vendredi 31 juillet 2009

Zone grise

Il existe dans la vie politique et intellectuelle française une zone grise, plutôt portée à droite mais pas spécifiquement, qui permet d'avoir les mêmes idées et les mêmes discours que le Front National tout en se drapant dans le respect de la République et de la Démocratie (bourgeoises).

Un des points de départ de cette zone grise est peut-être la porosité idéologique entre la droite "respectable" et l'extrême-droite qui s'est installée ces dernières années: il n'existe plus à proprement parler de séparation nette entre les deux courants, de frontière tranchée, mais est apparu depuis quelques années un espace, un continuum flou qui brouille les lignes et rend les clivages vaporeux...

Entendons-nous bien : il n'y a pas "fusion" des deux entités, les marqueurs idéologiques qui les séparent sont encore présents et le resteront sans doute ; on est dans des territoires différents et circonscrits et on est pas en train de parler d'un "bloc" politique en formation ; mais toujours est-il que les frontières qui séparaient les territoires sont devenues poreuses, ce qui autorise les transvasements d'un côté comme de l'autre : le FN tente de se repeindre dans des couleurs "républicaines" et se débarrasse des éléments les plus encombrants, l'UMP durcit son discours sur l'immigration et l'assistanat. Et sans l'existence de ce continuum, de cet espace de transition, pas d'élection de Sarkozy.

À ceux qui seraient tentés de faire le parallèle avec le camp d'en face, on ne peut que leur répondre que leur grille de lecture serait singulièrement pauvre et inepte : fantasmer des liens idéologiques entre la gauche social-démocrate et la gauche radicale a peut-être été une réalité politique il y'a des années de cela ; mais la rupture, voulue par les deux parties, est désormais consommée, et il n'y guère qu'un Mélenchon pour croire encore possible une réconciliation par le biais d'un réformisme "radical". Il s'y cassera les dents, par ailleurs, puisque le réformisme est mort et enterré, mais c'est un autre débat.

Mais on aurait tort de limiter l'extension de cette zone grise du seul côté de la droite : tout s'est passé comme si les idées du FN avait eu un effet de contamination et jusqu'en direction d'une certaine gauche, il n'est que de se souvenir d'un Laurent Fabius proférant sans honte que le "FN pose de bonnes questions" dès 1984. Au final, nous avons donc : la droite "pique" des idées à son extrême en les édulcorant un peu ; la "gauche" (celle qui trahit) court après la droite en tentant de lui faire pièce sur l'insécurité et les "réformes nécessaires" ; à la fin, c'est tout le champ politique qui se retrouve infecté, à des degrés divers certes, mais néanmoins, le mal est dans la place.

La zone grise de la vie politique et intellectuelle française, c'est cet espace qui permet de reprendre les idées de Le Pen en ayant pas de mots assez dur contre lui. C'est cet espace de discours qui permet à des responsables politiques et des éditorialistes de débonder un racisme caché et honteux sous couvert de laïcité et de Valeurs Républicaines. C'est là dedans que se meuvent des Ivan Rioufol - cas le plus emblématique, puisque ayant exactement les mêmes idées que le FN tout en passant son temps à s'en défendre vertueusement -, des Eric Zemmour, et bien évidemment des Nicolas Sarkozy et sa clique qui font leur beurre de la désignation d'un nouvel ennemi intérieur pour masquer les vrais problèmes de l'heure.

Mais cette zone grise va bien au-delà des cercles droitiers et s'étend bien plus loin que son point de départ : Elisabeth Badinter, Elisabeth Lévy, Phillipe Cohen, Alain Finkielkraut, Caroline Fourest, Philippe Val, et d'autres, tant d'autres qui jurent la main sur le coeur que eux, jamais au grand jamais il ne tremperont le moindre orteil dans le vilain lepénisme et combattront l'hydre borgne de toute la force de leurs petits bras...
Et en fustigeant juste après l'immigration incontrôlée et le danger de l'islamogauchisme qui nous envahit de partout, ma bonne dame.

"Je ne suis pas raciste. Mais...".

Cette zone grise n'a pas de contours nets, ce n'est pas une force politique en tant que telle, c'est un climat idéologique qui légitime et encourage l'injustifiable.
Et grâce aux gens qui se meuvent là-dedans, on a un gros problème de racisme de masse sur les bras.


jeudi 30 juillet 2009

Dans ton cul, Ivan Rioufol


(source)

Comme d'habitude, les fantasmes de la droite décomplexée se sont pris la réalité en pleine gueule, et il serait fort plaisant en vérité que de légiférer sur une pratique aussi marginale quand éventuellement il y aurait peut-être, je dis bien peut-être n'est-ce pas, des choses autrement plus importantes à se préoccuper.

On notera au passage qu'il n'est jamais question de dépenser allègrement les sous du brave contribuable dans la création de commissions d'enquêtes sur les patrons voyous, ou mieux encore, afin de déterminer quel est le nombre exact à l'unité près des managers pratiquant le harcèlement moral de leurs salariés. Gageons toutefois que ce chiffre là sera loin d'être marginal, lui. Mais que disons-nous, allons donc : faire ça serait commencer à s'attaquer aux vrais problèmes, et pas créer des hochets idéologiques pour satisfaire la frange la plus rancie de l'électorat du Nain asthmatique.

Il ne faut jamais se lasser de répéter les évidences : le racisme n'est pas simplement, pas seulement, un problème "moral". Dire "le racisme c'est vilain, le racisme c'est méchant", c'est à la portée du premier Cali venu et on est bien avancés. Pendant plus de 20 ans, la lutte contre le Front national et ses idées n'a fait que s'indigner vertueusement, sans voir que : 1) le terrain de propagation des idées du FN est le chômage de masse et l'abandon par la gauche de la classe ouvrière dont le vote s'est tourné vers Le Pen par désespoir ; 2) c'est dont avant tout un problème politique, et il n'est nullement anodin que l'angle de la condamnation morale ait été privilégié puisque penser le racisme en tant qu'outil politique de division de classe servant à monter les prolos les uns contre les autres, c'est précisément remettre en question la façon dont fonctionne -mal - nos sociétés.

Le racisme est donc avant tout un instrument, un outil utilisé par la domination pour éviter au maçon ou à l'employé blanc de s'apercevoir qu'il est beaucoup plus proche du maçon ou du salarié immigré qu'il ne peut a priori le penser puisque tous deux sont exploités par le même patron. Manquerait plus que ces deux là se mettent d'accord pour lui faire sa fête. Et c'est pour ça qu'on traque des sans-papiers, pour ça que notre assommant Nabot se fend de mâles envolées sur la Burqua, pour ça que les populations immigrées et d'origines immigrées sont et continueront d'être stigmatisées : diviser. Pour mieux régner.

Et comme il sont à la fois drôles et pathétiques, tous les petits ethno-différencialistes et autres Français "de souche" qui n'en finissent pas d'inonder tout l'Internet de leurs larmes sur la décadence de l'Occident et l'invasion arabo-musulmane. Mais vous savez qu'en plus, il s'auto-proclament "rebelles" et "anti-conformistes", ces piteux cons ! Alors qu'en réalité, ils ne sont que les pantins des classes dirigeantes, les idiots utiles qui n'auront aucun murmure contre la boite qui les fait trimer pour que dalle et réserverons leur frustrations à brailler contre les pas comme eux, à la plus grande satisfaction de ceux qui les écrasent. Triste et futile existence que la leur, toute entière vouée à se tourmenter sur d'imaginaires ennemis quand les vrais adversaires, qui savent très bien ce qu'il en est, ricanent de le voir si dévoué à sa propre soumission du moment qu'il continue à japper contre les épouvantails qu'on lui désigne.

Bon, on ne va pas les plaindre, non plus.

mercredi 29 juillet 2009

Contre le voile. Parce que ça suffit, les conneries

C'est un peu tard, sans doute, mais un article de Lmsi - site féministe pro-voile - m'a décidé à écrire ce billet. Devant la complexité de l'affaire, j'ai hésité longtemps, mais bon, de toutes façons et comme me le disait récemment une amie "Sur le voile, quel que soit ton point de vue, tu vas te faire défoncer".
Ce qui est en effet rigoureusement exact.
Donc, autant se lancer, pas vrai ?

Voilà donc le billet tant attendu qui va me faire plein d'amis, y compris dans mon propre camp, mais bon, au bout d'un moment, ya basta les conneries.

Le voile, je suis contre.
Mais alors je veux dire : contre.
Et je me fous totalement que ça s'appelle hijab, burqua, niqab, variations sur le même thème qui ne sont que les gradations vestimentaires du même point de départ, qui est :
Le voile, c'est un symbole d'oppression.
Et point barre.

Et là, je pense qu'il va me falloir insister pour mes amis et camarades, puisqu'il s'en trouve - curieusement - quelques uns jusqu'au NPA, fort peu nombreux certes mais tout de même, pour trouver des justifications aux fait que des femmes soient obligées de cacher une partie ou la totalité de leur corps pour obéir aux injonctions les plus rétrogrades d'une tradition religieuse.

