dimanche 23 mai 2010

Il est temps de changer de disque


Imaginez – mettons – un employé de grande surface ou une mère de famille au chômage. Ils ont entre trente et cinquante ans. Ils n'ont jamais fait de politique. Peut-être n'ont-ils jamais voté. Seulement voilà, ils ont rencontré un gauchiste sympa dans leur entourage. Celui-ci a réussi à les trainer dans meeting du NPA. Ils se sont laissé convaincre. Il y avait peut-être ce jeune facteur en guest-star. Voir en vrai une personne qui d'habitude passe à la télé, cela vaut peut-être le déplacement.

Ils sont entrés dans la salle : 50, 100 ou 200 personnes étaient présentes. Des connaissances du copain gauchiste sont venues les saluer. Il y avait une petite ambiance de kermesse. Puis des intervenants ont commencé à prendre la parole. D'abord ce sont des salariés ou des chômeurs comme eux qui ont parlé. De leurs galères, leurs angoisses – nos deux témoins se sont reconnus dans ces propos – mais aussi de leur révolte et de la façon dont ils s'organisent pour se battre contre cette vie de merde.

Puis ce fut au tour de l'invité vedette d'intervenir. Son discours portait sur la politique nationale, mais, surprise, ce n'était pas austère. Au contraire, ce fut tout à fait compréhensible et même intéressant, exprimé avec des mots simples, avec des phrases percutantes. Si c'était Besancenot, le ton est vite monté, une saine colère s'est transmise au public. Si c'était Krivine, par deux ou trois blagounettes, la salle a éclaté de rire et s'est trouvé acquise. C'est le cas de nos deux ouvriers, car ils commencent à prendre conscience qu'ils font partie de ce genre de communauté. Les discours se terminent. L'animateur annonce l'ouverture d'un apéro pour financer la soirée.

Tout s'annonce bien, quand tout à coup... la salle se lève et se met à chanter d'une voix monocorde un chant où il est question d'internationale ! Certains chantent les bras croisés en regardant leurs chaussures, d'autres au contraire bombent le torse et lèvent un poing fermé. Tous semblent très concentrés. La salle a pris tout à coup une tonalité très officielle. Nos deux amis se regardent, surpris. Que doivent-ils faire ? Ils ne connaissent pas les paroles de cette chanson. Doivent-ils se lever eux aussi ? S'ils restent assis quelqu'un va peut-être leur faire une réflexion ? S'ils sortent maintenant, ils vont se faire remarquer. Finalement ils restent assis, gênés, en faisant semblant de regarder ailleurs.

Tout de suite après, le copain gauchiste les a rejoint, tout sourire : «- Alors comment avez-vous trouvé la soirée ?» « - Bien, bien... c'était intéressant» répondront-ils poliment. « - Vous restez à boire un verre, on va discuter !» renchérira le militant « - Non merci, c'est gentil, mais il faut qu'on rentre. Demain on a une grosse journée. On va vous laisser entre vous».

Voilà sous forme de storie telling, un exemple de ravage que peut causer le folklore d'un milieu. Et le NPA, tout nouveau parti qu'il est, est encore bourré de folklore. Dans la rédaction ou la mise en page de ses tracts et de sa presse. Le numéro 5 de TEAN la revue affichait en double page pleine les profils de Marx Engels Lénine et Mao, on croit rêver. L'abruti responsable de cette mise en page s'est sans doute fait plaisir ( et je l'imagine gueulant '' trop délire !'' devant son écran) mais combien de lecteurs perdus ou non acquis cela a t-il couté ?

Le folklore se trouve aussi chez et sur les militants. Marre des keffieh, marre des treillis et vestes kakis. Marre des T-shirt du Che ou autre Harrington... Et bon sang ! Arrêtons de chanter cette putain d'Internationale à la fin de nos meeting ou nos congrès ! Si vous êtes trop gauchiste pour vous mettre à la place des deux personnages évoqués plus haut, imaginez-vous plutôt arrivant dans votre nouvelle belle famille. Les parents sont cool, ils vous accueillent chaleureusement, la conversation s'engage gentillement. Et puis au moment de passer à table, contre toute attente, voici qu'ils se mettent à réciter le benedicite. Quelle sera votre réaction ? Vous vous sentirez con ! Parce que ces gens emploieront des codes qui vous sont inconnus et qui vous excluent donc de fait.

