lundi 31 août 2009

Politique, vie de couple. Et Zuzana...

Puisque qu'on ne me demande pas mon avis, je vais le donner, et de rebondir gracieusement sur cette grave question trouvée chez Ridicus : " Pour supporter votre conjoint(e) qui est d'un autre bord politique que vous, quel petit plat succulent préparez-vous le dimanche ?"

(et vous en profiterez au passage pour lire son billet comme d'habitude hilarant à force de débilité, qui ne fait qu'illustrer encore une fois le naufrage mental des bobos de droite qui s'agitent comme poussins dans un micro-ondes et braillent à la face d'un monde qui s'en fout que les gentils c'est eux d'abord et que tous les autres c'est rien que des méchants. Cette stupéfiante réacosphère s'enfonce décidément chaque jour un peu plus dans un grotesque flamboyant sur fond de piailleries neo-cons et personnellement j'attends avec impatience le jour ou un de ces macaques se décidera enfin à passer à l'acte en faisant...quelque chose. N'importe quoi. Mais un truc en dehors de son clavier, quoi. Ensuite, je reste serein : ça n'arrivera jamais, puisque fondamentalement ce sont des pleutres et le monde réel leur fout une trouille du diable).

Bref.

La question, donc : Pour supporter votre conjoint(e) qui est d'un autre bord politique que vous, quel petit plat succulent préparez-vous le dimanche ?

Bon.

Et bien c'est évidemment vite vu.

Puisque il est absolument hors de question d'envisager une quelconque vie de couple avec quelqu'un qui ne soit pas de mon bord politique, et c'est curieux je crois ne surprendre personne en écrivant ça.

Imaginons la chose en réprimant le légitime frisson d'horreur qui ne peut que parcourir l'échine de l'honnête homme quand il se pense vivre avec :

- une militante UMP ("Mais mamour, tu ne peux tout de même pas continuer à soutenir l'assistanat qu'autorise une fiscalité inique qui plombe la compétitivité et fait de nous le pays le plus archaïque du monde et pourquoi tu ouvres la fenêtre avec ce rictus dément, mais pose moi par terre Mamour on vit au 5ème étage voyons Mamouuuuuuuur !!!!!")

- une militante Modem ("Tant qu'on aura pas résolu le problème de la dette de ce pays qui grève l'avenir des générations futures, il faudra nécessairement en passer par un libéralisme raisonnable qui...oooohhh, il me fait couler un bain, comme c'est chou, un vrai nounours ce Mamour, voui, je vais dans la baignoire, ouh ouh ouh elle est chaude hein, mais pourquoi tu branche le grille-pain dans la salle de bain ?")

- une militante P"S" ("L'avenir, c'est le futur. C'est pour ça que nous socialistes somme pour une légisalation raisonnable qui sait aborder les problématiques complexes d'un monde qui bouge, et comme disait papa qui est président du Conseil Général, le capitalisme ce n'est pas intrinsèquement mauvais en soi, il faut juste qu'avec Ségolène/Martine/Laurent/Dominique/Manuel on se tourne mais Mamour tu fais n'importe quoi avec les courses voyons ! Et d'abord, mais pourquoi avoir acheté 100 kilos de chaux vive et une pelle ?")

- une militante FN ("Quand l'immigration sera...non ! Non ! NOOOOONNNNNN !!!!!!! PITIÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉ !!!!!!!!AAAAAAAAAAHHHHHHH !!!!!!")

- une militante Europe-Ecologie ("Mais vous êtes bien gentils les gauchistes, mais l'écologie c'est un problème qui va au-delà de vos grilles de lecture dépassées, tu'ois, paske nous ce qu'on veut, c'est réformer le système en douceur paske y'en a pas d'autre tu'ois, et c'est à chaque individu de prendre ses responsabilités en achetant des ampoules basses consommation et en faisant pipi sous la douche quoi, pour préserver ce paysage magnifique de bord de mer où on se promène tout les deux, tu'ois, ah bon si je me penche sur la falaise je verrais un nid de cormorans t'es sûr que c'est sans danger Mamour ?")

- une militante libertarienne - espèce rare - ("C'est le socialo-étatisme de ce communiste de Sarkozy qui fait qu'on vit chaque jour un peu plus dans une version pastel de 1984, et que jamais au grand jamais on verra du vrai libéralisme dans ce pays qui est foutu et rhoooo le coquinou il m'attache à la table pour un plan bondage rhaaa ouiii tu sais que j'aime avoir mal graou graou, mais voyons Mamour que tu es tête en l'air c'est pas le vibro ça, c'est le couteau à viande ")

...

Non, décidément, tout ça est très compliqué.
Au point qu'on peut se demander parfois si se mettre avec quelqu'un par affinités politiques c'est bien raisonnable.

Surtout depuis que j'ai découvert Zuzana...

Ah...

Zuzana...

Mais voyez plutôt :



RHAAAAAAAAAA ÉPOUSE MOI !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Tu es belle. Tu es Tchèque. Tu t'appelle Zuzana et tu es une Déesse. La première fois que j'ai vu une de tes vidéos sur Youtube, j'ai failli tomber de ma chaise. Depuis, jamais ne me lasse de les voir en boucle. . . aussi. Et , mon Dieu, mon Dieu, là....
Marions nous. On regardera 300 ensemble main dans la main et après on fera des pompes. On mangera du poisson à la vapeur et du riz complet en se dévorant des yeux. Et jamais, jamais on ne parlera de politique. Jamais. Promis. C'est trop compliqué, tout devient compliqué avec la politique, c'est nul, c'est chiant.

Ce ne sera peut-être pas le bonheur. Mais je te promet que ça y ressemblera...

Il faudra quand même une petite formalité de rien du tout, trois fois rien : tu prend ta carte au NPA. Tu fera ça pour moi, hein Zuzana ? Voui, tu le fera. Et totale sera notre félicité...

dimanche 30 août 2009

Breathless

Des propositions. Plein de propositions par Martine Aubry. C'est bien de faire des propositions. Ben oui alors. Il en faut, hein. Et puis ça mange pas de pain, quoi. Donc, Martine Aubry a fait plein de propositions pour s'opposer à Sarkozy, voilà voilà. Et on est bien contents.

Et ?

Et c'est tout. Elle a pondu son catalogue de propositions, et c'est tout simplement abominablement chiant et sans intérêt. Parce qu'il manque quelque chose. Quelque chose d'important, de crucial, quelque chose qui fait que la politique n'est pas se contenter d'aligner des chiffres et du rationalisme économiciste, il manque quelque chose que la droite, elle, a complètement intégré à son corpus idéologique, au point d'en faire son argument-force principal, l'élément qui permet d'enflammer les coeurs et les esprits et mène à la victoire :

Le souffle.

Le souffle, l'élan, l'enthousiasme, la faculté d'insuffler quelque chose de plus grand et de plus noble, quelque chose qui fait sentir qu'en tant que militants on participe à une grande odyssée pleine de périls et de joies, de peines et de sourires, le souffle qui fait dire à ceux qui écoutent l'orateur : j'ai envie d'y croire. J'ai envie de m'engager, de faire quelque chose pour ça, j'ai envie de me casser le cul à fond pour ces idées et les faire chair, même à mon petit niveau. J'ai envie de me battre pour ça, ça m'inspire, ça me donne espoir, ça me fait rêver et je veux que ce rêve soit partagé par le plus grand nombre, et c'est ce souffle, cet élan, cet enthousiasme qui va me donner l'énergie de le faire. De passer par dessus les mesquineries et les calculs d'alliances, les hypocrisies nécessaires et les sourires de façade, de dépasser toute cette bouillie politicarde parce qu'au bout de tout ça, il y a ce souffle, cet élan, cet enthousiasme et j'ai envie d'y croire, bordel !

Y'avait-il quoi que ce soit d'approchant dans ce discours de Martine Aubry ?

Bien évidemment non.

Un catalogue de propositions à laquelle elle-même ne croit sans doute même pas, à l'instar d'une Royal reconnaissant qu'elle avait défendu un programme qui ne lui disait rien (1500 € de SMIC, tss, allons, c'est déraisonnable, n'est-ce pâââs...), mais qu'elle présente parce que Dame, c'est l'opposition (rires) et quand on est l'opposition, ben on présente des propositions, voilà. Des points techniques. Des ratiocinations avec des chiffres pour faire sérieux. D'âme ? Point. Et c'est partout pareil dans ce parti, par ailleurs, il suffit pour s'en convaincre d'aller sur des blogs socialistes : des discussions à n'en plus finir sur des virgules, des écharpages même plus distrayants à force, des contorsions pour justifier le revirement de tel ou telle chefaillon(ne), des petits calculs minables et hypocrites, une bouillie écoeurante à force de bassesse. Je ne vais plus sur les blogs socialistes. C'était amusant à un moment, quand ils s'entretuaient férocement : c'est devenu un marécage sordide de gens repliés sur leurs cuisines internes dont tout le monde se fout. Sauf eux, qui ne parlent que de ça. Et à la prochaine défaite, d'encore continuer, vous allez voir, ils vont recommencer, c'est sûr et certain.

