samedi 22 mai 2010

Croisade

Suite au texte précédent qui se demandait pourquoi la notion de crime économique n'était pas - sévèrement - appliquée, quelques recherches m'ont fait comprendre que cette notion était littéralement un territoire vierge...en effet, le "crime économique" en tant que méfait portant préjudice aux individus et/ou à la collectivité peut un peu se retrouver dans les condamnations à l'escroquerie, à la fabrication de fausse monnaie, contres les individus ou groupes d'individus commentant des vols caractérisés (cambriolage, braquages, etc.) voire parfois dans la sanction de la fraude fiscale ; mais, semble t-il, nullement en tant que forfaiture à part entière, comme entité légale inscrite dans la loi française en tant que terme générique comme par exemple "crime sexuel".
Cela pose tout de même quelques questions.

On comprend bien évidemment que des politiques toujours si sourcilleux de morale publique n'aient pas vraiment envisagé les choses de ce point de vue ; si on se met à condamner des gens pour malversation économique au sens large, c'est une bonne partie du personnel politique - dont comme par hasard une bonne partie de droite...- qui risque bien d'en pâtir. Pourtant, et on le constate tous les jours, le crime économique existe. De fait. C'est une réalité de notre société que de voir des gens fort peu scrupuleux prendre des décisions d'ordre économique affectant directement ou indirectement la vie de milliers, de millions de personnes. Et à aucun moment on ne demande le moindre compte à ces gens pourtant coupables de dégâts considérables...

L'exemple des expatriés fiscaux, qui ne manquent jamais au passage de cracher leur mépris du pays dont les institutions leur ont permis de s'enrichir avant que de refuser de redonner une juste obole en retour par leur fuite sous des cieux fiscalistes plus cléments est un de ces points saillants qui font se demander pourquoi donc ils ne sont pas poursuivis par delà les frontières. Qu'on ne sorte pas l'argumentaire stérile du manque de moyens et d'organisation : quand il s'agit de chasser des travailleurs sans-papiers même présents depuis des années - et qui eux paient des impôts...-, les moyens techniques, financiers et humains ne manquent jamais. Il s'agit donc bel et bien de décisions politiques s'appuyant sur des textes de lois existants. Or, encore une fois, la notion même de "crime économique" ne semble être que survolée et dispersée à travers plusieurs sortes de délits et crimes divers, mais n'a pas l'air d'exister en tant que tel...

De même, les chefs d'entreprise indélicats, pourtant surnommés "patrons-voyous", qui délocalisent sauvagement en laissant leurs salariés la gueule par terre ne sont poursuivis, quand ça arrive, que pour abus de biens sociaux, banqueroute, vol de marchandises et malversations : leurs agissement relèvent donc bel et bien de criminalité économique. L'employeur dans le BTP qui rogne sur les coûts des mesures de sécurité et provoque par là-même des accidents pouvant entraîner jusqu'à la mort de personnes, commet indiscutablement un crime ayant pour fondements premiers des motifs économiques. La direction d'une entreprise qui percevra des subventions publiques durant des années avant que de décider de partir du pays sans rembourser les aides prend une décision économiquement délictueuse puisque grevant la collectivité qui l'a soutenue. On pourra multiplier les exemples à l'envi tant ils sont nombreux et on aboutira toujours à la même conclusion : cette notion générique de crime économique n'existe pas en tant que telle. Partant on ne peut pas condamner qui que ce soit avec quelque chose qui n'existe pas.

Or, vous serez d'accord pour penser que ça serait bien que ça existe.

Partant, je propose de mettre en place une action afin de convaincre le plus grand nombre de la nécessité de l'existence de cette notion de crime économique dans le droit français. Et pourquoi que français, d'abord ? Voyons plus grand, que diable ! Le droit européen, même, puisqu'il paraît qu'on ne peut rien faire sans l'accord de cette fameuse Europe.

