La trentaine, c'est la liberté. Si.
Ah, cette angoisse du trentenaire...
Enfin, celle des autres. Moi, pas. Moi, ça va, merci. Je le vis plutôt bien. Sans doute parce que j'ai détesté la "jeunesse", la mienne en tout cas. Je me suis fait effroyablement chier à cette période, et j'ai abordé les rivages de la trentaine avec un vrai soulagement.
Parce que quand on arrive là, on a moins à prouver ; et aux autres, et à soi. Et c'est très reposant, en fait. On peut consacrer son énergie à autre chose que de sans arrêt éprouver le besoin de montrer ce qu'on pense qu'on devrait être pour pouvoir enfin être "accepté". Non, vraiment, c'est mieux, je trouve.
Bon, visiblement, tout le monde n'est pas de cet avis. Un bref tour d'horizon de mon entourage me montre des trentenaires ravagés d'angoisse pour cause de calvitie naissante, de début de bedaine et surtout de seuil psychologique : 30 ans ! Autant dire le début du déclin. Que dis-je : de la décrépitude ! Parfois, quand j'en entends dire : "Tu te rends compte, j'ai 30 ans...", ils vous disent ça comme si ils annonçaient qu'ils ont un cancer...
Alors oui, bien sûr, il y a en effet quelques signes que, bon, ça commence à moins rigoler...Les cuites, notamment, deviennent un peu plus difficiles. S'alcooliser en soirée conduit à des matins un peu âpres, mh ? Ah, ces réveils de plus en plus difficiles, de plus en plus laborieux, et d'autant plus qu'il faut justifier un salaire en essayant d'assurer au boulot...
Tout fout le camp.
Ensuite, qu'est-ce que vous foutez, aussi, à picoler comme ça, allons ? Z'avez pas autre chose à faire ?...
Bon, n'exagérons pas, tout n'est pas foutu. Mais commence à se faire jour la conscience que la "jeunesse", cette notion entre parenthèses spécifiquement occidentale (au Pakistan, par exemple, on fabrique des chaussures dès 10 ans : le terme de "jeunesse" ici associé à celui de "totale éclate, tu 'ois" n'y signifie pas grand-chose...) commence gentiment, et de moins en moins gentiment, à s'effilocher...
Alors, évidemment, grande est la tentation de se réfugier dans une nostalgie d'une période d'autant plus magnifiée qu'elle est enfuie : ce fut il n'y a pas longtemps cette mode répugnante de la Casimir Génération. Et des hordes de trentenaires fous d'angoisse de tenter de se rassurer en se repassant Capitaine Flam et autres cochonneries qui sont à peine regardables quand on a 5 ans ; à 30, c'est franchement pathétique. Le sommet fut ces terrifiantes "Gloubiboulga Nights", grandes partouzes régressives où ils s'assemblaient en masse pour renouer collectivement avec le moment béni où c'était papa-maman qui payaient les factures...
Je rêvais d'y débarquer avec un lance-flammes.
Non, je n'ai pas de nostalgie. Pour rien. Le passé est passé, inutile de s'y attarder.
Surtout si c'est pour fuir un présent sur lequel on a le sentiment de ne pas avoir prise.
C'est d'ailleurs ça le plus agaçant concernant ma "génération" : cette vague de mélancolie, qui passe son temps à se chercher des raisons de fouiller un sentiment de perte, de dépossession. Le succès des chanteurs à la con style Delerm ne s'explique pas autrement. Mais même si il y des raisons objectives à un certain état d'esprit (Sida + chômage de masse + précarité + instabilité affective + fin de cycle de certaines idéologies + montée en puissance de la Réaction +...oui, la barque est chargée, en effet), il n'empêche que...
Trentenaires, n'avez vous pas le sentiment d'être parfois un tant soit peu complaisants ?
Mh ?
Un tout petit peu ?
Si, quand même, hein ?
Je suis très content pour ma part d'être trentenaire. Bon, moi aussi, je connais des réveils difficiles après avoir un peu exagéré. Moi aussi je me pose toutes sortes de questions sur l'avenir, sur mon moi profond, sur le monde, patati patata.
Mais d'abord, je n'ai pas le refuge d'une nostalgie régressive. Être jeune a été un cauchemar pour moi, et je suis très content que cette horrible période soit derrière.
Et aussi parce que je me sens plus libre.
Car amis trentenaires, vous êtes en fait bien plus libres que vous ne l'étiez à 18 ou 20 ans.
Sisi.
Libérés du poids du regard des autres, d'abord : vous avez tellement moins à prouver...
Libérés de la tutelle parentale, du moins je le souhaite pour vous : de toutes façons, avoir des comptes à régler devient à partir d'un certain âge une véritable perte de temps...
