mardi 4 mai 2010

Les pires

Les plus exaspérants, finalement, ce ne sont pas les fous hululants du genre l'imbécile Rioufol ou les néolibéraux dévissés du bulbe qui trépignent devant la bolchévisation française ; ceux-là, si ils sont nuisibles, ne sont pas représentatifs de la pensée dominante, celle qui se pare des vertus citoyennes et "démocratiques" pour mieux faire passer son total accord de fond avec la gangrène des réformes "nécessaires". Au final, ce sont ces "démocrates" qui sont les plus méprisables et les plus écœurants.

Vous les connaissez forcément puisque vous ne connaissez qu'eux. On pourrait définir leur idéal-type en la personne barbichue d'un Joffrin pontifiant à longueur d'éditos du haut d'un Libé en train de couler, mais n'oubliant jamais d'admonester salariés trop attachés à leurs acquis et précaires qui pourraient faire un effort tout de même. Mais attention : ces gens - le joffrinisme ayant métastasé dans les couches des classes moyennes "éduquées" qui ont le cœur à gauche et le portefeuille à droite, selon la formule prisée par ces rats hypocrites - n'oublient jamais de protester haut et fort de leur farouche attachement à la "démocratie", qu'ils mettent évidemment immédiatement en parallèle avec "économie de marché", braves petits perroquets conformistes et obéissants qui répètent la doxa libérale qu'on leur a mis dans la tête et dont ils pensent, et le plus sincèrement du monde il va sans dire, qu'ils expriment le sommet de l'intelligence et de la rationalité quand il ne sont que les caniches frétillants et serviles d'un économiscisme qui a prouvé sa nocivité.

Ces "démocrates" se plaisent à penser d'eux-mêmes qu'ils sont au-delà des clivages partisans, ce qui est une manière fort pudique d'exprimer des idées de droite sans en avoir l'air ; car oui, au fait : les "démocrates", fussent-ils en train de bramer à longueur de temps à quel point ils sont "de gauche" sont évidemment idéologiquement parlant systématiquement de droite. Les plus cauteleux d'entre eux refusent de se définir politiquement, chuintant qu'ils ne sont ni de droite ni de gauche, et c'est précisément à ça qu'on comprend tout de suite qu'ils sont de droite. Parce que quand quelqu'un vous sort le discours des "clivages" et qu'il exprime qu'il est "au-dessus des affrontements militants stériles", c'est qu'il est de droite, qu'on ne s'y trompe pas. Et qu'en plus, il a tendance à ne pas trop se prendre pour une merde, aussi. Ce qu'il est pourtant, au passage.

Les "démocrates" se reconnaissent surtout à une chose précise : leur arrogance boursouflée et leur rejet définitif de tous ceux qui osent ne pas être en accord avec leur vision des choses - tout en oubliant jamais de clamer leur amour passionné du "débat" et de la "confrontation d'idées", romance qui tourne cependant très vite court face à la contradiction, laquelle provoque chez les "démocrates" une sorte de crise de nerfs semi-hystérique entraînant à l'évidence une paralysie des centres de la cognition, puisque ils ne semblent plus disposer que de trois mots de vocabulaire qu'il répètent en bavant : "fascisme", "stalinisme" et "totalitarisme". Là s'arrête définitivement leur niveau de conscience politique et c'est dire l'insigne pauvreté de leur vision, ainsi que leur complète inculture historique. Lire Alain Minc ne pouvant être considéré comme une démarche intellectuellement sérieuse, il faut bien se rattraper en se drapant dans les plis de ce "démocratisme" miséreux qui leur tient lieu de, disons, pensée. Manière également de rejeter l'impétrant dans le camp des insensés potentiellement dangereux, quand nos "démocrates" se pensent en héraut de la Raison raisonnable. Qui chantent les louanges du néolibéralisme à longueur de temps, mais fallait-il le préciser ?

