jeudi 30 avril 2009

Naïveté

Dans des circonstances trop longues - et à caractère personnel qui plus est -, j'ai vu 5 minutes de "La nouvelle star" hier soir.
Car n'ayant toujours pas la télévision et m'en portant fort bien, je vis donc dans une dimension parallèle où ce genre d'émission n'existe tout simplement pas. Les gens qui y passent n'existent pas. Et d'une manière générale, tout ce qui passe à la télé n'existe pas, d'ailleurs quand j'ai décidé quand quelque chose ne m'intéresse pas, ça disparaît de mon paysage mental automatiquement, pouf ! comme par magie. Le rap, par exemple, je n'aime pas ça. Du tout. Mais alors vraiment pas, hein. J'abomine. Ouais mais tu 'ois y a des rappeurs qui sont trop engagés, quoi. Hun hun. Oui. Il y en a. Trois types qui ont une relative conscience sociale au milieu de centaines de phallocrates frustrés qui rêvent d'avoir le lifestyle de Tony Montana/MC Sarkozy, avec la bonnasse qui va avec. Non, vous n'arriverez pas à me faire gober que c'est de la "culture". Et puis Besancenot il écoute du rap, alors quoi, tu 'ois. Oui. Et ? Parce que notre Glorieux Lider à Vélo a des goûts de chiottes, faudrait se caler sur lui ? Bref. Et bien par ce procédé, la rap, ça n'existe pas dans mon monde. Voilà. Le foute, pareil. Jamais au grand jamais je ne suis au courant que 22 millionnaires en short se mettent bêtement à courir après une baballe. Et comme je n'ai pas la télé, j'évite tout un tas de ces menus inconvénients qui vous pourrissent gentiment la vie.

Sauf certains moments où malencontreusement je tombe sur une émission de merde. La nouvelle star en l'occurrence.

Passons sur le bref moment où m'a traversé l'esprit qu'une apocalypse nucléaire était une solution finalement sympathique, ça arrive à tout le monde, n'est-ce pas. L'inanité de la chose est suffisamment parlante d'elle même pour ne pas en rajouter.
Cependant, ce qui ne laisse pas de me troubler, c'est que des gens s'obstinent à regarder la chose avec enthousiasme.

C'est là que je me rends compte que bien loin de mon personnage de gauchiste cynique, je suis en fait d'une immense et touchante naïveté.

Pour dire les choses, des pans entiers de ce qui constitue la réalité de mes contemporains m'est pour ainsi dire totalement étrangère.

Prenons un autre exemple : Paris-Match. Oui, l'abomination que vous et moi ne parcourons que dans la salle d'attente du dentiste avec l'obligatoire sourire en coin de celui à qui on ne la fait pas. A priori, vous êtes comme moi, vous ne pensez même pas à acheter Paris-Match. Mieux, faites le test autour de vous : y a t-il des gens qui vous sont proches qui y sont abonnés ? Qui le lisent très régulièrement ? Non, n'est-ce pas ? Vous vivez donc dans un monde sans Paris-Match, ce qui n'est d'ailleurs pas plus mal on est d'accord.

Pourtant, Paris-Match tire à 850 000 exemplaires. Ce qui est monstrueux.
Partant, des dizaines de milliers de gens le lisent.
Et de la même façon, des centaines de milliers de gens regardent La nouvelle star.
Et je ne connais ni ne fréquente aucune de ces personnes...

Donc, la conclusion, évidente et terrible, est : je suis totalement coupé de pans entiers de ce qui constitue la réalité quotidienne d'une masse non négligeable de mes contemporains.

Pendant très longtemps, ce qui m'agaçait dans des endroits où je travaillais, c'était l'inévitable discussion des collègues sur les programmes télé de la veille. À laquelle je ne participais pas, d'une part par non-télévision, et aussi par snobisme avouons-le : j'avais des loisirs autrement plus élevés que cela, n'est-ce pas...
Sot prétentieux que j'étais...
Puisque je n'avais pas compris que ce qui était important, décisif, dans ces banalités, ce n'était pas tant le programme en lui-même que de pouvoir en parler avec d'autres ; partager un lien commun et surtout faussement superficiel car permettant de se relier à des personnes avec qui on avait que des relations d'ordre professionnel. Ce que je prenais pour des fadaises était en fait un code social crucial pour son intégration, et en me retirant du rituel, je m'excluais de la fonction principale de ces conversations : se rassurer quant à sa place dans le groupe.

Une fois, j'ai fait le test : ayant jeté un coup d'oeil dans un journal à des résultats d'un match quelconque, je me pointais tout guilleret au taf, et engageais immédiatement la conversation avec des collègues sur l'évènement. Comme si j'y avais assisté le soir d'avant, donc.
Ô joie de se sentir accepté enfin comme un égal.
J'ai mine de rien tenu 20 bonnes minutes d'agréable papotage sur quelque chose que je n'avais pas vu et qui n'avait à mes yeux absolument aucun intérêt. C'était très sympa, et tout le monde était content. J'avais gagné ma place et avait tordu le cou à cette réputation de distance qui me desservait...

J'insiste : j'étais, et suis encore sans doute, d'une terrible naïveté, au fond.

Disons simplement que je commence, enfin, à comprendre certains codes et à savoir les utiliser.

La prochaine fois, si vous êtes sages, je vous expliquerai pourquoi il est fondamental que jamais une fille ne vous trouve "sympa". Puisque quand vous êtes "sympa", vous n'emballez pas. À choisir, faites vous plutôt traiter de connard, c'est plus efficace.


mercredi 29 avril 2009

Julien Coupat = Keyser Söze

Une photo de Julien Coupat. Notre informateur est formel.


Le Point, dont on oublie trop souvent que son véritable intitulé est "Bulletin de liaison de la droite décomplexée" a sorti de son chapeau de "nouveaux indices compromettants pour Julien Coupat". Et là, on se dit : enfin ! Enfin on va savoir, on va connaître la vraie vérité vraie car ce doute terrible sur la culpabilité (présumée) - ou pas - de notre ultra-gauchiste entretenait un insupportable suspense à laisser pantelants le plus balsé des commentateurs du Figaro. Mais qu'en est-il au juste ?

"Le juge d'instruction Thierry Fragnoli a reçu récemment du Canada, où il avait lancé une commission rogatoire internationale, plusieurs indices qui confortent, selon les informations du Point, les soupçons contre le jeune activiste de l'ultragauche considéré comme le leader du groupe de Tarnac"

Mazette, la chose s'internationalise à présent ! Jusqu'au Canada, mais ça c'est juste ce qu'on sait aujourd'hui, qui sait si d'autres cellules dormantes dans tellement d'autres démocraties ne sont point tapies dans l'ombre et attendent leur heure funeste ? Hein ? Qui Sait ? Brr, un frisson glacé descend sur l'échine du lecteur innocent du Point. Qui n'a pas fini de trembler, puisque :

"Dans un carnet de notes figure une liste manuscrite de fournitures susceptibles de constituer la panoplie du parfait saboteur : y apparaissent notamment les "tubes et ficelles" généralement utilisés pour poser des crochets métalliques sur les caténaires sans risquer l'électrocution. Plus explicite encore, la mention "gants spéciaux, 25.000 v" laisse nettement supposer que Julien Coupat se préparait à participer à une action contre des lignes électriques."

Ah ?
Euh, c'est, comment dire...c'est tout ?
On a lancé rien moins qu'une "commission rogatoire internationale" pour se procurer une liste de commissions, en fait. Tubes, ficelles, et gants. Je veux dire, si on commence à suspecter tous les clampins qui vont à Bricomarché de dissimuler de sombres desseins visant à déstabiliser l'ordre capitaliste, on a pas fini de rigoler, là. Mais pour Hervé Gattegno, auteur de ce fulgurant scoop, ça "laisse nettement supposer", ah. Sauf que non, bien évidemment, puisque ça peut se résumer en une phrase : y'a rien de probant là dedans, et on pourrait presque soupçonner le journapute d'une certaine mauvaise foi, si on avait mauvais esprit, tiens. D'ailleurs, ça semble se confirmer par la suite, là, c'est du grandiose :

"Les policiers recensent également la présence de documents dits "subversifs" et de photographies de Times Square, qui ont alimenté la thèse d'une participation des hommes de Tarnac à un attentat à la grenade commis le 6 mars 2008 dans ce quartier de New York contre un centre de recrutement de l'armée américaine. Les auteurs de cette attaque n'ont jamais été identifiés, mais il est apparu, depuis, que Julien Coupat était déjà rentré en France à la date des faits."

Là, c'est le pompon.
Julien Coupat est soupçonné d'avoir participé à un "attentat à la grenade", sauf qu'il n'était non seulement même pas sur les lieux au moment des faits, mais qu'il n'était même pas dans le pays où ça s'est déroulé.
Et là, ça fout vraiment la trouille.
Ce type, c'est Keyser Söze.
En pire.

