dimanche 5 février 2012

Racolage actif

Si vous vous demandez quel est le réflexe de l'homme hétérosexuel qui le poussera spontanément à cliquer sur n'importe quoi quand il traîne ses guêtres sur Internet, c'est très simple et ça se résume en un mot : nichons. L'homme hétérosexuel voit une photo avec des nichons et il a envie de cliquer dessus pour mieux voir les nichons, accessoirement la personne qui les possède, et espère dans la foulée voir d'autres nichons sur d'autres personnes. Oui, nous sommes tragiquement prévisibles, c'est dramatique.
Et partant, en tant qu'homme hétérosexuel tragiquement prévisible au niveau de ses infra-pulsions, j'ai vu des nichons hier et j'ai cliqué pour voir ça de plus près.

Quelle ne fût pas ma surprise :



Claire, délicieuse étudiante en médecine et partant bûcheuse acharnée n'en néglige pas pour autant son minois de porno star californienne et les grandes questions de société : ainsi elle est "engagée & militante pour Marine Le Pen" et en profite ô coïncidence à vous inviter à aller à son meeting.
On admettra que la chose puisse laisser circonspect.
Pour le moins.

Plus tellement naïf concernant les choses de l'affectivo-sexuel et m'étonnant quelque peu de cette présence spontanée d'une bombasse frontiste, je supputais le gros fake qui tâche assez vite. Disons : immédiatement, voilà. Supputation confirmée devant l'empressement de la demoiselle à entrer en contact avec moi sans avoir regardé ma fiche ni rien d'autre.
Prestement signalé comme gros fake, le profil aguicheur de notre "étudiante" disparût quelques minutes plus tard, modéré par le site.

Ils sont quand même très forts.
"Claire", ou plus probablement Jean-Roger militant frontiste à poils ras et tête plein d'eau, passe donc son temps sur des sites de rencontres - ne doutons pas que "Claire" et d'autres copines à elle sont en ce moment même en train de racoler pour Le Pen un peu partout - ce afin de montrer qu'on peut être militante d'extrême-droite, grave bonne, intelligente et plus si affinités. Reconnaissons que c'est habile, même si la crédibilité de l’entreprise ne doit pas durer bien longtemps. Et peu importe : le projet, c'est coloniser Internet en étant présent partout et alors absolument : partout.
Je dis ça je dis rien, mais quand je vois les frilosités des gens de gauche à aller sur le Web pour y faire de l'agit-prop et se contenter quand ils daignent y descendre de faire des blogs moches dans lesquels ils passeront leur temps à parler de Sarkozy...
En face, ils n'ont pas nos délicats scrupules, il est vrai. Nous sommes tellement plus moraux et élevés que ça, paraît-il.

Et puis en communication Internet, on a rien que 10 ans de retard sur eux, après tout.

vendredi 3 février 2012

Néo-victorienne

C'est aussi dans l'anecdotique qu'on mesure le degré de régression d'une société qui il n y a pas si longtemps pouvait à juste titre se vanter d'encore posséder quelques conquêtes progressistes, une Sécurité Sociale, des services publics gratuits et compétents, une certaine vision de l'égalité...
Une forme d'intelligence, en somme. Parce que fondamentalement c'est ça, une démarche émancipatrice à l'échelle d'une société voire d'une civilisation : la conviction que l'intelligence doit triompher de l'obscurantisme et que les plus hautes qualités humaines, la solidarité et l'égalité, le souci d'autrui et la tolérance doivent être traduites en politiques dans la Cité. 
Ben à force de vivre dans un pays de cons de droite, c'est en train de se barrer en quenelle comme vous savez parce que la droite hait l'intelligence. Elle l'a toujours haïe parce qu'elle sait que c'est le pire ennemi de son désir de mainmise et de domination. Son intérêt objectif est donc de fabriquer des crétins et pour ça, ils faut concasser l'intelligence par tous les moyens. Laver les cerveaux avec la télé et privatiser tout étant les deux axes principaux de cet objectif, les plus visibles en tout cas, la régression en marche se traduit également par des détails, des anecdotes, des mini-buzz a priori insignifiants et pourtant en disent long ; ainsi ce "scandale" des affiches d'un film.

"Les infidèles" a l'air d'être une de ces bonnes grosses comédies bien de chez nous et partant aussi indigeste que non-drôle et à moins que je tombe dessus par total hasard lors de sa diffusion télé un jour, hypothèse d'autant plus improbable que je n'ai pas la télé, je n'y jetterai même pas un cil. Mais il paraîtrait que les affiches dudit film seraient choquantes.
Ah bon ?
Dujardin entre les jambes d'une femme et Lellouche avec une tête de femme devant l’entrejambe, donc. C'est tout ? C'est tout. Non, je veux dire : c'est tout ??? Ben oui et pourtant selon l'ARPP, "Cette campagne est contraire aux règles sur l'image de la personne humaine".
Fichtre. 
Rien Moins.
Et ça serait "sexiste" en plus.
C'est juste qu'on voit que l'ARPP nage en pleine hypocrisie, puisque si elle décidait de pousser la logique jusqu'au bout, elle entrerait en croisade devant toutes les affiches et publicité sexistes et autant dire que nos écrans et affichages seraient singulièrement décimés ; rappelons qu'un yaourt ne peut envisager de se vendre sans une nana à poil simulant l'orgasme et ça ne semble pas les chatouiller plus que ça, l'ARPP. Il y en a même, les niais, qui parlent de protéger les âmes innocentes de nos chères têtes blondes d'images par trop explicites, Mon Dieu, on est tombé bien bas. Dans quelle réalité alternative vivent ces gens ? Comme si les gosses ne savaient pas depuis lurette trouver du porno sur Internet avant même d'avoir l'âge de seulement comprendre ce que le monsieur fait à la dame et inversement.

Ces affiches ne sont donc pas le problème mais le buzz les entourant est un symptôme. Celui de la régression générale en cours - qui n'est pas la "décadence", concept fumeux de la droite réactionnaire qui rêve de revenir à un âge d'Or d'autant plus indéterminé qu'il n a jamais existé réellement d'où d'ailleurs son intérêt premier : on rêve d'autant plus fort que l'objet de ses fantasmes n'a jamais eu de substance concrète - et du retour en arrière à force de politiques de droite et de climat réactionnaire entretenu par des éditorialistes soi-disant baillonnés et pourtant omniprésents.
Ce que nous sort en somme l'ARPP c'est rien moins que ces affiches sont "contraires aux bonnes moeurs", expression bien vintage qui sent très fort son 19ème siècle, quand la société bourgeoise se faisait un délice de s'offusquer de pseudo-audaces licencieuses alors qu'elle ne voyait nul inconvénient à s'enrichir sur le dos de la classe ouvrière trimant dans des mines et usines et ne rechignait pas à aller en maisons closes pour évacuer ses fortes tensions ; c'est que dame, exploiter autrui, c'est que ça crispe vous savez, à force.

Le processus est exactement le même qu'à cette époque : pointer du doigts quelques anecdotiques et insignifiantes manifestations - pour le plus grand bénéfice des petits malins qui ont su construire le soi-disant "scandale" - en faisant mine de ne pas voir tout le reste au nom de la sauvegarde nécessaire d'une "morale" conservatrice qui n'a rien à voir avec le sentiment moral d’indignation légitime devant les vraies injustices.

Nous sommes donc tous à nos corps défendants embarqués par la droite et ses idéologues dans un gigantesque voyage dans le temps avec comme but de récréer une société de classes bien distinctes et bien tranchées : les dominants en haut, et le reste dans la précarité avec la possibilité de consommer pour se distraire. 
Parce que si des fois la piétaille se mettait à réfléchir, la première chose dont elle s'apercevrait c'est précisément qu'elle n'a pas besoin de la bourgeoisie.


jeudi 2 février 2012

Who's daddy ?

- C'est bon, enlevez leur les cagoules.

- (R) : Hhhhhhhh on est...on est où bordel ???

- (G) : Maismaismais on fait quoi ici et c'est quoi ce...CSP ??!!??

- Salut les loulous. Ouais c'est moi, CSP, Meilleur Blogueur De Gauche mais vous connaissez. Ça roule ?

- (R) : Tu...tu fais quoi là ? Pourquoi on est ici avec les mains attachées dans le dos et à genoux sur des parpaings ??

- (G) : Et ça fait hyper mal en plus.

- D'abord la politesse : je vous présente Igor et Boyka qui vous ont chloroformés et kidnappés à la sortie du bar, dites coucou. Ils sont pas bien bavards et entre nous tant mieux, c'est pas vraiment pour leur conversation que je les ai embauchés, hein, ah ah ah. Bref, je vous ait...invités pour qu'on ait une petite conversation. Entre hommes, quoi. Enfin, je parle et vous écoutez en acquiesçant, si vous voyez l'idée.

- (R) : Mais t'es encore plus bargeot qu'on le pensait ! 

- (G) : Et on pensait déjà que t'étais vraiment bargeot, pourtant. Je peux pas bouger un peu les genoux, ça pique un peu là ?

- Non. Alors comme ça on a un petit blog certes talentueux mais moins que moi pour me faire de la concurrence libre et non faussée, mh ?

- (R) : Attends. Attends. On peut tout expliquer, d'accord ? Tu nous détaches, et on discute, ok ?