Reste à définir les moyens de cette action, puisque je ne cache pas que j'ai bien envie de m'inspirer d'une pratique de l'ennemi qui a prouvé une certaine efficacité : le lobbying auprès des élus. Non, je n'ai aucun scrupule, merci, et je le vis bien. Imaginons qu'un groupe de personnes, constitués en association loi 1901, se mette à démarcher, textes, documents et argumentaires à l'appui, tous les malheureux disposant de quelque influence institutionnelle qui croiseront leur chemin avec une seule idée, rien qu'une seule : la constatation, manifeste, de l'existence d'une criminalité économique de fait, et l'absence de celle-ci dans les textes...

Attention, il faut être conscient de plusieurs choses avant que de vouloir se lancer dans une aussi audacieuse démarche :
- D'abord, commencer de se renseigner si ça n'existe réellement pas : il m'apparaît très douteux que l'idée ne soit jamais venue à personne, on trouve même des tentatives de réflexions sur le sujet.
- Ensuite, blinder son sujet : faire appel à des spécialistes, juristes, économistes, pour définir exactement ce dont on parle. Le but étant bien évidemment d'alourdir les peines encourues par les malandrins économiques de telle sorte que ça en devienne fortement dissuasif.
- Ce sera une tâche de longue haleine qui durera des années. On est clairement dans un marathon et pas dans un sprint, attendre des résultats immédiats ne peut donc que conduire à la déception et au découragement.
- L'association en question ne devra bien évidemment être reliée à aucun parti politique : ses adhérents pourront militer quelque part, mais seront simple pékins dans le cadre associatif. De plus, si la chose se fait, il faudra faire montre d'une extrême vigilance face aux tentatives de récupération, notamment de la part des socialistes qui se sont fait toujours une spécialité de récupérer tout ce qu'ils pouvaient trouver de suffisamment intéressant pour redorer leur blason, cf. SOS Racisme et ce que c'est devenu.
On trouvera paradoxal que celui qui lance l'idée est lui-même militant d'un parti politique ; mais ce n'est pas une initiative NPA : c'est un type du NPA
- Le but est certes de reconnaître une notion ; mais également et avant même qu'elle n'existe dans les textes - si elle existe un jour...- de convaincre le plus grand nombre que ce crime, que ces délits, motivés par l'appât du gain et la quête obscène de profit sont des crimes au même titre que le viol. C'est entrer dans un combat culturel pour imprégner la société de l'idée que si le violeur est condamné, si le braqueur de banque est condamné, il n'y a donc pas de raison que l'évadé fiscal ou le col blanc licencieur ne subissent pas eux aussi les lourdes foudres non seulement de la justice mais également de la réprobation populaire...

Ici, deux précisions supplémentaires :
1 ) on aura noté que pour un militant révolutionnaire, j'en appelle beaucoup aux institutions de la justice bourgeoise ; c'est juste que les institutions d'une justice socialiste et prolétarienne tardent quelque peu à venir et que je crains de n'avoir pas la patience de les attendre ; de plus, je ne peux cacher une certaine exaspération parfois devant certains discours maximalistes justifiant qu' il ne faut riiiiiiiiennn faire ni dans ni vis-à-vis des institutions vu que tout ça, c'est pas assez "pur". Disons qu'on va essayer de voir ce qu'on peut faire avec ce qui existe si imparfait que ce soit. Oui, disons ça.

2 ) les plus libéraux d'entre vous, puisque qu'il y a des petits coquins monétaristes qui s'encanaillent ici de temps à autre, auront décelé qu'instiller cette notion dans la population et pis encore avoir la prétention de l'instaurer dans un cadre légal revient in fine à vouloir assez drastiquement limiter la "liberté" de certaines personnes, physiques ou morales. On ne peut rien vous cacher petits futés, c'est en effet le but : puisqu'entre l'intégrité des personnes - mises en danger par une un peu trop grande licence de certains de faire ce qu'ils veulent vu l'absence de lourdes sanctions dissuasives - et une certaine idée de la "liberté" consistant à faire n'importe quoi et peu importe les conséquences du moment qu'on se fait du fric, je plaide coupable : j'ai très vite choisi.

L'idée est donc lancée et je vous tiendrai au courant des évolutions de celle-ci. Les suggestions et autres tempêtes de neurones seront évidemment bienvenues.

CSP

11 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est très bon.

Quand au lobbying, et plus globalement l'acharnement sur les représentants du peuples, qui restent des nuit entière a l'assemblée si il el faut etc, et ca marche.

