C'était bien sympa, hier, finalement, hein ? Il faisait raisonnablement beau, on s'est gentiment promené, il y'avait un peu - un peu, hein - de monde, et après on rentre. Une "journée de mobilisation", quoi. Voilà voilà voilà. Et après ? Et ensuite ? Ouhlà, attention mon garçon, ne précipitons pas la charrue de peur que le vase à la fin il se casse, les partenaires sociaux doivent encore se concerter.
En attendant ? Ben on va attendre la prochaine "journée de mobilisation", pardi.
Qui va en plus contenter encore tout le monde, puisque tout le monde à l'air très content ce matin : la jaunerie syndicale est très contente parce que il y'avait un peu du monde, suffisamment pour rassembler les derniers lambeaux de crédibilité mais pas assez pour inquiéter les directions qui vont gérer le truc pépère. Et le gouvernement aussi il est très content, parce qu'il voit bien que le rapport de forces n'est pas là.
Alors ensuite, on peut se désoler, on peut se demander pourquoi mais pourquoi il n'y a pas plus de monde, blablabla, mais plus intéressant est de comprendre la stratégie à l'oeuvre qui procède d'une manière de découragement de masse par anticipation. Les mots sont des armes, et par leur utilisation, le contexte, la répétition de la même choses sous les formes les plus différentes possibles dans des laps de temps longs, on finit par littéralement façonner la réalité pour la faire correspondre à ses buts. Et ce que la domination nous dit et répète depuis des lustres, c'est : vous allez perdre.
Ça ne sert à rien. Vous allez perdre. Ça ne sert à rien. Vous allez perdre. Ça ne sert à rien. Vous allez perdre. Ça ne sert à rien. Vous allez perdre. Ça ne sert à rien. Vous allez perdre. Ça ne sert à rien. Vous allez perdre. Ça ne sert à rien. Vous allez perdre....
Que ce soit énoncé tranquillement sous le signe de l'évidence ou hurlé dans des éditoriaux, murmuré avec compassion ou imposé avec la gueulante d'un adjudant-chef, le même discours de défaitisme en direction de l'adversaire - en l'occurrence nous - effectué qui plus est avec la confiance en soi que donne la croyance sincère que c'est effectivement ce qui va se passer finit par entrer dans les esprit et les imprégner par une capillarité sournoise. De ce point de vue, notre ennemi maîtrise parfaitement tous les registres de la communication et applique des recettes de psychologie cognitive d'autant plus élémentaires qu'elles sont efficaces.
À force de répéter la même chose pendant assez longtemps, et a fortiori quand on dispose des haut-parleurs suffisamment forts - médias de masse - pour toucher au plus large, ça arrive. Ça devient. Ça existe. "Tu vas perdre" devient "Je vais perdre"...
Ce qui peut être une explication du climat de résignation et d'exaspération impuissante confinant même, on peut le dire me semble t-il, à rien moins qu'une forme de dépression collective et de fatigue psychique généralisée.
Or, nous quand on se pointe avec des mots d'ordre de "luttes", on ne peut que tomber à plat. Quand vous avez un dépressif en face de vous, complètement écroulé à force de tourments dont il ne sait plus comment sortir, la première chose qui vous vient à l'esprit, c'est de lui dire "Mais reste pas comme ça, voyons ! Bouge toi ! Fais quelque chose ! Bats toi, remue toi, arrête de pleurer et sors toi les doigts", etc.
Ce qui l'enfonce encore plus.
Il y'a donc là une erreur stratégique de penser que la "conscientisation viendra par les luttes" : on pousse aux luttes et ça va rendre conscientes les masses, ouais, je sais, j'y vais à la hache mais on va dire qu'en gros c'est le raisonnement. Qui n'est cependant viable que si "les masses" en question...ont déjà au départ l'envie de se fritter parce qu'elles comprennent le sens que ça peut avoir pour elles. Sauf que quand elles ne l'ont pas - c'est à dire ce qui se passe en ce moment - on fait quoi ? On continue à sauter sur place en criant "Léluth ! Léluth !" ?
Ou on prend le problème à l'envers en constatant que la conscientisation doit venir d'abord pour ensuite pouvoir envisager de lutter ?
CSP
11 commentaires:
ça ne sert à rien, vous allez perdre.
c'est d'autant plus urgent, ce que tu dis, que les négociations patronat/syndicats sont manifestement des lieux de thérapie et non pas de discussion.
comme ça que je le vois.
Pour la conscientisation il y a plusieurs niveaux.
Prenons par exemple une situation de bagarre: le premier niveau est la conscience qu'il s'engage un rapport de forces, le 2ème est l'évaluation des forces en présences (trop déséquilibré ou pas), le 3ème est l'intérêt, si c'est possible, d'engager le rapport de forces, ce qu'il couterait et ce que pourrait amener une éventuelle victoire.
Donc il n'est pas sûr que le problème soit au 1er niveau de conscientisation, ici. C'est plutôt le 2ème on dirait.
Nan. Je sais pas pourquoi t'es si accroc à la propagande à tout prix mais ce qui déprime c'est la propagande creuse. Les gens qui entendent la propagande de gauche et qui la trouvent bien sont déprimés parce que ça n'a rien de concret. Ils voient partout opérer les réactionnaires et n'ont aucun espoir que ça change. "Des belles paroles" qu'ils vont dire. Non pas parce qu'ils sont contre. mais parce que le rapport de force que tu appelles de tes voeux n'est pas et ne sera jamais un simple rapport numérique électoral.
