Contre le folklore, contre les mythologies
Je ne porte pas de keffieh. Le foulard palestinien, le symbole par excellence du "gauchisme" dans les pays occidentaux. Je n'ai pas non plus de veste en cuir.
Je n'ai pas non plus de t-shirt du Che. J'ai des livres de lui, que j'ai poussé le vice à lire en entier, mais de t-shirt : point.
Je ne tape pas non plus dans la catégorie Lonsdale - Fred Perry - 501 - badges. Je suis trop vieux, de toutes façons.
Je n'ai pas non plus de buste de Lénine chez moi. Ni de drapeau soviétique.
Je ne dis pas à tout bout de champ à quel point je suis marxiste - révolutionnaire de la cave au grenier. Je ne cite pas. Je trouve ça vulgaire, les gens qui citent sans arrêt.
Je ne mythifie rien. Ni la Commune, ni 1917, ni les Brigades internationales, ni Manouchian et ses camarades. Je les admire, j'y trouve une inspiration et un désir de saluer leur mémoire en poursuivant leur œuvre d'émancipation. Mais je ne les pose pas sur un socle avec un écriteau "Défense de toucher !". Il ne sont pas figés dans une mythologie qu'on dépoussière de temps en temps la larme à l'œil, et qu'on range dans une sorte de musée des héros qui est tellement commode, au fond, pour se donner bonne conscience. Et j'ai trop de respect pour eux pour les enterrer une deuxième fois ainsi.
Je ne suis pas bloqué sur une époque : la Révolution bolchévique, mai 68. Je ne me réfère pas tout le temps au passé, parce que je suis ici et maintenant, parce que je veux construire un socialisme ancré dans son temps. Je n'ai pas de nostalgie. La nostalgie est réactionnaire. Même quand elle a pour objet les grands moments de notre histoire.
Je n'ai pas besoin d'un certain folklore pour savoir que je suis militant. Les convictions, ça ne passe pas par l'emballage. Quel besoin de montrer de façon ostentatoire qu'on est communiste, gauchiste, révolutionnaire, sinon le désir de se rassurer quant à son image ? Mes convictions, je les agit dans mon quotidien. Je n'ai pas besoin de me draper dedans ; elles vivent à l'intérieur et s'expriment au-dehors.
Je n'ai pas besoin de dire "prolétariat !", ou "révolution !". Je ne m'enivre pas de mots : je veux les voir agir. J'ai vu des personnes qui vous remontaient vertement les bretelles dès qu'on faisait mine de s'éloigner d'une certaine orthodoxie, et qui dans leur vie personnelle se conduisaient comme des sagouins égocentriques.
Mettre ses actes en cohérence avec ses idées n'est pas seulement une exigence morale ; à la limite, c'est une forme de politesse.
Puiser des exemples et des idées dans le passé est à la fois une inspiration pour le présent et pour l'avenir, ainsi qu'une boussole politique pour y voir plus clair. Pour savoir qui on est, et où on va.
Figer ce passé dans une geste incritiquable faite de héros blancs comme neige, statufier l'Histoire en y mettant des majuscules, chanter sa gloire sans aucune distance, c'est s'accrocher à des mythologies qui bloquent et la pensée et l'action. On ne rejouera pas les drames grandioses.
On en écrira de nouveaux.
Je suis de gauche, quoi.
Je n'ai pas non plus de t-shirt du Che. J'ai des livres de lui, que j'ai poussé le vice à lire en entier, mais de t-shirt : point.
Je ne tape pas non plus dans la catégorie Lonsdale - Fred Perry - 501 - badges. Je suis trop vieux, de toutes façons.
Je n'ai pas non plus de buste de Lénine chez moi. Ni de drapeau soviétique.
Je ne dis pas à tout bout de champ à quel point je suis marxiste - révolutionnaire de la cave au grenier. Je ne cite pas. Je trouve ça vulgaire, les gens qui citent sans arrêt.
Je ne mythifie rien. Ni la Commune, ni 1917, ni les Brigades internationales, ni Manouchian et ses camarades. Je les admire, j'y trouve une inspiration et un désir de saluer leur mémoire en poursuivant leur œuvre d'émancipation. Mais je ne les pose pas sur un socle avec un écriteau "Défense de toucher !". Il ne sont pas figés dans une mythologie qu'on dépoussière de temps en temps la larme à l'œil, et qu'on range dans une sorte de musée des héros qui est tellement commode, au fond, pour se donner bonne conscience. Et j'ai trop de respect pour eux pour les enterrer une deuxième fois ainsi.
