : d'être incapable de penser plus loin que votre propre condition sociale et votre ressentiment immédiat. C'est dire si ça ne vole pas haut.
Oui la bouffe de merde ne coute pas très cher effectivement, mais, c'est de la bouffe de merde.
C'est quasiment de l'homicide a retardement.
Je ne cautionne pour autant aps le fait d'utiliser facebook pour ca, je ne cautionne pas son utilisation tout court d'ailleurs.
Je trouve ca inutile, apres pour ceux qui eux y voient une utilité, tournez vous vers les alternatives libre, au moins là votre vie privé est respecté et vous n'engraisserez pas des financiers etc
votre problème
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Mais qu'est ce que tu connais de nos vies toi ? Sombre crétin.
Encore un qui sait mieux que "nous" comment on vit.
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