La vérité, c'est que tout le monde dans ce parti a complètement oublié pourquoi ils étaient là.

Des apparatchiks aux militants de base, tout le monde a perdu de vue l'intérêt collectif au profit de la situation et des prébendes de Narcisses carriéristes qui se foutent de tout à part leurs places. Plus de projet, plus d'élan, plus d'enthousiasme, plus de ce qui fait le véritable intérêt de la chose politique, se dépasser soi-même en tant que personne pour participer à quelque chose de plus grand que soi...rien que des stratégies de bacs à sable pour que Machin contourne Machine en niquant Truc au passage afin de s'assurer que Clampin ne s'aille pas avec Bidule...

Ils sont tout perdu.

Et il est impossible, absolument impossible, à quelqu'un de sincèrement de gauche, de verser la moindre larme devant ce naufrage.

Pas peu fier...



(Tautaul dépravécheun)

Le but, c'est me battre, bien évidemment. Et si vous vous posez la question, oui, j'ai déjà vomi sur des gens. Entre autres.

samedi 29 août 2009

Haut et court

"Stress, salaires peu élevés, peur de perdre son job, horaires impossibles... Certains traders de la Société générale (SG) souffriraient-ils de leurs conditions de travail ?"

(Source).

Les parasites pleurnichent et se lamentent, ouin ouin ouin, on est pas assez grassement rémunérés; on travaille plus pour gagner plus mais on voudrait gagner encore plus, et personne nous aime en plus, donnez nous encore plus de sous pour qu'on puisse brasser des milliards et faire absolument n'importe quoi et même parfois tiens, ruiner l'économie, on a honte de rien et la pudeur est un concept abstrait.

Ils se plaignent. Ils osent se plaindre et se rouler en larmes, ils, ou non, pas "ils", non, pas pour eux, ça ose rouspéter parce que ça ne dispose pas d'assez de reconnaissance dans son boulot de nuisible qui prend des "risques" avec le fric des autres, ça se plaint de leurs horaires, ça chougne que c'est stressé de partout, et ça ne se rend même pas compte que ça pousse un bouchon qui a déjà laaaaargement poussé mais alors vraiment loiiiiiiiiiiin et après ça s'étonne que bizarrement, ça ne soit pas très populaire !!!

Mais c'est que ça énerverait presque, dis-donc...

Surtout quand on pense à comment ça se passe pour une infirmière dans un hôpital public, puisque elle aussi subit "Stress, salaires peu élevés, peur de perdre son job, horaires impossibles", ainsi qu'une charge de travail écrasante. Pareil, tiens. Mêmes motifs de plainte.

À une toute petite nuance près, cependant.

Une infirmière, ce qu'elle fait, c'est utile.

Un trader, ce que ça fait, c'est inutile.
Un trader est inutile. Et nuisible. Un trader est un parasite qui vit sur le dos de ceux qui travaillent vraiment en faisant mumuse avec des sommes astronomiques dans le paramonde de la finance mondialisée, sans certainement penser un seul instant qu'une toute partie de ce pognon pourrait être utilisée à faire autre chose que de la spéculation, comme par exemple augmenter des infirmières, ou en recruter d'autres pour alléger leur charge de travail, bref : en faire quelque chose d'utile, et pas servir à payer des sous-êtres en chemise rayée qui passent leur journée le cul devant un ordinateur.

Et qui en plus ont l'inouïe arrogance de pleurer sur leurs salaires.

Est-ce que c'est mal, je veux dire : vraiment mal, quand on lit ce genre d'articles, de penser ne serait-ce que fugitivement à dresser des gibets en place publique juste histoire de se passer un peu les nerfs ? Hein ? Entre nous ? Franchement ?

Et ne faites pas comme si ça ne vous avait pas traversé l'esprit, à vous aussi, hein.


vendredi 28 août 2009

La lutte des classes, c'était mieux avant

Philippe Bilger est parfois très amusant, mais c'est toujours sans le vouloir. La preuve :

"L’hétérogénéité des mondes, aujourd’hui, explique ce passage d’une opposition syndicale traditionnelle à une guerre où le désespoir et les revendications autorisent tout, à une bataille que les contestataires de chaque entreprise menacée veulent sans règles ni pitié, à la disparition du fair-play que même la lutte des classes permettait . A tort ou à raison, une fracture est née puis s’est agrandie qui n’a plus placé face à face le travail des uns et le travail des autres, même pas le travail et le capital, mais le travail et ses contraintes confrontés à l’inutilité spéculative. D’un côté il faut gagner sa vie, de l’autre il faut gagner. D’un côté le travail est ce qui reste pour éprouver encore la sensation et la dignité d’exister, de l’autre on joue. Certes tout n’est pas aussi caricatural dans la réalité financière et économique d’aujourd’hui. Pourrait-on au moins accepter que les entrepreneurs d’hier avaient en partage avec leurs salariés le travail comme exigence commune, défi et souffrance, de sorte qu’une communauté se légitimait ainsi ?

Aujourd’hui, même la lutte des classes est défaite qui impliquait tout de même l’existence d’un rapport, d’une hostilité mais d’une négociation possible. Il est triste de se dire que les salariés en péril sont prêts pour leur cause à tout mettre à feu et à sang, en état de désordre et de destruction, simplement parce qu’ils ne peuvent plus respecter celui qui certes gagnait trop mais travaillait comme eux, plus qu’eux."

En face d’eux, ils n’ont plus que de l’argent. Ils perdent la tête. Il n’y a plus de sens."

J'aimerais beaucoup vivre dans le monde de Philippe Bilger. Ça doit être très reposant. Ou en tout cas, assez confortable pour l'esprit. Puisque si avoir des prétentions à penser la société consiste à se contenter d'aligner poncifs réactionnaires sur lieux communs de bourgeois soi-disant éclairé, l'effort à produire ne doit pas être bien conséquent.

Philippe Bilger découvre avec un effarement sans nom que les possédants ont déclaré une guerre sans merci aux prolos, et ça le laisse baba. Conséquemment, il s'inquiète - à fort juste titre - du désespoir auxquels ces derniers sont acculés. Ensuite, ce genre de chose s'appelle exploitation et captation de la plus-value par la spoliation du travail, et ce n'est pas tellement nouveau. Mais là ou s'alarme Philippe Bilger, ce n'est pas tellement par rapport au principe même de la chose qu'il ne se hasarde certes pas à remettre un tant soit peu en question, non, faut pas déconner, ce qui lui donne des angoisses, c'est le saut qualitatif dans la brutalité patronale qui pousse le salarié à faire des bêtises...

Et Philippe Bilger de se prendre d'une forme de nostalgie pour une lutte de classe old-fashioned, où quand même, hein, le patron, il respectait les ouvriers, et puis les ouvriers, même si ils aimaient pas le patron, y'avait du respect, et le respect ben c'est important, ah la la ma bonne dame, tout fout le camp...

Où l'on voit donc que Philippe Bilger ne sait absolument pas de quoi il parle et dit des conneries grosses comme le congélateur d'Alexandre Adler.

En effet, on serait fort curieux de connaître cet éden disparu où des braves et bons prolétaires à moustaches, bourrus mais au coeur tendre comme il se doit, se mettaient à travailler dans la joie et la bonne humeur sous la conduite bienveillante mais sévère d'un patron qui savait mouiller le maillot et, brave homme lui aussi - pour le réactionnaire, le passé n'est composé que de braves gens sympathiques et courageux, c'est proprement ébouriffant ; à croire que le salaud ordinaire ou l'ordure intégrale et vicieuse ne sont qu'une invention récente et fâcheuse qui trancherait avec un passé auréolé de saines valeurs - n'exploiterait ses salariés qu'avec un pincement du à sa conscience d'honnête homme et savait à l'occasion se montrer pétri d'une humanité déchirante...

Conséquemment, dans cette vision idéalisée des rapports sociaux, tout n'allait pas toujours pour le mieux, c'est bien dommage mais la nature humaine est ainsi faite, n'est-ce pas... - autre tarte à la crème réac : il n'y a pas de rapports de domination, mais une "nature humaine" pondue d'on ne sait trop où, ce qui évite de se poser quelque déplaisantes questions du genre : est-il bien normal qu'une arrogante minorité brise les reins de la majorité ? En quoi se genre de choses est-elle "naturelle" ? Mais poser la question comme ça finirait par des têtes au bout des piques -, mais au moins, ben y'avait de la considération dans chaque camp, allez...

Et là, patatra : la méchante Spéculation arrive, et ce bel ordre des chose d'avant, il est tout cassé. Vilaine, vilaine Spéculation, alors qu'avant, dans l'exploitation ordinaire, tout allait tellement mieux et les salariés fermaient leurs gueules. Au lieu que de livrer à présent et le passage mérité d'être cité puisque valant son pesant de mépris de classe, à :

"du chantage, de la violence et des exactions brandis comme menace ou réels."