C'est ce qui se passe chez pas mal de gens, qui malgré le fait qu'ils n'ont aucune culture politique, ont le courage de faire un pas vers nous dans nos meeting. Mais que pensent-ils à la fin quand se met en branle ce cérémonial religieux ? Car s'en est un ! Et ils n'en sont pas. Ils n'ont pas les codes et ne peuvent se reconnaître dans cette communauté. Je le sais, je l'ai vu et on me l'a avoué.

Il ne s'agit pas de remplacer l'Internationale par Allumez le feu pour faire plus proche du peuple. Il s'agit d'être neutre pour permettre à tous ceux qui ont un compte à régler avec le capitalisme de se reconnaître dans nos discours et nos actions, pas dans un chant ou dans la couleur d'un drapeau.
Tant que l'on ne changera pas de tels comportements, je pense qu'on aura toujours plus de sympathisants que de militants.

SAENS

34 commentaires:

Goetz a dit…

y' a plus l' orateur venu expliquer aux masses éblouies, que "les conflits sociaux actuels sont l' expression de la lutte des classes comme le décrit l' analyse marxiste bla bla bla spoliation de l' appareil de production bla bla et pour finir, camarades, n' oubliez pas ce que disait ce bon vieux Léon : un Marx et ça repart ! " ???

mais ce billet est très bien vu, ce cerémonial religieux et tout ce catéchisme sont plus que rebutants.

une nuance :
"plus de sympathisants que de militants"

sauf qu' au bout d' un moment vous risquez de n' avoir plus que des militants "purs et durs", les sympathisants se détournant de vous, si tout ce folklore persiste. ça les saoulera à force...

Anonyme a dit…

"Arrêtons de chanter cette putain d'Internationale à la fin de nos meeting ou nos congrès ! "
Oui surtout, arrêter de chanter. Tout. L'internationale, la Marseillaise, Nana Mouskouri. Solennel. Trop solennel. L'intelligence dans la trompette.

Anonyme a dit…

Et puis éviter aussi de porter des noms genre "salut moi c'est Apichatpong Weerasethakul".
Voyez tout de suite comment le festival de Cannes se transforme tout à coup en festival nord Coréen des films à branlette. Et surtout ça peut prêter phonétiquement un peu à confusion. Si votre interlocuteur a des soucis d'ouïe il se peut qu'il comprenne : "Salut mon p'tit chaton............t'verras comme on t'encule"

VLG a dit…

au fait c'est quoi un Harrington

VLG a dit…

CSP, tu devrais mettre le nom de l'auteur avant le billet, ça serait plus clair.

Pour en revenir au billet, il me laisse plutôt perplexe. Je ne vois pas le problème avec l'internationale, après tout c'est un meeting du NPA non ? Pour reprendre ta métaphore religieuse : si vous allez aux JMJ vous allez pas pleurer parce qu'à un moment il y a des chansons religieuses, non ?

Il s'agit d'être neutre

Neutre jusqu'où ? il faut aussi laisser Marx ou le socialisme de coté ? Tu crois que l'anticapitalisme est quelque chose neutre ? Comment veux tu aboutir a des changements concrets si tu ne propose pas quelque chose pour lutter pour ?

pas dans un chant ou dans la couleur d'un drapeau.

C'est un mauvaise idée de laisser à l'ennemi tout ce qui est chargé d'émotion, en espérant que seul le rationalisme froid puisse mobiliser et rassembler.

combien de lecteurs perdus ou non acquis cela a t-il couté ?

Oui, combien ?

Tant que l'on ne changera pas de tels comportements, je pense qu'on aura toujours plus de sympathisants que de militants.

