lundi 27 septembre 2010

Manager

"Quelques jours plus tard, cinq ingénieurs qu’il dirige sont appelés à Paris pour suivre un stage de management. Le jour de leur départ, Christian voit l’un d’eux, Philippe, embrasser son collègue et proche ami Serge. Dix jours plus tard, Philippe revient de son stage.
“Au premier regard, se remémore Christian, je vois qu’il n’est plus le même. Il me regarde différemment. Il nous regarde tous différemment.”"

Manager a peut-être été un être humain un jour ; mais désormais il ne l'est plus. Il continue à faire à peu près illusion mais dans la réalité quotidienne, il est coupé de ceux qui étaient encore ses semblables il y a...peu.

Manager a fait des études dans lesquels on lui a appris l'obéissance. À tout. À tout le monde. Tout le temps. Tout ce qui est connoté "supérieur", dans la hiérarchie interne ou plus largement dans la société n'a pas à être remis en question. Jamais. En aucun cas. Manager est structuré par la vision du monde la plus pauvre qui soit, il y a le "En haut" et il y a le "En bas". Il doit juste faire son possible pour grimper le plus "haut" possible et ce par tous les moyens. Tous.

Manager est né d'une femme et d'un homme et a une manière d'existence biologique. Il ressent encore parfois des émotions primaires, comme le jour où il s'est enfin acheté un Ipad ou son premier 4x4. Ces émotions ne durent malheureusement jamais et il est obligé régulièrement de renouveler ses jouets.
Manager a le cerveau d'un enfant de 4 ans et la capacité d'affect d'une machine à café.

Manager n'a pas toujours été ainsi mais c'est le boulot qui l'a changé. C'est ce qu'il dit à sa femme. À ses amis. Quand il les voit. Manager travaillé énormément et gagne modérément bien sa vie. Mais comme tout passe dans l'accumulation de crédits à la consommation qu'il a contracté dans son désir furieux et frénétique de se sentir exister par l'accumulation - primaire - de cochonneries inutiles, il ne voit jamais le bout de ses fins de mois.

Le boulot a changé Manager et en effet peut-être qu'à un moment Manager a été vivant. Il ne l'est plus. Il fonctionne et sait qu'il a intérêt à fonctionner de mieux en mieux dans un système hautement concurrentiel. Il a du mal à expliquer ça à son entourage alors il en parle à ses collègues Managers. Ça lui fait du bien. Même si il sait - et eux aussi savent - que c'est lui ou eux, à la fin.

Manager est mort à l'intérieur. Ce n'est plus qu'un cadavre stressé en costume.

Manager à en permanence la tête farcie de franglais et de Business, de Marketing, de retour sur investissement, de guerre économique, de tonnes de conneries que Manager à gobé sagement parce que nulle créature n'est plus crédule que Manager. Il croit tout ce qu'on lui dit et quand à son stage on lui a dit qu'il était un guerrier, il le croit aussi. Sauf qu'un guerrier se bat pour une cause et lui ne se bat que pour de l'argent, ce qui fait de lui un mercenaire et encore, de la plus basse espèce.

Manager vote à droite, ou pour une certaine gauche, ou pas du tout. Voire même ne s'intéresse pas à la politique ce qui est complètement paradoxal bien qu'il ne s'en rende évidemment pas compte : parce qu'il est le produit politique par excellence, une politique menée depuis trente ans dont il est l'aboutissement parfait : le salarié perpétuellement sur la brèche capable d'emmener du boulot chez lui le WE pour que jamais ne s'arrête sa productivité. Et qui en redemande. Et qui est prêt à tout pour que ça continue. À absolument tout.

Manager est un esclave qui aime son joug et ses maîtres : il les défendra toujours. Et toujours de bonne foi.

Manager ne le sait pas mais la façon dont il se comporte est psychologiquement parfaitement similaire à ces gens d'il y a longtemps qui répondaient à toutes les questions : "Je n'ai fait qu'exécuter les ordres". Manager n'a pas de chemise brune et en plus il n'est évidemment pas raciste. Pas lui. Il se contente de fonctionner de la même façon et de ce point de vue, ce qui est la conséquence parfaitement logique d'un système économique basé sur l'exploitation.

Manager se prend pour quelqu'un parce qu'il a un titre ronflant et ridicule, souvent en anglais, alors qu'il n'est rien et qu'il ne sert à rien. Un boulanger est utile. Un maçon est utile. Une infirmière est utile. Lui ne l'est pas, utile. Manager est pour l'essentiel payé à faire chier des gens et il n y a que dans un monde devenu fou que sa fonction est possible. À part ça, emmerder le plus de monde possible, Manager ne sert à rien.

