mercredi 4 août 2010

Modern Warfare

Inaugurer ce retour estival par un bon gros foutage de gueule, on pourra dire que c'est convenu ; mais fort heureusement, je sais assumer les stéréotypes et en plus quelque part, vous m'en voudriez de ne pas le faire. Mais si. C'est donc encore sur la tronche de l'ineffable Bruno Roger-Petit que ça tombe, j'avais bien pensé à Guy Millière dans un premier temps mais comme il est complètement cinglé ça aurait été trop facile. Et puis BRP sait se renouveler en étant constamment surprenant dans la bêtise et ça, ce n'est pas évident. Il faut donc lui rendre ce digne hommage.

BRP s'émeut. Ce garçon doit d'ailleurs être d'une sensibilité toute d'exquise fragilité, il est en état d'émotion fébrile quasiment tout le temps. Il s'émeut que Jean-François Kahn mette fin à don très dispensable blog sur Marianne - ce canard de merde - parce que à la fin, bouh bouh ouin ouin les gens sont trop méchants :

"Jusqu'à nouvel ordre, il ne bloguera plus, fatigué qu'il est de devoir endurer la prose de ceux qu'il appelle lui même les «dynamiteurs, pollueurs, obsédés et allumés»."

C'est tragique, en effet; que va donc devenir la démocratie sans le donneur de leçons le plus ébouriffant et ébouriffé de France ? On s'en fout ? Ah ben oui, on s'en fout puisque les opinions de JFK n'ont pas le moindre intérêt et en plus en sont même pas rigolotes à lire contrairement à celles d'Ivan Rioufol. Mais pourquoi donc alors tant d'émotionalité ? Hein ?
Mais parce que ça donne l'occasion à notre BRP de parler de son sujet préféré : lu-même, pardi !

"Usé, épuisé de constater les étalages de la bêtise et de la méchanceté, les ravages de l'ignorance et de l'inculture, le blogueur à très grosse audience finit par se dire que décidément, c'est peine perdue."

Mais BRP peut se consoler en se disant qu'il a une très grosse...audience, mais qu'alliez vous imaginer avec vos esprits mal tournés vous autres, voyons ! Le blogging comme compensation de ses propres manques ? Pff, même pas vrai d'abord, dit le blogueur trostkyste chauve en s'essuyant les pectoraux après la gym.

"Depuis quelques mois, je diagnostique à travers Internet, l'avilissement de l'esprit démocratique français. Ce café du commerce virtuel éloigne, sépare, divise bien plus qu'il ne rapproche, rassemble, unit. Les «dynamiteurs, pollueurs, obsédés et allumés » sont-ils majoritaires ? Je ne le sais pas. Mais ils sont nombreux, si nombreux, inlassables, intarissables, se recrutent dans tous les courants de pensée politique, littéraire, social, médiatique, philosophique, ils sont habités d'une telle haine (à commencer par la haine de soi) que tout être doué d'un peu de raison ne peut que leur rendre les armes."

C'est fatigant, à la longue, ce discours décliniste sur l'air de ah la la comme il faisait bon vivre...avant. Avant quoi ? Bof, on ne sait jamais trop : avant. Après, on y met ce qu'on y veut en fonction de ses sensibilités, avant le gaullisme, mai 68, la société de consommation, l'immigration de masse, la libération sexuelle, la deuxième guerre mondiale, blablabla : mais surtout : avant.
Sauf que non, bien évidemment : on ne vivait pas mieux avant, mais différemment, voilà tout. C'est surtout parce que les perspectives d'avenir sont colorées en gris très foncé que de plus en plus on colorise la nostalgie. C'était mieux avant ? Discours pleurnichard de poseur esthétisant. Et quand on voit que BRP crache dans la soupe Internet quant il en tire visiblement l'essentiel de ses revenus - curiosité : combien pour la petite chronique sportive dans le Figaro ? -, non, là, franchement, comment voulez-vous prendre un type pareil au sérieux ?

"Ce nouveau café du commerce qu'est Internet révèle le déclin politique général de la France d'aujourd'hui. Tout y blanc ou noir. Tout est prétexte à anathème, excommunication, exclusion. On ne débat pas en se disant que tout bien considéré, tout est relatif, incertain, éphémère, mouvant, on injurie, on insulte, on terrorise, on menace, on "trolle"... Finissent seuls par s'imposer, comme dans la vie publique, les «dynamiteurs, pollueurs, obsédés et allumés »."