C'est exactement l'inverse : être militant demande une implication personnelle bien au delà qu'être sympathisant. Donc d'une part si tu te laisse freiner par quelques chants et quelques symbole, tu n'aura jamais la motivation de limiter, et d'autre part le simple fait de s'investir dans la militance avec des personnes fait que va se former une sous culture entre vous.

David a dit…

Pas de souci CSP, avec Mélenchon c'est pas l'internationale que tu chanteras, c'est la Marseillaise ! C'est tellement plus fun...

comité-de-salut-public a dit…

@ VLG : il faut être "dedans" pour vraiment voir à quel point cette culture de l'entre-soi est sclérosante, crois-moi...Saens décrit - malheureusement - exactement une situation que j'ai également observée moult fois. Ce n'est pas l'Inter, d'ailleurs, évidemment, c'est tous les codes qu'il faut intégrer pour se sentir "faire partie".

Il faut en finir avec ce folklore et avec l'état d'esprit qui l'accompagne.

Et je cherche une soluce pour mettre le nom au début, ça sera bien plus clair je sais.

VLG a dit…

Bah, je suis jamais allé à un meeting NPA, mes remarques ne valent que pour ce qui est décrit dans ce billet.

Anonyme a dit…

"Le numéro 5 de TEAN la revue affichait en double page pleine les profils de Marx Engels Lénine et Mao, on croit rêver."

Ami lecteur, saurez-vous retrouver l'intrus ?

Bourguignon a dit…

"Si c'était Krivine, par deux ou trois blagounettes, la salle a éclaté de rire "
C'est vrai qu'il est drôle le bougre!
À la fin du meetinge y'a qu'a chanter ça :
http://www.youtube.com/user/PatrickMarechal#p/u/21/VvVo2ZjhrxY

Anonyme a dit…

C'est tellement vrai et ca poursuis si bien la discutions avec le David sur l'autre billet dans les commentaires…

C'est marrant parce que je me posait la question il y a peu encore.
Est ce que ca a un sens encore de chanter l'international?
Pas vraiment…
Je vois deja certains hurler a l'abandon de chose formidable du passé etc.
Alors oui, mais, euh, bon, ya un moment ou les temps changent l'histoire avance toussa, voyez?
Bon, bah pour la majorité des gens, l'international ca leur parle pas et ils ont pas envie et surtout ya rien qui le leur donne, d'en savoir plus la dessus.

Techniquement je dis pas, le fond est toujours là (quoi que, "la lutte final" depuis le temps…), oui, mais dans les faits…
Ca appartient a une autre époque et surtout une autre génération.
Et je vois mal comment la nouvelle pourrait s'approprier ca tellement c'est marqué par l'histoire et une autre génération.
Vraiment.
Et puis qui dit Nouveau parti et nouvelle génération…
Le mot nouveau c'est pas sensé etre là que pour la figuration, si?

Alors désolé pour certains, mais faut savoir mettre de coté votre histoire, un peu, pour les nouveaux.

Ce qui permettra par la même occasion de crée éventuellement d'autres chant révolutionnaire et populaire, et ca, bah putain ca serait pas du luxe.
La musique c'est un truc très puissant et bizarrement, on dirait qu'a la gauche de la gauche, on s'en tape, on a nos vieilles routines totalement usé et crever, mais c'est pas grave, faut absolument les garder, sinon on va tous crever.

Bordel, mais c'est quoi ces flippé?!

Alors ca sert a rien non plus de copier sur les autres hein, ca c'est encore plus con.
Non, juste se poser réfléchir (oui, réciter sa lecon ne rentre pas dans le sens de ce mot) et crée du neuf.
Même si c'est en se basant sur des choses passé, on s'en fout, ya rien de tel que l'histoire pour réinventer des bon truc, mais faut remettre au gout du jours, sans tomber dans la crétinerie de jeunisme ou je ne sais quoi encore pour autant, non plus, hein.

Non, vraiment, juste, RE FAIRE.
C'est comme ca qu'on evolue et qu'on transmet.

