Dans des circonstances trop longues - et à caractère personnel qui plus est -, j'ai vu 5 minutes de "La nouvelle star" hier soir.
Car n'ayant toujours pas la télévision et m'en portant fort bien, je vis donc dans une dimension parallèle où ce genre d'émission n'existe tout simplement pas. Les gens qui y passent n'existent pas. Et d'une manière générale, tout ce qui passe à la télé n'existe pas, d'ailleurs quand j'ai décidé quand quelque chose ne m'intéresse pas, ça disparaît de mon paysage mental automatiquement, pouf ! comme par magie. Le rap, par exemple, je n'aime pas ça. Du tout. Mais alors vraiment pas, hein. J'abomine. Ouais mais tu 'ois y a des rappeurs qui sont trop engagés, quoi. Hun hun. Oui. Il y en a. Trois types qui ont une relative conscience sociale au milieu de centaines de phallocrates frustrés qui rêvent d'avoir le lifestyle de Tony Montana/MC Sarkozy, avec la bonnasse qui va avec. Non, vous n'arriverez pas à me faire gober que c'est de la "culture". Et puis Besancenot il écoute du rap, alors quoi, tu 'ois. Oui. Et ? Parce que notre Glorieux Lider à Vélo a des goûts de chiottes, faudrait se caler sur lui ? Bref. Et bien par ce procédé, la rap, ça n'existe pas dans mon monde. Voilà. Le foute, pareil. Jamais au grand jamais je ne suis au courant que 22 millionnaires en short se mettent bêtement à courir après une baballe. Et comme je n'ai pas la télé, j'évite tout un tas de ces menus inconvénients qui vous pourrissent gentiment la vie.
Sauf certains moments où malencontreusement je tombe sur une émission de merde. La nouvelle star en l'occurrence.
Passons sur le bref moment où m'a traversé l'esprit qu'une apocalypse nucléaire était une solution finalement sympathique, ça arrive à tout le monde, n'est-ce pas. L'inanité de la chose est suffisamment parlante d'elle même pour ne pas en rajouter.
Cependant, ce qui ne laisse pas de me troubler, c'est que des gens s'obstinent à regarder la chose avec enthousiasme.
C'est là que je me rends compte que bien loin de mon personnage de gauchiste cynique, je suis en fait d'une immense et touchante naïveté.
Pour dire les choses, des pans entiers de ce qui constitue la réalité de mes contemporains m'est pour ainsi dire totalement étrangère.
Prenons un autre exemple : Paris-Match. Oui, l'abomination que vous et moi ne parcourons que dans la salle d'attente du dentiste avec l'obligatoire sourire en coin de celui à qui on ne la fait pas. A priori, vous êtes comme moi, vous ne pensez même pas à acheter Paris-Match. Mieux, faites le test autour de vous : y a t-il des gens qui vous sont proches qui y sont abonnés ? Qui le lisent très régulièrement ? Non, n'est-ce pas ? Vous vivez donc dans un monde sans Paris-Match, ce qui n'est d'ailleurs pas plus mal on est d'accord.
Pourtant, Paris-Match tire à 850 000 exemplaires. Ce qui est monstrueux.
Partant, des dizaines de milliers de gens le lisent.
Et de la même façon, des centaines de milliers de gens regardent La nouvelle star.
Et je ne connais ni ne fréquente aucune de ces personnes...
Donc, la conclusion, évidente et terrible, est : je suis totalement coupé de pans entiers de ce qui constitue la réalité quotidienne d'une masse non négligeable de mes contemporains.
Pendant très longtemps, ce qui m'agaçait dans des endroits où je travaillais, c'était l'inévitable discussion des collègues sur les programmes télé de la veille. À laquelle je ne participais pas, d'une part par non-télévision, et aussi par snobisme avouons-le : j'avais des loisirs autrement plus élevés que cela, n'est-ce pas...
Sot prétentieux que j'étais...
Puisque je n'avais pas compris que ce qui était important, décisif, dans ces banalités, ce n'était pas tant le programme en lui-même que de pouvoir en parler avec d'autres ; partager un lien commun et surtout faussement superficiel car permettant de se relier à des personnes avec qui on avait que des relations d'ordre professionnel. Ce que je prenais pour des fadaises était en fait un code social crucial pour son intégration, et en me retirant du rituel, je m'excluais de la fonction principale de ces conversations : se rassurer quant à sa place dans le groupe.
Une fois, j'ai fait le test : ayant jeté un coup d'oeil dans un journal à des résultats d'un match quelconque, je me pointais tout guilleret au taf, et engageais immédiatement la conversation avec des collègues sur l'évènement. Comme si j'y avais assisté le soir d'avant, donc.
Ô joie de se sentir accepté enfin comme un égal.
J'ai mine de rien tenu 20 bonnes minutes d'agréable papotage sur quelque chose que je n'avais pas vu et qui n'avait à mes yeux absolument aucun intérêt. C'était très sympa, et tout le monde était content. J'avais gagné ma place et avait tordu le cou à cette réputation de distance qui me desservait...
J'insiste : j'étais, et suis encore sans doute, d'une terrible naïveté, au fond.
Disons simplement que je commence, enfin, à comprendre certains codes et à savoir les utiliser.
La prochaine fois, si vous êtes sages, je vous expliquerai pourquoi il est fondamental que jamais une fille ne vous trouve "sympa". Puisque quand vous êtes "sympa", vous n'emballez pas. À choisir, faites vous plutôt traiter de connard, c'est plus efficace.