- (G) : Et puis il fait vachement humide dans cette cave et j'ai oublié ma polaire.

- Non. Alors voyez, moi perso, je suis pas contre que ça crée une saine émulation, notez bien hein. Je veux dire, tant que je suis en situation de monopole objectif quoi. Ensuite, que deux sales petits jeunes viennent me marcher sur les plates-bandes, comme ça, sans venir me rendre hommage, sans même une visite de courtoisie...ça fait quand même quelques années que je suis dans le bazar, et cette absence de politesse élémentaire, ben vous voyez : ça me froisse. 

- (R) : Non mais on allait le faire hein !

- (G) : Ah mais carrément ! Pas un jour sans que je dise à R. : "Mais comment il faut grave aller voir CSP pour lui rendre un hommage hyper-respectueux et lui jurer de pas empiéter sur ses arpions bloguesques avec tout le respect tremblant qu'on doit au pionnier de la gauchosphère qui a dû faire toutes les guerres pour être aussi fort aujourd'hui !". Juré !

- Mouais, pas mal. Refait le avec plus d'émotion. Ceci dit, j'applaudis et encourage l'initiative, notez. Déjà c'est lisible, rien que ça c'est bien, ça change, voyez. Et puis on sent de l'effort, de la bonne volonté; z'avez compris que la propagande ça passe par le Web et c'est déjà un grand grand pas par rapport à vos petits camarades qui théorisent les moyens de se faire chier le plus possible dans le militantisme vintage. Je salue, sincèrement.

- (R) : Ah mais trop, quoi ! On suit ton exemple, Grand CSP, j'imprime tous tes billets pour les sertir dans des cadres en bois exotiques et parfumés, te dire comment je suis fan !

- (G) : On peut se lever maintenant ? Je crois que je saigne un peu du genou droit...

- Boyka, remet le à sa place. Merci, c'est chou. Où en étais-je ? Ah oui : donc tout ça c'est très bien, d'accord. Mais...je sais pas...y avait un état d'esprit...des sous-entendus, des petites mesquineries, oh pas bien méchantes au début mais ensuite ça a pris une tournure déplaisante..."CSP il est vieux", "CSP il a fait son temps, il est usé, fatigué", "CSP c'était mieux avant, c'est plus le même blogueur qu'avant", "nous on est jeunes on est l'avenir, faudrait pas qu'ils s'incruste trop longtemps..."...j'aime pas ces trucs, dans mon dos, je trouve ça, comment dire...mesquin, quoi.

- (G) : Oui enfin ça c'est surtout R. qui le disait, hein. Moi j'oserais jamais, Ô CSP.

- (R) :'Culé.

- (G) : Ouais ben t'es gentil mais se dire des trucs après la 12ème bière c'est une chose, avoir l'autre psychopathe en face ça rigole tout de suite moins, chacun pour soi mon pote. Allez CSP, tu me détache, je me passe du mercurochrome sur le genou et on ne parle plus de tout ça. Bro.

- Bro...

- (G) : Heu, Grand CSP je voulais dire allez quoi soit sympa détache moi j'ai froid j'ai peur et j'ai envie de faire pipi rapport à la bière toussa STEPLÉÉÉÉÉÉÉÉÉ ! (fond en larmes)

- Tiens t'as craqué en premier, marrant...j'aurais pensé que quand on fait du trekking en Palestine on aurait le cuir un peu plus rude, comme quoi...

- (R) : Ah et puis merde à la fin ! Rien à foutre de CSP ! Oui, t'es trop vieux et puis t'es trop chiant et nous c'est mieux ce qu'on fait, on est jeunes, on est fous, on se bourre la gueule et on drague des meufs, on est trop des punks talentueux et post-trotskystes et puis je parle couramment trois langues et pas toi d'abord, we're the future your future comme disait Johnny Rotten Béni Soit-Il, et puis CSP au début c’était rigolo parce que tu bashais tout le monde et puis maintenant tu te prends au sérieux et tu fais des analyses - évidemment brillantes - et tu veux expliquer la vie et puis y a même pas de meufs à poil sur ton blog tout pourri d'abord et puis...et puis...t'es trop...CHAUVE !!!

- (G) : On est morts.

- Tu devrais pas dire des choses comme ça, R...tu es dans l'émotion, tu es dans le ressenti outrancier et je comprends ça, vraiment...tu veux que je rende public les conversations qu'on a sur Facebook, sinon ?

- (R) : (déglutis) Tu...tu osera pas...t'es là dedans encore plus profond que moi. Je nierai TOUT !

- (G) : De quoi vous parlez sur Facebook ?

- Oh, de tout, de rien, de..relations humaines, surtout hommes-femmes à vrai dire...on badine, quoi...c'est juste que pour un progressiste, vachement de gauche et tout, mh...si jeune et déjà une réputation anéantie, quel dommage ce serait...

- (R) : Mais tu es pire que moi ! TU ES UN MONSTRE !!!

- La flatterie ne te mènera nulle part. Alors bon voilà ce qu'on va faire : je vais donc vous relâcher...

(Soupir de soulagements)

-...mais avant, je dois vous punir. Juste un petit peu. Mettez vous à ma place, aussi ; si je ne commet pas sur vous un châtiment cruel injuste et disproportionné, les gens vont jaser et dire que CSP perd la main. Et les gens sont tellement méchants. Et puis bon, pour écrire sur un blog, on peut très bien se passer de ses pouces. Igor, Boyka, tenez les pendant que je prends le sécateur.

- NOOOOOOOOOOOOOOON !!!!!!!!!!!!!!

- Allez, allez. Bon, et puis quand tout ça sera terminé, je vais vous parlez d'un petit projet que j'ai pour vous, puisque soyons sérieux vous n'allez plus y rester très longtemps dans votre groupuscule. J'ai de grandes idées pour vous, vous saurez avoir l'intelligence de ne pas refuser...


mercredi 1 février 2012

mardi 31 janvier 2012

Faire pièce

2012 c'est donc plié parce qu'on vit dans un pays où la population a peur et a la cervelle trop contaminée par ce qu'elle voit à la télé pour parvenir à réfléchir et prendre du recul. C'est déjà pénible, très pénible et ça risque de le devenir encore plus. "Oui mais non parce que les gens en ont marre donc ils ne pourront pas voter à droite". Ben si : c'est précisément parce qu'ils en ont marre ET parce que l'offre politique à gauche est en dessous de tout - son candidat "officiel" c'est François Hollande, les gens, remember ? - qu'ils voteront à droite et à l'extrême-droite...
La raison principale ? Les gens ne voteront pas pour un camp politique particulier, la volatilité de l'électorat induite par la dépolitisation généralisée faisant qu'on peut désormais parfaitement voter Verts à une élection et FN à une autre sans se poser de questions de cohérence. Ils ne voteront même pas pour un parti particulier, vu que plus personne ne veut militer et se faire chier en collant des affiches.

Ils voteront pour un sauveur, parce que dans une époque de merde où tout le monde a la trouille, c'est ce dont ils ont besoin. Et quels sont les deux candidats qui se positionnent comme tels sur le marketing des idées en ce moment ? Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen. Je maintiens donc mon pronostic que je résume : gens apeurés + nullité de la gauche + pays de droite x besoin d'un Etre Providentiel = premier et deuxième tours merdiques.

Des lors, et au lieu de se rouler par terre en se lamentant, il convient de déjà se projeter dans un futur immédiat pour se demander comment faire pièce à ce qui nous attend. Puisque si vous pensez que tout ça est épouvantable, une minute de réflexion fait apercevoir des horizons encore plus éprouvants : la crise ne va pas s'en aller comme par magie mais au contraire s'installer dans le durable. La seule réponse que nos chères élites lui donneront sera encore plus de libéralisme, cf. discours télé de Sarko d'il y a deux jours, ce qui reviendra à saigner un mourant en proclamant que c'est pour son bien.
Et c'est en considérant cette étrange espèce qu'est le "jeune" de la France de 2011 qu'on se dit que peut-être bien que le pire est à venir.

Quelqu'un qui a aujourd'hui entre 13 et 16 ans aura vécu sous 10 ans de droite et vu dans sa famille les impacts directs de la crise. Le niveau de culture politique allant en chutant de plus en plus, il n'a plus qu’une assez vague idée de ce que fût la gauche à un moment donné de l'Histoire et il y aura de grandes chances que la dépolitisation et sa propagande lui ait bien marqué dans la tête que les lendemains qui chantent appartiennent à un passé d'autant plus révolu qu'il a une conscience accrue de la merditude de son présent et du caractère sombre de son avenir.
Au vu du contexte politique et social actuel, c'est donc une génération entière qui est élevée et va continuer à grandir dans la peur de l'avenir, l'absence de projet progressiste consistant, et un climat de haine sociale délétère qui va encore aller en s'aggravant la bourgeoisie n'ayant d'autre choix que d'enclencher la machine à terreur pour se maintenir au pouvoir.
Et dans 5 ans, ces adolescents auront accès à un bulletin de vote.

Il existe une forte probabilité que leur révolte se porte sur la candidature la plus "anti-système" ou en tout cas se prétendant telle.

Partant, si on veut "faire" quelque chose, c'est du côté du d'jeunz qu'il va falloir agir. Et pas en employant la méthose pé-da-go-gique habituelle ou en disant "ouh la la le racisme c'est pas bien". 