Parce que oui, remettons les choses à leur place : ce sont les ouvriers qui se livrent à "du chantage, de la violence et des exactions brandis comme menace ou réels". Les patrons eux se contentent d'exagérer un peu et de ne pas être gentils, tout de même...

Gageons que si Philippe Bilger avait existé au XVIIIème siècle, il n'aurait pas fait faute de tenir un journal où il déplorerait l'outrecuidance de la populace qui fait n'importe quoi en prenant des Bastilles, tout en admettant du bout des lèvres qu'il faudrait peut-être moraliser l'aristocratie...


jeudi 27 août 2009

Rêves de gauche

"On peut douter de la portée d’un projet de « reconstruction de la gauche » qui se contenterait de dresser un catalogue de mesures en faisant l’économie d’une réflexion en profondeur sur les représentations et sur les valeurs qui les sous-tendent. C’est tout l’univers mental de la gauche, idées, rêves, langage, images, qui est aujourd’hui anémié, pour des rais ons en partie externes et en partie internes. Non seulement elle est victime du chantage au totalitarisme qu’autorise le triomphe du libéralisme sur le système soviétique comme sur le modèle social-démocrate, mais elle paie d’avoir trop longtemps différé son nécessaire retour critique sur elle-même. Résultat : au moment où ceux qui manipulent les affects des classes moyennes et populaires pour les amener à penser, à rêver et à voter contre elles-mêmes atteignent un niveau de virtuosité et de sophistication inégalé, ceux qui les défendent restent impuissants à se faire entendre d’elles.

Aujourd’hui, il n’y a plus de système capable de rivaliser avec le modèle dominant et les idéaux qu’il met en circulation. L’une des tâches les plus urgentes et les plus passionnantes, pour les années à venir, pourrait être de rassembler tous les éléments épars qui permettraient d’en rebâtir un ; un ensemble de références, d’idées, de représentations, qui tirerait les enseignements des erreurs passées, et qui ne serait pas aussi massif que l’a été le contre-modèle communiste — ce ne serait ni possible ni souhaitable —, mais simplement vivant, cohérent et crédible.

Il ne faut pas se cacher, cependant, que la gauche est mal armée pour cela. D’abord, elle répugne à accorder la moindre attention aux formes (…)elle a tendance à s’enfermer elle-même dans un langage routinier, dans le ressassement de slogans usés qui se limitent à servir de points de ralliement à ceux qui se revendiquent du côté du Bien, avec un souci de renouvellement à ce point inexistant que, pour ma part, si forts que puissent être mon attachement à l’utopie et mon rejet du libéralisme, je me sens aujourd’hui prête à assassiner quiconque viendrait m’annoncer qu’un autre quoi-que-ce-soit est possible ou que je-ne-sais-quoi n’est pas une marchandise. Elle se berce ainsi d’une autosatisfaction un peu courte et oublie que la qualité et la force du langage sont intimement liées à celles de la pensée.

La gauche doit-elle vraiment être cette chambre stérile, cette bulle pasteurisée où l’on se protège de la contamination des discours dangereux et où l’on nie jusqu’aux ambiguïtés et aux turpitudes inhérentes à la nature humaine ? N
e serait-il pas plus intéressant d’en faire un lieu où l’on puisse, certes, se nourrir d’autres formes de pensée et de création — sans se cantonner à celles qui sont officiellement promues comme alternatives ou subversives —, mais aussi, plus largement, un poste d’observation du monde où l’on ne craigne de se colleter ni avec l’ennemi, ni avec ses propres contradictions, et où l’on fasse confiance à l’intelligence et au discernement de chacun ? Un discernement que l’on pourra d’ailleurs difficilement cultiver si l’on ne se confronte jamais à ce que l’on dénonce."



Mona Chollet, « Rêves de droite », chap. « Portrait de la gauche en hérisson ». Disponible en intégralité ici.

Le livre est à lire dans son entier, mais le chapitre dont sont extraites les citations ci-dessus est indispensable. Pour ne pas dire déterminant. Car il met le doigt là où ça fait le plus mal : le rejet suspicieux de toute notion de « forme » à gauche, et particulièrement dans la vraie gauche (la fausse gauche frelatée étant trop occupée à se bouffer la rate avec des primaires grotesques dont tout le monde se fout).

On me rétorquera que ce qui compte c’est le fond. Que ce sont les questions sociales et économiques qui prévalent, et pas l’enrobage. Que se laisser aller à des « compromis » sur la « forme » est une pente glissante qui risque trop de dénaturer la « nature profonde » du « message ». Et que de toutes façons, on s’en fout, vu qu’Olivier passe bien à la télé…

Sauf que non. Je suis de plus en plus convaincu que mettre de côté les questions de formes d’un haussement d’épaules méprisant n’est pas seulement passer à côté d’innovation stylistiques ; c’est une erreur stratégique majeure. La forme, c’est n’est pas seulement une question de dire les mêmes choses différemment – ce qui serait déjà énorme ! - : c’est tout ce qui peut parler aux imaginaires et aux représentations. Tout un univers mental construit à partir d’idées pour les faire partager à d’autres, à ceux qu’on souhaite convaincre du bien-fondé de nos propositions. Et ce travail n’est pas fait, n’est pas là. Nous ne le faisons pas. Pis : nous n’osons pas…

Combien en connais-je, de camarades, braves et belles et bonnes personnes, intelligentes et cultivées et drôles, capables de traits d’esprit fins et caustiques, qui dans la conversation synthétisent une analyse politique complexe en deux phrases simples et accessibles, avec en plus l’élégance de l’humour…

…qui quand elles se retrouvent devant leur traitement de textes pour écrire qui un tract, qui un texte, peu importe, produisent un brouet infâme de lourdeur et d’illisibilité, qui sera distraitement parcouru par les happy-fews qui sauront décrypter la vulgate qui s’y trouve…

Pourquoi ?

Parce qu’au moment de l’acte d’écriture, qui consiste tout de même à mettre des idées en « formes », une sorte de démon malveillant leur susurre : « Aaaatention ! Pense aux masses ! Pense à la pédagogie ! Pense à la lutte des classes ! Pense au Parti ! Pense aux camarades ! Il y’a une ligne et une façon de dire cette ligne : n’en dévie au grand jamais !!! ».

Mais si ça ne concernait que les tracts, ce serait encore anodin. C’est en fait bien pire que ça. Si on ose un parallèle, le « fond » qui est discours et la « forme » qui est mélodie, il y’aurait une sorte de chanson politique qui parle aux oreilles du pékin lambda, ou en tout cas qui plait à certains, moins à d’autres, c’est pour ça qu’il y’a toutes sortes de chansonniers et toutes sortes de publics.
Nous avons les paroles.
Mais nous n’avons pas la musique.
Et le slam, c’est bien sympa ; mais sans musique derrière, ça restera dans des cercles toujours restreints.

C’est pour ça que tout le travail sur cette forme, sur l’audace de s’affranchir des manières de dire - obscures pour le commun et qui surtout ne lui parlent pas - va encore plus loin que de changer des mots mais est surtout une démarche de repenser comment on voit la politique. Il s’agit rien moins que de chercher à toucher les autres non seulement par un discours de raison ; mais aussi par un discours d’affect. On s’adresse à leur cerveau : il faut parler aussi à leur âme.

Le chantier est énorme. Mais la gauche ne se sortira pas de son ornière actuelle sans intégrer cette donnée fondamentale : le travail sur le symbolique, sur les schémas mentaux, sur ce qui se passe dans les têtes. Le travail qui consiste non seulement à revendiquer du matériel, et aussi à préparer le terrain psychologique à une échelle de masse pour que nos idées germent dans le plus possible d'esprits.

Et pour ça, il faut se mettre en danger.
Sortir des cocons rassurants des cénacles militants, des formules absconses, de nos propres conforts personnels, de ce surmoi paralysant qui nous murmure "Rhoon, non, tout de même, je peux pas dire ça, rhooo, qu'est-ce qu'on va penser...". En finir une bonne fois pour toute avec l'élitisme militant sclérosé et sclérosant qui tremble dès qu'il est question de faire un pas de côté et se recroqueville dans sa petite famille douillette en proclamant qu'il veut le bien commun...et reste en permanence dans l'entre-soi des camarades. Sortir de nos propres entiers battus en ayant suffisamment confiance en nous et en nos idées pour savoir qu'on ne se perdra pas en route et que les objectifs sont clairement fixés dès le départ.

Et l'objectif, principal, essentiel, c'est partir à la reconquête des esprits. Les rêves de droite nous tuent : il faut créer des rêves de gauche. Recréer un imaginaire progressiste avec ses héros, ses symboles, ses dates historiques, ses victoires et ses défaites aussi, tout assumer, tout mettre à plat, pour repenser une vision du monde de gauche et donner à partager cette vision.