Je ne suis pas bloqué sur une époque : la Révolution bolchévique, mai 68. Je ne me réfère pas tout le temps au passé, parce que je suis ici et maintenant, parce que je veux construire un socialisme ancré dans son temps. Je n'ai pas de nostalgie. La nostalgie est réactionnaire. Même quand elle a pour objet les grands moments de notre histoire.
Je n'ai pas besoin d'un certain folklore pour savoir que je suis militant. Les convictions, ça ne passe pas par l'emballage. Quel besoin de montrer de façon ostentatoire qu'on est communiste, gauchiste, révolutionnaire, sinon le désir de se rassurer quant à son image ? Mes convictions, je les agit dans mon quotidien. Je n'ai pas besoin de me draper dedans ; elles vivent à l'intérieur et s'expriment au-dehors.
Je n'ai pas besoin de dire "prolétariat !", ou "révolution !". Je ne m'enivre pas de mots : je veux les voir agir. J'ai vu des personnes qui vous remontaient vertement les bretelles dès qu'on faisait mine de s'éloigner d'une certaine orthodoxie, et qui dans leur vie personnelle se conduisaient comme des sagouins égocentriques.
Mettre ses actes en cohérence avec ses idées n'est pas seulement une exigence morale ; à la limite, c'est une forme de politesse.
Puiser des exemples et des idées dans le passé est à la fois une inspiration pour le présent et pour l'avenir, ainsi qu'une boussole politique pour y voir plus clair. Pour savoir qui on est, et où on va.
Figer ce passé dans une geste incritiquable faite de héros blancs comme neige, statufier l'Histoire en y mettant des majuscules, chanter sa gloire sans aucune distance, c'est s'accrocher à des mythologies qui bloquent et la pensée et l'action. On ne rejouera pas les drames grandioses.
On en écrira de nouveaux.
Je suis de gauche, quoi.
22 commentaires:
Parfaitement d'accord.
Mouais... Dans le fond, je suis d'accord, l'emballage on s'en fout. Mais n'empêche :
- On va quand même laisser des connards pourrir la mémoire de ceux qu'on admire, faut pas déconner non plus
- Et on va pas non plus renier qu'on est effectivement communistes révolutionnaires. Tu le dis bien et souvent : on n'a pas peur de le dire, le communisme c'est de l'espoir.
Cela dit, c'est bien de pouvoir se débarrasser des adorateurs de la pensée rouge et de sa si glorieuse Histoire. Oui. Oui. Oui. La révolution c'est ici et maintenant, comme toujours. Et les combats du passés ne sont que ce qu'ils sont : des sources d'inspiration et certainement pas une oeuvre achevée.
Et dans l'ensemble, s'il n'y a une chose à retenir de tout ça, c'est que peu importe ce qu'on dit et ce qu'on affiche, ce qui compte, c'est qu'on fait de nos convictions. Et particulièrement, ce qu'on ne fait pas.
Juste et reelle: j'aime l'approche. Mais je dois aussi etre trop vieux pour les emballages. Salut a toi Gauche!
Pas trop d'accord, là. Vraiment.
D'abord ça : "Je n'ai pas besoin de dire "prolétariat !", ou "révolution !". Je ne m'enivre pas de mots"
Euh... enfin, bon, les mots ont quand même un sens. Se les approprier, se les réapproprier, c'est déjà un acte militant. Parler de "prolétariat" plutôt de "pauvres", ce n'est pas qu'un détail cosmétique : c'est montrer que son analyse de la politique met en jeu une catégorisation des individus selon leur place dans l'échelle de production, et seulement secondairement selon leur niveau de vie ou leurs revenus, qui en découlent. Pour révolution, il y a beaucoup à dire aussi, mais c'est un terme qui renvoie à quelque chose de précis pour un marxiste. De la même façon, tu ne me feras pas croire que la modification apportée aux statuts de la LCR, et le passage de "dictature du prolétariat" à "pouvoir des travailleurs" est anodin. C'est un changement significatif, pour le meilleur et/ou pour le pire.