Libérés de l'obligation de paraître "in" : à quoi bon s'acharner à être "dans le coup" ? Qui a sincèrement envie de ressembler à un journaliste des Inrocks ?
Libérés en fait de tellement de fausses obligations, de vanités sottes et de pseudo-défis qui apparaissent tellement creux, à présent...
Non, définitivement : la trentaine, croyez-moi, c'est la liberté.
J'attends avec impatience la quarantaine : je sens que je vais bien m'amuser.
Enfin, celle des autres. Moi, pas. Moi, ça va, merci. Je le vis plutôt bien. Sans doute parce que j'ai détesté la "jeunesse", la mienne en tout cas. Je me suis fait effroyablement chier à cette période, et j'ai abordé les rivages de la trentaine avec un vrai soulagement.
Parce que quand on arrive là, on a moins à prouver ; et aux autres, et à soi. Et c'est très reposant, en fait. On peut consacrer son énergie à autre chose que de sans arrêt éprouver le besoin de montrer ce qu'on pense qu'on devrait être pour pouvoir enfin être "accepté". Non, vraiment, c'est mieux, je trouve.
Bon, visiblement, tout le monde n'est pas de cet avis. Un bref tour d'horizon de mon entourage me montre des trentenaires ravagés d'angoisse pour cause de calvitie naissante, de début de bedaine et surtout de seuil psychologique : 30 ans ! Autant dire le début du déclin. Que dis-je : de la décrépitude ! Parfois, quand j'en entends dire : "Tu te rends compte, j'ai 30 ans...", ils vous disent ça comme si ils annonçaient qu'ils ont un cancer...
Alors oui, bien sûr, il y a en effet quelques signes que, bon, ça commence à moins rigoler...Les cuites, notamment, deviennent un peu plus difficiles. S'alcooliser en soirée conduit à des matins un peu âpres, mh ? Ah, ces réveils de plus en plus difficiles, de plus en plus laborieux, et d'autant plus qu'il faut justifier un salaire en essayant d'assurer au boulot...
Tout fout le camp.
Ensuite, qu'est-ce que vous foutez, aussi, à picoler comme ça, allons ? Z'avez pas autre chose à faire ?...
Bon, n'exagérons pas, tout n'est pas foutu. Mais commence à se faire jour la conscience que la "jeunesse", cette notion entre parenthèses spécifiquement occidentale (au Pakistan, par exemple, on fabrique des chaussures dès 10 ans : le terme de "jeunesse" ici associé à celui de "totale éclate, tu 'ois" n'y signifie pas grand-chose...) commence gentiment, et de moins en moins gentiment, à s'effilocher...
Alors, évidemment, grande est la tentation de se réfugier dans une nostalgie d'une période d'autant plus magnifiée qu'elle est enfuie : ce fut il n'y a pas longtemps cette mode répugnante de la Casimir Génération. Et des hordes de trentenaires fous d'angoisse de tenter de se rassurer en se repassant Capitaine Flam et autres cochonneries qui sont à peine regardables quand on a 5 ans ; à 30, c'est franchement pathétique. Le sommet fut ces terrifiantes "Gloubiboulga Nights", grandes partouzes régressives où ils s'assemblaient en masse pour renouer collectivement avec le moment béni où c'était papa-maman qui payaient les factures...
Je rêvais d'y débarquer avec un lance-flammes.
Non, je n'ai pas de nostalgie. Pour rien. Le passé est passé, inutile de s'y attarder.
Surtout si c'est pour fuir un présent sur lequel on a le sentiment de ne pas avoir prise.
C'est d'ailleurs ça le plus agaçant concernant ma "génération" : cette vague de mélancolie, qui passe son temps à se chercher des raisons de fouiller un sentiment de perte, de dépossession. Le succès des chanteurs à la con style Delerm ne s'explique pas autrement. Mais même si il y des raisons objectives à un certain état d'esprit (Sida + chômage de masse + précarité + instabilité affective + fin de cycle de certaines idéologies + montée en puissance de la Réaction +...oui, la barque est chargée, en effet), il n'empêche que...
Trentenaires, n'avez vous pas le sentiment d'être parfois un tant soit peu complaisants ?
Mh ?
Un tout petit peu ?
Si, quand même, hein ?
Je suis très content pour ma part d'être trentenaire. Bon, moi aussi, je connais des réveils difficiles après avoir un peu exagéré. Moi aussi je me pose toutes sortes de questions sur l'avenir, sur mon moi profond, sur le monde, patati patata.
Mais d'abord, je n'ai pas le refuge d'une nostalgie régressive. Être jeune a été un cauchemar pour moi, et je suis très content que cette horrible période soit derrière.
Et aussi parce que je me sens plus libre.