La question de la "forme" va bien au-delà des questions de comment on écrit des tracts ou des billets de blogs : c'est rien moins que la condition sine qua non des victoires futures.


mercredi 26 août 2009

Post traumatic Stress Disorder

Ce serait pas pour s'acharner, mais il faut lire la suite du témoignage d'Elise Berthet sur sa vie sans Internet, parce qu'au delà de la petite dépression qu'elle est en train de nous mijoter - elle aligne tous les symptômes dans l'ordre de la junkie en pleine descente, c'est vraiment frappant -, il y'a peut-être quelque chose à comprendre sur la façon dont est fabriquée l'information. Que ça se passe au Monde n'a qu'un relatif intérêt, on peut partir de l'hypothèse qu'il en est de même partout.

Mais d'abord, offrons nous le plaisir d'être un peu méchant avec notre bobotte. Oui, c'est gratuit, et se moquer du malheur des gens, ce n'est pas bien. Mais tout de même, admettez que quand on lit des choses de ce genre :

"Pour éviter la tentation, je n'ai prévenu personne de ma soudaine déconnexion. Mes amis IRL ("in real life", à savoir dans la vraie vie) sont tous plus ou moins accros au Web. La plupart de nos communications, de nos états d'âme et de nos fous rires passent par la Toile. Pas un jour sans que je ne chatte avec l'un d'eux sur Gmail ou MSN. Pas une semaine sans que je ne visite leur page Facebook. Des parties de Questions pour un champion online au visionnage compulsif des meilleurs clips de Kate Bush, Internet a même envahi nos soirées pour devenir une pratique collective. Impossible de l'éviter. Alors, par peur de la tentation ou par manque évident de volonté, j'ai préféré me calfeutrer."

Et qu'en plus on les lit dans dans un grand quotidien national, il y a de quoi se crisper un peu : rappelons que notre Elise s'est volontairement privé d'Internet pendant une seule petite semaine, et elle en parle comme si elle venait de perdre un parent proche...

("Dans ma chambre, le temps s'est comme figé. L'air est immobile et les heures se dilatent. Pas un bruit ne résonne dans l'escalier. Pas un tintement de clé. Sans connexion, je me sens comme écrasée, abrutie par le vide. Je vis dans un demi-sommeil, prostrée devant mon écran. Le corps engourdi et l'esprit embué. La radio crachote. J'ai l'impression que la lassitude a pris le pas sur la frustration." Non, cette jeune femme ne vient pas d'enterrer son père emporté par une maladie longue et incurable : elle n'a plus Internet. Oui, c'est tout. Et c'est un peu inquiétant, tout de même...).

Zéro adaptabilité, zéro réflexe de "survie" élémentaire - décrocher téléphone. Appeler gens. Voir gens en vrai. Prendre vélo pour se promener. Lire livre. Refaire déco appartement. Sortir bourrer gueule. Faire sexe. Militer NPA -, notre web-addict ne peut que se traîner douloureusement dans le souvenir de l'être perdu. C'est assez triste, oui. Même si nous réserverons notre compassion à des personnes qui en bavent un peu plus au quotidien, parce que faut pas déconner non plus.

Ensuite, ce qui est frappant, c'est qu'au delà du cas individuel d'Elise Berthet, elle livre un éclairage intéressant sur comment se passe la vie d'un jeune journaliste de grand quotidien. Portrait d'une génération aisée issue des grandes écoles de la République, ayant eu à peu près tout ce qu'ils voulaient, n'ayant pas eu à affronter de cruels séismes personnels et accro au Ouèb jusque dans ses formes les plus régressives, ces jeunes gens se font embaucher dans des journaux pour pisser de la copie qu'ils trouveront pour l'essentiel en tapotant sur Google.

Si il n'est pas question de se laisser aller à une inutile nostalgie sur "les vrais journalistes d'antan qui mouillaient la chemise, pas comme ces jeunots blablabla", on peut tout de même se poser une question : si on part de l'hypothèse que le cas d'Elise Berthet n'est nullement isolé ; qu'elle ressemble psychologiquement et sociologiquement à la majorité des collègues de son âge ; et que cette catégorie de gamins (EB a 23 ans) sont les soutiers de l'information qui composent de plus en plus l'essentiel des rédactions...

Qu'ont-ils à dire sur le monde ?

Expérience de vie : néant. Culture : néant. Loisirs : Internet.

Que savent ces gens de ce qui les entoure ?

Quel recul ont-ils pris sur les choses ? Quelles sortes de gens différents ont-ils rencontré ? Quel sorte de vécu, et partant de vision du monde au sens de recul critique par l'accumulation d'expériences et des bilans qu'on peut en tirer, ont-ils construit ?...

On s'étonne moins, ainsi, d'une standardisation croissante de l'information : incapables d'esprit critique, inaptes à tout approfondissement, dépolitisés jusqu'au vertige, ne vivant que recroquevillés dans leur petite bulle relationelle, ce sont eux qui chaque jour traitent l'information pour nous la restituer. Étant de plus fortement encouragés à courber la nuque par leurs directions et la ployant d'autant plus facilement qu'ils n'ont pas les outils pour penser faire autre chose, ils iront toujours dans le sens du vent qui souffle. Et si parfois ils pourront commencer de se poser des questions sur leur métier, gageons que ce genre de sottises leur passeront bien vite.

Surtout si pour se consoler, ils peuvent faire de captivantes "parties de Questions pour un champion online".


mardi 25 août 2009

Vocation

Copié/collé du mail envoyé à la rédaction du quotidien Le Monde :

"Madame, Mademoiselle, Monsieur,

C'est avec une immense surprise doublée d'un fol espoir que j'ai lu le captivant article de votre consœur Elise Barthet, "Ma vie sans Internet", tentative particulièrement audacieuse pour ne pas dire téméraire de se passer du Ouèb une semaine durant. Pour vous dire la vérité, ce témoignage poignant m'a proprement bouleversé ; le choix de cette jeune femme, à des fins d'expérimentation sociale et personnelle, de se couper d'Internet pendant une semaine entière !!! est proprement époustouflant d'audace mêlée d'un courage proprement insensé. Si nous pouvions encore émettre quelques doutes, à présent nous n'en avons plus : les mémoires de Jack London et d'Upton Sinclair sont entre de bonnes mains, grâce à une aventurière telle qu'Elise Barthet, véritable kamikaze du haut-débit qui n'a pas hésité à repousser les frontières du possible, en tout cas jusqu'au bout de la rue Auguste Blanqui du 13ème arrondissement.

Et certes, ce ne fut assurément pas facile. Elise Berthet a souffert. Dans sa chair. Dans son âme. Elle le dit elle-même, et de quelle désespérée manière :

"pour une jeune journaliste de 23 ans, nourrie aux mamelles du numérique, c'est l'enfer, une plongée dans un monde sans lien, lent, fragmenté"

C'est simple : j'ai failli fondre en larmes. Une journaliste du Monde découvre qu'un MONDE existe en dehors de Google, et l'abîme aussi regarde en elle.

Subissant les mesquineries cruelles de ses collègues, tourmentée par des chefs d'un cynisme qui glace le sang, désorientée par la perte de ses repères, Elise ne se laisse pas abattre : elle doit écrire son article. Elle le doit. Il le faut. C'est son devoir. Et là, dans un geste à la fois sublime et quasi-suicidaire, elle se se jette dans l'irréparable : elle décide, fière amazone, de "prendre un café, un bus et de traverser le 13e arrondissement de Paris". Pour aller à la documentation de son journal.

À ce moment, il a fallu que l'interrompe ma lecture pour aller au Casino du coin de ma rue me réapprovisionner en Kleenex.

La description, dantesque, des archives papiers du Monde (oui, vous avez bien lu : des archives papiers ! au XXIème siècle ! Mais dans quelle antre de noire folie s'est donc risquée notre Elise ???) achève le lecteur par la découverte d'une réalité qu'il ne pouvait qu'à peine soupçonner.

Et si seulement ça s'achevait là...
Mais rien. Non. Rien de ce tragique périple au bord des gouffres ne nous sera épargné.

"En deux heures, j'ai emmagasiné suffisamment d'informations pour cerner un peu mieux mon sujet. Reste à en discuter avec les personnes concernées : experts, marchand de pétrole ou simple Groenlandais. Commence une longue série de coups de fils aux renseignements."

Et c'est là, vraiment là, à ce moment précis, que commence la partie la plus éprouvante :

Une journaliste est obligée de parler à des vraies gens dans la vraie vie !!!

J'ai pris d'assaut la pharmacie du quartier en exigeant des anxiolytiques les plus violents possibles.