Parce que le mec qui peut être dans un endroit tout en faisant péter des grenades à un autre endroit en même temps, putain, comment c'est trop flippant. Keyser Söze, je vous dit. Le Mal. La Bête. 666. Quelque chose qui ne vient pas de notre plan de réalité, quelque chose d'autre. D'ailleurs, "Julien Coupat", est-ce que c'est vraiment son vrai nom ? Hein ? Est-ce que ça ne serait pas plutôt une sorte de nom générique, choisi pour sa parfaite normalité afin d'induire en erreur les polices du monde entier, et en fait il n'y a pas de Julien Coupat, il n'existe pas, c'est juste un masque, l'individu appréhendé à Tarnac n'est qu'un élément d'un puzzle plus vaste et plus obscur, une énigme dans un mystère enroulé dans des hypothèses et un plan dans le plan et approchez vous, parce que moi j'ai compris, approchez-vous plus près, j'ai compris et j'ai peur, il faut que je partage cette vérité avec quelqu'un d'autre avant de m'exiler dans un endroit oublié des hommes où peut-être que personne ne me trouvera...

Ils sont partouuuuuuut....

Bien, redevenons sérieux, voulez vous ?
Hervé Gattegno, journaliste au Point, n'a rien. Keud. Il le sait. Il travestit donc sciemment la vérité dans un article odieux et orienté, et sa volonté de charger la barque est tellement flagrante que c'en est ridicule. En un mot : il ment. Et ça se voit plus gros que le popotin d'Alexandre Adler.

À ce jour, il n'y a pas d'éléments suffisants justifiant la détention de Julien Coupat, c'est aussi simple que ça. Son accusation est avant tout idéologique, pour adresser un signal clair à ceux qui seraient tenté de rouspéter plus fort qu'il n'est autorisé.

Mais on pourra toujours compter sur la presse de droite pour déballer les pires sanies, puisque peu importe ce qui est vrai ou pas, ce qui importe pour ces cloportes, c'est désinformer, et ramper. La bassesse de cette vermine n'a pas de limites, et c'est à bon droit que quand on en croise un , on peut lui dire bien en face : "crève, charogne !".


Blabla

Vous avez toujours rêvé de causer comme un manager ? Votre vocation profonde consiste à débiter de stupéfiantes et ronflantes sornettes dans des réunions brainstorming de cadres parlant une abrutissante novlangue de franglais/marketing ? Vous êtes en tout cas un parfait abruti, mais j'ai peut-être la THE solution qui va réenchanter vos pauvres vies sans saveur : Blabla est un générateur de discours aléatoires de chef, et je ne m'en lasse pas. Tenez :

"J'ai depuis longtemps (ai-je besoin de vous le rappeler), défendu l'idée que la planification interpelle les savoir-faire systématiques des employés ? bien sur que non, l'extrémité ponctue les changements participatifs de la société. Sachez que je me battrai pour faire admettre que l'excellence révèle les paramètres distincts du projet de part le fait que la baisse de confiance identifie les besoins usités de la pratique.
Je vous dis avec foi que la méthode programme les progrès usités de l'affaire puisque l'impasse perfectionne les changements usités des départements. Nous devons garder en tête que la sinistrose renforce les paradoxes institutionnels des entités alors que la conjoncture actuelle mobilise les savoir-être motivationnels des divisions.
Comme le disait mon prédécesseur : l'intervention interpelle les avenirs motivationnels des acteurs du fait que la compréhension perfectionne les programmes institutionnels de l'affaire.

Moralité: le management insulfe les ensembles cumulatifs du projet."

Encore :

"C'est en toute conscience que je déclare avec conviction que l'autorité insulfe les ensembles croissants de la hiérarchie mais le vécu comforte les changements qualificatifs des bénéficiaires. Je passe avec vous un contrat moral selon lequel la planification mobilise les indicateurs croissants du développement ? bien sur que non, l'évaluation identifie les paradoxes informatifs de la démarche.
Au temps pour moi, le prochain audit renouvelle les plans informatifs de la démarche et l'impasse étend les avenirs participatifs de la démarche. Je tiens à vous dire ici ma détermination sans faille pour clamer haut et fort que la crise révèle les avenirs cumulatifs du développement pour que la volonté farouche révèle les savoir-faire croissants de l'actualité.
C'est en toute conscience que je déclare avec conviction que la volonté farouche perfectionne les blocages pédagogiques des acteurs de part le fait que la situation d'exclusion interpelle les effets croissants des bénéficiaires.

Moralité: l'évaluation entraîne les blocages motivationnels de la masse salariale."

Encooooore !!!!

"Certes la déclaration d’intention a pour conséquence les progrès cumulatifs de la situation.
Je tiens à vous dire ici ma détermination sans faille pour clamer haut et fort que la volonté farouche identifie les savoir-faire croissants des structures.

Nous devons garder en tête que le JAR 147 clarifie les standards quantitatifs de l'actualité pour que la dégradation des moeurs entraîne les ensembles usités des employés. Je m'engage solennellement devant vous : l'extrémité entraîne les facteurs usuels des structures si nul ne sait pourquoi la conjoncture actuelle modifie les avenirs distincts du métacadre.
J'ai depuis longtemps (ai-je besoin de vous le rappeler), défendu l'idée que la norme ISO 9002 stimule les systèmes institutionnels des synergies pour que la situation d'exclusion oblige les indicateurs pédagogiques de l'actualité.

Moralité: la méthode développe les paramètres appropriés des divisions."

Grâce à ce petit logiciel rigolo, nul doute que vous pourrez affronter sans défaillir n'importe quelle situation dans votre boiboite, et votre hiérarchie ne pourra que saluer votre sens aigü de la rhétorique et la puissante pertinence de votre propos. Qui sait, quand vous serez dans les chiottes de votre open-space en train de suppliez vos salariés de vous laissez la vie sauve, ça peut éventuellement vous accorder le répit nécessaire...

mardi 28 avril 2009

Bourrins

C'est quelque chose qui toujours me stupéfiera, je crois. Voir les libéraux aussi têtus, autant pénétrés de la justesse de leurs dogmes quand tout dans le réel démontre le contraire est absolument sidérant. Quand on lit, au hasard, la vieille croûte Slama qui défend envers et contre tout l'idéologie dont il est un des pontifiants troubadours, en tentant d'expliquer que non, mais non, mais pas du tout je vous assure, le libéralisme est toujours un corpus viable, c'est...
Admirable.
Quelque part.

Le parallèle, cruel, ne peut que se faire avec le camp opposé, le notre, la gauche. Puisqu'il est bien évident quand quand on l'est, de gauche, on est pas libéral, contrairement à ce qu'ânonnent d'audacieux crétins dont la pose de "rebelles" (rires) masque mal la profonde et définitive inculture politique, et leur désir jamais exprimé mais pourtant présent d'être les minables petits clercs de la conversion sociale-libérale de ce qui reste de nos idées. Mais c'est vrai, ces gens sont hautement méprisables, passons.

Quand on voit cependant un sondage, qui est à prendre avec de très longues pincettes, comme tous les sondages, qui avance que 2 sympathisants socialistes sur 3 envisageraient joyeusement une alliance avec les centristes - c'est à dire la droite, n'ayons pas peur de répéter les robustes vérités -, on mesure d'une part la complète confusion pour ne pas dire la crasse bêtise des dits sympathisants, lesquels ne savent plus du tout ce que signifie être de gauche, et on ne peut d'autre part que constater - et déplorer - le résultat concret du lavage de cerveau que nous subissons depuis des années : trente ans de tapis de bombes idéologiques, tout ça pour aboutir dans un mois à une déculottée magistrale des sociaux-traîtres - cette expression vintage possède toujours une saveur particulière, décidément...-, et personne ne versera la moindre larme sur cette énième déconfiture. Et surtout pas nous, puisque nous ne pouvons qu'encourager cette alliance qui nous ouvrira un boulevard encore plus confortable.

N'empêche.
Comme toujours, les choses sont simples.
Quand d'un côté nous avons un camp pétri de monolithique certitudes ;
Et son opposé dans la plus extrême confusion.
Ce sont les bourrins sûrs de leur bon droit qui l'emportent.
Et vous pourrez prendre le problème dans tous les sens : c'est la cruelle vérité.

Et non seulement ils l'emportent, mais en plus n'en finissent pas de se rouler par terre dans de terrifiants sanglots, en hurlant qu'ils ne supportent plus de vivre dans l'oppression de la dictature bien pensante de cette gauche tout puissante et omniprésente qui leur impose un joug de fer au quotidien...
Il y a là quelque chose de prodigieux, tout de même.

La conclusion, là aussi, est fort simple : il faut devenir autant bourrins qu'eux.
Faisons fi de nos doutes et de nos interrogations : celles-ci ne sont plus légitimes, non plus que pertinentes.
Nous n'avons tout simplement plus à nous remettre en question.
Il faut accepter cette terrible responsabilité : nous avons raison, et partant ils ont tort. Et le répéter sans cesse, la répétition est la clé du succès : répéter inlassablement, sans trêve ni repos, sans leur laisser finir leurs phrases, sans éprouver le moindre respect ni pour leurs personnes, ni pour leurs idées, que nous avons raison, et pas eux. Et encore répéter la même chose, sans cesse, jusqu'au dégoût, jusqu'à ce qu'on en ait marre de dire sans arrêt les même chose, jusqu'à la démence et la nausée, jusqu'à ce qu'on en pète les plombs d'être aussi bourrins et bornés et sans le moindre recul sur ce qu'on clame.

Et ensuite, continuer à le répéter.

