"La nationalisation s’imposera, et pour être tout à fait précis, « ne pas les louper » signifiera alors : nationalisation, mais par saisie. On entend d’ici le chœur des vierges : le droit sacré de la propriété, l’efficacité suprême du marché, le Gosplan qui nous rappelle des heures sombres de l’histoire continentale, ou carrément, comme Pierre-Antoine Delhommais, ahuri rayonnant qui ne désarmera pas même lorsque le marché nous aura ramené aux derniers degrés de l’indigence, les « khmers rouges ».
Dieu sait pourtant que la saisie a pour elle un argument qui a la simplicité des gros bâtons – et la même force de frappe. Car une situation extrême comme celle qui est envisagée ici par hypothèse ne laissera le choix qu’entre deux états du monde possibles, et deux seulement. Etat 1 : on laisse les banques aller à la faillite, les actionnaires perdent tout, nous mourrons derrière ; état 2 : l’Etat saisit les banques, les actionnaires perdent tout, nous sommes sauvés. Les plus perspicaces auront déjà noté que ces deux états du monde que tout sépare n’en ont pas moins un fort point commun : les actionnaires (des banques) y meurent dans tous les cas de figure. Dans l’hypothèse considérée, il n’y a en effet aucune possibilité qu’ils survivent. Il s’en suit logiquement que leur sort nous est indifférent, et que ça n’est pas d’après leurs intérêts (transfigurés en droit sacré de la propriété) que l’action publique doit se régler. Si, à volatilisation identique des actionnaires, l’alternative s’énonce « nous mourrons » vs. « nous ne mourrons pas », il ne devrait pas y avoir trop longtemps à hésiter.
(...)
Il ne faudra pas s’arrêter en si bon chemin et tirer parti bien complètement de cette fenêtre historique, à la faveur de laquelle finalement la libéralisation financière aura fait la démonstration à grand spectacle de son pouvoir d’autodestruction – puisque le défaut souverain généralisé ne sera pas autre chose que la conséquence ultime d’un enchaînement dont elle porte la responsabilité de bout en bout : depuis l’origine du choc jusqu’à l’incapacité à tolérer l’ajustement de moyen terme des dettes publiques qu’elle aura fait elle-même exploser. Saisie flash du secteur bancaire, mutation rapide vers un système non plus étatique mais « socialisé » du crédit, renationalisation des dettes publiques et, par-dessus tout, refonte intégrale des structures de la finance".
Frédéric Lordon, En route vers la Grande Dépression (si oui, sortons le gros bâton)
À lire intégralement et en savourant, ici.
5 commentaires:
Il a oublié la pendaison publique des 1000 plus gros responsables politiques, économiques et médiatiques, ainsi que l'envoi de tout le reste de ces parasites dans des camps de réhabilitation par le travail agricole qui remplaceront l'agriculture intensive actuelle par de l'agriculture bio tout fait à la main.
Putain, j'en rêve.
Ensuite, si tu pouvais éviter de balancer en ligne le véritable programme du NPA...
Je ne comprends pas très bien : Lordon sait bien qu'il suffirait d'abandonner l'euro pour que les bilans des banques ne valent plus rien que leurs poids en papier.
Pourquoi compliquer à ce point le problème ?
gestion "socialisee" du credit... ce serait pas vaguement ce qu'on a deja et qu'on appelle dette publique? ou chacun avec son livret A achete la dette de l'Etat qui prete?...
@ o.
Comme je l'ai compris c'est plutôt gestion socialisée au niveau des banques (contrôlées par des comités représentatifs qui vont dire: genre "bon après analyses des différentes parties, on a besoin de tant de crédit (=création monétaire) pour financer l'économie, comment on fait pour remplir l'objectif?"
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