La vérité, c'est que ces "démocrates" en peaux de lapins se contrefoutent de la démocratie. Ils ne l'aiment d'ailleurs pas, comme l'a prouvé leurs réactions au Non de mai 2005, les voyant tous hurler que décidément confier des bulletins de vote à des gens aussi irresponsables - ceux qui ne pensent pas comme eux - était une bien mauvaise idée. Et qu'au fond d'eux-mêmes, ils rêvent du retour à une forme de suffrage censitaire, qui exclurait naturellement ce popu qu'il haïssent - le mépris de classe est endémique au "démocrate", il a beau dire, ça suinte de partout dès qu'il s'exprime - pour en finir avec cette effarante aberration qu'est le suffrage universel et confier les décisions à des gens mieux éduqués, plus policés et moins grossiers, qui eux savent vraiment ce qu'est le bien commun du haut de leur naturelle sagesse...
(Les "démocrates" se prennent toujours pour des intellectuels, quand ils ne sont que de petits clercs frelatés ayant vaguement parcouru Tocqueville et n'ayant jamais lu une ligne d'un Marx qu'ils pourfendent pourtant comme vecteur de goulags. La très grande pauvreté conceptuelle de ces gens est un constant motif d'émerveillement. Ensuite, ils admirent fréquemment Michel Rocard et on a les idoles qu'on mérite, n'est-ce pas).

Ventres mous des classes moyennes à prétention intellectualisantes, pour l'essentiel cadres, les "démocrates" sont la couche intermédiaire qui défend les dominants en voulant les singer - quand ces derniers les méprisent copieusement, et avec raison - et regardent avec mépris ceux qui leur sont socialement inférieurs. Pendant plusieurs années, ils ont été le matelas qui absorbait les conflits de classes mais leur paupérisation allant en s'accélérant, ils tombent les uns après les autres dans le camp de la Réaction : Sarkozy pour les plus timorés, la famille Le Pen pour les plus désespérés - mais sans jamais s'en vanter, il va sans dire. Ce qui ne les empêchera nullement de souhaiter un DSK pour 2012, la cohérence politique ne faisant pas partie d'un corpus de pensée qui raisonne d'abord en terme d'intérêt de classe. C'est à dire de leur gueule d'abord, mal déguisé par leurs clameurs ostentatoires en faveur du bien commun...

Ce sont les pires.


16 commentaires:

les2terres a dit…

Bonjour CSP.

Tu recycles un article des années 80 ? Peu importe, il en effet temps d'installer des allumettes sous les paupières fatiguées des clients de la pensée bien embrouillée donc pas traumatisante entre le 20 Heures et Julie Lescaut.

Xavier Bignet, point sur lequel je n'ai pas toujours eu raison.

birahima2 a dit…

je préfère dire la race de ceux qui s'en sortent le mieux

parce que si je dis pire que les assassins, je risquerais d'être mal comprise par eux.

Yohann a dit…

Suinte et non pas Suite*

Sinon on ajoutera à l'appui qu'en fait de raison raisonnablement raisonnable, il est remarquable que ces mêmes démocrates -qui veulent l'Unité de la France que les méchants islamo-trotskistes font rien qu'à tout casser- vont chercher leurs solutions (raisonnables et oh combien consensuelles!)... Au Front National!!!

Anonyme a dit…

Une très grosse erreur en début d'article : " si ils " ça ne se dit pas. On dit " s'ils ".
Voila le résultat de l'Education Nationale Bolchévique :)

Veig a dit…

Les "démocrates" se prennent toujours pour des intellectuels, quand ils ne sont que de petits clercs frelatés ayant vaguement parcouru Tocqueville et n'ayant jamais lu une ligne d'un Marx [...]

Même Adam-Smith, il l'ont lu de travers. Et c'est Chomski qui le dit !

patrick a dit…

@Veig : je ne suis pas sûr du tout, pour ne pas dire que je suis certain, que ces gens-là lisent "de travers". J'ai plutôt l'impression que ça ressemble à l'application systématique, et parfaitement consciente (même si jamais exprimée), d'un filtre particulier à toutes pensées un tant soit peu structurées qui n'entrent pas exactement dans leur schéma étriqué du monde.

