jeudi 5 août 2010

Mauvaise langue

"Tout a commencé lors d’une rencontre secrète organisée à New York en mai 2009, si l’on en croit l’hebdomadaire britannique The Economist. A l’invitation du couple Gates et de Warren Buffett, une poignée de personnalités et non des moindres - le milliardaire David Rockefeller, le financier George Soros, le maire de New York Michael Bloomberg, le magnat des médias Ted Turner… - moulinent l’idée d’une initiative axée sur le don. Le projet s’affine jusqu’au lancement de l’initiative «Promesse de don», le 16 juin, par Gates et Buffett (qui ont déjà légué, ou promis de le faire, plus de 95% de leur fortune à des bonnes œuvres). Le procédé est simple : le donateur doit s’engager publiquement, par écrit, à léguer au moins la moitié de sa fortune, de son vivant ou après sa mort, à une organisation caritative. Les mauvaises langues souligneront que ces lettres n’ont aucune valeur juridique et ne représentent qu’un engagement moral"


Étant moi-même une très mauvaise langue, j'irai même jusqu'à dire que cet engagement moral ne coûte pas bien cher - surtout si on y spécifie qu'on va gentiment attendre de clamser avant de voir tout son pognon partir chez les gueux -, et que ça autorise à se donner une bonne conscience bien tardive.

Alors bien évidemment que sur la considérable masse d'argent que ça représente, une partie servira à soulager des malheureuses populations cruellement touchées et sans doute que nombre d'Haïtiens et de Pakistanais verront peut-être leur sort ainsi amélioré ; certes. Admettons l'hypothèse, en tout cas. Ce qui toutefois ne devrait pas suspendre le jugement et pousser à se pâmer sans retenue devant les promesses de personnes dont on ne peut s'empêcher de se demander : mais que ne l'ont-elles pas fait depuis toutes ces décennies où elles étaient assises sur un tas d'or qui leur aurait permis de vivre 10 000 vies ? Pourquoi tant de scrupules juste maintenant ? La misère n'existait-elle donc pas les années précédentes, lors de cette accumulation de richesses tellement exorbitantes qu'on peut légitimement soupçonner qu'elle n'a pu se faire que grâce à l'exploitation et à la spoliation ? Puisque oui, au fait : les hyper-riches ne le sont devenus que grâce à une prédation sans pitié qui a surtout touché les plus pauvres et les plus faibles de la planète ; plonger des populations dans la misère et le désespoir pour ensuite surgir éteindre les incendies qu'on a allumé pendant des années ? Monsieur est trop bon, décidément. D'autant que l'argument pour convaincre les réticents pourra être que les dons à des oeuvres sont déductibles des droits de succession aux États-Unis : ça devrait aider à soulager tant de consciences tourmentées, assurément.

Les scrupules, bien tardifs on en conviendra, de nos nouveaux amis philanthropes ont un goût d'amertume qui empêche de se rouler par terre en les remerciant. Combien de morts du Sida en Afrique avant qu'ils ne se disent mon Dieu mon Dieu mais si j'utilisais tout cet argent à autre chose qu'à fabriquer de l'argent ? Mais nous diront à leur décharge qu'ils ont le mérite d'être plus lucides que leurs fans néolibéraux qui jappent les bienfaits d'une mondialisation pas si heureuse que ça, finalement : contrairement aux Le Boucher et autre Baverez qui, imperturbables, continuent de hurler à plus de déréglementation, eux sont conscients que la vision de tant de richesses entre si peu de mains dans un contexte où nombre de leurs semblables ont prouvé une obscène absence de toute forme de morale pourrait, à force, être très mal ressentie par des populations qui voient leur avenir virer saumâtre ; apaiser le ressentiment grondant des foules de pauvres en se délestant de suffisamment de milliards pour que ça en jette prouve que, toujours contrairement à ce que braient nos économistes orthodoxes, les inégalités ont atteint un seuil désormais potentiellement combustible. Gates et Buffet sont des gens intelligents et se rendent parfaitement compte qu'un gros geste est nécessaire pour éviter que tout le bazar ne s'enflamme ; mais cette admirable - et complètement désintéressée bien entendu...- générosité suffira t-elle ?