Et ce pour une raison très simple : la méthode "pédagogique" faisant appel au Sens et à la Raison ne fonctionne pas en face d'un discours basé sur l'émotionnel et la réaction ; le vote FN, hormis les franges les plus butées et racistes de l'électorat qui sont causes perdues corps et âmes, est un vote de désespoir et de révolte qui ne trouve pas d'autre objet pour exprimer sa peur. Or quand on a peur, on a pas envie - on ne peut pas entendre - des explications "compliquées", si pertinentes soient-elles : on veut être rassurés avec des mots simples et la promesse de punir les méchants. Le positionnement marketing de MLP en néo-Jeanne d'Arc et la confusion voulue du discours, surtout sur les questions économiques et sociales, ne vise qu'à ratisser le plus large possible. De ce point de vue, pointer les contradictions, "déconstruire" le discours etc. est fastidieux puisque le FN promet tout, son contraire, et le contraire du contraire etc. sans que ça percute le moins du monde l'électeur tenté par ce vote : il ne retient que la promesse que "ça ira mieux"...

L'intelligence, ou ce que nous définissons comme tel à gauche, est complètement inopérante face à la bêtise frontale et "rassurante". C'est simpliste et c'est précisément pour ça que ça marche. Les gens n'ont ni le temps ni l'envie de se prendre le chou à décortiquer les choses, ils veulent des réponses simples, immédiates et concrètes qui tiennent en slogans accessibles.

Le travail de déconstruction du discours ne servira qu'aux déjà convaincus ; lesquels peuvent cependant s'emparer pour développer deux axes d'action : 

 - Marteler le mensonge frontiste consistant à promettre monts et merveilles aux travailleuses-travailleurs en rappelant que l'extrême-droite a toujours été du côté des dominants et que non elle n'a "changé" en rien ; 
- Fabriquer de la communication-propagande pour non seulement le contrer mais faire force de proposition "progressiste". De ce point de vue, il me semble même que ça doit passer certes par l'écrit mais surtout par l'image : les fafs ont très bien compris la force de la vidéo, il suffit de voir le nombre de vues Youtube sur les passages télé de MLP. En gros, faire passer la communication par l'écrit, mais en développant parallèlement une véritable stratégie du viral sur laquelle nous avons pas moins de 10 ans de retard.

Et en considérant que le canal d'informations et de divertissement privilégié du d'jeunz est et sera de plus en plus ? Internet.
On en reviens toujours à ça, donc.

Et en faisant attention à non pas attaquer directement le Front National mais son corpus idéologique ; chaque fois qu'on s'en prend directement à lui, le FN se renforce dans sa position de victime de "l'établissement". Une propagande efficace veillera donc à ne jamais prendre pour cible directement le parti d'extrême-droite, voire à ne jamais le citer nommément, mais s'attaquera aux idées qu'il distille, poujadisme, racisme, vues réactionnaires etc. Ça ne sert à rien de se tenir chaud en braillant "No Pasaran" chaque fois que Le Pen passe à la télé et de se focaliser sur le FN qui absorbera toutes les critiques : la bataille se situe désormais au niveau politique mais aussi voire surtout métapolitique dans la lutte des idées et des symboles. Dire "le FN est très méchant parce que parce que parce que" ne sert à rien, sinon à se faire plaisir ; émettre "ces idées sont nocives et nous conduisent dans le mur" en l'exprimant de façon simple et visuelle, de la façon la plus impactante possible, c'est ça qui marque les esprits.

Et là aussi, tout reste a construire y compris dans des milieux militans frileusement accrochés à des pratiques obsolètes qui ne fonctionnent plus.



lundi 30 janvier 2012

Oublier 2012

Il y a à peu près un an :

- (CSP) : Mh, les enfants, on va se manger Marine Le Pen au premier tour en 2012...

- (Les gens/entourage/lecteurs de CSP) : Meeeeuuuuh non, eh l'autre eh, comment t'es trop pas cool toi, mais ça arrivera même pas d'abord et puis faut dégager Sarko à tout prix y a que ça qui compte !

Il y a à peu près 6 mois :

- Les enfants, je me permet de quelque peu insister : on va se manger Marine Le Pen au premier tour en 2012...

- Non mais attends non mais attends quoi je veux dire, d'abord c'est juste pas possible et puis tu es parano/négatif/méchant de dire ça, ça arrivera même pas et faut dégager Sarko à tout prix y a que ça qui compte !

Il y a à peu près 3 mois :

- Bon, là ça se précise : on VA se manger la truie fasciste au second tour, faudrait penser à se réveiller un petit peu là eh ho !

- Mais arrête de tout voir en négatif quoi à la fin putain, comment tu nous ruine le moral c'est juste PAS possible et puis on votera utile comme ça ça n'arrivera pas et puis...non, non non non, ça ne PEUT PAS arriver et puis faut...

- Dégager Sarko, je sais, vous êtes en boucle là dessus, merci, j'avais compris la première fois c'est bon.

- Pff, comment tu caricatures tout toi aussi, pff.

Depuis environ un mois :

- OH MAIS PUTAIN ON VA SE MANGER MARINE LE PEN AU PREMIER TOUR PUTAIN MAIS C'EST HORRIIIIIIIBLE MAIS QU'EST-CE QU'ON VA FAIRE C'EST HORRIIIIIIIBLE !!!

- Ouais je sais, ça fait un an que je le dis mais bon.

- Non mais toi aussi t'as toujours que des mauvaises nouvelles mais c'est horrible mais qu'est-ce qu'on peut faire patati papata, sanglots, convulsions, psychodrame et stupeur.

C'est à dire le perpétuel retour de balancier depuis que la gauche n'est plus la gauche, à  savoir l'alternance entre des phases de déni total et la révélation catastrophée de la réalité en pleine gueule. Un peu ce qui attend tous les gens qui pensent que Sarkozy est déjà cuit et se sont laissé prendre à son storytelling quand il a fait semblant de penser à une éventuelle défaite. Très habile manœuvre consistant à faire croire à l'adversaire qu'on recuit dans son jus de doute, de fatigue et de remises en question pour lui faire espérer la victoire alors qu'on a pas encore lancé la grosse cavalerie qui attend derrière la colline en piaffant d'impatience. Le résultat sera donc la surprise sidérée de ceux qui ont rêvé trop fort et se voient taillés en pièces, sous les yeux narquois du vainqueur qui n'a pas oublié son petit Sun Tzu, lui.

Mais il est vrai que désormais à gauche "stratégie" est devenu un gros mot.

Bref.

Je veux cependant croire que la gifle de mai prochain contribuera à désiller bien des yeux. Trop tard certes, mais à un moment il faudra bien poser la question du principe de réalité et arrêter de voir le monde non pas comme il est mais comme on voudrait qu'il soit. Hollande n'a aucune chance face à Sarkozy, c'est une donnée objective pour qui a des yeux pour voir et si je me tue à le répéter, ce n'est pas pour le plaisir de faire le malin : la France est de droite, donc votera à droite donc votera Sarkozy et fermez le banc.

On va donc non seulement se le refader pendant encore 5 ans, mais se retrouver en plus avec un problème supplémentaire : Marine Le Pen au premier tour, laquelle fera mettons 40-45 % au deuxième, et un gros bloc d'une soixantaine de députés FN après les législatives. Ce qui ne va pas contribuer à ré-enchanter notre beau pays, certes non.
Autant dire que 2012 c'est cuit, du moins sa première partie jusqu'à la rentrée, et que 2017 ça se prépare dès à présent, là tout de suite. Et pas seulement en termes électoralistes parce que ça serait trop simple mais au sens politique le plus large. Si vous pensez que le FN sera à son pinacle dans les prochains mois et qu'il ne pourra que baisser ensuite, vous vous racontez donc des histoires et le pire est désormais possible. Définitivement.

À moins que...
À moins que se reconstruise un mouvement antifasciste politique sérieux qui devra user d'autres formes que celles du passé qui n'ont pas marché. Ce sera l'objet du billet de demain.


lundi 16 janvier 2012

There will be blood

"Les gens veulent se suicider désormais. Ils le disent. Ils préviennent : « Si ça ne marche pas, j'arrête cette vie, je n'en peux plus ». À 30 ans, ces hommes ont l'impression que les cinq dernières années ont été trop dures et ils n'ont aucun espoir pour les cinq années à venir. C'est une décennie perdue de trop.
(...) la société française dans son ensemble, s'est effondrée. Les fous et les skyzos sont lâchés dans la rue et les structures qui s'occupaient d'eux sont menacées de toute part. À l'hôpital, ça tient toujours mais chaque personne qui perd son travail menace l'équilibre de l'ensemble. La prison, c'est encore pire qu'il y a dix ans. Les associations n'attirent plus de bénévoles.
 À un moment, en 2008, beaucoup d'articles se sont fait l'écho d'un élan de générosité, quand tant de jeunes ou d'adultes sans travail étaient tentés par l'expérience associative, apportant leur savoir et leur générosité. Il valait alors mieux aider que ne rien faire chez soi. Trois ans plus tard, la déception politique est telle que cet élan est brisé. Les gens restent chez eux.(...)
Les gens dorment toute la journée pour ne pas être insomniaques."


