mardi 25 mai 2010

La question qu'on peut se poser

Résumé des épisodes précédents : 

1979, Margaret Thatcher devient Premier Ministre du Royaume-Uni et entame au knout de ravageuses réformes néolibérales qui mettront les syndicats anglais à genoux : c'est la version brittone de cette "révolution conservatrice" issue du consensus de Washington et appliquée par Ronald Reagan aux États-Unis. Le programme sera la soupe morbide ensuite reprise par l'intégralité des gouvernants de la partie occidentale du monde, privatisations et dérégulations, politique d'austérité, saccage méthodique du droit du travail etc., vous connaissez. Vous ne connaissez désormais que trop bien.
Il faut préciser ici que les réformes scélérates exigée par la vermine néolibérale sont toujours censées contribuer grandement à une élévation du niveau de vie de tout un chacun par la saine responsabilisation des individus et l'enrichissement des plus nantis ne fera que contribuer au bien-être de tous les autres. Oui, maintenant ça faire rire jaune, mais figurez vous qu'il y a encore plein d'imbéciles qui croient à ces sornettes. Qui ont comme point de départ que : le libéralisme, ça marche et ça rend les gens heureux...
Force est de constater néanmoins que si il y'a bien quelque chose qui n'a pas crevé le plafond en Grande-Bretagne, c'est le niveau de bonheur général.
Creusement de l'écart entre riches et pauvres au bulldozer et explosion des inégalités sociales  - multiplication des pauvres x 2 en moins de 10 ans tout de même...-, détérioration des services publics etc. ont bien évidemment été les résultats les plus saillants des politiques thatcheriennes.

Partant, on est amené à légitimement se poser la question de la réelle efficience d'une politique qui certes rend heureux une tout petite minorité au détriment de tous les autres.

Exit Thatcher, enter Tony Blair. Qui va consolider le boulot effectué par l'autre bourrique (privatisations et toutes ces sortes de choses) avec pour résultat quasi-immédiat de transformer une partie conséquente du salariat anglais en travailleurs pauvres. Il s'est là aussi trouvé - et se trouve d'ailleurs encore même si tout le monde se moque d'eux désormais - des libéraux "de gauche" pour glapir à l'excellence de cette politique, arguant que certes la précarité est quai-instituée mais que les travailleurs sont "libres" de retrouver un boulot n'importe quand. L'enthousiasme niais des lou ravis du Tout Marché a toujours quelque chose d'assez inquiétant mais c'est un autre débat. Balayons d'un geste ample ces billevesées en nous contentant de dire la simple vérité, à savoir que la précarisation accrue du salariat est le meilleur moyen de ne jamais pouvoir se projeter dans l'avenir et oblige à une vie décousue vécue dans l'angoisse perpétuelle des lendemains. On notera au passage que les ânes libéraux "de gauche" n'ont à l'évidence jamais connu cela et on ne peut pas s'empêcher de penser qu'un stage forcé dans un petit job merdique à horaires coupés leur remettrait la tête à l'endroit pronto mais ne nous laissons pas égarer.

Donc, encor eune bonne grosse période de néolibéralisme en Grande-Bretagne, et les gens ne sont toujours pas contents. Zut à la fin.
Pourtant, depuis le temps...
Alors de deux choses l'une : soit les anglais sont vraiment difficiles humainement parlant ; soit ces politiques, en fait, ben ça marche pas.
Il faut préciser que ces questions sont évidemment purement rhétoriques puisque maintenant, on sait : leur libéralisme, ça ne marche pas. Jamais. Nulle part.

Ce qui n'empêche nullement, perseverare diabolicum, le nouveau gouvernement anglais d'encore, et oui : encore, en remettre une louche dans la réduction de la dépense publique.

Au final, trente années de politiques néolibérales dans la gueule des rosbifs, et sinon, en terme d'amélioration générale du niveau de vie ? Keud. Sauf pour les très riches qui eux vont très bien, il va sans dire.