Et puis jme dis vraiment que pour pas mal de choses, ca sert a rien de vouloir y aller en force a balancé de front comme ca des choses au gens, ca marche pas et ne marchera jamais, pire même si ca ne les fait pas fuir ca peut les rendre con et sectaire.

Vraiment, je le crois, alors qu'en revanche, parler de la réalité avec des mots simple du vocabulaire +/- général (bon, capital toussa, now c'est a nouveau courant, donc pas de probleme) on peut en glisser 2 3 comme ca un peu plus bourru, pas plus.
Car encore une fois, ca sert A RIEN.
Alors que justement en partant des faits sans trop dire de chose au final, les gens finissent par cogiter, ouai, sont pas forcement con les gens, a un moment, si tu leur donne la possibilité d'utiliser leur cerveau, ils le font.
Et amener une personne a réfléchir au pourquoi de sa situation a elle qui bizarrement et globalement la même que ces copains de son pays, c'est deja plus intelligent et surtout bien plus efficace. (j'en suis sur puisque c'est comme ca que ca a marcher pour moi et qu'a pour pour d'autre les faits récent les poussent aussi a ca)

Bref, garder tous le coté "tiens c'est des gens comme nous qui causent là, y disent des trucs pas con qu'on est plus fort unis, que eux aussi savent que le monde tournent a l'envers et que oui on peut faire en sorte qu'ils tourne dans notre sens a nous" en virant tous le reste qui fait fuir nos 2 amis du meeting.

Voila, ce fut brouillon, mais c'est dit.

Anonyme a dit…

Et NON, surtout pas le nom de l'auteur avant le texte, ca fait la surprise comme ca :-)

Anonyme a dit…

David, c'est marrant, moi melenchon je le vois dans les meeting du PG chanter le poing levé l'international.

Alors j'ai bien envie de te dire, que hein, quand on sait pas de quoi on parle…


Hum.

Kassiop a dit…

Organiser des Apéro-FaceBook, peut-être ??

http://fr.wikipedia.org/wiki/Campagne_des_Banquets

DCD a dit…

Bravo pour le billet
Et si il n'y avait que l'internationale!

1) Sur la forme: Il y a aussi les musiques pseudo festives genre "che guevara latino" ou les motives remixes... Inecoutable

2) sur le fond: On a parfois l'impression (et c'est aussi vrai dans les comites) de se retrouver invite en temps que "piece rapportee" a un diner de famille, le gigot est bon , les hotes sont gentils et bienveillants mais les histoires et les nevroses de famille, les sous-entendus, les allusions qu'on ne comprend qu'a moitie, font qu'on ne se sent pas vraiment integres et que, malgre toute la bonne volonte, on ne sera jamias tout a fait membre de la famille.

birahima2 a dit…

QUOI ?!!!!!!

je suis l'employée de supermarché
ça fait 20 ans que je bosse
je viens d'être licenciée parce que le gérant du supermarché vient de me remplacer par une jeunette qui lui coûte moins cher.
je vais donc devoir me faire chier à faire des stages à la con et trouver un autre boulot.

je me pointe au meeting du NPA
au moment où on chante l'Internationale, comme je connais pas bien les paroles, je prends la feuille imprimée où elles sont marquée dessus.
et on chante comme à l'estaminet
y'a intérêt à ce qu'on chante l'Internationale, je vous le dis.

si c'est un marxiste qui a pondu ce billet, qu'il sache qu'il n'est pas le seul à pouvoir critiquer la société !

L'INTERNATIONALE !

birahima2 a dit…

remontez la chorale, bande d'affalés de canapés devant la télé !

TYGER a dit…

la question demeure : mieux vaut-il des sympathisans d'un International anti-mondialisation, anti-capitalisme ou des militants d'un Inter-National "socialisme" (ayi ayo aya !) ???

ni dieu, ni maître, ni bannière, ni chant ?

bon en face on sait ce qui leur remue les tripes mais après tout si cela est un chant rassembleur y a pas de mal, la solution ne serait-elle pas plutôt pour les newbies du NPA d'être questionnés s'ils veulent ou non en connaître les paroles au prélable, non ? cela éviterait d'effrayer le chalan.

moi j'dis ça, j'dis rien, juste faire avancer le chmilblick.

mais ça m'aurait fait éclater de rire la remarque "on va vous laisser entre vous"... finalement cette référence familiale des apôtres démontre que dans tout parti politique les nouveaux arrivants se retrouvent relayer au rang de mécréants si on ne leur donne pas les moyens d'en comprendre le sens... un bête bout de papier avec les paroles, c'est balo quand même...

birahima2 a dit…

c'est balo, exactement

c'est marqué

L'INTERNATIONALE !