Et la fin de l'article, qui atteint un tragique que n'aurait pas renié un Sophocle, nous fait proprement toucher du doigt l'absurdité de l'humaine condition. Sisyphe ? Grosse tapette comparée à notre Elise, qui conclut avec une amertume à foutre le cafard à Trent Reznor :

"Je suis restée seule à la rédaction avec mes clopes, mon carnet de notes et mes sept cafés. Les mots ne viennent pas. J'ai perdu un temps fou (trois heures, peut-être quatre) à pêcher des contacts. Le sentiment d'avoir passé la journée à me battre contre des moulins. Et tout ça pour quoi ? Un article que personne ne lira jamais. Je n'ai pas réussi à le finir à temps."

Les pompiers ne m'ont empêché qu'in extremis de sauter du pont des Catalans.

Mais ce n'est pas pour ce témoignage que Madame, Mademoiselle, Monsieur, je vous écris présentement.

C'est afin de rien moins que de postuler au poste de journaliste au sein de votre rédaction.

En effet, je me suis rendu compte avec éblouissement que tout ce que faisais ces jeunes gens, je l'accomplissais également tous les jours sur mon joli blog : recherche d'informations pertinentes, tri, rédaction quotidienne d'un billet, semblant de rigueur dans la présentation : je peux assurément et aisément remplacer au pied levé n'importe lequel de ces glands. Et sans avoir eu besoin de me faire chier à Science-Po Paris, en plus. Puisque, soyons sérieux, nous savons pertinemment ce qu'il en est de ces jeunes imbéciles, n'est-ce pas ? Diplômés analphabètes, infoutus de lire un livre en entier, d'une inculture vertigineuse, se contentant de recopier des dépêches à la chaîne, ne disposant d'aucune expérience de vie un peu marquante qui leur donnerait une densité de vécu et la profondeur humaine qui va avec, passant leur vie devant un écran à échanger des conneries sur de ridicules "réseaux sociaux", n'ayant de plus jamais le temps de fouiller un peu ce qu'ils écrivent pour cause d'obsession de la rentabilité immédiate, ces braves petits bobos sont bien gentils, mais que peuvent t-ils peser en face de l'Incontesté Meilleur Blogueur De Gauche ?

Nous sommes d'accord.

Pour ces raisons, Madame, Mademoiselle, Monsieur, vous ne pourrez que répondre favorablement à ma candidature, qui me permettra de gagner grave de thunes sans bouger de chez moi, pour une ou deux heures de boulot max. Je vous assure en échange de fournir des articles de qualités sur les sujets les plus actuels mais aussi les plus improbables, mon immense plasticité intellectuelle m'autorisant toutes les audaces.

Bien à vous et veuillez agréer toutes ces sortes de choses,

CSP".


"Artiste de guerre"


De bien belles photos. Surtout celles de visages de soldats en gros plan, dans le style "hardcore" très prisé depuis quelque temps par ceux qui veulent donner un plus "réaliste" à leurs images : contrastes à donf, désaturation, grains gros comme le poing, mise en scène de visage aux traits tirés où la moindre ridule apparaît - ce genre de composition transformerait un emo kid poupin en Clint Eastwood buriné -, visages de soldats qui ne sourient pas : on est en guerre...

Comme quoi, la guerre, quand c'est pris en photo par un professionnel, ça peut devenir joli. En somme. Enfin, une partie de la guerre, la partie qui n'est pas au combat et crève en essayant de retenir ses boyaux en hurlant après sa maman. Ou la partie avec des villages rasés et des cadavres de femmes et d'enfants partout. Ce doit être très difficile d'esthétiser ce genre de sujet, sans doute...

Mais c'est vrai qu'avec un peu de bonne volonté, on peut rendre agréable à l'oeil à peu près n'importe quoi ; Yann-Arthus Bertrand y arrive bien avec une nappe de pétrole en mer, ou des glaciers en train de dériver pour cause de fonte de la calotte glaciaire. Des évènement tragiques en eux-mêmes, mais pris du ciel et magnifiés par le "regard de l'artiste", la tragédie devient oeuvre d'art : on injecte une couche de joli sur le révoltant, et on met à distance les véritables significations. La guerre est atroce ; mais ça peut faire des photos extraordinaires. La pollution est une catastrophe ; mais ça rend super bien à l'image. Et il n'est nullement anodin ici que Robert Wilson vienne de la publicité : ce "métier" ne consiste t-il pas à vendre toutes les merdes possibles et imaginables sous un packaging attrayant et distrayant ? Ripoliner le monde, créer des villages Potemkine partout où se pose le regard occidental - car c'est toujours un regard d'occidental qui enjolive l'abomination : les locaux se contentent de la vivre, ou d'en mourir le cas échéant.

Impérialisme du regard, impérialisme par l'oeil : tout, absolument tout se justifie par l'esthétisme. Hemingway a écrit des pages superbes sur la corrida. Et du moment que ç'est "beau", n'est-ce pas. Changer les choses, c'est bien trop compliqué, on se contentera de les considérer d'un oeil artistique et distant. Peut-être même s'accordera t-on le luxe de s'émouvoir. Peut-être même pourra t-on pendant quelques secondes passer au delà de l'image et se demander ce qu'il y a derrière ce moment figé, et jouer avec le malaise que provoquera immanquablement le fait de se demander ce qui peut se passer hors-cadre. Avant de passer à la jolie photos suivante.

Tous les esthètes sont des gorets réactionnaires.

lundi 24 août 2009

Myorelaxant

C'est la rentrée, ou presque, et il va falloir, las ! reprendre le labeur. Et vous n'êtes pas contents, et comme ça se comprend...Rien qu'à la pensée qu'on va devoir se fader encore le Nain vagal et ses tristes sbires, pendant que les socialistes de marché passent leur temps à se demander comment ils vont se suicider, et en plus il va pleuvoir : en un mot, ouin ouin ouin, ce monde est décidément trop méchant.

Alors moi, dans ces cas là, j'ai un joujou extra, qui fait crac boum hue. Quand je me sens d'humeur un peu bof-bof, un peu mouais mouais, traversant ces inévitables passages grisounets de la vie quotidienne, j'ai un truc pour avoir à nouveau la patate. Pour me payer une bonne tranche de rigolade qui fait du bien. Pour évacuer toutes les tensions et le stress et pour me détendre un grand coup en me disant que mon Dieu mon Dieu, il y'en a qui ont des problèmes que je n'aurai jamais à affronter...

Mais me demanderez-vous, quelle est cette stupéfiante médecine ? Vite CSP, vite, donne nous la recette de cette prodigieuse potion qui soulagera nos maux, de ce baume enchanté qui apaisera nos corps et enchantera nos esprits ! Toi, Incontesté Meilleur Blogueur De Gauche et Homme-Médecine de l'Âme - au point que tu devrais être salarié par la Sécurité Sociale pour le Bon et le Bien que tu apportes à tes milliers de lecteurs/teuses enamourés -, montre nous le chemin vers le Bien-être et la Sérénité, nous t'en conjurons !

Et bien, c'est très simple. C'est à la portée de tout un chacun. Et en plus c'est gratuit.

Je vais chez les cas sociaux de Liberaux.org.

Et à chaque fois, j'insiste ! À CHAQUE FOIS ! Ça marche...je me sens mieux. J'ai bien ri. Je me suis détendu de fort agréable manière. Et je me suis rendu compte qui si parfois il m'arrive, comme tout un chacun, de me poser foule de questions existentielles, blablabla, je comprends à la lecture de ce délicieux forum et de sa douzaine max d'intervenants qu'il y'en a sur cette planète qui ont, eux, de vrais problèmes...

Prenons le topic "politique et questions de société", le premier qui tombe sous la main, et musardons au hasard dedans. Mieux que la chasse aux truffes, on est assuré de tomber sur des pépites d'impressionnante taille, voyez :

"les transports collectivistes c'est sale, c'est moche, c'est dangereux, plein de racailles, de touristes étrangers, ça pue et c'est toujours en grève. Le pire, c'est qu'il faut se taper ensuite la propagande citoyenne façon 1984 avec les campagnes d'affichage gouvernementales placardées à chaque occasion."

(Il est à noter que ces nos amusants fous, la référence à 1984 est systématique : ils sont en effet sincèrement convaincus de vivre dans le livre d'Orwell, et rien que ça les rend follement distrayants).

"de reculade en reculade du gouvernement, de papouilles clientélistes en gestion boutiquière des socialistes de droite, cédant aux exigences les plus fantaisistes de syndicats recourant aux menaces physiques et aux violences racistes (LKP), à force de pointer du doigt les patrons voyous, la surenchère gagne logiquement du terrain, les groupes d'oppression gagnent en confiance, durcissent leurs troupes, les revendications et le rapport de force se tendent, chacun peut désormais se demander "pourquoi pas nous" et le conflit d'intérêts devient ingérable."

(Le bolchèvisme intrinsèque à la société française gagne chaque jour un peu plus de terrain. En tout cas, eux, ils y croient très fort).