Insistons donc :
Non, le voile n'est pas un particularisme culturel parmi d'autres ;
Non, le voile n'est pas un symbole d'émancipation, et puis quoi encore ?

Le voile est un symbole d'oppression d'une catégorie de personnes par une autre.

Mais que c'est vilain et odieux que de dire ça ! Et puis n'est-ce pas, ce sont celles qui le portent qui le disent elles-mêmes : elles ont fait le choix de le porter. Toutes seules, comme des grandes.
Le choix ?
Le choix évidemment parfaitement libre de toute influence extérieure, il va sans dire ?

Juste : dans nos société occidentales à nous, qui sommes évidemment des zindividus complètement libres et autonomes et qui font des choix en dehors de toute influence, tu m'étonnes, à quel point on est pas du tout mais alors pas du tout conditionnées par notre environnement c'est bien connu, on fait également des "choix", n'est-ce pas ? Il se trouve que la majorité des dits "choix" portent davantage sur des objets de consommation que sur le respect de traditions religieuses, puisque le consumérisme à remplacé la spiritualité, mais franchement, entre nous, vous pensez vraiment faire des "choix" libres et uniquement dépendant de votre volonté de zindividus ?

Vous plaisantez, là.

Nous n'avons pas choisi d'avoir tous un téléphone portable. Cet objet a été imposé et est devenu obligatoire, le "besoin" de téléphone portable a été fabriqué de toutes pièces, comme la plupart des "besoins" induits par la publicité et le marketing, dans une stratégie jouant sur la peur de la rupture de lien et de l'abandon qui est un des symptôme de notre civilisation, et du coup un objet dont nous n'avions aucun besoin est devenu un standard obligatoire...

Qui peut naïvement croire que le "choix" existe quand tout le monde autour de soi vous enjoint directement ou indirectement à accomplir un acte spécifique ? Et oui, je sais, penser ça met à mal cette idée sacro-sainte du zindividu "libre" et "autonome", sauf que mettez vous ça dans la tête une bonne fois pour toutes : nous ne sommes pas des individus ; parce que l'individu, ça n'existe pas.

Mais naturellement, ça n'a rien à voir avec celles qui font le "choix" en "toute conscience" de porter le voile, n'est-ce pas ? Elles aussi sont "libres" de faire "ce qu'elles veulent avec leurs cheveux", pas vrai ? Juste le respect de la Tradition, la famille qui respectera leur "choix" mais qui n'en pensera pas moins, les grands frères qui la respectent tout en ayant une idée bien arrêtée sur la question mais tu fais ce que tu veux, et tiens, l'Imam va passer prendre le thé aujourd'hui, on va en parler tous ensemble...
Mais ma fille, tu auras on ne peut plus le "choix", hein.
Tu es libre...

La revendication de ce "libre choix" de porter le voile porte en elle une idéologie de l'individu déconnecté de tout contexte qui oblitère les pressions symboliques exercées par l'entourage, et l'intériorisation de la contrainte par les opprimés eux-mêmes qui finissent par, suprême bonheur ! revendiquer eux-mêmes de se faire opprimer...

Mais ça c'est une chose.

Et une toute autre est que cette situation est instrumentalisée par notre droite charognarde à des fins de stigmatisation des population arabo-musulmanes. Stigmatisation qui encourage un racisme anti-arabe qui a pris le masque de l'islamophobie - puisque n'est-ce pas c'est tout de même mieux de se dire "islamophobe" que de se déboutonner pour de bon en braillant "dehors les bougnoules !" - et permet de désigner les éternels bouc-émissaires, les pas-comme-nous, pour faire oublier les vrais coupables de la dégradations des rapports sociaux, à savoir la bonne vieille bourgeoisie.

Et c'est bel et bien pour ça que les lois qui sont et seront pondues sur les "signes ostentatoires" ne visent que celles qui arborent le voile, et à travers elles toute une population désignée comme menaçante pour l'ordre Républicain. Par là, on invente de nouvelles classes dangereuses qui vont focaliser l'attention et détourner les consciences des vrais enjeux. Le débat ne portera plus sur le social - comment effectuer l'intégration des populations dans un pays qui la leur refuse ? - mais sera déporté sur le culturel, et sera du coup complètement biaisé. T'es pour le voile ? Tu fais le jeu des Imams. T'es contre ? Tu fais le jeu des islamophobes.

Et au milieu de tout ça, des femmes voilées qui vont d'autant plus se cramponner à leur voile qu'avec lui, au moins, elles sont respectées quelque part. Grâce au voile, elles trouvent une place que la société - française, en l'occurrence - leur refuse. Le symbole d'oppression est devenu pour elles la marque d'une identité, et pour elles, c'est de toute façon la double peine : opprimées en tant que femmes, et stigmatisées en tant que musulmanes.

La solution à ce bordel, elle est sociale. Et donc politique. C'est quand il y aura une vraie politique d'intégration active basée sur l'égalité qu'on en finira et avec ces débats à la con, et avec cette xénophobie grandissante qui métastase de plus en plus dans ce pays.

Mais là, comme on peut le constater, c'est pas pour tout de suite...

(et là, si je fais pas péter les 200 commentaires sur ce billet, je serai vraiment très déçu...)

mardi 28 juillet 2009

Meurtre

"Dans le courrier laissé à sa famille, le cadre marseillais de 51 ans évoque l'«urgence permanente», la «surcharge de travail», l'«absence de formation», la «désorganisation totale de l'entreprise» et le «management par la terreur»."

(source)

En tant qu'acte individuel, il s'agit du suicide d'un homme de 51 ans. Mais au niveau des responsabilités qui ont conduit à cet acte, c'est ni plus ni moins qu'un meurtre de sang froid.

Techniquement, c'est un homme seul qui s'est donné la mort ; mais c'est tout un ensemble de décisions effectuées par de nombreuses personnes qui lui ont donné l'envie de passer à l'acte. Comme dans Le crime de l'Orient-Express d'Agatha Christie, il n'y pas qu'un seul coupable, mais plusieurs qui ont chacun donné un seul coup de couteau jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Ceux qui ont décidé de la privatisation de France Télecom.
Ceux qui en sont les responsables actuels.
Ceux qui font du management par la peur et harcèlent leurs salariés.
Mais aussi ceux qui réclament la fin des services publics.
Ou se font élire en stigmatisant les fonctionnaires.
Ceux qui écrivent des tribunes dans la presse en réclamant des réformes nécessaires.
Ceux qui exigent des retours sur investissement à très court terme.
Ceux qui ont des actions et entendent bien avoir leur ratio à deux chiffres.

Oh, bien évidemment, tous ceux-là ne sont pas animés en tant que tel d'intentions homicides. Leur but principal est de servir une idéologie du profit à tout prix, voilà tout. Mais pour servir ce maître, il faut en accepter le prix ; qui est de construire une société inhumaine. Et tous les gens cités au-dessus, même sans avoir sans doute le moindre instinct meurtrier, acceptent et approuvent cette condition. Acceptent et approuvent de contribuer à la destruction des liens sociaux et l'accroissement du stress et des pressions sur les salariés.
Partant, sont coupables des conséquences de leur idéologie.

Coupables.
Et la culpabilité collective est tellement diluée dans tellement de personnes, dans l'espace et le temps également - puisque des décisions prise à des niveaux internationaux, et des années auparavant, ont des incidences concrètes sur la vie de millions de personnes - qu'on finit par ne plus voir que l'acte d'un seul individu, sans percevoir ce qui a construit le contexte qui a poussé à cet acte.
Et encore n'est-ce que la partie émergée de l'iceberg de l'exploitation, où de temps en temps quelqu'un craque pour de bon, et c'est difficile de ne pas voir un cadavre quand on a le nez dessus. Mais les autres, les milliers d'autres qui souffrent en silence du stress et des conditions de travail et de vie qui se dégradent sans promesse d'amélioration, ceux-là on ne les entend jamais. Ils ne parlent pas et n'osent pas se plaindre puisque si ils ne sont pas contents, refrain connu, d'autres attendent...
Et il y a des gens qui justifient et approuvent ce genre de choses, vous savez.

C'est pour ça que quand on croise un libéral, qui susurre sans cesse "liberté" et autres mots fleuris, il ne faut jamais oublier, jamais, que c'est une ordure. Profondément et fondamentalement une ordure. Mais une ordure parfaitement inconsciente dans tous les sens du terme. Comme un rat contaminé par une maladie grave qui va en répandant ses miasmes partout où il passe, sans s'en rendre compte le plus souvent et c'est en cela qu'il n'en est que plus nuisible. Et il arrive que des gens tombent malades, voire meurent, parce qu'ils ont subi les conséquences de cette maladie colportée par ces rats. Mais le rat de continuer à cheminer en expliquant la bouche en cœur que lui, ce qu'il veut, c'est le bonheur de tout un chacun dans la responsabilité individuelle du libre choix...

lundi 27 juillet 2009

Sondomanie

Analysons à présent les résultats du grand sondage "CSP est-il un gros nazi (de gauche, hein) ?" en commençant par remercier ceux z'et celles qui ont bien voulu y répondre, merci à vous.

