mercredi 19 mai 2010

Fenêtre

Ça commence à sentir la fin de règne, en ce moment. Pour les libéraux.
Oh bien sûr, ne nous y trompons pas : ils sont encore aux manettes et face à la crise font tout ce qu'ils peuvent pour appliquer leur catéchisme puisque de toutes façons ils ne peuvent pas faire autrement. Le cerveau est atteint et c'est irrémédiable. N'empêche : on peut commencer de partir de l'hypothèse que la période d'hégémonie culturelle du néolibéralisme est en train de se clore et que s'ouvre une fenêtre de tir pour l'alternative.

On peut en voir un indice dans une sorte de crispation générale des lou ravis de l'idéologie qui applaudissent avec gourmandise à la perspective d'une rigueur à échelle européenne, dans l'espoir qu'enfin le thatchérisme hardcore qu'ils appellent de leurs voeux soit enfin appliqué à la trique à ces rétives populations qui n'ont curieusement toujours pas comprises pourquoi elles devraient se priver pour que des nantis s'enrichissent encore. On voit au passage quel cas ces pingouins décervelés qui couinent "libertéééé !!!" à longueur de temps font de l'exercice démocratique : la liberté, bon, admettons, mais quand des États imposent la rigueur sans se soucier de ce que pense le peuple, ça leur convient très bien. Disons que les néolibéraux aiment bien la démocratie quand ça les arrange, mais si on peut faire sans c'est pas plus mal.

Il faut faire l'effort d'aller lire ces éditorialistes, ces économistes lobotomisés, ces blogueurs et ces forums de porcinets : tous en ce moment affirment avec plus de brutalité que d'habitude - et Dieu sait que le niveau d'imbécillité violente de ces gens est très élevé en temps normal - que le Marché n'est pas coupable, que c'est pas vrai que le Marché est responsable de quoi que ce soit, et que le Marché va tout résoudre si on le laisse faire tranquillement. C'est à dire la même chose que ces trente dernières années, certes. Mais avec cette fois une pointe d'angoisse qui sous-tend le discours et qui est pour le coup une nouveauté. Et qui les rend d'autant plus agressifs, de pareils singes ne sachant que montrer les dents en hurlant plus fort que le voisin dès qu'on s'avise de les contrarier un tant soit peu.
C'est parce que eux aussi, ils sentent bien que le dogme commence d'être remis en question ; et ils savent très bien, ou en tous cas le ressentent instinctivement, qu'une hégémonie intellectuelle d'apparence aussi granitique est un système binaire en fait très fragile : soit on y adhère totalement. Soit on émet des doutes, et tout commence de s'effondrer...

Il y a 10 ans seulement, impossible de se dire anticapitaliste sans déclencher soit moqueries soit haussements d'épaules. Parler en public de la course folle d'un capitalisme destructeur vous faisait passer pour un singulier agité au mieux, quand ce n'était pas pour un amoureux des vacances permanentes dans la Kolyma.
Et 10 ans, à une échelle historique, c'est peu. C'est très peu. Et énormément de chemin a été parcouru, même si encore plus reste à parcourir. Mais si vous êtes tenté de désespérer de l'époque et de l'averse de sales nouvelles qui nous tombe dessus en ce moment, faites simplement l'effort de vous souvenir : il y a 10 ans, tout le monde nous prenait pour des dingues et personne ne nous écoutait.
À présent, même des libéraux commencent à murmurer qu'on avait raison...
(concernant l'analyse, c'est vrai, les conclusions à en tirer différant assez radicalement ; n'empêche : voir ces gens commencer de concéder que moui en effet, y'a effectivement eu comme qui dirait de l'abus vous n'aviez pas complètement tort d'accord...reste un spectacle qui remplit d'aise. Et qui, j'insiste, était impensable il y'a encore quelques petites années).

Il y a une fenêtre historique qui s'ouvre. Qui s'ouvre enfin pour nous. La politique a horreur du vide et le reflux débutant de l'idéologie néolibérale commence d'entrouvrir un espace dont il faut s'emparer. Pour ça, nous avons tous quelque chose à faire. Les militants, politiques, syndicaux, associatifs. Les intellectuels, les quelques rares journalistes non corrompus par la doxa, les producteurs d'idées et de concepts. Mais pas seulement eux : vous aussi. La personne de gauche, sincèrement et vraiment de gauche qui n'en peut plus de subir les exactions de la droite et les trahisons d'une certaine gauche et qui peut, qui veut s'exprimer, qui veut dire son horreur du monde qu'on lui a vendu et son espoir d'un autre qu'il est urgent de construire. Vous avez accès à des informations. Vous pouvez lire des livres. Vous pouvez en parler autour de vous. Vous pouvez tenir tête à votre collègue et à ses blagues anti-fonctionnaires devant la machine à café. Vous pouvez faire taire le cousin poujadiste dans les repas de famille. Vous pouvez commenter les articles des journaux en ligne. Vous avez des pieds pour marcher dans les manifs. Vous disposez d'un bulletin de vote. Vous êtes éduqués, intelligents et cultivés : eux ne sont que des perroquets caquetant ce qu'on leur a fourré dans la cervelle. Et vous n'allez pas vous laisser intimider par des perroquets, tout de même ?