"Un syndicat français, c'est l'outil indispensable du docker d'Amsterdam pour lui conserver son travail, l'assurance pour ce dernier qu'il n'aura pas de concurrence, et toute la force de frappe utile du communisme révolutionnaire dans un pays en totale déconnexion du monde réel."

(C'est moi qui souligne, tellement c'est mignon).

"Le Pen, je le placerais à côté de ce crétin de postier et de la dame Aubry: Même croyance en l'Etat comme étant la solution aux "problèmes" de la vie en collectivité, même vision pessimiste de la liberté et de l'action humaine...Il est national socialiste qui est une branche du socialisme et du dirigisme."

(De l'analyse politique de haute volée. En fait, Le Pen est de gauche, et oui, moi aussi je suis sur le cul. La question étant à la fin : mais qui est donc de droite pour ces chères âmes ?...).

"les millions de libéraux dupés espéraient en élisant Sarkozy,le renouveau du libéralisme,de la liberté d'entreprendre et d'échanger,le droit à la propriété individuelle garantie,le recul de l'état et pourtant ils ont eu et ont toujours le chef d'état le plus dirigiste et interventionniste que la France ait connu depuis ... Napoléon Ier."

(Sarkozy quant à lui est une taupe trotskyte, en doutiez-vous ?)

"Bayrou présente ses voeux...et confirme son virage communiste"

(Titre d'un sujet, ils sont partouuuuuuuut !!!!!)

"La France est loin, très loin d'être prête à accueillir le libéralisme. Et je pense que ça ne va pas aller en s'arrangeant. C'est pour cela qu'une bonne option pour un(e) libéral(e), c'est l'expatriation. Le "faux facteur, vrai manipulateur" Besancenot et ses amis ont des beaux jours devant eux dans la douce France; pas nous."

(Régulièrement, il y'en a un qui fait une petite déprime, et c'est vrai que ça doit être difficile, quand même, de vivre sans cet enfer brejnevo-bourdieusien...)

Ah...

Et il y'en a des centaines, des milliers, comme ça. Un mine, vous dis-je. Mais attention : c'est une médecine certes roborative, mais à prendre à petite dose. Au bout d'un moment, à force de lire des tsunamis d'imbécilités écrites par des aigris qui oublient trop régulièrement de prendre leurs pilules, on finirait par être blasés et ne plus goûter l'exquise saveur de ce prodigieux forum.

Et admettez que ce serait dommage.

dimanche 23 août 2009

Popularité négative

C'est donc le début de la "rentrée politique", et celle-ci de s'inaugurer par la reprise des articles - de merde - nous concernant, puisque la presse - qui ment - ne peut décemment pas laisser passer une occasion de montrer l'à quel point on est très très vilains et très très méchants. Et en plus, on va faire perdre le Parti "Socialiste", si on vous le dit (lequel au passage n'a jamais eu besoin de nous pour se vautrer dans les grandes largeurs, mais bon. Attendons qu'il mette la langue avec le Modem et/ou Europe écologie, et là, on a carrément pas fini de rigoler).

Marianne ayant ouvert le bal En débitant de plates sornettes sur notre Université d'été - où je ne suis hélas pas allé pour, disons, des raisons personnelles -, nous ne nous appesantirons pas sur cet article sans intérêt. Qui pose cependant une question en creux : où est-ce que Marianne recrute ses rédacteurs ? Non seulement ces gens ne savent pas écrire, ce qui est embêtant mais tout le monde n'a pas mon talent, n'est-ce pas, mais surtout j'ai peine à trouver lorsque je me risque à la lecture de ce canard - de merde - quoi que ce soit qui ressemblerait à des analyses un tant soit peu construites, c'est à dire une capacité d'aligner trois idées à la suite en tâchant de trouver ce qui peut les relier ensemble et d'en tirer prospectives et conséquences. Même dans le Figaro, on peut tomber par accident sur ce genre de choses, de plus en plus rarement depuis que le journal a été repris par Serge Dassault, certes, mais tout de même : on peut. Il suffit d'être - très - patient. Or, dans Marianne, rien de celà : une succession de brouets affligeants - et très mal écrits, insistons, ce qui rend une lecture dèja pénible franchement oppressante, au bout d'un moment - pondus par des gens qui semblent parfaitement incapables de...réfléchir. Tout simplement. Ensuite, bon, c'est centriste, à la base, Marianne, ce n'est pas comme si ce courant politique avait un jour produit quoi que ce soit intellectuellement viable. Mais quand même, c'est lassant, à la longue.

Bref.

Libé s'y colle aussi, donc, parce que rentrée politique et universités d'été de tout le monde dont de nous, voilà. Laquelle a réussi à blinder à mort Port-Leucate (1300 personnes, hypothèse basse) et franchement, heureusement qu'on est un mouvement en pleine déliquescence subissant une massive hémorragie militante, parce que sinon y'aurait jamais eu assez de couscous pour tout le monde, dis. Et Libé d'inviter Philippe Raynaud, qui est prof à Science-po et relativement objectif nous concernant, puisqu'il se contente de nous haïr gentiment. On saluera l'effort de Libération, qui aurait pu demander son avis à quelqu'un qui nous agonit franchement. C'est méritoire.

Ceci dit, Philippe Raynaud a beau être agrégé et docteur en plein de trucs, son niveau d'analyse du NPA pourrait le faire écrire dans Marianne : enfilade de poncifs creux comme une forêt de bambous, son discours se contente de reprendre à la lettre les antiennes ennuyeuses à force d'être rabâchées qu'on peut lire partout. En gros, le NPA, c'est tout pourri, ça marchera pas, d'ailleurs personne nous aime, et on fait le jeu de la droite. Bon. Et une fois qu'on a dit ça ? Ben rien, justement. Rien d'autre. Et de conclure en s'empressant de nous enterrer vivants, ça marchera pas : parce que ça marchera pas, et hop, emballé c'est pesé. Il n'est pas très difficile d'en conclure que ce que pense Philippe Raynaud, c'est surtout qu'il prie ses grand dieux que surtout ça ne puisse jamais marcher un jour, cette funeste affaire, brr, Hayek nous en préserve. Ensuite, transformer cette variante de la méthode Coué en analyse politique, c'est un peu léger, tout de même.

Mais bon : entre les bureaucrates cégétistes qui nous font la gueule, les politologues qui dansent autour du totem pour conjurer la menace esstrèmegochiss, les journalistes bidons qui nous prédisent une mort politique atroce, et les blogueurs libéraux aigris et dépressifs qui se croient originaux alors qu'ils se contentent de recopier les articles de Valeurs Actuelles en les faisant passer pour une prose anticonformiste (rires) (lisez quelques billets de ce pauvre garçon, je vous prie : ça fait presque de la peine...), je crois qu'on est bien entourés. Si on mesure sa popularité au nombre de gens qu'on peut faire chier, gageons que celle-ci va connaître cette année une explosion sans précédent.

J'attends ça avec gourmandise.


samedi 22 août 2009

Soyons un peu original

Difficile de dire si il s'agit d'un bidule estampillé "officiel" ou d'une initiative personnelle, tant au P"S" chacun fait fait fait c'qui lui plaît plaît plaît, toujours est-il qu'on peut consulter en ce moment une désopilante pétition pondue par Paul Quilès, ancien ministre socialiste, dans laquelle il demande gentiment aux traders et autres escrocs incompétents et nuisibles d'arrêter d'être si méchants. C'est vraiment trop chou, voyez plutôt :

"Notre démarche vise à montrer que les gouvernements des grands pays (...) doivent prendre des décisions fortes, pour transformer un système qui conduit à des ravages économiques et sociaux considérables (...) prenons-les au mot et demandons leur d'en finir avec ces comportements, dont les excès et l'immoralité sont de plus en plus souvent dénoncés. Sinon, les déséquilibres de l'économie mondiale vont s'accentuer et ceux qui souffrent des effets de la crise risquent d'être poussés à bout."

Ouaou. Comment que ça envoie le bois chanmé. Les pays industrialisés vont se réunir en conclave, et il y en a qui espèrent sincèrement que ça va tout déchirer au niveau du gros pognon dodu. Mais croire encore aux contes de fées à un âge avancé, est-ce bien raisonnable, Paul Quilès ? Franchement ?