PCCC a dit…

[...]

Il y a et doit y avoir des codes, des références, un vocabulaire, bref un corpus idéologique dans un parti. Ça peut rebuter ? Oui mais c’est ça où la logique médiatique, celle qui fait simple, pas compliqué pour que tout le monde comprenne. Ces outils intellectuels sont essentiels car ce sont eux qui permettent un discours vraiment politique. Je suis d’accord avec VLG et TYGER : le problème, ce n’est pas l’Internationale, les symboles et autres signes, c’est la façon dont ceux-ci doivent être présentés, et expliqués aux « nouveaux » (qui parfois, sont loin d’être ignorants de ces codes voire qui parfois les recherches). Un parti politique, ce n’est pas une association de joueurs de taro. Il est non seulement absurde mais même dangereux d’en appeler à une "neutralité" pour, en gros, ne pas faire peur. Renoncer à Marx, Lénine etc. est une aberration : bien sûr que leurs traductions, leurs présentations actuelles peuvent et même rebutent certainement. Mais dans ce cas, c’est bien la FAÇON dont on en parle qui est problématique, pas leurs idées. Et, désolé, mais il y a des termes, des concepts dont une idéologie ne peut faire l’économie. Si, par exemple, mettre « prolétariat » dans chaque phrase peut être abusif, supprimer ce mot l’est tout autant voire plus car on se prive alors d’un outil nécessaire à la construction d’une pensée et d’un discours politiques.
Je suis vraiment très hostile à l’espèce d’anti-intellectualisme qui anime certains militants (ou sympathisants?) car c’est alors un mépris d’une partie (donc de la totalité d’une certaine façon) de l’essence de la politique. C’est aveugler la pratique, avancer à tâtons, sans lignes directrices, sans grille de lecture. C’est faire de la merde.
Que la société soit dépolitisée, c’est un fait tristement constatable à chaque apéro géant. Que les partis politiques s’adaptent à cette situation par le bas, en se dépolitisant eux-mêmes, c’est autre chose et c’est vraiment une grave erreur. L’alternative n’est pas entre table rase dépolitisante ou conservatisme de parti absurde, elle est entre repolitisation ou plus de politique.

PCCC a dit…

Ouais c’est vrai, l’Internationale, c’est vraiment trop « sectaire ». Du coup, on devrait chanter la Marseillaise, tout le monde, ou presque, connait les paroles. Et puis la couleur rouge, franchement, c’est trop agressif. Je vois plutôt du bleu, c’est plus reposant, pacifique…neutre quoi. Tient et puis, pour que tout le monde se sente « chez soi », quoi de mieux que le drapeau français qui rassemble tous les français ? Hein, c’est bien ça non ? Et enfin, surtout suuuurtout, ne parlons pas de manière trop compliquée : anticapitalisme, communisme, lutte des classes, bourgeoisie, prolétariat, révolution…les gens n’y entendent rien voyons. Changeons de catégories. Parlons « des Français », des Gentils, des bons (nous) d’un coté, et des Méchants, des mauvais de l’autre (les pas-nous) ; de la victoire du bien contre le mal. C’est bien ça, tout le monde comprend, même les enfants.