Allons, ils y arrivent bien, eux. Nous ne devrions pas avoir trop de mal à faire mieux.


lundi 27 avril 2009

Fin du monde - suite

Vous vous rappelez la grippe aviaire ? Mais si, le truc, là, la "pandémie" qui devait ravager des continents entiers, faire des centaines de milliers de morts, des couvertures toutes plus catastrophistes les unes que les autres, des images bien flippantes de gens avec des masques médicaux sur la tronche, le Jugement Dernier par le poulet chinois et toutes ces sortes de chose ?
Ben en ce moment : pareil.
Mais avec le cochon.

Puisque voyons les choses telles qu'elles sont : combien de victimes ? Et surtout où ?

Une centaine de morts au Mexique, donc ; c'est à dire moins que le bilan d'un week-end d'accidents de la route en France. Une vingtaine de "cas" - pas de morts : de cas - aux États-Unis, peut-être quelques uns en Europe.
Bon.
Pour une nouvelle "pandémie", admettez que c'est un peu riquiqui, comme bilan.
Tenez, une carte pour y voir plus clair :


Ouais, hein.
Et on remarque tout de suite un truc : c'est que visiblement, c'est une maladie de pays développés. Pas de cas, ou pas encore remarqués, qui sait ? dans les pays du Sud.
Alors pourquoi un tel emballement ?

Bon, il y a déjà le moutonnisme de la presse qui copie telles quelles les dépêches d'agence et se fera fort de titrer en gras sur n'importe quoi qui peut foutre la trouille et partant faire vendre de l'information, la plus flippante possible de préférence. Et en plus, c'est "nouveau", comme fléau. Ou en tous cas relativement inédit. Et puis surtout, ça tue des gens. Et ça, c'est du bon miam-miam, pour la presse (qui ment, ou en l'occurrence qui balance de l'info brute sans aucune mise en perspective dans une surenchère de la terreur, et comme on imagine bien l'ambiance des salles de rédaction sur le thème "Cocos, on laisse tout tomber pour focaliser à mort sur la grippe du goret ! Faut que ça saigne, là, nos concurrents sont déjà sur le coup, on fonce ! Plein la gueule et plein la vue ! De la maladie dégueulasse, du sang, de la panique, tout bien, quoi ! On va tous les niquer !").

Mais surtout, la question, c'est pourquoi on parle tellement d'une maladie qui a fait si peu de victimes, au final ?
Ben regardez la carte, ci-dessus :
C'est une maladie qui risque - risque, et c'est tout ce qu'il en est pour le moment - de toucher les pays occidentaux.
Et ça, c'est insupportable.
Nous, vivant dans des pays riches, avec nos Ipods et nos jeans vintage, on décéderait d'une saloperie animalière ??? C'est par trop injuste ! Par trop révoltant ! Halte-là ! Que fait l'OMS ? L'ONU ? Putain, on est pas retournés dans l'OTAN pour se faire niquer par des cohons, chié ! Glagla ! J'ai peur !!!!

Rappelons toutefois que le paludisme fait son million de morts par an dans le monde.
Ce qui est autrement plus conséquent, non ? Mais c'est vrai, ça se passe chez les pauvres, et surtout, bien loin de chez nous. Dans des pays tellement pauvres en tout qu'ils voient même des cas de peste mortels régulièrement, ouioui, la peste, le truc moyen-âgeux qui a disparu de nos contrées, mais continue de faire coucou de temps en temps aux pauvres gens qui n'ont pas eu la chance de naître au bon endroit...

Alors bon, la grippe porcine, elle fait un peu petit bras, là.

Et on doit être bien insécures en permanence pour sursauter au moindre écho, décidément...

dimanche 26 avril 2009

Show Me Your Genitals

Ben ouais, la flemme, alors cette vidéo, qui en plus résume parfaitement tout le bien que je pense du rap.
Ensuite, j'aurais bien mis celle où il parle de 2 girls 1 cup, mais ça m'aurait obligé à mettre aussi la vidéo en question, donc, bon.

Quoique...

Je suis tenté...


samedi 25 avril 2009

Fumée noire


Quand on brûle juste quelques pneus, une énorme et épaisse fumée noire s'en dégage, l'odeur est évidemment ignoble, et la colonne de fumée grasse, épaisse, noire, se voit à des dizaines de kilomètres et recouvre tout.
Une fumée noire est le signe que quelque chose ne va pas. Que quelque chose à mal tourné.
Quand on est perdu dans un désert, ou en mer, il est recommandé si possible de faire un feu et de l'alimenter de combustibles qui produiront la fumée la plus opaque possible : voir une colonne sombre à l'horizon est le meilleur moyen de se faire repérer par les secours.

Une fumée noire est toujours le signe que quelque chose de terrible s'est passé.

Et je rêve de voir toujours plus de fumées noires.

Je rêve de monter sur des hauteurs pour contempler des villes et de voir partout des nuages s'élever de différents points.

Je rêve de départs de feux et de pompiers impuissants.

Je rêve d'édifices aux façades noircies et d'immeubles dévastés.

Je rêve de marcher dans des rues et de sentir des odeurs de gasoil et de caoutchouc brûlé.

Je rêve de chaussée défoncée, de bitume éventré, de magasins fermés en urgence, de morceaux de verre qui crissent sous mes pas.

Oh que oui, je le sais bien, je ne devrais pas penser à ça. Ou en tout cas pas l'exprimer, pas l'écrire quelque part. Le penser à part moi, encore gentiment m'auto-censurer et être un militant responsable, qui est en retard de cotises d'ailleurs, et pondre un autre gentil billet acide et intelligent, faire rire quelques uns et faire grincer quelques autres, passer ensuite à autre chose, être constructif en somme.

Et puis je suis tellement civilisé, n'est-ce pas. J'ai lu tellement de livres, j'ai vu tellement de films, j'ai écouté tellement de musiques, je suis tellement cultivé...
Jamais peut-être dans l'histoire de l'humanité il n' y a eu autant de gens aussi intelligents et cultivés, ça file le vertige dès qu'on y pense, tant de gens qui en savent autant, tant d'informations digérées triées recrachées analysées séquencées et ensuite traduites en d'autres informations pour en faire quelque chose, ou rien. Peu importe. L'important est de participer, de jouer le jeu, et de bien se tenir.

Je rêve de fumées noires.

Je télécharge des films américains, j'achète du vinaigre balsamique, je porte des jeans et un polo Lacoste, je suis à découvert à la banque et il faudra que je me mette à jour de cotises.

Je rêve de fumées noires.

Je n'aurais pas de retraite. J'ai travaillé en discontinu depuis trop longtemps et ça ne va pas s'arrêter tout de suite loin de là. J'entends d'autres compter leurs points et je sais que c'est important, c'est juste que pour moi, et pas que pour moi loin de là, ça ne signifie tout simplement rien. Je n'aurai pas de retraite, c'est une simple certitude, et je m'en fous.

Je rêve de fumées noires.

Dans dix ans, le monde tel que nous le voyons aujourd'hui n'existera plus. Je rejoins complètement Agnès dans son propos, et comme elle je pense que c'est trop tard, qu'on est allé trop loin, et que quelle qu'en soit la forme, l'écroulement est pour...dans pas très longtemps, disons.
Et tant mieux.

Je rêve de fumées noires.

Les "socialistes" s'auto-congratulent en rond dans de lamentables meetings et rêvent d'une "Europe un peu moins sauvage". Toujours sauvage, alors ? Mais un peu moins...ils vont se faire torcher le cul dans un mois, et ça me réjouis d'avance.

Je rêve de fumées noires.

Brice Hortefeux exclut un "coup de pouce" au SMIC en Juillet, Nicolas Sarkozy ressort "l'insécurité", Dati se rend grotesque, Fillon condamne la "violence" des salariés...

...

Ah...

Il y'a de la "colère sociale", il y a des "salariés en lutte", il y'a de la dignité et du chagrin, de la révolte et de l'angoise, il y a le mépris du patronat et les lecteurs du Figaro, il y aurait une "insurrection qui vient", il y a quelque chose qui flotte dans l'air, il y a beaucoup de choses.
Je ne veux pas qu'on "améliore" quoi que ce soit.
Je ne veux pas qu'on "réforme" ou qu'on fasse du "débat citoyen".

Je veux voir des fumées noires.

Je veux voir leur monde brûler.


vendredi 24 avril 2009

Maman ! Y a un trotskyste sous mon lit !

Hilarant article dans la Pravda Sarkozyste : "La main de l'extrême-gauche", rien moins. Où il est dit en substance qu'on est pas omniscients, mais pas loin. Détaillons la chose, c'est croquignolet :

"Qui se cache derrière les meneurs des grèves et les salariés qui séquestrent les patrons ? Agissent-ils seuls, poussés par le désespoir de voir une vie de travail partir en fumée ? Ou sont-ils instrumentalisés pour engendrer le chaos ? Nombre d'observateurs estiment que ces débordements volontairement médiatisés portent la signature de l'extrême gauche."

(En effet, penser que le prolo puisse prendre de lui-même l'initiative de séquestrer le DRH semble hautement suspicieux pour les auteurs - qui ont quand même dû s'y mettre à trois pour rédiger ce brouet, l'effort intellectuel exigé pour pondre aussi audacieuse hypothèse ayant dû dépasser la capacité moyenne du journaliste figaresque moyen -, partant, ne seraient-ils pas manipulés par d'obscures officines agissant souterrainement dans une opacité inquiétante ? Brr...).