Sur les symboles et les mythes, tu as tort de les rejeter en bloc. Tu confonds les objets eux-mêmes et la façon dont ils sont investis d'un certain nombre de valeurs. Dans une certaine mesure, et je dis bien dans une certaine mesure, les événements et les personnages historiques deviennent des mythes, des références, des clichés. Ce n'est pas pour ça qu'ils sont intouchables, mais ça peut leur donner un rôle "fédérateur" (ex typique : la figure de Trotsky comme signe de ralliement de toute l'extrême-gauche non anarchiste et anti-stalinienne). La mythologie politique, à mon avis, a également un rôle de type esthétique, artistique, "littéraire" plus précisément, car l'histoire, que l'on lit dans les livres, parfois comme une fiction, et qui se déroule devant ou derrière nous comme une vaste fresque, est aussi le lieu de l'investissement d'une valeur esthétique. Il y a une indéniable "beauté" à la révolution cubaine, à la Commune de Paris, à la révolte de Thomas Münzer... C'est inévitable, et de toute façon assez anodin si on fait attention à ne pas pratiquer le mélange des genres... J'ai l'impression que tu confonds les objets historiques eux-mêmes et la valeur sentimentale et esthétique dont ils sont investis.
D'ailleurs, tu parles de Manouchian... je suppose que tu connais le célèbre poème d'Aragon, "Strophes pour se souvenir" ("L'Affiche rouge"). Un tel poème, au fond, n'est fondamentalement rien d'autre que la mise en jeu d'un fond historico-mythique (la Résistance du Groupe Manouchian), une variation sur un fond culturel historique tout naturellement transformé en fond littéraire, transformation possible parce que l'histoire, vue sous un certain prisme, est de même nature que la littérature.
Bon je dois rendre justice à Csp avant qu'il ne se défende : Il n'a pas dit de tout envoyer chier en bloc, il a juste dit que tomber en pâmoison devant les héros du passé, ça pue du gland. Et il a bien raison. Les idées ont traversé les siècles et elles sont bien plus importantes que leurs histoires. On peut analyser, mythifier ou essayer de détruire le passé révolutionnaire, mais au fond, avec sans lui, on continue de lutter. Les nostalgiques au goulag! On a autre chose à foutre que de passer des heures à se souvenir du bon temps (qu'on a même pas vécu le plus souvent). Autant on peut récupérer un tas de théories, de tactiques et d'exemples dans le passé, autant ça nous sert à rien tel quel si on y apporte pas notre propre réalité qu'aucun de nos illustres morts ne pouvait vraiment prévoir.
Quand aux questions de vocabulaire, là où il a raison, c'est que c'est pas les mots qui doivent compter mais bien les idées et leurs applications : leurs vies. J'aurai plutôt tendance à dire qu'il faut sauver ce genre de mot (et même débarrasser 'démocratie' de toutes les idées à la con qui s'en réclament) mais certainement pas d'en faire nos valeurs intouchables dont la seule invocation nous suffit. Les idées s'articulent et les concepts doivent nous servir pour bâtir l'avenir sur les ruines du passé.
Au chiottes les drames dont on reste spectateurs, vive la réalité dont on est acteurs!
kaos a dit:
"Les nostalgiques au goulag!"
OK, on les accueille.
Sur l'usage des mots, oui le plus important c'est les idées qui sont derrière. Les mots sont des outils pour exprimer des idées et il serait dommage de se priver de certains, mais un mot ne sera jamais un programme à lui tout seul.
Assez peu d'accord sur cette analyse: une mythologie est indispensable pour fonder un combat et les victoires s'imposent d'abord en gagnant dans les têtes. Le seul penseur marxiste que s'est approprié le néolibéralisme, c'est Gramsci qui avait compris la nécessité d'imposer des représentations dominantes sur le plan culturel.
Les idées ont des conséquences: vingt ans de Jean-Pierre Pernaud et tous les français sont persuadés que conservateur veut dire agent de la sncf ou réforme en finir avec les conquêtes sociales.
Plus profondément, ce sera peut-être un des problème du futur grand parti anticapitaliste: s'il s'agit de gommer toute référence au marxisme ou à la lutte des classes pour faire djeune.
La mémoire est un combat, et le passé et ses grandes figures peuvent et doivent s'utiliser de manière dynamique. Je préfère une classe de troisième qui récite les strophes pour se souvenir d'Aragon sur le groupe Manouchian plutôt que de les laisser se complaire dans une vision binaire et/ou consumériste du monde. Si ce n'est pas la gauche révolutionnaire qui donne ses références à la jeunesse, ce sera soit la publicité soit les imams.