35 % d'entre vous pensent que oui, en effet, mais quel sale facho de gauche ce CSP à la fin. Et comme vous avez raison. Psychorigide et imbuvable de prétention arrogante, d'une intolérance frisant la démence clinique, absolument convaincu d'avoir raison en tout et partant que ceux qui ne sont pas d'accord avec moi sont de tristes cons à rééduquer à coups de cravache dans la gueule, je ne peux en effet qu'approuver votre lucidité. Et vous promet que ce n'est que le début.

23 % d'entre vous sont convaincus que CSP est un garçon exquis et charmant, et vous avez également raison. Montrez moi une photo de bébé phoque et je fond en larmes, petite chose délicate et sensible à l'excès que je suis. Ce monde est décidément trop méchant et je m'en console à la relecture des oeuvres complètes de Kierkegaard avant d'aller discuter art abstrait avec des amis lacaniens. Oui, moi aussi, je pense que je suis formidable.

10 % d'entre vous préfèrent qu'on soit amis et c'est quelque chose que je peux comprendre. Vraiment, je veux dire. Ce n'est pas évident de sortir d'une relation délicate et il faudra un peu de temps avant de faire son deuil et passer à autre chose, et c'est normal de préférer avoir un ami homme en ce moment parce que toi au moins tu m'écoutes et je te jure, ça fait du bien, quoi. Je comprends parfaitement, aucun problème. Connasse.

11 % d'entre vous se demandent tout de même si les pignolos à frêles épaules qui braillent "fachooooo !" bien à l'abri devant leurs claviers lui diraient la même chose en face à CSP, et c'est une bonne question. Qui me permet de vous promettre à ce sujet une petite surprise, ah ah ah, nonnonnon n'insistez pas, vous verrez au moment venu, petits impatients que vous êtes, juste vous dire en avant-goût que j'ai une petite idée amusante sur cette question. Un indice : je suis atrocement rancunier. Tss tss tss, armez vous de patience, et je pense qu'on va bien rigoler. Moi, surtout, en fait.

Et pour conclure, 18 % d'entre hurlent de désir pour le corps de CSP et comme je vous comprends là aussi. Ce qui fait tout de même 35 personnes. Mazette. Je ne puis donc que vous encourager à m'envoyez vos coordonnées au plus vite afin que nous passions le plus torride des été. 'Tain, attends, sur 35, je vais bien pouvoir en emballer au moins une, quoi. Enfin, je suppose que y'a pas que des nanas, mais de préférence, mais j'ai rien contre, hein, c'est juste que bon, voilà, quoi. Quoique. Franchement, qu'est-ce que j'ai à perdre, mh ? Bon, contactez moi et on avisera.

Encore merci à toutes et tous, je me oint le corps d'huile d'olive en pensant à vous.


Modèle chinois

"C’est un niveau de violence rarement atteint en Chine. Plus de 30 000 ouvriers en colère dont quelques-uns battent leur patron, puis empêchent l’ambulance d’arriver, en sorte qu’il meurt de ses blessures.

Les employés du producteur d’acier Tonghua reprochaient à leur dirigeant son salaire mensuel de 300 000 euros alors qu'eux touchent à peine 20 euros par mois. Plus encore, ils n’acceptaient pas la reprise de leur usine par le concurrent Jianlong qui l’avait déjà gérée avant de s’en débarrasser à cause de la baisse des prix de l’acier.

Mais avec la hausse récente des cours, Jianlong est revenu à la charge. Le secteur chinois de l’acier, très fragmenté, est en pleine concentration pour créer des champions internationaux. Cette tendance, inscrite dans la réforme des entreprises d’Etat, engendre depuis des années des licenciements massifs d’ouvriers fort mal indemnisés qui manifestent par milliers avant d’être réprimés par la police.

Ces explosions de rage sociale restent encore une multitude d’incendies isolés. Car, pour l’instant, Pékin empêche toute coordination nationale du mouvement ouvrier chinois."

(source)

Ah ? Mon Dieu, si même ces braves et laborieux chinois - sans cesse cités en exemple par nos néolibéraux pour leurs capacités à travailler plus pour gagner rien - s'y mettent...

Donc, les travailleurs chinois montrent en effet l'exemple, puisque rappelons-le :

dimanche 26 juillet 2009

Folle espérance...

Le bilan de la droite

"En 2007, le taux de pauvreté est passé à 13,4 %, soit + 0,7 point depuis 2004 : cette fois-ci, la progression dépasse la marge d'erreur possible. Parmi les populations les plus pauvres, une fraction croissante de la population vit donc au-dessous du seuil de pauvreté - soit moins de 908 euros pour une personne seule, moins de 1362 euros pour un couple sans enfant, moins de 1907 euros pour un couple avec deux enfants. Au total, huit millions de personnes (vivant dans 3,5 millions de ménages) vivent désormais en dessous du seuil de pauvreté, alors qu'il y en avait 7,5 millions en 2004. En trois ans, 500 000 personnes supplémentaires ont donc basculé dans la pauvreté monétaire."

(source)

Et bien on dirait qu'on commence à voir les résultats concrets des "réformes nécessaires qui vont moderniser la France", puisque grâce à la droite, on est passé à 8 millions de pauvres. Bravo. Beau résultat. Travailler plus pour gagner plus, la stigmatisation de l'assistanat, le RSA et le Pôle Emploi, les caisses qui sont vides sauf pour sauver les banquiers ou commander des sondages, la gestion de la paupérisation par la précarité accrue et légalisée, et si t'es pas content, c'est un coup de tonfa dans la gueule. Mais bon, tout ne va pas si mal pour tout le monde, pas vrai Jean-François ?

C'est beaucoup, quand même, 8 millions. Assurément, les grands quotidiens nationaux vont faire leur pleine page de ce désastre social en cours. N'est ce pas ?

Dans Le Monde, Villepin fait semblant de rouspéter et "Bordeaux se joue de Guigamp pour empocher le Trophée des champions". C'est fascinant.

Dans Libération, le gros Dray est bien dans la merde, pauvre petit lapin. Les incendies en Corse et le Tour de France. Passons.

Dans le Figaro, le malade mental Rioufol glapit contre l'immigration et pleure de ses deux yeux sur le Déclin De l'Occident. Au passage, on voit ici que tout le débat sur l'immigration arabo-musulmane est complètement instrumentalisé par la Réaction pour servir de paravent aux vrais problèmes, ce sera l'objet d'un prochain billet.

Donc, on peut dire qu'en somme, aux yeux des rédactions des journaux à grand tirage, ces 8 millions de personnes n'existent pour ainsi dire pas.
Alors que pourtant, les voilà, les personnes les plus immédiatement représentatives de cette France d'après du candidat Sarkozy en 2007. Les voilà, les témoins silencieux des réformes nécessaires. Les voilà, les preuves concrètes de l'échec des idéologues du Marché.

Le libéralisme, ça fabrique des pauvres. C'est même ce que ça produit de plus. Et contrairement à la croyance que les néolibéraux se complaisent à entretenir, le niveau de vie des population n'a jamais, nulle part, été relevé grâce au Joli Marché Qui Rend Heureux. Jamais. Nulle part. Le niveau de vie, il ne se "relève" qu'à partir du moment où les gens sont suffisamment nombreux à gueuler, et que les dominants sont obligés de lâcher du lest pour prévenir le bordel qui menace. Ce n'est pas la Marché qui a fabriqué le Code du travail, les minimas sociaux, les réglementations et le SMIC ; c'est la nécessité de donner quelque chose à ceux qui triment pour éviter un désespoir qui pourrait finir par devenir menaçant. Parce que le libéralisme, il faut bien s'enfoncer ça dans la tête : ça fabrique des pauvres. De plus en plus de pauvres de plus en plus pauvres. Et à l'autre bout, ceux qui s'enrichissent ne réinvestissent pas dans la société, contrairement à ce que prétend la ridicule théorie du ruissellement : ils gardent leur pognon pour eux. Mais allez expliquer ça à la secte hayekienne qui si on leur met le nez dans les chiffres vont derechef se mettre à brailler que c'est parce qu'il n'y a pas assez de libéralisme et qu'avec encore davantage de libéralisme tout va s'arranger...

30 ans qu'ils nous sortent le même couplet.
Pillage systématique au Sud et paupérisation au Nord ? Pas de problème, c'est juste qu'il n'y a pas assez de libéralisme. Le réèl ? Rien à foutre. T'es pas content ? Tu veux la Corée du Nord.
30 ans qu'ils nous sortent le même couplet.