Regarde donc hadopi et les diverses loi a la con par rapport a Internet, là de ce coté, ya un groupe de gens qui s'est bouger le fion et qui rend dingue nos politiciens :D

récemment encore donc, FDN et les gens de la Quadrature du net on sortie une faille dans la procédure sur la loi hadopi donc.


Quand aux institutions, je lis et j'écoute Chomsky a ce sujet et ma foi il a raison.

L'histoire de la cage et des fauves toussa…

Quand aux fanatique libéreaux, ma foi, on limite bien la liberté a quiconque veut porter une atteinte physique a une personne ou a un bien, le braqueur de banque, le violeur etc comme tu en parle plus haut.
Alors oui, ya pas de raisons, surtout quand effectivement on voit les proportions que leur méfaits engendrent!

Mais on sait bien que pour eux, la loi et la limite des liberté, c'est pour la populace, pas pour les seigneurs.

Nicolas a dit…

Je fais du droit depuis 5 ans et je dois dire que j'ai un peu de mal à saisir cette notion de crime économique - même si elle est TRÈS séduisante.
Je dois dire aussi qu'a priori, le sujet parait TRÈS vaste et casse-gueule. Le droit, c'est avant tout un système : si tu tires une ficelle, tout risque de se casser la gueule et tu risques de te retrouver avec un outil cassé et donc inutile pour encadrer des comportements.

Mon premier réflexe de juriste élevé au biberon de la fac de droit(e) a été de dire qu'il existe déjà des sanctions pénales ou civiles aux comportements que tu décris : la faute inexcusable de l'employeur dans les accidents du travail, la sanction des licenciements abusifs ou sans cause réelle et sérieuse, voire le harcèlement moral, par exemple...

Mais c'est vraiment voir les choses par le petit bout de la lorgnette, tu en conviendras. Les comportements scandaleux des salopards en col blanc ne sont pas, en soi, sanctionnés pénalement. Sont juste sanctionnés des manquements à des obligations légales...
Dans le cas des délocalisations sauvages, tu ne peux pas faire grand-chose, si ce n'est demander des indemnités pour les salariés, par exemple.
Pour des entreprises qui polluent (un peu plus que les autres), tu as certaines dispositions pénales en droit de l'environnement ou le mécanisme de la responsabilité civile (la notion de préjudice écologique a été consacrée très récemment, ouf) mais dans ce cas il faut établir un lien de causalité entre la faute de l'entreprise et le préjudice subi par les salariés ou citoyens...

Pourquoi pas, sinon, créer des infractions économiques ? Je vois deux limites : déjà, le respect du principe de légalité (selon lequel on doit précisément définir les éléments d'une infraction).
Mais aussi la poursuite de telles infractions : quel responsable ? Quelle responsabilité pénale ? Dans des groupes de sociétés tentaculaires, il pourra être difficile de déterminer qui a décidé de procéder à tel ou tel licenciement boursier... sous réserve que ce qui soit français... !

comité-de-salut-public a dit…

"Les comportements scandaleux des salopards en col blanc ne sont pas, en soi, sanctionnés pénalement"

That's the point.

Je suis très conscient que la chose présente toutes sortes de difficultés, voire même que tout est un peu - très - à construire...il faudra donc en passer par des propositions de peines et de sanctions, consulter des juristes et des avocats spécialisés, établir plusieurs versions du projet en fonction des interlocuteurs, créer un groupe de pression, le faire vivre et le faire connaître...
Rien de simple, donc.
Mais je reste convaincu que l'idée n'est pas mauvaise. Et qu'elle peut de plus rencontrer un écho favorable dans une population abasourdie par l'impunité de certains. IL faudra s'appuyer là dessus.

Dav a dit…

Pourquoi t'as stabylobossé certains mots?

Agnès a dit…

Et aussi chantage économique ! quand le trop fameux président du FMI menace la Roumanie de lui couper le robinet des prêts si elle augmente le RMI...
ça ouvre des perspectives il est vrai !