Ouais, je suis d'accord avec Alfredo.
Je suis d'accord avec Alfredo.
Mais ce que tu dénonces en fait, ce n'est pas tant la mythologie, c'est plutot des phénomènes de mode liés à une certaine alter-gauche.
Hrmph. "Si ce n'est pas la gauche révolutionnaire qui donne ses références à la jeunesse, ce sera soit la publicité soit les imams."
J'ai l'impression qu'on a glissé un peu vite de mythe à références. Et qu'on glissera encore plus vite de références à esprit. Un peu de déblayage s'impose :
- les mythes nous les brisent grave. Ils nous enfoncent dans le passif alors qu'on en a déjà plein le cul. Reste à les faire tomber dans la catégorie suivante :
- les références, qui sont à peine utilitaires. Si occuper l'espace est nécessaire, c'est pas une raison pour avoir des références de référence, justement. Des tas de gens biens ont dit des tas de trucs bien, pourquoi s'emmerder à en promouvoir un plutôt qu'un autre? "Il est temps de se représenter nous-même" comme dirait l'autre et donc, de présenter notre mixture et d'arrêter de nous faire chier avec les -morts-qui-avaient-tout-compris (ça vaut pareil pour les vivants).
- L'esprit, lui, n'a pas besoin de ces chieries de pinaillages sur un passé dont on se fout pas mal qu'il se soit produit ou non, vu qu'on veut avant tout un avenir. On se branle du vocabulaire comme on s'adapte aux langues. Le fond reste : des connards nous font chier la moule, flinguons-les tous. Et encore, j'ai fait dans le détail.
Et encore une précision : on ne fait pas la révolution contre les imams et la pub, on la fait pour nous et ça leur pose un problème. On ne se révolte pas contre les cons, non. Ca n'aurait ni sens, ni fin. Non. On se révolte pour bâtir notre propre avenir de nos petites mains blanches et délicates qui vont pas tarder à s'abattre sur les tronches de ceux qui veulent nous en empêcher.
Un type qui ne lit pas Marx n'est pas nécessairement un ennemi, un type qui lit le Coran non plus. Peu importe la façon de comprendre la lutte, ce qui compte c'est de la mener. Ensemble. Et jusqu'au bout.
PS: A propos de référence, où en est le NPA? Je trouve pas grand-chose dessus et je sais même pas où chercher.
Ce que je veux dire, c'est qu'il n'y a nul besoin d'une vulgate pour avoir des convictions et les agir. Pas besoin de sortir toutes les grandes gestes du passé et tout le panthéon pour avoir des orientations claires.
Se draper dans un marxisme verbal est une chose. certains s'en sont fait les spécialistes (ex : LO); mais il faut avoir les pratiques qui vont avec. A quoi bon citer Trotsky (et les autres) sans arrêt si c'est pour avoir une praxis opportuniste ? Les mots deviennent alors une phraséologie creuse, et on convoque les morts pour faire un sorte de nécromancie qui sert surtout à se rassurer sur l'à quel point on est marxiste -léniniste de partout.
Nul reniement : mais la nécessité d'en finir avec des images d'épinal .
"On se branle du vocabulaire comme on s'adapte aux langues. Le fond reste : des connards nous font chier la moule, flinguons-les tous. Et encore, j'ai fait dans le détail."
Voilà le genre de comportements politiques primaires où nous mène ton refus de voir l'importance des mots et de la langue. Effectivement, on peut flinguer le bourgeois, et même faire dérailler des trains, pas besoin de parler la même langue. Mais si tu veux réorganiser l'économie, tu verras que c'est pas la même logique si tu parles de prolétariat, si tu parles de peuple ; c'est pas la même chose si tu parles d'exploitation ou si tu parles d'oppression.
"- les mythes nous les brisent grave. Ils nous enfoncent dans le passif "
Pourquoi ça ?
"Se draper dans un marxisme verbal est une chose. certains s'en sont fait les spécialistes (ex : LO); mais il faut avoir les pratiques qui vont avec. A quoi bon citer Trotsky (et les autres) sans arrêt si c'est pour avoir une praxis opportuniste ? Les mots deviennent alors une phraséologie creuse, et on convoque les morts pour faire un sorte de nécromancie qui sert surtout à se rassurer sur l'à quel point on est marxiste -léniniste de partout.