«C'est un secret de polichinelle que de dire que les meneurs de la fronde des Continental à Clairoix sont encartés chez LO», dénonce un dirigeant de la CFDT. «Les militants du NPA sont partout où il y a de la misère et la peur de l'avenir, abonde un autre de la CGT. Ils jouent sur les craintes des gens, comblent un vide politique ou syndical, et soutiennent tous ceux qui sont en lutte. Dès qu'il y a deux grévistes dans une entreprise, ils débarquent.»

Heureusement, de braves et gentils syndicalistes - des gens très raisonnables qui veulent s'asseoir à des tables de négociations pour discuter calmement, pas comme certains n'est-ce pas...- balancent les affreux gauchistes : il y a bel et bien des troskystes, non seulement aux abords des usines, mais pis : certains travaillent même dedans ! Gasp ! L'angoisse monte tout de suite d'un cran, mais on va le voir, le cauchemar ne fait que commencer...

"Un commissaire de police très au fait des questions sociales est formel : «Les salariés qui dégradent leurs usines et qui intimident leur hiérarchie cèdent évidemment à une sorte d'emballement collectif.» Selon lui, «les images de séquestrations de patrons qui tournent en boucle à la télé ont pour effet de banaliser cette pratique». L'un de ses collègues de province ajoute : «Il est difficile d'apporter la preuve irréfutable que des organisations subversives sont à l'origine du durcissement des mouvements engagés. Mais ce qui est certain, c'est que des agitateurs de tout poil tentent de profiter du climat et s'activent en coulisse, dans les milieux de la gauche trotskiste notamment."

Ce passage pose évidemment toutes sortes de questions, surtout à nous : on est pas encore arrivés à complètement laver le cerveau des ouvriers, et ils sont encore capable de prendre des initiatives par eux-mêmes, c'est ennuyeux. Nos techniques sont pourtant très au point, depuis le temps, mais, peste ! il y a encore du boulot à fournir avant que de disposer de cette armée de zombies obéissants dont nous rêvons. Fort heureusement, notre parfaite absence de scrupules et nos talents de manipulateurs cyniques et amoraux suppléent efficacement à ces lacunes :

"le noyautage des syndicats traditionnels est pourtant déjà une vieille tradition. «Les centrales territoriales sont très infiltrées, assure ainsi un représentant patronal. Il y a de l'entrisme actuellement dans les syndicats d'extrême gauche qui tentent de radicaliser les mouvements.» Ce que confirme un cadre de la CGT. «Ils nous collent sur le terrain dans tous les conflits, reconnaît-il. Ils essayent de peser sur ce qu'on dit et ce qu'on fait."

Mine de rien, cet extrait nous pose de graves question d'ordre tactiques : il semblerait bel et bien que nous soyons repérés. Ce qui est incompréhensible, nos militants accomplissant un travail de sape de façon parfaitement invisible au sein des syndicats, des erreurs ont dû être commises. Peut-être est-ce parce que ils agissent à visage découvert en ne faisant pas mystère de leur appartenance politique et que tout le monde sait qui ils sont depuis des décennies, ah, oui, c'est peut-être pour ça en effet...

"Il n'y a qu'un seul syndicat où l'extrême gauche n'a pas besoin de faire d'entrisme pour influencer les décisions. Il s'agit de la galaxie des centrales SUD, regroupées sous la bannière Solidaires. Olivier Besancenot n'a-t-il d'ailleurs pas sa carte à SUD-PTT ?"

Ouf, SUD est entièrement sous notre contrôle et c'est heureux. D'ailleurs, c'est OB le chef de SUD, allez, on peut bien le dire maintenant, d'ailleurs c'est le seul et unique Chef de tout, nous on se contente d'obéir aveuglément au Maître. Et c'est très bien comme ça.

Cela dit, on est bien aidés, quand même, puisque figurez vous qu'on "profite des «erreurs de communication» de quelques directions d'usine. Celles de Continental à Clairoix ou de Caterpillar à Grenoble reconnaissent en avoir commis. La direction de Clairoix a ainsi démenti énergiquement pendant plus d'une semaine les rumeurs de fermeture du site."

(Comme quoi on apprend des choses, en lisant le Figaro : les directions n'ont commis que des «erreurs de communication», quand vous et moi pensions bêtement qu'il s'agissait de questions économiques et politiques, benêts que nous sommes. Comme quoi, on est pas si malins que ça, non plus, hein...)

Bref.
Les troskyss' sont rigoureusement partout.
Ils disposent même "d'agents dormants" (spécialement entraînés dans nos centres de Caracas et Pyongyang).
Ils sont fourbes.
Ils sont fous.
Ils sont cruels.
Ils sont très intelligents et organisés.
Ils sont des nez crochus et ourdissent des complots pour dominer le monde, d'ailleurs ils...

Ah non, excusez, ça, c'est une autre minorité qu'on accuse de façon récurrente des même travers que nous dans cet article, c'est d'ailleurs frappant, quand on regarde, les arguments sont rigoureusement les mêmes. Cachés, dissimulés, sournois, efficaces, omniprésents mais très discrets...Pareil, c'en est troublant. À moins qu'ils ne s'agisse des même termes toujours employés pour désigner d'avance de commodes coupables, historie de justifier par la suite ce qu'on va leur faire subir, la technique est assez bien rodée de ce point de vue.

N'empêche.

Nous sommes décidément partout.

Ta boulangère ? C'en est une.

L'infirmier qui soigne ta maman malade ? Il est des nôtres.

L'ouvreuse de cinéma ? N'as tu pas vu la lueur de fanatisme quand elle t'a vendu ton billet pour "Coco" ?

Ton collègue dans l'open space ? Regarde discrètement quels sites il consulte, tu pourrais être surpris...

Quant à ton facteur...on s'est compris.

Alors le soir, avant de t'endormir en faisant tes prières au petit Jésus, regarde bien sous ton lit.

Il y a peut-être un trotskyste planqué dessous.


jeudi 23 avril 2009

Chronique d'une déconfiture annoncée

Hier soir, il y avait meeting du Front de gauche à Toulouse, et j'y suis donc allé, accompagné de Mameuf (parce que quand tu sors avec CSP, il te traîne dans des meetings improbables à l'autre bout de la ville, c'est une certaine idée du romantisme, quoi. Ensuite, rassurez vous : elle est au NPA).
Et on en est ressortis plus qu'empreint d'un certain scepticisme.
Ensuite, on pourra toujours m'objecter que oui, certes, notre point de vue n'est pas tellement frappé au sceau de l'objectivité la plus rigoureuse, et que nous avons évidemment abordé la chose avec une certaine distance critique, disons. Et on aura raison. Mais tout de même, qu'on nous reconnaisse d'avoir fait l'effort de la démarche, et je voulais voir ce que ça donne en live, ce Frondgôche. Capter une ambiance, voir un public, des visages, sentir cet impalpable qui se trouve dans les rassemblements quels qu'ils soient, cet élément qui procède à la fois du ressenti et de la réflexion et permet parfois de dégager des analyses plus pertinentes que par l'effort cérébral "pur". Bref, y être, en somme.

Salle remplie, pour l'essentiel de militants PC, quelques tables proposant brochures et tracts, un coin librairie, du classique dans ce genre d'évènement donc, débarque Mélenchon et le meeting commence. On s'assoit et on attends.

Bon, ce fut comme qui dirait laborieux.
Les intervenants qui se sont succédé à la tribune étaient abominablement chiants, voilà. Tous. Sauf Cathy Daguerre, pour le PC, qui a fait une intervention nettement plus péchue dans la forme, même si son discours sonnait assez creux politiquement. Et surtout, ils étaient tous beaucoup trop longs, c'était proprement interminable pour certain, et spéciale dédicace au crapaud qui représentait Gauche Unitaire - car oui, au fait, depuis hier soir, les copains de Christian Picquet seront désormais appelés "crapauds" dans mon joli blog ; leur comportement parfaitement odieux et les mensonges à répétition qu'ils profèrent sciemment à longueur de temps ne méritent pas autre chose. Je ne sais pas où ça en est cette histoire, mais si il y'a procédure d'exclusion, je vote pour...-, ansi qu'une pensée émue pour Magyd Cherfi, qui nous a infligé un texte "poétique" d'une rare indigence tant sur la forme que sur le fond (très "j'veux pas avoir de certitudes, tu 'ois, je veux déployer les ailes du possible en dépliants les fissures des mondes que nous voulons partager, j'veux dire, blablabla", 'tain, même moi quand j'avais 17 ans je faisais mieux).

Mais bon, que les gens qui tiennent le crachoir soient relous, c'est une chose ; or, dans un meeting, il y a la tribune, et il y a la salle. Et a fortiori, quand on assiste au meeting d'une formation partie en campagne, c'est qu'on a fait l'effort de se déplacer, et qu'on a envie de croire un minimum à ce qui se raconte, du moins il me semble. Et c'est précisément là que le bât a furieusement blessé...
Parce que le public était tout simplement atone.
Applaudissement polis, tout le monde sagement assis, enthousiasme : zéro. Et là, ouais, vous allez rouspéter : ouaiiiiiis, t'es pas objectif, t'a vu uniquement ce que tu voulais voir, et gnagnagna. Sauf que non, désolé, mais c'est la réalité : c'était aussi mou et morne que je le dis. Et voir qu'une audience, en plus constituée dans sa grosse majorité de militants du PC, élément numériquement le plus important du Front de gauche, être aussi inerte à moins de deux mois de l'échéance, ce n'est pas bon signe, tout simplement.

