- Bonjour Liliane Bettencourt.
- Bonjour ma petite Claire Chazal, ça va bien ?
- Moui madame Bettencourt c'est bien aimable à vous de nous recevoir.
- Oh mais vous savez c'est à moi que ça fait le plus plaisir, hein, vous savez que les personnes de mon âge, elles sont toujours contentes de recevoir de la visite.
- Voui, en même temps, le prenez pas mal hein, mais c'est ma rédaction qui a eu un coup de fil de l'Élysée pour me dire de partir fissa, je cite, "interviewer la vioque avant qu'elle parte complètement en sucette", alors bon. Vous avez eu le temps de lire les questions que je vous ai préparé d'avance ?
- Voui ma petite, et ça me convient très bien. Si vous saviez comment les gens sont méchants en ce moment avec moi et mes gens...
- Ben en même temps, 30 millions d'abattement fiscaux, c'est rondelet hein mémère ? Faut dire que vous avez pas été finaude sur ce coup là, le prenez pas mal mais quand même quoi.
- Mais c'est tout de même mon droit de personne riche de ne pas avoir envie de payer des impôts qui vont encourager l'assistanat, zut à la fin ! On ne peut rien faire dans ce pays sans être odieusement ponctionné, c'est un monde tout de même ! L'Oréal, c'est un grand groupe qui crée de l'emploi, mademoiselle, on l'oublie trop souvent.
- Arf, de la part de quelqu'un qui s'est contenté d'être héritière toute sa vie, vous entendre parler de travail c'est piquant, mais bon. Après, c'est pas un reproche non plus : moi aussi je suis de droite, hein. Et puis ça pourrait être pire, comme quand on a reproché à votre papa d'avoir un peu fait fortune grâce aux Allemands à une certaine période.
- Ne m'en parlez pas, ça a été très difficile à ce moment. Tous ces journalistes qui étaient méchants avec papa, j'en tremble encore...et tout ça parce que oui, bon, d'accord, papa a un peu collaboré et écrivait des articles antisémites dans un journal pronazi. Voui. Ensuite, si on reste sur des trucs du passé, on avance jamais, non plus.
- Ah non mais moi je vous reproche rien, hein. D'ailleurs, on ne parlera pas de ça dans l'interview.
- C'est bien aimable. Si vous saviez comme j'en ai assez de ces choses, les histoires du passé, la Cagoule...
- Ça, c'est compréhensible, c'était pour faire face à ces enculés de communistes et on ne peut décemment pas condamner votre papa pour si peu, faut resituer le contexte.
- Je vois qu'on se comprend et ça fait chaud au coeur. Et une vielle personne comme moi en a bien besoin, allez, heureusement que ma fille est devenue soudain toute gentille...
- Mouais, même si de loin ça fait un peu la nana qui se rapproche de mamie avant qu'elle claque pour être bien sûre d'être sur le testament et qui s'aperçoit qu'un gigolo est en train de capter son héritage, mais je dis ça je dis rien et on en parlera pas non plus. Pas comme ça en tout cas.
- Vous êtes décidément très bien élevée. Un petit gâteau ?
- Purée, c'est vraiment comme quand on est en visite chez la grand-mère qui vous oblige à bouffer ses madeleines rances et ressasse ses histoires dont tout le monde se fout. Bon, on révise l'interview et après je me casse, moi. D'abord, le pitch : vous être en pleine forme et en pleine possession de vos moyens, et vous êtes une gentille mamie innocente, ok ?
- Oh regardez, le chat pisse sur les fleurs.
- Pfou. Ensuite, les comptes en Suisse, les ministres et leurs épouses, les histoire de bouclier fiscal qui vous file de la thune sans que vous soyez en même temps jamais contrôlée par le fisc, et le financement de l'UMP, tout ça : on oublie.
- Pourtant, ces Woerth sont des gens si charmants, et j'en ai économisé des sous grâce à eux, c'est bien la moindre des politesses de leur en redonner un peu...
- Ok : on oublie, j'ai dit, sinon mes employeurs vont tirer la gueule. L'idée, c'est que vous n'avez connaisance de rien, que vous n'être influencée par personne, et que vous faites ce que bon vous semble de vos milliards. Ça entre, la momie ?
-...
- Eh ? Mamie ? T'es là ?
- ...
- Putain mais qu'est-ce qu'elle a fixer le mur en souriant sans rien dire...rha, merde, elle bave maintenant, mais quelle mission pourrie ce truc, eh, EH, LA VIOQUE ! OH ! ON REDESCEND CHEZ LES VIVANTS, LÀ ! OH OOOOOOHHH ! RÉVEIL !
- Hein ? Quoi ? Oh, excusez moi ma petite, j'ai eu une petite absence...vous savez, à mon âge, ça arrive souvent hein...