Vous pouvez faire quelque chose tous les jours.

Il est temps et plus que temps d'enfin commencer notre Reconquista.


21 commentaires:

romain blachier a dit…

eh oui chez le blogueur conservateur on veut faire du pseudo politiquement incorrect en sortant des trucs horribles. Parfois c'est le racisme light, parfois c'est "je suis à contre-courant, vive les jolis marchés gentils"

comité-de-salut-public a dit…

Arf, on peut s'attendre de plus en plus à la pose de réac : tout le monde dit que le capitalisme c'est méchant, DONC, je suis le plus capitaliste. Pauvres, pauvres gens décidément.

Veig a dit…

"Ouiiiin !! Tout le monde dit que le capitalisme il est méchant !"

C'est incroyable la capacité de ces pleurnichards de 5 ans à vouloir faire croire qu'ils sont minoritaires, et nous faire gober que leurs idées les plus extrêmes ne sont pas celles qui guident les politiques économiques publiques et privées...

ramiro a dit…

"Vous pouvez commenter les articles des journaux en ligne. "
quand est-ce qu'on se coordonne ?
Sur le forum de Libé, de Rue 89, du Monde ou d'autres canards, je vois des gens qui essayent de se débattre mais qui n'ont pas toujours les arguments nécessaires et surtout le reflexe d'organiser la critique en renvoyant vers des sites amis et en appelant à l'action. En appalant à se syndiquer, à s'organiser dans les partis de gauche et en opposant une alternative...
Ce serait bien qu'aussi le NPA propose plus d'argumentaires prêts à l'emploi...

Anonyme a dit…

Pour un "Que faire 0.2"...
A toi, CSP, de lancer les bases numériques de la "révolution informatique".

Anonyme a dit…

" dans l'espoir qu'enfin le thatchérisme hardcore qu'ils appellent de leurs voeux soit enfin appliqué à la trique à ces rétives populations "

D'autant que ces nases, n'ont toujours pas admis que Thatcher a su compter sur les premiers revenus de la mer du nord pour financer ses réformes et les Malouines pour faire diversion.

Yohann a dit…

Y a pas à dire ça met en forme pour attaquer l'après-midi!

Rodimtsev a dit…

Bon texte, très bon texte

birahima2 a dit…

ah
c'est un billet destiné aux obèses du PS

Anonyme a dit…

Très bon article!

Criticus a dit…

CSP, as-tu déjà entendu parler de John Maynard Keynes ?

Anonyme a dit…

Je sais pas si vous avez fait gaffe, mais Yves Thréard par exemple, se fait tous, je dis bien tous et absolument TOUS les plateaux TV.

Pour justement rabacher ca, notamment / aux retraites.

Quoiiiiii, mais nannnnn les retraites c'est pas la faute a la crise ni au systeme et encore moins aux exonération fiscal, nannnnn c'est juste que c'est inéluctable, ya plus de vieux va falloir bosser a moooorrrrt.

Fin bref, des envies pas très gentilles qui viennent quand tu les vois ouvrir ce qui leur sert de bouche pour déverser leur gerbe immonde.

Va vraiment falloir ne pas les louper ce coup ci.
C'est pourquoi va falloir pas y aller non plus avec le dos de la cuillère avec une certaine "gauche".

Ps: ya meluch a france inter ce soir a 19h face a l'autre *** de terra nova…

AffreuxSale a dit…

Et Alain Minc d'expliquer que "les marchés, c'est comme les lois de la pesanteur".

http://affreuxsalebeteetmechant.20minutes-blogs.fr/archive/2010/05/09/je-ne-suis-pas-aussi-couillon-que-vous-le-croyez.html

Ce type est Grandiose. Tout simplement.

BXR a dit…

mouais. j'aimerai bien être d'accord.

Je suis pas très vieux (30 piges), mais j'ai milité dès 18 ans, et même avant ca je sympathisais avec les communistes (pas le parti, l'idée).

Tout ca pour dire que des "fenêtres", j'en ai vu un certain nombre. Des époques où les médias nous faisaient les yeux doux, j'ai déjà senti ça. Des militants qui y coyaient a donf. De la colère. Tout ca j'ai vu.

Sauf que. A un moment il faut se rendre aux évidences. Sorti du micro-milieu militant, et sans
frayer avec le bourgeois petit ou grand, on voit bien un truc : les "gens" veulent pas se battre.
D'abord, ils ont peur de la violence. Ils ont peur tout court. Le capitalisme, personne n'y a jamais cru, personne ne l'a jamais aimé, hors de la caste des cadres et autres jean-foutre. Qu'il soit remis en cause par 3 connards que personnes lit (je parle des éditorialistes, hein, pas de Lordon qu'est pas un connard - mais que personne ne lit) ne change rien a l'affaire. Le problème, c'est que nous ne
vivons pas dans une société où la moyenne d'âge est de 15 ans, et la colère n'est pas un moteur suffisant pour risquer sa vie. En tout cas pour l'immense majorité de la population.

