mardi 29 juin 2010

Joies du communautarisme

La semaine dernière, des chinois jusqu'alors régulièrement cités en exemple comme gens discrets et laborieux - tout le contraire des ces feignants braillards d'outre-méditerranée on l'aura compris - se sont mis à la grande surprise de beaucoup non seulement à manifester en pleine rue, mais en plus pour une minorité très énervée d'entre eux à transformer une rue de Belleville en champ de bataille urbain jusqu'à caillasser la police comme les premiers sauvageons venus. Une explosion de ressentiment à ce point violente qu'elle a choqué, certes, mais quand on réfléchit un peu à ce qu'est en train de devenir la société française, la première surprise passée fait place à un constat : ce qui s'appelle "société" est en train de devenir une mosaïque de communautés repliées sur elles-mêmes et méfiantes voire hostiles vis-à-vis de toutes les autres...

Dans une époque non de progrès et d'ouverture d'esprit mais de repli et de conservatisme, et ce dans tous les secteurs sociaux et sociétaux y compris dans certaines pointes "progressistes" - on va y revenir -, la communautarisation est la conséquence parfaitement logique d'à la fois :

- le délitement de tous les liens sociaux corrodés par la propagande néolibérale qui ne raisonne qu'en termes d'individualités, son intérêt premier étant de fabriquer de l'individu coupé d'autrui ne finissant plus par se reconnaître que dans ceux qui lui ressemblent le plus immédiatement possible et plus dans un collectif rassemblant des profils contrastés mais réunis dans des buts communs - d'où la dépolitisation actuelle et une crise générale de l'engagement sous toutes ces formes ;

- l'absence de volonté réelle des pouvoirs publics successifs de créer cette "intégration républicaine" dont on nous rebat les oreilles depuis des décennies mais qui dans les faits n'existe nulle part. Ne serait-ce qu'au niveau des populations "de quartiers", les discours sur le "vivre ensemble" apparaissent comme une forme d'humour pas très drôle puisque si on veut vraiment faire en sorte de précisément vivre ensemble, il faudrait d'abord éviter de reléguer des pans entiers de pauvres dans des cités hideuses tout en refusant par exemple de bâtir des HLM dans les villes dont on a la responsabilité n'est-ce pas Nicolas ?

Du coup et assez logiquement, l'individu tout seul se sent un peu trop seul et a tendance à se tenir chaud auprès de ceux qui lui sont le plus proches que ce soit par les croyances, le pays d'origine, les convictions voire les moeurs. Mouvement de repli parfaitement similaire à celui qu'on peut observer depuis longtemps aux États-Unis, dont on sait à présent même si on s'en doutait très fort qu'à l'instar du Rêve Américain de réussite pour tous, leur melting-pot dont ils étaient si fiers n'est qu'une grosse blague. Les communautés vivent entre elles, dans des endroits géographiquement délimités, et si elle commercent avec les autres n'en restent pas moins dans une optique très individualiste du "les miens d'abord". Et il se trouve curieusement que la société américaine n'est pas franchement un modèle de stabilité.

Libéralisme et communautarisme ne peuvent être que les meilleurs amis du monde puisqu'un modèle socio-économique basé sur l'exploitation de la majorité par une minorité et qui ne redoute rien tant que les mouvement collectifs de rouspétance dépassant les clivages d'individus ne peut évidemment qu'être très satisfait de voir qu'au lieu de revendiquer des droits sociaux pour tous sans distinctions - les fonctionnaires en grève défilent aussi pour le privé -, le communautarisme revendique d'abord pour sa communauté. C'est certes compliqué à gérer politiquement parlant puisque tout le monde tire à hue et à dia, mais moins au final que d'affronter un choc de classe qui se rendrait compte que le maçon arabe, l'agriculteur bien de chez nous et l'employé en chemisette ont finalement quelque chose en commun qui dépasse leurs appartenances primaires. Ce que s'obstinent à ne pas comprendre nos amis islamogauchistes, lesquels sans doute trop occupés à couper les cheveux en douze pour justifier un symbole d'oppression ne se rendent pas compte qu'il encouragent un communautarisme qui dessert les objectifs du mouvement progressiste.

Mais si libéralisme et communautarisme sont comme larrons en foire, n'est-ce pas peut-être surtout parce qu'existe une communauté spécifique, qui ne vit et ne se reproduit qu'entre elle, partage les mêmes valeurs et les mêmes intérêts et sait faire front commun devant l'adversité : la communauté des très riches dont l'affaire Woerth révèle les dessous pas très jolis-jolis mais qui, n'en doutons pas, saura à l'occasion sacrifier l'un des siens - en le placardisant quelque part, soyons civilisés...- pour s'assurer que sa cohésion interne ne sera pas entamée...
Et ce communautarisme là, autrement plus destructeur du lien social que quelques excités s'époumonant dans des préfas tranformés en mosquées, on commence de se rendre compte que pour le coup, rien ne lui fait plus horreur que de "vivre ensemble" et dame ! comme on les comprend : ils pourraient être obligés de partager.

À leurs yeux, cette idéologie du chacun chez soi et pour soi, du "moi et les miens d'abord" n'est en rien condamnable et pour cause : elle est la base de leur domination.


14 commentaires:

Olivier a dit…

C'est marrant, on dirait de nouveaux aristocrates ...

birahima2 a dit…

aristocrate pour pas que ce terme transpire la propagande républicaine en toc :

vaudrait mieux se baser sur le modèle aristocrate justement que sur le modèle américain.

y'a pas de mal à être aristocrate, quoi
bien au contraire
et pis tous ensemble, on leur nique leur race à la fin.

en plus, comme ça, le péril "jaune", ce serait même plus un casse-tête chinois.

