L'ivresse du pouvoir, diffusé l'autre soir, n'est sans doute pas le "meilleur" Chabrol. Peut-être. Il n'en reste pas moins un excellent film qui pour une fois parle de choses actuelles, concrètes, et pas des affres du bobo trentenaire parisien.
Ce que j'ai évidemment préféré, c'est le personnage d'Isabelle Huppert. La manière cruelle et implacable dont elle s'en prend à des gens qui se sont crus pendant tellement longtemps au-dessus de tout et de tous. Les scènes où ils sont convoqués dans un petit bureau tout riquiqui, eux qui se sont roulés dans tous les lits des palaces du monde, pour se faire lyncher calmement, impitoyablement, par une petite femme qui les tient par les couilles et leur fait bien comprendre qu'elle ne les lâchera pas, jamais, et que de toutes façons ils vont payer : délice parmi les délices. Leur visage arrogants en train de se pétrifier de trouille...on ne s'en lasse pas.
Jeanne Charmant-Kilman ne cache pas son dégoût violent, son mépris quasi-palpable pour ceux qu'elle nomme "les cloportes" : présidents de grands groupes transnationaux et affairistes roublard, intermédiaires corrompus jusqu'à l’exubérance et politiques sournois. C'est cette saine haine de classe dans le bon sens, ce simple fait, finalement, d'avoir clairement identifié les vrais coupables et de décider que leurs têtes doivent tomber dans une détermination glaciale qui fait tout le charme de ce personnage.
Il paraît qu''Eva Joly n'a que peu apprécié la façon dont elle a été représentée : pas assez "humaine", disons. Elle a peut-être tort. Si elle est ne serait-ce qu'à moitié aussi impitoyable avec les dominants qu'elle éreinte, elle m'est en tout cas immédiatement très sympathique. Chabrol a voulu montrer ce qu'il en était de l'ivresse du pouvoir et que celle-ci pouvait effectivement se trouver des deux côtés de la Loi ; mais on voit quand même où va sa préférence. Ça faisait longtemps que lui avait aussi clairement identifié les responsables et tout son travail de cinéaste avait consisté à tourner les têtes dans les bonnes direction ; qu'il en soit donc remercié, il y en a trop peu comme lui. Disons que dans le mondes des Arts et Lettres, on trouve davantage de caniches de la domination que de séditieux ricanants.
On en trouve pas non plus dans le bistrots Causeur, ou Luc Rosenzweig s'est fendu d'une de ces petites notes suintant l'envie et le fiel dont il est coutumier. Ce pauvre garçon n'en finit pas de respirer la rancoeur contre ceux et celles qui osent être plus connus que lui, on en devient sincèrement embarrassé devant tant d'égotisme mesquin. En même temps et c'est cruel à dire, il y a peut-être là une question à la fois de talent et d'intégrité personnelle, que ce soit chez une juge ou une journaliste ; choses dont est parfaitement dépourvu ce pauvre Luc. La preuve : il écrit chez Elisabeth Lévy, autant dire qu'il ne pourra jamais prétendre à mieux.
"Une suggestion à l’intention de Mme le Garde des Sceaux: pour saluer la mémoire de Claude Chabrol, il serait élégant de faire bénéficier Loïc Le Floch-Prigent d’une mesure de clémence. Il vient en effet de voir révoquée sa liberté conditionnelle pour n’avoir pu régler les amendes auxquelles il avait été condamné dans le cadre de l’affaire Elf, instruite par Eva Joly"
Pauvres gens très riches. Heureusement qu'ils disposent d'une tripotée de Luc Rosenzweig pour leur tenir chaud, que deviendraient-ils sans ça, malheureux petits garçons ? Qu'ils se rassurent donc dans les terribles affres qu'ils n'en finissent pas de traverser : leur solitude sera toujours accompagnée de quelques chihuahuas admiratifs qui espèrent qu'un jour ce gentil maître les récompensera.
Hachage de riches hier soir chez Taddéï : autre moments délicieux. Moment de grâce quand la charmante Audrey Vernon met en pleine poire de Pierre Kosciusko-Morizet cette simple question "Où va la marge ?"...
Le regard dans le vide et l'incapacité de répondre quoi que ce soit pendant trois longues et terriblement succulentes secondes...
Ah, comme il est loin désormais où des nantis pouvaient pérorer sans contradicteur aucun sur les charmes du Joli Marché ; ils sont à présent tout renfrognés et sur la défensive, pauvres petits lapins millionnaires outrés que cette plèbe ose leur demander des comptes.
Il existe une conscience croissante que ces gens commencent quelque peu d'abuser, si on ose dire. Demandez à votre entourage immédiat ce qu'il pense des patrons licencieurs à mirobolantes stock-options. Même, glissez simplement dans la conversation ce simple mot : "banquiers".
Observez la réaction.
C'est très sain, tout cela.