Quand on regarde un peu en arrière, vers le XIXème siècle, déjà de nobles milliardaires faisaient acte de charité en finançant fondations et autres bonnes oeuvres, manière de montrer que eux aussi se souciaient du miséreux ; et puis la charité, ça rend le pauvre votre obligé et le rend confit en respect devant votre personne, puisqu'il sait qu'il vous est encore plus redevable. On pourra faire le mesquin en pensant que des politiques de redistribution par taxations seraient plus efficaces que des décisions arbitraires de riches complexés, également ; mais on aura aussi à l'esprit que malgré tant de nobles générosités, c'est à partir de ce XIXème siècle qu'ont commencé des mouvements d'émancipation qui n'avait aucune envie de se satisfaire des scrupules de leurs dominants.


11 commentaires:

Anonyme a dit…

une soupape...

birahima2 a dit…

ça sent, mais ça sent le Français


ce qu'il y a à dire, c'est que le riche américain lègue obligatoirement sa fortune à l'Etat.
le french yankee, pas.

TYGER a dit…

hé dites ho, faut pas se leurrer non plus hein ! ils se délestent de ce qui leur laisse encore tout de même de quoi mourrir à l'aise ou d'en léguer une partie suffisament conséquente à leur progéniture pour que le système perdure. Et puis léguer à des oeuvres caritatives, ça n'est pas ça qui permettra aux gens de vivre dignement puisque ces pauvres là seront toujours collés aux basques des organismes créés pour la bonne cause.

ces "ONG" ou organisme d'utilité publique ont le mérite d'exister, soit, mais en quoi doivent-elles être LA solution ?

non il y a mieux à faire, une juste répartition éviterait tout ce bordel du bon capitaliste-la-main-sur-le-coeur (et ma main invisible tu la veux dans ta gueule ?!)

finalement ils peuvent s'étouffer avec leur pognon ! (Warren Buffet aura 80 ans le 30 août, avec une estimation de se fortune à 47 Milliards $, Billou à 53 Milliards $, ...)

que de violence diront les cons : et combien de morts de pauvreté ont-ils provoquées ? que d'atermoiements sur le sort de quelques nantis quand la plus grande masse souffre. Le vrai philanthrope l'est au quotidien et pas sur son lit de mort. Ils se rachètent comme tu le dit CSP une bonne conscience (ils croient encore au paradis ?), qu'ils aillent en enfer ! mais c'est un voeu pieux, pour ça il faudrait les démunir et qu'ils vivent ce que trop d'humains sur la planète subissent.

mais ils peuvent compter sur nous : on ira cracher sur leur tombe !

birahima2 a dit…

silence, car le silence est d'or, Tyger

nous devons assimiler les Américains, pas prendre le plus mauvais en eux.

comité-de-salut-public a dit…

Allons, c'est bien la preuve que quand ils veulent, ils peuvent faire un geste...il suffit donc juste de les forcer encore un petit peu...

TYGER a dit…

ah ok : alors on les suicides tous en prenant soin de leur faire signer un testament qui lègue la totalité de leur fortune aux peuples !

voyez c'est simple ! ;o)

Anonyme a dit…

""Quand on regarde un peu en arrière, vers le XIXème siècle, déjà de nobles milliardaires faisaient acte de charité en finançant fondations et autres bonnes oeuvres""

Au moyen age, les seigneurs donnaient, de même, l'aumône à la sortie de l'office religieux. Chose que tout bon vassal, ne manquait certainement pas de faire remarquer pour faire taire les mauvaises langues.

birahima2 a dit…

nouvelle bavure meurtrière à 18 h 06

heureusement, en Asie centrale, le temps ne compte pas.

grisnoir a dit…

et pas de leg au NPA?

Père Plesque a dit…

Ouais c'est hyper genant...putain! 95% de leur fortune, mec! Tout quoi!?!?
Comment s'en sortir???

Jacques Crozmarie baby a dit…

Ils viennent tout simplement de créer le meilleur instrument de mesure de la cupidité à un instant t :

Soit X milliards de dons.
Ensuite recompter les milliards une fois lâchés (si vous le pouvez, faut pas déconner "on" va pas vous laisser vérifier si facilement que ça).
Vous opérez une soustraction de X - C = Y, C étant le nombre de milliards volés au passage.
Ensuite vous faites (Y x 100)/X = Z
Z étant le pourcentage après maintes mains dans le sac.
Enfin X - Z = la tête aux amphytrions ou TAA, indice du pourcentage de perte à un instant t indirectement l'indice de cupidité à une époque donnée. Vous répétez l'opération à plusieurs époques (toutes choses égales par ailleurs i.e avec d'autres milliardaires à mauvaises conscience)et vous comparez les pourcentages (ou porcentages si le résultat est très bas voire négatif dans le cas de gros cochons qui voleraient leur propre fratrie).