Zoé est une djeun'z qui n'en veut. Elle boit son café la matin à la cafèt' avant d'aller à l'usine à larves Sup de Co où elle rencontrera tous ses amis qui sont des pauvres petites merdes libérales dans son genre. Zoé a très hâte d'assister au prochain cours de gestion de ressources humaines, "Le salarié est-il un véritable être humain ?", elle pense que ça va beaucoup lui apporter. Zoé est vraiment très heureuse et s'épanouit pleinement au milieu des rats de son espèce qui, comme elle, ont la saine et glorieuse ambition de devenir Managers. Elle sait que ça ne sera pas facile et qu'en plus en tant que femme, elle devra fournir deux fois plus de boulot que ses collègues masculins et faire preuve d'encore plus de soumission servile à sa direction que les autres cadres. Mais ça ne fait pas peur à Zoé, puisque dès son plus jeune âge, elle a été consciencieusement lobotomisée par des décennies de propagande et répète désormais comme un perroquet hystérique tous les poncifs jeanmichelapathesque sur les fonctionnaires et les déficits publics. Zoé est un zombie au cerveau détruit et elle ne s'en porte pas plus mal. Zoé est formatée pour devenir un rouage d'une grande machine à faire du pognon et elle adore ça. Zoé sait que pour devenir un Manageur efficace et bien vu de son patron, elle devra faire tous les jours preuve de sa parfaite incompétence et exceller dans l'art du harcèlement moral de ses subordonnés. Zoé a envie de relever ce challenge, puisque tout est challenge dans la vie, comme on le lui répète depuis des années dans le milieu d'abrutis cupides qui est le sien. Zoé est un petit soldat du libéralisme et elle a vaguement conscience que comme tous les soldats, elle peut devenir sacrifiable du jour au lendemain. Quand elle se pose trop de questions, Zoé s'enfile un ou deux Lexomil et téléphone à Philippe, son boyfriend, qu'elle ne voit pas beaucoup. Il est responsable de l'antenne locale des Jeunes Pop, c'est un garçon très occupé. Il est très gentil mais parle un peu trop de politique. Et la politique, Zoé n'en fait pas, ça l'embête. Zoé pense à avoir des enfants, mais elle veut faire passer sa carrière d'abord. Et puis au prix où sont les crèches, peut-être que sa future boîte aura sa propre nurserie cela dit. On verra.
Dans quelques années, Zoé sera un manager craint et respecté. Elle aura été obligé de raccourcir - un peu - ses jupes et de changer plusieurs fois de coiffure, parce dans l'entreprise toutes les armes sont permises et la séduction en est une. Zoé travaillera comme une folle et ne se plaindra jamais. Jamais. En public en tout cas. Elle est passée à quatre Valium par jour, mais sniffe un peu de coke de temps en temps histoire de se booster. Zoé cherche à concilier féminité et productivité, disponibilité au boulot et vie de famille, horaires à géométrie variable et cours de step. Zoé est cramée a même pas 34 ans. Zoé ne le sait pas encore, mais elle est en train de faire une dépression. Une vraie. Une grave, bien rampante, qui soit va lui exploser à la tronche au moment de la quarantaine, soit la grignoter lentement mais sûrement jusqu'au point de non retour. Et ce sera bien fait pour la gueule à Zoé.
Et quand Zoé se réveillera un matin en étant incapable de se lever, je te jure je sais pas ce que j'ai je ne peux pas me lever, et qu'elle passera son temps à pleurer sans pouvoir s'arrêter en ne comprenant pas ce qui lui arrive j'ai tout pour être heureuse merde, quand elle sera obligée de poser un congé maladie longue durée pour se faire soigner dans une maison de repos privée à ses frais, peut-être, peut-être, que Zoé repensera à ce matin dans la cafèt', avec son café, quand tout le monde lui disait qu'elle était l'avenir et elle ne comprendra pas, ne comprendra vraiment pas, ce qui a pu déconner à ce point.
Dans quelques années, Zoé sera un manager craint et respecté. Elle aura été obligé de raccourcir - un peu - ses jupes et de changer plusieurs fois de coiffure, parce dans l'entreprise toutes les armes sont permises et la séduction en est une. Zoé travaillera comme une folle et ne se plaindra jamais. Jamais. En public en tout cas. Elle est passée à quatre Valium par jour, mais sniffe un peu de coke de temps en temps histoire de se booster. Zoé cherche à concilier féminité et productivité, disponibilité au boulot et vie de famille, horaires à géométrie variable et cours de step. Zoé est cramée a même pas 34 ans. Zoé ne le sait pas encore, mais elle est en train de faire une dépression. Une vraie. Une grave, bien rampante, qui soit va lui exploser à la tronche au moment de la quarantaine, soit la grignoter lentement mais sûrement jusqu'au point de non retour. Et ce sera bien fait pour la gueule à Zoé.
Et quand Zoé se réveillera un matin en étant incapable de se lever, je te jure je sais pas ce que j'ai je ne peux pas me lever, et qu'elle passera son temps à pleurer sans pouvoir s'arrêter en ne comprenant pas ce qui lui arrive j'ai tout pour être heureuse merde, quand elle sera obligée de poser un congé maladie longue durée pour se faire soigner dans une maison de repos privée à ses frais, peut-être, peut-être, que Zoé repensera à ce matin dans la cafèt', avec son café, quand tout le monde lui disait qu'elle était l'avenir et elle ne comprendra pas, ne comprendra vraiment pas, ce qui a pu déconner à ce point.