Nul reniement : mais la nécessité d'en finir avec des images d'épinal ."
Dit comme ça, j'adhère.
Pfff... si en plus il faut y mettre les formes...
Mais je dois répondre quand même : les mythes nous enfoncent dans le passif parce qu'on est condamnés à en rester des spectateurs. Et rester spectateur c'est s'interdire d'être acteur, donc être passif. Ca rejoins Csp sur sa conclusion : on ne veut pas revivre des drames mais en écrire de nouveau. Et j'ajouterais : en changeant la fin.
"
"On se branle du vocabulaire comme on s'adapte aux langues. Le fond reste : des connards nous font chier la moule, flinguons-les tous. Et encore, j'ai fait dans le détail."
Voilà le genre de comportements politiques primaires où nous mène ton refus de voir l'importance des mots et de la langue. Effectivement, on peut flinguer le bourgeois, et même faire dérailler des trains, pas besoin de parler la même langue. Mais si tu veux réorganiser l'économie, tu verras que c'est pas la même logique si tu parles de prolétariat, si tu parles de peuple ; c'est pas la même chose si tu parles d'exploitation ou si tu parles d'oppression.
"
Le comportement politique primaire est un constat de base. Si c'est pour chinoiser trois heures sur le degré d'oppression, mais non euuuh tu vois, c'est de l'exploitation euh... On s'en branle! Quand à la différence entre prolétariat et peuple, elle n'est sensible qu'à notre époque délocalisée/mécanisée. Et très franchement si la révolution c'est la 'réorganisation économique' ça me ferai un peu chier d'en être. Autant je veux bien que ça soit utile, autant c'est carrément du détail comparé à la masse gigantesque de reconstruction mentale que demande une véritable révolution. C'est pas en organisant la charité chrétienne qu'on sortira des vieux schémas moralistes où au final on finira par ne nourrir que ceux qui bossent dans la glorieuse république des travailleurs forcenés.
Pinaille si ça peut t'occuper ; passer deux heures à me demander si les mots sont bien utilisés, ça m'amuse moyen. Donc je le répète : pendant ce temps-là, on ira arracher la tronche à des fils de putes notoires qui continuent le massacre pendant qu'on chipote.
sauf que, dire 'je veux faire la révolution, flinguons les connards qui nous gouvernent', je connais des fafs qui sont 100% d'accord. Des vrais fafs, pas les tafioles sarkozistes. Vous êtes sûr de vouloir faire une révolution avec eux ? leur confier le commandement d'une brigade ? les fournir en explosif et en arme lourdes ?
Remarquez, j'aurais pu dire la même chose avec des cathos intégristes ou des islamistes.
Ben ouais, "tout péter", c'est pas l'apanage des blochos. Donc les mots, les concepts sont importants. Vous avez entendu parlé de la révolution iranienne ? Vous savez qu'elle a été largement influencée par les communistes ? Vous avez entendu parlé de l'intégration de silitants communistes chinois au KuoMinTang en 1926 ? Une brillante idée de papa Staline, qui a entièrement décapité le parti et retardé la révolution chinoise de 20 ans...
En même temps, les fafs, les islamistes, les cathos intégristes, ils ont comme Staline : ils veulent établir un nouvel ordre. Pas simplement vivre autrement, non, ils veulent imposer un nouvel ordre bâti sur leurs hiérarchies et règles respectifs et n'ont pour objectif qu'une simple prise de pouvoir pour être aux commandes. Qu'est-ce qu'on peut avoir en commun avec eux? Que ce soit par anarchisme ou par trotskysme, on en vient jamais à poser un ordre irrévocable.
Et d'ailleurs poussons le bouchon : Eux ont BESOIN de mythes, c'est leur raison d'agir, leur leitmotiv. Etre islamo-chrétien sans références intouchable me paraît plus que difficile. Sans histoire mythique de leur glorieux passé de race supérieure à la mord-moi-le noeud, un faf c'est un juste pingouin. Nan vraiment, j'avais jamais poussé la réflexion jusque là, mais plus j'y pense plus je vois des avantages à se foutre des mythes.
Les mythes ne nous enferment pas forcément dans le passé. Ils peuvent être un moteur pour l'action.
Quant au sens du mot... l'action politique se base sur aussi sur une compréhension de la réalité, pas seulement sur une envie de tout péter. Parce que sinon, après avoir tout pété, on fait quoi ? Ah ben oui, tiens, j'y pense, c'est vrai que c'est une question qui pourrait bien se poser un jour ou l'autre...