Manager est peut-être parfois sympathique et marrant en compagnie. Des restes d'humain peuvent subsister en lui.
Mais il ne faut jamais oublier que quoi qu'il en soit, Manager est perdu à tout point de vue et qu'il est avant tout un ennemi.
Notre ennemi.

10 commentaires:

Makhnovchina a dit…

Excellent, très juste je pense.....
Manager, c'est invasion los angeles, à nous de diffuser les lunettes noires !
Tu nous en fais un bientôt sur mes ennemis intimes, les pubards ??

ElectricEye a dit…

Il faut prendre un peu de recul tout de même : ce témoignage est fortement romancé.

Le truc vraiment bizarre c'est de voir qu'un stage de 10 jours change un homme : c'était un stage à balles réelles ou quoi ?

birahima2 a dit…

est-ce que au fond, le manager c'est pas celui qui met sur le même plan, l'homme et la machine ?

TYGER a dit…

c'est bien ça le pire : que des gens qui se disent de gauche puissent réagir comme des gens de droites...

la propagande se porte bien et elle n'a pas fini de faire des victimes consentantes !

quand manager passera du stade winner à looser, il n'aura plus que Lisieux pour pleurer, et ce sera bien fait pour sa gueule !

latetatoto a dit…

csp, serais-tu une réincarnation de labruyère ?
ça commence à prendre tournure cet panoplie de portraits de la débilité moderne.

comité-de-salut-public a dit…

@ latetatoto : oui, je suis sensible à la flatterie...continuez...(Bientôt : CSP, le Saint-Simon de nos temps néolibéraux : on a la mégaclasse ou pas).

Je crains qu'il soit parfaitement possible de changer quelqu'un en 10 jours : n'oublions pas que Manager est formaté dès le départ pour gober tout ce qu'on lui dit. La preuve : il croit à l'économie de marché, c'est un signe indubitable.

Les pubards ? C'est pour dans pas longtemps, juré.

Managène a dit…

Le bruit court que Manager a été breveté par Monsanto. La seule solution est le fauchage pour éviter le risque de dissémination. On ne sait jamais ça se combine très bien avec le gène "national-socialiste", une gageure de se débarrasser de cette saloperie mutante.

Anonyme a dit…

" Manager vote à droite, ou pour une certaine gauche, ou pas du tout. Voire même ne s'intéresse pas à la politique ce qui est complètement paradoxal bien qu'il ne s'en rende évidemment pas compte : parce qu'il est le produit politique par excellence, une politique menée depuis trente ans dont il est l'aboutissement parfait : le salarié perpétuellement sur la brèche capable d'emmener du boulot chez lui le WE pour que jamais ne s'arrête sa productivité. Et qui en redemande. Et qui est prêt à tout pour que ça continue. À absolument tout. "

Exact. Bien vu.

Et pour ceux qui ne sont pas manager, gageons que la meilleure maison est une caravane, le téléphone portable constamment sur soi. L'esprit et le corps disponible, flexible, pour une sécurité optimale vis à vis du monde du travail. :)

" Le bruit court que Manager a été breveté par Monsanto. La seule solution est le fauchage pour éviter le risque de dissémination. On ne sait jamais ça se combine très bien avec le gène "national-socialiste", une gageure de se débarrasser de cette saloperie mutante. "

En effet, c'est même le lit de spectaculaires copulations et autres contorsion d'esprit digne des abrutis droitards qui s'échouent, parfois, dans les commentaires de ce blog, probablement attirés qu'ils sont par un espace de réalité, un îlot de lucidité dans leur océan de connerie fière, et crasse. (font même des efforts pour essayer d'être courtois. c'est trop chou ^^ )

Marc NPA paris a dit…

Maintenant, il faudrait que Thierry lise "le manager jetable", écrit par un vrai manager (et tout) qui répond à cette question : qu'est ce qui se passe quand le manager qui a tant licencié, se fait virer a son tour ? Tout n'est pas gouteux dans cet ouvrage (ça reste un "manager") mais y'a quand même quelques biscuits succulents...

Goetz a dit…

un peu de culture et l' occase de pousser un cocorico, management est un vieux terme français d' équitation, signifiant " l' art de faire tourner les chevaux ( autour du manège ) "

tout son sens aujourd' hui