Car amis trentenaires, vous êtes en fait bien plus libres que vous ne l'étiez à 18 ou 20 ans.
Sisi.
Libérés du poids du regard des autres, d'abord : vous avez tellement moins à prouver...
Libérés de la tutelle parentale, du moins je le souhaite pour vous : de toutes façons, avoir des comptes à régler devient à partir d'un certain âge une véritable perte de temps...
Libérés de l'obligation de paraître "in" : à quoi bon s'acharner à être "dans le coup" ? Qui a sincèrement envie de ressembler à un journaliste des Inrocks ?
Libérés en fait de tellement de fausses obligations, de vanités sottes et de pseudo-défis qui apparaissent tellement creux, à présent...
Non, définitivement : la trentaine, croyez-moi, c'est la liberté.
J'attends avec impatience la quarantaine : je sens que je vais bien m'amuser.
25 commentaires:
Le problème avec la trentaine, c'est que c'est la dernière dizaine avant la quarantaine...
Rectificatif
Il n'y a pas que quand il cause de politique que CSP m'intéresse. Je suis assez d'accord avec son regard sur "notre" génération. J'avoue pécher un peu par là, moi aussi, en sautillant comme un criquet épileptique sur "l'aventurier" d'Indochine ou "partenaire particulier"... Mais là, il faut quand même reconnaître que c'est surtout parce que le musique est TOP ! C'est peut-être aussi parce que ma "jeunesse" à moi n'a pas été que pourrie, et que, oui, des fois on se rappelle un peu comment c'était quand on avait encore "toute la vie devant soi" et qu'on pensait VRAIMENT qu'on pouvait mourir pour une histoire d'amour...
Ah oui, j'aime bien Vincent Delerm aussi, même si je me dis que je ne devrais pas...
Nonobstant, bises.
Aaaah, mais aaatention : moi aussi, j'aime bien "l'aventurier" ! (d'un groupe qui en plus a relativement bien vieilli, je trouve, non ?).
Et oui, Vincent Dlerm, tu ne devrais pas. Parce que c'est le Mal incarné. Mais bon.
Plaisante analyse.
Mais le houellebecquien en moi remarque que plus l'âge avance, plus la sexualité s'appauvrit... Ce qui n'est pas génial génial.
Encore bravo CSP! Tout à fait d'accord avec toi, et je veux bien t'accompagner avec le lance-flammes.
Bon, le problème c'est que je cramerais bien aussi Indochine qui m'a toujours fait mal aux oreilles, comme des Delerm hurleurs.
Et étouffer Delerm en lui pinçant le nez et en lui bourrant la gorge de berlingots qui en fondant l'endormiront...
Mais c'est vrai que pour bien apprécier la trentaine et même l'approche des quarante, détester sa vingtaine rend sans doute les choses plus faciles.
et c'est agréable
@mc
attends encore un peu, et tu seras libéré de cette dépendance aussi
34 ans pour moi et je ne suis pas de ma génération ... et que le passé comme l'age je m'en fous !
et la musique française ...mouarf.. laisse-moi rire je te prie
à MC : "s'appauvrit", je ne sais pas. Disons qu'on éprouve moins l'envie de baiser n'importe comment avec n'importe qui.
Enfin, sauf quand on est à la LCR. Bon.
Les trentenaires, ce sont ces bandes de vieux jeunes qui crient qu'ils sont des "winners" et qui font des affaires à la Société Générale ? Non, ce ne sont pas des trentenaires ceux-là,ce cont des cons tout simplement.
Et l'âge ne fait rien à l'affaire, qund on est con on est con...
Vive Brassens
Avec mes goûts pour Brel, Brassens, la musique trad. et la langue bretonne, je n'étais pas non plus de ma génération. Aucun regret.
Pas eu la télé non plus avant l'âge de 12 ans, je n'ai qu'un goût très modéré pour la casimirophilie et autres Cités d'Or. Pendant ce temps-là, j'en ai profité pour bouquiner, élever des tétards, courir après les vaches (sale carne qui veut pas rentrer à l'étable, nondidju), faire les foins, lire le Canard Enchaîné (dès l'âge de 10-12 ans).
Pas vraiment une enfance de merde non plus. Je ne suis pas nostalgique des mêmes trucs, voilà tout.
"Ah oui, j'aime bien Vincent Delerm aussi, même si je me dis que je ne devrais pas..."