Il paraît qu'il y aurait des gens pour taxer ce constat lucide et glaçant de "catastrophisme", manière de ne pas trop le prendre au sérieux. Sans doute. J'aimerais pour ma part partager cet optimisme béat mais malheureusement, je crains de trop être au courant de comment ça se passe et dans la tête d'autrui et d'avoir trop lu de bouquins d'Histoire pour m'offrir ce luxe. Ça allait mal. Ça s'aggrave. Ça fonce droit vers le pire. Ensuite oui, on peut très bien fonctionner dans le déni, jusqu'au bout. Il y a très certainement des gens qui ont cherché jusqu'à la dernière seconde à se convaincre que ce monsieur Hitler n'était pas si horrible que ça. On peut même être certain que ce mécanisme de défense est tellement puissant que même juste avant de recevoir leur balle dans la nuque, ils refusaient d'y croire.

Sauf que la réalité est là et que les gens souffrent. Et ils vont souffrir plus encore.
La perte du totem triple A sonne l'hallali de la destruction totale de ce qui reste de solidarité dans ce pays. Les libéraux sont au pied du mur et ils vont mettre à profit cette dégradation pour tout ravager dans les années qui viennent et peu importe qui sera au pouvoir en 2012. D'ailleurs, ce sera Sarkozy quand même, il n y a toujours personne en face. Mais quand il y aura un bloc 40 à 50 députés FN ans l'hémicycle, vous verrez qu'il y aura encore des imbéciles pour vous expliquer qu'il ne faut surtout pas être électoraliste parce que "ça ne sert à rien".

J'aimerais, vraiment, sincèrement, avoir quelque chose d'optimiste à dire mais je ne trouve rien et je ne cherche pas à vendre du rêve. Je passe 6 à 7 heures par jour dans la tête des gens de droite et d'extrême-droite et ils sont en train de devenir fous et enragés comme des chiens : ils veulent du sang et le réclament à corps et à cris. Quand je vois qu'en face notre camp est sidéré de peur et ne trouve plus les moyens de réagir, la mise en parallèle entre les deux états d'esprit fait aboutir à une conclusion inéluctable : there will be blood. Le niveau de haine monte à une telle vitesse et de façon tellement exponentielle que je ne vois pas comment ça finira autrement dans les années qui viennent. Là, en ce moment, quand vous lisez ces lignes vous gens progressistes, des personnes que vous ne connaissez pas, mais qui sont peut-être vos voisins, rêvent de vous voir morts. Pas morts politiquement : morts en cadavres. Parce qu'ils sont sincèrement convaincus qu'avec suffisamment de cadavres, leurs vies iront mieux. Oui, c'est comme ça qu'ils fonctionnent et ne vous faites aucune illusion sur la compassion à attendre d'eux : il n y en aura aucune.

"C'est pas si pire tu exagère" ? Oh mais excusez moi de ne pas avoir envie de voir en François Hollande le dernier rempart contre la barbarie qui va nous déferler sur la gueule, vraiment. Dans les époques de merde, le pessimisme radical devient une forme de lucidité, et plutôt que me raccrocher à l'illusion qu'on peut éviter le pire en accordant son bulletin à Mimolette, je préfère acter la réalité du pire à venir et me demander comment faire quelque chose concrètement à ce moment là, et pour dire clairement les choses : comment survivre. Mentalement. Moralement. Mais aussi physiquement puisque la question se posera pour la majorité tôt ou tard.
Je sais aussi que pour moi c'est plus facile, en quelque sorte : je n'ai pas d'enfants. Je n'ai pas cette responsabilité terrible d'avoir charge d'âmes. Et je sais survivre. J'ai appris. Et je ne prends pas de médocs, c'est hors de question. Je préfère encore en prendre plein la gueule et serrer les dents, mais ça c'est moi et je ne me permettrai jamais de juger les personnes qui en ont besoin pour tenir au jour le jour. Juste j'enrage de voir des gens de valeur, de belles personnes intelligentes et désintéressées, obligées de se cachetonner parce que la société devient tellement dure et cruelle que par moments il n'est plus possible de faire autrement pour elles.

Et de la même façon, il est tout aussi hors de question de "partir", comme incite à le faire Didier Lestrade. Je comprends ce point de vue. Mais je ne le partage pas. Partir pour où, d'ailleurs, comment ? Partir et laisser à la chienlit droitière tout l'espace dont ils rêvent pour encore plus poser aux victimes quand ils régneront en tout et sur tout ?
Rester et rester pour une seule raison : faire la guerre et se battre contre eux. La guerre nous sommes déjà en plein dedans, donc au final elle ne fera "que" se durcir encore plus. Oui, ce sera ignoble et il faudra devenir ignobles. Du sang et des larmes, ce genre de choses précisément. There will be blood et de toute façon : vous le savez déjà.

mercredi 11 janvier 2012

Le point aveugle du buzz Free

J'ai dû rater un truc mais depuis quand Xavier Niel est devenu Robin des bois ?
C'est parce que je dois vraiment avoir mauvais esprit mais que voulez-vous : quand un milliardaire braille qu'il va faire quelque chose pour la plèbe, je hausse un sourcil circonspect, en me demandant de quelle manière il va chercher à nous vendre quelque chose. Un capitaliste n'est jamais un philanthrope désintéressé, il ne fait les choses que pour deux raisons :
- Avoir encore plus de pognon ;
- Redorer son image en posant à l'humaniste soucieux des humbles.

De ce point de vue, on reconnaîtra à Xavier Niel d'avoir réussi sur les deux tableaux en même temps : se présenter comme un "rebelle" face aux trois opérateurs principaux, et ce dans le but de siphonner massivement leurs clients pour compenser la diminution des prix. Bizarrement, ce n'est pas la préoccupation carnassière d'Illiad qui est été mise en avant, mais l'enrobage gluant autour : le soi-disant souci de Free et de son patron au grand coeur tout tremblant d'indignation devant des forfaits téléphoniques prohibitifs - ce qui est la réalité incontestable - et qui a décidé de pourfendre le triumvirat afin de servir le peuple. 
Ce genre de stratagème est subtil et délicat comme les cordes d'amarrage d'un porte-avion ? Pour paraphraser un publicitaire allemand, plus c'est gros plus ça passe et puis n'est-ce pas : c'est la crise donc en baissant les tarifs Xavier Niel est un chic type.
Ce genre d'argument servant parait-il à clore la discussion.

Mh.
Il faut donc vraiment que le niveau de rhétorique politique générale soit tombé bien bas pour qu'il suffise d'invoquer le sacro-saint "pouvoir d'achat des français" afin de vouloir clore la moindre discussion. Démagogie fort commode qui fait passer celui qui se pose des questions pour le boulet rabat-joie de service, et squizze complètement les arrières plans politiques. Au fait, Robin des bois du pouvoir d'achat qui pense aux petits et aux opprimés, il fait partie de la bande d'ultralibéraux à la Nono Dassier et Charles Beigbeder qui ont financé le Voici de droite Atlantico. Comme partageux, on a déjà vu plus hérissé, ce me semble.

Vous savez qu'il y a même des dégénérés qui donneront des petits coups de menton excités en tenant cette oeuvre de charité (tousse) pour une preuve des incontestables bienfaits de la concurrence libre et non faussée. Ils osent tout et c'est à ça qu'on les reconnaît. De fait ils auraient tort de se priver : on est tellement habitués à payer pour tout y compris les besoins les plus élémentaires, et ce de plus en plus cher que la moindre réduction d'autant plus sensible en ces temps de crise où chaque euro compte - et compte même lourdement - que si quelqu'un propose de "moins" payer, on va le regarder comme un nouveau Gandhi. C'est dire à quel point est vissé profond le statut de simple consommateur chez tout le monde, au point que plus personne ne semble même avoir envie de le remettre un tout petit peu en question.

Au fait : même en réduisant de moitié un forfait téléphonique c'est déjà trop cher. La marge qu'Illiad se fera sera colossale et ils le savent parfaitement. Dans une société où la communication est devenue une question de vie ou de mort sociale, le téléphone et Internet ne sont plus des facilitateurs de relations ou des façons de se distraire : ce sont des besoins. Qu'on trouve absolument normal de payer pour des besoins au point de se réjouir de voir ses factures divisées par deux, voilà le point aveugle de ce qui se passe derrière le buzz Free.
C'est la privatisation de chaque besoin humain et social qui est le véritable enjeu et l'absence d'alternative politique crédible allant contre cette privatisation de tout ne peut que laisser place libre à des batailles de capitalistes féroces qui s'entredévorent comme ils savent si bien le faire depuis que le capitalisme existe. Certains ont compris qu'en temps de crise ils passeront pour des héros du peuple ? Qu'on leur pose la question des nationalisations des télécoms : le masque de Robin des bois tombera immédiatement dans un cri hystérique devant tant de "communisme".

J'ai pour ma part un peu de mal à appréhender qu'on ait que le choix entre se faire "plus" avoir et "moins" avoir. Parce qu'en définitive, ça se réduit à ça et à rien d'autre.
Un peu comme avoir le choix de voter pour un libéral de droite ou un libéral de gauche pour la présidentielle, si vous voyez.

mardi 10 janvier 2012

Joey Starr

Ce n'est pas que Joey Starr - ou Didier Morville de son petit nom, ouais ça fait moins classe hein ? - m'intéresse spécifiquement en tant qu'artiste, mais je suis frappé par l'impact que ce garçon semble décidément avoir sur bien des cervelles de mon entourage élargi. Alors que précisément ces personnes n'ont que de forts lointaines relations avec la "téci" c'est même le moins que l'on puisse dire. Partant, et comme dans bien des choses d'ailleurs, ce qu'il est intéressant d'explorer ce n'est pas l'objet en tant que tel mais ce qu'il signifie.