Mais à un moment, il y'a quand même une question qu'on peut se poser : ça va marcher quand, leur truc à la fin ?
Puisque si c'est censé rendre la société harmonieuse et apporter bonheur joie et liberté de se serrer la ceinture en attendant qu'un jour promis juré ça va porter ses fruits, depuis trente ans, quand même, les anglais devraient un peu commencer à voir le début du commencement de quelque chose, non ?
Question purement rhétorique là aussi.
Quand le libéralisme ne marche pas, c'est qu'il faut plus de libéralisme. Et si ça ne marche pas encore, ce n'est que provisoire, il faut juste encore plus de libéralisme et ça va finir par le faire.
Sauf que ça ne le fait jamais, évidemment. Ça marche pas, leur truc.

Mais vous allez voir, ces gens sont opiniâtres, on ne peut pas leur enlever ça : ils vont encore nous expliquer que patience, juste encore un petit peu de libéralisme...
Ça ne fait que trente ans que ça dure.

Vous verrez que quand des émeutes de la faim ravageront l'Angleterre, il y'en aura encore qui expliqueront qu'il faut un peut serrer les dents et qu'avec encore un petit peu de libéralisme...


CSP

20 commentaires:

birahima2 a dit…

le même processus est à l'oeuvre en France

mais alors, comment c'est dans la tête du travailleur ?

ils clament vive la liberté, effectivement
l'anpe s'excuse auprès des employés pour les employeurs :
ne vous inquiétez pas, vous êtes viré mais vous n'avez rien fait de mal, hein...

ce qui fait quand même que la personne virée à la sentiment d'avoir échappé à une CATASTROPHE.

cette personne va-t-elle dès lors oser entamer un autre boulot ultra-libéral,
euh...ultra-minable, pardon ?

Veig a dit…

Toujours pareil.

"La saignée, c'est le remède qu'il nous faut ! Si le malade est encore plus affaibli, c'est qu'on ne l'a pas assez saigné !"

On a essayé de le dénoncer. On a essayé d'en rire. On a essayé de prendre notre mal en patience, en nous disant qu'ils se rendraient compte de leurs erreurs. On a essayé de les montrer tels qu'ils sont, hypocrites, menteurs, profiteurs, donneurs de leçons qu'ils ne s'appliquent jamais à eux-mêmes, manipulateurs, irresponsables et cyniques, mais les libéraux reviennent toujours.

Ils veulent la guerre.

Anonyme a dit…

Thatcher a mené des politiques libérales, là-dessus on n'est d'accord (je te rappelle juste que avant Thatcher, le parti travailliste qui a l'époque était socialiste pur et dur avait mené le pays à la quasi-faillite). En-revanche, Blair n'est en rien la continuité de Thatcher. Le poids de la dépense publique en pourcentage du PIB est passé de 36% en 1998 à 44% en 2005. Sous Blair et Brown, l'Etat n'a donc fait que croitre.

yelrah a dit…

Amusant l'anonyme, peut-être pas penser au financement des balades Irakiennes et Afghannes ...

birahima2 a dit…

serait-il possible / 11 h 25, CSP
que la conversation se poursuive sur la base de la réflexion du travailleur lui-même ?

ou alors tu fais du social...

ElectricEye a dit…

Et des dépenses publiques en faveur de...?

David a dit…

L'Anonyme qui dit que la part de l'État est passé de 36% à 44% oublie donc forcément tous les cadeaux fiscaux aux entreprises et aux classes sociales supérieures entrainant donc un déficit de recettes fiscales... ce qui est amusant est que ce genre de plaisanteries s'est faites dans tous les payx d'Europe... et après on entends les libéraux : grouiiik! les États vivent au-dessus de leurs moyens! Grouiiiik! Sanctions!... Non mais vraiment entre mensonges et conneries on aura tout vu.

AffreuxSale a dit…

Il Attali, il a tout compris:

Le grand Jacques, essayiste professionnel (tentatiste de renom), a déclaré ces jours-ci que, face à la Krise, je cite:

"Ce qu’il nous faut, ce n’est pas un plan de rigueur, c’est un plan catastrophe. Cela veut dire lutter contre la dette, libéraliser l’emploi, libérer la croissance."