C'est juste que depuis 30 ans, on aurait du en voir quelques effets un tant soit peu bénéfiques, du néolibéralisme, non ? Sauf que non. On en voit pas. Et on en verra pas, et ce pour une raison bien simple : cette saloperie, là, ça marche pas, et ça ne marchera jamais. Nulle part.

Sauf pour fabriquer des pauvres.

Et de plus en plus.

samedi 25 juillet 2009

Merci. Vraiment. Merci...



Non, écoutez, là, vraiment, amis fafounets, ça va pas du tout, là. Comment dire ça avec des mots vrais, des mots justes, des mots forts...
C'est tout de même très très mauvais, non ?

Bon, déjà, musicalement, il faut absolument dire à vos amis qu'un instrument, ça peut se jouer avec l'autre main aussi. C'est très important. Rien que ça, vraiment, ça changera tout. Je vous jure.

Passons sur la réalisation de la vidéo, pour le moins approximative, et sérieusement, le panoramique sur le cul de plombier de votre pote, était-ce réellement utile ? Entre nous, n'est-ce pas quelque peu disgracieux ?

Et puis aussi, il faut aborder la question qui fâche. La grosse et cruelle question qui fait mal mais qu'au bout d'un moment, on ne peut plus éviter...
Y a pas une seule meuf.
Pas.
Une.

J'ai eu beau m'écarquiller les mirettes à m'en faire saigner les oculaires, keud. Pas l'ombre de la trace d'une. Et c'est triste, non ? Bon, on est entre nous, et je n'ignore certes pas que cette absence n'est sans doute pas pour complètement vous déplaire, coquins. Mais ça reste drôlement triste, quand même. Ensuite, je conviens aisément que quand on est une bande de gros cons à QI à deux chiffres ravagés par la 8.6 tiède, comme vous, on ne sache pas toujours goûter les charmes de la compagnie féminine, oui en effet. Et quand je dis "féminine", je ne pense pas aux quelques rares connasses aux yeux de poisson mort qui constituent votre ordinaire dans votre micro-milieu de cas sociaux sans avenir ni espoir, il allait sans dire.

Écoutez, franchement, quand je pense à ce que doit être votre vie, je me dis que quoi que je fasse, si bas que je puisse un jour chuter, même je sais pas moi, me prostituer à des dockers ukrainiens pour me payer mon crack, je ne pourrais jamais, jamais, au grand jamais, sombrer plus bas que vous.

Et il fallait que je vous remercie de cette puissante consolation.


vendredi 24 juillet 2009

Charrette

Il y a beaucoup de gens parfaitement incompétents et ce dans tous les domaines, mais il semble que des seuils de nullité crasse tant quantitative que qualitative soient régulièrement atteints - et dépassés, pour ne pas dire surpassés en fanfare - par ces Pdg d'entreprises qu'on nous présente comme des "entrepreneurs" toujours héros d'une ébouriffante modernité, et dont le bilan objectif oblige à considérer que ce sont véritablement de sombres guignols qui seraient infoutus de gérer correctement une baraque à frites.

Ainsi, Philippe Camus.

Qui entre autres activité, est président d'Alcatel-Lucent, qui vient d'annoncer un petit milliers de licenciements, ce afin évidemment de "rester compétitif".
(et aussi voire surtout faire plaisir aux actionnaires, puisque à chaque annonce de plan de licenciement, l'action d'une boiboite remonte et les actionnaires font péter le Champomy. Cet aspect du dégraissage n'est cependant bizarrement jamais mis en avant par nos entrepreneurs qui préféreront toujours parler de "modernité", qui est la traduction français/MEDEF de "cupidité obscène et sans bornes").

Mais c'est peut-être aussi parce que Philippe Camus est très occupé, comme garçon ; n'est-il pas non seulement Pdg D'alcatel-Lucent, mais aussi à ces heures perdues :

"Cogérant du groupe Lagardère, il n'exerce plus de fonction exécutive mais un rôle de conseiller, de veilleur technologique et de stratège auprès d'Arnaud Lagardère. Il est administrateur du Crédit agricole, du groupe Accor ainsi que de Schlumberger, une société de culture américaine dont le « board » accueille un Russe, un Mexicain, trois Américains, deux Anglais. En France, tout en restant dans l'ombre, il est resté proche de Nicolas Sarkozy qu'il tutoie. Il le conseille notamment sur l'avenir d'EADS. Philippe Camus est un des associés d'Evercore, une banque d'affaires basée à New York et fondée par deux anciens de l'administration Clinton Roger Altman et Austin Beutner."

Tant de frénésie épuiserait les plus valeureux, reconnaissons le. Et constitue peut-être une explication de la déroute d'une entreprise qu'il est censé gérer au mieux. Oui. Peut-être.

Il y a cependant une autre hypothèse qu'une stricte honnêteté nous oblige à considérer ;

Philippe Camus est peut-être un de ces hyper-patrons présent dans des dizaines de conseils d'administration, et de ce fait fort grassement rémunéré, et qui n'en a rien à foutre des gens qui contribuent à sa richesse à savoir ceux qu'il s'apprête sans trop d'états d'âmes - voire aucun - à foutre à la porte.
Nous retiendrons cette hypothèse comme point de départ de notre raisonnement, puisque celle-ci semble bel et bien la plus plausible.

Nous nous permettrons même de divaguer quelque peu en pensant que des gens comme Philippe Camus, si nous avions vécu dans une dimension parallèle, aurait parfaitement eu sa place vêtu d'une chemise blanche et se tenant debout sur une charrette cheminant vers la place de Grève sous les huées d'une foule enthousiaste. Mais ne nous laissons pas aller à de plaisantes rêveries et revenons au temps présent.

Qui nous oblige encore à reconsidérer notre hypothèse de départ - qui voulait on s'en souvient qu'un Philippe Camus soit d'une incompétence crasse - pour reformuler notre propos ; à savoir qu'il se pourrait bien en fait que Philippe Camus soit extrêmement compétent dans son domaine.
Qui est de se faire du gros et gras pognon sur le dos des salariés en en ayant rigoureusement rien à foutre du reste. Tout en exigeant il va sans dire moult et fortes subventions publiques, puisque ce fameux secteur privé qui méprise le public est parfaitement incapable de se passer de son argent. Un peu comme si un type passait son temps à vous injurier et à vous salir partout où il va, avant de supplier que vous lui donniez 500 euros, en somme. Oui, ça se passe comme ça dans la tête des libéraux, quel endroit fort peu fréquentable, décidément...

Et de nous surprendre encore à divaguer sur des gens comme Philippe Camus en chemise blanche dans une charrette...



jeudi 23 juillet 2009

Carnivore

On arrête pas de dire et de penser tout le mal possible d'infects torchons comme le Figaro ou Marianne - ce canard de merde - , mais il faudra peut-être bien finir par se pencher plus attentivement sur le cas de Rue89. Qui, sous couvert d'un anti-sarkozysme bon teint, ouvre régulièrement ses colonnes virtuelles à de pompeux cornichons soi-disant "de gôche", qui en profitent pour allègrement cracher sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à des progressistes, tout en célébrant Le Joli Marché Qui Rend Heureux avec l'enthousiasme le plus niais. La rédaction pourra toujours se défausser en prétendant que ce ne sont là que tribunes et que ce ne sont pas des "journalistes" en tant que tel, il n'empêche : le choix de placer lesdites opinions en page d'accueil finit par faire penser qu'à force, tout ça ne doit peut-être bien rien au hasard.
(Et quand on voit que dans la colonne "blogs qu'on aime" se retouvent côte à côte l'imbécile Hugues Serraf et le demi-cerveau Criticus, on commence à se demander si la "liberté d'expression" façon Rue89 ne s'arrête pas là où commence l'amour du libéralisme...).

Ainsi, cet article ridicule d'un certain Michel Faure.
Lequel, reprenant sans nuance ni recul - et du coup les faisant complaisamment siens - les propos d' Alvaro Vargas Llosa, dont la fiche Wikipédia nous apprend, ô surprise :

"He is a proponent of free-market economics and democracy under the rule of law, calling for more open trade between Latin America and the United States."

Mais attention, hein, c'est de gauche, ça. La gauche de Manuel Valls ou de Pascal Lamy, autrement dit : celle qui trahit et se plie à tous les caprices de la droite. La gauche à qui on crache à la gueule, en somme. Et celle que Michel Faure doit tellement préferer à cette méchante gauche latina qui a l'effronté toupet de vouloir encore rester...à gauche. Elle. Et donc, cet Alvaro Vargas Llosa, là, de pontifier :

"Il qualifiait la première gauche, celle, notamment, de Lula au Brésil ou de Michelle Bachelet au Chili de « végétarienne » et la seconde, celle de Chavez au Venezuela ou de Morales en Bolivie, de gauche « carnivore ». Selon lui, la gauche végétarienne est de nature réformiste et proche de la social-démocratie européenne. La gauche carnivore, quant à elle, est plus radicale et révolutionnaire."