Ce questionnement m'est venu après la vision de Polisse dans lequel joue notre amis Didier, fort bien au demeurant, et même tellement bien que la deuxième partie du film est pour ainsi dire consacrée à chanter les louanges de son personnage, "Fred", qui s'efface complètement - le personnage - derrière un Joey Starr magnifié en Homme Idéal Absolu. Joey est dur mais sensible, il console les enfants séparés et met des baffes dans la gueule des méchants pédophiles, il est tellement intègre qu'il est forcément à fleur de peau, il est policier mais évidemment rebelle (rires), il a le sens du rythme et des tatouages partout, et il est ô hasard compagnon de la réalisatrice. Disons que la première heure du film est captivante, mais dès que commence de naître l'idylle entre "Fred" et "Melissa" - personnage de la réalisatrice qui décide de quitter son milieu bourgeois superficiel pour faire des photos avec les keufs überkewls de la Brigade des mineurs ce afin de retrouver une vraie authenticité tu'ois, on y croit à mort, oui, le film ne renonce pas à des ficelles narratives en forme de gros clichés rassurants et conformistes - la cassure est cruelle et Polisse peine à redémarrer ensuite.

"Ode à Didier" aurait pu être le sous-titre de Polisse, donc. Et de constater que de fort nombreuses personnes de chanter les louanges d'un Joey Starr exerçant une certaine fascination. Que je ne partage pas mais je ne suis fasciné par rien ni par personne, mon coeur étant un bloc de glace, paraît-il.
Le créneau du bad boy sensible est décidément inépuisable, puisque faisant rêver les très gentils garçons qui soupirent après sa rebellitude qui se fout des conventions tu'ois, et les filles de se pâmer devant l'attraction sexuelle du faux-méchant "mais on sent bien qu'il est gentil au fond", y compris parmi les éléments les plus féministes hardcore de mes connaissances. Le bad boy sensible étant l'aspirateur à meufs par excellence, je ne saurais trop recommander à mon lectorat masculin de se positionner sur ce créneau au plus vite quitte à faire un peu violence à sa nature profonde. Vous n'en retirerez que du bon, faites moi confiance.

N'allez toutefois pas jusqu'à surjouer le personnage et vous mettre à tabasser des femmes comme l'a fait ce bon Didier il y a quelques années de cela : ce n'est pas bien. Sans doute que le bonhomme a évolué et mûri depuis, et c'est fort bonne chose. Surtout pour les femmes qui l'entourent. On constatera toutefois une assez nette dissymétrie de traitement entre comment on voit Didier par rapport à ça et comment on voit les autres hommes ayant eu un passé violent : à l'instar du meurtrier Cantat, on est prêt à pardonner bien des errances au bad boy sensible, surtout si en plus celui-ci est cautionné "artiste" (bad boy sensible + artiste = aspirateur à meufs², et on vous pardonnera à peu près tout en sus, vos petits débordements étant évidemment dû à votre nature d'écorché, et pas à votre profonde immaturité narcissique de sale gamin capricieux incapable de grandir).
Si un homme "normal" frappe une femme, ça le suivra à vie et je ne trouve aucun inconvénient à cela. Rien n'est plus lâche que d'exercer la force sur plus "faible" que soi. Si un "artiste" est violent, il y aura toujours des gens pour lui trouver des excuses, remember le violeur Polanski.

N y a t-il donc aucune possibilité de rédemption et de rachat ? Mon éducation catholique a pourtant envie de croire que si, sauf pour certaines personnes précises qui ne mériteront jamais le pardon (violeurs). Didier-Joey a sans doute changé, en bien, comme quoi personne n'est jamais figé dans ce qu'il est.
Il est à craindre cependant que la fascination qu'il exerce auprès des bobos qui fantasment sur "l’authenticité" des quartiers n'en prenne un vilain coup. Il faut quand même se poser la question de cette frange de la petite-bourgeoisie blanche et cultivée, qui ayant pourtant eu accès à l'éducation et la culture dès le berceau trouve le moyen d'en culpabiliser et se pâme devant le moindre loulou en survêtement à capuche. Que ces derniers soient discriminés ne pose en rien question : c'est la réalité de fait. De là à en être éblouis par la, heu, "culture" des ghettos de la République...
(Et encore une fois par la violence au potentiel soi-disant "social" voire "révolutionnaire" qu'elle porterait, hum. Ce n'est pas une vision politique de la chose les gens, c'est du fantasme et ce n'est pas la même chose).

Didier-Joey a été pendant plusieurs années l'idéal-type de ce fantasme du révolté qui crie sa colère dans le rap blablabla pour le plus grand plaisir d'un public de plus en plus composé de petits blancs. Ensuite, parions que comme bien des "rebelles" les charmes de la boboïsation ne le laisseront pas insensible. D'ailleurs voyez : il joue dans le dernier film de Frédéric Beigbeder...

Mais bof. Les crédules se trouveront un autre bad boy au grand coeur à vénérer. C'est que c'est un marché très rentable, ce créneau marketing.


lundi 9 janvier 2012

Liberté d'expression démocratique et non partisane

"Malgré un important dispositif de sécurité, certains partisans du FN ont essuyé des crachats et des insultes, d'autres ont dû rebrousser chemin et emprunter une autre entrée, leur route ayant été barrée par les anti-FN."

(Source)

Très émus, des militants du Front National ont tenu à exprimer leur ressenti :

vendredi 6 janvier 2012

This is serious shit


Si vous vous le sentez vraiment, écoutez donc ça. Attention : il faut des oreilles et un néo-cortex rompu à une certaine discipline, c'est littéralement un truc de vétéran de l'humaine connerie, là. Il faut un certain entraînement pour supporter la chose jusqu'au bout et même mon délicieux lectorat qui en a subi des vertes et des pas mûres pourra légitimement éprouver une sorte de sidération pantelante à ces 28 minutes de décompensation "antiféministe".

Le superfreak qui cause en monologue halluciné a un pseudonyme assez rigolo : Léonidas Durandal (il a un Facebook très distrayant si on est versé dans la psychiatrie lourde). Ça pète non, "Léonidas Durandal" ? Le problème tout de même, c'est le cruelle fossé existant entre ce pseudo plein à ras bord de masculinité hiératique à gros zizi...et la voix de ce perdant. Grosso merdo, on ressemble à sa voix si vous avez remarqué, et si le pseudo évoque ceci :


Il est fort à parier qu'en réalité, "Léonidas Durandal" est physiquement plus proche de ça : 


Ce qui certes expliquerait bien des choses.
Parce que c'est bien gentil de s'auto-proclamer "viril" et de revendiquer son masculinisme, mais quand on se fend de ce genre de sentence sur FB (attention les filles : ça pique) :

‎"Apprenez à aimer votre propre virilité, apprenez à baiser votre femme, et non plus à la caresser. Finis le clitoris, pénétrez-là et violemment. Quoiqu'il arrive, soyez satisfaits. De temps en temps, si vous n'êtes pas trop fatigué, vous pouvez lui donner un peu de plaisir. Elle a le droit que vous fassiez des efforts surtout si elle a été gentille."

C'est juste moi où on sent le mec qui n'a pas eu de relations sexuelles depuis 1987 ?
Enfin, de relations non payantes, s'entend. L'esclavage qu'est la prostitution servant à soulager de pauvres types minables de leurs petites frustrations, il semble relativement probable que c'est le seul moyen qu'a concrètement "Léonidas Durandal" pour se soulager régulièrement.
Vous ai-je déjà dis le profond et impitoyable mépris que m'inspirent ceux qui vont aux putes ? Oui, non ? Bon certainement quelque part mais j'ai la flemme de chercher. Ouais ouais ouais, c'est des pauvres mecs surtout malheureux, et c'est pas de leur faute, et puis faut penser à la frustration sexuelle et puis allez, puisqu'on est dans les arguments de merde, ça évite les viols hein, bref, les poncifs habituels qu'on retrouve d'ailleurs chez certains anti-abolitionnistes. Comme quoi être de bonne foi n'empêche pas d'être naïf, hein.

Il faut vraiment être le dernier des losers pathétiques en dessous de l'humanité pour aller aux putes, point final et le débat est clos. On est frustré ? Il y a Internet pour ça. Dans l'échelle de mon mépris, je range les clients de prostituées très légèrement à peine au dessus des militants d'extrême-droite et des pédophiles, pour vous donnez une idée. Et peu importe évidemment la nature du client : que ce soit le bidasse qui va se vider les couilles à Djibouti avec des gamines même pas majeures ou le chef d'entreprise qui loue des escorts ukrainienne pas le Net, c'est la même démarche de pauvre sous-merde.