Non mais c’est quoi cette dérive là ? Qu’il y ait un questionnement sur comment ramener des militants, comment changer de discours etc. Ok. Mais là on touche vraiment à du n’importe quoi. Parce que l’on risque « d’effrayer » les nouveaux, surtout soyons plus accessibles, plus abordables, parlons comme eux et refusons à tout prix le moindre signe, symbole, la moindre référence à ce qui constituerait une identité de parti politique. Je n’ai jamais été aussi peu en accord avec ce qui a été écrit sur CSP : changer, évoluer, oui, mais pas n’importe comment.
Y’a justement un papier dans le dernier Monde Diplo sur ce genre d’évolution dépolitisant. Sauf que ça se passe…au PS ! Avec les primaires, le parti se transforme en parti d’opinion. En effet, puisque chacun (militant ou sympathisant de « gauche ») est invité à donner son avis, le PS se voit obligé de renoncé (certes, il l’a fait depuis longtemps) à toute idéologie programmatique. Pour le coup, tout le monde se sent « chez soi » puisqu’il n’y a plus aucun code, plus aucune référence stable et identifiable. La partie idéologico-programmatique est donnée à un think tank (le fameux Terra Nova) afin d’obtenir un discours consensuel, flou, « accessible à tous » certes, mais complètement creux et en complet décalage avec les valeurs de gauche. Finalement, cette attitude de déidéologisation signe la fin du parti politique en général car un parti politique se définit par une idéologie programmatique et des militants. Or, ici, nous avons ni l’un ni l’autre puisque le but affiché et recherché est justement d’ouvrir plus grand la porte. Je vous incite à le lire si vous en avez les moyens ( un résumé ici : http://paul.quiles.over-blog.com/article-les-partis-politiques-espece-menacee-49824348.html ).

[...]

Anonyme a dit…

Oué oué, chantons la Marseillaise plutôt!
Après tout ce serait logique dans l'optique de faire une campagne Mélenchon.
C'est de plus en plus n'importe quoi ce blog...

Goetz a dit…

"on devrait chanter la Marseillaise "


bah c' est aussi un chant révolutionnaire.
ça devrait vous plaire...

"tout le monde, ou presque, connait les paroles"

ce qui est un sacré avantage.
ça parle plus pour la majorité des gens

birahima2 a dit…

sauf que le but, c'est pas de faire carrière
O1 h 43
et mets-toi bien ça dans la tête.

BXR a dit…

Un parti est une organisation autant identitaire qu'idéologique. Cela peut rebuter ceux de l'extérieur, mais également - le plus souvent - les attirer.

Ce que ne comprend pas l'auteur de l'article, c'est que l'employé de grande surface qui vient ne vient pas uniquement pour voir la tête de OB en vrai. Ou plus précisément, si c'est le cas, on s'en fout car il ne rejoindra *jamais* aucun parti/orga. Si il vient, c'est pour agir. C'est un point très important à comprendre : on ne devient pas militant par hasard, en tout cas on ne le reste pas. A la base du militantisme, il y a une révolte, souvent une grève en gestation. Et la grève, l'action fait peur - il a donc besoin d'élément rassurant, d'exemples de victoires, du sentiment qu'un groupe l'appuie.

Les traditions à la con, les gri-gri et autres portraits du Che n'ont pas d'autres fonctions : celle de s'accrocher à une tradition de lutte. Alors trouver de nouvelles "traditions" : oui - mais se passer de décorum serait un suicide pour le NPA.

Ca me fait penser a ces marxistes italiens - j'ai oublié le nom - qui venaient à Jussieu faire des réunion-powerpoint en costard pour expliquer que le capitalisme était une abération économique. Curieusement, j'ai jamais entendu parler d'un employé de grande surface qui allait à leurs réunions...

Goetz a dit…

Bira,
"sauf que le but, c'est pas de faire carrière "

non le but principal est de se liberer de la tyrannie, relis les paroles.
et le libéralisme est aussi une tyrannie


et c' est pas en distribuant des tracts inintelligibles que vous y arriverez.

mets toi bien ça dans la tête...

birahima2 a dit…

à Goetz
les bras vengeurs

la vengeance
non, ça me plaît pas, franchement désolée
les histoires d'offense , tout ça
ça marche pas avec moi

t'es Corse toi ou quoi ?
tu veux la vendetta ?

le but c'est pas de faire monter le taux de mortalité
à ce que je sache
c'est pas parce que Chevénement est sorti du coma
qu'il faut faire de son cas une généralité.

poil au nez !