Déjà, on tique, puisqu'on sait tout le mal qu'il faut penser des végétariens. Et la défiance de se confirmer à la lecture de la suite, qui est aussi ébouriffante de profondeur et de pertinence qu'une vidéo de BHL sur Dailymotion. Oui, à ce point.

"Il faudra bien qu'un jour la gauche végétarienne arrête de prétendre être l'amie de la gauche carnivore, disait Vargas Llosa, car l'une et l'autre sont sur des trajectoires totalement divergentes et le moment viendra où il faudra bien trancher sur ce que doit être l'avenir de cette famille politique en Amérique latine : démocratique ou bien révolutionnaire.
Le moment est peut-être venu pour Lula et Bachelet de rappeler que l'avenir de la gauche latino-américaine s'inscrit dans le cadre de la démocratie.
Il n'est ni dans la révérence d'un Hugo Chavez pour un « modèle » cubain -un goulag tropical et un désastre économique- ni dans son adaptation « bolivarienne » qui vire de plus en plus vite au socialisme d'inspiration soviétique où toutes les activités humaines entrent les unes après les autres sous la coupe de l'Etat.
Il n'est pas non plus dans le conservatisme et l'utopie raciale de l'indigénisme d'un Evo Morales, ni dans le clientélisme populiste et les solidarités claniques d'un Daniel Ortega au Nicaragua."

Et là, est-il vraiment utile de continuer ? Puisque désormais, on sait exactement à quoi s'en tenir, et que c'est invariablement la même chose. D'un côté la Gentille Gôche qui fait des bisous et accepte le Marché ; de l'autre la Méchante Gôche qui refuse le Marché et dont est très très vilaine. Tant d'intelligence dans le propos éblouit, c'est simple, on dirait du Bertrand Delanöé. Et Michel Faure, toujours citant Alvaro Vargas Llosa mais il semble bien qu'ici les deux opinions se confondent, de caqueter :

"L'avenir de la gauche dans une Amérique latine intégrée et ouverte au reste du monde, c'est la démocratie sociale, c'est à dire le marché encadré par des règles et une fiscalité socialement protectrices, le respect des droits humains et des libertés, la valorisation du travail et de l'initiative, et le caractère universel de l'accès aux soins et à l'éducation."

C'est beau comme du Guaino dans le texte.

Mais ce n'est pas fini, Michel Faure décidant plus loin d'abdiquer toute rationnalité et autres fariboles argumentées pour s'ébrouer enfin dans l'hystérie antichaviste, perpétuelle tarte à la crème des petits roquets libéraux de son espèce :

"Rappelons qu'en une année, Chavez a nationalisé 12 000 entreprises privées du secteur pétrolier en vertu d'une loi réservant à l'Etat l'exploitation des hydrocarbures. Il a également nationalisé les entreprises du secteur électrique, des télécommunications, de la métallurgie, l'industrie du ciment, des entreprises agro-industrielles et des terres agricoles."

Et ça, c'est très mal. Très très mal. Bon, Michel Faure omet juste de préciser qu'avant Chavez, le pétrole ne servait que les intérêts exclusifs d'une caste dirigeante particulièrement corrompue, et que depuis les nationalisations, l'argent du pétrole sert par exemple à financer des programmes d'alphabétisation. Mais c'est fait en s'attaquant à la Propiététe Privée. Et ça, pour un Micel Faure, c'est un crime, que dis-je : LE Crime. Et de terminer en se roulant par terre d'angoisse :

"que dire de Chavez, qui avance masqué derrière son discours bolivarien pour transformer le Venezuela en un vaste kolkhoze posé sur des champs de pétrole ?"

Le Tyran Rouge qui mange des nenfants qui n'est rien que l'adepte du Totalitarisme Bolchévique blablabla, les conneries habituelles. C'est vrai que c'était tellement, mais tellement mieux, quand tout était privatisé et que la population vivait des des bidonviles sans eau courante, hein Michel Faure ? C'est vrai que c'était tellement plus enthousiasmant, quand était respectée la sacro-sainte "propriété privée" mais que le reste de la population était enfoncée dans la misère crasse...

Mais attention : Michel Faure n'est nullement un "idéologue". Il ne fait pas, mais alors pas du tout de "l'idéologie", comme il tente de s'en défendre dans un commentaire qui mérite d'être cité tellement il éclaire le personnage :

"le dernier espace de liberté des hommes, la propriété privée, dont on sait bien aujourd'hui qu'elle est un élément fondamental de la liberté, est aujourd'hui menacée. Pour moi, et là encore c'est une opinion que je défends avec franchise et sincérité, la liberté est un élément essentiel du bonheur et de l'harmonie sociale. Si vous n'aimez pas la liberté, j'en suis désolé pour vous."

Oui, vous avez bel et bien lu : "le dernier espace de liberté des hommes, la propriété privée, dont on sait bien aujourd'hui qu'elle est un élément fondamental de la liberté".
Mais Michel Faure ne fait pas du tout de l'idéologie, n'est-ce pas ?
Il se contente juste d'avoir la cervelle tellement bouffée par le néolibéralime qu'il peut bêler sans honte ni retenue le catéchisme des petits clercs dans son genre, tout en se prétendant "de gôche" par caution morale.
Et oui, vous aussi, vous préférez encore un bon gros libéral de droite bien puant et décomplexé, à la fin, plutôt que ce genre d'hypocrite tortilleur prêt à plier servilement l'échine devant toutes les idées plus frelatées, celles qui ont bouffé la gauche depuis à présent des décennies. Qui n'aime la gauche que soumise et impuissante et l'enjoint à gentiment bouffer de la salade cuite.

Ceci dit, j'aime beaucoup l'expression "gauche carnivore". L'image que ça m'évoque est exactement l'idée que je me fais d'une gauche digne de ce nom :

Carnivore.


Edit 12:17 : Il n'est pas possible de ne pas vous faire profiter d'un commentaire de Michel Faure qui est une sorte de joyau serti dans un anneau de pureté ; accrochez-vous aux branches, ça va tanguer :

"Ce qu'il faut bien comprendre avec ces avancées sociales, c'est qu'elles vont creer un vaste service public généralisé. J'ai discuté avec un petit épicier de quartier comme il en existe des millions dans toute l'Amérique latine. Le type, qui n'était vraiment pas un nanti, juste un petit épicier de quartier, perdait tous ses clients et allait fermer boutique, faute de pouvoir lutter avec la concurrence des épiceries d'Etat dont les prix étaient inférieurs à ceux du marché grâce aux subventions du gouvernement. Je ne parle pas du dentiste ou du médecin de quartier qui perdent eux aussi leurs clients. L'avenir du Venezuela, ce sont des épiciers fonctionnaires, des médecins et des dentistes fonctionnaires, un Etat généreux mais omnipotent, et aucune perspective pour un étudiant que de travailler pour l'Etat ou d'aller à Miami, symbole odieux comme chacun sait. Ne croyez pas que Chavez s'en prenne uniquement aux grandes entreprises. Il touche au petit commerce, à la vie des quartiers, à l'autonomie d'une classe moyenne très modeste qui n'a plus aujourd'hui les moyens de son indépendance."

OH MON DIEU MAIS QUELLE HORRIFIANTE HORREUR !!!! L'équivalent du petit boutiquier poujadiste version tropical va être obligé de fermer boutique parce que les épiceries d'État sont moins chères et ne cherchent même pas le profit à tout prix !!!! Les mandarins qui pouvaient s'engraisser sur le dos des malades sont acculés au désespoir parce que des Cubains soignent mieux les gens et parfois sans les faire payer !!!! MAIS QUELLE ABOMINABLE TRAGÉDIE !!!

Je m'étais trompé, sur Michel Faure ; je le pensais simplement lobotomisé, alors qu'en fait il a largé les amarres d'avec la réalité depuis bien longtemps, on dirait...



mercredi 22 juillet 2009

C'est nul, de céder à ce genre de facilités...

...n'empêche : quand on gougeule "trou du cul du web", on obtient :



Et oui, c'est très drôle.

(via Rezo)

Le scandale permanent

Ce qu'il y a surtout d'assez étonnant, c'est que des scandales à répétition, il n y en ait pas davantage. L'UMP, c'est le RPR botoxé et qui a oublié les pratiques proprement mafieuse de la camarilla gaulliste ? Il n'y a donc aucune raison que l'UMP ne perpétue pas les saines traditions de corruption et de clientélisme de son ainé, et on pourrait même dire que ça n'est guère étonnant. Ces gens sont de droite, c'est à dire qu'ils se draperont sempiternellement dans un discours de Valeurs et de Morale, en étant de parfaits combinards hypocrites et cupides en coulisses. Rien de bien nouveau, donc, et à la limite, je suis quelque peu surpris qu'on continue de s'indigner, voire carrément de s'étonner qu'il en soit ainsi...

Qu'attendiez vous donc de ces gens ?