Bref.
Ce qui frappe dans cette vidéo, tout de même, c'est que son discours sur les féministes est exactement le même que celui d'autres paranoïaques sur les Juifs et les musulmans : la même hystérie, les mêmes accusations, la même volonté d'éradiquer, la même construction d'un bouc-émissaire pour évacuer ses échecs et sa misère. De ce point de vue, même si le premier réflexe est de rire - mh, sauf si on est femme je pense, le premier réflexe étant sans doute de bouillir...-, on aurait tort quelque part de ne pas le prendre complètement au sérieux. De la même façon qu'il faut prendre certains fous très au sérieux, de ceux dont la violence du discours n'est pas seulement là pour se défouler mais dont on peut sentir qu'elle peut préparer au passage à l'acte violent. Anders Breivik était masculiniste, on a eu tendance à "l'oublier".
Rien ne peut certifier qu'on a affaire là à un homologue du tueur d’enfants islamophobe, ceci dit ; mais si ce n'est pas "ce" branque qui va passer à l'acte, c'est "ce genre" de branque qui précisément passe à l'acte...

Et toujours contre des personnes qui ne peuvent pas se défendre parce que fondamentalement, un masculiniste est un lâche. Toujours.

jeudi 5 janvier 2012

L'arnaque libérale-libertaire des blogueuses cul

Tu commence à te caresser en regardant les stats de ton joli blog, la main descend doucement vers le boxer pour caresser l'ami zigouigoui en t'encourageant à coups de "oh oui oh oui montre moi ton gros algorihtme petite salope" quand tout soudain, horreur et détumescence : tu t'aperçois que tu es linké par Mazaurette.
Couic.
Il faut tout de même admettre que ça refroidit.
Par quel sombre et probablement funeste et coupable malentendu est-ce que je me retrouve dans ce boui-boui, moi ? Linké sur Fdesouche, à la limite, c'est glorieux, quelque part : on est estampillé Ennemi Officiel de Fafounet, c'est un peu la classe quoi. Linké chez les congénitaux néolibéraux ça fait d'autant plus plaisir qu'on sait qu'ils ont beau couiner, ma propre vie est plus intéressante que la leur et que contrairement à eux ma sexualité dépasse le cadre d'une relation à long terme exclusive avec ma main droite. Mais linké chez Mazaurette ? PUTAIN LA HONTE OUI. L'étape suivante dans la déchéance, ce serait d'être invité comme caution-clown de gauche sur Causeur mais ils ont déjà  Leroy pour ça. Et puis je ne rentre pas dans les critères de sélections de Causeur, je ne suis pas alcoolique sous Lexomil.

C'est donc par le billet sur les ridicules prétentions néo-masculinistes que je me suis retrouvé là-dedans et bizarrement Mazaurette n'a pas repris un autre billet sur la Palestine ou le totalitarisme libéral mais c'est vrai : elle est "blogueuse-cul", "spécialisée dans les questions de sexualité", et elle ne s'embête pas avec des affaires de politique pas excitante. Sauf que tout est politique, comme on va voir plus tard. 
Et là, je ne pige plus.
Il y en a donc deux, Mazaurette et Ioudgine, qui tiennent des blogs "de cul" où elle racontent leur petites histoires de culottes sur un ton espiègle et distancié (hi hi hi, on est des fiiiiiiilles hi hi hi, mais Dieu que c'est niais), la première en faisant vaguement semblant d'avoir une, heu, "réflexion" sur les choses du sesque, la deuxième en étant nulle et sans intérêt. 
Passons sur le narcissisme exorbitant des demoiselles : il faut admette qu'il est à peu près impossible de ne pas écrire sur le Web sans avoir un melon qui ne passe pas les portes, et je sais de quoi je parle merci. Et puis on pourrait se dire qu'après tout, parler de sesque de manière un peu légère et frétillante, ça dédramatise le truc et puis hein, quoi de mieux que des fiiiilles (hi hi hi) complètement mais alors complètement "émancipées" pour introduire (ah ah ah) leur avis éclairé sur ces questions assez essentielles concernant tout de même une partie importante de la population : a priori, tout le monde baise régulièrement, sauf les libertariens et les néo-conservateurs parce que Youporn ça ne compte pas.
Et puis elles sont tellement drôle, oh oh oh.

Heu.
En humour, on a tous des goûts différents, sans aucun doute. Mais les deux, là, "drôles" ??? Elles auraient donc de "l'humour" et ce qu'elles écrivent pourraient partant faire remonter un zygomatique ? Par conscience bloguesque, je me suis fadé une conséquente partie de leur production pendant presque deux longues heures et je puis certifier qu'à aucun moment mon visage n'a bougé un micromuscle. Enfin, si, c'est vrai : du côté du bas. Je veux dire, tomber en zappant sur un sketch d'Anne Roumanoff et en regarder 10 secondes par curiosité morbide, c'est déjà éprouvant ; le même niveau de totale déconnade par des nanas qui racontent leurs positions préférées, on plonge dans de nouvelles abysses. Il paraîtrait que les hommes et les femmes n'ont pas le même humour et ne rigolent pas des mêmes choses. Faudrait qu'on en discute. Mais les deux Anne Roumanoff du cul, là, leurs tentatives de blagues de filles (hi hi hi) sur les sex-toys ou leur dernière levrette sur la machine à laver en mode essorage, c'est juste pitoyable, quoi.

Mais si il n y avait que ça.
Car si vous lisez CSP, vous savez donc que tout est politique et que les deux fiiiiilles n'échappent donc pas à la règle : toute production "culturelle" au sens très large du terme reflète les convictions de celui ou celle qui les créent, quand bien même il ou elle soutiendrait mordicus q'il n'en a pas, de convictions. Politiques. Parce qu'on en a toujours, c'est juste qu'on ne les théorise pas nécessairement. En gros ça s'appelle de l'idéologie et de l'idéologie il y en a partout.
Même chez elles. Et c'est précisément là l'arnaque.
Se présentant "émancipées" et donc forcément "féministes", une lecture même superficielle de leurs écrits démontre de manière assez frappante que le "féminisme" pour elles c'est un peu un mot vide de sens qui leur sert surtout à se créer leur niche marketing de blogueuses-cul. On me dira, il y a des féministes suffisamment égarées pour être pro-voile, et après tout se revendiquer féministe ça ne mange pas de pain. Ça donne même un vernis "engagé" et militant qu'on va quand même se dépêcher de recouvrir d'histoires de Louboutins et de petites coucheries parce que le féminisme sinon c'est de la politique et la politique c'est chiant et pas sexy.
Ou comment camoufler son fond idéologique libéral-libertaire par l'espièglerie fabriquée, et noyer le poisson de sa dévorante ambition de reconnaissance mondaine sous une prétendue légèreté qui se fissure pourtant très facilement dès qu'on les chatouille. Quand les masques du "sympa" tombent, apparaît la morgue du bobo arriviste qui prétend faire oeuvre de "subversion" (raconter ses histoires de culottes, OMAGAD, c'est teeeeellement brise-tabous n'est-ce pas...dans les années 50 oui, éventuellement, ça l'était. En 2011 ? De qui se moque t-on ? Qui croit encore sincèrement que le sexe est en quoi que ce soit "subversif" ?) alors qu'il n'est que conformisme et acceptation du monde tel qu'il est, et dont il n'a aucun intérêt objectif à ce qu'il change. 

La recette est éventée, depuis le temps : dès que quelqu'un vous agite sous le nez qu'il ou elle fait de la "subversion" et de la "provoc", on peut raisonnablement soupçonner qu'il ou elle le fait d'abord pour qu'on le remarque au milieu de ses semblables et pour en retirer des bénéfices narcissiques voire sonnants et trébuchants. La mode des "insolents" en papier qui infestent les médias ne procède pas d'autre chose, et quand on voit que Nicolas Bedos est super copain avec Babette Lévy, on comprend que la "provoc" c'est surtout le marchepied de certains petits malins (et petites malines) qui ont compris qu'une outrance soigneusement calculée leur ouvrirait bien des portes.

Je suis de plus en plus tenté moi-même d'ouvrir le versant masculin de ces blogs où on raconte sa sexual life et  où on est hyperkewl au niveau du désir. C'est à dire faire comme elles mais mieux - pas dur ceci dit - pour raconter les frasques d'un homme de gauche et tenter une réflexion politique sur les relations hommes femmes entre deux galipettes. Je redoute quand même un peu deux choses : quel est la limite entre la confidence intime et la surexposition de son nombril (pour ne pas parler d'autres parties de son anatomie) ? Et  je crains également de ruiner le peu de crédibilité que j'ai auprès de mes copines féministes, se faisant. J'ai souvent observé que dès que j'abordais ces sujets avec elles, ça devenait assez vite comme la fille dans l'Exorciste avec tête qui tourne à 360° et purée verte.

N'empêche ; je suis atrocement tenté...


mardi 3 janvier 2012

Libéral-fascisme et normopathie des corps

"Dr Dukan propose de mettre en place une option "poids d'équilibre" au baccalauréat. Elle rapporterait des points à ceux qui arrivent à garder un indice de masse corporelle (IMC) entre 18 et 25, entre la seconde et la terminale. Le tout en pesant six fois les lycéens. Mais les biens portants ne seraient pas pour autant désavantagés puisqu’ils pourraient gagner des points en perdant un peu de poids entre deux pesées."