Nan. Le vrai problèmes c'est que les luttes sont molles. Quand les Conti séquestraient des patrons, là ça avait du sens. Quand quelqu'un fout le bordel en fait, les autres peuvent se dire ok, là je vois, y'a un conflit et je peux prendre parti. Si les "journées de mobilisations" se terminaient par la prise de l'assemblée nationale, les gens se bougeraient. Dans un sens comme dans l'autre, oui. Mais la guerre des idées jusqu'à ce que tout le monde soit assez d'accord pour qu'on puisse agir sans risques ?
Si y'a trente grèvistes sur une usine de cinq cents personnes, ils doivent être capables de saboter le boulot de jaunes. Et pas seulement de résigner à attendre "que les conditions soient réunies". et si y'a quelques dizaines ou centaines de milliers de gens qui veulent vraiment la ruine de ce monde, ils peuvent pas attendre de "conscientiser" tout le monde. Ca c'est bon pour les évangélistes.
Les gens ont besoin de concret à se mettre sous la dent et si t'attends qu'ils comprennent intellectuellement des choses qui doivent se produire pratiquement, tu planes à quinze mille. C'est comme ne pas insulter ses interlocuteurs en espérant qu'ils finissent par comprendre.
Moi qui croyais que t'en avais marre de la pédagogie, tout ça pour en déduire que finalement, ce qui serait bien, ça serait une sorte de conscientisation, de propagagnde, qui explique bien au gens qu'il faut lutter. Ouate ze fuck ?
Propagande par le fait ou pédagogie évangélique (même avec du photoshop et des guitares saturées), il faut choisir.
@ Anonyme de 13:01
Je suis d'accord que les pôv' gens vautrés chez eux, se lamentant sur ce monde de merde considèrent le rapport de force comme étant largement défavorable... sauf que c'est du bourrage de crâne, le peuple est toute la nation. Les-capitalistes-qui-nous-spolient ne sont qu'une minorité. En plus ce sont nous qui faisons vivre l'économie de laquelle ils vivent. Le truc c'est que monsieur tout-le-monde et le prolo de base n'y croit pas, ou plutôt, il n'y croit plus. Alors comment qu'est-ce qu'on fait pour qu'on croit tous à nouveau à l'action de masse? Zere is ze queschionne.
CSP, regarde toi. Tu es militant, ultra-motivé, tu es "conscient"... mais à qu'est-ce que ça implique vraiment ? Des réunions, des manifs, un blog... et concrètement ?
Alors le pauvre déprimé conscientisé il aura une belle jambe, il fera encore moins.
La lutte, la guerre ça vient naturellement, c'est une convergence, ça ne passe pas par la conscience.
Les pauvres n'iront jamais à la lutte car ils n'ont jamais été aussi riches qu'en 2010 en France, ils peuvent manger de la viande tous les jours et avoir une voiture. Cela paraît évident aujourd'hui mais ça ne l'était pas il y a 50 ans. La génération qui a connu la guerre et la pauvreté est encore vivante, et tant qu'elle sera là personne n'arrivera à convaincre les pauvres que le système elle leur problème, car ils savent bien ce qu'ils ont gagné avec le grand méchant capitalisme.
Les sociopathes du NPA devront attendre quelques dizaines d'années avant d'espérer le moindre résultat.
A la tâche Anonyme de 14:41:
Dire ce genre de conneries:
"Les pauvres n'iront jamais à la lutte car ils n'ont jamais été aussi riches qu'en 2010 en France, ils peuvent manger de la viande tous les jours et avoir une voiture."
Prouve que tu ne fais pas partie des pauvres. J'ai été étudiant crevant la dalle et je peux te dire que je bouffais pas de la viande tous les jours. J'ai rencontré beaucoup de gens, et surtout ces derniers temps qui ne peuvent se payer un steak quotidien, alors une bagnole, hein... Retourne dans ta tour d'ivoire, la politique de l'autruche te va bien.
@Anonyme 28 mai 2010 14:41
Les pauvres n'iront jamais à la lutte car ils n'ont jamais été aussi riches qu'en 2010 en France, ils peuvent manger de la viande tous les jours et avoir une voiture.
Je sais pas ou tu va les chercher tes pauvres, mais je veux bien l'adresse, parce que bon…
Je sais pas dans quel monde tu vie pour sortir des conneries pareil.
Les pauvres n'iront jamais à la lutte car ils n'ont jamais été aussi riches qu'en 2010 en France, ils peuvent manger de la viande tous les jours et avoir une voiture.
C'est pour ça que les Banques Alimentaires et les Restos du Coeur se sont dissous lors de leur dernière AG : il n'y a plus de problème de pauvreté en France, plus personne ne fréquente leurs établissements, ils ont servi une dizaine de repas à tout casser l'hiver dernier.
Non ?
« Nous sommes les Borgs. Abaissez vos boucliers et rendez vous sans condition. Nous intègrerons vos caractéristiques biologiques et technologiques aux nôtres. Votre culture s’adaptera à nos besoins. Toute résistance sera futile. »
A @Anonyme de 14h41 le 28 mai 2010
C'est sur ya même des pôvres qu'on la télé en 2010.
Sauf que les pôvres aujourd'hui ils n'ont guère le choix face à la vie de merde qu'on leur fait vivre.
Quand mon père et mon grand-père avec leur tout petit lopin de terre arrivaient à manger pratiquement sans rien acheter que du sel. Aujourd'hui tu peux pas vivre si tu n'adhères pas au système. Si t'es pôvres t'as que le stress des fins de mois au 5 du mois. Et la perspective d'une vie de merde à mater la télé les mois où on t'as pas coupé l'éléctricité parce que t'as plus les moyens de payer. Franchement les pôvres n'ont jamais été aussi riches qu'en 2010... Ils sont encore plus pôvres qu'avant, pôvres de tout ce qui pourraient rendre leur vie juste supportable.
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