Des histoires de brosse à dent et de dimanche en lointaine banlieue qui donnent envie de n'exploser les tympans au larsen :-)
Mais cela dit pourquoi "je ne devrais pas" [aimer Delerm], encore ce culturellement correct de gauche ;)
Si tout se passe bien, normalement tu verras qu'à partir de 40 balais ça ira encore mieux, j'en ai 45 et c'est vrai que la liberté pour soi-même prend tout son sens, et que l'on se sent mieux, même si effectivement, on passe de l'autre côté, mais finalement on commence à considérer la mort comme naturelle et c'est d'ailleurs pour cela qu'on n'a plus envie de s'emmerder avec des conneries et que l'on va droit à l'essentiel ; ça va, j'ai bien plombé l'ambiance ? bref c'est la vie quoi, mais personnellement je ne me suis jamais aussi bien senti qu'à partir de 40 balais, je sais cela durera pas, qui vivra verra comme dirait l'autre.
..et le problème de la quarantaine, c'est que c'est le moment où on vire définitivement à droite.
ça c'est uniquement vrai quand on est à la LCR.
Il n'y a pas de vieu trots, que des vieux stals....
ac
@ vlg
non, la quarantaine n'est pas le moment où on vire définitivement à droite, surtout quand on l'atteint l'année de l'élection de qui tout le monde sait.
Bien au contraire, ça recentre les positions et les renforce d'autant.
Quant à la trentaine, c'est effectivement un bien bel âge, où l'on se sent mieux avec soi même. Certes, c'est un peu un tournant mais pas si terrible qu'on le craint et qu'on veut nous le faire croire, à force d'une société qui se focalise sur le jeunisme...
faut arrêter de flipper sur l'âge, c'est plus le vécu, les difficultés présentes et à venir qui nous angoissent je pense. Cette société qui nous vante tant la réussite et l'accomplissement de soi notamment grâce au travail et sa soi-disante valeur et qui passe son temps à nous écrabouiller.
Savoir où l'on en est par rapport à sa situation personnelle/professionnelle, parce qu'à tel âge on est censé correspondre à telle chose, enfin selon la grille d'analyse de cette fichue société.
@ VLG
L'anonyme de 45 balais est passé du PS dans les années 80-90 à l'extrême gauche, c'est pas une obligation de devenir con en vieillissant ;-))
@ Mambo Joel
Mon ami, vous m'éplinglâtes de fort belle façon !
Ah, que n'ai-je votre front et votre indépendance d'esprit !
@ MC, faut baiser des jeunes. En plus ils ou elles ne demandent que ça. Alors l'ennui, c'est qu'ils sont un peu emmerdants, que Tokio Hotel, et la portable-mania, ben des fois, c'est chiant...
"ces terrifiantes "Gloubiboulga Nights", grandes partouzes régressives où ils s'assemblaient en masse pour renouer collectivement avec le moment béni où c'était papa-maman qui payaient les factures..."
Excellent résumé.
Et dans 20 ans, votre génération remplira des Zenith avec les mêmes chansons dans des spectacles soutenus par Radio Nostalgie.
"Qui a sincèrement envie de ressembler à un journaliste des Inrocks ?"
Ark ! Ark Ark!
Plus séreusement, à chaque âge, ses plaisirs (et ses désagréments).
Et devenir de droite en vieillissant n'est pas une fatalité.
Enfin pas pour tous.
Arf!
Zgur
J'aime beaucoup le concept de "fin de cycle des idéologies".
J'aime beaucoup le concept de lance-flammes dans les soirées de trentenaires aussi.
Ah, oui, hein ? Il faudra que je raconte la dernière que j'ai subie : angoissant. je veux dire : vraiment...
Et je ne pense pas non plus que devenir de droite soit une fatalité. Enfin je dis ça, et si ça se trouve je serai au PS, alors...
Quant à baiser des jeunes, c'est de toutes façons la meilleure chose à faire, on est d'accord.
Euh, c'est là qu'on chante joyeux anniversaire en t'offrant le dernier bénabar ?
Je suis loin dans la quarantaine, et je m'éclate tous les jours plus, so what? (et Un-dos-s'échine, je les trouvais insuportables il y a 25 ans déjà...)
Je (JSA speaking sous un autre nom pour que les gens aillent voir l'autre blog qui est joli intéressant et faire ainsi de la publicité à peu de frais pour l'édition indépendante qui, je te le rappelle, camarade, a besoin de toi) suis d'accord avec ce billet. J'adoooooooore la trentaine tant que c'est un âge adulte et non une régression gloubiboulguesque — prêtez-moi un lance-flammes. Disons donc que c'est un âge adulte où, par exemple, on se lance dans... hum... dans l'édition indépendante qui, je te le rappelle camarade, etc. etc.
Bon, bref, vivement la quarantaine qu'on se marre encore plus.
Ben, d'après mon expérience, la quarantaine ce n'est pas mal non plus. Asses d'accord avec les témoignages ci dessus (et rassurez vous y'en a aussi qui aiment bien baiser des "vieilles")
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