Que le néfaste docteur Dukan ait encore voulu faire parler de lui en lançant son buzz sur une option bac-minceur n'étonne même plus quand on sait à quel sorte de faisan on a à faire. Tout de même l'un des toubib qui a prescrit du Médiator à une de ses patientes qui en a développé une maladie du coeur. Charmant garçon, hein ? Mais il fait tout autant de dégâts et peut-être pires encore avec son trop fameux "régime" dont on va bien finir par se rendre compte à la fin qu'il est comme tous les autres "régimes" de perte miracle de poids, à savoir que non seulement il ne marche que pour une durée limitée dans le temps, mais qu'il contribue directement à la reprise d'encore plus de poids à terme.

Vous savez pourquoi les gens ont "une tendance à l'excédent pondéral" comme on dit, dans les pays riches ? Parce qu'on mange comme des cons, oui, certes, mais pourquoi, vraiment ? Parce qu'on vit sous régime (ah ah) capitalistique, voilà pourquoi. Celui-ci étant basé sur le productivisme à outrance et le gaspillage planifié, il produit logiquement à outrance de tout et partant, de la bouffe. Il en produit trop, beaucoup trop, mais alors vraiment beaucoup trop, et cet excédent de nourriture il faut bien en écouler une partie quelque part : dans les estomacs. La nourriture saine étant plus compliquée et plus coûteuse à produire que la malbouffe, cette dernière assurant de plus un retour sur investissement infiniment plus confortable, il est impératif que tout le monde se gave comme des oies à longueur d'année pour que les industries agro-alimentaires fassent du pognon. On parle de plus en plus de l'obésité en Occident comme fléau, mais on omet bizarrement d'en pointer les causes fondamentales, qui sont comme par hasard politico-économiques. Il y a des multinationales qui n'ont objectivement aucun intérêt à ce que les population mangent sainement, il en va de leur taux de profit et de leurs rapports de dividendes.

Le capitalisme étant aussi une économie de la schizophrénie, il construit à un bout les causes de l'obésité tout en fabriquant à l'autre bout les marchés de la "beauté et de la santé" pour tenter de limiter voire de contrecarrer les effets les plus nuisibles de sa crise de surproduction permanente. Le pékin - et surtout la pékine, on va y revenir - lambda est donc dans le même temps saturé d'encouragements à se goinfrer sans retenue sous le signe du "plaisir", tout en étant exhorté à rester svelte et élancé. Les deux n'étant évidemment en rien compatibles, ce double-bind n'a pour résultat concret que de niquer la cervelle de tout le monde et en particulier les femmes surtout les plus jeunes. Tout le monde est mal dans sa peau en société capitaliste et c'est logique : il a trop de conneries à nous vendre pour nous vouloir épanouis et émancipés.

Pour suivre cette normopathie corporelle, il faudrait donc en passer par toutes sortes de "régimes" tous plus hallucinants et farfelus les uns que les autres, dont le fameux Dukan. J'ai lu son bouquin, en entier histoire d'être honnête dans la démarche intellectuelle, et j'en ai conclu dès la dernière page que c'était non seulement un ramassis de conneries mais de conneries dangereuses qui plus est. Ne manger QUE des protéines pendant des semaines ?? Si on veut se détruire les coronaires, autant se faire des tartiflettes au Nutella, on pourra au moins se faire un peu plèz pendant le processus.
Vous savez en quoi ça consiste, en fait, un "régime" ? C'est à la base se sentir coupable. La culpabilité est le moteur fondamental du "régime", qui passe toujours par l'expiation la plus sévère possible de la Faute (trop bouffer) en agissant toujours sur le "comment" sans jamais se poser la question du "pourquoi" et pour cause : s'attaquer au pourquoi, c'est ce qui va faire comprendre ses propres failles et donner l'envie de les résoudre sans avoir besoin de dépenser du fric dans des "régimes". Et on parle d'un marché, là, d'accord ? Qui a donc intérêt à ce que s'installe un cycle infernal de culpabilité/expiation par les privations, transfiguration toujours momentanée et rechute, frustration et descente sauvage dans le frigo, re-culpabilisation, déprime, reprise de bonnes résolution etc. et ce sans fin ni terme.
Un "régime", c'est un rêve de pénitent espagnol du 16ème siècle.

Et il est donc parfaitement logique, toujours, que dans notre époque de libéral-fascisme décomplexé, l'obligation de la minceur soit l'horizon indépassable qu'il faille atteindre, sous prétexte de santé. Prétexte, parce que si nul ne nie qu'il est meilleur pour l'individu d'éviter d'être en surpoids, la réalité idéologique - tout est politique, remember ? - est d'abord et surtout d'avoir des corps aptes à la productivité et à la compétition. Et cette opposition post-moderne entre le "mou" paresseux et indolent, et le "dur" suractif et vainqueur n'est que la version post-moderne et néolibérale de la construction fasciste de la thèse du "sec et de l'humide", on lira là dessus l'excellent opuscule de Jonathan Littell, l'auteur des Bienveillantes.

Tout le monde de gueuler contre Dukan et avec raison, certes ; mais sa proposition, moitié sincère moitié volonté de se faire de la pub, ne se comprend que dans le genre de monde où on vit. On stigmatise de plus en plus tout ce qui dépasse : pourquoi les gros y échapperaient, après tout ?

dimanche 1 janvier 2012

Minus Habens

"Un des traits les plus fascinants de la droite dite décomplexée : son côté pleurnichard. Toujours à se présenter en victime, toujours à se plaindre. Alors que les électeurs de gauche sont généralement dépeints comme des parasites efféminés coupés des vraies-réalités™, bref comme des tarlouzes, leurs adversaires, les hommes et femmes avec des couilles en béton ne cessent de chouiner que les gens sont cruels, que, tenez-vous bien, des sans-coeur les critiquent, que les bolchéviques ne cessent de les brimer.
Pauvres bichounets !
C'est Caliméro version longue.
Le plus stupéfiant, c'est le déni de réalité : Ces gens là sont au pouvoir, leurs adversaires institutionnels (le PS pour ne pas le nommer) s'empressent de faire tout comme eux, la vulgate néo-libérale est répétée ad nauseum, c'est même la doxa du moment, rien n'y fait. Ce sont des VICTIMES ! Ils sont incompris, se battent pour essayer de faire entendre leur voix dans un environnement hostile, et pour tout dire, à les écouter, ils sont les proies larmoyantes de la police de la pensée. Bref, c'est Beria qui les course. 
Sauf que.
Evidemment, ils ne sont victimes de rien du tout, ni de personne, aucun flic estampillé Big Brother ne se pointe chez eux pour les déporter dans des camps, ils ne subissent aucune contrainte de qui que ce soit, et d'ailleurs, pour commencer, les media leur servent la soupe avec un empressement qu'on a rarement vu du temps des vraies dictatures. Qu'à cela ne tienne : ils souffrent et veulent nous le faire savoir. Il y a quand même quelque chose d'assez obscène à voir la soit-disant  France-qui-gagne™ se comporter comme un gamin capricieux et geignard. 
En fait, et c'est le fond du problème, ce que ne supportent pas ces gens en position de quasi-monopole culturel et institutionnel, c'est qu'on puisse les critiquer (voyez comment leur connard en chef à l'Elysée fait caca par terre à chaque fois qu'on se s'extasie pas suffisamment sur sa gourmette en or). Ca leur fait monter les larmes aux yeux, à nos titans du post-capitalisme.
(...)
A leurs yeux, les media ne sont jamais suffisamment à leur botte, la propagande jamais assez martelée. Si ce n'est pas un déni de réalité en fonte massive, je ne sais pas ce que c'est. 
Les gauchistes, la pensée gauchiste continuent d'infecter l'espace public. Comment et où, on ne sait trop, car l'idée que la maison Bouygues soit un repaire de maoistes parait pour le moins délirante. Et quand je dis Bouygues, ce pourrait être toute la médiasphère. Parce que, comment dire, 99% du dit espace public est mis en coupe réglée. Et là, c'est facile à vérifier : prenez n'importe quel journal tirant à plus de 10000 exemplaires, et lisez le pour vous faire une idée. Et je ne parle même pas de la télé.
(...)
cette attitude est totalement fantasmatique. On patauge en plein ressentiment. Et le ressentiment est  par essence impossible à satisfaire : les media ne seront jamais assez aux ordres. Il y aura toujours à redire, crier à la subversion sera toujours d'un bon rapport. Le propre de l'attitude victimaire (qu'ils épinglent avec tant de hargne chez les autres) : une insatisfaction quasi ontologique. Se plaindre est une jouissance ; et renoncer à cette jouissance est absolument à exclure.
(...)
"Il faut bien admettre qu'une bonne partie de ces pleureuses est composée d'individus aigris, incompétents, trouillards, des rats, suivant la terminologie de Badiou. Terrifiés par l'évolution sociale, évolution essentiellement due au marché, comme ces crétins semblent ne pas l'avoir compris, craignant de perdre un statut minable (devenir semi-prolo après avoir été semi-cadre, quel enfer !), ils ne paraissent capables que de déverser leur fiel sur tout et le reste, de préférence sur le mode du n'importe quoi généralisé. La haine recuite, dissimulée et honteuse est leur moteur intime. Parce qu'au risque de me répéter, si la prépondérance des différentes variantes du marxisme pouvait éventuellement être diagnostiquée dans les années 60 et au début des années 70 (à la rigueur), le moins que l'on puisse dire, c'est que nous en sommes très loin (depuis une bonne vingtaine d'années, au bas mot). 
Ces minus habens sont partout : dans les média, dans l'entreprise, sur le net. Quoi qu'on fasse, on met toujours le pied dedans, et pas toujours le gauche."