Mais ce n'est évidemment pas encore assez. On est encore bien trop poli avec eux. C'est en train de changer, certes, mais encore trop timidement. Il faut appuyer sur ce bouton, encourager ce mouvement. On nous accuse fréquemment que de vouloir "dresser les français les uns contre les autres" : c'est parfaitement exact. Nous voulons bel et bien dresser les français - et les autres aussi tant qu'à faire - contre leurs exploiteurs. Ensuite, ceux-ci parviennent très bien sans nous à se rendre le plus détestables possible, on l'admettra.
Alors, sachons raison garder et n'y voyons pas - encore ? - un mouvement de fond anticapitaliste parmi la population ; l'ennemi est sournois ainsi que coriace, et il dispose de moyens hors de proportion avec les nôtres. Ne sous-estimons jamais une classe capable de préférer installer le fascisme plutôt que de redonner ne serait-ce qu'un petit peu. Il faudra encore plusieurs années avant que de convaincre la majorité que non seulement ils sont nocifs mais qu'en plus on peut très bien se passer d'eux.
Mais quelque chose commence de s'amorcer et il faut entrer dans cette brèche afin de tout faire pour l'agrandir.
9 commentaires:
Tu parles de "dresser les français", non sans une certaine ironie. Cependant le terme est impropre aux idées que tu veux défendre. Le dressage se passe de la volonté et la conscience de l'individu qui l'est. Il serait préférable d'utiliser le terme instruire, ou encore élever; ce qui, dans tous les cas, est un synonyme.
Le dressage, d'une certaine manière, se rapproche assez du matraquage psychologique utilisés par ceux que tu dénonces -et à ce propos, il serait temps que tu ouvres les yeux sur ton propre parti.
Amicalement,
Lassy
Lassy : euh CSP n'utilisait pas du tout "dresser" dans le sens "apprendre (à coup de pompes dans la gueule)"... Il parle de "dresser les français contre leur exploiteur", relis bien.
En plus, le fait même que tu es pu croire qu'une telle pensée ait pu traverser l'esprit de CSP est scandaleux. Ainsi, il ne veut pas "dresser" les libéraux, fafounets et autre engeances, loin de là ! Il veut les "fracasser". Et là, on ne peut que l'approuver.
Et puis bon, développer toute une argumentation à partir d'une expression que l'on a mal lu afin de juste taper sur le NPA, ce n'est pas très sérieux quand même.
Dire que ce parti fait du "matraquage psychologique" à l'heure où la concentration capitaliste de la force de frappe médiatique et publicitaire n'a jamais été aussi forte, cela devient même assez grotesque.
Tiens, au sujet des misères des malheureux riches victimes des méchants juges rouges, Monsieur Bernard se paie Bernard Tapoff.... euh, Tapie.
Mh. Je pense que Lassy parlait sans doute de "matraquage" idéologique des militants NPA en interne...
Ce qui au vu de la réalité ferait un peu rire.
Si il y a bien en France un parti où on est pas - assez ? - "dressés", je crains bien que ça soit nous...
attention le NPA m'a contactée :
mail de la part du collectif d'éducation contre les discriminations et le racisme
cela m'emmerde, c'est d'un moralisme absolu !
que le NPA sache que si je me dérange à une réunion, ce sera pour épouser les hommes mariés, de manière à bien faire chier leurs grosses qui, si elles s'imaginent que je vas aller avec le premier mec du Nigéria venu, elles se gourent complètement.
«Il faudra encore plusieurs années avant que de convaincre la majorité que non seulement ils sont nocifs mais qu'en plus on peut très bien se passer d'eux.»
Mmmmh, quelques années, 2ans par exemple? :)
Comme je dis toujours, il peut s'en passer des choses encore d'ici là.
"Alors, sachons raison garder et n'y voyons pas - encore ? - un mouvement de fond anticapitaliste parmi la population"
je viens de m'étouffer avec mon jack daniels. T'as pas vu les quasi 100% de la population avec un iphone ? La flambée des jeux de poker en ligne ? Toutes ces nanas faisant du shopping ? Tous ces biobios qui passent leur temps à tout racheter en "équitable", " biodégradable" et "CO2 free" ??
Les voitures neuves partout aussi...
Je suis prêt à te croire mais je vois pas une once d'anticapitalisme dans la population, et même chez ceux qui vont à la fête de l'huma (et j'en connait un paquet).
«Bettencourt c'est le mérite ou la justice?"»
Jean Bricmont a ce soir ou jamais dans les dents de NKM :D <3
L'émission de Taddei sur les riches étaient d'une grande médiocrité.
Il a servi la soupe aux riches qui affichaient une confiance en eux et dans leur pratique.
En face, les gens se sont montrés timorés, les vraies questions n'ont été qu'effleurées.
Il a fallu attendre la fin pour entendre enfin:
Derrière chaque grande fortune il y a un crime. (citation de Balzac)
Le patron de primeminister (je vous épargne le jeu de mots qui me passe par la tête) en a été tout chamboulé il ne décolérait pas.
Personne n'a rappelé que les gouvernements sur ordres des riches, remplaçaient tout doucement nos droits par la charité. les riches se donnent le pouvoir de décider qui doit vivre avec leur fondation (qui peuvent aussi leur rapporter de l'argent, on ne se refait pas)
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