Une sorte d'héritage mal digéré des Lumières, j'ai l'impression. Enfin, quelque chose du genre. Une espèce de "dogmatisme éclairé", des gens convaincus que la vérité leur apparaît toujours nue, et rien qu'à eux.

C'est que des gros cochons libidineux, en fait.

Mlle Alex a dit…

Dr Barbier mon amour.

Anonyme a dit…

patrick c'est ce que je pense aussi.

Certains se la jouent clairement alors qu'ils n'ont lus qu'a moitié etc mais d'autre ont parfaitement lu et compris, mais quoi de mieux que de prendre une chose noble, de se l'approprier et au final de la massacrer.

Si on prend papa Marx, avec tous ceux qui s'en sont revendiquer en faisant tout le contraire, le pauvre a pas finit de tourner dans sa tombe…

Anonyme a dit…

ELIZABETH LEVYYYYYYYYYYYYYY SUR FRANCE 3 CE SOIR OU JAMAIS !!!!!

MAINTENANNNNNNTTT!!!!!

CSP!!!!!!


HAAAAAAAA!!!!


:D

Anonyme a dit…

Elle est vraiment totalement flippé la pauvre décidément…

en gros hein:

alors les musulman lui font peur car ils risque de changer notre société toussa, on va tous mourir.

Par contre les catho intégristes avec l'extrême droite, bah là bizarrement dessuite elle demande, je cite:

"mais qu'est ce qu'ils représentent?"

Ca se passe de commentaires…

Ah elle a pris l'exemple du RER ou on a bien senti qu'elle imaginait celui ci remplis de burqua a 80%.

Question, l'a t 'elle deja prit?
Et si oui, souvent?

J'en doute…

comité-de-salut-public a dit…

Rhaaaa, trop tard, zut zut et zut. Bon, en même temps, j'ai du choper une crève avec ce temps pourri, pas sûr qu'entendre notre Castafiore m'aurait améliorer...

Ensuite, ça ferait bien du gros billet bien dodu, mais voilà : un think-tank sécuritaire vient de pondre un rapport par un économiste libéral qui démontre que ce qui coûte le plus cher en terme de criminalité, c'est...la fraude fiscale. Et la criminalié informatique. Mouaf mouaf mouaf, billet de demain, o-bli-gé.

Romain a dit…

Au pire sinon:
http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/

pour revoir ça demain.

La technologie, c'est fantastoche.

olses a dit…

elle croit surtout que tous les francais sont passionnes et omnubiles comme elle par la question.

entre kahn ,dominique baudis,dominique jamet .......


super le pluralisme chez taddei(emission pour gogos encore)

hier encore zemmour

Patrick a dit…

"...qui démontre que ce qui coûte le plus cher en terme de criminalité, c'est...la fraude fiscale" C'est pas tant le diagnostique qui pose problème, le plus souvent. Un plus un, ça fait toujours deux, même chez les "économistes" libéraux (à part quelques barrés graves, mais ils comptent pas vraiment, ceux-là). Non, généralement, c'est au remède proposé, à voie d'administration et à la taille de la canule, qu'on reconnait son camp :-)

Anonyme a dit…

CSP, pourrais-tu ajouter une fonction "like" en dessous de tes posts, s'il te plaît ? Qu'on n'ait pas à écrire un commentaire d'éloge sous ce genre de billets afin de louer ton immense qualité rédactionnelle, doublée d'une capacité hors du commun à viser juste en quelques phrases bien senties. Merci. Cordialement.

Anonyme a dit…

Oui alors non, je te le déconseille.

Parce que ce fameux like c'est encore cette saloperie de facebook.

Et bon, facebook…

http://blog.hugoroy.eu/2010/04/24/pourquoi-je-nutiliserai-plus-facebook/

Et anticapitalistiquement parlant, hein…

Le boss de ce truc est une ordure comme c'est pas permis, bill gates en pire, le type a escroquer les gens avec qui ils bossait etc