Mirabo a dit…

J'aime bien l'idée, mais je ne suis pas du tout convaincu que ce soit un bon angle d'attaque... Un crime ne se définit pas par rapport à ses effets, mais en tant que transgression d'une règle garantissant l'ordre public : or, les comportements décrits s'appuient précisément sur ces règles d'ordre public, ils ne les transgressent pas.
Qu'il faille modifier ces règles, bien sûr, mais nous sommes là dans un problème politique et non juridique - malgré la confusion des genres que N.S. essaie d'imposer depuis quelque temps en maquillant son action politique par d'intempestives modifications du code pénal.

lou passejaire a dit…

véééééééé , dans la série de mes soluces radicales , et simples à mettre en oeuvre ... bien plus simples qu'un texte de loi ...
tu coupes le cable de fibre optique qui dessert la défense, et le centre de paris , avec un petit groupe du GIGN, t'investis leurs data centers , un coup d'électro-aimant ...
et pis t'attends qu'ils se pointent pour réclamer leurs créances ... virtuelles ...
comme y font avec les ploucs malgaches , kenyans , brésiliens ...
Mais c'est vrai qu'en Corréze , on est tous des dangereux terrorisses ferroviaires ...

PS : j'ai bien aimé ton appel à injurier les enculés ...

birahima2 a dit…

autrement dit ton action serait anti-minimaliste

une fois tu as parlé d'une scierie et d'un gars qui avait sorti ton bus du fossé
tu voulais l'encarter au NPA.
as-tu vérifié au préalable si sa scierie était ou pas en amont d'un barrage et si son parc à grumes avait une digue de protection ?

Goetz a dit…

"dont comme par hasard une bonne partie de droite.."

t' inquiètes, y' en a autant de l' autre bord..

Apolitique a dit…

Oh putain, là on tient tout CSP et ses groupies en un article

-Envies de pénal
-Envies de meurtre
-Incapacité à considérer la complexité du monde
-Incapacité à considérer le droit
-Haine de la liberté

Tu vas me dire, ce sont des attaques Ad Hominem. Fort bien, je vais donc te poser une question très simple mon cher CSP:

Une fois que tu auras définitivement dégoûter les entreprises étrangères puis les citoyens français de venir s'installer en France ou de créer des entreprise, tu feras quoi de ta belle loi contre les crimes économiques ?

Non parce qu'avec cette idée "géniale" que tu viens d'avoir, ça devient trop risqué d'entreprendre tu piges ? A la moindre connerie, on se fait mettre en boîte, alors plutôt rien foutre que de risquer la prison et les amendes en tant que patron ou responsable de haut-rang.

Tu comptes promouvoir l'auto-gestion à la place ? Et à coup de trique aussi ?

Dans un monde collectiviste, personne ne fout rien parce qu'on ne trouve aucune raison de bosser. Avec des CSP qui veulent prendre ton pognon pour le distribuer à de parfaits inconnus qui t'assassineront peut-être un jour dans la rue (la redistribution anonyme des richesses est le truc le plus immoral du monde), à quoi bon de se faire suer le burnou vous me direz ?

Le communisme s'est écroulé à cause de cette parfaite incurie idéologique (et la social-démocratie viendra avec): qu'est-ce qui nous pousse à travailler ?

Le libéralisme a trouvé la réponse à cette question, c'est de gagner du fric ! C'est pas très fin certes, il y a pas mal de casse avec cette cupidité étendue à tous, mais au moins ça marche un minimum.

Allez CSP, même Houellebecq te le dit, lui qui n'est pas à une tendresse près pour le communisme (l'héritage familial sans doute) et qui s'est fait l'un des critiques le plus acerbes de la marchandisation de l'humanité:

http://www.dailymotion.com/video/x6penf_houellebecq-de-a-a-z-c-comme-commun_news

Anonyme a dit…

Pfiou, tu m'a l'air tout tristounet toi, mais c'est bien, si tu as l'impression d'aller mieux en t'inventant ton petit monde a toi ou tu es sur d'avoir raison, have fun hein, sauf que la réalité est est méchante, c'est que c'est elle qui a toujours raison, et là ca te fera très mal, houuu oui, tu aura mal, pauvre petit choux.

Et puis je sais pas pourquoi tu met un lien de zemmour, personne ne cliquera dessus.