Autrement dit réduire les "niches sociales", (nouveau terme à la mode pour désigner ces salauds de pauvres zassistés qui menacent l'équilibre budgétaire du pays); casser le code du travail (en clair, lui enfoncer leurs derniers cms dans le fondement déjà franchement empli); arrêter de faire chier les zentrepreneurs, ces zhéros des temps modernes qui sauveront la Nation.

Par LA CROISSANCE.

Autrement dit, t'as raison sur toute la ligne, le discours de ces allumés se résumant, grosso modo, à:

"Le libéralisme, ça marche, c'est sûr. Mais n'en a pas assez, 'core."

Une des questions qu'on peut se poser, donc, est:

Putain (mais bordel de merde, même) jusqu'à quand va-t-on continuer à supporter leurs discours mystico-économiques dignes du plus crétin cérébralement nettoyé des disciples d'un Raël?

Anonyme a dit…

Attendez, j'ai encore plus rigolo.

Ya a peu pret 2ans maintenant, paf éclate une big enormous crise qui a faillis plonger le monde dans le chaos (rien que ca), tout le secteur privé de la finance, les banque quoi principalement constatent qu'elles vont crever la gueule ouverte si effectivement elles appliquent leur beau systeme qui rend toi bonheur.
Et puis en fait, ils se sont rappeler qu'ils y avait des États, qui ont de l'argent (public) et se sont demander, bah tiens, si on leur prenait leur pognon a eux et qu'on leur refourgue nos merde.

Hop hop hop, ni une ni deux, ce fut fait.

Et maintenant, hoouuuuu les vilain États dépensier, non mais ho, faut pas s'endetter comme ca dites, s'pas bien hein, va falloir nous payer là.


C'est beau le libéralisme, nan?
Surtout quand ca les arrangent en fait, sinon c'est dessuite moins cool t'as vu.

Anonyme a dit…

Et a force d'ailleurs tu te rend compte que leur discours n'est cohérent avec strictement rien si ce n'est toujours aller dans leur sens a eux et sauver leur cher petit système.
Quitte, et oui, a dire n'importe quoi.

Bien comprend ca, un libéral ne fera vraiment que dire ce qui l'arrange, et rien d'autre.

Elisabête Sangêne a dit…

"Ce qui n'empêche nullement, perseverare diabolicum, le nouveau gouvernement anglais d'encore, et oui : encore, en remettre une louche dans la réduction de la dépense publique."

Le lien que tu donnes de libé est bien mais celui du Monde est encore plus tordant : "Royaume-Uni : la reine entérine la rigueur". Mais attention avec une magnifique photo des 2 monarques cacochymes. Faut le faire quand même : une institution tout ce qu'il y a de plus rétrograde et inégalitaire qui s'offre le luxe qu'on connaît et qui...consent à la rigueur sélective pour les gueux. Comme c'est beau tout ce sans gêne.

Anonyme a dit…

Meuh oui tas de larves meuh oui...

La Fraonce est bien le pays le plus social du monde tas de cloportes, meuh oui vous nous coutez un max en alloques, RMI/A et autres merdes.

Et vous allez crever!

David.A a dit…

C'est bien le problème avec les illuminés du marché. Ils ont quittés le monde réel il y a déjà bien longtemps, pendant que leurs solutions se cassaient la gueule avec une régularité qui serait amusante si elle n'était pas responsable d'un tel carnage social.

A l'image de ce que l'Angleterre s'apprête à vivre (il ne faudra pas oublier d'aller déterrer cette veille carne de Tatcher, pour l'empaler post-mortem pour les crimes dont elle est responsable. Ah, on me dit qu'elle n'est pas encore morte, juste morte-vivante. Ce n'est que partie remise), ou l’Espagne, ou le Portugal, ce sont toujours sur les épaules des mêmes qu’on fait reposer les mêmes fardeaux.