La différence entre prolétariat et peuple, elle ne date pas d'aujourd'hui. Peuple, ça ne veut rien dire de précis, ou plutôt ça veut dire trop de choses pour avoir une définition claire. C'est parfois une communauté nationale, parfois une sorte de communauté de classe, parfois une sorte de force mystique... Quand le PC des années 30/40 parle de peuple, il joue sur la polysémie du mot, il mêle fait passer son action du combat de classe au combat patriotique. Alors que "prolétariat", c'est clair. Voilà.
Savoir pour quoi on fait la révolution, pour le "peuple" et la "révolution", ce n'est pas un détail. Sauf si la seule perspective qu'on a est de faire tout sauter, mais alors là je te laisse faire ça tout seul.
Non. 'prolétariat' c'est pas clair et ça représente plus personne. A une époque c'était facile, les péons et les ouvriers hop prolétariat, mais une agence de voyage? une assurance? un cadre moyen bof? Prolétariat ça fait vraiment partie des mots qu'on peut aussi bien laisser derrière nous. Plus personne le comprend et sa définition est destinée à devenir de plus en plus vague à mesure que plus personne ne fait rien de ses dix doigts. Même les caissières deviennent électroniques. Bref.
Plus gravement et plus sérieusement malgré les apparences : après la révolution on ne fait rien. Ou plutôt si, on vit. Si c'est pour monter un nouvel Etat organisateur de la vie-telle-qu'on-l'a-voulue, c'est même pas la peine de se lever. Honnêtement si c'est pour remonter l'URSS (même sans les morts), je passe à l'Ouest sans hésiter.
Et il m'avait pas semblé dire que le compréhension de la réalité était à jeter aux orties O_o. On a pas besoin d'un même vocable pour comprendre la même réalité. Déjà que je suis pas très partisan d'un tout centralisé fédéral, c'est pas pour soutenir une unification des sous-langages militants dont les contenus sont toujours différents malgré une même réalité. Et bien que je me sois exprimé plutôt brutalement, c'est ce que je voulais dire : peu importe les mythes et les codes, c'est nos références à nous. On n'a pas besoin d'avoir les même pour avoir les mêmes ennemis. Et si je peux dire qu'elles n'ont aucune valeur, c'est simplement parce que n'importe la grille lecture, si elle déforme pas la réalité, on arrive au même résultat : A bas l'oppression. Ou l'exploitation. Ou l'Etat. Ou le Capital. Ou tout ce qui te fera plaisir et qui représentera le pouvoir en place (maintenant ou après une révolution qui n'en aura que le nom).
Voilà peut-être à froid ça a l'air plus humain mais ça veut dire exactement la même chose.
PS : sur les "mythes moteurs", ça me fait un peu mal de savoir qu'un mythe (par définition fiction ou déformation grave de la réalité) peut servir de moteur à une cause qui se veut agir dans le réel. Autant une utopie (future) peut nous tirer vers l'avant en tant qu'objectif idéal, ou que modèle que l'on a construit soi-même. A la limite. Autant un passé glorieux, ça me donne pas trop envie de mouiller la chemise, et ça sert à justifier tout et n'importe quoi. Le droit de vote? des gens sont morts, c'est bien; La révolution, des gens sont morts, c'est bien. La waffen SS, des gens sont morts c'est bien. Non. Tu vois bof, les myhtes fédérateurs très peu pour moi merci. Ils sont pas tous nazi hein me faites pas dire ce que j'ai pas dit, mais le futur me paraît bien plus rassembleur qu'un passé à la gloire surfaite.
En fait, ça me fait gravement chier de voir que ce débat a porté pour une bonne part sur la question du "pour ou contre la mythologie de gauche".
La mythologie n'a rien à voir avec la gauche et son histoire : c'est un procédé littéraire, une tentative d'explication du monde par analogie poétique. Ca n'est pas une fiction : elle reste en prise avec la réalité sociale et/ou religieuse de la population qui la véhicule. Ca n'est pas de l'histoire non plus (sinon, les vacances en Grèce auraient une autre tronche, avec des cyclopes et tout le bordel).