Soyons crus : il faut 5 % pour envoyer des députés au Parlement européen. Le Front de gauche n'est pas du tout certain de les faire. Ce qui serait une catastrophe pour les éléments qui le composent, et signerait l'arrêt de mort politique du Parti de Gauche, et une nouvelle déconfiture pour un PC agonisant. Dans cette configuration, ils n'auront d'autre choix que de se ruer dans les bras d'un P"S" qui finira de les étrangler et achévera de carboniser leur crédibilité. D'où certainement une absence d'élan et de youpi tralala palpable dans la salle.

Et les intervenants de continuer à défiler...

On est partis avant la prestation de Mélenchon, on en avait assez vu.

mercredi 22 avril 2009

Éclair de lucidité

Ami financier, tu peux encore sauver l'honneur...


"Agé de 41 ans, David Kellermann, le directeur financier et vice-président du groupe de crédit immobilier Freddie Mac, a été retrouvé mort dans son domicile mercredi, rapportent la télévision WUSA, CNN et la radio WTOP. Une porte-parole de la police, Mary Anne Jennings, a déclaré à WTOP que les forces de l'ordre avaient été appelées par la famille vers 05H00 du matin, pour «enquêter sur ce qui semble être un suicide»." (ici).

Un de moins, donc. Nous ne pouvons qu'encourager ses collègues à suivre l'édifiant exemple de ce brave homme. Non, vraiment, amis financiers, vous n'allez pas être heureux dans les années à venir. Faites le choix qui s'impose. D'avance merci.


Petit clerc

Dans les colonnes du Monde Sarkozyste, il arrive que des intervenants journalistes soient invités à s'exprimer : ça donne des "chroniques d'abonnés" (oui, il existe des gens suffisamment idiots pour payer afin d'accéder à l'intégralité du site lemonde.fr. Vertiges de l'âme humaine...) qu'on peut lire - ou pas - d'une paupière blasée.
Sauf que parfois, comme ici, ladite paupière s'ouvre. S'ouvre de plus en plus. Et avec elle tout le visage se modifie, puisque un horrible rictus en vient par déformer la bouche du lecteur, et les conséquences en viennent à modifier les échanges dans son organisme, car c'est un flot de bile noire et épaisse qui sourd des commissures à la fin de cette épreuve...

Grr, en somme.

Grr contre cette ode à la soumission déguisée en défense des valeurs "républicaines" à la con.

Tiens, allez, un extrait de cette prose de classe moyenne bouffie de tranquille arrogance :

"est-il possible de bouger la grosse machine éducation nationale sans lancer sur le pavé les bataillons de collègues, jeunes et moins jeunes, intimement persuadés que le gouvernement en place, de préférence à droite, souhaite sinon leur perte, du moins celle de leurs élèves, par tous les moyens possibles et imaginables, suppressions de postes, attaques sournoises des décharges syndicales, tentatives ratées d'évaluations biaisées et choix de programmes ineptes ou typiquement réactionnaires ?"

La tentative d'ironie de l'auteur est proprement gerbante. Là, ce n'est pas du dialogue ou du débat qu'on doit établir avec des gens pareils, c'est la tête contre un trottoir et mange tes dents façon American History X. Le petit prof donneur de leçon joue au candide et fait mine de s'étonner que ses collègues se mobilisent contres des "réformes" scélérates quand n'est-ce pas, on pourrait se contenter de négociations délicates et polies entre gens bien élevés puisque c'est bien connu, c'est ce qui marche le mieux. Ou comment masquer sa foncière soumission de petit clerc à l'idéologie dominante en l'habillant d'une sorte d'humour qui se voudrait délicat mais qui pèse des tonnes dans ce qu'il révèle, comme cela se confirme plus loin :

"l'entreprise n'est pas forcément un gros mot mais aussi un outil d'intégration civique et une chance à offrir à chaque jeune d'aujourd'hui. Nous oublions parfois qu'un Président est élu au suffrage universel, qu'il doit être respecté (que des pans entiers de son discours puissent prêter à débat est une toute autre histoire) et que nous gagnons à faire apprendre à nos élèves les vertus d'une certaine obéissance -aux principes fondateurs de la démocratie, respect des institutions, liberté de parole, tolérance, fraternité."

Aaaaaaah ouais, c'est donc ça le travail d'un professeur de l'Éduc' Nat', d'aaaaaccoooord...Formater les chères têtes blondes pour leur faire accepter d'emblée de fermer leur gueule quand ils entreront dans le monde merveilleux de "l'entreprise", vu qu'ils auront déjà la chance d'avoir un boulot, et courber humblement la nuque devant les "institutions", dans le respect de la Loi et des Valeurs histoire qu'ils la ramènent pas trop et passent leurs vies à bosser et à consommer sans rien remettre en question. Charmant. Vraiment. Non mais c'est complètement enthousiasmant, comme projet pédagogique, surtout en ce moment. Crise, chômage, précarité, horizon bouché, arrogance d'une bourgeoisie décomplexée et obscénité de l'argent-roi ? Fume ! Faut apprendre à trouver ça normal dans le cadre "d'une certaine obéissance". En bref : fabriquer des veaux. Voilà la vocation de notre prof qui visiblement se croit encore sous la Troisième République, quand l'éducation dispensée par l'école servait à soustraire les gosses aux curés pour mieux les enrégimenter dans les mêmes valeurs républicaines, laïques et patriotardes et le "respect des institutions", blouses grises, coups de règles sur les doigts et bureau du Maître sur une estrade, histoire de bien montrer qui c'est le patron, non mais. Il est au courant qu'il s'est passé un truc qui s'appelait mai 68, vous croyez ?

On pourrait penser que l'éducation est précisément au contraire un outil d'émancipation et d'apprentissage de l'esprit critique, ou en tout cas devrait l'être, a vocation à l'être, et que son but, en plus de l'apprentissage des règles de base de la vie en communauté et de la préparation à la vie d'adulte, c'est de former des personnes à part entière qui sauront exercer une réflexion autonome, et considérer par exemple que les "institutions" ne sont peut-être pas la panacée qu'on veut nous vendre. Oui, on pourrait penser ça, en effet.

Sauf que tant qu'il y'aura des troubadours de l'ordre établi dans les salles de profs, ça va être difficile, hein. C'est par ailleurs pour ça que nos décomplexés ont parfaitement compris l'enjeu de l'éducation, et qu'ils veulent briser les reins de ce bastion de la gauche pour en vendre des pans entiers au privé. Et la porosité intellectuelle des rejetons de la classe moyenne aux idées libérales commence à produire de plus en plus cette monstruosité, ce non-sens, cette contradiction dans les termes qu'est le prof de droite. Ça ne leur suffit pas de détenir le pouvoir économique, il leur faut le symbolique aussi. Prendre les choses à la racine, et farcir les têtes des gosses de leurs idées à la con pour en faire de braves petits soldats obéissant de la guerre économique qui iront à l'abattoir comme leurs arrière grand-parents, la cervelle minée des Valeurs De La Fraaaaanceuuuh, allaient se faire découper en morceaux dans les tranchées.

Derrière la légèreté et l'ironie de l'article, c'est un monde hideux, arriéré et laid, dont l'auteur est le - conscient ? Peut-être même pas...- propagandiste.

Et on peut en plus parier qu'il se pense on ne peut plus "moderne", évidemment.

Les dents. Le trottoir. J'insiste.


mardi 21 avril 2009

Dieu pardonne...


...pas le prolétariat.

Opérette

Tout le monde a très bien joué son rôle, à Durban II. Tout le monde savait que Mahmoud Ahmadinejad allait y aller de sa provocation, c'était une certitude attendue pour ne pas dire espérée, il y va de sa sortie, une partie de la salle se casse, et c'est l'indignation générale, et la condamnation unanime blablabla, bref, c'était archi-joué d'avance, et tout le monde est content. Les indignés peuvent poser en défenseurs de choc des droidloms, et le président iranien ainsi désigné comme méchant de service - si la conférence échoue, ce sera de sa faute et uniquement de la sienne - se trouve conforté dans ses prétentions à devenir un leader du monde arabe. Ce raout pompeux est une opérette écrite à plusieurs mains dont rien de probant ne sortira, sinon de grandes envolées moralisantes jamais suivies d'effet. Et tout le monde le sait, c'en est sinistre.