Pensiez vous sincèrement qu'une fois au pouvoir, il ne se serviraient pas grassement, eux et leurs cliques et autres cercles d'intérêts ?
Mieux : pensiez vous que cette frange de la bourgeoisie issue pour l'essentiel des grandes écoles de la République, dans lesquels on leur répète depuis toujours qu'ils sont une élite et n'ont de comptes à rendre à personne sinon à leurs pairs et encore, et que partant ils valent mieux que les minus qu'ils sont appelés à dominer, pensiez-vous vraiment que pareilles gens en ont quelque chose à foutre du bien commun ?

Alors oui, c'est choquant. En effet.
Mais de là à s'étonner...

Mais le pire, toutefois, sera de constater que la dénonciation -parfaitement légitime bien évidemment - de ce climat de scandale permanent n'infléchira en rien, non plus que ne les fera diminuer, toutes ces malversations. Ce n'est pas que ça ne serve à rien ; c'est juste qu'il est douteux que ça change les choses...

Pour la bonne et simple raison que la majorité des gens s'en foutent.
Et pour que ça change, il faudrait que les gens ne s'en foutent pas.
Conséquence d'une dépolitisation de masse, le citoyen lambda a littéralement accepté la corruption des "élites" comme allant de soi et ne la considère peu ou prou plus que comme étant banale, pour ne pas dire normale...Étant de plus soumis à une pression croissante au niveau du porte-monnaie, il ne jette plus qu'un oeil vaguement écoeuré vers un marigot auquel il ne comprend pas grand'chose et hausse les épaules par résignation.

Autant dire que ceux qui espèrent que le scandale de trop nous débarrasse du Nain et de ses sbires risquent fort d'en être pour leurs frais. On se souvient que Nixon, à l'époque, avait été obligé de démissionner suite au très embarrassant Watergate ; mais la révélation de l'entourloupe à elle seule n'aurait jamais suffi à le mettre dehors. Sa position dans l'opinion publique était déjà largement fragilisée par l'embourbement au Viet-Nam et l'avait rendu particulièrement impopulaire. Le Watergate n'a été que la - grosse, tout de même - goutte d'eau. Or, sans pression conséquente de la population contre ceux qui la gouvernent, sans mécontentement fort et palpable, et de plus trouvant à s'incarner dans une opposition politique forte, il peut y avoir tous les scandales possibles et imaginables : rien ne bougera. Quelques têtes valseront, de fortes déclarations publiques seront faites. Et ce sera tout. Berlusconi aurait du être éjecté depuis longtemps, à ce compte-là. Or, on voit qu'il n'en est rien. Inexistence d'une opposition digne de ce nom, les sociaux-démocrates locaux étant passés à droite dans l'enthousiasme, corruption acceptée comme une pittoresque tradition nationale, c'est assez simple : il n y'a aucune raison que Berlusconi ne se lâche pas. Il n'y a rien en face de lui, pourquoi se gênerait-il ?

Traduit simplement : on pourra faire tout ce qu'on peut par la dénonciation par le "haut" (journalistes, magistrats, responsables politiques) ; tant que la prise de conscience ne s'effectue pas en "bas" (pékin moyen qui travaille plus pour gagner rien), le scandale permanent continuera.

Et ça, c'est un énorme boulot de repolitisation collective qui nous attend.

mardi 21 juillet 2009

Bal tragique à Solférino : pas encore de morts. Pas encore...

(Rargl, le sniper post-Cronstadtient Seb' Font' m'a piqué mon idée de billet, zut, zut, zut. Que faire ? Ben l'écrire quand même, voilà, tant pis).

Alors voilà.
Vous êtes chez vous en famille, au repas du dimanche où tout le monde se réunit pour faire semblant de s'aimer.
Alors c'est dans toutes les familles, n'est-ce pas : c'est pas toujours la joie, il y a des frictions, des histoires pas bien proprettes concernant l'héritage d'un oncle décédé, des trucs que tout le monde sait mais que personne n'avoue, des déchirures intimes et des scandales à usage interne...
Une famille, quoi.
Mais nonobstant, on est tous réunis pour partager un moment sympa tout de même, d'autant que en ce moment c'est pas trop la joie et tout le monde fait un peu la gueule. Le repas se déroule dans une ambiance morose, plombée, malgré les efforts de la chef de famille qui fait semblant d'avoir de l'entrain pour douze.

Entre le cousin alcoolique et borderline, fruit d'une liaison honteuse et consanguine avec une autre famille rivale.
Qui se met derechef à injurier tout le monde, à dire tout le mal qu'il pense de cette famille de merde, prend à partie tous les convives pour leur expliquer que c'est tous des abrutis, tout en s'asseyant à table et en exigeant d'être servi, et mieux que les autres.

Normalement, dans un environnement sain et normal, il s'est déjà pris une mornifle taille grand garçon.
Mais on est pas dans un environnement sain et normal.
La mère de famille fronce un peu les sourcils et lui sert une grosse assiette de soupe, en feignant d'ignorer ceux que la sortie du cousin fait discrètement pouffer.

Lequel cousin après avoir vidé la soupière en en renversant partout se met à hurler que cette soupe elle est dégueulasse, et que la cuisine ici est à chier, et qu'il faut vraiment être complètement à la ramasse pour oser proposer pareille pitance aussi indigne et commence à balancer les assiettes en direction du bout de table.

Là, toujours normalement, le cousin est pris à part dans la cuisine pour une explication un peu vigoureuse.
Mais on est pas chez des gens normaux, décidément.
La chef de famille agite un gros doigt grondeur en sermonnant - pas fort - le cousin et lui dit que si il n'est pas content, il n'a qu'à quitter la table et puis c'est tout.
Le cousin n'en hurle que davantage, surtout qu'il voit qu'il commence d'avoir quelques soutiens des membres qui sont bien contents de l'esclandre pour régler par la bande des histoires mal digérées. Il glapit que c'est le fascisme, que ça se passera pas comme ça, que c'est quoi cette famille de merde, et qu'il en a rien à foutre de toutes façons et qu'il fait ce qu'il veut et vous encule tous d'abord.

Ensuite, il va se jeter sur le canapé devant la télé en ayant pillé les bières du frigo.
Court moment de répit.

À table, c'est l'engueulade généralisée entre ceux qui défendent le cousin - et qui le détestent par ailleurs, mais l'important c'est qu'il casse les couilles de la Mama - et ceux qui défendent la Mama mais pas trop fort quand même. On voit même des gens étrangers à la famille débouler dans la salle à manger sans avoir été invités et donner leur avis en critiquant tout et en crachant sur la moquette.

Bon, là, normalement, tu pètes une durit en direct, tu choppe le cousin par la peauduc pour l'évacuer manu militari en lui ordonnant de plus ramener sa sale gueule de rat sinon ça va chier velu pour lui, et tu sors la Louisville ramené des vacances aux States pour en frapper un grand coup terrifiant sur la table en faisant la même tête que Kathy Bates dans Misery - genre j'ai eu une journée un peu difficile faudrait pas trop me pousser je pourrais commettre un ou deux génocides - pour chuchoter doucement que maintenant on va tous se tenir bien tranquilles et tout le monde s'assoit y a du rôti...

Mais on est pas chez des gens normaux, voilà.
Et c'est l'über bordel, voilà.

Et le cousin de se repointer au salon en hurlant qu'il y a plus de bières et que c'est tous des connards dans cette famille pourrie et puis qu'il les encule tous et qu'il veut être chef pourquoi lui il serait pas chef d'abord ???????? Ensuite, il vomit sur le tapis.
Certains membres de la famille commencent à l'applaudir.

Et c'est comme ça que ça se passe au Parti "Socialiste".

Et un peu plus loin, d'autres cousins mais pas les mêmes, d'une plus petite famille qui commence gentiment à s'agrandir, se sont installés dans des transats avec une glacière à côté pour ne rien rater du spectacle.

Dame, une fois qu'ils se seront tous entretués, ils espèrent bien récupérer quelque chose de la baraque.

lundi 20 juillet 2009

Une belle branlée


Vu hier La chute du faucon noir (Black hawk down) de Ridley Scott, et ce film fut un très agréable moment de détente, agrémenté de ci de là de rires bon enfant devant la magistrale dérouillée que prennent les troufions US. Après tout, il n'est pas fréquent de voir les ricains perdre - au cinéma du moins-, autant goûter le spectacle avec jubilation.

En 1993, c'est l'immense bordel dans une Somalie livrée aux seigneurs de guerre qui organisent la pénurie alimentaire de la population. Les ricain décident de capturer celui qui tient Mogadiscio et expédient des Forces spéciales et des Rangers par hélico au coeur de la ville. Et là, c'est le drame : deux hélicoptères seront abattus par des roquettes, et toute la ville insurgée tombe sur le dos des pioupious coincé en plein enfer urbain, avec des milliers de Somaliens très très vénères qui les encerclent. Pour plus de détails sur le déroulement des évènements, voir ici. Et ce fut un gros échec pour l'US Army, du genre qui laisse des traces durables et aboutira à une complète redéfinition de sa stratégie urbaine, laquelle sera expérimentée grandeur nature au Moyen-Orient quelques années plus tard.