- Bon, on reprend. Ça va aller ? Interview ? Télé ? Fraude fiscale ? On est toutes les deux en ligne, là ?
- Mais parfaitement mademoiselle, voyons. Vous êtes une journaliste venue pour m'interroger sur des rumeurs infondées d'évasion fiscale et autres malversations, et je vais balayer ces sottes rumeurs en prouvant ma complète lucidité vis-à-vis de ces histoires qui ne m'atteignent même pas.
- Eh ben voilà Mamie Nova, tu vois quand tu veux ! Bon, pour ces histoires d'enregistrements, là...
- C'est quand même drôlement chouette, cette invention.
- Euh ? Quelle invention ?
- Ben la télévision, pardi. Avec André, on en a acheté une la semaine dernière et c'est surprenant, cette petite boîte, tout de même. Les choses qu'on fait, de nos jours...mais bon, il ne faut pas se mettre en retard, j'ai rendez-vous avec madame Pompidou pour le thé.
-...putain c'est pas gagné...
- Bonjour ma petite Claire Chazal, ça va bien ?
- Moui madame Bettencourt c'est bien aimable à vous de nous recevoir.
- Oh mais vous savez c'est à moi que ça fait le plus plaisir, hein, vous savez que les personnes de mon âge, elles sont toujours contentes de recevoir de la visite.
- Voui, en même temps, le prenez pas mal hein, mais c'est ma rédaction qui a eu un coup de fil de l'Élysée pour me dire de partir fissa, je cite, "interviewer la vioque avant qu'elle parte complètement en sucette", alors bon. Vous avez eu le temps de lire les questions que je vous ai préparé d'avance ?
- Voui ma petite, et ça me convient très bien. Si vous saviez comment les gens sont méchants en ce moment avec moi et mes gens...
- Ben en même temps, 30 millions d'abattement fiscaux, c'est rondelet hein mémère ? Faut dire que vous avez pas été finaude sur ce coup là, le prenez pas mal mais quand même quoi.
- Mais c'est tout de même mon droit de personne riche de ne pas avoir envie de payer des impôts qui vont encourager l'assistanat, zut à la fin ! On ne peut rien faire dans ce pays sans être odieusement ponctionné, c'est un monde tout de même ! L'Oréal, c'est un grand groupe qui crée de l'emploi, mademoiselle, on l'oublie trop souvent.
- Arf, de la part de quelqu'un qui s'est contenté d'être héritière toute sa vie, vous entendre parler de travail c'est piquant, mais bon. Après, c'est pas un reproche non plus : moi aussi je suis de droite, hein. Et puis ça pourrait être pire, comme quand on a reproché à votre papa d'avoir un peu fait fortune grâce aux Allemands à une certaine période.
- Ne m'en parlez pas, ça a été très difficile à ce moment. Tous ces journalistes qui étaient méchants avec papa, j'en tremble encore...et tout ça parce que oui, bon, d'accord, papa a un peu collaboré et écrivait des articles antisémites dans un journal pronazi. Voui. Ensuite, si on reste sur des trucs du passé, on avance jamais, non plus.
- Ah non mais moi je vous reproche rien, hein. D'ailleurs, on ne parlera pas de ça dans l'interview.
- C'est bien aimable. Si vous saviez comme j'en ai assez de ces choses, les histoires du passé, la Cagoule...
- Ça, c'est compréhensible, c'était pour faire face à ces enculés de communistes et on ne peut décemment pas condamner votre papa pour si peu, faut resituer le contexte.
- Je vois qu'on se comprend et ça fait chaud au coeur. Et une vielle personne comme moi en a bien besoin, allez, heureusement que ma fille est devenue soudain toute gentille...
- Mouais, même si de loin ça fait un peu la nana qui se rapproche de mamie avant qu'elle claque pour être bien sûre d'être sur le testament et qui s'aperçoit qu'un gigolo est en train de capter son héritage, mais je dis ça je dis rien et on en parlera pas non plus. Pas comme ça en tout cas.
- Vous êtes décidément très bien élevée. Un petit gâteau ?
- Purée, c'est vraiment comme quand on est en visite chez la grand-mère qui vous oblige à bouffer ses madeleines rances et ressasse ses histoires dont tout le monde se fout. Bon, on révise l'interview et après je me casse, moi. D'abord, le pitch : vous être en pleine forme et en pleine possession de vos moyens, et vous êtes une gentille mamie innocente, ok ?
- Oh regardez, le chat pisse sur les fleurs.
- Pfou. Ensuite, les comptes en Suisse, les ministres et leurs épouses, les histoire de bouclier fiscal qui vous file de la thune sans que vous soyez en même temps jamais contrôlée par le fisc, et le financement de l'UMP, tout ça : on oublie.