Veig a dit…

Ce SONT les nouveaux aristocrates.

Avec un peu moins de morgue et d'arrogance que ceux qui asservissaient nos aïeux, certes. Mais ça va leur revenir.

Encore un peu gênés aux entournures quand on les prend les doigts dans le pot de confiture, oui. Mais ça va leur passer.

Ce sont les nouveaux aristocrates. Ils le savent, et ils entendent bien tout faire pour le rester. Tout. Et ça inclut bien sûr d'appauvrir la majorité de la population pour continuer à vivre dans l'opulence.

TYGER a dit…

Tout ? y compris une guerre civile ?

Jiang a dit…

Je ne vois pas le rapport entre les grèves et luttes menées durement en Chine par des travailleurs sur-exploités qui en ont ras-la-casquette et le communautarisme en France ?....

Anonyme a dit…

Mince alors : pour une fois que tu as sous tes yeux un embryon de révolte contre l'oppresseur capitaliste, il faut que tu trouves que, oué, finalement, comme on y est pas toussemsembleuh ça vaut pas.

La racaille est l'allié naturel du flic : sa raison d'être, ce qui permet au grand organisateur de l'oppression capitaliste, l'état, de justifier caméras et flics à plein seaux (t'as déjà vu une crise économique dans la sécurité, toi ?). Il est naturel que Police et Justice tolèrent les petits voleurs : sans eux, justifier leurs petits emplois de gardiens du système serait plus difficile.

Maintenant, au niveau du projet l'idée c'est quoi ? Accepter sans moufter sa petite dose de claques dans la gueule et surtout ne rien dire ? Et surtout, rabrouer nos voisins quand hanlanlan les méchants, ils ne respectent même pas le service public qui devrait les protéger aussi équitablement que leurs oppresseurs parce que, ma bonne dame, c'est ça la justice !

comité-de-salut-public a dit…

"Ce sont les nouveaux aristocrates. Ils le savent, et ils entendent bien tout faire pour le rester. Tout."

Oui, et y compris une guerre civile si ils y sont acculés. Plutôt nous voir crever dans les rues que partager, c'est un grand classique des possédants.

"pour une fois que tu as sous tes yeux un embryon de révolte contre l'oppresseur capitaliste"

Ah ? Où donc ?
@ Jiang : ce qui s'est passé à Belleville n'a rien à voir avec des luttes : c'était une manif pour plus de sécurité pour une communauté. Il y avait des sans-papiers chinois qui défilaient avec leurs patrons, genre...

birahima2 a dit…

Renaud, deuxième génération
c'est une chanson qui a été faite pour tous les malheureux qui virent à droite.

deuxième génération

Kaos a dit…

@Anonyme : "La racaille est l'allié naturel du flic : sa raison d'être, ce qui permet au grand organisateur de l'oppression capitaliste, l'état, de justifier caméras et flics à plein seaux"
Bin oui, alors que le bon citoyen respectueux est un vrai rebelle qui sape l'ordre du grand capital en obéissant sans qu'on l'y force. Sans-papier, collabos ! Indic, révolutionnaires ! Ouééééééééé.

Je sais pas qui a inventé ce raisonnement débile qui fait des marginaux/criminels/révolutionnaires la cause de toutes les répressions, mais c'était un beau connard. Quand la répression s'abat, c'est la faute de l'Etat policier. Et point. Toutes les petites frappes du monde n'y sont pour rien. Ni les terroristes d'ailleurs.
C'est vraiment une sale manie de vouloir dédouaner le pouvoir de ses activités...

@Csp : On pourrait aussi bien arguer que le communautarisme blanc laïcard joue contre l'union de toutes les forces disponibles. Il a bon dos l'"islamogauchiste".
Ceci dit, il faut bien séparer la ségrégation dans l'espace public, qui est nécessairement inacceptable, de celle dans un parti, qui est un problème de compatibilités politiques. Bref, c'est deux problèmes très différents.

Anonyme a dit…

Excusez-moi, mais vous croyez vraiment que c'est en demandant poliment, gentiment, et surtout sans hausser le ton aux enculés de capitalistes de bien vouloir, s'il vous plait, partager qu'ils partageront ?

Je pensais que ce genre de conviction n'avait cours qu'à la CFDT ou à le FEN

kevinou a dit…

"l'absence de volonté réelle des pouvoirs publics "

Quand je dis que c'est de la toxicomanie...

Anonyme a dit…

Kaos: Relax : je dis juste que celui qui organise l'aggression d'un de ses semblables pour lui piquer le fruit de son travail risque bien moins entre les mains de l'état policier que de ses concitoyens.

Donc, objectivement, Police et Justice protègent les prédateurs de leurs propres semblables : rien que de bien naturel, puisque c'est pour s'occuper (humainement) d'eux qu'ils existent.

Sauf que l'humain, là dedans, on le cherche.

Vince a dit…

Kevinou... rhalala...

Tu utilises un mot bien compliqué, toi qui ne sembles même pas avoir lu Rousseau, Hume, Montesquieu...

A propos, tu as pris les petites pilules ? Non ? Je comprends mieux...

hansen a dit…

On demande rien de plus que pas se faire voler sistématiquement par les arabes. Venez voir un peu comment sa se passe. Pourquoi vous défendez ceux qui nous volent on vous a rien fait.