Rien à redire, on ne peut qu'être d'accord avec la moindre virgule.
J'étais hier soir chez des personnes fort charmantes en vérité mais dont certaines s’obstinaient bizarrement à nier l'évidence : qui est que le Nabot va repasser en 2012 et qu'on va en reprendre pour 5 ans. Laborieusement, je tentai de leur expliquer que ce n'était pas parce qu'ils pensaient qu'il n'était pas possible que Sarkozy repasse...que ça n'arrivera pas.
Ben oui.

Ah, juste une info en passant : 99 % des meilleurs audiences TV en 2011 pour TF1.
Vous voyez bien.

Néanmoins, bonne année quand même parce qu'on va encore continuer à bien les faire chier, ces minus habens.



samedi 31 décembre 2011

L'éternel retour du vrai homme avec de la vraie virilité vraie et tout

Ça fait quelques années qu'on peut observer le phénomène : régulièrement, une certaine catégorie de magazines à prétention branchouille qu'on va qualifier de "féminins pour homme" - ou comment flatter la pouffiasserie hétérosexuelle du mâle néo-moderne en l'encouragent à s'acheter des tonnes de conneries pour qu'il fasse semblant de se sentir bien dans sa peau de loser consumériste - en appelle aux mânes du "vrai homme" et hulule à longueur d'article d'une très rare indigence que c'en est fini de l'homme gentil, normal et bien élevé et qu'il doit retrouver ses racines de Néanderthal pour assumer une masculinitude de bourrin pour faire face à la concurrence féroce de ses congénères, et surtout faire pièce à ces hordes de femelles hystérico-féministes qui ne cherchent qu'à le châtrer symboliquement à longueur d'année, ces satanées garces. Je ne résume même pas grossièrement, c'est la tonalité générale.

Ce ridicule zemmourisme culturel conduit donc de braves garçons qui n'ont jamais fait d'efforts physiques plus violents que taper sur un clavier ou au pire courir après une baballe certains dimanches avec des copains à s'essayer à toutes sortes d'activités à forte valeur ajoutée en testostérone ; la mode du Mixed Martial Arts ne trouvant pas son origine ailleurs puisque quand on a plus de grand projet collectif auquel s'identifier et qu'on ose pas défoncer la tête de son manager, autant cogner sur quelqu'un d'autre et se faire cogner la tronche, ce qui permet en sus d'expier sa culpabilité de ne pas savoir être un homme un vrai : rien de tel que se faire des bleus partout pour améliorer l'image qu'on a de soi-même c'est bien connu...

(Cette mode des sports de combat ultra-violents étant avant tout un symptôme de la fascination pour la barbarie des sociétés occidentales ravagées par la crise, se traduisant par une idéologie du darwinisme social le plus régressif sur le mode "fit to survive". Les Etats-Unis étant bien entendus en pointe dans le phénomène, la militarisation de la société civile se traduisant entre autres par  la vogue du Crossfit et le regain de vitalité des survivalistes en tout genre. Ne rigolez pas : c'est déjà en train de traverser l'Atlantique. Quand Sylvain du service clients, votre anodin et transparent collègue de bureau, vous racontera qu'il est tout content de payer des sommes mirobolantes pour qu'un ex-commando marine lui hurle dessus pendant qu'il fait des tractions, vous verrez, ça fait un peu peur).

J'avoue n'avoir pas trop fouillé la question mais il semblerait qu'existe également des associations de bonhommes proposant de véritables "stages de revirilisation", en pleine nature et tout, moitié séances de psychothérapies de groupe, moitié stages de survie, où on réapprend les charmes austères de la vie à l'ancienne en découpant des bûches à la hache...
Passons sur le fait que plus personne ne découpe des bûches à la hache, et surtout pas ceux dont c'est le métier, vu qu'une tronçonneuse c'est moins chiant pour ça : on aura compris que l'essentiel c'est se sentir "à nouveau homme" et que pour ça il faut faire les choses "à l'ancienne". Y compris les trucs parfaitement tombés en désuétude pour cause de progrès technique et d'évolution des moeurs mais on aura compris que ce qui compte c'est le symbole : c'était mieux "avant". Avant quoi ? En gros, le féminisme. Quand les hommes étaient des hommes avec des bollocks comme des melons d'eau - ou en tout cas avaient cette image -, quand ils ne cédaient pas aux caprices de ses femelles insupportablement émancipées et qu'elles savaient que leur place naturelle était à la cuisine et au milieu des couches.

En fait, l'homme est un tout petit peu paumé, disons le net, et il ne sait plus trop où il habite, là. Cette quête de virilitude le conduit donc à régulièrement se ridiculiser par des poses et attitudes refusant ce qui est trop connoté "gonzesses", cf. les mastards de mon club d'haltérophilie qui ne font pas d'étirements parce que c'est moins masculin que squatter 200 kg sous barre (miam les toxines qui s'accumulent dans les muscles et les préparent à la blessure puisque pas évacuées !), ou ce blaireau d'un blog réac qui disait refuser d'apprendre à danser la salsa parce qu'il était trop mâle pour virevolter comme une tapette, dixit. Représentons nous le tableau pour ricaner : lui, hiératique au bar et tout fier de sa masculinité old-fashioned, pendant qu'un autre moins complexé et surtout moins con fait transpirer les meufs sur le dancefloor. D'après vous, lequel va se consoler devant Redtube en rentrant ? Mh ? Bon. Ensuite, sur ledit blog réac, ils se tripotent la nouille devant des photos de substituts péniens en calibre 12, et cette fascination pour les armes, on dira ce qu'on voudra, mais c'est quand même très très gay.

Bref.
Le pire étant les coachs en séduction et il faut absolument que je fouille ce domaine plus avant tant ça a l'air d'être une mine d'inépuisables et enchanteresses conneries. Surfer ainsi sur la misère affectivo-sexuelle est déjà assez dégueulasse en soi, puisque les "séminaires de séduction" sont proposés à des prix de princes Arabes et tout ça pour ne pas bafouiller devant une femme. Ce qui est déjà la grosse lose, on l'admettra. Mais le pire c'est les options "style de vie" puisqu'un "séminaire" proposé par un de ses sites s'appelle, tenez vous bien moi j'ai failli en recracher mon café partout :

"Devenir intéressant".

Oui.

Des gens vous proposent de les payer pour qu'ils vous apprennent à devenir intéressant...
De les payer cher, en plus : de 400 à 1200 € le "séminaire". Ouais. Moi aussi je me dis que j'ai raté ma vocation.

Mais je suis de gauche et je n'aime pas exploiter mes contemporains ; c'est pour ça que moi, CSP, expert en Marketing Lifestyle Bullshit Branding Communication Head Like A Hole, je vais vous donner, gratuitement, le THE conseil de la mort qui tue pour "devenir intéressant". Attention, ça va aller très vite : 

GET A FUCKING LIFE !

Rencontrez des gens. Lisez des livres. Élargissez vos horizons. Faites des choses qui vous plaisent. Ayez des expériences de vie qui vont structurer votre personnalité. Pas des sorties "saut à l’élastique" de votre entreprise, des vraies expériences. Battez vous pour quelque chose, tiens, c'est ce qui forme le plus. Ou contre quelque chose aussi, bref, luttez pour un truc qui vous tient à coeur, ça vous fera rencontrer des gens qui ont les mêmes visées que vous, vous aurez des potes et des choses à raconter. Et qui sait, vous trouverez peut-être même l'âme soeur dans le lot, tiens.
Mais PAYER pour "DEVENIR INTÉRESSANT" ???
Non mais on va où, là ?

Ben on va dans une société néolibérale où tout est marchandise et rapport d'argent, voilà où on va et d'ailleurs : où on est.
Et c'est avant tout pour ça que nos pauvres bonhommes se sentent dépossédés de leurs petites vies et de leur si chère masculinité : en marxiste, ça s'appelle l'aliénation. Seulement ça c'est de la politique et ça fait bobo à la tête.
Ce n'est pas le féminisme qui les met sans dessous dessus : c'est leur incapacité à y répondre. Cette sidération des hommes devant des revendications on ne peut plus légitimes qui leur font penser que si ils les acceptent, ils seront dépossédés du peu qu'il leur reste dans la société qui les brise à force de travail mal payé et de consumérisme régressif : leur précieuse paire de couilles. Rejet du féminisme qui illustre toute la problématique de la terreur de l'Autre au sens large dans les sociétés occidentales frappées de rigueur et d'angoisse de l'avenir ; féminisme et antiracisme sont les deux formes de lutte émancipatrices qui reculent le plus en ce moment, et ce n'est pas leur récupération social-démocrate qui va les revivifier : le féminisme et l'antiracisme "socialistes" sont des versions édulcorées et moralisantes qui les vide complètement de leur contenu hautement politique.

Nul doute que mes chères lectrices et chers lecteurs sont un peu plus évolués que ça, la preuve étant que vous êtes en train de lire CSP. Lequel vous souhaite une bonne année 2012, à vous et aux personnes que vous aimez.


(Ce billet est spécial dékassdi à Pupuce qui affronte tous les jours la foire aux bestiaux que sont ces pauvres hommes qui ne savent plus qui ils sont, les piteux lapins. You know what I'm talking about ;-)).