Revenons au film qui narre cette cruelle mésaventure.
Lequel visuellement envoie un peu le bois, et c'est le moins qu'on puisse dire. D'une durée de 2h20, celui-ci se compose de deux parties bien distinctes : 20 minutes de présentation des personnages et de la situation ( en gros : "Kids, on est là pour apporter la Démocratie et le cheeseburger à ces connards de nègres, Ouha !"), et 2 heures de baston non-stop dans les rues de Mogadicsio. 2 heures de ratatatatatatatatata, de baoum, de "mediiiiiiiic !!!!!", de ka-poum ka-poum ka-poum, de bang bang, d 'encore de ratatatatatatatatata, de "Fuck il en sort de partout !", de "On va pas te laisser tomber, kid, tiens le coup, pense à ta maman dans sa ferme du Minnesota !", ratatatatatatatatata, again, ka-poum ka-poum ka-poum ratatatatatatatatata, de "Mais putain qu'est-ce qu'ils foutent les hélicos ??", et tiens, une bonne couche de ratatatatatatatatata y'en a un peu plus j'en remet quand même.

Arf.

Tu sors de là, t'a envie de te laisser pousser les cheveux et de te rouler nu dans l'herbe, tellement t'en peux plus, dis.
Ensuite, c'est éprouvant, quelque peu, certes. Mais t'en a quand même vachement moins chié que les mecs dans le film, hein. Parce eux ils ont morflé, fouyouyou, t'aurais pas aimé être à leur place, ah ben non alors. Et puis ils ont vu leurs potes mourir. L'horreur. Au ralenti, en plus, avec de la musique vachement mélancolique et tout et voir les boys crever sous le soleil avec des vocalises d'une sous Lisa Gerrard en fond sonore et des gros plans sur les visages convulsés - mais braves, le soldat ricain crève avec un rictus de douleur mais reste courageux dans l'agonie -, putain comment c'est poignant...
Autrement plus en tous cas que ces centaines de connards de nègres décanillés à la Browning calibre .50 façon Doom, qui eux se contentent de crever bêtement en essayant de retenir leurs intestins. Blaireaux, va. Savent même pas mourir dignement, ces cons, et ils clamsent sans ralentis ni musique en plus. Aucune classe.

Et non, évidemment, je n'exagère nullement : le Blanc - le contingent ne comprend qu'un seul Noir, mais plus vraiment Noir puisque intégré aux Forces De La Démocratie, donc un peu Blanc, quoi - meurt dans des violons, il a droit à ces potes qui le pleurent - au ralenti -, c'est d'ailleurs parfaitement interminable et complaisant, le Nègre lui tombe comme mouches sous les balles US et franchement on s'en fout un peu, merde, en plus il est musulman, on s'est compris.

Le générique de fin nous apprend que 19 morts chez les ricains font pièce à plus d'un millier chez les Somalis. Si on fait le calcul d'un film de 140 minutes consacré à ces 19 cadavres, on obtient un plus plus de 7 minutes par bonhomme. Ensuite, n'est-ce pas, à ce compte là, on aurait dû faire un autre film de plus de 116 heures pour les nègres...

On aura compris qu'on peut donc regarder La chute du faucon noir avec tout du long un petit sourire de satisfaction, parce que voir l'impérialisme s'en prendre plein la gueule à ce point c'est quand même drôlement amusant. Et ça change. Il parait que quand il est projeté dans les territoires occupés, les gens applaudissent à la fin. Mais peut-être pas dans le sens voulu par Jerry Bruckheimer...

Il ne me reste donc plus qu'à voir un autre film rigolo sur la victoire de Dien Bien Phu - et ce n'est pas une coquille, puisqu'il s'est bel et bien agi de la victoire des courageux Viet-Minh sur les troupes d'occupation française, comme quoi l'Histoire c'est d'abord une question de point de vue, n'est-ce pas - et je pense que ma joie sera à mon comble.


Mortal engine



Spectacle total combinant danse contemporaine, vidéo, lasers, décors interactifs et musiques électroniques, Mortal Engine de la compagnie australienne Chunky Move est une expérience totale sur la solitude de corps aux limites floues et sans cesse redéfinies, l'instabilité de ce qu'on a besoin de croire soi, et la hantise du déclin, de la contamination, de la folie, de l'inéluctable fin...

Chaque fois que je vois cette vidéo, je suis au bord des larmes. Je comprend ces images, à un stade non rationnel.
Je suis hypnotisé.

dimanche 19 juillet 2009

Je vais me laisser pousser la moustache. Ouais. Bonne idée.

- Bonjour CSP.

- Bonjour Thierry.

- CSP, entre nous mon lapin, t'en as pas marre parfois d'avoir un ego monstrueux qui prend une place démesurée que tu fais rien qu'à parler de toi sans arrêt ? Sans déconner ?

- Nullement, pourquoi ? Je trouve que c'est un sujet passionnant entre tous et sais avec certitude que des milliers de lecteurs et lecteuses n'en finissent plus de panteler devant mon blog en attendant avec impatience des nouvelles fraîches et joyeuses de leur blogueur préféré. Dont acte.

- Mais en fait tu serais pas un peu un gros con prétentieux ? Je dis ça je dis rien, mais voilà, quoi.

- Oui certes, j'en suis bel et bien un. Pourquoi le nier ? Rien n'est plus vrai. Je ne doute pas une seule seconde d'avoir raison et pense sincèrement que ceux qui ne sont pas d'accord avec moi sont des sots qu'il faudra conscientiser de gré ou de force, au pire des irrécupérables qu'on enverra dans de terribles goulags un jour. Ensuite, franchement, est-ce que c'est vraiment de ma faute si j'ai toujours raison ? Hein ? Non, hein ? Bon, tu vois bien.

- Lourd dossier, donc. Et ce trip un peu pénible, là, sur le côté "plus de testostérone que moi tu meurs", et vas-y que je te fais de la muscu en écoutant Slipknot et que moi j'ai une vie sexuelle, et que je suis amoureux de mes biceps et de mes tatouages et blablabla, n'est-ce pas quelque peu redondant à force d'à force ? Et que pensent les camarades féministes de cette étalage de virilisme particulièrement exaspérant, zut à la fin ?

- Les camarades du NPA me connaissent bien et savent que derrière cette façade de macho brutal qui draguerait un tabouret avec une jupe se cache un être blessé à la sensibilité exquise et raffinée, qui écoute Chopin en cachette et éclate en sanglots devant un chaton. Et assurément, les lecteurs - et surtout les lectrices - auront su détecter cette délicatesse à fleur de peau d'une personne timide et attendrissante dans sa maladresse, qui ne souhaite rien d'autre que le bien d'autrui. Tout ce cynisme n'est qu'une carapace, tout un chacun l'aura compris, et je suis sans cesse perclu d'un doute permanent, il faut me croire. Vraiment.

- Hun hun. Trop crédible. Et puis aussi, les commentaires du Figaro.fr, à la longue, c'est relou, quoi, pfouuu, change de disque.

- Tu déconnes, là ? Les flaques de vomi froid du lectorat cacochyme de ce torchon sarkozifié jusqu'à la moelle me sont un enchantement dont je ne puis plus me passer, et dont je vibre à chaque fois de le faire partager à mes lecteurs moins intrépides qui n'osent pas s'aventurer dans pareils marécages de l'humanité. D'ailleurs, j'en ai trouvé encore des biens, dans l'histoire du lycéen autorisé à se réinscrire après avoir un peu bloqué son établissement. Zou, c'est parti.

- Encore ??? Pfff...

- Ouais. Encore. Agad' :

"LAMENTABLE que ce réintegrement !"

"une chance redonnée aux semeurs de troubles"

"TOUS CES ADULTES QUI CAPITULENT NE SONT QU'UNE BANDE DE DEGONFLES QUI FONT HONTE A LA FRANCE."

"le pouvoir se déculotte"

"Un billet aller pour Téhéran ou Pékin, et vite !!! "

"Le gouvernement qui s'écrase et subit le dicta d'une gauche à la dérive"

"Une véritable incitation à la récidive !"

"Le gaucho-conservatisme soixante huitard se porte comme un charme"

"pauvre France !!!!!! "

"On assiste à un comportement de plus en plus répandu en France qui consiste à capituler systématiquement devant des petits morveux, devant la violence, devant les hors-la-loi et devant les bobos de gauche."

"c'est lamentable"

"honte à lui et surtout a ses parents qui ne savent pas l'éduquer et qui sont surement comme lui"

"BLOCAGE = PRISE D'OTAGES "

"Ses parents auraient été mieux inspirés de lui mettre un coup de pied aux fesses"

"il n'a plus qu'à acheter des bouteilles de gaz pour son blocus de l'an prochain"

"Lamentable et désespérant"

"Cette attitude n'existe pas dans les établissements privés !"