Car n'ayant toujours pas la télévision et m'en portant fort bien, je vis donc dans une dimension parallèle où ce genre d'émission n'existe tout simplement pas. Les gens qui y passent n'existent pas. Et d'une manière générale, tout ce qui passe à la télé n'existe pas, d'ailleurs quand j'ai décidé quand quelque chose ne m'intéresse pas, ça disparaît de mon paysage mental automatiquement, pouf ! comme par magie. Le rap, par exemple, je n'aime pas ça. Du tout. Mais alors vraiment pas, hein. J'abomine. Ouais mais tu 'ois y a des rappeurs qui sont trop engagés, quoi. Hun hun. Oui. Il y en a. Trois types qui ont une relative conscience sociale au milieu de centaines de phallocrates frustrés qui rêvent d'avoir le lifestyle de Tony Montana/MC Sarkozy, avec la bonnasse qui va avec. Non, vous n'arriverez pas à me faire gober que c'est de la "culture". Et puis Besancenot il écoute du rap, alors quoi, tu 'ois. Oui. Et ? Parce que notre Glorieux Lider à Vélo a des goûts de chiottes, faudrait se caler sur lui ? Bref. Et bien par ce procédé, la rap, ça n'existe pas dans mon monde. Voilà. Le foute, pareil. Jamais au grand jamais je ne suis au courant que 22 millionnaires en short se mettent bêtement à courir après une baballe. Et comme je n'ai pas la télé, j'évite tout un tas de ces menus inconvénients qui vous pourrissent gentiment la vie.
Sauf certains moments où malencontreusement je tombe sur une émission de merde. La nouvelle star en l'occurrence.
Passons sur le bref moment où m'a traversé l'esprit qu'une apocalypse nucléaire était une solution finalement sympathique, ça arrive à tout le monde, n'est-ce pas. L'inanité de la chose est suffisamment parlante d'elle même pour ne pas en rajouter.
Cependant, ce qui ne laisse pas de me troubler, c'est que des gens s'obstinent à regarder la chose avec enthousiasme.
C'est là que je me rends compte que bien loin de mon personnage de gauchiste cynique, je suis en fait d'une immense et touchante naïveté.
Pour dire les choses, des pans entiers de ce qui constitue la réalité de mes contemporains m'est pour ainsi dire totalement étrangère.
Prenons un autre exemple : Paris-Match. Oui, l'abomination que vous et moi ne parcourons que dans la salle d'attente du dentiste avec l'obligatoire sourire en coin de celui à qui on ne la fait pas. A priori, vous êtes comme moi, vous ne pensez même pas à acheter Paris-Match. Mieux, faites le test autour de vous : y a t-il des gens qui vous sont proches qui y sont abonnés ? Qui le lisent très régulièrement ? Non, n'est-ce pas ? Vous vivez donc dans un monde sans Paris-Match, ce qui n'est d'ailleurs pas plus mal on est d'accord.
Pourtant, Paris-Match tire à 850 000 exemplaires. Ce qui est monstrueux.
Partant, des dizaines de milliers de gens le lisent.
Et de la même façon, des centaines de milliers de gens regardent La nouvelle star.
Et je ne connais ni ne fréquente aucune de ces personnes...
Donc, la conclusion, évidente et terrible, est : je suis totalement coupé de pans entiers de ce qui constitue la réalité quotidienne d'une masse non négligeable de mes contemporains.
Pendant très longtemps, ce qui m'agaçait dans des endroits où je travaillais, c'était l'inévitable discussion des collègues sur les programmes télé de la veille. À laquelle je ne participais pas, d'une part par non-télévision, et aussi par snobisme avouons-le : j'avais des loisirs autrement plus élevés que cela, n'est-ce pas...
Sot prétentieux que j'étais...
Puisque je n'avais pas compris que ce qui était important, décisif, dans ces banalités, ce n'était pas tant le programme en lui-même que de pouvoir en parler avec d'autres ; partager un lien commun et surtout faussement superficiel car permettant de se relier à des personnes avec qui on avait que des relations d'ordre professionnel. Ce que je prenais pour des fadaises était en fait un code social crucial pour son intégration, et en me retirant du rituel, je m'excluais de la fonction principale de ces conversations : se rassurer quant à sa place dans le groupe.
Une fois, j'ai fait le test : ayant jeté un coup d'oeil dans un journal à des résultats d'un match quelconque, je me pointais tout guilleret au taf, et engageais immédiatement la conversation avec des collègues sur l'évènement. Comme si j'y avais assisté le soir d'avant, donc.
Ô joie de se sentir accepté enfin comme un égal.
J'ai mine de rien tenu 20 bonnes minutes d'agréable papotage sur quelque chose que je n'avais pas vu et qui n'avait à mes yeux absolument aucun intérêt. C'était très sympa, et tout le monde était content. J'avais gagné ma place et avait tordu le cou à cette réputation de distance qui me desservait...
J'insiste : j'étais, et suis encore sans doute, d'une terrible naïveté, au fond.
Disons simplement que je commence, enfin, à comprendre certains codes et à savoir les utiliser.
La prochaine fois, si vous êtes sages, je vous expliquerai pourquoi il est fondamental que jamais une fille ne vous trouve "sympa". Puisque quand vous êtes "sympa", vous n'emballez pas. À choisir, faites vous plutôt traiter de connard, c'est plus efficace.