Bon, et on fait quoi, sinon ? Ben on signe la gentille pétition, pardi. Laquelle on va le voir fait un peu peur quand même, tant elle est ébouriffante d'audace dans la radicalité sans concessions, crénom :
  • "l'instauration d'une taxe sur l'ensemble des réseaux de la finance internationale : les sommes prélevées financeraient les grandes causes mondiales : protection de l'environnement, lutte contre le réchauffement climatique, politique de l'eau, lutte contre la faim…
  • le contrôle strict de l'activité des banques par l'Etat, chaque fois qu'il est présent dans leur financement
  • la limitation de la rémunération variable des traders, en pourcentage de leur rémunération fixe
  • la fixation d'un impôt dissuasif sur les hauts revenus : souvenons-nous qu'aux Etats-Unis, dans les années 1930, le taux marginal d'imposition des revenus supérieurs à un million de dollars était supérieur à 90%"
Oui, c'est une plaisanterie.
Il ne faut jamais se lasser de répéter de rudes et roboratives évidences, même si au bout d'un moment ça finirait par lasser : le capitalisme ne se moralise pas. Tout simplement parce qu'il est impossible d'y introduire une quelconque "morale" puisque c'est un système qui est par essence amoral. Son but n'est pas le bien-être collectif mais l'accumulation de profits et ce sans fins ni limites. Punto. Qu'est-ce qu'il y a donc de compliqué là-dedans ? Qu'est-ce qui dépasse à ce point nos "élites" pour qu'elles refusent de comprendre ce que peut piger un enfant de trois ans ?

Peu importe. Personne de toutes façons n'attend plus rien d'un socialiste quel qu'il soit et avec raison ; mais on pourrait, en se laissant entraîner par un peu d'imagination, se dire qu'une autre pétition est possible...qui pourrait par exemple prendre cette forme :
  • Faire cracher de gré ou de force - et de force de préférence - la totalité de cette caste parasitaire que sont les banquiers et leur faire rendre gorge, pour reprendre l'heureuse expression de notre Gourou, jusqu'à ce qu'ils en crèvent les uns après les autres, ces rats. Il n'est en aucune manière question de leur donner le moindre choix : c'est comme ça et pas autrement, connard. Et les envoyer en taule après des procès retentissants. Et qu'il s'estiment heureux qu'on en prenne pas quelques uns au hasard pour les pendre en place publique.
  • Nationaliser la totalité du système bancaire, avec expropriation - la plus brutale et inique possible - des dirigeants et sans verser la plus dérisoire indemnité. Si ils rouspètent : Prison. Pour longtemps.
  • Confisquer tous les biens et avoirs des traders et autres inutiles de la finance, et les obliger à faire un travail utile une fois dans leur vie. Il faut insister sur : obliger. Par exemple, ils pourront utilement oeuvrer au nettoyage des voies publiques, avec un très joli balai.
  • Écraser les nantis en les dépossédant de tout, toujours de gré ou de force et toujours de préférence de force, parce il n'y a pas de raisons de ne pas se faire plaisir. Et rire en les voyant gémir et pleurer devant leur chute. Ah ah ah.

Vous voyez bien que ce n'est pas tellement difficile de faire preuve d'un peu d'originalité, que diable...

vendredi 21 août 2009

De la bêtise anarchiste moderne







(via Valérie)

Peut-être que dans l'histoire de l'émancipation, il y'a eu, un jour, un mouvement anarchiste fort et structuré qui savait où il allait. Sans aucun doute, existent aujourd'hui des libertaires conséquents qui réfléchissent en terme de luttes de classes et qui peuvent avoir un apport constructif - et certains ont par ailleurs pris leur carte au NPA et vont s'ébrouer à Port-Leucate ce week-end, les bienheureux. Sans doute. Mais on ne peut pas s'empêcher de penser à la vue de cette bouillie neo-situationiste que la pensée anarchiste est décidément tombée bien bas, au point qu'on peut se demander si un jour elle va pouvoir sortir de l'ornière dans laquelle l'ont enfoncé Debord et son fan-club.

Reprenant à la virgule près la quasi-intégralité des "thèse" debordiennes, ces trois vidéos parfaitement exaspérantes ne font que refléter le vide intersidéral d'une certaine vision des choses à prétentions anarchisantes, basé sur une prémisse aussi spécieuse que faussée : si les dominants sont dominés, c'est de leur faute. Un extrait de la "prose" ânonnée en voix off (disponible en intégralité ici) :

"La servitude moderne est une servitude volontaire, consentie par la foule des esclaves qui rampent à la surface de la Terre. Ils achètent eux-mêmes toutes les marchandises qui les asservissent toujours un peu plus. Ils courent eux-mêmes derrière un travail toujours plus aliénant, que l’on consent généreusement à leur donner, s’ils sont suffisamment sages. Ils choisissent eux-mêmes les maîtres qu’ils devront servir. Pour que cette tragédie mêlée d’absurdité ait pu se mettre en place, il a fallu tout d’abord ôter aux membres de cette classe toute conscience de son exploitation et de son aliénation. Voila bien l’étrange modernité de notre époque. Contrairement aux esclaves de l’Antiquité, aux serfs du Moyen-âge ou aux ouvriers des premières révolutions industrielles, nous sommes aujourd’hui devant une classe totalement asservie mais qui ne le sait pas ou plutôt qui ne veut pas le savoir. Ils ignorent par conséquent la révolte qui devrait être la seule réaction légitime des exploités. Ils acceptent sans discuter la vie pitoyable que l’on a construite pour eux. Le renoncement et la résignation sont la source de leur malheur."

C'est tout simplement prodigieux.

Alors comme ça, ce sont les dominés qui “choisissent” de l’être ? Mais qu’il faut être complètement abruti de la cave au grenier pour avancer ce genre d’argument ! C’est non seulement passer outre toutes les analyses un peu sérieuses sur les mécanismes de domination et d’incorporation de l’idéologie (au hasard : Marx. Quelqu’un d’un peu plus d’ampleur que ce ridicule Brient, tout de même), mais en plus, une fois qu’on a dis ça, on dit quoi d’autre que le premier lecteur du Figaro venu ? Ils sont pauvres ? Ben c’est leur faute, pardi ! Décalque totoïde de la “responsabilité individuelle” libérale qui ne raisonne qu'en terme d'individus en squizzant de menues peccadilles comme le contexte historique, broutilles, n'est-ce pas. C’est qu’on est que des zindividus, c’est bien connu, un quoi ? Un contexte socio-politique déterminé par ceux qui possèdent les moyens de productions ? Ouhlala, c’est trop compliqué, tout ça. On est des zindividus et on fait des choix, na.

Non mais sans déconner, c'est quoi, ce lamentable petit film, là ? Degré néant de la réflexion politique et esthétisme de pacotille du petit-bourgeois à prétentions cultureuses qui méprise les masses parce qu'il a lu trois livres et pense que parce qu'il fait du copié-collé avec Debord ça lui donne une autorité pour fustiger les dominés bien au chaud dans sa bibliothèque. Complaisance misérabiliste de dépressif chronique qui s'enfonce dans un ridicule achevé par l'emphase creuse du discours - "misérââââble", "lamentââââble" - en évitant toujours soigneusement de demander comment, concrètement, on peut penser une sortie collective par le haut et de contente d'agiter des concepts ("l'insurrection", ben tiens, pardi. Et comment, l'insurrection ? Quel rapport de forces ? Quel niveau de conscience des masses, comment le structurer, quels moyens ?) sans jamais prendre la peine de se demander comment on peut passer d'une situation de dépolitisation massive à l'insurrection populaire avec débouché politique à la clé.

Sans doute parmi mes lecteurs et teuses se trouvent des personnes à sensibilité libertaire, j'en connais même personnellement. Et sait les apprécier et respecter. Voui. Mais franchement, quand on voit pareille bouillie, on se dit que décidément, il y'a des Cronstatdt qui se perdent, merde à la fin.

jeudi 20 août 2009

Pantins

De temps en temps, à court d’arguments et coincé au pied du mur quand on lui demande des comptes par rapport à son idéologie qui a, entre autres, déclenché une crise financière mondiale, le libéral déballe ce qu’il pense être le coup de massue définitif qui va clore le débat :

« Vous ne parlez que d’argent sans arrêt ».

Et une fois cette assez piteuse sortie effectuée, de se caler dans son fauteuil avec ce sourire du fat bouffi des certitudes dominantes, en pensant sincèrement que toc, il leur a bien rivé leur clou, à ces gauchistes, ah ah ah.

Et oui, en effet, c’est pitoyable. Mais ces gens sont pitoyables, ne l’aviez vous pas encore compris ?

Au-delà du ridicule consommé de l’argument, se dessine un pan entier de la mentalité du petit troubadour du Joli Marché Qui Rend Heureux : sa complète et parfaite capacité de reconstruction du réel qui va jusqu’à lui faire penser – et le plus sincèrement du monde qui plus est – que nous ne serions que d’affreux matérialistes uniquement intéressés par de viles problématiques bassement terre à terre, quand lui et ses semblables s’ébroueraient dans des azurs de la pensée qui vont tellement au dessus de ces plates et tristes considérations sur du bête pouvoir d’achat.

Et c’est là qu’on peut voir, véritablement voir, en gros plan, la prodigieuse bêtise de ces gens. Ou devrait-on dire, la Bêtise, avec une majuscule, de celle qui n’est pas seulement qu’insuffisance de l’esprit, mais relève bel et bien du crime contre l’intelligence.