Laissons la droite utiliser les personnages et les penseurs de gauche comme des figures de style. C'est la spécialité de talonnettes et de son nègre réactionnaire Guano. Ca leur permet de simplifier le débat. C'est par la réduction de Guévara à une « certaine mythologie de la gauche » (copyright Le Point) qu'ils nous expliquent que Besancenot voire même Royal (c'est dire s'ils sont cons) sont coupables des purges staliniennes.
A nous de les étudier, de les analyser comme des faits historiques (ce qu'ils sont, bordel) et de nous en servir pour construire des idéaux. Désolé, Kaos, je pense vraiment qu'il faut qu'une utopie s'appuie sur quelque chose d'à peu près scientifique et non sur un agrégat de bonne volonté.
Pour finir, l'utilisation de telle ou telle figure pour "fédérer" n'a rien à voir la mythologie : c'est de l'illustration, de l'image. Et c'est là où je suis bien d'accord avec CSP : faut se méfier, c'est des coups à glisser assez rapidement vers la personnification et tout ce que ça comporte de gravement moisi.
Ouais ok. Dis comme ça. Sur le coup du 'quelque chose de scientifique', j'ai un peu de mal. Ca veut dire quoi, scientifique? Dans le cas d'une utopie? "réalisme économique"? J'imagine que c'est pas ça que tu voulais dire, mais ça me fait soit ça, soit un mot creux dont on se sert pour écarter certains non-orthodoxe qui sont absolument "anti-scientifique". Ce qui revient à peu de chose près au réalisme (économique ou autre).
Je sais bien que le socialisme scientifique est une référence (!) importante, mais qu'est-ce qu'il peut vouloir dire d'autre que le pouvoir aux spécialistes? Qui d'autre pourra accréditer les théories "scientifiques" que des spécialistes de socio-économie ou autre? Nan, vraiment, ça me fait l'effet de la construction 'objective' du socialisme démocratique ou, évidemment, le peuple ne peut qu'être d'accord avec l'"objectivité scientifique" sans quoi il est déviant, subjectif, il joue perso bref : c'est un bourgeois. Ca me bof... Et je dois pas vraiment être le seul.
Pas mal de groupes de guérillas urbaines des années 70 (je pense aux groupes allemands,en particulier la RAF) mettaient la subjectivité en avant comme moyen d'être acteur révolutionnaire. Ca me paraît vraiment être une base nécessaire pour poser un semblant de discussion quelle qu'elle soit. La prétendue objectivité (scientifique les plus souvent) n'est bien souvent
1. qu'une foi aveugle
2. qu'un moyen d'empêcher la contestation (qui peut contester la vérité?)
3. qu'un mensonge destiné à être gobé par le plus grand nombre.
Ca fait un peu lourd à porter pour un révolutionnaire sérieux. J'aimerais autant quitter la construction scientifique pour " l'agrégat de bonnes volontés ", même si le terme est éminemment réducteur. J'aime vraiment mieux qu'on se rassemble en tant que personnes porteuses de projets, d'idées et de valeurs plutôt qu'autour d'un programme 'scientifique'. J'aime mieux un futur réécrit sans cesse qu'un horizon permanent. Et même plus simplement, j'aime mieux les constructions vivantes que le point de mire ultime de la révolution communiste, et marche droit, camarade.
Ouaip, ok, je me suis mal exprimé. En fait, si je vais au plus simple, je voulais dire que je préfère un mouvement qui a des bases solides, qui ne soit pas uniquement lié à un ressenti, à la tripe si tu veux, mais que le cerveau ait aussi son mot à dire.
Ce qui ne veut pas dire que tout le monde doit être d'accord sinon social traître et pan exécution, on est d'accord. Mais qu'au moins, tout le monde sache le pourquoi du truc. Qu'il y ait (un début de) consensus sur l'analyse et, surtout, que l'analyse ne se limite pas à capitalisme = caca = foutre le feu (même si c'est séduisant...).
Le truc, c'est qu'il faut aussi se poser la question du pourquoi caca?
Je ne vais pas répondre à tout, c'est trop long et c'est déjà fait en partie plus haut.
Mais le prolétariat, quand un marxiste honnête emploie ce mot, ça désigne tous ceux qui ne possèdent pas les moyens de production et qui vendent la force de travail. Il n'y a pas d'homogénéité sociale là-dans, par exemple un prof d'université est un prolétaire, et un petit cireur de chaussures qui travaille à son compte, non.
Mouais bon on se bat pour rien. On est d'accord au fond.
Vive la convergence des luttes.
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