"La gauche et les syndicats, toujours du mauvais coté, de l'illégal, de l'injustice et des délinquants."

"c'est un tel laxisme qui détruit l'institution"

"Une fois de plus, le passé laxiste a triomphé !!"

"Ce pays a une predilection pour le laxisme et la reculade permanente"

- RHAAAAAAAA, sans déconner, ne sont-ils pas merveilleux ? Je les adore, je les aime, je les kiffe trop grave, toutes ces pauvres mort-vivants qui trépignent devant leur clavier en chougnant leur misère de cloportes sur le laxisme, et sur la gôche toute-puissante, et sur le déclin de la Fraaaaaaannnnceuuuuhhh, rhalalalala mais comment, comment en vérité je vous le demande ne pas a-do-rer des gens comme ça ? Mh ? C'est du bonheur, c'est de la chantilly, et lire ça, c'est un bon gros shoot direct dans le cerveau pour bien comprendre que ces gens, on ne peut rien pour eux.

- Mouais, c'est rigolo, mais tu sais que les commentaires ne sont pas nécessairement représentatifs du lectorat d'un journal, tout de même ? T'es pas bouché à ce point, si ?

- Ben oui, je le sais, tu crois quoi ? Bien sûr que c'est de la mauvaise foi en béton armé, ou est le problème ? Depuis quand faudrait être respecteux de ces rats, steplé ?

- Tu es consternant. En fait, tu es un nazi, voilà. Un gros nazi méchant et vilain. Honte à toi, vilain nazi. Bouh bouh bouh, méchant méchant méchant. Na.

- Rhooo, t'es tout vexé, allez, viens dans mes gros bras consolants, au lieu de faire ton Jérôme Leroy, va. Et puis me dire vilain facho très très méchant pas beau, c'est sous le coup de l'émotion, ils le pensent pas vraiment, je suis certain. Hein, vous le pensez pas vraiment, bien sûr que non. Si ? Vraiment ? Ah...m'en voilà tout meurtri, dis donc. Bouh. Je suis au bord des larmes, petite madeleine que je suis. Ouin.

- Tu es incurable. Bon, un peu de mieux disant culturel, pour conclure ?

- Ouais : Bronson. Allez-y, ça déchire. Et ça fout la trouille, aussi, mais vraiment, hein. 'Tain le personnage out of control à ce point, c'est extraordinaire que ce type soit encore vivant. Grand film, drôle, flippant, émouvant. J'ai d'ailleurs décidé de me laisser pousser la moustache.

- Et on a pas fini de rigoler, décidément. Et tu vas faire quoi, là, sinon ?

- De la muscu en écoutant Slipknot, pourquoi ?


samedi 18 juillet 2009

Se sortir les doigts

D'abord, pourfendons une illusion que trop de gens encore entretiennent pour se rassurer :

Nicolas Sarkozy, si il se représente ne 2012 - et il se représentera - sera réélu pour 5 autres années.

Non, ne cherchez pas, ne vous prenez pas la tête en vous disant que oui mais, attends on sait pas, blablabla. Je répète donc, calmement mais fermement :

Nicolas Sarkozy, si il se représente en 2012 - et il se représentera - sera réélu pour 5 autres années.

Nous allons donc en bouffer pour un second mandat, c'est comme ça, et il faut se faire à cette idée.
Le pronostic est en fait on ne peut plus simple : pour que puisse exister l'espoir de le dégager, il faudrait qu'on puisse s'appuyer sur une figure concurrent forte qui soit en mesure de lui faire pièce, et ce dès maintenant puisqu'une présidentielle, ça se stratégise dès la fin de la dernière quand on connaît le nom du nouveau ; or, vous savez comme moi qu'il n'y a personne en face. Personne n'est crédible pour foutre le Nabot dehors, partant, il va faire un deuxième mandat.

Et par pitié, épargnez moi les sanglots et les cendres sur la tête, ça ne sert à rien, tout comme les lamentations sur l'air de "mais c'est pas possible" - sisi, c'est possible -, "je tiendrai pas jusque là" - et tu vas faire quoi ? T'exiler en plantant ton taf, ton appart et ta famille ? Tu tiendra, comme tout le monde, tu n'as pas le choix -, "mais qu'est-ce qu'on peut faire mon Dieu qu'est-ce qu'on peut faire ???" - j'y viens, un peu de patience - "YFOFERLUNITÉÉÉÉÉÉÉÉÉ !!!!!!" - Paf ! Paf ! font les genoux unitaires explosés par deux balles de .45.

Maintenant, on me sèche ces vilaines larmes et on commence à se sortir les doigts.

Alors voilà, vous avez le choix, concrètement, entre deux options simples :

- Soit vous continuez à chougner tous ensemble - mais chacun dans votre coin - en vous "indignant" du haut de votre immaculée vertu citoyenne et en vous réchauffant en rond en vous disant que décidément Sarkozy il est pas gentil ;

Avec le succès qu'on peut constater, n'est-ce pas.

- Soit vous vous engagez pour de bon. Et vous militez quelque part.

Et, je veux dire, vraiment militer, pas faire des actions festivo-contestaires à deux balles genre brigade des clowns ou pique-nique sauvage à Carrouf, puisque ça, désolé, mais à part faire plaisir à ceux qui le font, c'est impact politique : zéro.

Pour ce qui est de l'endroit où vous devriez militer, j'aurai bien une petite idée d'avance, mais on va encore m'accuser de sectarisme, tss, comme ce serait mesquin. À la limite, peu importe, puisque ce qui est important c'est la démarche en tant que telle : décider de s'engager dans un processus collectif inscrit dans le temps, en ayant pleine conscience du choix effectué et ce que ça exige de vous. À vous les réunions dans des locaux sinistres, les débats interminables sur des questions mineures, les diffusions de tracts sous la pluie, les collages d'affiches tard le soir, les congrès avec des bulletins internes façon Bottin de centaines d'amendements obscurs à voter, les stratégies internes pour diminuer le poids de telle ou telle tendance, les AG une fois par mois et t'a payé ta cotise ce mois-ci ?

C'est sexy, hein ?

Mais c'est vrai, au fait : vous n'avez plus le choix.

Alors oui, bien évidemment vous êtes des zindividus. Et des zindividus aussi tellement zindividus que vous l'êtes ne vont tout de même pas s'engager, tss, c'est vulgaire, et puis c'est aliénant, et puis je veux garder ma liberté de penser, ce qui fait de moi un zindividu à part entière même si concrètement je ne fais absolument rien de rien pour que ça bouge vraiment mais au moins je reste un zindividu...

Tout seuls, vous ne ferez rien.
Les charmantes théorisations du genre 1+1+1+1 blabla, c'est certainement très rassurant pour son ego et ça permet de se dire qu'on fait semblant d'agir dans son coin, sauf que dans le monde réèl, encore une fois, impact politique : néant. Et il serait peut-être temps d'en finir une bonne fois pour toutes avec cet individualisme stérile et sclérosant qui n'envisage la pratique politique que comme consommation et refuse le long terme en exigeant un retour sur investissement à court terme et en voulant des résultats là maintenant tout de suite.

Et remettons en une couche dans la joie : si vous vous engagez quelque part, dans l'idée mettons de reconstruire une gauche digne de ce nom avec pour objectif à terme que ses idées soient au pouvoir, dans le contexte actuel, n'espérez pas avoir de résultats vraiment concrets - pesant et influant sur le champ politique - avant une bonne dizaine d'années.

C'est de plus en plus glamour, hein ?

Ouais. Dix ans. Minimum. Et encore, ça c'est pour avoir une gauche qui aurait de la gueule et qui aurait suffisamment de poids pour devenir incontournable dans le débat, je ne parle même pas de prise de pouvoir, là, pour ça à mon avis, ça sera encore plus long.

Ce qui ne signifie pas non plus passer dix années de cruels sacrifices dans un but éminemment hypothétique, on en est plus là de cette forme d'engagement où on exigeait des moines-soldats tout entiers dévoués à la Cause. Mais entre ça et le zindividu qui reste tout seul à trépigner dans son coin sans rien faire d'autre, on peut supposer qu'il existe un moyen terme. Par exemple, vous aurez le droit d'avoir une vie de famille, et peut-être même des amis non-encartés, autant dire Byzance.

Blague à part.
Vous êtes parfaitement exaspérés - et avec raison - de la droite charognarde qui nous régente ? Vous n'en pouvez plus de constater l'arrogance du MEDEF ? Vous faire injurier à longueur de temps par des crétins quand vous vous dites de gauche vous fait bouillir ? Vous voulez non seulement foutre Sarkozy dehors et en plus reconstruire toute une société sur les valeurs qui vous sont chères ?
Fort bien.
Dans ce cas, qu'attendez-vous ?

Puisque tant qu'on reste dans l'indignation personnelle sans que celle-ci se traduise en participation active à un ensemble collectif ayant un but de transformation politico-social, ben ça sert à rien.

Donc...