Ce genre de fantaisie fonctionne uniquement entre deux périodes fastes. Pas quand on encule les classes moyennes et les pauvres depuis 40 ans en leur répétant qu’il faut faire des sacrifices à cause de la crise.
Dans ce cas-là, comme les gens ne sont pas complètement aussi cons que les politiques l’imaginent, on s’attire au mieux un doigt au pire une barre à mine. Quand on n’est pas spécialement chrétien, on a du mal à accepter « une vie de souffrance pour une éternité de béatitude »

Economiquement parlant d’ailleurs, leurs recettes sont non seulement grotesques, à l’image de Merkel, mais par ailleurs également nuisibles. Et comme l’inanité des recettes du FMI, ça peut se résumer à quelques phrases très simples. Que même les gros cons de droite devraient comprendre (très vite si possible)

1.Quand plus de 70% des PIB européens sont intra-européens, pousser son partenaire commercial dans le précipice de la faillite n’est vraiment pas une excellente idée (cfr Allemagne-Grèce)

2.Quand, dans un gros morceau des pays européens, le PIB repose essentiellement sur la demande intérieure, diminuer les salaires/pensions/allocations, est vraiment très con, surtout si vous voulez relancer la croissance.

3.L’Europe est, pour l’instant, la plus grosse montagne d’argent du monde. Espérer délocaliser vos marchés ailleurs est complètement crétin : Le marché chinois ? inexistant. Les USA, en faillite, le Japon, en faillite. L’Angleterre ? AHAHAHAH !

4.Ca a déjà été développé ici en long et en large. Seules les plus débiles des libéraux, qui sont au-delà même de la rééducation, pensent encore que goinfrer les riches/les patrons ou diminuer les charges sociales rejaillira par magie vers le bas de la société en produisant de la croissance magique. Le riche prend l’argent et le place dans son compte aux îles Caïman, ou s’achète un yacht fabriqué avec des morceaux de prisonniers chinois. Depuis 50 ans que tous les gouvernements pratiquent cette méthode, si ça marchait ça se saurait.

5.Renflouer les banques/assurances, c’est la meilleure garantie de reproduire la crise, comme l’explique si bien Lordon. En pire. Parce que l’Etat, sur lequel cette vermine passe son temps à cracher, ne sera plus là. Ou plus capable de faire quoi que ce soit.

Anonyme a dit…

un carnage social, oui mais pas seulement,
- technologique :le marketing la comm, les pots de yaourts au "bifidus actif", c'est bien mignon mais concrètement on invente plus grand chose.
- spirituel : le but de la vie : accumuler du fric
- écologique...

Kodbar a dit…

c'est marrant, tout le monde tourne autour du sujet sans jamais le dire : les "libéraux" ne croient bien evidemment pas à une quelconque idéologie libérale.

Non, il SAVENT que le pillage des ressources publiques est un moyen rapide et sur de s'enrichir, c'est tout.

Arretons un peu de leur attribuer une idéologies qui n'est en fait qu'une réthorique de facade à la con.

Tenons nous en aux faits.

Anonyme a dit…

" Thatcher a mené des politiques libérales, là-dessus on n'est d'accord "

--->

Mouais ...

Il faut quand même rappeller qu'elle a su bénéficier des premiers revenus sur le pétrole de la mer du nord pour financer ses réformes ( dans l'éducation en particulier ). Sans oublier non plus la guerre des Malouines pour pré-occuper le peuple à autre chose ...

Anonyme a dit…

Tous les niveaux de revenus ont progressé avec Thatcher.

Maggie dans ses oeuvres : http://www.youtube.com/watch?v=okHGCz6xxiw

Anonyme a dit…

CSP, les travaillistes ont engagé un million de fonctionnaires en plus et leurs salaires augmentent plus vite que dans le privé.
C'est ça ton ultra-libéralisme ?

Anonyme a dit…

@23:37


1 - En France également !

2 - La situation économique du Royaume-Uni sous Thatcher et de l'Europe en général, était de toute façon bien différente de la situation actuelle : mondialisation + crise !

Ou alors je veux bien que les libéraux m'expliquent comment, après avoir changé tous les ingrédients de leur recette, ils arrivent toujours au même résultat !

Anonyme a dit…

" CSP, les travaillistes ont engagé un million de fonctionnaires en plus et leurs salaires augmentent plus vite que dans le privé.
C'est ça ton ultra-libéralisme ? "

--->

Parce que pour vous : libéralisme = moins de fonctionnaires ?

Ouais, ouais ... on voit bien duquel ressentiment vous anime ( douleur ? ) mais sauf erreur de ma part, le libéralisme est loin de n'être que ça.