Cependant.
Il faut noter quelque chose d'important.
Qu'à donc déclaré Ahmadinejad pour provoquer tant d'agitation ?
Le passage incriminé, celui qui a déclenché tant de remue-ménage, est donc celui-ci :

«Après la fin de la Seconde guerre mondiale, ils (les Alliés, ndlr) ont eu recours à l’agression militaire pour priver de terres une nation entière sous le prétexte de la souffrance juive. Ils ont envoyé des migrants d’Europe, des Etats-Unis et du monde de l’Holocauste pour établir un gouvernement raciste en Palestine occupée»

Connaissant le personnage, on peut légitimement poser le soupçon que cette sortie n'est nullement exempte d'arrières pensées à visées clairement antisémites, certes oui, il s'est déjà distingué à plusieurs reprises dans cet exercice nauséeux.
Mais cependant, si on ne considère que ce morceau de texte, que la citation en tant que telle, on est tout de suite frappé par quelque chose :
Il a raison.
Il a raison de dire qu'a été établi et existe un gouvernement raciste en Palestine occupée.
Parce que c'est une réalité de fait, tout simplement.
Parce que ça fait des décennies que les gouvernement israéliens font peser un joug de fer sur les palestiniens et leur font vivre une situation d'apartheid. Que l'idéologie sioniste qui justifie cette monstruosité est une idéologie raciste et que ses partisans les plus fanatisés ont désormais leur rond de serviette dans le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Et que c'est tout un peuple qui souffre et tente de survivre face à un État guerrier et surarmé qui ne veut que l'écraser et lui imposer sa loi à coups de bombes et de chars.

Mais en l'occurrence, c'est le méchant de service qui a dit ça.
Et donc, puisque c'est le méchant de service, on ne va surtout pas l'écouter, n'est-ce pas ?
Et mieux encore, le même méchant de service savait pertinemment qu'on allait pas l'écouter et qu'il allait au scandale, et il en retire de fait un prestige supplémentaire dans tout le monde arabe et renforce sa position dans son propre pays. Pays dans lequel on peut se faire pendre si on a la malchance d'être homosexuel, ce qu'on dénonce par ailleurs moins fort que les provocations officielles d'Ahmadinejad, mais bon, les pédés iraniens, c'est comme les palestiniens, hein : des problèmes secondaires...

Trop fort.

On se prend alors à se demander ce qui se serait passé si un dirigeant du monde occidental avait prononcé les mêmes mots, les mêmes paroles, si un Barack Obama par exemple avait dénoncé la politique raciste de l'État d'Israël dans les territoires occupés ; mais il ne l'a pas fait. Et il ne le fera pas. Realpolitik oblige, et Tsahal peut continuer à perpétuer des crimes de guerre impunément.

Quant à Nicolas Sarkozy, on rit très jaune, quand il se fend d'un communiqué outré qui "condamne totalement ce discours de haine", tout en ayant crée depuis deux ans un ministère de la honte dont la seule fonction est de désigner des immigrés comme bouc-émissaires pour flatter la part la plus répugnante de son électorat.

Durban II est une opérette parfaitement réglée où tout le monde à joué son rôle à la perfection.
Mais pouvait-on en attendre autre chose ?
La réponse est dans la question.

lundi 20 avril 2009

"Fachooooooo !!!!!"

Ça, c'est le cri que vous ne manquerez pas de pousser à la fin de ce billet. Puisque aujourd'hui, j'ai décidé de me déboutonner une bonne fois pour toutes et de vous faire part de mes indispensables opinions sur plusieurs sujets, lesquels ne sont pas tout à fait dans une certaine ligne, "gauchiste", pour aller vite. Ou plutôt, ils sont on ne peut plus dans une certaine ligne très très très à gauche, et comme vous allez le constater, bisounours s'abstenir.

Il faut toutefois préciser ici que lesdites opinions n'engagent rigoureusement que moi, et ne sauraient en rien être représentatives du parti dans lequel je milite. Mais alors pas du tout, hein. Rhoo, qu'allez vous imaginer là, mauvais esprits que vous êtes, tss.

Par quoi commencer...

Par l'esthétique, tiens, allez. Puisque être de gauche et homme de convictions n'empêche nullement de prêter attention à sa mise, bien au contraire : celle-ci peut en effet se définir comme la manifestation extérieure des dites convictions, et il sera du goût le meilleur de faire attention à ce qu'on porte et à comment on est en public.
Par exemple, l'homme du Socialisme du XXIème siècle porte les cheveux courts.
Si.
C'est comme ça.
Et ne venez pas m'ennuyer avec des sottises sur le potentiel subversif du cheveu long, penser ça de nos jours est complètement has-been. On peut parfaitement être une crevure réactionnaire et arborer une envahissante tignasse. La preuve :


Ah, vous voyez bien.
Ensuite, rien ne vous oblige non plus à porter le crâne rasé dans un élan un peu fou, n'est-ce pas. Une simple coupe sobre et de bon ton, dégagée sur les oreilles et rafraîchie sur la nuque avec le haut de la tête pas trop long faut pas déconner on est pas à Woodstock sera du meilleur effet. Lui, par exemple, c'est très bien :

Et lui aussi, c'est pas mal :

Enfin vous saisissez l'idée, quoi.

Il est également évident que le Socialiste du XXIème Siècle se lave derrière les oreilles, sent bon sous les bras et met sa chemise dans le pantalon. Et porte une ceinture, il allait sans dire. D'une façon générale, le Socialiste du XXIème siècle ne ressemble pas à ça :

Encore moins à ça :

Mais plutôt à ça :

Sobre, d'une élégance urbaine discrète, le Socialiste du XXIème siècle prend soin de lui, fait du sport régulièrement, et ne rate pas une seule occasion d'élever son esprit en lisant des livres. Des vrais. Pas des bandes dessinées. Et il ne va pas faire le guignol en free-party, fallait-il le préciser. De toutes façons, il ne se drogue pas, puisque la drogue, c'est un truc de faibles.

Ah, vous êtes encore là ?
C'est vous qui l'aurez cherché, alors...

Il faudra tout de même penser un jour, de préférence quand nous serons au pouvoir, à réintroduire l'uniforme à l'école. Si. J'insiste. Le vêtement, tel qu'il se définit dans la société capitaliste, sert essentiellement comme appareil de distinction qui permet à ceux qui ont les moyens de paraître "mieux" que les autres : et dans les cours d'école, ce genre de chose est parfaitement inadmissible. De plus, combien de rackets odieux et de tabassages iniques pour une paire de baskets ou un blouson ? Le vêtement, notamment "de marque", signe de façon humiliante la différence sociale et crée d'inutiles rancoeurs qui ne contribuent pas à la sérénité requise pour apprendre et se former aux choses de la vie; partant, il est on ne peut plus désirable que les élèves, dès qu'ils seront scolarisés, portent tous la même chose et de la même manière. Ainsi, tous serons égaux devant l'enseignement, et se trouveront abolies les barrières de classe qui les empêchent de fraterniser.

Cela pourrait constituer une intéressante introduction sur la mise en uniforme de la population dans son entier, ce que pour ma part je pense hautement souhaitable à terme, mais ce serait peut-être trop long.
Vous verrez, passé les quelques inévitables rouspétances petites bourgeoises, nous ne nous en porterons que mieux.

Aaaaah mais je vous entend râler d'ici, voilà, c'est toujours ça quand on est trop d'avant-garde : on est incompris. Mais bon, je m'y attendais, fin connaisseur que je suis de l'humaine nature et de ses travers : vous exprimez que vous êtes des "zindividus" ? Moui moui moui. Et qu'à ce titre, vos êtes vachement "libres" ? Hun hun.
Et "libres" de quoi ?
De travailler pour des salaires minables qui vous permettront de vous acheter des merdes dont vous n'avez aucun besoin ?
Puisque désolé les gens, mais la définition de la "liberté" sous régime capitaliste, c'est ça et rien d'autre.
Et de toutes façons, la liberté, c'est comme le bonheur : ça n'existe pas.

Donc franchement, entre nous, ne serait-il pas préférable, au final, de tous nous retrouver tous unis dans un immense élan collectif, dans le respect de la personnalité de chacun certes, mais qui nous permettra surtout de construire une nouvelle société émancipée de l'aliénation sous toutes ses formes ? Mh ? Vous ne seriez pas prêt pour ça à abandonner deux-trois trucs dont vous n'avez d'ailleurs aucun besoin ? Franchement...

Mais je m'aperçois ici que ce billet, fort décousu par ailleurs, devient par trop long. Je vous donne donc rendez-vous demain pour vous exposer de nouvelles et ébouriffantes idées, sous le titre : "Socialisme et psychorigidité : pour un totalitarisme fun et rose bonbon". Bien à vous.


dimanche 19 avril 2009

Past is over, kids

Il y'a beaucoup de gens, autour de moi, qui éprouvent une nostalgie étrange pour des époques qu'ils n'ont pas connues. Comme il se trouve que mon entourage est, disons, fortement politisé, cette rêverie d'un passé plus ou moins coloré a son ancrage le plus souvent dans la génération précédente, la période 60's/70's, pour aller vite. Mai 68, la contestation, la révolution sexuelle, les Blacks Panthers, 10 millions de grévistes en France, De gaulle, Pompidou et Nixon, l'activisme débridé et l'espoir des lendemains heureux, quelque chose de l'ordre du débridé qui trancherait face à une grisaille de notre modernité. Bon, pourquoi pas ? Même si, à titre personnel, je ne la partage pas, cette nostalgie est compréhensible à bien des égards, puisque donnant le sentiment - et j'insiste ici sur cette notion de "sentiment", puisque je pense que cet état d'esprit relève davantage de l'affectif que de l'analyse politique -, le sentiment, donc, que dans cette époque pas si lointaine - grosso modo la génération de nos parents pour moi et mes potes -, il existait quelque chose de plus, comment dire..."vrai". De plus vibrant, de plus vivifiant, un élan et un enthousiasme certes brouillon mais qui aurait eu au moins le mérite de créer une intensité qui serait aujourd'hui perdue dans les brumes de la marchandisation et de la dépolitisation de masse...