Goetz a dit…

Bira,

"le but c'est pas de faire monter le taux de mortalité"



relis l' Internationale alors.
c' est pas non plus cui cui les p' tits oiseaux et, ah si les gars du monde se donnaient la main..
ça parle de balles pour nos généraux, de faire rendre gorge au voleur et aussi de
"Paix entre nous, guerre aux tyrans ! "

mais aucune importance
2 textes pas si éloignés quand on y pense

le problème est que l' un parle bien plus à la majorité que l' autre.

bref le folklore c' est bien joli, mais insuffisant, voire même rebutant pour entrainer l' adhésion des masses.
quand on voit que certains parlent encore de poursuivre la "conscientisation des masses"..

en somme, de l' évangélisation.

ça donne pas vraiment envie

PCCC a dit…

Ouais sauf que "l'alternative défolklorisante" non plus! C'est que ce que viens de montrer en prenant l'exemple du PS. Celui-ci abandonne de plus en plus son "folklore", continue de délaisser sa trame idéologique, ses idées programmatiques (son folklore quoi!) et résultat? Est-il franchement plus fort maintenant qu'avant sa "défolklorisation"? Ou plutôt, a-t-il plus de militants désormais? Non. Le problème n'est donc pas là...à moins de confondre militant et sympathisant, politique idéologique et brèves de comptoir et donc de souhaiter ni plus ni moins la fin de la politique non plus seulement dans sa forme actuelle (très critiquable en effet) mais en général.

Conclusion: certes le "folklore" n'est pas suffisant mais il est absolument nécessaire, voire essentiel, constitutif d'un parti politique, contrairement à ce que laisse entendre le billet.

birahima2 a dit…

reprenons :
tu dis que la Marseillaise parle plus à la majorité
bin forcément, c'est l'hymne national
cette majorité est évangélisée donc
par cet hymne national, c'est ce que tu veux dire

tu respectes cet hymne national et moi aussi
mais cet hymne national a un côté toxique

regarde bien la une du Figaro
c'est pas exactement paix entre nous qu'ils veulent
c'est taser pour policiers municipaux par exemple
et de t'annoncer le 31 mai journée sans fumée

en lisant ton dernier message, je croyais que la contradiction venait de toi, mais non, c'est pas de ta faute, ni de la mienne.

ceci dit, si t'as toujours envie de chanter la Marseillaise après ça, je sais pas comment tu fais.
t'as un sacré courage, toi alors.

marc a dit…

Je ne pense pas que la marseillaise soit "à respecter". D'ailleurs, la loi qui criminalise le fait de conspuer l'hymne est une véritable saloperie...

L'usage de l'internationale me semble plus relever de l'affirmation d'une "continuité" historique que d'une question "identitaire"...

Nous sommes bien les héritiers (sans mode d'emploi ni testament) des révolutionnaires de 48, des communards de 70, de ceux qui sont monté à l'assaut du ciel en 1917, ceux qui se sont battu contre les nazis et les fascistes, ceux qui ont portés les valises, ceux qui ont couru couru couru, avec le vieux monde à leurs trousses....

birahima2 a dit…

5/5 à Marc

La Marseillaise, ça exploite l'émotionnel
L'Internationale correspond davantage à une vision collective.

cependant, c'est pas parce que " la loi criminalise le fait de conspuer l'hymne national" qu'il faut se permettre, comme l'a fait Saens dans son billet de parler
de " putain d' Internationale".
Cela est inadmissible. C'est du n'importe quoi.

thé a dit…

On arrête là
C'est pas le propos

Marc NPA paris a dit…

Selon la loi, on a le droit de conspuer l'internationale ! C'est uniquement l'hymne national avec lequel faut faire gaffe... D'ailleurs "la marseillaise même en reggae, moi ça m'a toujours fait dégueuler", c'est pas aujourd'hui que Renaud aurait le droit de chanter ça ! Se retrouverait en zonzon, le bougre.