- Pourtant, ces Woerth sont des gens si charmants, et j'en ai économisé des sous grâce à eux, c'est bien la moindre des politesses de leur en redonner un peu...
- Ok : on oublie, j'ai dit, sinon mes employeurs vont tirer la gueule. L'idée, c'est que vous n'avez connaisance de rien, que vous n'être influencée par personne, et que vous faites ce que bon vous semble de vos milliards. Ça entre, la momie ?
-...
- Eh ? Mamie ? T'es là ?
- ...
- Putain mais qu'est-ce qu'elle a fixer le mur en souriant sans rien dire...rha, merde, elle bave maintenant, mais quelle mission pourrie ce truc, eh, EH, LA VIOQUE ! OH ! ON REDESCEND CHEZ LES VIVANTS, LÀ ! OH OOOOOOHHH ! RÉVEIL !
- Hein ? Quoi ? Oh, excusez moi ma petite, j'ai eu une petite absence...vous savez, à mon âge, ça arrive souvent hein...
- Bon, on reprend. Ça va aller ? Interview ? Télé ? Fraude fiscale ? On est toutes les deux en ligne, là ?
- Mais parfaitement mademoiselle, voyons. Vous êtes une journaliste venue pour m'interroger sur des rumeurs infondées d'évasion fiscale et autres malversations, et je vais balayer ces sottes rumeurs en prouvant ma complète lucidité vis-à-vis de ces histoires qui ne m'atteignent même pas.
- Eh ben voilà Mamie Nova, tu vois quand tu veux ! Bon, pour ces histoires d'enregistrements, là...
- C'est quand même drôlement chouette, cette invention.
- Euh ? Quelle invention ?
- Ben la télévision, pardi. Avec André, on en a acheté une la semaine dernière et c'est surprenant, cette petite boîte, tout de même. Les choses qu'on fait, de nos jours...mais bon, il ne faut pas se mettre en retard, j'ai rendez-vous avec madame Pompidou pour le thé.
-...putain c'est pas gagné...
9 commentaires:
C'est vrai qu'elle n'a plus toute sa tête mais elle a quand même quelque chose qui la distingue des riches néolibéraux d'aujourd'hui , à un moment elle a dit : "faut il toujours compter?".
Cela remet en cause la théorie du publicitaire Séguéla qui dit qu'on mesure la réussite d'une vie quand on peut s'acheter une Rolex. C'est ça qui différencie les nouveaux riches des anciens: les nouveaux ont encore moins de valeur humaine. Ils sont minables et même Mme Bettencourt et son gigolo les méprisent.
Hilarante préparation à l'effarante "interview" de M'dame Bettancourt sur TF1 hier. Merci beaucoup CSP!
"Oh regardez, le chat pisse sur les fleurs" est une formule que je retiens pour un des prochains papiers de mon blog.
Un bon moment d'humour qui est, comme chacun le sait, "la politesse du désespoir". En tout cas chez moi...
Mais là, bon, ça m'a vraiment mis en joie. Je ne dois pas être le seul!
suite de leur journal
CSP, tu prends une chouette plume. C'est bien meilleurs que la rubrique des "interviews (presque) imaginaires" du Canard Enchainé. En tout cas, ça m'amuse plus :-)
Ho ca oui Benoît, putain que c'est bon :D
Ca ferait pas de mal effectivement d'en re toucher un mot sur l'historique de la famille dans les années 30-40, aussi, tiens…
C'est de l'interview hardcore ça. C'est même de la pornographie, il y a : de la collaboration très rapprochée, des histoires de frics, des insultes, de l'inceste social, des personnes qui ont le regard absent tout en souriant, de la pisse de chatte, de la bave, de la gérontophilie et même une histoire de pompage mais j'ai pas trop compris pourquoi "pompidou".
Je suis scandalisé, tu aurais pu avertir tes lecteurs au moins en mettant un carré blanc ou un interdit au moins de 60 ans.
Et, ce qui est amusant à regarder, c'est que c'est comme des sables mouvants... plus ils font quelque chose pour essayer de s'en sortir, et plus ils s'enfoncent en fait. C'est un peu sadique, mais c'est tellement amusant de les voir se mettre dans la merde tout seuls ! Comme depuis le début, en fait... mais maintenant c'est eux (qui sont dans la merde).
Ça a un p'tit côté "c'est arrivé près de chez vous". Le moment avec "la vieille", où i' dit "ça permet d'éviter de gaspiller une balle"... En fait, c'est un peu la suite (mais en vrai)... maintenant il fait de la politique, et ça passe à la télévision.
c'est nul à chier et pas drôle
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