Admettons.

Cependant, je me méfie un peu de ce genre de transports vers des périodes qu'on a pas connues. Quand on a vécu ladite période, il est parfaitement compréhensible qu'on puisse la remâcher - plus ou moins complaisamment - puisque celle-ci est faite de souvenirs vécus qu'on aura d'autant plus tendance à magnifier qu'ils auront eu une signification "historique" ; après tout, mazette ! y compris à son petit niveau, on fut acteur de quelque chose...

Ensuite, qu'on regarde en arrière avec de grands soupirs sur une supposée grandeur à présent révolue, quand soi-même on était à l'époque au mieux à l'état de projet dans les organes reproducteurs parentaux, je trouve ça assez chiant, au bout d'un moment. Et que des militants par ailleurs sincèrement progressistes puissent penser "Ah la la, c'était mieux avant...", c'est pour le moins dérangeant, quelque part.

Posons les choses une bonne fois pour toutes : non, ce n'était jamais "mieux" avant. Il n'y a pas d'un côté un joli passé tout coloré en pastels rehaussés d'éclats chatoyants, et de l'autre un présent tout moche et tout pourri dans le gris pas beau du quotidien chiant. A fortiori quand on le compare à des moments dont, encore une fois, on a connaissance que très indirectement. Ce n'était pas mieux, c'était différent. D'autres contextes, d'autres acteurs, d'autres paramètres dans d'autres évènements, bref : une autre Histoire. Dont on peut, et on doit, par ailleurs, se nourrir pour éclairer le présent, où il est nécessaire de se plonger pour l'étudier et en tirer enseignements et leçons, certes. Et quand on est militant, ce travail est indispensable, ô combien, puisque une grande partie de l'inculture monumentale de bien des adhérents de partis politiques - dont on trouve un échantillon particulièrement gratiné dans la blogosphère...- vient tout simplement du fait que leur niveau de connaissance historique, y compris de leur courants de pensée respectifs, est plus ou moins proche de zéro.

Donc.
Avoir une démarche politique vis-à-vis du passé : oui.
Entrer dans des transes sur des moments enfuis : je n'en vois pas l'intérêt.
Sauf, effectivement, à vouloir se tenir chaud devant les braises de feux éteints, pour mieux supporter un présent qui est âpre, difficile, et auquel il manque cruellement une insouciance, un fraîcheur, une spontanéité qui peut-être était présente et active dans la génération précédente...

Nous sommes moins naïfs, en somme.
Mais est-ce vraiment un mal ? Franchement ? N'est-il pas mieux d'être certes quelque peu désenchantés, ricanants parfois, mais davantage éclairés ?

Et puis eh, ho, je vous rappelle quand même qu'on est débarrassés de cette engeance nommé hippies. Puisqu'à part deux ou trois communautés au fin fond de l'Ariège, ça n'existe plus du tout, cette saloperie. Et ça, kids, ça n'a pas de prix.

samedi 18 avril 2009

"Le droit"

"Les salariés de Caterpillar à Échirolles (Isère) n'ont plus le droit d'occuper leur usine. Vendredi, le tribunal de grande instance de Grenoble les a condamnés en référé à 200 euros d'astreinte par infraction. Les dix-neuf salariés qui avaient décidé d'installer leur tente dans l'entreprise ont été poursuivis par leur direction «pour entrave à la liberté du travail» et «occupation illicite des locaux»." (ici)

Ils ont en revanche parfaitement "le droit" de se faire lourder comme des merdes de leur boîte qui les traite comme des criminels après les avoir licencier dans des conditions dégueulasses.

De la même façon, ils ont eu "le droit" de se faire exploiter pendant des années et des années sans que la justice, qui est si prompte à vouloir maintenant les condamner, n'y trouve rien à redire.

Ils ont également "le droit" de manifester pacifiquement, sans prendre trop de place et sans trop la ramener, et d'envoyer une gentille délégation pour gentiment papoter sur le comment ils vont se faire enfler.

Et la direction de Caterpillar, elle, à on ne peut plus "le droit" de fermer une usine en brisant les vies de ses salariés. C'est on ne peut plus légal, et il y'a aura des avocats et des juges qui soutiendront qu'ils ont parfaitement raison.

Et les actionnaires de Caterpillar ont "le droit" de réclamer des retours sur investissements pharaoniques, sans que nul dans les prétoires ne songe à s'en émouvoir, pardi.

Et les policiers amenés sur place ont eux-aussi "le droit" de botter le cul des ouvriers récalcitrants, si ceux-ci n'obtempèrent pas illico.

Et ces derniers ont évidemment le droit de grossir le rang des chômeurs et aussi "le droit" de faire une bonne grosse dépression, voire de commettre un petit suicide, puisque ça, aucune loi ne l'interdit, n'est-ce pas ?

"Le droit" ?

Le droit d'une justice de classe dont les textes protègent les nantis et la propriété privée. Le droit qui est écrit par des bourgeois et pour des bourgeois, et appliquée par les rejetons de la bourgeoisie qui accèdent aux postes de cette sinistre farce qu'on nomme "justice". Vous pensiez que les lois protègent les citoyens ? Mais c'est bel et bien ce qu'elles font, en effet. À cette nuance près qu'elles en protègent certains plus que d'autres et que non, définitivement non, on est pas "égaux" face à elle.

C'est pour ça que sont hautement méprisables, infiniment méprisables, ceux qui appellent au "respect de la loi", à "l'État de droit", ceux dont la lâcheté aura toujours le recours de se réfugier derrière le prétexte de la "légalité", ceux qui tremblent frileusement à l'ombre des institutions même quand celles-ci les écrasent et les méprisent, ceux qui sont toujours prêts a réclamer la répression, pour les autres, pour les pas comme eux, du moment que eux sont à l'abri dans leurs terriers. "Respecter la loi", hein ? N'importe quelle loi, même la plus inique, même la plus immorale, la plus gerbante et contraire à la plus élémentaire humanité, mais à tout prix "respecter" la Loi, avec une majuscule, pour se sentir dans son bon droit de pauvre crevard répugnant, rampant devant toutes les autorités quelles qu'elles soient et bien assuré qu'en vivant ainsi sa pauvre existence de larve soumise, lui saura éviter les ennuis et sera à l'abri. Le confort de la lâcheté la plus abjecte passe toujours par le "respect de la Loi". Et ceux qui en appellent à l'arbitraire de cette sordide plaisanterie pour condamner des salariés désespérés ou exiger qu'on expulse des sans-papiers méritent des coups de cravache en pleine gueule.

Quand on est militant progressiste, on éprouve aucun égard pour "le droit", ce droit là, qui écrase les petits et protège les gros. On sait ce que dissimulent ces grands mots vides, et la moindre des choses, la politesse la plus élémentaire, même, consiste à assumer que oui, oui, en effet, contre ce "droit", on se donne le "droit", le nôtre, de sortir de la légalité et de ne pas "respecter la loi" quand celle-ci est une saloperie sans nom. Toute autre position, qui n'envisagerait l'action politique que dans le strict respect des institutions bourgeoises et sans jamais oser sortir de l'étroite marge qu'elle nous laisse, toute autre position est indigne, est inutile, est inefficace, et disons plus : est immorale.

vendredi 17 avril 2009

Piqueuh-niqueuh niqueuh niqueuh

Ah ! Ah ! Ah ! La grande distribution treeeeeeembleuuuuh !

"La liste des pique-niques organisés par le collectif L'Appel et la Pioche ne cesse de s'allonger. La méthode est bien rodée. Dix à trente personnes arrivent discrètement, sortent les banderoles, « dressent la table » et invitent les clients à venir goûter les produits pris en rayons. Ensuite, ces adeptes du NPA d'Olivier Besancenot nettoient et remettent tout en ordre avant de quitter les lieux."

(Car oui, au fait, il n'y a pas de "militants", ici, hein, il y'a des "adeptes" du Grand Gourou À Vélo. Ce qui au passage est parfaitement exact, disons la vérité une bonne fois : moi-même, il ne saurait être question de me coucher le soir avant que d'avoir fait mes incantations devant mon petit autel, avec la photo d'OB finement encadrée à l'or fin et des bougies votives. D'ailleurs, pendant que j'y pense, c'est samedi demain : il faut penser à acheter un poulet à sacrifier).

Bon, ensuite, on peut discuter du bien fondé politique en tant que tel de cet activisme, ok. Mais comme souvent, ce n'est pas l'action en elle-même qui déclenche la poilade, mais les réactions à ladite ; puisque, vous allez voir, c'est drôle :

"Faisant un amalgame confus entre le contexte économique, l'action du gouvernement et le capitalisme « cause de tous les maux de la société », de nombreux collectifs s'orientent vers ce nouveau mode de revendication. Ces activistes posent de bonnes questions (on ne peut ignorer la montée de la précarité et sous-estimer les inquiétudes autour du chômage), mais ils n'apportent pas de bonnes réponses, voire aucune."