Et ça, le moins qu'on puisse dire c'est qu'il faut avoir le cuir solide quand on se mêle d'exprimer son opinion, surtout en ces matières hautement combustibles que sont les choses politiques. Mais c'est aussi pour cette raison que pleurnicher face aux réactions que ça peut déclencher n'est pas seulement inutile : ça vous a comme une manière de mauvais goût...et tout de même, pour ne prendre que mon propre cas, menaces de mort, divulgation de mon adresse, avertissement de cassage de gueule imminent , intimidations par avocats interposés, sommations à caractère judiciaire, promesses de violences sur ma compagne, et sans compter injures diverses et variées et autres crises de nerfs de gorets plus ou moins alcoolisés : j'aurais matière à m'émouvoir...
Mais je ne le fais pas.

Parce que je sais qu'en politique, il n'y a pas de "débat" possible : il n'y a que de l'affrontement et du rapport de force. Le "débat" est une farce et ceux qui soupirent après son "déclin" sont au mieux des niais, quand ils ne sont pas parfaitement hypocrites puisque n'admettant le "débat" ; mais uniquement celui qui va dans leur sens...
De ce point de vue, Internet a transféré les énergies vers des formes de confrontations désormais davantage symboliques : on se cassait joyeusement la gueule entre militants de bords opposés il n'y a pas tellement longtemps....maintenant, on trolle. C'était plus sain d'ouvrir la boîte à baffes pour se défouler un bon coup ? Possible. Mais même pas nécessairement. Ce n'est pas le "débat" qui est en "déclin", c'est que la confrontation d'idées change de paramètres ; comme les canaux d'expression officiels sont de plus en plus décrédibilisés, on en trouve d'autres moins contraignants. Et comme tout un chacun peut désormais s'exprimer pour 29 euros par mois, il est logique que ça parte dans toutes les directions, a fortiori dans des sociétés de plus en plus clivées.

Et donc oui, il y'a des relents d'une forme de guerre "moderne", qui ne se contente plus du "terrain" concret mais investit d'autres champs : Internet est donc de fait un front à part entière dans la bataille des idées politiques. S'en désoler ne sert donc à rien : ça existe et il faut y aller. Et assumer que ça risque parfois de ne pas être de la guerre en dentelles...

(Ce qui par ailleurs, il me faut l'avouer, correspond assez bien à ma nature profonde de vindicatif à tendances sadiques marquées. Mais je le vis bien, ça va, c'est gentil de vous inquiéter).

Le titre de ce billet n'est d'ailleurs pas seulement un clin d'oeil : c'est le nom d'un jeu très rigolo et au final, ce n'est que cela : un jeu. Un jeu distrayant et cruel. Un jeu extrêmement sérieux et extrêmement cocasse. Un jeu où celui qui gagne n'est pas celui qui a les plus gros muscles mais qui a les nerfs les plus trempés. Un jeu pour grandes personnes qui fait mal et qui fait rire, un jeu où une des conditions pour devenir joueur est d'aimer avoir du sang sous les ongles...

Let's play.

3 commentaires:

Bourguignon a dit…

"un jeu où une des conditions pour devenir joueur est d'aimer avoir du sang sous les ongles..."

Dans ce cas, je pense que "les chasses à l'homme" ont dû beaucoup te plaire....

comité-de-salut-public a dit…

Ah...somme toute, finalement, ça dépend lesquels, voilà tout...

ramiro a dit…

"Parce que je sais qu'en politique, il n'y a pas de "débat" possible : il n'y a que de l'affrontement et du rapport de force."

Et parce que les mêmes qui couinent en parlant du débat et du déclin sont ceux qui, finalement, savent, lorsque leurs intérêts sont en jeu, dépasser - annuler - tout débat, et dire stop au jeu de la démocratie :

Souvenons nous, il y a 30 ans, Bologne, le 2 aout, fit 85 morts et plus de 300 blessés.

http://santagatando.files.wordpress.com/2009/12/strage_di_bologna.jpg

"Fa male ammettere che al momento vincono due a zero "
"Cela me fait du mal mais je dois admettre, qu'à ce moment, ils [les fascistes ont commis et ceux qui ont commandité l'attentat de Bologne] ont gagné, 2 à zero"

http://www.youtube.com/watch?v=_YEiyy5IUGs