La question qu'ils se posent - la bonne question pour des révolutionnaires, donc - c'est "La
révolution et puis quoi ?". Or, aucune solution crédible n'emmerge. Les gens ne lâchent pas la proie pour l'ombre.

Personne n'ose dessiner les contours du communisme, par peur du ridicule, par lâcheté souvent aussi. Je vais pas m'étendre sur le sujet, mais la classe ouvrière veut un menu, pas une carte. Je pense qu'un CSP comprend ça. Je constate que ce n'est pas le cas
du NPA, par contre...

Bref, la fenêtre à toujours été là. Ce sont les révolutionnaires qui étaient - qui sont - absents.
Ils attendent que le peuple les appelle (grosses grèves, manifs, émeutes...). Mais pour cela, le peuple à besoin de croire dans la possibilité de notre projet. C'est un cercle vicieux. Seule une action obstinée de propagande au buldozer, sur des années, pourrait le briser.

Bon j'arrete, je fais trop long. En tout cas, je trouve que ton blog va dans le bon sens, CSP.

Un libéral de passage a dit…

Je suis libéral et je ne vois pas trop où tu as vu la moindre remise en question chez nous ? Au contraire, je constate plutôt un excès de zèle chez mes confrères, qui voient aujourd'hui se réaliser ce qu'ils annoncent depuis des années !

Les états européens socialistes et socio-démocrates, dirigés par des fonctionnaires, bureaucrates, politiciens et autres parasites et incompétents en tous genre, sont en crise. Et, au contraire, les fonds d'investissement dans lesquels travaillent des gens ingénieux et motivés par le profit prospèrent comme jamais.

A vue de nez, je dirais plutôt que c'est notre système qui fonctionne :D

Anonyme a dit…

Oui oui, bien sur, c'est qui qui est venu pleurer d'etre sauver de la mort ya pas si longtemps?

Et qui va prochainement encore re venir pleurer d'etre sauver parce il aura continuer dans la même voie.

Mais tu a raisons, votre systeme fonctionne, a mort.

Guignol va…

@BXR

Je comprend, cependant, il y a toujours une limite a la frilosité des gens.
Et vu ce qui s'annonce, jme dis que si rien n'empêche ca, la frilosité ne sera probablement pas trop presente dans les esprits.

Fin jdis ca jdis rien, apprenez simplement un peu d'histoire.

Anonyme a dit…

Boaf.

Perso, un banquier fonctionnaire de "gauche" ou un banquier capitaliste bonussisé de "droate", pour moi, c'est du pareil au même. Ya que la couleur de la cravate de leur maîiiitre qui change.

Pas de reconquête, une révolution. Moi, perso, je ne me lèverai pas de mon pieu pour moins que ça.

Un libéral de passage a dit…

> Oui oui, bien sur, c'est qui qui est venu pleurer d'etre sauver de la mort ya pas si longtemps?

> Et qui va prochainement encore re venir pleurer d'etre sauver parce il aura continuer dans la même voie.

La Grèce ? Tu ne va tout de même pas me dire que la Grèce est un état capitaliste !!!

Les Etats et les banquiers institutionnels ont fait n'importe quoi et sont dans une situation économique désastreuse, et ce sont les investisseurs et les spéculateurs malins qui avaient prévu le coup qui ramassent la mise.

Notre système fonctionne donc mieux que bien : il récompense ceux qui ont raison et puni ceux qui font des erreurs (l'inverse du socialisme, en quelque sorte).

ElectricEye a dit…

Pour les retraites ça s'annonce très mal, les "gens" ont tous l'air d'approuver les deux projets des deux partis les plus incompétents de toute la France.
Parce qu'il y en a pas d'autres.
Parce que ce sont des projets réalistes.
Parce qu'on va pas faire la révolution, non et puis quoi encore ?
Parce qu'il faut changer de mentalité.
Parce que...et j'en passe.

Yohann a dit…

HS: non seulement c'est l'action des administrations qui a sauvé les banques, mais en plus les bureaucrates (socio-démocrates???) incompétents sont justement issus du secteur privé et des mêmes écoles de management/commerce que les chefs d'entreprise du privé, et se comportent pareil, regarde le gouvernement Sarko.

Evidemment y en aura toujours pour dire que c'est parce qu'on est pas allé assez loin, puisque le système théorique libéral est rien moins qu'un mensonge permettant à l'élite politico-financière de se perpétuer sur le dos des masses. Et vous les libéraux "purs et durs" viennent jouer les idiots utiles en leur donnant les arguments bidons qui leur permettrons de maintenir le voile baissé sur la guerre de classe qui se joue actuellement entre eux et nous, sur la véritable nature d'une machine qui passe sont temps à s'emballer pour mieux tomber en panne, dans les deux cas au profit des mêmes connards qui contrôlent tout mais qui vont bêlant "liberté" et "concurrence" dès qu'on ose menacer leurs intérêts. C'est de ça qu'on se rend compte, et c'est ça la fenêtre de tir, et il s'agit de viser juste cette fois.

Anonyme a dit…

CSP, intéresse toi un jour au fonctionnement des banques centrales et de la création monétaire. Après, on discutera.