D’abord, parce qu’il faut être sot, et massivement sot, idiot, aveuglé par sa propre et stupéfiante crasseuse connerie noire et désespérée, pour ne pas comprendre que les idées ne tombent pas du ciel, pouf, comme ça, mais sont elles aussi des productions, dépendantes de l’époque, du contexte social et historique, et fréquemment des intérêts propres de ceux qui détiennent les pouvoirs. Et qui n’ont aucune envie que ça change. Légitimer sa domination en expliquant qu’il est très bel et bon qu’une minorité de nantis écrasent une majorité et en se donnant les moyens d’assurer cette mainmise dans les esprits est la base élémentaire de toute société, nier cette évidence relevant d’un obscurcissement de l’esprit indispensable à ce que jamais rien ne change dans cette optique.

L’actualité nous offre un parfait exemple de cet état de fait avec la chaotique réforme de l’assurance maladie voulue par Barack Obama, où tous ses opposants ne parlent évidemment que de « liberté » et de « choix », quand les véritables raisons de cette opposition se trouvent dans la menace que cette réforme ferait peser sur les profits de l’industrie pharmaceutique et des assurances privées qui s’engraissent sur les malades depuis maintenant des décennies. Disposant de moyens financiers considérables, ceux-ci développent une campagne de désinformation massive pour préserver leurs intérêts, et font croire à des pékins lambdas qu’en se mobilisant contre Obama, c’est leur liberté individuelle qu’ils vont sauver, alors que ces veaux ne font que défendre un système qui ne veut que les plumer à mort…

On voit ici ce qu’est véritablement le libéral moyen : un pantin. Une pathétique marionnette qui soutient ceux qui le méprisent et ne lui en sauront jamais gré avec l’enthousiasme du niais. Ici même, en France, croyez vous qu'un Bolloré, un Dassault ou un Lagardère ont la plus petite pensée pour ces piteux clowns qui les soutiennent becs et ongles, et ce en dépit du plus élémentaire bon sens ? Ces moutons enragés n'en finissent jamais d'exiger qu'il y'ait encore plus de loups dans la bergerie, et sont fanatisés au point que même en train de crever sur trottoir après avoir tout perdu grâce à leurs maîtres, ils continueront de pester contre l'assistanat et les syndicats. De ce point de vue, entendre des smicards et autres employés réclamer à corps et à cris la privatisation généralisée et l’explosion du Code du travail fait immédiatement penser à un type en train de se noyer qui exigerait qu’on lui lance une bouée en plomb.

Manipulé à mort, cocu et content, le libéral de base se tripote la nouille en pensant de lui-même qu’il surfe sur les vagues de la Pensée, alors qu’il n’est que le pion des puissances d’argent qui doivent bien ricaner en voyant des esclaves soutenir leurs maîtres avec tant d’empressement…
C’est d’ailleurs pourquoi nous leur somme incomparablement supérieurs intellectuellement : nous sommes lucides quant aux véritables enjeux. Nous.

lundi 17 août 2009

Bande-annonce

Encore plus de violence incontrôlée.

Encore plus de sexe déviant.

Encore plus de billets assassins.

Encore plus de vitriol.

Encore plus de Hugo Chavèz.

Encore plus de gentillesse impitoyable.

Encore plus de mauvaise foi.

Encore plus de cynisme assumé.

Encore plus de sectarisme.

Encore plus de commentateurs du Figaro.

Encore plus de haine des hippies.

Encore plus de méchanceté gratuite.

Encore plus de refus catégorique de discuter.

Encore plus de ta gueule c'est comme ça.

Encore plus de si t'es pas content, dégage de mon joli blog

Encore plus de libéraux = porcs

Encore plus de férocité rigolarde

Encore plus de je déteste ce blog et j'y vais tous les jours

Encore plus de celui que vous adorez détester...




Bientôt dans un ordinateur près de chez vous.

dimanche 16 août 2009

jeudi 13 août 2009

Admirablement résumé


"Les pseudos intellos qui peuplent et commentent ce site ne sont que des "losers", des aigris, des fâcheux, des rageux, MAIS surtout des morts de peur dans leur petits calebutes, et qui peuvent bénir leurs dieux du dimanche d'avoir Internet pour l'opportunité d'y déverser leur haine. Ils ne sont que d'amusantes caricatures, des électeurs prévisibles et des provocateurs sans courage. Idem pour les bouffe-merde de chez Desouche."

(Merci, Béné). (et merci Philippe, aussi).

Et voilà qui est admirablement dit et résumé. Et il est en vérité fort rafraichissant que de lire tant de lucidité au coeur de ce bel été, puisque oui certes en vérité : Causeur = ramassis d'abrutis de compétition qui se piquent de "Lettres" pour teinter de Kültür leurs jérémiades de pauvres petits blancs opprimés. Je n'aurais pas mieux dit.


mardi 11 août 2009

Bête de concours



Un coucou en passant, mais je ne pouvais décemment pas ne pas vous en faire profiter...

jeudi 6 août 2009

Castafiore


Avant que de faire une bienvenue pause estivale de 15 jours - reprise des hostilités le 20 août - , il relève de la politesse la plus élémentaire de chaleureusement faire un gros bisou à mes lecteurs/teuses pour leur assiduité et leur amour inconditionnel. Et aussi de se la péter sa race en alignant quelques chiffres.

CSP fait par jour ses 1000/1200 visiteurs uniques par jour, ce qui est certes beaucoup moins que le JT de TF1 - 8 millions de spectateurs chaque soir devant le 20 h - , mais semble relativement honorable dans le micro-milieu du blogging politique français, on compare avec ses pairs n'est-ce pas. En tout et depuis le début de l'aventure (janvier 2007), c'est un total de 505 623 viteurs uniques, ce qui me fait me demander si je ne vais pas exiger désormais de vous obliger à me donner de l'argent pour m'assurer une rente permanente que je claquerai intégralement en champagne et putes tchèques. C'est la crise, n'est-ce pas.

Je tiens également à m'auto-pommader en précisant que ce lectorat ne s'est pas obtenu en démarchant d'autres sites pour me faire de la pub, ni en cherchant une reconnaissance illusoire en étant publié en ligne par des canards de merde néo-centristes. Je ne le doit qu'à ce que j'écris, et à ceux qui sont angoissés par leurs stats et rêvent d'accéder à la gloire bloguesque, il n'y a pas de secret : écrivez des choses intéressantes. Et défendez ce que vous pensez bec et ongles sans jamais vous excuser. Jamais. Vous passerez pour un connard ? Tant mieux. Mieux vaut avoir une réputation d'affreux enfoiré insupportable que de passer pour un mec "sympa", parce qu'un mec "sympa", tout le monde s'en fout. Ensuite, oui, il faut assumer.

Tout les politiques le savent : avoir sa marionette aux Guignols, c'est la véritable reconnaissance, puisque le pinacle de la gloire c'est être parodié. Ainsi, penser qu'il y a des gens suffisament enamourés pour me consacrer un fake est une forme de reconnaissance que j'accueille avec joie. Bon, faire un spoof est moins compliqué que de créer du contenu original, forcément, et il faut tout de même qu'ils s'y mettent à trois pour y arriver. Ce qui signifie tout simplement qu'ils valent chacun un tiers de moi, mais comment leur en tenir rigueur ? N'est pas CSP qui veut. Et surtout, en me suivant pas à pas, ils acceptent leur place normale et naturelle : à ma suite. Et ils seront quoiqu'ils fassent toujours derrière...

Il m'a également été reproché de dissimuler mes diatribes derrière l'anonymat ; ne voyant aucune raison de me justifier par rapport à ça, et a fortiori devant des gens que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam, je me contenterai de signifier que cet anonymat est tout relatif, somme toute. Puisque j'en ai livré suffisamment sur moi pour qu'on puisse savoir sans trop de mal, pour peu qu'on dispose des connaissances informatiques idoines, qui je suis "en vrai", comment je m'appelle, quelle tête j'ai, et même où j'habite exactement. Je tiens pour assuré que des fafounets geeks se sont déjà livrés à l'exercice, et franchement, so fucking what ? Penser à ça ne m'empêche pas de dormir, certes non, et de toutes façons il n'y a pas "d'anonymat" qui tienne sur Internet. Que des pseudonymes...

Quoi qu'il en soit, immense merci à toutes et tous qui m'honorent de leur lecture quotidienne, je vous embrasse partout et vous donne rendez-vous le 20 août donc, pour de nouvelles aventures. Pour patienter, juste un teaser : je réfléchis en ce moment à un nouveau bébé en collaboration avec des camarades, une sorte de site d'informations estampillé NPA pour répandre la bonne parole du parti dans le virtuel, mais avec ce charme décalé et ricanant qui est la marque de CSP. La ligne en sera un modèle d'ouverture et de tolérance : du moment que tu es au NPA tendance majo, tu pourra participer. Ça s'appelera "Rien n'est à eux". Un peu de patience...

Grosses bises ensablées, votre dévoué

CSP