On notera que ce qui est mis en avant ici ne procède nullement de l'ordre du "politique" - qui est réservé aux gens sérieux portant cravates qui se réunissent en rond autour de tables chamarrées, c'est bien connu - , mais un "amalgame confus", d'autant plus nébuleux à coup sûr que notre brave défenseur du saucisson en grande surface ne comprend guère les motivations de ces méchantes gens qui certes, "posent de bonnes questions" - Môssieur est trop bon de tant de mansuétude - mais si les réponses consistent à remettre en question le système de distribution de la bouffe et partant des circuits qui s'enrichissent très grassement grâce à ceux-ci : c'est mal. C'est vilain. C'est très hautement néfaste. Pis que l'interventionnisme étatique dans les affaires des entreprises, on parirait, allez. D'ailleurs, c'est simple, on sait où ça commence, et puis on finit par collectiviser l'Audi du directeur. C'est pour ça que :

"si aucune mesure coordonnée n'est prise, on peut craindre la multiplication puis la banalisation de tels actes. D'autant plus que leurs auteurs pensent jouir d'une totale impunité. Les risques de dérapages et d'accidents ne sont pas à exclure. C'est maintenant qu'il faut s'en préoccuper."

Bordel ! Ces sauvages vont revenir, et personne ne pourra répondre de rien ! On voit le temps pas si lointain où chaque superette Casino se transformera en fortin, qui devra repousser les hordes de gueux dans un combat brutal et féroce à faire passer Monte Cassino pour une promenade champêtre de puceaux centristes. On frémit.

(On me chuchote néanmoins dans l'oreillette que la sortie de ce monsieur - Yves Puget de son petit nom - serait plutôt un subtil appel à faire en sorte que ces bâtards de partageux prennent le plus cher possible judiciairement parlant. Puisque n'est-ce pas, si on laisse faire pareil scandale, l'étape suivante dans la bolchévisation consistera à coup sûr à ce que les caissières demandent à être augmentées ET EN PLUS d'avoir des horaires décents. C'est dire si le chaos menace, n'est-il pas ?).

Ensuite, Yves Puget, faudra peut-être prendre sur toi, paske ce genre de redistributions, tu risques d'en voir d'autres dans pas bien longtemps. Même que si ça continue comme ça, ça étonnerait personne que ce ne soit pas des militants polis et bien élevés mais bel et bien des gens ordinaires qui ont décidé que ras-le-bol de payer trop cher pour bouffer.
Et t'imagine même pas à quel point j'ai hâte qu'on voit ça...


jeudi 16 avril 2009

Chirac ??!!!???!!!

Le retour en affection de la ganache/escroc/menteur/opportuniste/corrompu/affairiste/et j'en passe/et des pas meilleurs, Chirac pour ne pas le nommer, sa nouvelle "popularité" face au pénible Nabot qui nous afflige à tout de même de quoi faire s'hérisser les plus débonnaires d'entre nous. Chirac ! Mais merde à la fin ! Celui qui serait actuellement en prison si on vivait dans un monde qui fontionne normalement, tant les charges contre lui ne sont même plus accablantes à ce niveau là et atteignent des sommets inéxplorés jusqu'alors dans le foutage de guele assumé et revendiqué ! Chirac, le même qu'on a execré pendant 12 trop longues années, et encore ne doit-il sa réélection triomphalede 2002 qu'à un contexte sordide, après une campagne où tout le monde à joué à celui qui serait le plus sécuritaire, le plus démagogique, le même Chirac dont les casseroles pourraient remplir 12 magasins Ikea, il est des gens suffisamment égarés ou oublieux pour le trouver désormais...sympa. "Sympa" ! Non mais on va où, là ? Mais en effet, on va bel et bien quelque part, et ce come-back en dit fort long sur l'époque que nous vivons, un peu de patience on va y venir.

Il n'est pas jusqu'à Martine Aubry récemment qui s'est sentie obligée de se fendre de son couplet sur l'air de ah la la, "Je me dis que finalement, on le regrette". On le regrette ???? T'as pris de la drogue, Martine ? C'est Ségolène qui t'a permis de taper dans sa réserve perso, et ça doit être de la bonne vu les conneries que Royal nous inflige depuis ce qui semble être des éons ? Et d'abord, qui, "on" ? C'est qui, c'est quoi ce "on" qui ne sait tellement plus ou il habite qu'il "regrette" Chirac ? "On" saura pas. Mais ce qu'on sait, en revanche, c'est qu'il faut vraiment être complètement à la ramasse pour proférer en public d'aussi énormes énormités. Parce si ce genre d'absurdité, on l'a tous à un moment plus ou moins pensé en en faisant motif de plaisanterie dans l'intimité de nos relationnels respectifs, la très subtile nuance est que nous, nous ne sommes pas secrétaire d'un parti de masse qui a micro ouvert partout. Et partant, qui devrait faire un petit peu attention à ce qu'elle dit devant les enfants, non ? Si. Bah, le désastre pend de toutes façons au nez des socialistes, détournons donc le regard de ces bouffons.

Et posons nous surtout la question de savoir ce que ça signifie, ce grand élan d'amour pour cette crapule.
Parce que si, ça veut dire quelque chose, en fait ; et pas seulement une "nostalgie" plutôt malsaine qu'on pourrait éprouver pour une droite qui n'était pas celle de Sarkozy. Mais qui était de droite tout de même, hein, mais que voulez-vous, face au Nain, Chirac, il était, comment dire, tellement plus, enfin, tellement moins, enfin vous voyez, quoi...

Ce que ça signifie, l'aveu implicite et glaçant qui sous-tend tant d'émotion, c'est la parfaite incapacité d'un paquet de gens, et y compris des responsables politiques de permier plan, à penser l'avenir. Et ça, c'est grave, c'est très très grave. C'est le signe d'une panne politique majeure, d'une crise du politique de grande échelle qui affecte tout le monde, puisque ne possédant plus de grille de lecture fiable et viable qui permettrait de se projeter dans le futur en proposant une vision des choses, un projet, un élan, quelque chose. Et partant, quand on ne maitrise plus ce qu'on veut, ou quand on en a plus envie, ou quand ça fait trop peur, on se tourne vers le passé en l'ornant de couleurs chatoyantes et en revisitant l'Histoire en version rose bonbon.
La nouvelle popularité de l'ex-président est un symptôme, ni plus ni moins. Symptôme d'une démocratie exténuée, agonisante, qui ne sait plus quoi penser ni comment, et se replie frileusement dans des images d'Épinal qu'elle se crée elle-même. Qui s'illusionne par trouille de ce qui peut se passer. Et pire, bien pire, qui ne peut plus, - et qui sait ? ne veut plus...- imaginer ce qui pourrait être...

Une démocratie sans projet ni futur. Et qui pourrit sur place faute de d'audace, faute de volonté, faute de nouveauté et du désir de cette nouveauté.

Chirac, "sympa" ? Ça ferait presque rire, si en fait ça n'était pas aussi sinistre.


mercredi 15 avril 2009

"le marché laissé à lui-même n'aboutit pas nécessairement à de bons résultats"

Ce bout de phrase d'une rigueur intellectuelle sans égale ainsi que d'une clairvoyance fulgurante se trouve sous la plume d'Edouard Balladur. Dans le Figaro, tiens, forcément. J'ai commencé à lire l'article, je suis tombé sur la phrase qui est en titre, et je me suis arrêté. Car à quoi bon continuer, franchement ? À quoi bon s'infliger cet interminable brouet de vieux con qui admet, tout de même, du bout des lèvres, en chichitant mais bon, que Le Joli Marché Qui Rend Heureux "n'aboutit pas nécessairement à de bons résultats"...

"Pas nécessairement".

Grandiose, non ?

Une crise financière dont personne ne voit le bout, licenciements de masse, chômage en hausse spectaculaire, climat social en pourrissement accéléré, voilà le résultat concret, entre tellement d'autres, d'un libre marché laissé en roue libre et des charmes austères des dérégulations et autres privatisations. Trente ans. Trente ans maintenant que des Edouard Balladur rabâchent sans trêve ni repos que Le Marché, C'est Bon, C'est Bien, c'est Chaud. Que La Main Invisible. Que l'Autorégulation. Que les Déficits Publics. Que. Que. Que.
Tout ça pour au final admettre l'évidence : ce système économique de merde, ça marche pas !

Ça !

Ne !

Marche !

Pas !!!

Sauf que non, bien évidemment, puisque admettre cette vérité première, un Edouard Balladur en est parfaitement incapable. Ce serait remettre en question toute une vie passé à chanter les louanges d'un truc pourri dès le départ, pardi. Donc, contre toute logique, il dit quoi, le navrant croulant ? Ben qu'il faut continuer les réformes, et allez. On va pas assez vite dans le mur, faut mettre un parpaing sur l'accélérateur, c'est urgent.

Pfou.

Bon, inutile de s'étendre, décidément : on sait que les néolibéraux sont une secte de fanatiques illuminés, vouloir démonter ou faire acte de critique sur les conneries qu'il dégoisent est désormais sans intérêt. Ou alors pour s'entretenir, une sorte de gymnastique de l'esprit, voilà. Mais d'une manière générale : pas la peine de discuter, de faire du "débat", de témoigner d'ouverture d'esprit, blablabla : zero négociations. C'est d'ailleurs pour ça que jamais au grand jamais je ne cherche à papoter ou à "échanger" avec des gens de droite, pouah.

Oh et puis j'en ai marre de ce billet, je vais aller voir OSS 117 avec ma meuf, tiens. Bonne journée, na.